Rémi Villemure s’entretient avec Alain Deneault à son podcast politique et culturel Il reste du monde avec René Villemure en partenariat avec le studio Kampus média. Trois courts extraits peuvent être visionnés sur YouTube et Facebook (Meta). L’entretien au complet est réservé aux membres. – 15 mars 2026
Le pouvoir des médiocres ou L’Empire de la médiocrité nous mène à la guerre. Entretien avec Alain Deneault àTheSwissBox Conversation. Balado épisode # 163 . Durée : 1 h 51 min 23 sec – 28 février 2026
« Dans cet entretien, nous interrogeons les structures profondes de nos sociétés contemporaines : sommes-nous encore en démocratie ou évoluons-nous dans un système où le pouvoir réel échappe au politique ?
Alain Deneault analyse les mécanismes invisibles qui organisent la dépossession collective : financiarisation, gouvernance technocratique, dilution des responsabilités, capture des institutions. Il propose une lecture rigoureuse et exigeante de notre époque, loin des polémiques superficielles.
Il ne s’agit pas seulement de dénoncer, mais de comprendre pour mieux se défendre.
Un échange dense, structurant, qui invite à penser au-delà des catégories convenues. » – TheSwissBox Conversation
Chapitrage : 00:01:48 - Vision des dirigeants actuels 00:15:33 - Responsabilité présente et futur de la population 00:43:17 - Moralité des institutions 00:53:38 - Le concept de la gouvernance 01:01:48 - Le mot économie dans notre histoire 01:14:33 - Esprit et philosophie 01:24:30 - Regard sur la démocratie 01:32:00 - L'anxiété et l'angoisse 01:43:42 - Conclusion
Penser demain avec Alain Deneault. Les animateurs Édouard Goupil-Leroux & Alexandre Poiré reçoivent Alain Deneault pour le troisième épisode du balado étudiant « Éthique en pratique » de l’Institut d’éthique appliquée de l’Université Laval (IDÉA). Durée : 1 h 32 min – 23 mars 2026
« Dans cet épisode, nous recevons Alain Deneault, philosophe et professeur à l’Université de Moncton au campus de Shippagan. En clarifiant certains concepts centraux de sa réflexion comme l’économie, la gouvernance et plus récemment le biorégionalisme, cet entretien propose de sonder le monde dans lequel nous vivons avec un regard philosophique tout en gardant en filigrane la question « Comment penser demain ? ». » – Balado de l’IDÉA
Alain Deneault est mentionné à deux reprises lors de l’entretien animé par Patrick Masbourian à l’émission Tout un matin à Radio-Canada avec les invités Pierre Mouterde et David Murray à l’occasion de la parution de l’essai Avant d’en arriver là – Essai choral sur le péril fasciste publié aux Éditions Écosociété. Alain Deneault fait partie des 18 auteur·es. du livre. Durée : 14 min – 20 janvier 2026
« Pierre Mouterde, sociologue et spécialiste des mouvements sociaux en Amérique latine, et David Murray, éditeur à Écosociété, discutent de la montée de l’extrême droite dans le monde à l’occasion de la sortie du livre Avant d’en arriver là. » – Tout un matin, Radio-Canada
Comment se préparer au monde qui vient ? Entretien avec Alain Deneault et Pablo Sévigne par Anne-Cécile Bras, animatrice de l’émission C’est pas du vent sur les ondes de Radio France Internationale (RFI). Durée : 48 min 30 sec – 15 janvier 2026
« Nous sommes entrés dans une zone de turbulences. Les secousses ce sont les sécheresses, les inondations, les mégafeux et autres événements extrêmes qui rendent notre environnement incertain. C’est aussi l’émergence de dirigeants aux propos et aux actions inimaginables jusqu’à peu. Faut-il les citer ? L’accroissement des inégalités qui attise la haine, la circulation des infox qui détourne des réalités du monde… » – C’est pas du vent
« Je présente l’émission C’est pas du vent depuis 17 ans et je peux vous dire que tout ce que nos invités ont annoncé dans cette émission se concrétise plus vite et plus fort que ce qu’ils avaient prévu. La tentation est forte de fermer ses yeux et ses oreilles en attendant que ça passe. Mais ça ne passera pas… Alors autant se préparer à affronter les tempêtes ! Nos deux invités portent un regard lucide sur le monde dans lequel nous vivons et ils ont des solutions concrètes et à la portée de chacun d’entre nous à nous proposer. Je vous propose de les écouter et j’espère qu’à la fin de cette émission, vous serez un peu réconfortés. » Anne-Cécile Bras.
Alix Dufresne et Christian Lapointe se livrent à des improvisations hardies en s’inspirant du philosophe Alain Deneault.
« Le cauchemar de l’acteur qui arrive sur scène sans avoir répété et qui, en plus, est tout nu… Nous, on le vit et on s’est fait ça à nous-mêmes. » Alix Dufresne décrit ainsi, avec un brin d’humour, le saut dans le vide auquel elle se prête, avec son comparse Christian Lapointe, à chaque représentation d’Use et abuse.
Dans ce spectacle, créé en mars dernier à l’Usine C et repris ces jours-ci à La Chapelle Scènes contemporaines puis au théâtre Périscope, le tandem improvise depuis un canevas et au son d’une conférence d’Alain Deneault, projetée en fond de scène. Une démarche qui n’est pas sans rappeler Hidden Paradise, que Dufresne a imaginé (et longtemps interprété) avec Marc Béland à partir d’une entrevue radiophonique sur les paradis fiscaux accordée par le philosophe.
L’exposé intituléComment l’« industrie culturelle » use et abuse de l’art traite plutôt de la vampirisation de la création artistique par le système capitaliste, et ce, de deux manières. D’une part, les décideurs « reprennent les codes artistiques pour théâtraliser leur discours. Un spot s’allume, je me retourne au bon moment, je prends une pose savante pour créer un effet… » illustre Alix Dufresne. D’autre part est imposée à l’art une logique marchande, tant en ce qui concerne la gestion des procédés de production que la commercialisation des œuvres. « Moi, je sais lire des états financiers, je sais ce qu’est un grevé d’affectation reporté sur cinq ans […]. On nous a forcés à être des entrepreneurs », affirme Christian Lapointe.
Pour illustrer ces constats, Dufresne et Lapointe ne reculent pratiquement devant rien. « On incarne les idées dont parle Alain Deneault. On donne à voir la violence institutionnelle, en fait », explique l’âme dirigeante de la compagnie Carte blanche. « On voit de jeunes artistes annuler leurs spectacles parce qu’ils n’ont pas eu leur financement. Je le comprends, mais, en même temps, ce qui fait qu’on dure, c’est notre capacité à endurer cette violence institutionnelle. Pour se faire dire oui, il faut encaisser 50 refus. Ça, à la longue, ça use », ajoute-t-il.
Le créateur ne nie pas qu’aujourd’hui, la compagnie qu’il a fondée bénéficie de subventions, un privilège obtenu après moult années de persistance. L’homme de théâtre cite à ce propos Marie-Hélène Falcon, cofondatrice de l’événement désormais connu comme le Festival TransAmériques. « [Elle] disait qu’au Québec, c’est une fois que nos artistes sont épuisés qu’on leur accorde un peu de moyens. »
Christian Lapointe tient pourtant à réitérer que « la conférence n’est pas à propos du fait que les artistes sont pauvres, c’est à propos du fait qu’on se fait usurper nos outils, que l’inventivité des artistes génère des mécanismes de représentations qui sont ensuite récupérés par des gens de pouvoir de tout acabit. Et qu’on devrait être capable d’exposer [ces mécanismes], de les détricoter. La performance essaie, de manière ludique et féroce, de faire ça. »
Corps politiques
Selon Deneault, les artistes seraient les plus à même de renverser cette capitalisation de l’art. Par exemple, en déconstruisant le modèle autour duquel s’articulent la plupart des manifestations culturelles — en le subvertissant en quelque sorte.
Aux yeux d’Alix Dufresne, c’est principalement en cela que réside le caractère séditieux d’Use et abuse. « Ce n’est pas qu’on soit nus sur scène, qu’il y ait de la violence auto-infligée, de la sexualité très crue ou de l’humiliation. […] La vraie transgression, c’est la façon dont on a fait notre production. Comment on s’organise, comment on pense, qu’est-ce qu’on dépense ou non. Elle est dans la fragilité avec laquelle on arrive sur scène, parce que [notre spectacle] n’est pas un produit, on ne le contrôle pas. »
Or, tout au long de la représentation, les artistes se photographient et transforment ces images en NFT, en jetons non fongibles, c’est-à-dire un type de cryptomonnaie qui a valeur d’œuvre d’art, explique Lapointe. « Même quand on fait des actions ignobles, précise sa collègue, on s’assure de s’arrêter pour se prendre en photo et, théoriquement, celles-ci iraient dans un encan où les gens pourraient investir. »
Use et abuse Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne Inspiré de la conférence d'Alain Deneault Une production de Carte blanche La Chapelle Scènes Contemporaines 1er au 6 décembre 2025 - 19 h 30 3700 Rue Saint-Dominique, Montréal, Québec H2X 2X8 Durée 1 h - Billetterie ici Interdit aux personnes de moins de 18 ans
Présenté an français avec surtitrage en anglais les 2 et 5 décembre.
La représentation du 5 décembre sera suivie d'une discussion entre Alain Deneault (participation à distance), Alix Dufresne et Christian Lapointe.
Une table de vente, tenue par la librairie Le Port de tête, sera présente lors des représentations, proposant une sélection d’ouvrages d’Alain Deneault et de Christian Lapointe.
Entretien avec Alain Deneault Propos recueillis par Aurélien Berthier 28 avril 2025
Préparer et faire advenir le monde d’après
Avec l’avènement d’une révolution populiste et réactionnaire dans divers pays, États-Unis en tête, on sent de nombreuses possibilités de bascules. Notamment une indifférence totale au dérèglement climatique et à l’effondrement de la biodiversité. Ainsi qu’une poursuite effrénée de l’exploitation de la nature et des activités extractivistes à tout crin. Rencontre avec le penseur du capitalisme contemporain Alain Deneault, pour voir comment faire face à cette question climatique et à l’angoisse qu’elle suscite. Il renverse le Que faire ? de la gauche qui propose des programmes clés en main inhibant en un Faire que ! appelant à l’action pour sortir de la sidération. Alors que ni l’État ni le capital ne semblent en mesure d’enrayer le désastre, le philosophe canadien, imagine ainsi un « dessein » désirable et solide à faire advenir : la biorégion.
Votre livre Faire que ! est sous-titré « L’engagement politique à l’ère de l’inouï ». Est-ce qu’on est allé avec l’élection de Donald Trump aux États-Unis encore un cran plus loin en matière d’inouï ?
Le caractère grave de notre époque porte sur le fait que nous sommes confrontés à des perspectives extrêmes relatives aux bouleversements climatiques et à la perte de biodiversité qui neconcernentplus la décision humaine. Nous sommes face à un phénomène que j’ai qualifié, avec tant d’autres, d’autonome et d’exponentiel. Le peu que ces souverains pourraient faire pour atténuer le choc est à présent mis de côté. Les quelques options qui nous restent pour rectifier le tir sont absolument négligées par des pouvoirs fascistoïdes qui inaugurent une ère de pur rapport de force. Non seulement concernant la géopolitique, l’accès aux terres, le contrôle des populations, mais aussi le discours, la description des faits et la prétention à la vérité.
Face à cela, il existe une opposition, mais elle n’est pas spécialement réjouissante, comme ici au Canada – pays qui est la cible explicite de velléités d’annexion répétées de la part de Donald Trump. Cette opposition provient, pour le moment, de la droite traditionnelle, pourtant un temps tentée par le trumpisme, et qui revendique un retour au néolibéralisme tel qu’il a pu être encadré, réfléchi, légiféré depuis la chute du mur de Berlin. On n’a donc même plus une opposition gauche/droite, mais une opposition droite hyper libérale/extrême droite. Comme d’ailleurs dans beaucoup de pays d’Europe aujourd’hui.
On vit actuellement l’avènement du climatoscepticisme ou, du moins, de l’indifférence à la catastrophe écologique qui arrive. Est-ce que la franchise du populisme d’extrême droite — qui assume ouvertement la destruction du monde, son exploitation jusqu’à la dernière miette — pourrait paradoxalement ouvrir des opportunités politiques pour la gauche, là où le capitalisme vert faisait miroiter des solutions factices comme le développement durable ?
Oui, mais à deux conditions. D’abord qu’on inventorie les points communs entre l’extrême centre (cette droite néolibérale déguisée en centre) et l’extrême droite. En sachant que si cette dernière nous terrifie encore plus que l’extrême centre, elle mérite davantage notre respect au sens où elle a le mérite d’assumer ses convictions et de jouer franc jeu. Alors que ce qui caractérise l’extrême centre, c’est le louvoiement, le travestissement et la fausse conscience.
Ensuite, il faut développer un autre rapport à l’écoangoisse qui est un rapport au vide, à l’impensable, à l’inouï puisqu’il n’existe pas de précédent à ces mutations du climat et de la biodiversité qui permettrait de les penser. Éprouver de l’angoisse est en réalité nécessaire et un signe de bonne santé mentale. C’est-à-dire qu’il faut en passer par là, il faut vivre et assumer l’angoisse. Mais par contre, il ne faut pas s’y stationner ou en faire un trait identitaire. Passer par l’angoisse, c’est accéder à cette formidable énergie psychique. Une énergie qui demande, si on l’accepte, la création d’objets de pensée, l’élaboration de desseins.
Que se passe-t-il si on ne l’accepte pas, qu’on résiste à cette écoangoisse ?
Lorsqu’on est mû par l’angoisse et qu’on y résiste, on associe cette énergie psychique qui fonctionne à vide à des objets de substitution. Par exemple à des boucs émissaires que l’extrême droite nous offre sur un plateau. Ou à des phénomènes d’identité sociétaux, qui partent de critiques historiquement pertinentes et nécessaires, mais qui se trouvent parfois exacerbés de manière frénétique et délirante. Ou encore à des objets de conversion, qui relèvent plutôt de l’hystérie, où il s’agirait de voir la partie pour le tout et de penser, par exemple, qu’en supprimant des pailles en plastique on réglera un problème gravissime et majeur.
Il y a actuellement un vide quant à ce que l’inouï commande en termes de réponses. Il y a là un besoin formidable. Et c’est parce qu’on n’arrive pas à élaborer des référents qui soient à la hauteur des enjeux qu’on se retrouve avec un foisonnement de vanités c’est-à-dire d’objets de substitution. Parce que des idées comme le développement durable ou la haine de l’autre ne font évidemment pas le poids pour régler cet enjeu climatique qui nous crève les yeux, mais qu’on cherche par tous les moyens à éviter.
Lorsqu’on résiste à l’angoisse, on reste donc dans le régime des objets de substitution, dans l’état actuel des choses. Mais si on arrive à assumer le vide qui se présente à soi, on s’apercevra assez vite que l’angoisse est un véritable réservoir d’énergie psychique pour investir des objets à produire, c’est-à-dire pour travailler à l’élaboration de desseins, de concepts.
J’ajouterai qu’il faut veiller à élaborer des concepts qui soient à la fois lucides et joyeux, les deux en même temps. La lucidité seule, c’est par exemple celle du GIEC, des sciences exactes, avec des scénarios sur des échelles immenses par rapport à des perspectives imprenables, quant à des enjeux qui noient l’humain dans une masse. On se retrouve dans des contextes d’anomie : on n’est plus rien, on ne compte plus. Une situation, comme l’indiquait le sociologue Émile Durkheim, qui favorise le suicide.
Maintenant, si on part des données que les sciences exactes nous fournissent pour ensuite se consacrer à la politique, c’est-à-dire en la considérant comme un genre autonome de la science, on va réapprendre à parler en investissant des concepts, des desseins, des perspectives qui soient adaptés aux situations sensibles et circonstancielles des uns et des autres. La joie qui peut se dégager de ce chemin réside dans ce que Nietzsche appelait un gai savoir, c’est-à-dire une série de pulsions qui nous amènent à nous engager dans le sens le plus difficile, mais aussi le plus stimulant, le plus enthousiasmant. Pour ma part, la notion de biorégion est un dessein de ce type. Il permet d’aborder le réel avec joie tout en étant lucide. Ce qui fait que l’objet est crédible, qu’il n’est pas un objet de substitution de plus qui nous ferait retourner à la case angoisse car on voit bien qu’il ne fait pas le poids.
La question « Que faire ? » parcourt comme un mantra les milieux de gauche depuis longtemps. Elle revient aujourd’hui, dans les temps incertains que nous vivons avec une plus grande fréquence encore. Pour vous, si elle possède une certaine force, cette question est aussi piégeuse. En quoi poser les choses sous forme de « Que faire ? » pose-t-il problème et peut nous mener à l’inaction ?
La question « Que faire ? » a ses vertus. Elle est toujours neuve, toujours fraiche. Dès le moment qu’on pense Que faire ? en politique, toute une batterie de problèmes se pose et on serait bien avisé d’en prendre conscience.
Cependant, la question a quelque chose de dissonant puisqu’en même temps qu’elle appelle au faire, la formule se termine par un point d’interrogation. Elle appelle au faire, mais se voit faire. On fait, mais en même temps qu’on fait, on se demande si on fait bien, si on devrait faire comme on fait… Tout est concentré dans ce « que » qui est un pronom interrogatif qui appelle un COD. Cela renvoie en somme à une méthode, un parti, des intellectuel·les patenté·es, une stratégie… On est dans l’attente de directives en même temps qu’on veut faire. On est attentif aux ordres.
Vous proposez donc d’inverser les termes, et d’appeler à « Faire que ! ».
Ce procédé grammatical change totalement la signification. À partir du moment où on dit « Faire que ! » avec un point d’exclamation, on n’est plus dans l’attente de directives, mais dans un rapport à ce qui doit advenir.
Le sujet n’est pas non plus le même. Car au fond, qui pose la question Que faire ? s’approprie le droit d’y répondre. À l’inverse, le Faire que ! suppose une subjectivité beaucoup plus ouverte et multiple. En effet, le que du Faire que ! est une conjonction de subordination, qui appelle le temps du subjonctif. Un temps qui est celui des aspirations, des désirs, du souhait, de la projection : faire que, faire en sorte que, faire en sorte que les choses soient telle ou telle. Et qui concerne ainsi toutes celles et ceux qui peuvent s’intéresser à cette perspective-là.
Et ce, même au-delà de l’espèce humaine, au sens où on intègre dans la perspective le vivant pour faire en sorte que nous occupions un espace viable, un espace durable. Et là, on engage au fond un processus démocratique, à une échelle sensée qui n’est pas celle de la géopolitique mondialisée, financière et industrielle, capitalistique, mais qui est nécessairement celle de l’espace qu’on habite, le seul qui soit : l’espace régional.
Qu’est-ce que ça change dans notre manière d’investir le monde aujourd’hui cette idée de se mettre dans le faire au lieu de réfléchir à un programme global, pour ainsi dire clé en main ?
Que faire ? est un programme, Faire que ! renvoie à un impératif. C’est la grande différence. La question du Faire que ! se trouve intimement posée avec un impératif historique qui ne concerne plus la délibération humaine, mais qui concerne plutôt la nécessité de se positionner par rapport à ce qui nous advient par la force des choses et qui est irréversible. A savoir les vastes et profondes perturbations de la situation climatique et la perte de biodiversité. Et donc à toute une série de conséquences qu’on connait : recrudescence de zoonoses, incendies de forêt, inondations, érosion des sols et des côtes, canicules…
Une telle conjoncture appelle à de la créativité politique, culturelle, spirituelle même, économique, celle du génie industriel qui devra s’intéresser au low tech et non plus au high-tech, à la permaculture et non plus à l’agriculture intensive, à l’architecture à partir de matériaux de recyclage accessibles et ainsi de suite. C’est aussi la fin de la mondialisation industrielle et capitalistique.
Il ne s’agit pas d’une option offerte à la carte du restaurant électoral où on se demande ce qu’on va manger pendant 4 ou 5 ans. C’est une question beaucoup plus profonde qui consiste à revoir nos façons de penser, non pas ce qui vient, mais ce dans quoi nous sommes déjà plongés, malgré tous nos dénis. Par quelles formules créatives, adaptées, fécondes, nous allons le faire. Sous peine de nous retrouver devant des vociférateurs d’extrême droite et des petits chefs fascistoïdes, comme c’est légion en situation de crise profonde, qui profiteraient du désarroi collectif pour imposer un pouvoir de circonstance.
Je pense donc qu’il faut pour ce faire se constituer en avant-garde, puisque nous voyons bien que, malgré la situation historique qui nous crève les yeux, une majorité est encore soumise aux séductions du marketing, à la pression des marchés, à l’aliénation du travail et n’arrive pas à manifester un sursaut majoritaire. L’histoire est toujours l’affaire des minorités. Soyons cette minorité, cette avant-garde, et voyons venir. Et quand le moment des choix se posera, lorsque l’écoute sera là dans la population, il y aura alors des gens pour parler, pour penser, pour organiser. C’est le plus important pour le moment. Et c’est une façon pour les écologistes, en écologie politique, de se ménager, pour ne pas prendre sur eux la misère du monde et la responsabilité du déni d’autrui. Nous n’avons pas à porter ça. Mais nous avons, en tant qu’avant-garde, à avancer aussi vite que possible, dans une situation où, hélas, nous sommes dans une très désavantageuse course contre la montre.
Quelle est cette approche, cette pensée et cet agir biorégional qu’on peut préparer ou bien qui s’imposera à nous par la force des choses ?
La biorégion telle que je l’ai travaillée, en partant d’un legs qui a 50 ans aujourd’hui, doit se penser dans un rapport contraire au séparatisme. Il ne s’agit plus de concevoir la région dans un acte d’indépendance politique où on se scinderait en tout ou en partie. Il s’agit plutôt d’anticiper le moment où la région qu’on habite se constatera dans une situation de déréliction par rapport aux pouvoirs centraux, dans un moment où les périphéries seront abandonnées par le centre. Parce que le centre en aura plein les bras : trop d’incendies de forêt, de pandémies, d’inondations, de tsunamis, de tornades, etc. À Mayotte, à Valence, dans la vallée de la Vesdre en Belgique [territoiresaffectés par les inondations de 2021. NDLR], à La Nouvelle-Orléans, dans la région de Clova au Québec [Région boisée soumise à des mégafeux de forêt en juin 2023. NDLR], il n’est pas difficile d’imaginer que par moments, l’État nous abandonne et qu’on est laissé à soi-même.
À ce moment-là, on redécouvre deux rapports de dépendance que le capitalisme mondialisé nous a fait complètement oublier, alors qu’ils sont fondamentaux. D’une part, notre dépendance au prochain, à ceux qui nous environnent : nous redécouvrons un lien de solidarité et une interdépendance. D’autre part, un rapport de dépendance au territoire qu’on occupe et dont il faut prendre soin. Redécouvrant ce rapport de solidarité nécessaire avec l’autre et avec le sol, dans un rayon qu’on peut embrasser du regard, car on ne comptera plus longtemps sur l’importation de fruits ou de biens depuis l’autre bout du monde, il faudra bien apprendre à concevoir la politique, l’économie, le travail, l’élevage au regard de ces nouveaux paramètres. Ces questions se posent tout de suite. L’heure est venue de faire l’inventaire de nos forces, de nos talents, de nos atouts par rapport à ce qui s’annonce comme des besoins, des urgences, des aspirations aussi.
Et il faut ajouter à cela l’accueil de millions de réfugié·es climatiques, qui seront un bienfait, car on aura besoin de ces populations qui se sont passées du capitalisme alors que nous en étions dépendants. Ce sera intéressant d’avoir des gens qui ont pratiqué la tontine, les gacaca [ces tribunaux communautaires et villageois au Rwanda qui ont permis d’essayer de surmonter les conséquences du génocide. NDLR] en droit, ou l’agriculture de subsistance… Ce sont des savoir-faire qui devront être adaptés aux territoires et aux populations.
En vivant un sale quart d’heure universel, les gens des régions respectives se retrouveront dans ce projet universel. Car il ne s’agit pas de travailler pour son bled mais de penser le monde en fonction de circuits courts et au lieu qui nous environne. Ce projet universel supposera d’une manière rigoureuse qu’on pense le rapport au territoire sans que ce soit fait sur un mode arbitraire ou dominateur. Et surtout pas commercial, où il s’agit d’extraire des éléments de son territoire pour des marchés extérieurs en retour d’un pouvoir d’achat nous permettant, à notre tour, de consommer des éléments qui ont été arrachés à leurs lieux respectifs pour qu’on puisse un peu y avoir accès chez soi. Ça, c’est le monde qui est appelé à s’effondrer.
Le 35e Salon du livre de Dieppe, au Nouveau-Brunswick, met l’accent cette année sur un dialogue entre l’Acadie et le reste du monde.
L’événement qui a lieu du 23 au 26 octobre compte sur la participation de plus de 60 auteurs, indique sa directrice, Morgane Bonamy.
« On a bien sûr des auteurs du Nouveau-Brunswick et du Québec et on a été cherché des auteurs français, des auteurs de l’Afrique. […] C’est quand même une ouverture, vraiment l’ouverture à différentes cultures et au monde. » – Morgane Bonamy, directrice du Salon du livre de Dieppe
[…] Une soirée littéraire vendredi au CCNB ayant pour thème Sujet de société rassemble les auteurs Alain Deneault, Sonia Mascolo, Francine Bujold, Fadwa Lapierre, Louise Morneault et Sébastien St-Croix Dubé.
Face à face « nature anxieuse » Avec Alain Deneault et Sébastien St-Croix Dubé Salon du livre de Dieppe Samedi 25 octobre 2025 - 13 h 25 à 13 h 45 Collège communautaire du Nouveau-Brunswick (CCNB) 505 Rue du College, Dieppe, NB E1A 6X2 Entrée gratuite ______________________________________________________
Face à face « politique » Avec Alain Deneault et Réal Godbout Salon du livre de Dieppe Samedi 25 octobre 2025 - 17 h 40 à 18 h 10 Collège communautaire du Nouveau-Brunswick (CCNB) 505 Rue du College, Dieppe, NB E1A 6X2 Entrée gratuite
La Péninsule acadienne comme laboratoire biorégional. Entretien avec Alain Deneault à l’émission L’heure de pointe Acadie animée par Amélie Gosselin sur ICI Première à Radio-Canada autour de la question de la « biorégion ». Durée : 16 min – 3 septembre 2025
Un extrait de l’entretien avec Alain Deneault par Olivier Berruyer ayant pour titre Les médiocres ont pris le pouvoir et conduisent le monde à sa perte du 23 novembre 2024 fait partie de la première compilation des moments forts du média Élucid. L’extrait avec Alain Deneault débute à 23 min 20 sec – 16 août 2025
« L’été est là, et dans l’attente de nous retrouver avec plein de nouvelles interviews à la rentrée, voici une première compilation dans laquelle vous retrouverez quelques moments forts des entretiens de cette année ! Histoire de découvrir (ou redécouvrir) les intervenants exceptionnels et inspirants qui ont fait confiance à Élucid ! Merci à tous pour votre soutien indéfectible tout au long de cette année, on vous prépare plein de belles choses pour la rentrée ! » – Élucid
Les médiocres ont pris le pouvoir et conduisent le monde à sa perte Entretien avec Alain Deneault par Olivier Berruyer chez Élucid Durée 1 h 43 min 2 sec - 23 novembre 2024
Alain Deneault est un philosophe québécois, auteur de nombreux essais comme « La médiocratie, Politique de l’extrême centre », ou encore « Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï », à l’occasion duquel il avait accordé un entretien à Blast. Dans ce texte exclusif, l’intellectuel retrace le parcours du concept de « biorégion » et démontre les raisons pour lesquelles il est un instrument central pour les luttes de demain.
Il y a cinquante ans naissait le concept de biorégion. Ce concept, plus complexe qu’il n’y parait, vise à outiller les communautés qui se choisissent libres de s’organiser en fonction des dynamiques propres à leur territoire, dans un esprit universel. Non plus plaquer sur les lieux ses propres visées mais apprendre à composer avec eux du point de vue de la politique, de la science et de la culture. C’est une révolution, mais elle s’impose par la force des choses, ici et maintenant, où qu’on soit. L’effondrement de la biodiversité, les bouleversements climatiques, la pollution massive, la production de déchets multiples, l’assèchement des eaux, l’érosion des sols, la surpêche, l’épuisement des réserves énergétiques et l’éradication minière rendent impérative l’organisation biorégionale.
Non pas partir du concept de biorégion, mais de l’histoire qui nous y conduit inexorablement. Plutôt qu’une vague utopie ou une option de plus offerte à la carte du restaurant électoral, voir en la « biorégion » le nom d’une réponse à donner à une situation impérative, source historique d’angoisse : la contraction annoncée de la géopolitique de la mondialisation à la région.
Comme à Mayotte, comme à Valence, comme à La Nouvelle-Orléans, Clova au Québec ou Lytton dans l’ouest canadien, des communautés entières secouées par des déluges ou des incendies de forêts sont appelées à redécouvrir crûment deux vérités anthropologiques : elles dépendent en dernière instance d’elles-mêmes, de leur entregent, de leur sens de la solidarité. Puis, elles se découvrent redevables du territoire qu’elles foulent, de ses sols, de son air, de ses eaux. « Vous nous avez abandonnés », clame-t-on de part et d’autre. Pour se résigner : c’est aussi à partir de cette échelle qu’on organisera désormais la politique. Et cette nouvelle approche appelle des concepts politiques adéquats.
Nous traversons comme société des moments inouïs. In-ouïs, jamais entendus, inédits. Il suffit d’entendre comment les instances politiques et/ou scientifiques exposent les menaces réelles qui pèsent sur la biodiversité, le climat, l’économie de la nature pour s’en convaincre. Jamais depuis des millions d’années n’a-t-on vu autant se transformer l’équilibre entre les espèces. Jamais depuis ce nombre insaisissable d’années n’en a-t-on vu s’éteindre. Jamais depuis 10 000 ans l’évolution du climat n’a été aussi rapide et radicale. Les phénomènes tels que les inondations, les ouragans et les sécheresses sont appelés à s’accentuer, car le processus de réchauffement climatique se révèle autonome et exponentiel : la fonte des glaciers a cours désormais d’elle-même puisque les surfaces réfléchissantes se réduisent, tout comme les étendues forestières, et menacent de se fissurer, laissant ainsi se libérer un méthane naturellement enfoui, un puissant gaz à effet de serre. De plus, rien n’arrête l’industrie dans son empoisonnement agrochimique des espèces.
À cela s’ajoute la raréfaction annoncée des énergies fossiles de même que des minerais censés garantir une prétendue « transition » énergétique (1). Puis les incertitudes géopolitiques relatives aux guerres et au commerce international.
Or, le caractère inédit de la situation peut aussi passer pour indicible. Comment penser encore cette conjoncture nôtre, sans précédent, sans pareil dans l’histoire, inouïe. Est-ce que penser reste une chose possible ? L’historien et essayiste Paul Veyne aurait indiqué que non. Chez lui, comparaison est raison, et c’est dans un va-et-vient entre des situations occurrentes et passées qu’on en vient à se donner une conception précise sur la singularité de ce qu’on traverse. Il nous est ainsi donné de penser l’invasion de l’Ukraine par la Russie, un nouveau virus ou des actes génocidaires d’un pays d’occupation comme au Moyen-Orient… Nous connaissons (hélas) des précédents.
Mais la déstabilisation du système Terre lui-même ? Faire le deuil de l’expression Ceteris paribus sic stantibus (toute chose étant égale par ailleurs), afin d’isoler des variables quant à ce sur quoi faire fond. Considérer désormais que rien n’est stable, tout bouge, tout s’altère…
Ce n’est pas sans raison que l’angoisse apparaît comme un mal psychique partagé. L’angoisse, c’est l’épreuve d’affects insistants, déstabilisants et troublants qui ne s’accompagnent d’aucune cause, image ou représentation précises. Contrairement à l’anxiété qui explique un malaise par le surinvestissement d’un objet (réel ou fictif), l’angoisse exprime la souffrance de qui n’en a guère.
Face à l’angoisse, les plus démunis, indépendamment de leur profil sociologique (classe sociale, diplomation, statut professionnel…), en proie à des émotions sans nom ni symbole, cherchent désespérément des objets de substitution, soit un paratonnerre sur lequel projeter son trouble. Arrivent alors une multitude de boutiquiers de l’extrême droite, avec leur offre de boucs émissaires. Tout va bien, ou tout irait bien, si… Si on faisait ablation avec telle ou telle catégorie sociale ou culturelle. Nous ferions ensuite Un avec nous-mêmes, dans le formol de l’histoire, ne constituant plus qu’une seule cellule, pour nous vautrer une fois pour toutes dans la jouissance de la pulsion de mort.
Mais face à l’angoisse, les plus aguerris, là aussi de toute provenance sociale, mobilisent cette énergie psychique au service de desseins adaptés, de concepts adéquats, de principes opportuns. Certains sont mis à disposition et nous font avancer : celui de « chimère » chez Baptiste Morizot (2) qui nous outille quant à un temps où tout change, où le terrain vague devient un marais et ailleurs le marais, un terrain vague; où l’ours brun apprend à monter vers le nord en temps de canicule, mais où l’ours blanc, ayant lui perdu sa banquise, découvre les chemins du sud. Ils déjouent les prétendues « lois de la nature » de l’épistémologie humaine, se rencontrent et découvrent une nouvelle espèce. Politiquement aussi, des chimères sont de rigueur. Par exemple, la biorégion.
Un concept lucide et joyeux
En tant que concept, la « biorégion » a aujourd’hui cinquante ans. Allen van Newkirk lui donnait son acte de naissance en le proposant dans un court texte de la revue Environnemental Conservation à l’été 1975. Depuis le repaire historique du mouvement coopératif en Amérique, à Heatherton dans la région d’Antigonish (Nouvelle-Écosse, partie atlantique du Canada), cet artiste d’origine états-unienne devenu militant écologiste cherchait à fonder une géopolitique tout autre, dans laquelle le préfixe géo– serait aussi déterminant que la racine politique (3). Il ne s’agissait plus de faire de la politique sur le territoire, en fonction de son exploitation et dès lors contre lui, mais d’intégrer radicalement la politique aux dynamiques territoriales elles-mêmes.
Partant de la notion de région biotique, non loin des mouvements de retour à la terre ou du municipalisme libertaire, sans s’y restreindre, il perçoit d’abord la biorégion en fonction de sa portée biologique. Autrement dit, la politique ne s’imprime plus sur le territoire à la manière d’espaces qu’il faut rendre conformes aux cartes et aux intérêts dictés par l’exploitation industrielle et commerciale, mais elle s’intègre aux réalités biologiques et territoriales d’un lieu. La flore, la faune, les sols, les eaux, le climat, les bassins versants… sont ce à partir de quoi les citoyens d’un espace politique savent amorcer leurs pratiques. La signification du lieu commence par l’histoire, pas seulement celle, sociale, des sciences humaines, mais l’histoire même qui a rendu possible la gestation millénaire du lieu qu’on occupe. Comprendre ce qu’il en a fallu de contributions de la part des insectes, des oiseaux, des grands mammifères, y compris des humains, pour qu’un lieu perdure comme il l’est, le cas échéant où il ne faudrait pas chercher à tenter de le restaurer, afin d’envisager la façon de s’y fondre pour les temps à venir.
Science, culture et politique
Cela implique une approche à la fois interdisciplinaire et, à ce titre, égalitaire. Aucune discipline, c’est-à-dire pas plus les sciences exactes que les autres, contrairement à ce qui se produit maintenant au titre du discours écologique, n’occupe de fonction hégémonique. Certes, la modélisation, la biologie, l’océanographie et la climatologie sont prisées, tout comme le devient également la sapience, c’est-à-dire les savoirs populaires accumulés indépendamment des titres de diplôme. L’historien des sciences Dominique Pestre invite ses collègues scientifiques à « apprendre à faire confiance aux solutions que le social invente (4) ». Il se peut que ceux-là mêmes qui dépendent du territoire sachent en défendre les modalités agricoles et les normes escomptées, surtout dans un contexte où il s’agit d’en vivre plutôt que de les exploiter aux fins de pratiques commerciales coloniales.
À cela s’ajoute la culture, la littérature et les arts : se redonner de nouveaux récits, s’expliquer par la fiction des situations semblables à la sienne pour suppléer l’absence de référence historiographique relative à la période inouïe qu’on traverse, réorganiser la façon de découper le réel. Un exemple dans le domaine du landart, les œuvres d’Andy Goldsworthy. En traçant des lignes dans l’espace à partir d’éléments qu’il y trouve (brindilles, feuilles, pierres…), il nous persuade de la pertinence d’une autre forme de tracé dans l’espace, non plus celui des frontières qui consiste pour le plus fort à circonscrire un lieu pour clamer que ce qui s’y trouve lui appartient, mais celui qui marque à l’intérieur d’un cadre symbiotique déterminé par lui-même (on sait en suivant ses dynamiques quand un lieu s’arrête et cède à un autre) quel en est l’axe de vie, la ligne symbiotique, exemplairement une rivière ou une bande cultivable…
Enfin, la politique. La biorégion ne se « développera » pas parce qu’on la désire, vote pour elle ou la choisit. Elle s’imposera, là où une avant-garde en aura prédit la nécessité, dans des contextes historiques de bris, de drames ou de crises où on se découvrira dépendant de soi-même. Dans de tels désarrois, des petits-chefs vociféreront pour ameuter une catégorie de soumis face aux autres à qui ils déclareront la guerre. Les plus fins opteront pour l’entraide. Ils trouveront à fonder des communs autour d’éléments (fours à pain, terres arables, caveaux, compétences diverses…) favorisant le rapport de la communauté aux épreuves, urgences et aspirations qui deviendront les siennes. De nouvelles organisations politiques, à partir de ce que les zones à défendre, collectifs, associations et coopératives génèrent déjà, prendront le pas pour être à la hauteur du changement de paradigme qui ne manquera pas de s’imposer en ce siècle.
En cela, la biorégion ne procède pas d’un parfait renversement. Ce n’est pas tout à fait une révolution, si elle n’est pas de celles qui s’accomplissent par « la force des choses » comme l’écrivait Hannah Arendt, et non pas par la seule volonté sociale. Elle peut encore cohabiter dans le mille-feuille institutionnel avec les différents pouvoirs institués, ceux qui, impuissants, en ont déjà plein les bras avec les mutations historiques du siècle et se retournent parfois contre les communautés pour les coloniser à nouveau. Elle n’est pas passéiste au sens où des architectes imaginent par quelles nouvelles techniques habiter grâce à des matériaux environnants et recyclables, et où des permaculteurs conçoivent des formes adaptées d’agriculture sans recourir aux laborieuses méthodes des anciens. Elle est universelle au sens où elle croit que l’Afrique doit venir au secours de l’Occident (5), et lui permettre de partager des expériences agricoles et sociales provenant d’un monde qui a pu se passer d’un capitalisme aujourd’hui vacillant, tout comme les peuples premiers des Amériques.
La biorégion est surtout un concept vitaliste et affirmatif qui permet de surmonter l’angoisse occasionnée par les discours accablants de l’époque, pour avancer, à tâtons, frayant un chemin vers ce qui s’impose comme nécessaire.
(1) Matthieu Auzanneau, Pétrole. Le déclin est proche, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Reporterre », 2022 ; Guillaume Pitron, La Guerre des métaux rares. La face cachée de la transition énergétique et numérique, Paris, Les Liens qui libèrent / Acte Sud, 2019, et Jean-Baptiste Fressoz, Sans transition : une nouvelle histoire de l’énergie, Paris, Seuil, coll. « Écocène », 2024.
(2) Baptiste Morizot, Raviver les brasiers du vivant,Arles, Actes Sud/Wildproject, coll. « Domaine du possible », 2020.
(3) Allen van Newkirk, « Bioregions: Towards Bioregional Strategy for Human Cultures », Environmental Conservation, no 2, vol. 2, Été 1975, p. 108. Lire aussi Mathias Rollot et Marin Schaffner, Qu’est-ce qu’une biorégion ?, Marseille, Wildproject, 2021.
(4) Dominique Pestre, À Contre-science. Politiques et savoirs des sociétés contemporaines, Paris, Seuil, coll. « La couleur des idées, 2013, p. 84. Selon le beau titre du livre d’ Anne-Cécile Robert, L’Afrique au secours de l’Occident, Ivry-sur-Seine, Éditions de l’Atelier, 2006.
Denis Robert s’entretient avec Alain Deneault à l’émission Zoom arrière sur Blast, le souffle de l’info publié le 15 novembre 2024 – Durée : 1 h 26 min 56 sec
« Pour fêter ses 15 bougies, la rédaction d’Usbek & Rica a dégoté dans ses archives 15 interviews qui portaient un regard précurseur sur le futur. L’occasion de faire le point sur l’impact des idées d’hier sur le monde d’aujourd’hui. » – Usbek & Rica
Extrait de l’entretien avec Alain Deneault par Pablo Maillé, Usbek & Rica
Entretien avec le philosophe Alain Deneault, dont la dernière série de livres vise à « ôter l’économie aux économistes »
Et si le mot « économie » n’était pas aussi facile à définir qu’on le pense ? Quels secteurs et quelles disciplines recouvre-t-il vraiment ? Comment le « concilier » par exemple avec le terme « écologie », auquel on l’oppose souvent ? Alors que la propagation du Covid-19 continue partout dans le monde, ces questions n’ont jamais semblé aussi actuelles.
Dans son feuilleton théorique en 6 tomes, le philosophe québécois Alain Deneault s’emploie justement à explorer les différentes acceptions de ce qu’on appelle aujourd’hui « l’économie », pour finalement « synthétiser tous ces usages dans une définition conceptuelle en lieu et place de celle, idéologique, qui s’est imposée à nous ». Abscons ? Le projet s’avère au contraire passionnant et concret car, comme il le dit lui-même, « quand on arrivera à la fin du capitalisme, il restera des appareils électroménagers, des voitures et des objets ». Après L’économie de la nature et L’économie de la foi en 2019, celui qui est aussi le correspondant canadien du Collège international de philosophie de Paris vient de livrer la troisième mouture de sa série, L’économie esthétique (éditions Lux, paru le 5 mars 2020).
Usbek & Rica : Avant d’en venir à votre dernier livre, un mot sur la période que nous traversons. À l’aune de l’analyse très détaillée que vous faites de l’usage du mot « économie », quel regard portez-vous sur la situation économique actuelle engendrée par l’épidémie de Covid-19 ?
Alain Deneault : La crise que nous connaissons nous rappelle brutalement les différentes significations du terme « économie », en tant qu’il renvoie autant à des réalités biologiques et naturelles qu’à l’écologie, la psychologie, la production de savoirs et les formes de croyance. Là maintenant, faire preuve d’économie, c’est enfin considérer la santé publique, la psychologie, les modes de croyance, la production de savoirs, l’organisation sociale et les décisions politiques autrement que pour de strictes logiques de marché motivées par des actionnaires goulus. Plus qu’avant du moins. La crise nous rappelle aussi la vulnérabilité d’un système mondialisé dans lequel les États ont laissé l’industrie déménager complètement ses infrastructures dans des pays où on peut encore exploiter inconsidérément le prolétariat et transférer leurs actifs dans des paradis fiscaux où l’opacité reste totale.
L’ambition de votre feuilleton théorique est d’ôter « l’économie aux économistes ». Mais à vouloir redonner une acception plus large au terme « économie », ne risque-t-on pas de perdre de vue la question des inégalités ou celle de la répartition des richesses ?
Ce qui m’importe, c’est de faire en sorte qu’on ait en tête une définition qui ne soit pas seulement celle des « sciences de l’intendance » [ensemble des activités de gestion, d’économie et de budget d’un groupe, ndlr]. Les sciences de l’intendance se sont présentées comme étant égales à l’économie et, aujourd’hui qui plus est, égales au capitalisme. Mais lorsqu’on fait l’examen des usages du mot « économie » dans les différentes disciplines ou dans les différentes traditions où ce mot a existé de manière centrale — théologies, sciences de la nature, linguistique, esthétique, rhétorique, mathématiques, etc. — on se rend compte que la définition générale qui s’en dégage est très différente.
Les usages du mot « économie » dans ces différentes disciplines ne sont pas des synonymes mais ce ne sont pas des homonymes non plus. Ces disciplines utilisent bien ce même mot d’économie, ce qui suggère une sorte de connaissance transversale. Lorsqu’on essaye d’en dégager le sens de façon conceptuelle, on aboutit à l’idée que l’économie est la science de la connaissance des relations bonnes. Ou bien, pour le dire autrement, l’observation des relations qui se veulent bonnes — « bonnes » au sens où le définit Spinoza, c’est-à-dire qu’elles nous permettent de durer, de tendre vers une forme escomptée de perfection.
« Pour le commun, il ne peut pas être « économique » qu’un régime génère de la pauvreté à un point inouï dans l’Histoire ! »
Admettons maintenant cette proposition conceptuelle comme étant un point de départ acceptable. Lorsqu’on fait subir un examen critique de l’usage idéologique de l’économie, comme on le fait souvent dans les sciences de l’intendance, on se rend compte qu’on peut difficilement considérer comme économique ce à quoi renvoie aujourd’hui cette expression. L’économie au sens où on l’entend actuellement est un régime inique sur le plan social, qui n’est pas souhaitable pour le commun… sauf peut-être pour des acteurs pervers et cyniques. Pour le commun, il ne peut pas être « économique » qu’un régime génère de la pauvreté à un point inouï dans l’Histoire ! Sans parler de la pollution, de la destruction et de la déstabilisation des écosystèmes… Ce qu’on appelle « économie » se révèle lorsqu’on a fait ce grand détour : c’est un usage orwellien, qui nomme d’une expression donnée ce qui relève en fait de son contraire. […]
L’animateur Hugo Lavoie s’entretient avec Alain Deneault à l’émission Le 15-18 sur les ondes de Radio-Canada concernant l’article qu’il a publié dans le journal Le Devoir ayant pour titre Le « Jour du dépassement » rappelle le caractère impératif de la décroissance. Durée : 10 minutes – 24 juillet 2025
« Entretien avec les sociologues Mark Fortier et Alain Deneault des éditions Lux le 20 mai 2025 de 19 h à 20 h au Studio du Quai des arts à Carleton-sur-Mer. Cet événement est organisé par la Bibliothèque Gabrielle-Bernard-Dubé » – Ville de Carleton-sur-Mer
Entretien avec les sociologues Mark Fortier et Alain Deneault Animé par : Patricia Chartier 20 mai 2025 - 19 h à 20 h Studio du Quai des arts - 774, boul Perron, Carleton-sur-Mer Pour plus d'informations : 418 364-7103 Billets : ici Entrée gratuite
Montpetit entretien, un rendez-vous livresque avec Alain Deneault et son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï le mercredi 16 avril 2025 à l’Espace conférence de la bibliothèque du Cégep Édouard Montpetit. L’entretien sera animé par le professeur de philosophie Thibault Tranchantainsi que le professeur en Science Politique Jonathan Veillette.
« Bienvenue sur la page des Montpetit entretien. Il s’agit de rendez-vous livresques sous forme d’un entretien qui sont animés par des professeurs du CEM issus de divers départements d’enseignement en compagnie d’auteurs d’ici et d’ailleurs. Ils ont lieu à l’Espace conférence de la bibliothèque du Cégep. »
Montpetit entretien avec Alain Deneault Et son livre Faire que ! L'engagement politique à l'ère de l'inouï Mercredi 16 avril 2025 - 12 h 15à 14 h Animation : Thibault Tranchant, professeur de philosophie et Jonathan Veillette, professeur de Science politique Bibliothèque du cégep Édouard Montpetit - Espace conférence
Montpetit entretien avec Alain Deneault au Cégep Édouard Montpetit – 16 avril 2025
Journaliste : Daniel Mermet Technique : François Dellaca-Minot Réalisation : Sylvain Richard
« FAIRE QUE ! Une réponse à la question « que faire ? » : FAIRE QUE !
QUE FAIRE ? C’est la question mille fois posée face à toutes les turbulences comme devant les grands horizons.
Comment s’orienter dans des bouleversements écologiques sans précédent, auxquels, manifestement, ni les États ni le capital ne remédieront ? Comment s’engager quand l’extrême droite sème la confusion et détourne la colère des objets réels ? Comment s’y prendre quand le libéralisme dissout tous nos repères dans la gouvernance technocratique ? Comment agir quand on est passé de Lénine à Calimero, du souffle révolutionnaire à la complainte victimaire ?
Alain Deneault cherche prémices et indices dans ce présent obscur et mou.
Que faire ? Livrer la guerre à la médiocratie et à cet extrême centre qui amène toujours le pire, et redessiner des grands desseins. Depuis la péninsule acadienne où il vit aujourd’hui, Deneault invite à explorer la « biorégion », une alternative écologique aux régions administratives avec des territoires découpés non par la législature mais par la nature, ce qui entraîne un autre moyen d’habiter et de protéger le territoire où l’on vit.
Un remède à l’écoanxiété ? D’abord un remède à l’angoisse et à la résignation. QUE FAIRE ? Le moment est venu de ne plus poser la question mais de FAIRE QUE ! » – L. B., Là-bas si j’y suis
Comment la médiocrité a pris le pouvoir. Entretien avec Alain Deneault sur la chaine YouTube de Mizane TV pour discuter de son essai La médiocratieparu en 2015 et réédité à l’automne 2024 en format poche avec les essais classiques Politique de l’extrême centre et «Gouvernance» publié chez Lux Éditeur – Durée : 1 h 15 min 55 sec – 10 janvier 2025
« Nous vivons une époque impensable ». Hervé Kempf s’entretient avec Alain Deneault sur la chaine YouTube de Reporterre, le média de l’écologie autour de son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouïpublié chez Lux Éditeur – Durée : 51 min 58 sec – 11 janvier 2025
« Comment s’engager politiquement dans cette ère de destruction inouïe ? Le philosophe québécois Alain Deneault évoque l’écoangoisse qui nous saisit, et comment réorienter cette énergie vers l’action. Une piste ? Les biorégions. » – Reporterre
Reporterre (Entretien — Culture) Par Hervé Kempf 11 janvier 2025
« Alors que faire ? Vous, vous retournez l’expression et vous dites « faire que ». En quoi cela va-t-il nous aider à faire face à l’inouï ?
[…] Au fond, ce qu’on a compris, c’est que cette question-là, qui a été roborative et stimulante, a aussi été un frein. Pour deux raisons. Il est absurde de se demander que faire pendant qu’on fait, parce que ça nous inhibe dans le mouvement alors qu’on s’y trouve. D’autre part, il y a un problème dans la formule, c’est le statut du « que » qui est un pronom interrogatif qui appelle un complément d’objet direct, un objet, mais qui est donné directement, comme une consigne.
Alors que faire ? Cela ! L’inversion de la formule « que faire » pour « faire que » a pour vertu de modifier le statut du « que », qui devient une conjonction de subordination.
On n’est plus dans la prescription, mais dans l’invitation : faire qu’un monde nouveau advienne ?
On est dans le mouvement quand on « fait que ». Il n’y a pas d’interrogation. On est engagé dans quelque chose.
Ce que je suis en train de faire contribue à ce vers quoi nous voulons aller.
C’est ça. Le subjonctif est le mode des aspirations, des projections, de l’espérance. Parce qu’on ne sait pas exactement ce qui est à espérer. On le découvre en même temps qu’on y tend. […] »
Alain Deneault : « Être écoanxieux est un signe de santé mentale »
Vous-même, avez-vous été angoissé ?
Oui, très fortement, au point de quitter les villes. Il faut souligner qu’être écoanxieux ou écoangoissé est un signe de santé mentale. Il est important de passer à travers. Comment ? En se donnant un objet qui nous stimule. Sortir de l’angoisse, c’est mobiliser cette énergie qui évolue à vide et qui nous perturbe au profit d’un objet qui en vaut la peine. […]
1984 et la novlangue, tout y était ? Entretien avec Alain Deneault par GenevièvePotvin à l’émission Le café show sur ICI Radio-Canada (Alberta). Le segment débute à 7 h 45. Durée : 14 min – 24 décembre 2024
Les médiocres ont le pouvoir (et on est dans la m*rde). L’interview avec Alain Deneault philosophe. Entretien avec Alain Deneault par Samuel Fergombé et Lili Marseglia pour L’étincelle média, le 22 décembre 2024 – Durée : 50 min 08 sec
« Comment agir politiquement à l’ère de l’inouï, quand on ne dispose d’aucun pendant historique pour appréhender les catastrophes annoncées ? Comment s’engager quand l’extrême droite sème la confusion et détourne la colère des objets réels ? Comment s’y prendre quand le libéralisme dissout tous nos repères dans la gouvernance technocratique ? C’est à ces questions cruciales qu’Alain Deneault, philosophe engagé, a répondu lors de la présentation de ses livres Faire que et La Médiocratie. À travers ses réflexions, il invite à repenser l’action politique face à un monde en crise, où les repères traditionnels semblent se dissoudre sous les pressions économiques et idéologiques. » – L’étincelle média
Alain Deneault « Les excès de la gauche poussent les gens à l’extrême droite »
« L’écrivain et philosophe publie Izquierda canibal y derecha vándala. Las malas costumbres de la política (Mœurs. De la gauche cannibale à la droite vandale), un essai dans lequel il critique l’attitude conflictuelle entretenue par les deux positions politiques.
Le nom d’ Alain Deneault s’est fait connaître avec « Noir Canada », où il dénonçait les activités minières en Afrique, qui donnaient lieu à des procès controversés, et «La médiocratie», un livre dans lequel il dénonçait la montée des gens médiocres. Il revient maintenant avec Izquierda canibal y derecha vándala.Las malas costumbres de la política(Mœurs. De la gauche cannibale à la droite vandale) publié chez Altamarea […] » – Javier Ors (traduction libre de l’extrait de l’article)
Mœurs. De la gauche cannibale à la droite vandale d’Alain Deneault publié chez Lux Éditeur a été traduit par Carlos Claveria Laguarde aux éditions Altamarea .
Entrevue avec Alain Deneault par Julianne Benoit sur le thème des médias en philosophie dans le cadre des capsules UMCS« L’UMCS sur écoute » de l’Université de Moncton, campus de Shippagan en collaboration avec Radio Péninsule CKRO 97,1. Durée: 10 min 7 sec – 4 décembre 2024
Alain Deneault et son éditeur Mark Fortier à la librairie Le Port de tête – 30 novembre 2024
Captation de l’entretien avec Alain Deneault par son éditeur Mark Fortier autour de son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï qui a eu lieu à la librairie Le Port de tête le samedi 30 novembre 2024.
Présenté par Lux Éditeur et le Salon du livre de Montréal dans le cadre du Salon dans la ville.
Alain Deneault et son éditeur Mark Fortier à la librairie Le Port de tête – Durée : 10 min 02 sec – 30 novembre 2024 – 1/4
Alain Deneault et son éditeur Mark Fortier à la librairie Le Port de tête – Durée : 13 min 57 sec – 30 novembre 2024 – 2/4
Alain Deneault et son éditeur Mark Fortier à la librairie Le Port de tête – Durée : 11 min 32 sec – 30 novembre 2024 – 3/4
Alain Deneault et son éditeur Mark Fortier à la librairie Le Port de tête – Durée : 13 min 47 sec – 30 novembre 2024 – 4/4
Réponses d’Alain Deneault à la période de questions (extrait)
Alain Deneault et son éditeur Mark Fortier à la librairie Le Port de têt – Période de questions (extrait) – Durée : 7 min 04 sec – 30 novembre 2024
Alain Deneault et son éditeur Mark Fortier à la librairie Le Port de tête novembre – Fin de l’entretien – Durée : 0 : 22 sec – 30 novembre 2024
Alain Deneault sera présent au Salon du livre de Montréal aujourd’hui le 30 novembre 2024 pour présenter son tout dernier essai Faire que ! lors d’un tête à tête avec l’autrice Sandrine Giérula qui sera suivi d’une séance de dédicaces au kiosque de Lux Éditeur et d’un entretien animé par Mark Fortier à la librairie Le Port de tête.
« À l’ère des bouleversements écologiques majeurs et des divisions politiques croissantes, comment s’unir pour trouver des solutions durables? Assistez à ce tête-à-tête entre Alain Deneault et Sandrine Giérula qui exploreront des pistes concrètes pour relever les défis énergétiques et donner un sens à un monde en quête de repères. Une réflexion profonde sur le sentiment d’impuissance de notre époque et sur les moyens d’encourager l’engagement politique. Une conversation essentielle pour imaginer et bâtir un futur plus juste et durable. » – Salon du livre de Montréal
Tête à tête entre Alain Deneault et Sandrine Giérula: à quoi ressemblera demain ? Espace littéraire - Palais des Congrès 1001 Place Jean-Paul Riopelle 30 novembre 2024 - 10 h 30 à 11 h 15
« Venez rencontrer Alain Deneault et faire dédicacer « Faire que ! » au kiosque Lux Éditeur (#1107). Certaines maisons d’édition mettent en place un système de file d’attente. Nous vous recommandons de vous renseigner auprès d’un·e employé·e du kiosque au moins 1 heure avant le début de la séance. » – Salon du livre de Montréal
Alain Deneault en dédicaces Kiosque Lux Éditeur # 1107 - Palais des Congrès 1001 Place Jean-Paul Riopelle 30 novembre 2024 - 11 h 30 à 12 h 30
« Rejoignez-nous à la Librairie Le Port de tête pour un entretien avec l’essayiste Alain Deneault animé par son éditeur Mark Fortier. Il sera question de son plus récent essai sur l’engagement politique Faire que ! » – Salon du livre de Montréal
Entretien avec Alain Deneault autour du livre Faire que ! Animé par Mark Fortier Présenté par Lux Éditeur et co-organisé avec et le volet Salon dans la ville du Salon du livre de Montréal
« Dans cette interview par Olivier Berruyer, pour Élucid, Alain Deneault montre à quel point notre monde a basculé dans la médiocratie, un régime où les dérives politiques sont conduites par un extrême centre de plus en plus autoritaire. Cette philosophie mortifère a tout corrompu : le savoir, le langage, les liens collectifs, la créativité, et bientôt notre planète. Nous devons faire face à ce système, faire un pas de côté, et résister. » – Elucid
Paradis Fiscaux, je ne savais pas que je savais ou Paradis Fiscaux expliqués par Hollywood
Paradis Fiscaux, je ne savais pas que je savais ou Paradis Fiscaux expliqués par Hollywood est le film réalisé par Alexandre Gingras en collaboration avec Alain Deneault dont il fait mention dans cet entretien d’Élucid.
Un remix vidéo politique sur les références aux paradis fiscaux dans les arts Réalisation et montage : Alexandre Gingras Son (mix) : Mélanie Frisoli Narration et idéateur : Alain Deneault
Entretien avec Alain Deneault à l’émission Entendez-vous l’écho ? animée par Aliette Hovine sur les ondes de France Culture dans le cadre de la série «Portraits d’économistes» (12e émission sur 44) le jeudi 14 novembre 2024 – Durée: 58 minutes
« Philosophe, Alain Deneault étudie l’économie en négatif de son acception moderne. Dans son nouvel ouvrage « Faire que ! » (Lux éditeur, octobre 2024), il insiste sur la nécessité, face à l’urgence écologique, d’arracher l’économie à sa réduction capitaliste.
[…] Aujourd’hui, à travers son nouvel ouvrage Faire que !, Alain Deneault insiste plus que jamais sur la nécessité de ce travail sémantique : face au caractère “inouï” de l’urgence écologique, “économie” ne pourra bientôt plus être synonyme de “capitalisme”. Et de manière générale, l’usage technocratique des oxymores (développement durable, gestion de crise …) et autres euphémismes du “capitalisme vert” ralentissent et entravent la lutte écologique. Adepte de l’essai – qu’il préfère à la “vulgarisation”- Alain Deneault déploie une philosophie mêlant histoire érudite et enjeux économiques. Il est aujourd’hui une voix publique, engagée dans la vie civique, reconnue de part et d’autre de l’Atlantique. »
Lecture d’un extrait de Philosophie de l’argent de Georg Simmel (PUF, 1967) par Georges Claisse dans l’émission “Les Chemins de la philosophie” diffusée sur France Culture le 11 février 2013
Manuel Cervera-Marzal s’entretient avec Alain Deneault à l’émission Aux Sources sur Hors-Série. L’entretien a eu lieu le 5 novembre et publié le 9 novembre 2024. Le visionnement est réservé aux abonnés à Hors-Série – Durée : 1 heure 24 minutes 10 secondes
Extrait de l’entretien avec Alain Deneault sur Hors-Série
« Lire Alain Deneault est toujours stimulant. L’écouter aussi. Et il en faut, des stimuli, à l’instant précis où j’écris ces lignes : nous sommes le mercredi 6 novembre, il est 08h33, l’agence Associated Press annonce Trump à 267 sièges. Dans quelques minutes, quelques heures tout au plus, le résultat sera officiel. De retour à la Maison Blanche. L’accablement, la paralysie, l’angoisse prennent logiquement le pas sur la colère, la rage, l’envie de se battre. Ces dernières, certainement, referont surface une fois la nouvelle encaissée, une fois le choc digéré. Il n’est pas nécessaire d’avoir espoir pour se mettre à lutter. C’est en luttant que vient l’espoir. Ou plutôt : l’espérance.
Le philosophe Ernst Bloch établit une distinction subtile mais fondamentale entre espoir et espérance. L’espoir est un affect passif, une réaction ponctuelle face à une situation qui pourrait être différente ou meilleure, mais sans certitude réelle de sa réalisation. En revanche, l’espérance est une forme d’anticipation active et créative de l’avenir. Elle va au-delà d’un simple espoir, d’une attente passive. Bloch voit l’espérance comme une énergie qui pousse l’individu à participer à la transformation de la réalité et à l’accomplissement de ce qu’il appelle le « pas encore ». Ce « pas encore » représente les potentialités inexploitées, les aspects latents de la réalité qui attendent d’être réalisés. L’espérance est donc une force orientée vers l’avenir, qui saisit dans les plis du présent autre chose que lui-même, le présent étant gros d’alternatives non advenues.
Encore faut-il avoir la lucidité requise. La capacité à voir, dans le réel, autre chose et davantage que ce qu’il donne à voir. Les Etats-Unis, même un jour comme celui-ci, ne se résument pas à Donald Trump. Pas plus que la Russie ne se résume à Poutine et la France à Macron. Adossés à ce principe espérance, au lieu de se lamenter (que puis-je faire, moi, pauvre petit être insignifiant, face au rouleau compresseur du capitalisme fascisant), au lieu de s’enfermer dans nos impuissances individuelles, on se rassemble et on résiste, pour faire que ! Faire que le pire ne soit jamais certain. Faire que recule la bête immonde. Faire que son poison, qui a déjà largement traversé l’Atlantique, ne se répande pas davantage sur nos rives. Que les prochaines inondations ne soient pas demain mais après-demain. Que les droits des femmes, premiers attaqués en pareilles circonstances, soient préservés.
Substituer le faire que ! au que faire ?, c’est l’audacieuse proposition qu’Alain Deneault, philosophe québecois, penseur incontournable de la médiocratie et de l’extrême-centre, a placé au cœur de son dernier essai, paru chez Lux : Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï. Dans cet ouvrage aussi bref que puissant, il est question de nos affects collectifs, de notre paralysie face au déluge de mauvaises nouvelles qui chaque jour nous accablent et des voies possibles pour y faire face. Nous en avons parlé longuement. Dans le prolongement de Bloch, Alain Deneault se fait l’analyste de nos angoisses et de nos espérances, le scribe de nos affects, afin d’y dénicher un sentier, où puisse se frayer une marche collective et résolue vers un mieux-être logé dans l’être lui-même. Bon visionnage ! » – Manuel Cervera-Marzal
Diffusion le 6 novembre 2024 à 14 h (Heure d’Europe centrale)
Alain Deneault en guerre contre la médiocratie ! L’entretien avec Alain Deneault réalisé par le média indépendant Au Poste le 5 novembre 2024 est diffusé sur sa page YouTube – Durée : 2 h 20 min 46 sec
« A la sempiternelle question, Que faire?, le philosophe répond: «Faire que! Faire mal. Mal faire les choses, ne pas suivre les conseils officiels.» Dans une autre vie, sur un autre continent, on avait eu le bonheur de cotoyer le philosophe. Depuis Montréal, il bataillait contre l’industrie extractiviste. Alainnous revient avec Faire que ! (Lux éditeur), ouvrage lucide où il nous invite à explorer un nouveau mode d’engagement politique, la biorégion. Et nous somme de sortir de la sidération (et) de l’écoanxiété, pour mieux partir au combat (intellectuel). Attention, le bougre parle vite. Soyez en forme ! » – Au Poste
Le média libre QG (Quartier Général), dont la fondatrice est Aude Lancelin, a engagé un partenariat avec le Laboratoire de cyberjustice de l’Université de Montréal pour une série de trois entretiens avec de grands noms de la scène intellectuelle nord-américaine dont Alain Deneault, auteur de Faire que !publié chez Lux Éditeur.
Cet entretien, ayant pour thème «L’engagement politique à l’ère de l’inouï», a été diffusé sur QG (Quartier Général) le jeudi 24 octobre – Durée : 1 h 21 min 50 sec
Aude Lancelin et Alain Deneault à l’Université de Montréal le 25 septembre 2024
«Retrouvez notre grand entretien réalisé à Montréal avec le philosophe canadien Alain Deneault, auteur de « La Médiocratie » et « Politiques de l’extrême centre », qui vient de faire paraître « Faire que ! » chez Lux. Face au défis climatiques extrêmes, et à la possibilité d’un anéantissement total du monde, comment faire encore de la politique et mobiliser les énergies collectives ? Un entretien ouvrant des voies inédites, avec l’une des nouvelles grande figures de la pensée mondiale.» –QG(Quartier général)