Plus rien n’est égal par ailleurs au Rendez-vous Québec Cinéma

Le long métrage documentaire Plus rien n’est égal par ailleurs de Martin Bureau dans lequel figure Alain Deneault sera présenté au Rendez-vous Québec Cinéma (RVQC) le mardi 28 avril 2026 à 19 h 45 à la salle Alanis-Obomsawin de l’Office national du film du Canada (ONF). Le film sera précédé du court-métrage Une marégraphie suspendue de Félix Caraballo.

« Charge visuelle et sonore aux confins de la vidéo d’art, du documentaire et du vidéoclip, Plus rien n’est égal par ailleurs est un appel à la prise de conscience de la nécessité de la solidarité communautaire et territoriale, face à l’individualisme et à l’exultation consumériste, matérialisés par des énergies dilapidées en pure perte. » – RVQC

Image du film Plus rien n’est égal par ailleurs de Martin Bureau dans lequel figure Alain Deneault.

Entretien avec Martin Bureau sur son film Plus rien n’est égal par ailleurs dans lequel figure Alain Deneault

Entretien avec le réalisateur Martin Bureau sur son film Plus rien n’est égal par ailleurs dans lequel figure Alain Deneault à l’émission C’est encore mieux l’après-midi animée par Guillaume Dumas à Radio-Canada. Durée : 11 minutes – 19 mars 2026

Le film de Martin Bureau Plus rien n’est égal par ailleurs sera présenté le 19 avril 2026 dans le cadre du Festival Cinéma du Monde de Sherbrooke (COMPLET) à la Maison du cinéma ainsi que le 28 avril 2026 à 19 h 45 à la salle Alanis-Obomsawin de l’ONF dans le cadre des Rendez-vous Québec cinéma (RVQC).

Image du film Plus rien n’est égal par ailleurs de Martin Bureau dans lequel figure Alain Deneault.

«Plus rien n’est égal par ailleurs»: avant le «crash»…

Photo © Office national du film du Canada (ONF). Une image tirée du documentaire «Plus rien n’est égal par ailleurs», de Martin Bureau, dont la première est présentée dans le cadre du FIFA, le 18 mars.

Le Devoir

Par Stéphane Baillargeon
18 mars 2026

Le nouveau documentaire du peintre et cinéaste Martin BureauPlus rien n’est égal par ailleurs, s’ouvre sur un plan fixe montrant une route de campagne québécoise, témoin de plus d’un aménagement minable du territoire. L’asphalte ondule, les poteaux électriques penchent dangereusement, les lampadaires ne semblent pas alignés. Deux colonnes de motos surgissent en haut de la colline. Les motards vont se faire asperger d’eau bénite. Après, ils feront patiner leurs pneus pendant que défileront des images de démolition d’une église.

On verra ensuite un cimetière d’autos, des sites de traitement des déchets, des cargos de conteneurs, un rave, une soirée de lutte, un derby de démolition, des feux d’artifice, un casino, des incendies, des glaces en mouvement. Entre plusieurs images très fortes, accompagnées d’une musique nerveuse, l’essayiste Alain Deneault intervient quelques fois pour critiquer la marche du monde capitaliste et extractiviste, qui va vers sa perte puisque notre besoin de consolation matérielle semble impossible à assouvir.

Ainsi va le film Plus rien n’est égal par ailleurs. L’œuvre radicale est présentée en première mondiale et en compétition le 18 mars au Festival international du film sur l’art (FIFA).

« Ce nouveau film est une continuité de pratiquement 30 ans de pratique en peinture d’installation », explique en entrevue le peintre et réalisateur Martin Bureau. Son documentaire précédent, intitulé Les murs du désordre, portait sur les barrières étatiques érigées entre Israël et la Palestine ou les États-Unis et le Mexique. Il a nécessité six ans de travail, jusqu’en 2019. Le nouveau projet est mis en chantier l’année suivante, en pleine pandémie.

« Je voulais travailler de manière plus métaphorique, en m’ancrant moins dans le réel, en ouvrant les vannes comme dans ma pratique en peinture. Je voulais dresser une sorte d’état du monde avec une fable visuelle très ouverte, en mêlant beaucoup de sujets. Filmer Les murs avait été très compliqué, et j’avais aussi envie de montrer des gens qui avaient envie de se faire filmer. J’avais envie d’exulter avec eux, de voir ce que ça allait donner pour créer une matière métaphorique. »

Le texte intitulé « Gaïa vit son moment #MeToo », publié dans le média français Libération par Alain Deneault une semaine après le début du grand confinement pandémique, a conforté l’artiste dans son choix. Le philosophe y disait que la lucidité et la gaieté sont « nos dispositions psychiques maîtresses pour l’avenir » et que l’« une sans l’autre est mortifère ».

L’infiniment moyen

L’essayiste est assis dans un fauteuil rouge, mais il parle seul. Le penseur avait consulté une maquette presque terminée du film et devait la commenter. « Nous l’avons filmé pendant deux ou trois heures en tournant autour de lui, raconte encore Martin Bureau. Il a livré un monologue intérieur construit à partir d’une réaction créative au film. C’était comme un jam de philo. »

Photo © Office national du film du Canada (ONF). L’essayiste Alain Deneault dans le documentaire «Plus rien n’est égal par ailleurs»

Alain Deneault reprend l’idée de la participation jazzée. Il ajoute une référence à Jean-Luc Godard, pour qui la caméra montre l’« infiniment moyen », alors que le microscope regarde l’infiniment petit et que le télescope regarde les espaces infinis.

« La caméra nous fait voir ce que nous ne voyons pas dans la distraction du quotidien, dit M. Deneault, joint au Nouveau-Brunswick. Martin nous montre des choses que nous sommes obligés de voir grâce à son appareillage et à sa technique. Dans ce contexte, j’étais heureux d’être dans une position d’accompagnement, et non dans une position de surplomb où l’image illustrerait simplement un texte.»

Beaucoup d’images vues du ciel (merci aux drones !) rappellent le travail du photographe et vidéaste Edward Burtynsky. Celles à l’horizontale peuvent évoquer Koyaanisqatsi (1982), qui montrait « la beauté de la bête » technoproductiviste sur fond de musique minimaliste.

Tout ça pour quoi et pour qui maintenant, avec Plus rien n’est égal par ailleurs ? Le film est pour ainsi dire nécessairement engagé dans l’exposition et l’illustration des conséquences de notre mode de vie qui consume le monde en le consommant.

« Nous vivons une période inouïe, au sens fort du terme, dit Alain Deneault, qui a beaucoup écrit sur le capitalisme extractiviste. Ce que nous vivons est un dérèglement structurel du vivant lui-même : du climat, des écosystèmes, des conditions qui rendaient possible la vie telle que nous la connaissions. Ce qui était autrefois stable devient lui-même événement. Les cours d’eau changent, des territoires deviennent inondés ou asséchés, l’eau potable disparaît parfois en une génération. C’est inédit dans l’histoire humaine. »

Le cinéaste confie se méfier un peu de l’étiquette d’art engagé, qui « donne un air sérieux, au-dessus de la mêlée ». Il souhaite que « des gens qui possèdent trop de choses » puissent voir son film pour peut-être réfléchir à la spirale destructrice dans laquelle nous sommes tous enfermés.

« J’essaie de confronter la lucidité avec une forme d’exultation nihiliste, dit le cinéaste quand on lui demande de résumer son propos. On est tous conscients de la situation du monde : l’information est partout. Mais on continue malgré tout. Je respecte les sujets filmés individuellement. La critique s’adresse au système dans son ensemble, avec une charge visuelle et sonore brute. Comme en arts visuels, je veux transmettre un effet, une émotion. »


Plus rien n’est égal par ailleurs

Documentaire de Martin Bureau.

Présenté dans le cadre du Festival international du film sur l’art
à la salle Alanis-Obomsawin, à l’Office national du film du Canada,
le 18 mars à 19 h 30

et au Musée national des beaux-arts du Québec le 21 mars à 15 h 10.

Disponible sur arts.film du 20 au 29 mars.

Les projections seront suivies d’une discussion
avec Martin Bureau et Alain Deneault.

Use et abuse au Théâtre La Rubrique

Photo © Maxim Paré Fortin

La création pluridisciplinaire Use et abuse produite par Carte blanche avec Christian Lapointe et Alix Dufresne, inspirée par la vidéoconférence d’Alain Deneault Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art, sera présentée au Théâtre La Rubrique le 16 janvier 2026.

« Artistes québécois·e·s à la parole déliée et vive, Alix Dufresne et Christian Lapointe s’emparent de la vidéoconférence intitulée Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art donnée par le philosophe Alain Deneault en 2021 et tirée de son livre L’économie esthétique. À l’invitation de l’Association acadienne des artistes professionnel·le·s du Nouveau-Brunswick, cet exposé tente de montrer comment le capitalisme maintient sous pression les artistes et les incitent à devenir rentables. Les deux artistes proposent une performance déjantée et incisive avec, comme toile de fond et projetée sur écran, la prise de parole controversée du philosophe. Elle et il y mettent en jeu la notion de marchandisation et les mécanismes de détournement de l’art, et ce, par la création d’un encan de JNF (NFT) fabriqués en direct devant public. Leurs corps deviennent outils de création, mais aussi paradoxalement de promotion et de contestation : chair brutalisée par l’économie de la culture en quête d’une réappropriation de l’agentivité propre à la pratique de l’art.

Initié par le metteur en scène et acteur Christian Lapointe, USE ET ABUSE vient clore la résidence d’Alix Dufresne en tant qu’artiste associée à l’USINE C de 2022 à 2025. Ici les deux artistes donnent corps à une forme hybride, à la fois ludique, performative et politique, laissant place à l’imprévisible à chaque représentation.


Use et abuse
Création initiée par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
et inspirée de la conférence d'Alain Deneault
Une production de Carte blanche
Théâtre La Rubrique
4160 Rue du Vieux Pont, Jonquière, Québec G7X 7V8
16 janvier 2026 - 20 h
Durée 1 h - Billetterie ici

Traumavertissement
Cette œuvre contient des scènes de nudité, de violence et de sexualité.
Elle peut heurter la sensibilité de certain·es spectateur·trices.
* 18 ans et plus – preuve d’identité requise


Conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art – diffusée sur VIMEO par l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick (AAAPND ).

«Use et abuse»: l’art de la mutinerie

Le Devoir

Par Sophie Pouliot
1er décembre 2025

«Use et abuse»: l’art de la mutinerie

Alix Dufresne et Christian Lapointe se livrent à des improvisations hardies en s’inspirant du philosophe Alain Deneault.

« Le cauchemar de l’acteur qui arrive sur scène sans avoir répété et qui, en plus, est tout nu… Nous, on le vit et on s’est fait ça à nous-mêmes. » Alix Dufresne décrit ainsi, avec un brin d’humour, le saut dans le vide auquel elle se prête, avec son comparse Christian Lapointe, à chaque représentation d’Use et abuse.

Dans ce spectacle, créé en mars dernier à l’Usine C et repris ces jours-ci à La Chapelle Scènes contemporaines puis au théâtre Périscope, le tandem improvise depuis un canevas et au son d’une conférence d’Alain Deneault, projetée en fond de scène. Une démarche qui n’est pas sans rappeler Hidden Paradise, que Dufresne a imaginé (et longtemps interprété) avec Marc Béland à partir d’une entrevue radiophonique sur les paradis fiscaux accordée par le philosophe.

L’exposé intitulé Comment l’« industrie culturelle » use et abuse de l’art traite plutôt de la vampirisation de la création artistique par le système capitaliste, et ce, de deux manières. D’une part, les décideurs « reprennent les codes artistiques pour théâtraliser leur discours. Un spot s’allume, je me retourne au bon moment, je prends une pose savante pour créer un effet… » illustre Alix Dufresne. D’autre part est imposée à l’art une logique marchande, tant en ce qui concerne la gestion des procédés de production que la commercialisation des œuvres. « Moi, je sais lire des états financiers, je sais ce qu’est un grevé d’affectation reporté sur cinq ans […]. On nous a forcés à être des entrepreneurs », affirme Christian Lapointe.

Pour illustrer ces constats, Dufresne et Lapointe ne reculent pratiquement devant rien. « On incarne les idées dont parle Alain Deneault. On donne à voir la violence institutionnelle, en fait », explique l’âme dirigeante de la compagnie Carte blanche. « On voit de jeunes artistes annuler leurs spectacles parce qu’ils n’ont pas eu leur financement. Je le comprends, mais, en même temps, ce qui fait qu’on dure, c’est notre capacité à endurer cette violence institutionnelle. Pour se faire dire oui, il faut encaisser 50 refus. Ça, à la longue, ça use », ajoute-t-il.

Le créateur ne nie pas qu’aujourd’hui, la compagnie qu’il a fondée bénéficie de subventions, un privilège obtenu après moult années de persistance. L’homme de théâtre cite à ce propos Marie-Hélène Falcon, cofondatrice de l’événement désormais connu comme le Festival TransAmériques. « [Elle] disait qu’au Québec, c’est une fois que nos artistes sont épuisés qu’on leur accorde un peu de moyens. »

Christian Lapointe tient pourtant à réitérer que « la conférence n’est pas à propos du fait que les artistes sont pauvres, c’est à propos du fait qu’on se fait usurper nos outils, que l’inventivité des artistes génère des mécanismes de représentations qui sont ensuite récupérés par des gens de pouvoir de tout acabit. Et qu’on devrait être capable d’exposer [ces mécanismes], de les détricoter. La performance essaie, de manière ludique et féroce, de faire ça. »

Corps politiques

Selon Deneault, les artistes seraient les plus à même de renverser cette capitalisation de l’art. Par exemple, en déconstruisant le modèle autour duquel s’articulent la plupart des manifestations culturelles — en le subvertissant en quelque sorte.

Aux yeux d’Alix Dufresne, c’est principalement en cela que réside le caractère séditieux d’Use et abuse. « Ce n’est pas qu’on soit nus sur scène, qu’il y ait de la violence auto-infligée, de la sexualité très crue ou de l’humiliation. […] La vraie transgression, c’est la façon dont on a fait notre production. Comment on s’organise, comment on pense, qu’est-ce qu’on dépense ou non. Elle est dans la fragilité avec laquelle on arrive sur scène, parce que [notre spectacle] n’est pas un produit, on ne le contrôle pas. »

Or, tout au long de la représentation, les artistes se photographient et transforment ces images en NFT, en jetons non fongibles, c’est-à-dire un type de cryptomonnaie qui a valeur d’œuvre d’art, explique Lapointe. « Même quand on fait des actions ignobles, précise sa collègue, on s’assure de s’arrêter pour se prendre en photo et, théoriquement, celles-ci iraient dans un encan où les gens pourraient investir. »


Use et abuse
Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
Inspiré de la conférence d'Alain Deneault
Une production de Carte blanche
La Chapelle Scènes Contemporaines
1er au 6 décembre 2025 - 19 h 30
3700 Rue Saint-Dominique, Montréal, Québec H2X 2X8
Durée 1 h - Billetterie ici
Interdit aux personnes de moins de 18 ans

Présenté an français avec surtitrage en anglais les 2 et 5 décembre.

La représentation du 5 décembre sera suivie d'une discussion entre
Alain Deneault (participation à distance), Alix Dufresne et Christian Lapointe.

Une table de vente, tenue par la librairie Le Port de tête, sera présente
lors des représentations, proposant une sélection d’ouvrages
d’Alain Deneault et de Christian Lapointe.

Conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art – diffusée sur VIMEO par l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick (AAAPND ).