Une histoire survenue loin de chez vous?

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Acadie Nouvelle

Par Alain Deneault
1er mai 2026

Une histoire survenue loin de chez vous?

Comme la multinationale du gaz et du pétrole TotalEnergies est cotée en bourse, elle se voit obligée de divulguer publiquement des informations à ses actionnaires. Elle ne constitue pas, par exemple, une clique familiale ravalant les milliards de dollars qu’elle brasse au rang de ses petites affaires privées. Elle n’a pas cette chance.

Ainsi, cette énergéticienne française à l’actionnariat planétaire (l’états-unien BlackRock de Larry Fink est le premier de très nombreux investisseurs) a dû révéler à la fin du mois d’avril avoir engrangé un bénéfice net de l’ordre de 5,8 milliards de dollars pour le seul premier trimestre de 2026. Excusez du peu. Elle s’est empressée de récompenser ses actionnaires en leur versant des dividendes. En procédant également à des rachats d’actions, elle a raréfié le titre et l’a ainsi bonifié.   

L’évidence saute aux yeux et s’est imposée comme telle, quel que soit l’engagement des uns et des autres dans le spectre gauche-droite de la vie politique française. La multinationale profite de la flambée des prix du pétrole et des autres richesses énergétiques depuis que l’État iranien soumis à des bombardements a entrepris d’étrangler le Détroit d’Ormuz, nécessaire au transport de flux pétroliers importants. TotalEnergies n’innove pas, n’investit pas et ne crée pas. Elle produit et distribue de la marchandise énergétique dans des conditions habituelles. Mais voilà que la sacro-sainte « loi » de l’offre et de la demande du divin marché lui permet de vendre beaucoup plus cher ce qu’elle produit dans des conditions habituelles. Ce fut souvent le cas dans son histoire, comme je l’ai relevé dans mon livre De Quoi Total est-elle la somme ? (Rue de l’Échiquier et Écosociété, 2017).

En France comme au Nouveau-Brunswick et dans l’ensemble du Canada, cette évolution s’est fait sentir. Elle est certes complexe techniquement ; l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a autorisé la mise en marché de réserves stratégiques. Mais l’enjeu est éthique et politique plus que technique : peut-on tolérer que des entreprises déjà surpuissantes s’enrichissent encore davantage dans une conjoncture aussi macabre ? On parle d’une crise humanitaire conséquente à une guerre voulue par des chefs d’État psychotiques, à savoir le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le Président états-unien, Donald Trump. Des enfants, des femmes et des hommes qui n’ont rien demandé en ressortent souffrants, mutilés ou profondément traumatisés, quand ils ne sont pas morts sous les bombes. Voilà la source des profits.

Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste (PS), critiquant TotalEnergies, a manié l’ironie : « Il n’y a pas un génie particulier qui soit attribuable à cette hausse des bénéfices ». C’est donc « indécent ».

La formation politique qu’Olivier Faure dirige est devenue au fil des années l’homologue du Parti libéral d’ici, lorsque ce dernier se rappelle qu’il a déjà cru en des politiques sociales. Le tout se produit dans un contexte social où l’État ne sait plus qu’inventer pour priver la population de ce qui lui reste de services publics. La moindre dépense sociale, budgétairement anecdotique, se trouve supprimée par un gouvernement constitué de ministres millionnaires, sous l’égide d’un président auparavant banquier. Il arrive même à des ministres arrogants d’affirmer aux dirigeants d’institutions publiques ou d’organisations de bien commun de « se regarder dans le miroir », ou quelque chose du genre, alors  qu’elles sont sous-financées.

Là, Olivier Faure n’avait pas le choix. On l’a donc vu monter au créneau pour exiger de l’État dirigé par une grappe de partis pas tellement différents du sien qu’il impose les superprofits des entreprises. Il y est allé d’une Proposition d’intérêt général prévoyant une surtaxe de 20% sur les bénéfices d’entreprises affichant plus de 750 millions d’euros de chiffre d’affaires, et ce, afin de dédommager les automobilistes. On est loin d’un plan écologique, mais c’est au moins une mesure sociale.

Souffle dans le cou d’Olivier Faure une entité politique, la France insoumise (LFI), bien plus assumée dans ses positions sociales et conséquente dans ses discours. Elle se montre aussi plus crue dans ses observations. La mesure qu’elle préconise concerne le blocage des prix par l’État. Son coordonnateur, Manuel Bompard, renchérit dans l’ironie : « Le gouvernement nous dit que ce n’est pas possible [de bloquer les prix de l’essence], car les pauvres pétroliers ne pourraient pas s’en sortir. », avant de laisser tomber : « Quand va-t-on arrêter de nous prendre pour des imbéciles ? »

À l’instar de la Loi sur la fixation des prix des produits pétroliers au Nouveau-Brunswick, la République française dispose de moyens législatifs pour fixer les prix… Ou l’inverse.

Obligé de réagir, le gouvernement français propose naïvement à TotalEnergies de trouver elle-même une façon de « redistribuer » cette plus-value à la population…

Dans la vie politique policée du Canada, les propositions du gouvernement sont à peine meilleures. Le Parti libéral fédéral, qui s’érige progressivement tel un parti unique de gouvernement comme dans la décennie 1990, a opté pour l’abrogation d’une taxe sur l’essence, laquelle rapportait plus de deux milliards de dollars à l’État. C’est le public qui paie, car on lui expliquera ensuite qu’il y a moins de fonds fédéraux pour les services publics. Tout est fait pour garder indemne le droit des grandes pétrolières à s’enrichir à l’infini, quitte à profiter d’une terrible guerre d’agression dont personne ne voulait parmi les gens normaux, et que rien ne justifie.

Le quotidien français Le Monde concluait, le 29 avril : « Le contexte de flambée des prix des hydrocarbures, provoquée par la guerre au Moyen-Orient, a relancé le débat politique en Europe sur la taxation des superprofits pétroliers. »

Maintenant, la question brûlante : pourquoi nous, qui hébergeons ici avec de lourdes conséquences publiques la plus grande raffinerie du Canada (« L’apocalypse selon Saint-Jean », Acadie Nouvelle, 12 décembre 2025), sommes-nous incapables de l’ombre du début du bout de la queue de l’amorce de quelque chose qui ressemblerait vaguement à un tel débat public ?

Le système Total, anatomie d’une multinationale de l’énergie est un documentaire choc librement inspiré de l’ouvrage De quoi Total est-elle la somme ? Multinationale et perversion du droit d’Alain Deneault publié aux éditions Rue de l’échiquier et Écosociété. Le documentaire est réalisé par Jean-Robert Viallet et Catherine Le Gall et produit par ARTE France et Morgane Productions – 2022


L’Emprise Total. Le pouvoir silencieux du géant du pétrole. Une série documentaire de quatre épisodes par Greenpeace France, 2021.

Total, vous n’allez pas chez eux par hasard

Total, vous n’allez pas chez eux par hasard est un épisode du balado Multinationales, l’histoire de ces entreprises qui nous gouvernent animé par Camille Crosnier sur France Inter où l’ouvrage d’Alain Deneault De quoi Total est la somme ? Multinationales et perversion du droit (Rue de l’Echiquier et Éditions Écosociété) est mentionné. Durée : 48 min – 17 mars 2026

« Des premiers forages en Irak après la Grande guerre au géant mondial de l’énergie, découvrez l’histoire de TotalEnergies. Entre quête de souveraineté et urgence climatique, comment, ce qui était au départ un outil d’État est devenu un mastodonte mondial prêt à tout pour conserver sa puissance ?

L’histoire de la plus grande entreprise française ne commence pas dans l’Hexagone, mais par un constat d’urgence au sortir de la Grande Guerre : « l’énergie, c’est la puissance ». Née de la volonté de l’État de ne plus dépendre des majors étrangères, ce qui était autrefois la Compagnie française des pétroles (CFP) a traversé un siècle de révolutions industrielles, de crises géopolitiques et de découvertes spectaculaires pour devenir un pilier incontournable de l’économie mondiale.

Pour explorer les rouages de ce fleuron industriel, Camille Crosnier s’entretient avec Matthieu Auzanneau, directeur du Shift Project, auteur de « Or noir, la grande histoire du pétrole », et avec le chercheur Pierre-Louis Choquet, chargé de recherches en sociologie, spécialiste des enjeux climatiques.

La quête de l’indépendance : du désert irakien à la marque Total

C’est en 1924 que naît la CFP, avec une mission claire : assurer à la France un accès direct aux ressources pétrolières. Sans pétrole sur son propre sol, la France se tourne vers la Mésopotamie (l’actuel Irak), qui devient le « camp de base » de son empire naissant. Puis, l’entreprise  grandit dans l’ombre des « Sept Sœurs » anglo-saxonnes avant de lancer, en 1954, la marque « Total », un nom simple et universel destiné à conquérir les routes du monde entier. De la découverte historique du gisement d’Hassi Messaoud en Algérie, aux premiers pas de la publicité, Total s’impose comme le symbole d’une France qui retrouve sa puissance industrielle sous l’impulsion du général de Gaulle.

L’ombre de la puissance : pétrole, influence et diplomatie secrète

Derrière la réussite commerciale se cachent des épisodes plus sombres de la Françafrique. Il s’agit donc de revenir sur le rôle complexe des pétroliers français au Gabon, au Congo et lors de la tragique guerre du Biafra au Nigeria, où la quête de ressources a parfois dicté une diplomatie de l’ombre. L’histoire de Total est aussi indissociable de sa rivalité avec « Elf », l’autre géant public né en 1967. Entre scandales financiers et luttes d’influence, le récit culmine en 1999 avec l’absorption d’Elf par Total, donnant naissance à la quatrième Major mondial des hydrocarbures.

Le géant face aux enjeux de la transition énergétique : du choc pétrolier au défi climatique

Aujourd’hui, l’empire vacille sous la pression de ceux et celles qui considèrent qu’il faut lutter de toutes ses forces contre le changement climatique et faire de la transition énergétique une priorité. Du traumatisme de la marée noire de l’Erika en 1999 aux révélations sur ce que l’entreprise savait du dérèglement climatique dès les années 1970, le récit lève le voile sur les stratégies de légitimation et le « greenwashing » d’une multinationale à la croisée des chemins. Devenu « TotalEnergies » en 2021 pour marquer un tournant vers les énergies renouvelables, le groupe reste au cœur des polémiques, notamment avec ses projets gaziers en Russie ou le méga-projet EACOP en Ouganda, en raison de nombreuses violations des droits humains. Entre impératifs économiques et urgence planétaire, jusqu’où peut aller la quête incessante de nouveaux gisements ? » – Multinationales, l’histoire de ces entreprises qui nous gouvernent, France Inter

Le système Total, anatomie d’une multinationale de l’énergie est un documentaire choc librement inspiré de l’ouvrage De quoi Total est-elle la somme ? Multinationale et perversion du droit d’Alain Deneault publié aux éditions Rue de l’échiquier et Écosociété. Le documentaire est réalisé par Jean-Robert Viallet et Catherine Le Gall et produit par ARTE France et Morgane Productions – 2022


L’Emprise Total. Le pouvoir silencieux du géant du pétrole. Une série documentaire de quatre épisodes par Greenpeace France, 2021.

Le pouvoir des médiocres – Entretien avec Alain Deneault

Le pouvoir des médiocres ou L’Empire de la médiocrité nous mène à la guerre. Entretien avec Alain Deneault àTheSwissBox Conversation. Balado épisode # 163 . Durée : 1 h 51 min 23 sec – 28 février 2026

« Dans cet entretien, nous interrogeons les structures profondes de nos sociétés contemporaines : sommes-nous encore en démocratie ou évoluons-nous dans un système où le pouvoir réel échappe au politique ?

Alain Deneault analyse les mécanismes invisibles qui organisent la dépossession collective : financiarisation, gouvernance technocratique, dilution des responsabilités, capture des institutions. Il propose une lecture rigoureuse et exigeante de notre époque, loin des polémiques superficielles.

Il ne s’agit pas seulement de dénoncer, mais de comprendre pour mieux se défendre.

Un échange dense, structurant, qui invite à penser au-delà des catégories convenues. » – TheSwissBox Conversation

Chapitrage :
00:01:48 - Vision des dirigeants actuels
00:15:33 - Responsabilité présente et futur de la population
00:43:17 - Moralité des institutions
00:53:38 - Le concept de la gouvernance
01:01:48 - Le mot économie dans notre histoire
01:14:33 - Esprit et philosophie
01:24:30 - Regard sur la démocratie
01:32:00 - L'anxiété et l'angoisse
01:43:42 - Conclusion

Penser demain avec Alain Deneault – Le troisième épisode du balado étudiant «Éthique en pratique » de l’IDÉA

Penser demain avec Alain Deneault. Les animateurs Édouard Goupil-Leroux & Alexandre Poiré reçoivent Alain Deneault pour le troisième épisode du balado étudiant « Éthique en pratique » de l’Institut d’éthique appliquée de l’Université Laval (IDÉA). Durée : 1 h 32 min – 23 mars 2026

« Dans cet épisode, nous recevons Alain Deneault, philosophe et professeur à l’Université de Moncton au campus de Shippagan. En clarifiant certains concepts centraux de sa réflexion comme l’économie, la gouvernance et plus récemment le biorégionalisme, cet entretien propose de sonder le monde dans lequel nous vivons avec un regard philosophique tout en gardant en filigrane la question « Comment penser demain ? ». » – Balado de l’IDÉA

Essais mentionnés dans cet entretien

Entretien avec Alain Deneault sur TotalEnergies par Agathe Di Lenardo de Reporterre

«La soi-disant conversion écologiste de TotalEnergies n’était que du marketing»

Reporterre

Entretien avec Alain Deneault par Agathe Di Lenardo
31 mars 2026

« Être éthique n’est plus nécessaire », dit le philosophe et auteur sur l’économie Alain Deneault à propos de l’accord entre TotalEnergies et l’administration Trump. Il montre, selon lui, que le verdissement de la firme n’a jamais été que du marketing.

Moins d’éoliennes, plus d’hydrocarbures. Le 23 mars, un accord entre l’administration Trump et TotalEnergies a été dévoilé. Il prévoit l’abandon de deux projets éoliens en mer, en échange de 928 millions de dollars à réinvestir dans des projets d’hydrocarbures. Une politique totalement à rebours de la transition énergétique pourtant nécessaire pour limiter le changement climatique.

Alain Deneault est docteur en philosophie. Il est l’auteur de De quoi Total est-elle la somme ? (2017, éd. l’Échiquier), un ouvrage qui révèle ce qui a rendu TotalEnergies si puissante sur le plan politique et économique. Avec une vision historique et engagée, il livre à Reporterre son analyse sur la stratégie de l’entreprise.


Reporterre — TotalEnergies se positionne depuis plusieurs années comme un acteur majeur de la transition écologique. Avec ce pacte, l’entreprise ne semble plus tenter de maintenir cette image déjà écornée, mais assumer ses projets climaticides… Quelle analyse portez-vous sur cet accord ?

Alain Deneault — Cela montre, même si on s’en doutait déjà, que la soi-disant conversion écologiste de TotalEnergies n’était que de pure forme, qu’elle relevait du marketing plutôt que des convictions.

Le documentaire Le système Total, anatomie d’une multinationale de l’énergie de Jean-Robert Viallet et Catherine Le Gall, montre très bien les coulisses de son verdissement. Par exemple, elle communique largement sur les énergies renouvelables, même si cela reste marginal dans son activité globale.

Donald Trump s’oppose fermement aux éoliennes et soutient au contraire le développement des hydrocarbures. Dans quelle mesure son élection a-t-elle bénéficié à la firme ?

TotalEnergies n’a plus à faire semblant. Du moment qu’il y a à la tête des États-Unis Donald Trump, qui présente le discours écologiste comme un canular, et Mark Carney comme Premier ministre au Canada — qui lance lui aussi de grands chantiers d’exploitations d’hydrocarbures, la question environnementale ne passera pas au premier plan. Être éthique n’est plus nécessaire, ce n’est plus spécialement bon pour les affaires, donc TotalEnergies cesse de l’être.

Récemment, des sociétés énergétiques ont déposé des recours contre les États-Unis à la suite de l’annulation de projets éoliens. TotalEnergies a quant à elle fait le choix de négocier avec la Maison-Blanche. Comment expliquer cette stratégie ?

On peut supposer qu’elle y voit un avantage concurrentiel, ce qui ne serait pas la première fois dans son histoire. C’était par exemple l’une des seules sociétés à avoir collaboré avec le régime de l’apartheid de l’Afrique du Sud. Ce qui avait nuit à ses affaires, car cela avait touché une corde sensible dans l’opinion publique.

Dans le cas présent, l’entreprise fait le pari que la résistance éthique à laquelle elle aurait pu faire face il y a dix, quinze ou vingt ans est moins intense, du fait que la fenêtre d’Overton est déplacée vers la droite. Ce qui lui permet de spéculer sur ces biens financiers sans s’encombrer de questions éthiques.

Quel est le positionnement vis-à-vis du climat chez TotalEnergies ?

Jusqu’alors, et ce depuis la naissance du concept de développement durable, la rhétorique de toutes les grandes compagnies pétrolières a été de réduire la question écologique à celle du climat et la question du climat à celle des émissions de CO₂ de nos produits. C’est-à-dire qu’on a comparé des objets en fonction des gaz à effet de serre qu’ils émettent, sans réfléchir aux émissions nécessaires pour leur production. Par exemple, on en est venu à dire que le gaz est écologique, car il émettrait moins de CO₂… TotalEnergies a fait partie des vecteurs de ce discours.

L’entreprise déclare que ces investissements contribueront à la sécurité d’approvisionnement de l’Union européenne en lui apportant le gaz dont elle reste très dépendante. Peut-on dire que cet accord contribue à une certaine vassalisation de l’Union européenne vis-à-vis des États-Unis ?

TotalEnergies agit dans une synergie historique. On ne va pas lui attribuer la vassalisation des Européens envers les États-Unis. Les dirigeants européens sont fort capables de s’autovassaliser eux-mêmes. La firme comprend cette dynamique-là, car elle fait de la géopolitique.

D’un point de vue rhétorique, dire qu’elle aide l’Union européenne parce qu’elle lui fournit du gaz tient la route : c’est le discours que tient la Compagnie française du pétrole, l’ancêtre de TotalEnergies, depuis sa création en 1924.

Mais cet argument ne fonctionne que si l’on part du principe que l’on va toujours devoir consommer comme on le fait aujourd’hui, qu’il ne faut pas réorganiser notre façon de produire, distribuer et consommer de l’énergie.

L’accord permet de réinvestir notamment dans le Rio Grande LNG, un projet qui, en plus d’être très préoccupant pour l’environnement, menace les droits humains des peuples autochtones. Mais cela ne semble pas inquiéter TotalEnergies…

Effectivement, son seul souci est de pouvoir dire que ses actions sont légales. Dans mon livre, je cite Christophe de Margerie, ancien président-directeur général, qui affirme que « tant que ce n’est pas interdit, c’est permis ». Et c’est vrai : lorsque que la firme agit d’une manière qui choque l’opinion, cela reste néanmoins légal.

C’est par exemple comme ça que la firme était légalement présente en Alberta dans son projet de sables bitumineux, même si cela mettait en péril des communautés autochtones, car elle respectait le droit environnemental. Pareil en ce qui concerne sa présence au Gabon, qui reste malgré tout légale malgré les critiques sur les impacts sociaux.

TotalEnergies, à l’image d’autres multinationales, semble aujourd’hui être surpuissante. Vous plaidez pour une dissolution des multinationales : comment faire contre-pouvoir ?

Les multinationales ne sont pas à penser uniquement comme des entreprises, mais comme des pouvoirs qui existent à l’échelle mondiale et qui négocient avec des États qui, eux, ne peuvent agir que sur leur territoire. Il y a donc déjà un rapport de force à leur avantage.

D’autre part, le génie est sorti de la bouteille : on a laissé ces entreprises prospérer, fusionner, on les a financées, on a créé des partenariats… Les États ont tout fait pour les rendre toutes puissantes, et aujourd’hui elles opèrent sur un mode pratiquement autonome. Quand je plaide pour leur dissolution, je me réfère aux nombreuses prises de position, de tous les spectres politiques, du tournant du XIXᵉ et XXᵉ siècle.

Aux États-Unis, des représentants politiques s’activaient pour faire voter une loi antitrust — les trusts désignant alors les multinationales. On voyait bien que l’industriel John Rockefeller, symbole de l’industrie pétrolière, allait faire chanter tout le monde et avoir la main sur le pétrole mondial avec sa société Standard Oil. On a essayé de le contenir, même si cela n’a rien donné car il a rusé en créant des filiales toutes liées au même actionnariat. Mais au moins, il y a eu des tentatives !

Par ailleurs, en France, Edgar Faure militait contre ces pouvoirs privés, notamment dans le domaine de l’énergie, qui pouvaient faire chanter les États. C’est à cet esprit que je reviens, en sachant qu’il est très tard… Mais en rappelant que ces personnalités qui défendaient les lois antitrust nous annonçaient, déjà à l’époque, ce que nous vivons maintenant.


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Le système Total, anatomie d’une multinationale de l’énergie est un documentaire choc librement inspiré de l’ouvrage De quoi Total est-elle la somme ? Multinationale et perversion du droit d’Alain Deneault publié aux éditions Rue de l’échiquier et Écosociété. Le documentaire est réalisé par Jean-Robert Viallet et Catherine Le Gall et produit par ARTE France et Morgane Productions – 2022

L’Emprise Total. Le pouvoir silencieux du géant du pétrole. Une série documentaire de quatre épisodes par Greenpeace France, 2021.

L’urgence de décroître, selon le philosophe Alain Deneault

Photo © Kim Bouchard

Entretien avec Alain Deneault par Marie-Louise Arsenault à l’émission Tout peut arriver sur Radio-Canada avant la première mondiale du film de Martin Bureau Plus rien n’est égal par ailleurs présenté dans le cadre du 44e Festival International du Film sur l’Art le 18 mars dernier.

Le film sera également présenté au Musée national des beaux-arts du Québec le 21 mars 2026 et sera disponible en ligne du 20 au 29 mars 2026 sur ARTS.FILM. Durée de l’entretien : 19 minutes – 14 mars 2026

« Face aux crises mondiales et au pouvoir démesuré des multinationales, le sentiment d’impuissance nous guette. Pourtant, le philosophe Alain Deneault invite à changer de perspective. De passage pour la première du documentaire Plus rien n’est égal par ailleurs, l’essayiste déconstruit l’illusion d’une économie dictée par les marchés.

« Le capital n’est jamais aussi fort que lorsqu’il a devant lui des gens atomisés. » — Une citation de Alain Deneault

Dans un système où la recherche infinie de profit détruit notre monde fini, Alain Denault prône une décroissance assumée.

« La croissance, c’est l’indécence. Et la décroissance, c’est la décence. » — Une citation de Alain Deneault

L’intellectuel explique que, pour vaincre le désarroi alimenté par l’individualisme et le capitalisme, il faut ramener la géopolitique à l’échelle régionale, et bâtir des communautés solidaires locales. » – Tout peut arriver, Radio-Canada

Résolution ou barbarie

Photo ©Julia Demaree Nikhinson

Acadie Nouvelle

Par Alain Deneault
7 janvier 2026

Selon le Centre canadien de politiques alternatives (CCPA), les 100 principaux dirigeants d’entreprise du pays avaient déjà gagné, le 2 janvier dernier, l’équivalent du salaire moyen des travailleurs.

Pourtant, ces grands rentiers prennent désormais très peu de risques dans un monde de fusions-acquisitions, où de petites entreprises travaillent à l’innovation. Ces puissants les cueillent comme des fruits mûrs dès lors qu’une réussit là où des centaines échouent. Les États sont à leurs pieds pour les assister socialement, en leur aménageant des échappatoires fiscales et réglementaires les amenant à contourner plusieurs de leurs obligations sociales. Ils grandissent dans une classe qui leur permet de ponctionner à l’infini la valeur dégagée par le travail de subalternes contraints à les servir, ici ou dans le quasi-esclavagisme de pays lointains. Rien ne justifie une telle disparité. C’est le capitalisme dans ses effets structurels.

Les conséquences de ces inégalités proprement scandaleuses ne se réduisent pas au spectacle d’une ignominie sociale. Certes, il est indigne de voir un petit nombre de sujets souvent arrogants se vautrer dans l’opulence, tandis que l’inflation qui leur profite étrangle de plus en plus de gens. Les membres de la classe moyenne se voient glisser vers le prolétariat, quelques générations après en être sortis.

Mais plus encore, ces disparités sociales consolident d’un point de vue politique la capacité d’une caste de milliardaires à régner sur le monde. Ce sont eux qui financent les présidents des États-Unis les uns après les autres, pour qu’ils remplissent leur cahier des charges. Ce sont leurs banquiers que l’on retrouve à la tête des institutions politiques de la France ou du Canada. Dans certains cas, ce sont leurs médias qui soufflent sur le feu de l’extrême droite. Leurs lobbyistes font la pluie et le beau temps dans les capitales et autres centres stratégiques du monde. Le régime est organisé pour les servir. C’est le sens du –isme dans « capitalisme », le fait d’une doctrine et d’une structure institutionnelle qui sécurise le capital des très puissants, le conforte et le promeut.

Ultimement, la planète y passe. Ici, les chantiers industriels chers au gouvernement libéral, calqués sur le programme des conservateurs, contribueront encore plus à l’émission de gaz à effet de serre, tandis que la déforestation, l’exploitation non conventionnelle d’énergie, l’extractivisme minier au nom d’une sophistique « économie verte » se poursuivent de manière excessive et irresponsable. La production démesurée de plastique et de produits chimiques continue pour sa part de nous encombrer et de nous empoisonner. Les puissants nous font courir à notre perte, nous qui les suivons en somnambules.

Puisque c’est de saison, deux résolutions du Nouvel An s’imposent à nous maintenant, surtout lorsqu’on est de ceux qui ont accès de près ou de loin à la parole publique.  

D’abord, exiger intellectuellement des figures politiques qu’elles soient à la hauteur de l’histoire. Ne pas se satisfaire d’une « gouvernance » à la petite semaine. Nul n’est critique en se montrant seulement comptable d’anecdotiques engagements électoraux. Qu’un État gère des budgets et administre des institutions est une réalité importante, oui, mais pas au point qu’on le réduise à ce rôle. La politique institutionnelle crève de cette mentalité de pense-petit.  Elle gagnerait à s’attaquer à des enjeux fondamentaux et structuraux de la société.

Prenons par exemple la fiscalité et le budget de l’État. Promettons-nous cette année de ne pas considérer une seule fois l’État comme incapable de financer sa mission sociale, sans placer dans la balance le fait structurel de l’évitement fiscal des grandes entreprises. Si les hôpitaux sont dysfonctionnels, si les enseignants se montrent surmenés dans les écoles, si le transport en commun est abandonné à son état parodique, si les artistes désespèrent de pratiquer un art qui nous est indispensable collectivement, si les universités sont inaccessibles à plusieurs, si les pauvres s’enferment dans la honte de leurs maisons mal chauffées… ce n’est pas seulement parce que l’État dépense trop, gère mal les finances ou ne parvient pas à enrayer le déficit par on ne sait quel fait d’incompétence, mais surtout parce qu’il n’impose pas équitablement les grands détenteurs de capitaux et les multinationales. Il manque de revenus.

Nous devrions pouffer de rire lorsqu’un responsable d’affaires publiques nous dit de l’État qu’il n’a plus d’argent, que celui-ci ne pousse pas dans les arbres… Ou lorsqu’il pleure parce que les contribuables sont imposés à leur pleine capacité. Cessons cette farce !

L’État est déficient lorsque les Irving de ce monde délocalisent une partie importante de leur trésorerie aux Bermudes, lorsque l’État continue néanmoins de les soutenir à coups de subventions, s’il n’aménage pas la loi pour leur permettre de contourner légalement leurs obligations. Tant que le problème majeur de ces privilèges ne sera pas abordé de front – ce en quoi constitue la grande politique depuis la Révolution française –, aucun personnage institutionnel, aussi médiatique et « gendre idéal » qu’il fut, ne méritera quelque approbation que ce soit. Fixons là la barre et mettons fin à toute complaisance.

Deuxième résolution : placer l’écologie au centre de toute décision en cessant de louvoyer avec ces mots-valises et autres miroirs aux alouettes que sont le « développement durable », la « transition énergétique » ou le « capitalisme vert ». Nous n’aiderons notre cause comme peuple qu’en collectivisant les richesses énergétiques et en organisant une politique de décroissance, impérative. En cela, la décision du gouvernement Carney de surseoir à ses obligations formelles en matière environnementale, en raison de sa politique sur les chantiers nationaux pilotés par Dominic Leblanc, ne saurait mieux contredire les nécessités de notre époque. Il témoigne d’un aveuglement sectaire au profit de la grande industrie et d’un manque cruel d’imagination.

Au contraire, placer l’écologie d’abord, puisqu’à maints égards nous pâtissons déjà du saccage de notre monde. Cela signifie revoir philosophiquement tout notre système de valeur et désindustrialiser notre activité au profit du low-tech, lui, véritablement durable. C’est aussi suspendre dans la majorité de ses usages la très polluante et très artificielle « intelligence » que nous vendent des marchands technolâtres, indifférents à l’accentuation du réchauffement climatique et à l’inanité culturelle qu’ils provoquent.

L’intellectuel à la télévision

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Brian Gallant (à gauche), et le maire de Montréal, Denis Coderre, lors de leur passage à Tout le monde en parle le 4 février 2016. Gracieuseté © Karine Dufour.

Acadie Nouvelle
Par Alain Deneault
21 novembre 2025

L’intellectuel à la télévision

L’intellectuel se sent rarement à l’aise sur un plateau de télévision. Tout lui rappelle qu’il n’est pas dans son élément : l’invraisemblable mobilier, le nécessaire maquillage, la lumière criarde, le spaghetti de fils qu’il faut enjamber, les techniciens dans leur bulle et le temps, la gestion du temps…

Sur l’inconfortable tabouret nous viennent en tête pêle-mêle Pierre Bourdieu et la puissance du non-dit chez ceux qui nous reçoivent, Isabelle Garo et les enjeux de cadrage propres à l’idéologie, Marshall McLuhan et le principe selon lequel le média qui nous aspire compte davantage que sa teneur, jusqu’à Réjean Ducharme ou Henri Michaux pour qui c’était tout simplement non.

Mais on en appelle surtout à Günther Anders et à sa critique du média, en 1956, lorsqu’il suggère que penser à la télévision est tout simplement impossible. Déjà, pour ce philosophe, les interruptions se font trop rapides, l’exposition visuelle est racoleuse, le « vrai » offert à distance pue la simulation, les formats nous étouffent. Il ne peut y avoir réellement le penser comme le diraient les Allemands, une pensée en acte qui élabore des hypothèses, s’essaie à quelques thèses articulées et échafaude des démonstrations.

Non, la télévision tolère seulement les éléments de langage, les slogans, les phrases toutes-faites, le buzz, les mots assassins. Bref, du déjà pensé, de la pensée présentée en bouillie, immédiatement comestible, que les rhéteurs plus que les intellectuels savent expressément servir.

Le babillage télévisuel est à la pensée ce que la purée est à la gastronomie. Tenter de conduire à la télévision un exercice théorique reviendrait à insérer directement une cuisse de poulet dans un estomac.

Ainsi, l’agitateur public performe dans son rôle, carburer à l’adversité : s’il n’a pas devant lui ses contradicteurs de prédilection, qu’il sait abattre l’un après l’autre comme le héros d’un film d’aventures, ou s’il n’est pas en duel contre le meilleur d’entre eux, le voici qui les invoque tour à tour dans un imaginaire débridé où il leur fait tenir à peu près le rôle qu’il veut. Le défenseur des droits palestiniens devient antisémite, la sociologue consciente de l’épreuve que représente l’immigration forcée une woke, le membre de sa tribu ouvert aux réalités internationales un traître, et ainsi de suite. La vindicte tient lieu de réflexion.

Quant aux idées, elles doivent être vite casées : tout rapport dialectique cède au manichéisme tandis que ses semblables nationaux sont à peu près considérés comme des cornichons qu’on enferme dans un bocal. C’est en polarisant à mort qu’on génère la grammaire expéditive que la télévision requiert.

Mais jamais ces affects ne sont mobilisés là où le réel le commande impérieusement. On ne fait pas cas de la masse d’oiseaux qui meurent en Europe, la disparition de coraux, l’épuisement des sols ou la réduction comme peau de chagrin de l’indispensable forêt amazonienne. Mais un simple fichu porté par des femmes, aux croyances leurs, devrait faire trembler la république. Les stimuli pavloviens l’emportent.

En tentant de prendre au sérieux les assertions de la propagande identitaire, en la nettoyant de ses nombreux présupposés impérialistes, voire racistes, en la corrigeant sur le plan de la factualité historiographique et de la justesse bibliographique, puis en se dotant de méthodes un peu sérieuses (tout ce qu’on ne peut guère faire à la télévision), peut-être qu’alors, un travail intellectuel pourrait s’amorcer. Sur une crise de la culture, mettons.

Pour la prendre au sérieux, il faudrait toutefois admettre l’existence d’acteurs industriels et financiers qui nourrissent grassement l’agitateur public. Les grands propriétaires de médias, qui sont notamment des financiers ou des marchands d’armes, détiennent des titres de presse, des télévisions et des maisons d’édition pour y faire prévaloir leur parti pris idéologique. Dans ces conglomérats médiatiques, on se garde de critiquer les multinationales en ce qu’elles uniformisent la culture mondiale de manière inouïe, corrompent les États, pervertissent les universités et contribuent à creuser gravement les inégalités sociales. En taisant ces points majeurs, l’intellectuel organique trahit son simple rôle de propagandiste et son confit d’intérêt.

Passer à la télé est une chose. Y rester à demeure nous fait prendre les plis. Un signataire de livres qui s’y habitue n’y échappera pas. On entendra davantage l’agitateur public en lisant son livre que l’intellectuel prétendu lorsqu’il sévit à la télévision.

Ces petits soldats de la propagande sont nombreux. Les dispositifs informatiques les font se multiplier comme les rhinocéros d’Ionesco. Le phénomène est impressionnant et mérite d’être étudié à sa juste échelle.

L’intellectuel à la télévision

Photo © iStock
Le Devoir 
Opinions-Idées
Par Alain Deneault
22 novembre 2025

L’intellectuel à la télévision

L’intellectuel se sent rarement à l’aise sur un plateau de télévision. Tout lui rappelle qu’il n’est pas dans son élément : l’invraisemblable mobilier, le nécessaire maquillage, la lumière criarde, le spaghetti de fils qu’il faut enjamber, les techniciens dans leur bulle et le temps, la gestion du temps…

Sur l’inconfortable tabouret nous viennent en tête pêle-mêle Pierre Bourdieu et la puissance du non-dit chez ceux qui nous reçoivent, Isabelle Garo et les enjeux de cadrage propres à l’idéologie, Marshall McLuhan et le principe selon lequel le média qui nous aspire compte davantage que sa teneur, jusqu’à Réjean Ducharme ou Henri Michaux pour qui c’était tout simplement non.

Mais on en appelle surtout à Günther Anders et à sa critique du média, en 1956, lorsqu’il suggère que penser à la télévision est tout simplement impossible. Déjà, pour ce philosophe, les interruptions se font trop rapides, l’exposition visuelle est racoleuse, le « vrai » offert à distance pue la simulation, les formats nous étouffent. Il ne peut y avoir réellement le penser comme le diraient les Allemands, une pensée en acte qui élabore des hypothèses, s’essaie à quelques thèses articulées et échafaude des démonstrations.

Non, la télévision tolère seulement les éléments de langage, les slogans, les phrases toutes-faites, le buzz, les mots assassins. Bref, du déjà pensé, de la pensée présentée en bouillie, immédiatement comestible, que les rhéteurs plus que les intellectuels savent expressément servir.

Le babillage télévisuel est à la pensée ce que la purée est à la gastronomie. Tenter de conduire à la télévision un exercice théorique reviendrait à insérer directement une cuisse de poulet dans un estomac.

Ainsi, l’agitateur public performe dans son rôle, carburer à l’adversité : s’il n’a pas devant lui ses contradicteurs de prédilection, qu’il sait abattre l’un après l’autre comme le héros d’un film d’aventures, ou s’il n’est pas en duel contre le meilleur d’entre eux, le voici qui les invoque tour à tour dans un imaginaire débridé où il leur fait tenir à peu près le rôle qu’il veut. Le défenseur des droits palestiniens devient antisémite, la sociologue consciente de l’épreuve que représente l’immigration forcée une woke, le membre de sa tribu ouvert aux réalités internationales un traître, et ainsi de suite. La vindicte tient lieu de réflexion.

Quant aux idées, elles doivent être vite casées : tout rapport dialectique cède au manichéisme tandis que ses semblables nationaux sont à peu près considérés comme des cornichons qu’on enferme dans un bocal. C’est en polarisant à mort qu’on génère la grammaire expéditive que la télévision requiert.

Mais jamais ces affects ne sont mobilisés là où le réel le commande impérieusement. On ne fait pas cas de la masse d’oiseaux qui meurent en Europe, la disparition de coraux, l’épuisement des sols ou la réduction comme peau de chagrin de l’indispensable forêt amazonienne. Mais un simple fichu porté par des femmes, aux croyances leurs, devrait faire trembler la république. Les stimuli pavloviens l’emportent.

En tentant de prendre au sérieux les assertions de la propagande identitaire, en la nettoyant de ses nombreux présupposés impérialistes, voire racistes, en la corrigeant sur le plan de la factualité historiographique et de la justesse bibliographique, puis en se dotant de méthodes un peu sérieuses (tout ce qu’on ne peut guère faire à la télévision), peut-être qu’alors, un travail intellectuel pourrait s’amorcer. Sur une crise de la culture, mettons.

Pour la prendre au sérieux, il faudrait toutefois admettre l’existence d’acteurs industriels et financiers qui nourrissent grassement l’agitateur public. Les grands propriétaires de médias, qui sont notamment des financiers ou des marchands d’armes, détiennent des titres de presse, des télévisions et des maisons d’édition pour y faire prévaloir leur parti pris idéologique. Dans ces conglomérats médiatiques, on se garde de critiquer les multinationales en ce qu’elles uniformisent la culture mondiale de manière inouïe, corrompent les États, pervertissent les universités et contribuent à creuser gravement les inégalités sociales. En taisant ces points majeurs, l’intellectuel organique trahit son simple rôle de propagandiste et son confit d’intérêt.

Passer à la télé est une chose. Y rester à demeure nous fait prendre les plis. Un signataire de livres qui s’y habitue n’y échappera pas. On entendra davantage l’agitateur public en lisant son livre que l’intellectuel prétendu lorsqu’il sévit à la télévision.

Ces petits soldats de la propagande sont nombreux. Les dispositifs informatiques les font se multiplier comme les rhinocéros d’Ionesco. Le phénomène est impressionnant et mérite d’être étudié à sa juste échelle.


Les essais d’Alain Deneault

Simon Paré-Poupart: le vidangeur qui a transformé nos déchets en best-seller

Photo © Bruno Petrozza – TVA Publications

7 Jours

Par Alicia Bélanger-Bolduc
13 novembre 2025

Simon Paré-Poupart semblait peu destiné à cette rencontre. Après plusieurs années comme éboueur, il a pourtant publié Ordures!, un ouvrage sur nos habitudes de consommation et la perception sociale de son métier. En quelques mois seulement, son livre a connu un succès retentissant, au point qu’il est désormais reconnu dans la rue pendant son travail. Figure atypique dans son milieu, il inspire tout en dressant un portrait authentique et révélateur de notre société.

[…] Comment est venue l’idée d’écrire un tel livre?

J’ai fait ma maîtrise aux côtés de l’auteur Alain Deneault et il a joué un rôle de passeur dans ma vie. Je ne viens pas du milieu des arts et des lettres; sans lui je ne crois pas que je me serais permis d’écrire un livre. Il était mon directeur de stage au moment où je parlais de déchets, et il m’a convaincu que je devais écrire un livre sur le sujet. Il m’a présenté un éditeur — je ne savais même pas ce que c’était! Il avait un regard extérieur sur mon milieu qui le rendait tout à coup fascinant. Il a mis en lumière un discours qui m’habitait, mais dont je ne connaissais pas la valeur puisque pour moi, c’était banal. […]

Photo © Ísjaki Studio – Alain Deneault et Simon Paré-Poupart à la 22e édition du Salon du livre de la Péninsule acadienne

Simon Paré-Poupart, titulaire de la maîtrise de l’École nationale d’administration publique (ENAP, Québec) a été collaborateur au livre De quoi Total est-elle la somme ? Multinationales et perversion du droit d’Alain Deneault, comme assistant à la rédaction.

Sophie Lemaître : « Le droit est parfois utilisé pour faire taire »

Actu-Juridique.fr

Entretien avec Sophie Lemaître, Docteure en droit, juriste 
Propos recueillis par Delphine Bauer
8 octobre 2025

Docteure en droit, Sophie Lemaître est passée par différents postes, de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture à Rome (Italie), à l’association Sherpa à Paris (France) sans oublier encore le centre de recherche U4 Anti-Corruption Resource Centre à Bergen (Norvège). Dans « Réduire au silence, comment le droit est perverti pour bâillonner médias et ONG » (éd. Rue de l’Échiquier), Sophie Lemaître analyse le phénomène du « lawfare » ou « guerre par le droit », qui vise à faire taire les voix dissidentes des activistes ou journalistes. La France n’est pas épargnée par le phénomène. Rencontre.

Actu-Juridique : Comment est née l’idée de cet essai ?

Sophie Lemaître : Cet essai résulte d’un processus long de plusieurs années. La première fois que j’ai été sensibilisée au fait que le droit pouvait servir à museler, c’était en 2011. Cette année-là, le livre « Noir Canada » [qui dénonce les abus commis par des multinationales canadiennes en Afrique, NDLR], écrit par Alain Deneault, Delphine Abadie et William Sacher, est interdit de vente à la suite d’une action en justice initiée par l’entreprise Barrick Gold. C’était une pure procédure-bâillon. J’étais jeune mais je m’en souviens bien, car j’ai été marquée par le fait que ce livre avait purement et simplement disparu des rayons. J’ai d’ailleurs dans ma bibliothèque l’un des derniers exemplaires. […]

AJ : Pourquoi parler de ces attaques est-il plus que jamais nécessaire ?

Sophie Lemaître : Parce que sans information, sans le travail des journalistes, comment pourrions-nous prendre des décisions en toute connaissance de cause ? Les attaques par le droit menacent la liberté de la presse, la liberté d’association et la liberté d’expression, et plus largement l’État de droit et notre démocratie. Le fait d’en parler est essentiel. Cela n’empêchera pas d’être poursuivi, mais cela générera du soutien des citoyens, de l’indignation. C’est le meilleur rempart contre un monde du silence que l’on tente de nous imposer. […]

Les essais d’Alain Deneault aux Éditions Rue de l’échiquier :

Alain Deneault et Claude Vaillancourt lèvent le voile sur le pouvoir incandescent des multinationales

Le journal des Alternatives et Presse-toi à gauche

Par Claire Comeliau
3 et 8 avril 2025

Organisé par Attac-Québec et accueilli par la librairie Zone Libre, le lancement de l’ouvrage « Multinationales : Une histoire du monde contemporain » a eu lieu mercredi 26 mars dernier. Claude Vaillancourt, président de l’organisation altermondialiste ATTAC-Québec et Alain Deneault, philosophe québécois, tous deux contributeurs de l’ouvrage, étaient sur place pour présenter la publication.

Le livre noir des multinationales

Alain Deneault est notamment connu pour son ouvrage « Noir Canada », paru en 2008, dans lequel il remet en cause le discours discursif d’un Canada internationaliste et pacifiste qui soutient pourtant des entreprises qui exploitent et pillent les ressources du continent africain. Réitérant un projet militant et engagé à travers « Multinationales : Une histoire du monde contemporain », il estime que cet ouvrage aurait pu s’intituler « Le livre noir des multinationales » du fait de son approche critique qui s’attelle à dénoncer le vrai visage de ces entreprises et à mettre en lumière l’ampleur du pouvoir de dépendance qu’elles exercent à tous les niveaux de la société.

Structuré autour d’une ligne du temps débutant en 1850 à l’ère de la révolution industrielle, l’ouvrage rassemble les contributions d’environ quarante autrices et auteurs francophones. Il se lit aisément grâce à une approche historique riche en récits, permettant une lecture par période, qui en fait une véritable encyclopédie.

Cet ouvrage invite à nuancer l’idée célèbre avancée par Max Weber, selon laquelle l’État détient le monopole de la violence physique légitime en mettant en lumière le contre-pouvoir que représentent les multinationales. Il affirme que les États ont tendance de plus en plus à céder leur pouvoir au privé, jusqu’à placer les entreprises au-dessus des lois nationales.

Pour saisir la logique sous-jacente de cette dynamique, Claude Vaillancourt mentionne que tout cela fût rendu possible par l’avènement du néolibéralisme et le climat de libre-échange qui en découle. Cela a permis aux multinationales de se développer à une vitesse fulgurante.

Multinationales et absence d’éthique

L’histoire a montré que la croissance d’une multinationale est souvent impossible sans manquements à l’éthique ou exploitation. Dans un monde où leur pouvoir s’accroît sans cesse, l’ouvrage agit aussi comme un acte d’accusation contre le système lui-même.

On y dénonce l’incompatibilité croissante entre le développement des multinationales et les enjeux sociaux et environnementaux contemporains. Typiquement, les règles environnementales sont bien souvent considérées comme des obstacles par ces entreprises, ce qui témoigne de leur volonté d’adapter les lois, voire de les supprimer, à leurs seuls intérêts.

La relation entre les multinationales et l’extrême droite

Ce contournement et ce refus de politique environnementale illustrent d’ailleurs en partie la relation intime que les multinationales entretiennent avec l’extrême droite : les patrons des entreprises ne montrent en effet aucune réticence à s’associer à de tels partis, recherchant un environnement politique favorable à leurs profits.

Vincent Bolloré, chef d’entreprise à la tête du Groupe Bolloré — qui contrôle notamment Canal+, CNews, C8, Europe 1, ainsi que le groupe Lagardère — incarne parfaitement la dangerosité de ces stratégies d’influence idéologique, par lesquelles les multinationales cessent d’être de simples entreprises pour devenir de véritables acteurs politiques.

Historiquement centrée sur la logistique, la communication et le transport, et très implantée en Afrique, cette multinationale française s’est progressivement tournée vers le secteur des médias, ce qui permet aujourd’hui à Vincent Bolloré de façonner le débat public.

L’ère Trump

La récente réélection de Donald Trump mérite une attention particulière quant à son impact sur les multinationales. Connu pour ses mesures protectionnistes et isolationnistes, portées par un discours populiste et climatosceptique, l’exercice du pouvoir du milliardaire invite à s’interroger sur l’avenir de la mondialisation et des multinationales, qui se sont pourtant construites et renforcées en parallèle grâce à l’essor du libre-échange et à la « course vers le bas ».

Dans la continuité de son ouvrage « La fin du néolibéralisme » paru en 2023, Claude Vaillancourt signale que D.Trump ne fait que perpétuer la mise en œuvre des politiques néolibérales, mais à un niveau national et que son premier mandat a largement bénéficié à certaines multinationales. Ainsi sa réforme fiscale de 2017 a abaissé le taux d’imposition sur les sociétés de 35 à 21 % et ses remises en cause de certains accords de libre-échange ne visaient pas à limiter le pouvoir des multinationales, mais plutôt à tendre vers sa devise « America First », en appelant à un retour à une économie d’après-guerre.

Dans ce contexte, l’approche de D. Trump représente un paradoxe avec d’une part un discours patriotique et antisystème et d’autre part des politiques renforçant les multinationales. Conscient de leur portée stratégique, le président des États-Unis utilise les tarifs douaniers comme un outil de négociation et d’intimidation. Face à cette logique, il faudrait recréer une économie basée sur d’autres principes que ceux utilisés par ces multinationales et le libre-échange.

L’ouvrage démontre que la puissance et le champ d’action acquis par les multinationales sont tels, qu’elles peuvent s’adapter à toute conjoncture économique pour en tirer profit, faisant ainsi fi de principes tels que le pacifisme, l’éthique, les enjeux sociaux, le respect de l’environnement et du droit, la lutte contre les conflits d’intérêts et le capitalisme sauvage…. Claude Vaillancourt et Alain Deneault nous mettent aussi en garde contre l’influence de ce secteur privé qui favorise l’avènement de l’extrême droite dans nos sociétés. Ils critiquent la non-réaction des personnes politiques et, loin d’être défaitistes, les incitent, par leur volonté, à jouer un rôle qui rendrait nos sociétés plus démocratiques et conformes à leur posture morale.

Lancement du livre Multinationales. Une histoire du monde contemporain à la librairie Zone Libre

Attac-Québec vous invite chaleureusement au lancement du livre Multinationales. Une histoire du monde contemporain qui aura lieu le mercredi 26 mars à 18h à la librairie Zone libre et qui sera présenté par Alain Deneault qui a signé deux textes parmi la cinquantaine d’universitaires, d’experts et de journalistes qui ont collaboré à ce volumineux ouvrage de 864 pages publié aux éditions La Découverte et Claude Vaillancourt, auteur et président d’Attac-Québec. Cette soirée sera animée par Dominique Bernier, conseillère à l’environnement à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ).

« Qu’on consomme leurs produits, qu’on admire leurs marques ou qu’on dénonce leurs pratiques, les multinationales sont omniprésentes dans nos vies. Mais les connaît-on vraiment ? Quand sont-elles apparues ? Comment sont-elles devenues si puissantes ? Ce livre, associant chercheurs et journalistes, offre une fresque historique et critique inédite sur ces entreprises qui ont contribué à façonner le monde dans lequel nous vivons. Des premiers câbles télégraphiques sous-marins aux géants du Web, de IG Farben au pesticide RoundUp, de Rockefeller à Elon Musk, des  » républiques bananières  » au lobbying intensif, il retrace leur montée en puissance progressive jusqu’à nos jours. »


Lancement du livre :
Multinationales. Une histoire du monde contemporain
Avec les invités Alain Deneault et Claude Vaillancourt
Animation : Dominique Bernier
Librairie Zone libre - 262 Sainte-Catherine Est, Montréal
Le mercredi 26 mars 2025 - 18 h
Entrée libre

Photo © Page Meta d’ATTAC-Québec

« À la fois fresque et généalogie critique, Multinationales. Une histoire du monde contemporain retrace l’émergence des multinationales depuis 1850 jusqu’à nos jours à travers cinq grandes périodes, des dates emblématiques et des portraits. » – Florian Dumont, Presse Agence, 23 janvier 2025

À paraître le 13 février prochain : «Multinationales. Une histoire du monde contemporain» avec la participation d’Alain Deneault

Alain Deneault a fait partie du conseil scientifique qui a mené à ce volumineux ouvrage de 864 pages publié aux éditions La Découverte : Multinationales. Une histoire du monde contemporain, sous la direction d’Olivier Petitjean et Ivan du Roy, à paraître le 13 février prochain (France).

« À la fois fresque et généalogie critique, Multinationales. Une histoire du monde contemporain retrace l’émergence des multinationales depuis 1850 jusqu’à nos jours à travers cinq grandes périodes, des dates emblématiques et des portraits. » – Florian Dumont, Presse Agence, 23 janvier 2025

Parmi la cinquantaine d’universitaires, d’experts et de journalistes qui ont collaboré au livre, on retrouve deux textes signés par Alain Deneault, comme on peut le lire dans la table des matières :

DEUXIÈME PARTIE. 1901‑1945
La société industrielle et ses crises

1927. Les entreprises pétrolières se partagent l'Irak puis le monde, Alain Deneault (239) :
La France confie ses intérêts pétroliers au futur groupe TotalEnergies (241) ; Naissance d'un pétro-protectorat (243) ; Les maîtres du pétrole se dotent d'une constitution (244).

Extrait du texte d’Alain Deneault :

Durant la Première Guerre mondiale, le trust pétrolier états-unien contrôlé par John Rockefeller, la Standard Oil (SO), fait chanter les belligérants à la manière d’un marchand d’armes cédant au plus offrant. En France, par exemple, il jouit formellement d’un monopole d’approvisionnement via un cartel de dix courtiers à sa solde, auprès desquels Paris assure son ravitaillement. Inutile de rappeler qu’en pleine bataille de Verdun, les vendeurs de carburants avaient l’avantage […]

QUATRIÈME PARTIE. 1980‑1999
Le néolibéralisme triomphant

1993. Le Canada, paradis sans foi ni loi pour les entreprises minières, Alain Deneault (567) : 
Un pays voué à l'extraction des ressources naturelles (568) ; Une longue histoire de spéculation et de fraudes (569) ; Une initiative conçue par et pour l'industrie minière (571) ; Un paradis fiscal et judiciaire connecté à la Caraïbe britannique (572).

Extrait du texte d’Alain Deneault :

L’ingénieur belge René Nollevaux, gestionnaire d’une mine de cuivre au Congo, l’affirme sur le ton de l’évidence : « de manière générale dans l’industrie minière, les capitaux à risque viennent du Canada. » Il s’adresse alors à Thierry Michel, un réalisateur montrant au grand jour les relations néocoloniales belges dans la région des Grands Lacs africains. On le sait, le Canada est la législation de prédilection des minières. 75 % des sociétés minières mondiales choisissent le Canada comme lieu d’enregistrement et 60 % de celles qui émettent des actions en bourse s’inscrivent à Toronto, loin devant le London Stock Exchange, sa concurrente directe. En 2011, 90 % des actions émises par le domaine minier dans le monde ont été administrées par le Toronto Stock Exchange (TSX) et Toronto a financé par actions le secteur minier à hauteur de 220 milliards de dollars entre 2007 et 2011. […]

Résumé du livre

Qu’on consomme leurs produits, qu’on admire leurs marques ou qu’on dénonce leurs pratiques, les multinationales sont omniprésentes dans nos vies. Mais les connaît-on vraiment ? Quand sont-elles apparues ? Comment sont-elles devenues si puissantes ?

Ce livre, associant chercheurs et journalistes, offre une fresque historique et critique inédite sur ces entreprises qui ont contribué à façonner le monde dans lequel nous vivons. Des premiers câbles télégraphiques sous-marins aux géants du Web, de IG Farben au pesticide RoundUp, de Rockefeller à Elon Musk, des  » républiques bananières  » au lobbying intensif, il retrace leur montée en puissance progressive jusqu’à nos jours. À travers des dates emblématiques, des épisodes-clés et des portraits, il montre comment leur expansion découle de choix économiques et politiques, mais aussi juridiques, techniques, financiers ou culturels.

L’histoire des multinationales épouse celle des relations entre États, des conflits et des grandes crises. Elle suit de près la trajectoire des changements technologiques, que ces entreprises ont contribué à orienter et accélérer. Elle accompagne la mutation de nos vies quotidiennes, à travers l’avènement d’une société de consommation de masse puis du tout-numérique. Elle est aussi l’histoire de la transformation de notre environnement naturel, de l’extraction des matières premières, de la production d’énergie à une échelle toujours plus importante, jusqu’à engendrer des menaces inédites.

L’histoire des multinationales est donc notre histoire.

Mention d’Alain Deneault dans les remerciements du livre Ordures ! Journal d’un vidangeur de Simon Paré-Poupart

À la page 137 de son livre Ordures ! Journal d’un vidangeur publié chez Lux Éditeur, Simon Paré-Poupart remercie d’abord Alain Deneault comme l’instigateur de son projet de livre « J’ai eu la chance de trouver chez lui un intérêt sincère qui m’a donné l’élan nécessaire pour me lancer. […] »


Extraits des mentions d’Alain Deneault par Simon Paré-Poupart dans les médias
Image : Page Instagram de Lux Éditeur
Extrait de l'entrevue par Anne-Marie Dussault à l’émission 26.60 sur ICI RDI le 30 août 2024 (à partir de 2 minutes 45 secondes) :

«Qu'est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre ?»

« J'ai fait une belle rencontre avec Alain Deneault lors de ma maîtrise [...] qui est devenu un ami [...] On parlait et je réalisais que ce qui était normal, banal, chez mes collègues, dans mon milieu...En fait, lorsque j'avais une écoute attentive des gens, je réalisais que ce que je vivais au travail était exceptionnel. Alors je me suis mis à m'intéresser de plus en plus aux vidanges, aux ordures, à ce qu'on collecte et aussi à mon métier, à mes collègues et finalement, j'ai réalisé que le discours que je pouvais porter était peut-être intéressant pour plusieurs [...].» - Simon Paré-Poupart

Photo : Urbania

Extrait de l’article Ordures! : un éboueur dévoile les dessous de la ville de Jean Bourbeau dans Urbania le 4 septembre 2024

[…] Simon Paré-Poupart n’a jamais eu l’intention de mener une enquête journalistique classique. Ce qu’il souhaitait, c’était offrir un regard neuf, de l’intérieur, sur un monde qu’il connaît intimement.

Lors de sa maîtrise, sous la direction d’Alain Deneault, il a rapidement pris conscience de l’originalité de son point de vue.

Mais Alain Deneault lui a ouvert les yeux : « Il m’a fait réaliser que ma perspective était singulière, presque étrangère à mon milieu. Ce que je racontais avait une valeur sociologique, une pertinence que je n’avais pas mesurée. » C’est à ce moment-là que Simon a commencé à nourrir cette idée. Peu à peu, il a réalisé qu’il était prêt à en faire un livre, aussi personnel qu’engagé. Un projet qui a mûri lentement, au fil de quatre longues années de rédaction. […] »


Extrait de l’article Notre part maudite de Stéphane Baillargeon dans Le Devoir le 9 septembre 2024

Photo © Laurianne Desjardins

« Le plus révélateur dans le déchet, c’est l’invisibilisation, dit Simon Paré-Poupart, qui vient de faire paraître Ordures ! Journal d’un vidangeurchez Lux. Notre société surconsommatrice ne veut pas voir ce qu’elle produit et finit par jeter. Elle enfouit en dehors des villes. Elle envoie le recyclage à l’autre bout de la planète. Elle met le travailleur qui le cache à la marge. Georges Bataille parlait de “la part maudite”. Le déchet est notre part maudite. Celle qu’on ne veut pas voir, celle qui nous confronte à ce qu’on fait, à ce qu’on est. »

[…] Les discussions avec son professeur de maîtrise Alain Deneault, philosophe de l’économie, l’ont convaincu d’écrire au « je » pour parler du « nous ». Sauf erreur, son témoignage s’avère assez unique au monde.

« Le livre est venu de réactions montrant de la curiosité et de l’intérêt pour mon monde. Comme on dit en journalisme, j’ai compris qu’il y avait un sujet. Dans les milieux ouvriers, il y a une banalisation de ce qu’on fait. J’ai aussi remarqué que beaucoup de vidangeurs font leur métier par souci d’entraide, comme un service public, tout en sacrifiant leur corps. »

[…] Le livre se termine sur des remerciements, au professeur Deneault, à l’éditeur Mark Fortier chez Lux, à sa femme, Laurianne, et finalement à ses compagnons de truck de vidange. « Mes collègues ne savent pas, pour la grande majorité, que j’ai écrit un livre sur le milieu, dit le texte final. J’ignore s’ils en entendront parler, et si cela les intéressera. »


Extrait de l’article Titulaire d’une maîtrise et vidangeur de Daniel Chrétien dans L’actualité le 11 septembre 2024

Photo © kozmoat98 / Getty Images – Montage : L’actualité

« Simon Paré-Poupart pourrait être gestionnaire de haut niveau. Il a préféré être éboueur. Avec son livre Ordures ! il offre une incursion déroutante dans le monde des rebuts. Entrevue. 

D’où vient l’idée de ce livre sur votre métier ?

« […] En fait, je n’ai jamais perçu mon travail comme étant hors de l’ordinaire. Pour moi, c’est un job normal. Mais au moment où j’ai commencé ma maîtrise en gestion internationale à l’ENAP, j’ai vu l’intérêt que mon emploi soulevait chez mon directeur Alain Deneault [NDLR : sociologue et philosophe]. Par sa rétroaction, il m’a fait réaliser que mon métier suscitait la curiosité. Alain m’a présenté à un éditeur, Mark Fortier, qui a un background en sociologie. Il a tout de suite manifesté de l’intérêt, parce que mon livre allait traiter de culture ouvrière, d’environnement, d’un enjeu civilisationnel, en fait. […] »


Photo © Josie Desmarais – La Presse

Extrait de l’article Les faces cachées des ordures de Sylvain Sarrazin dans La Presse le 12 septembre 2024 :

« […] Et c’est presque un monde parallèle qui s’y trouve dépeint, en marge d’une société préférant ne pas trop s’attarder sur ce microcosme souillé et ses travailleurs dédaignés – eux qui assurent pourtant un service toujours plus essentiel dans un univers surconsumériste. Pour le décoder et le rendre intelligible aux yeux du grand public, les atouts universitaires de l’auteur combinés à 20 ans d’expérience de terrain forment une passerelle improbable et éclairante. Une tâche de documentation qui ne coulait pas de source aux yeux de M. Paré-Poupart, mais qui est apparue nécessaire au fil de ses études, notamment sous l’impulsion du philosophe Alain Deneault.

« Alain Deneault avait les yeux grands ouverts. En sociologie, c’est la position de l’étranger qui nous fait réaliser que l’on touche à quelque chose de peu courant », poursuit l’auteur. […] »


Photo © Unsplash

Extrait de l’article Si nos ordures parlaient de Josée Blanchette dans Le Devoir le 27 septembre 2024 :

« […] L’éboueur Simon Paré-Poupart, qui vient de publier l’excellent Ordures ! Journal d’un vidangeur, nous en met plein les sens avec le récit passionnant de ce qu’il jette dans le camion toute la journée. Voilà un métier qu’il exerce par passion trois jours par semaine, malgré une maîtrise en administration internationale, et qui lui permet aussi de pratiquer le « freeganisme », une forme de revalorisation de nos déchets. « La production annuelle de déchets solides a dépassé les 2 milliards de tonnes dans le monde et devrait atteindre 3,4 milliards en 2050. On trouve des ordures jusque dans l’espace. Près de 10 000 tonnes orbitent autour de la Terre. Devrais-je envoyer mon CV à la NASA ? » écrit le vidangeur de 38 ans. Son professeur, le philosophe Alain Deneault, lui a conseillé d’écrire ce livre. Ces témoignages d’ouvriers scolarisés et capables d’observer le monde à la Zola sont aussi rares que précieux. » – Josée Blanchette


Simon Paré-Poupart, titulaire de la maîtrise de l’École nationale d’administration publique (ENAP, Québec) a été collaborateur au livre De quoi Total est-elle la somme ? Multinationales et perversion du droit d’Alain Deneault, comme assistant à la rédaction.

«L’économie de la nature» parmi les comptes rendus de lecture de Bruno Marquis

Image © pngtree

Presse-toi à gauche

Par Bruno Marquis
15 octobre 2024

« Ce brillant petit essai est d’une lecture un peu ardue au départ, mais on y prend goût assez vite. Il nous décrit intelligemment comment, au cours des deux derniers siècles, le terme « économie » a pu être dévoyé de son sens général englobant l’ensemble du monde naturel à une approche essentiellement comptable et utilitaire, mettant en fin de compte l’humain en opposition avec la nature. C’est le premier « feuilleton théorique » d’une série de six de l’auteur. J’aurai tôt fait de lire aussi le second, « L’économie de la foi ». » – Bruno Marquis

Extrait :

La science économique n’a pas seulement neutralisé la notion d’ « économie de la nature », mais elle l’a totalement intégrée au rang de ses savoirs et capitaux. Les entités multinationales et leurs actionnaires se fantasment aujourd’hui comme des souverains de l’évolution, celle qui, hier encore, nous fascinait comme une chose infinie. Leurs technosciences ont pénétré les secrets repliés de la génétique, au point de prétendre à la pleine maîtrise de la nature. Il s’est ensuivi au dernier tiers du XXe siècle des effets de manipulations inouïes dans le domaine animal et végétal. Maintenant, des exploits génétiques et agricoles d’apprentis sorciers perturbent en profondeur les écosystèmes, plus qu’ils ne les contrôlent. C’est à eux qu’on attribue en Europe la disparition de 80 % des insectes, parmi lesquels de forts contingents d’abeilles. »

Extraits de la conférence Repenser l’écologie dans un monde en « polycrise »

La conférence Repenser l’écologie dans un monde en « polycrise » d’Alain Deneault a eu lieu à l’UQAM (Université du Québec à Montréal) le 18 avril 2024 sur l’invitation des Amis du Monde diplomatique.

Repenser l’écologie dans un monde en « polycrise » Une conférence d’Alain Deneault – Extraits

:: Pour une meilleure qualité d’image visionnez les extraits dans une petite fenêtre ::

Repenser l’écologie dans un monde en « polycrise » d’Alain Deneault – Partie 1 – Durée : 14 min 21 sec
Repenser l’écologie dans un monde en « polycrise » d’Alain Deneault – Partie 2 – Durée : 18 min 55 sec
Repenser l’écologie dans un monde en « polycrise » d’Alain Deneault – Période de questions (extrait) – Durée : 2 min 7 sec

« Notre siècle est à l’évidence multicrise en ce qui concerne le pouvoir outrancier des multinationales, l’effondrement annoncé des agencements écologiques, les guerres, les crispations identitaires, la perte de repère institutionnelle des citoyens et l’angoisse qui s’ensuit à la manière d’un problème de santé publique.

Alain Deneault intervient sur la possibilité d’agir dans un monde en polycrise sous l’angle de l’écologie. Sans être une panacée, la notion de biorégion peut être une façon de se donner collectivement un objet nous permettant de nous structurer collectivement. » – Source : Les Amis du Monde diplomatique

Extraits de la discussion avec Alain Deneault sur le film La (très) grande évasion présenté à la Cinémathèque québécoise

Extraits de la discussion avec Alain Deneault animée par Stéphanie Bourbeau sur l’évasion fiscale suite à la projection du film La (très) grande évasion de Yannick Kergoat à la Cinémathèque québécoise le 30 septembre 2024.

Extrait de la discussion avec Alain Deneault animée par Stéphanie Bourbeau à la Cinémathèque québécoise – 30 septembre 2024 – Durée : 1 min 45 sec – 1/11
Extrait de la discussion avec Alain Deneault animée par Stéphanie Bourbeau à la Cinémathèque québécoise – 30 septembre 2024 – Durée : 1 min 08 sec – 2/11
Extrait de la discussion avec Alain Deneault animée par Stéphanie Bourbeau à la Cinémathèque québécoise – 30 septembre 2024 – Durée : 2 min 22 sec – 3/11
Extrait de la discussion avec Alain Deneault animée par Stéphanie Bourbeau à la Cinémathèque québécoise – 30 septembre 2024 – Durée : 2 min 19 sec – 4/11
Extrait de la discussion avec Alain Deneault animée par Stéphanie Bourbeau à la Cinémathèque québécoise – 30 septembre 2024 – Durée : 5 min 44 sec – 5/11
Extrait de la discussion avec Alain Deneault animée par Stéphanie Bourbeau à la Cinémathèque québécoise – 30 septembre 2024 – Durée : 4 min 49 sec – 6/11
Extrait de la discussion avec Alain Deneault animée par Stéphanie Bourbeau à la Cinémathèque québécoise – 30 septembre 2024 – Durée : 2 min 37 sec – 7/11
Extrait de la discussion avec Alain Deneault animée par Stéphanie Bourbeau à la Cinémathèque québécoise – 30 septembre 2024 – Durée : 2 min 58 sec – 8/11
Extrait de la discussion avec Alain Deneault animée par Stéphanie Bourbeau à la Cinémathèque québécoise – 30 septembre 2024 – Durée : 1 min 21 sec – 9/11
Extrait de la discussion avec Alain Deneault animée par Stéphanie Bourbeau à la Cinémathèque québécoise – 30 septembre 2024 – Durée : 1 min 20 sec – 10/11
Extrait de la discussion avec Alain Deneault animée par Stéphanie Bourbeau à la Cinémathèque québécoise – 30 septembre 2024 – Durée : 3 min 03 sec – 11/11

La tournée est une réalisation de Funambules Médias en collaboration avec les partenaires : AREQCaisse d’économie solidaire Desjardins, le syndicat des MétallosÉchec aux paradis fiscauxConseil central des syndicats nationaux de l’Outaouais-CSNAttac-Québec, Éditions Écosociété.

« La Cinémathèque québécoise a reconduit le film pour une semaine supplémentaire jusqu’au 9 octobre. » – Cinéma sous les étoiles – Funambules Médias

Essais sur les paradis fiscaux d’Alain Deneault

Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï d’Alain Deneault publié chez Lux Éditeur est en librairie depuis le 3 octobre en Amérique du Nord et à paraître en Europe le 25 octobre 2024 !

La (très) grande évasion, ou l’histoire des causes du déclin de nos services publics

Photo © Gilles Gagné – Le Soleil

Le Soleil

Par Gilles Gagné
(Collaboration spéciale)
22 septembre 2024

« […] Largement québécoise, cette tournée canadienne a débuté à Carleton-sur-Mer, un lieu de diffusion lié au fait qu’Alain Deneault, qui accompagne cette tournée, vit relativement proche de la Gaspésie, puisqu’il est établi dans la Péninsule acadienne, au Nouveau-Brunswick.

Spécialiste réputé des questions d’évasion fiscale, M. Deneault est interviewé dans le documentaire de Yannick Kergoat. Il vante l’approche originale de ce film.

«Il y a eu beaucoup de documentaires sur l’évasion fiscale au fil des ans. Celui-là a la particularité de faire l’histoire de la pseudo-lutte des états contre l’évasion fiscale», affirme le philosophe.

[…] Alain Deneault souligne que le système fiscal actuel, largement influencé par les besoins des firmes multinationales, «crée une distorsion de concurrence», parce que «les PME paient une plus grande part d’impôt que les géants».

Au sujet de la légalité du régime fiscal, le philosophe pourfend la perception selon laquelle «la loi, c’est la volonté des dieux, (parce) qu’elle est transcendante. Mais elle est votée, cette loi».

Dans le même ordre d’idées, Yannick Kergoat fait valoir dans le film que «rien ne changera tant que les élus dépendront des riches».

Échanges avec le public

Après le visionnement, Alain Deneault a longuement échangé avec le public gaspésien. À Catherine Cyr-Wright, qui lui a demandé «comment on change cette culture», le philosophe a pris quelques minutes pour souligner qu’un point régulièrement escamoté par le citoyen financièrement privilégié trouvant légitime de ne pas payer d’impôt, «c’est qu’il doit aux infrastructures publiques ses possibilités d’enrichissement».

Mettant Elon Musk, les Desmarais, la famille Irving et Jeff Bezos, d’Amazon, dans le même sac, M. Deneault a insisté sur la nécessité de mettre l’accent sur l’achat local.

«Si vous achetez un livre à votre libraire local, l’argent reste ici. Si vous l’achetez sur Amazon, votre argent part aux Bermudes. On a au moins une marge de manœuvre», résume-t-il.

À Danielle Cyr, qui trouve que Yannick Kergoat n’a pas parlé du rôle des actionnaires de sociétés multinationales dans tout l‘enjeu fiscal, et qui se demande «à partir de quel âge» cette éducation doit-elle être amorcée, Alain Deneault a aussi répondu en fonction d’un préambule assez touffu.

«J’ai donné des cours en Haïti à des illettrés en 2009, et ils comprenaient tout parce qu’ils vivent les injustices (découlant de l’évasion fiscale) dans leur chair. Quelques jours plus tard, à Montréal, avec des gens aux études supérieures, j’ai eu toutes les difficultés à leur faire comprendre les mêmes réalités. Est-ce que ça passe par des cours ? Je ne suis pas certain», dit-il.

Alain Deneault croit que l’effondrement du système capitaliste, en dépit de la formidable accumulation de richesse de ses défenseurs, est déjà amorcé et que le salut se trouve dans «une perspective bio-régionale. Il faut se préparer à « l’après», organiser la vie sur une échelle régionale ».

Son prochain livre, Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï, paraîtra le 3 octobre, répondra entre autres à la question «Que faire ?» dans le contexte actuel.

Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï d’Alain Deneault publié chez Lux Éditeur – À paraître le 3 octobre 2024

Essais d’Alain Deneault

Alain Deneault à travers le Québec pour relayer les thèses d’un documentaire sur l’évasion fiscale

Photo @ Faustine Lefranc

Le Droit / La Voix de l’Est / Le Quotidien / Le Nouvelliste

Par Yves Bergeras
22 septembre 2024

L’auteur et philosophe Alain Deneault entame, à partir du 22 septembre, une tournée à travers le Québec afin de soutenir la diffusion du documentaire La (très) grande évasion, qui invite à une réflexion collective sur la justice fiscale et les inégalités économiques.

[…] Alain Deneault sera présent à chaque projection, à l’issue desquelles il prendra la parole pour creuser les thèmes qui traversent le film, débattre (en compagnie d’un modérateur qui sera désigné pour chaque région visitée) et répondre aux questions du public.

M. Deneault a consacré plusieurs essais à l’évasion fiscale et à ce qu’il perçoit comme l’actuelle «dérive de l’ultralibéralisme sauvage» mondiale.

Il a notamment fait paraître les ouvrages Offshore: paradis fiscaux et souveraineté criminelle (2010), Paradis fiscaux : la filière canadienne (2014) et De quoi Total est-elle la somme? Multinationales et perversion du droit (2017).

Le phénomène, dont il dénonce l’iniquité depuis longtemps, est à ses yeux largement responsable du «déficit démocratique» des systèmes de gouvernance.

Bien que conformes à la légalité, les méthodes d’optimisation fiscales cachent en réalité «un système de tricherie», vitupère Alain Deneault, face à la caméra.

Image de la bande-annonce avec l’extrait d’Alain Deneault

[…] Son réalisateur, le Français Yannick Kergoat, a fait un travail d’enquête archivistique des plus sérieux, alors qu’il soulève, images à l’appui, les contradictions manifestes qu’il observe dans les discours des politiciens – d’Europe, principalement – aux manettes des grandes décisions économiques.

Le documentaire La (très) grande évasion de Yannick Kergoat présenté au Québec par Alain Deneault

Il adopte un ton qui se veut tour à tour didactique ou pamphlétaire, sans toutefois s’interdire une bonne dose de sarcasme, notamment vis-à-vis des promesses servies au fil des ans par des politiciens qui réagissaient, scandalisés, aux vagues d’indignation populaire causées par la fuite des Panama Papers (listant les noms de 40 000 sociétés offshores administrées par le cabinet Mossack Fonseca) ou celle des Luxembourg Leaks (des accords secrets signés pour permettre à 300 multinationales d’échapper à l’impôt), mais aussi vis-à-vis du sort réservé aux lanceurs d’alerte.

[…] La tournée de projections en présence d’Alain Deneault est organisée par Funambules Médias, organisme voué à la diffusion de documentaires sociaux et politiques. »

Une présentation de Funambules médias et ses partenaires: AREQCaisse d’économie solidaire Desjardins, le syndicat des MétallosÉchec aux paradis fiscauxConseil central des syndicats nationaux de l’Outaouais-CSNAttac-QuébecÉditions Écosociété.

Essais d’Alain Deneault

Il est possible de comprendre l’évasion fiscale, et même dans le plaisir

Le Devoir

Par Éric Desrosiers
21 septembre 2024

[…] Après un documentaire sur la collusion entre les médias et le pouvoir politique (Les nouveaux chiens de garde), le réalisateur (Yannick Kergoat), scénariste et monteur avait envie de faire un film sur les travers de la finance. Avec ses amis, le producteur Bertrand Faivre et le journaliste Denis Robert, il a choisi de s’attaquer à la question de l’évasion fiscale.

[…] Le fruit de quatre ans de travail, La (très) grande évasion a finalement pris l’affiche en France à la fin de 2022. Un peu à la manière d’autres films produits ces dernières années sur des sujets économiques et financiers, le documentaire d’un peu moins de deux heures marie le travail de vulgarisation, les prises de position et, étonnamment, l’humour et le divertissement.

Les Québécois pourront en juger par eux-mêmes. Le film sera de passage prochainement dans un peu plus d’une demi-douzaine de villes, dont Carleton-sur-Mer (22 septembre), Rimouski (23 septembre), Québec (24 septembre), Montréal au Cinéma Beaubien ( 26 septembre) et Cinémathèque (du 26 septembre au 3 octobre), Gatineau (28 septembre), Sherbrooke (30 septembre), Caraquet (10 octobre) et Salaberry-de-Valleyfield (27 novembre). Fidèles à une tradition chère au coeur de son réalisateur, les projections seront suivies d’une discussion, cette fois-ci avec l’essayiste et philosophe québécois Alain Deneault.


** […] Après bien des tractations et des atermoiements, plus d’une centaine de pays y ont convenu, entre autres, d’un nouveau mécanisme d’échanges automatiques d’information sur leurs ressortissants qui ouvrent des comptes bancaires à l’étranger. Plus de 145 pays et juridictions sont également à mettre en place de nouvelles règles forçant les plus grandes entreprises à rapporter où se trouvent réellement leurs activités, leurs employés et leurs ventes, afin de s’assurer qu’elles payent au moins un impôt minimum de 15 % sur leurs profits.

Le documentaire n’accorde pas beaucoup de crédit à cette démarche ni de temps à l’expliquer et à la vulgariser. Tout cela n’est qu’une « machine à nous faire perdre du temps » inventée par des « pompiers pyromanes » qui n’ont aucune véritable intention de changer l’ordre des choses, y assène Alain Deneault.

Ce n’est toutefois pas l’avis de tout le monde. À commencer par Gabriel Zucman, lui-même qui qualifiait déjà, en 2021, les nouvelles règles visant les multinationales « d’historiques, d’insuffisantes et de prometteuses ». Il disait alors que le taux d’imposition minimum de 15 % était « beaucoup trop bas, [mais] que rien n’empêchera la suite de passer rapidement à 25 % ». **

** [ Il est à noter – contrairement à ce qui est mentionné dans les trois derniers paragraphes de cet article – qu’Alain Deneault n’a pas dénoncé mais plutôt salué l’initiative internationale d’une taxe de 15% sur les bénéfices des multinationales, et ce, dans les pages du Monde diplomatique de juillet 2021, soit un an après l’entretien qu’il a accordé à monsieur Kergoat. ] **

Et les multinationales paieront (un peu) par Alain Deneault
Le Monde diplomatique – Juillet 2021

Essais sur les paradis fiscaux d’Alain Deneault

« Comment va le monde? Penser la transition » thème d’un symposium international à Beit al-Hikma

L'économiste maghrében
16 mai 2024

Ce symposium sera organisé par l’Académie Beit al-Hikma, en partenariat avec le «Merian Centre for Advanced Studies in the Maghreb» (MECAM), la Philipps-Universität Marburg et l’Université de Tunis, en présence d’éminents chercheurs universitaires, penseurs et auteurs, tunisiens et étrangers.

Fondé en avril 2020, le MECAM est un centre international de recherche interdisciplinaire et d’échanges universitaires situé à l’Université de Tunis. Ce projet commun d’un consortium d’institutions de recherche, tunisiennes et allemandes renommées, est est coordonné par la Philipps-Universität Marburg et l’Université de Tunis et soutenu par l’Universität Leipzig, le German Institute for Global and Area Studies (GIGA) à Hambourg/Allemagne, le Forum Transregionale Studien à Berlin/Allemagne, l’Institut Tunisien des Études Stratégiques (ITES) à Tunis/Tunisie et l’Université de Sfax/Tunisie.

[…] Au deuxième jour, les interventions porteront sur les thèmes suivants: “Fin du monde et cris de résistance. Le défi politique de la souffrance dans un temps fracturé” (Roberto Beneduce) ; “Le pouvoir de la peur” (Isabel Sanfeliu), “Gaza, le cimetière marin” (Youssef Seddik); “Critiques ordinaires d’un monde injuste: enquête sur le regard des jeunes en Tunisie” (Imed Melliti), “Les laissés pour compte dans les démocraties contemporaines” (Michel Tousignant); “Les multinationales : au service de qui ?” (Alain Deneault) ; “Au-delà du principe utilitariste de la démocratie moderne” (Christian Laval); “Black Mirrors : l’identification symbolique et imaginaire” (Fernando Hartmann). […]

Northvolt Six, un enjeu de justice fiscale?

Photo © Chritinne Muschi – La Presse canadienne

Le Devoir

« […] De plus, un traité bilatéral signé en 1999 avec le Luxembourg pourrait bien faciliter les opérations d’évitement fiscal pour le géant suédois. D’après une publication de l’IRIS (2023), la société Northvolt est détenue à hauteur d’environ 5 % par une entreprise établie au Luxembourg. Or, le Luxembourg est une « plaque tournante de l’évitement fiscal », c’est-à-dire qu’en déclarant leurs profits au Luxembourg, les multinationales sont en mesure de bénéficier d’un taux d’imposition quasi nul. Dans ces conditions, pourquoi financer publiquement une entreprise qui pourrait tenter d’échapper à l’impôt ? […]

La probabilité élevée que l’entreprise suédoise puisse recourir à l’évitement fiscal rend d’autant plus saillante la question de la justice fiscale. Selon Alain Deneault, les « politiques de complaisance » et les paradis fiscaux doivent être considérés comme des problèmes typiques de la mondialisation, au même titre que les réseaux de crime organisé et de blanchiment d’argent. Un travail de recherche de grande ampleur, réalisé en 2018, est venu confirmer l’étendue des pertes fiscales induites par les paradis fiscaux : celles-ci pourraient atteindre plus de 500 milliards de dollars américains. […]

En effet, l’empressement des gouvernements à investir dans la « filière batterie » et leur obstination à voir la transition énergétique comme une occasion d’affaires écartent la possibilité d’un dialogue social constructif qui nous ferait cheminer vers un avenir énergétique juste et viable, comme le soutient un récent manifeste publié par un regroupement de la société civile. »

Par François Le Roy
26 janvier 2024