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Alain Deneault est un philosophe québécois et docteur en philosophie de l’Université Paris-VIII. Il a été directeur de programme au Collège international de philosophie à Paris de 2016 à 2022. Il enseigne au campus de Shippagan de l’Université de Moncton dans la Péninsule acadienne.

Il est auteur d’essais critiques, notamment sur l’idéologie managériale, la souveraineté des pouvoirs privés et l’histoire de la notion polysémique d’économie.

Son plus récent ouvrage Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï publié chez Lux Éditeur est finaliste dans la catégorie essai des Prix littéraires du Gouverneur général 2025.

En savoir plus sur Wikipédia


Faire que !

L’engagement politique à l’ère de l’inouï

Lux Éditeur

Finaliste dans la catégorie essai des Prix littéraires du Gouverneur général 2025

Comment s’orienter dans une époque marquée par des bouleversements écologiques sans précédent, auxquels, manifestement, ni les États ni le capital ne remédieront? Comment agir politiquement à l’ère de l’inouï, quand on ne dispose d’aucun pendant historique pour appréhender les catastrophes annoncées? Comment s’engager quand l’extrême droite sème la confusion et détourne la colère des objets réels? Comment s’y prendre quand le libéralisme dissout tous nos repères dans la gouvernance technocratique?

Que faire? Cette question obnubile la pensée politique depuis plus d’un siècle. Alain Deneault nous convie à en penser les prémisses et les incidences pour l’ancrer dans les temps présents. Hors de toute programmatique serrée, mais avec la lucidité qu’on lui connaît, il invite notamment à explorer un nouveau mode d’engagement politique, la biorégion.

Alors que faire? Livrer la guerre à la médiocratie. Évoquer les enjeux qui fâchent. Penser à l’échelle collective. Mal faire les choses, faire mal. Cesser de se poser la question et sortir de la sidération de l’écoanxiété.

Le moment est venu de faire que !

Nous vivons une époque impensableHervé Kempf s’entretient avec Alain Deneault sur la chaine YouTube de Reporterre, le média de l’écologie
Climat et capitalisme : faire face pour éviter l’effondrement. Entretien avec Alain Deneault par Denis Robert à l’émission Zoom arrière sur Blast, le souffle de l’info 
L’engagement politique à l’ère de l’inouï. Entretien avec Alain Deneault par Aude Lancelin sur QG (Quartier général)
Extrait de l’entretien avec Alain Deneault par Marie-Louise Arseneault à l’émission Tout peux arriver sur ICI Radio-Canada le 30 novembre 2024
Alain Deneault en guerre contre la médiocratie ! Entretien avec Alain Deneault par David Dufresne sur le média indépendant Au Poste 
Le crime capitaliste, incompris par ceux qui en profitent. Extrait de l’entretien avec Alain Deneault par Manuel Cervera-Marzal à l’émission Aux Sources sur Hors-Série

Alain Deneault : « Trump a montré qu’aujourd’hui on peut être élu simplement en hissant tout au rang du superlatif ». Entretien avec Alain Deneault par Simon Brunfaut à l’émission Dans quel Monde on vit sur les ondes de RTBF


La médiocratie

Avec Politique de l’extrême centre et «Gouvernance»

Réédition en format poche de trois essais classiques, d’abord publiés chez Lux entre 2013 et 2017. 

Lux Éditeur – Collection Pollux

Cette édition au format poche rassemble Politique de l’extrême centre, en plus de La médiocratie et «Gouvernance», deux opus d’Alain Deneault qui traitent de la révolution anesthésiante à laquelle nous poussent les théories du management et la propension aux petits arrangements institutionnels qui caractérisent les dernières décennies.

Parce que les glaciers fondent, parce que le désert avance, parce que les sols s’érodent, parce que les déchets nucléaires irradient, parce que la température planétaire augmente, parce que les écosystèmes se délitent, parce que l’État social s’écroule, parce que l’économie réduite à la finance s’aliène, parce que les repères philosophiques se perdent, notre époque n’a plus le luxe de se laisser conduire à la petite semaine par les médiocres qui dominent.

Les médiocres ont pris le pouvoir et conduisent le monde à sa perte – Entretien avec Alain Deneault par Olivier Berruyer sur la chaîne Élucid

L’économie de la pensée

suivi de «L’économie mathématique» avec François Genest

Feuilleton théorique «Les Économies»

Lux Éditeur

« Notre économie, au sens idéologique d’une restriction à l’intendance comptable et à la gestion rationnée, procède d’un rapport économique biaisé à la pensée, qu’il convient de critiquer en premier lieu. L’économie n’est pas simplement un objet social et physique qu’on étudie pour lui-même, mais un problème précis d’organisation mentale. Ce problème, les sociétés se le donnent en élaborant des structures symboliques transcendantes, tordues dans leurs présupposés. Leurs concepts se ferment en eux-mêmes.

Les entreprises spoliatrices et polluantes, leurs classes dominantes et leurs dévots subalternes, produisent un discours qui distord l’économie et élève cette distorsion au rang de science. Le problème qu’elles engendrent concerne le processus économique de la pensée. »

Alain Deneault, L’économie de la pensée. Feuilleton théorique V. Collection: «Les Économies», Lux éditeur, 2024

Feuilleton théorique «Les Économies»

Entretien avec Alain Deneault à l’émission Entendez-vous l’écho animée par Aliette Hovine sur les ondes de France Culture dans le cadre de la série «Portraits d’économistes»

Mœurs

De la gauche cannibale à la droite vandale

Lux Éditeur

« Lorsque nos débats deviennent des combats, ils versent dans le moralisme, l’agitation et l’intoxication, et ces excès de gauche à droite contribuent au développement d’un environnement délétère. Au prétexte de les faire évoluer, on use des mœurs comme strict vecteur d’opposition. Ainsi perverties, les bonnes mœurs ne représentent plus une modalité usuelle et coutumière d’apaisement des communautés, mais une légitimation que les puristes et imposteurs s’arrogent pour porter leurs coups. »

Alain Deneault – Extrait de Mœurs. De la gauche cannibale à la droite vandale


De quoi Total est-elle la somme ? Multinationales et perversion du droit

Sortie aux Éditions Rue de l’échiquier – Collection *l’écopoche en 2023

*La première collection de poche exclusivement consacrée à l’écologie et aux questions de société.

Histoire et anatomie d’un pouvoir


Le système Total, anatomie d’une multinationale de l’énergie

Un documentaire-choc inspiré du livre De quoi Total est-elle la somme ? d’Alain Deneault

Une réalisation de Jean-Robert Viallet et Catherine Le Gall 
Produit par ARTE France et Morgane Productions - 2022

La (très) grande évasion de Yannick Kergoat

Avec la participation d’Alain Deneault

Extrait du film La (très) grande évasion de Yannick Kergoat avec Alain Deneault

Les personnes et les entreprises les plus riches ont de moins en moins de scrupules, et de plus en plus de moyens à leur disposition, pour échapper à l’impôt. Elles alimentent ainsi, sans aucun sentiment de culpabilité, la ruine progressive de la redistribution de la richesse.

Avec rigueur, et une certaine dose d’humour, ce documentaire explique les mécanismes des paradis fiscaux, dévoile les discours de façade des politicien.ne.s pour les combattre et démontre comment l’évasion fiscale n’est pas un défaut du système néolibéral dont on pourrait s’accommoder, mais bien l’un de ses rouages essentiels qui accélèrent la croissance des inégalités.


Alain Deneault chez France culture

« Alain Deneault dresse une critique acerbe du nouveau «totalitarisme» qui frappe nos sociétés par la conjonction du néolibéralisme, de l’avènement des multinationales et du recul des États. » – France Culture


Actualités

  • Bienvenue dans la civilisation technolâtre

    Photo © Le Devoir
    Le Devoir
    Section Opinion-Idées
    Par Alain Deneault et Virginie Francoeur
    2 février 2026

    Bienvenue dans la civilisation technolâtre

    La présence à soi devient insupportable ; on n’en finit plus de se distraire de soi-même

    Au moment de quitter l’enseignement collégial, l’écrivain-professeur Lucien Francoeur disait se sentir face non pas à une autre génération, mais à une « autre civilisation ». C’était au début du siècle. Cette civilisation naissante — technolâtre — fait aujourd’hui société.

    À l’université, elle impose désormais une informatique improprement associée à de l’« intelligence ». Des auteurs et des réviseurs d’articles destinés aux revues scientifiques vont jusqu’à sous-traiter leur travail aux machines, au point de les laisser discuter entre elles à leur profit. Il en ressort des textes désincarnés, trop souvent truffés de références inexistantes et d’erreurs factuelles.

    Le rapport au langage se révèle instrumental. Les mots utilisés sont investis de manière strictement tactique. Le rapport aux notes et aux « dossiers » devient obsessionnel. Les consignes sont suivies de manière strictement juridique. La citation cesse d’être un acte intellectuel pour se transformer en un geste mécanique, destiné à nourrir des indicateurs de performance, à séduire des algorithmes ou à maintenir artificiellement en vie des classements et des métriques. Le professorat concerne alors un acte policier : il vérifie l’existence des références scientifiques citées plus qu’il n’analyse la qualité intellectuelle d’un article ou d’une thèse.

    Souvent à tort, les universitaires s’emballent pour des engins qui contribuent pourtant à disqualifier leur champ et à rétrécir les débouchés professionnels de leurs étudiants. Comme souvent (lire C. W. Mills), la classe moyenne témoigne de son absence de conscience historique.

    Plus largement, Pacôme Thiellement, dans sa série Infernet (Blast, en ligne et en livre), fait la recension d’excès fous, où Internet sous ses différentes formes conduit d’infortunés utilisateurs. Subjectivités empruntées, mises en scène grotesques de soi, dérives hallucinogènes dans le réel, abus facilités par la distance, mise à l’écart du monde dans sa dimension tangible et paranoïa ordinaire. Si Internet n’est pas responsable de toutes les prédispositions perverses des individus, il les amplifie puissamment.

    « Le vrai est un moment du faux » — le détournement célèbre de Guy Debord résume la situation. Et le faux devient activement la feinte, le fake, le falsifié. Deloitte facture à fort prix aux gouvernements australien et canadien des rapports truffés de références factices, le Chicago Sun-Times propose à son public la lecture de romans qui n’existent pas, le ministère français des Affaires étrangères publie la « photo » d’un soldat de la Wehrmacht qui célèbre en 1945 la libération de Paris…

    C’est l’ère du « crétin digital », comme l’écrit le professeur en neurosciences Michel Desmurget (La fabrique du crétin digital, Seuil, 2019). En réaction, cela explique que des écoles de la Silicon Valley proscrivent les écrans…

    S’ennuyer

    Dans cette « autre civilisation », une chose formidable vient à manquer, la capacité à s’ennuyer. Pour certains, jamais ou presque ne se trouve-t-on dans la situation où, dans un vide « confrontant », dans un silence marqué, dans un temps long, on doit apprendre à se mesurer à soi-même. C’est pourtant alors que se constitue le siège de son autonomie, que se forment les ressorts de son désir et que s’ouvre la perspective de projets. La conscience subjective se développe à ce prix.

    Or, la solitude devient maintenant synonyme d’angoisse. On hurle pour en sortir, on rage d’en revenir à nos écrans. On invoque frénétiquement ses « amis », toujours plus « artificiels », davantage encore que les avatars proposés par Facebook. Ce décalage avec l’âpreté du réel est radicalement infantilisant et narcissique. Même les rapports entre amis, lorsqu’ils surviennent encore, ne peuvent faire l’économie de ce tiers qui constitue le vecteur du lien. Au mieux, l’amitié consiste à regarder ensemble ce que propose la machine.

    L’enseignement de la philosophie, comme le disait élégamment Gilles Deleuze, consiste à « apprendre à se réconcilier avec sa solitude ». Or, se priver d’indispensables moments pardevers soi revient à se montrer incapable de cohabiter franchement avec sa conscience. La présence à soi devient insupportable ; on n’en finit plus de se distraire de soi-même.

    Pour le capital, c’est « tout bénef ». En effet, la société de consommation offre aux sujets affolés des points d’appui en apparence structurants, même s’ils sont privés de substance. On s’illusionne sur leur capacité à nous redresser et, comme ces mirages manquent fatalement à leur promesse, on y retourne et en redemande. Le professorat consiste plutôt à favoriser une intelligence présente à elle-même, vive, que jamais un ordinateur n’imitera, ainsi qu’une conscience d’enjeux affectivement investis, afin de résister à ces effets d’aliénation.


  • Comment se préparer au monde qui vient ?

    Comment se préparer au monde qui vient ? Entretien avec Alain Deneault et Pablo Sévigne par Anne-Cécile Bras, animatrice de l’émission C’est pas du vent sur les ondes de Radio France Internationale (RFI). Durée : 48 min 30 sec – 15 janvier 2026

    « Nous sommes entrés dans une zone de turbulences. Les secousses ce sont les sécheresses, les inondations, les mégafeux et autres événements extrêmes qui rendent notre environnement incertain. C’est aussi l’émergence de dirigeants aux propos et aux actions inimaginables jusqu’à peu. Faut-il les citer ? L’accroissement des inégalités qui attise la haine, la circulation des infox qui détourne des réalités du monde… » – C’est pas du vent

    « Je présente l’émission C’est pas du vent depuis 17 ans et je peux vous dire que tout ce que nos invités ont annoncé dans cette émission se concrétise plus vite et plus fort que ce qu’ils avaient prévu. La tentation est forte de fermer ses yeux et ses oreilles en attendant que ça passe. Mais ça ne passera pas… Alors autant se préparer à affronter les tempêtes ! Nos deux invités portent un regard lucide sur le monde dans lequel nous vivons et ils ont des solutions concrètes et à la portée de chacun d’entre nous à nous proposer. Je vous propose de les écouter et j’espère qu’à la fin de cette émission, vous serez un peu réconfortés. » Anne-Cécile Bras.

    Pablo Servigne – Photo © Jérôme Panconi et Alain Deneault – Photo © Audet Photo

    Avec Pablo Servigneagronome et docteur en Biologie. Il est spécialiste des questions d’effondrement, de transition, d’agroécologie et d’entraide pour l’ouvrage Le réseau des tempêtes, manifeste pour une entraide populaire, paru aux Liens qui libèrent. → Le site Le réseau des tempêtes.

    Alain Deneault, philosophe pour Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouïparu chez Lux Editeur.

    Anne-Cécile Bras, animatrice de l’émission C’est pas du vent sur RFI

  • « Si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu » : le sous-trumpisme canadien à Davos

    Élucid
    Par Alain Deneault
    29 janvier 2026

    « Si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu » : le sous-trumpisme canadien à Davos

    C’est un discours mémorable comme peu de Premiers ministres canadiens en ont prononcé dans l’Histoire. Lors du traditionnel Sommet de Davos, réunissant chaque hiver en Suisse la caste mondiale des puissants, Mark Carney a élevé sur le plan de la conscience publique ce que tous observaient sans oser l’admettre : l’ordre mondial établi depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale n’est plus.

    Soudain devenu philosophe, ce banquier de carrière a présenté le droit international et les conventions politiques comme une « fiction » plus que jamais dépourvue de substance, au point où s’en réclamer reviendrait désormais à errer. Il emprunte ses illustrations à l’époque soviétique et au résistant tchécoslovaque Václav Havel – l’image du boutiquier qui affiche par réflexe de vains slogans ouvriéristes, jusqu’au jour où il cesse de le faire. L’ONU, les autres instances internationales, voire l’OTAN… du vent.

    La geste a suffi, en ces temps d’intimidation du président des États-Unis, Donald Trump, pour acquérir une allure subversive et faire le tour du monde en cela. Soudainement leader des moyennes puissances, le Canadien apparaît comme le sujet politique capable de brasser les cartes, en invitant les pays comme le sien à se détourner partiellement des grandes puissances commerciales pour s’unir comme partenaires afin de ne plus dépendre d’elles.

    Son image a fait mouche : « Si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu ». Il a pu trouver à Davos des commensaux à qui offrir ce qu’il a de mieux : du pétrole sale, des minerais de sites à faible teneur, un taux d’imposition sur les sociétés de plus en plus semblable à ceux des paradis fiscaux et une réglementation environnementale devenue formellement édentée.

    Peu de gens ont accès à ces établissements et tout indique que le plus grand nombre, pourtant prompt à applaudir le discours, se révèle le dindon de la farce. Car à lire le discours par-delà ses effets de manche, on constate qu’il appartient à une idéologie qui singe celle du très puissant davantage qu’elle ne lui résiste. Au Canada, « nous avons réduit les impôts sur le revenu, sur les gains en capital et sur les investissements des entreprises, nous avons supprimé tous les obstacles fédéraux au commerce interprovincial et nous accélérons la mise en œuvre d’investissements de mille milliards de dollars dans les domaines de l’énergie, de l’intelligence artificielle et des minéraux critiques », a-t-il claironné, en n’omettant pas de souligner le doublement des dépenses militaires (1).

    Dans ce Canada ployant sous la pression exercée par le très puissant voisin, c’est du sous-Trump qu’on apprend à faire. Mais à la canadienne, c’est-à-dire en y mettant les formes et en rendant la politesse. Tout de même. Les outrecuidances discursives du président états-unien à propos d’un Canada « 51e État des États-Unis d’Amérique » et du Premier ministre devenu « gouverneur » ont été l’occasion pour Ottawa de lancer en vrac des projets industriels ainsi que des réformes législatives qui, auparavant, n’auraient pas du tout été envisageables.

    Profitant de l’état de sidération de sa population face aux rodomontades du matamore américain, Mark Carney a littéralement imposé l’état d’exception en ce qui concerne les normes et contraintes environnementales que le pays avait mis des décennies à s’imposer. En septembre 2025, une loi sur les chantiers dits d’intérêt national a fait avaliser par le Parlement la levée de toute restriction écologique dès lors qu’un ministre désigné jugeait un projet d’exploitation prometteur sur le plan de l’innovation et de la croissance financière. On ne parle pas de mesures secondaires. Sont notamment suspendues les lois sur les pêches, les ouvrages destinés à l’amélioration des cours d’eau internationaux, les eaux navigables canadiennes, les forces hydrauliques, la convention concernant les oiseaux migrateurs, les transports, la gestion maritime, la protection de l’environnement, les espèces en péril, la Régie canadienne de l’énergie et l’évaluation d’impact (2). Toute entreprise ou tout organe public étatique jugé capable de se consacrer à ces activités peut depuis lors échapper à toute forme d’encadrement. Les prérogatives provinciales se sont aussi dissipées.

    Ces chantiers industriels et financiers qualifiés en bloc d’« intérêt national » concernent l’extraction gazière et minière, la production d’énergie nucléaire et la construction portuaire, et sont tous potentiellement écocides. L’État s’est empressé, en les présentant tambour battant, de les flanquer d’épithètes telles que « propre » ou « durable » pour s’estimer blanchi (ou verdi).

    Non content d’une telle permissivité, voyant que peu de citoyens résistaient à ce régime d’exception, l’État fédéral a ensuite étendu ces largesses à tous les secteurs d’activité, quels qu’ils soient. Faisant voter une loi dite « omnibus » – une soupe de considérations législatives éparses dont les sujets sont étrangers les uns aux autres (3) –, l’exécutif a fait avaliser par le Parlement comme telle la levée de toute restriction écologique. Toute entreprise ou toute instance étatique peut alors échapper à toute forme d’encadrement. Les lois en matière de défense de la faune et de la flore, de l’intégrité du territoire et de la protection de l’air, déjà faibles ou édentées, sont désormais cosmétiques. Elles pourraient tout simplement ne plus exister. Le quotidien Le Devoir résume la situation froidement (4) :

    « Le gouvernement Carney confère discrètement le pouvoir à ses ministres d’exempter temporairement n’importe qui de n’importe quelle loi fédérale, sur la base de promesses d’innovation ou de croissance économique. Les projets “d’intérêt national” ne seront plus les seuls à bénéficier d’un passe-droit légal. »

    L’heure est à l’inconstitutionnalité dans les différents régimes de droits libéraux. Washington donne le ton avec un président autocrate qui conçoit la souveraineté de l’État comme le faisait le constitutionnaliste Carl Schmitt : le souverain dispose de pouvoirs exceptionnels dès lors qu’une situation historique le justifie à ses yeux.

    Les représentants de moyennes puissances l’imitent plutôt que de lui résister. Le souverain leur ouvre un boulevard. L’exception que s’arrogent ces gens à table signifie s’excepter des règles convenues par l’État, en ce qui concerne l’exercice même du pouvoir. Au mépris des textes fondamentaux, des décisions de justice, des us et coutumes. Le Premier ministre du Canada l’a affirmé en toute quiétude : il n’y allait de toute façon que de « fictions », et l’heure est venue, dans ce moment suspendu de l’Histoire, de désapprouver toute attitude crédule.

    Tandis que la présidence états-unienne montre le chemin foulant au pied la constitution qu’elle est censée défendre, que la France se gouverne en neutralisant son parlement, que la Russie enjambe violemment les frontières et que l’État d’Israël se livre à des actes génocidaires, les moyennes puissances comme le Canada – lui-même dirigé par un ex-banquier jadis actif dans les paradis fiscaux (5) – peuvent, elles, tranquilles, s’associer dans un monde où le droit, les normes et les règles sont présentés comme des reliques ne méritant pas la « nostalgie » et se refondant sur le mode des affaires.

    Notes

    (1) Discours presque intégralement repris en première page du site internet du Monde, « Mark Carney, Premier ministre du Canada : L’histoire de l’ordre international fondé sur des règles était une fiction utile », le 21 janvier 2026.

    (2) « Loi édictant la Loi sur le libre-échange et la mobilité de la main-d’œuvre au Canada et la Loi visant à bâtir le Canada », votée le 26 juin 2025, chapitre 2, annexe 2, partie 1.

    (3) Andre Barnes et Michel Bédard, « Projets de loi omnibus », Ottawa, Bibliothèque du Parlement, 1er novembre 2012.

    (4) Brosi Proulx, « Pour l’innovation, Ottawa s’offre un passe-droit pour n’importe quelle loi », Le Devoir, 24 novembre 2025.

    (5) Daniel Leblanc, « Carney a utilisé un paradis fiscal pour attirer des investisseurs chez Brookfield », Radio-Canada.ca, 26 mars 2025.


  • Applaudir Mark Carney et faire fi de notre aliénation collective

    Photo © Fabrice Coffrini Agence France-Presse 
    Le Devoir 
    Section Opinion-Idées

    Par Alain Deneault
    27 janvier 2026

    Applaudir Mark Carney et faire fi de notre aliénation collective

    Ce n’est pas là une façon de résister à Trump, mais de faire du sous-Trump entre moyennes puissances.

    Dans le contexte où l’empire états-unien menace d’envahir militairement le Canada, raille ses représentants, s’ingère politiquement, le met à genoux commercialement et pèse sur la moindre de ses décisions… nous avons eu droit, à Davos la semaine dernière, à un discours de grande envergure, comme peu de premiers ministres canadiens en ont prononcé dans l’histoire. Mark Carney habitait son allocution, articulait ses idées, pensait ce qu’il disait et disait ce qu’il pensait.

    Comme marqueur historique, son discours permettait de mesurer à quel point les temps ont changé, d’autant plus qu’il traitait lui-même de cette question. Elle apparaissait soudainement lointaine, l’époque où la gauche dénonçait le rituel de Davos lui-même, cercle officieux des dominants planétaires issus du secteur privé comme public. Les premiers cooptaient à cette occasion les seconds pour qu’ils réalisent le dessein d’une mondialisation financiarisée.

    Aujourd’hui sidérés par la mégalomanie belliqueuse du président états-unien, la régression militariste de la Russie et la violence génocidaire perpétrée par l’État d’Israël à Gaza, les progressistes semblent considérer ne plus avoir le luxe de pérorer sur le bien-fondé de l’exercice politique hivernal tenu en Suisse. On oublie même l’avoir déjà vertement critiqué.

    Sur cette scène, pour percutant qu’il fût, le discours du premier ministre n’en reste pas moins éminemment critiquable. Notre leader nous invite à passer à table, pour éviter « d’être au menu », mais nous ne faisons pas tous partie de ce « nous ». Tous n’ont pas les moyens de compter parmi les commensaux.

    C’est pourquoi les holà ! sous lesquels Mark Carney a été reconnu comme le héraut des moyennes puissances étatiques — ou leur héros ? — dissimulent mal un état d’aliénation collective. Nous voici encore — ce qui n’a rien de bien historique cette fois —, nous, peuples, en train d’applaudir une proposition prétendant au bien commun, alors qu’elle défend en réalité seulement des intérêts bien particuliers. C’est toujours en cela que consiste l’aliénation : abuser de collectivités en les intégrant à un schème vicié comme si celui-ci, en définitive, les servait.

    En cela, le premier ministre Carney a réalisé à Davos un tour de prestidigitation. Il a fait passer pour un acte d’affranchissement national une série de projets ou de réalités qu’on décriait il y a peu. Relisons le passage qui constitue le fondement de tout son édifice rhétorique : « Nous avons [au Canada] réduit les impôts sur le revenu, les gains en capital et les investissements des entreprises, nous avons supprimé tous les obstacles fédéraux au commerce interprovincial et nous accélérons la mise en œuvre d’investissements de 1000 milliards de dollars dans les domaines de l’énergie, de l’intelligence artificielle et des minéraux critiques », en plus du doublement des dépenses militaires.

    Qui bénéficiera de tels chantiers ? On ne saurait répondre : « tout le monde », à moins de croire béatement en la théorie du « ruissellement ». Ce piège intellectuel vieux de 40 ans consiste à faire croire que les classes pauvres et moyennes ne s’enrichissent que si elles laissent, au sommet, les opulents battre des records de prospérité. Tous savent qu’il ne se trouve tout au plus que des miettes sous la table : quelques emplois, peut-être, au prix d’un important dévoiement des fonds publics.

    Passons une à une les mesures publiques préconisées.

    Doit-on encore insister sur le tort que représente le faible revenu que l’État tire de l’impôt sur les grandes entreprises ? Ce phénomène occasionne des conséquences graves sur l’accès au logement, l’école, les soins de santé, le soutien aux arts et la garantie de programmes sociaux. En outre, la moitié des gains financiers sont toujours exempts d’impôts, ce qui n’est pas le cas du salaire des travailleurs, lesquels contribuent pourtant davantage à l’entraide sociale.

    Ensuite, les investissements dans le domaine de l’énergie vont à l’encontre de tous les engagements de l’État depuis plus de dix ans en ce qui a trait aux perturbations climatiques. Sur ce point, les canicules et innombrables incendies de forêt survenus au Canada ces derniers étés ne semblent pas faire sourciller un brin l’État fédéral. Officiellement destinée à l’exportation, du moins en partie, cette énergie, notamment celle écocide provenant de l’Alberta, ne répond pas à un projet d’autonomie énergétique, contrairement à ce que laisse croire le discours aux accents sophistiques.

    En ce qui concerne les minerais stratégiques, on les sait destinés à la filière militaire ou dans la bulle spéculative entourant le virage électrique. Sur ce dernier point, on sait que les nouvelles énergies dites « vertes », comme les voitures électriques, requièrent des minerais de pointe tellement polluants à extraire qu’elles annulent les bénéfices écologiques de leur usage.

    La mal nommée « intelligence artificielle », très polluante elle aussi, achèvera d’automatiser mille et une tâches requises sur ces chantiers et auprès de leur administration, de telle sorte qu’ils se révéleront pauvres en création d’emploi.

    On pourrait poursuivre ainsi longuement. Notamment à propos des dépenses militaires, plutôt que dans des postes de dépense socialement pertinents.

    Pour réaliser un programme qui aurait provoqué une levée de boucliers il y a encore quelques mois, le premier ministre canadien a profité de l’état de sidération de sa population face aux rodomontades du matamore voisin. Mark Carney, ex-banquier amateur de paradis fiscaux, s’est aussi délesté de toute contrainte écologique, en suspendant la portée des lois fédérales visant à protéger l’environnement, pour l’État comme pour les entreprises.

    Ce n’est pas là une façon de résister à Trump, mais de faire du sous-Trump entre moyennes puissances prétendant abusivement à la respectabilité.


  • Fictions et idées pour la nouvelle année

    La Presse

    Chantal Guy
    17 janvier 2026

    Au Québec, 2026 sera encore une année riche en romans, récits et essais. Voici ce qui a retenu l’attention de notre chroniqueuse. […]

    Quelques essais

    Les essais sont toujours une excellente radiographie de ce qui anime notre époque. La montée de l’extrême droite a inspiré au moins trois livres sur le sujet : Avant d’en arriver là – essai choral sur le péril fasciste (Écosociété, 19 janvier) réunit des plumes comme Anaïs Barbeau-Lavalette, Alain Deneault, Jonathan Durand Folco, Dalie Giroux ou Amir Khadir qui se penchent sur des pistes de solution.


  • Entrevue avec Pierre Mouterde et David Murray : Montée de l’extrême droite

    Photo © Radio-Canada

    Alain Deneault est mentionné à deux reprises lors de l’entretien animé par Patrick Masbourian à l’émission Tout un matin à Radio-Canada avec les invités Pierre Mouterde et David Murray à l’occasion de la parution de l’essai Avant d’en arriver là – Essai choral sur le péril fasciste publié aux Éditions Écosociété. Alain Deneault fait partie des 18 auteur·es. du livre. Durée : 14 min – 20 janvier 2026

    « Pierre Mouterde, sociologue et spécialiste des mouvements sociaux en Amérique latine, et David Murray, éditeur à Écosociété, discutent de la montée de l’extrême droite dans le monde à l’occasion de la sortie du livre Avant d’en arriver là. » – Tout un matin, Radio-Canada


  • Avant d’en arriver là – Essai choral sur le péril fasciste : en librairie aujourd’hui !

    Alain Deneault fait partie des 18 auteur·es. de l’essai Avant d’en arriver là – Essai choral sur le péril fasciste publié aux Éditions Écosociété et dont la parution est aujourd’hui le 20 janvier 2026.

    « Comment la gauche peut-elle faire barrage au péril fasciste ? Un essai polyphonique et stimulant qui croise les réflexions de 18 auteur·es pour faire face à la montée de l’extrême-droite.

    Ainsi le fascisme serait de retour. Un abus de langage ? Il reste qu’entre la dérive autoritaire de l’administration Trump et la normalisation des discours d’extrême droite dans le paysage politique, nous sommes plusieurs à nous inquiéter de la conjoncture actuelle. Désinformation, discours haineux, menaces sur l’État de droit, démantèlement des services publics, reculs sur le front écologique… Le temps est venu de résister avant qu’il ne soit trop tard.

    Mais comment surmonter la stupeur et freiner le proces­sus de fascisation en cours ? Comment s’organi­ser malgré la fragmentation de nos forces ? Cet essai polyphoni­que croise les perspectives, analyses et propo­si­­tions stratégi­ques de 18 auteur·es. Mises en dialogue par Pierre Mouterde et David Murray, leurs voix nous convient à un exercice franc et inspirant, ouvrant le débat de manière salutaire. 

    Créer du lien, renforcer les mouvements sociaux, cibler l’oligarchie et les géants de la tech, penser notre souve­raineté numérique et politique, développer de nouveaux narratifs… Les pistes abondent pour bâtir une stratégie de lutte appropriée en ces temps graves et déstabilisants. Puisqu’il est encore temps d’agir.

    Discussion animée par David Murray et Pierre Mouterde

    Anaïs Barbeau-Lavalette, Marc-André Cyr, Martine Delvaux, Alain Deneault, Catherine Dorion, Pierre Dubuc, Jonathan Durand Folco, Maxim Fortin, Ruba Ghazal, Dalie Giroux, Guillaume Hébert, Amir Khadir, Eric Martin, Philippe Néméh-Nombré, Éric Pineault, Alain Saulnier, Maïka Sondarjee et Judith Trudeau »

    Source: Éditions Écosociété

    « Écosociété vous invite au lancement du livre collectif Avant d’en arriver là - Essai choral sur le péril fasciste, dans la merveilleuse librairie Un livre à soi.

    Pour l’occasion, la poète et coanimatrice du balado Le temps des monstres, Marie-Élaine Guay, animera une causerie avec Pierre Mouterde, David Murray et certain·es auteur·es du collectif. » – Écosociété


    Lancement et causerie
    Avant d'en arriver là - Essai choral sur le péril fasciste
    Animation : Marie-Élaine Guay
    Avec : Pierre Mouterde, David Murray et certains·es auteur·es du collectif.
    Mardi 27 janvier 2026 - 17 h 30
    Librairie Un livre à soi
    1575 Avenue Laurier Est, Montréal


  • Avant d’en arriver là – Essai choral sur le péril fasciste

    Presse-toi à gauche
    16 décembre 2025

    À la manière d’un film choral où plusieurs histoires s’entremêlent, cet essai polyphonique et stimulant croise les réflexions de 18 auteur·es pour faire face à la montée de l’extrême droite. Des voix, mises en dialogue, qui redonnent un souffle à la résistance, un an jour pour jour après l’inauguration de la seconde administration Trump.

    Discussion animée par David Murray et Pierre Mouterde.

    Avec Anaïs Barbeau-Lavalette, Marc-André Cyr, Martine Delvaux, Alain Deneault, Catherine Dorion, Pierre Dubuc, Jonathan Durand Folco, Maxim Fortin, Ruba Ghazal, Dalie Giroux, Guillaume Hébert, Amir Khadir, Eric Martin, Philippe Néméh-Nombré, Éric Pineault, Alain Saulnier, Maïka Sondarjee et Judith Trudeau.

    Hors série / environ 272 p.

    En librairie le 20 janvier.

    Ainsi le fascisme serait de retour. Abus de langage ? Expression galvaudée masquant le caractère inédit des changements en cours ? Il reste qu’entre la dangereuse dérive autoritaire de la seconde administration Trump et l’affolante normalisation des discours d’extrême droite dans le paysage politique, nous sommes plusieurs à nous inquiéter de la conjoncture actuelle. Désinformation, discours haineux, menaces envers l’état de droit, démantèlement des services publics, reculs sur le front écologique… Le temps est venu de résister avant qu’il ne soit trop tard.

    Mais comment surmonter la sidération qui fige plusieurs d’entre nous ? Quels moyens mettre en oeuvre, dans un contexte où bien des facteurs poussent à la fragmentation de nos forces ? Comment répondre à la montée des courants autoritaires au Québec ? La gauche peine depuis des années à être considérée comme une voie politique crédible aux yeux de la majorité. Pourtant, freiner le processus de fascisation en cours implique de reprendre l’initiative et de réussir à imposer les termes du débat politique.

    À la manière d’un film choral où plusieurs histoires s’entremêlent, cet essai polyphonique croise les perspectives, analyses et propositions stratégiques de 18 auteur·es ayant des points de vue complémentaires. Mises en scène, ou plutôt mises en dialogue par Pierre Mouterde et David Murray, leurs voix nous convient à un exercice franc et inspirant, ouvrant un débat salutaire. Créer du lien, des communautés, renforcer les mouvements sociaux, cibler l’oligarchie et les géants de la technologie, penser notre souveraineté numérique et l’indépendance, développer de nouveaux narratifs, fédérer la résistance… Les pistes abondent pour bâtir une stratégie de lutte appropriée en ces temps graves et déstabilisants. Il est encore temps d’agir.

    Historien de formation, David Murray est éditeur chez Écosociété. Collaborateur de plusieurs médias indépendants, il a animé pendant près de dix ans une émission d’affaires publiques sur CISM en plus de militer au sein du Mouvement québécois pour une décroissance conviviale. Il a collaboré et codirigé certains ouvrages, dont Creuser jusqu’où ? Extractivisme et limites à la croissance (Écosociété, 2015, avec Yves-Marie Abraham).

    Sociologue, philosophe et essayiste, Pierre Mouterde est spécialiste des mouvements sociaux en Amérique latine et des enjeux relatifs à la démocratie et aux droits humains. Il est l’auteur de nombreux livres dont, aux Éditions Écosociété, Quand l’utopie ne désarme pas (2002), Repenser l’action politique de gauche (2005), Pour une philosophie de l’action et de l’émancipation (2009) et Une gauche en commun. Dialogue sur l’anarchisme et le socialisme (avec Marcos Ancelovici, 2019).


  • Citations d’Alain Deneault sur Ouest-France

    Plusieurs citations tirées des essais La médiocratie et Faire l’économie de la haine d’Alain Deneault se retrouvent sur le site Citation du jour, un site géré par Beweb en partenariat avec le journal Ouest-France.

    « La plateforme Ouest-France se classe à la 1e place du classement global des médias d’actualité les plus visités en France, en novembre 2025, avec 220 millions de visites par mois (sites web fixes, sites mobiles, sites AMP et applications), source ACPM. » – Ouest-France

    Citations tirées de l’essai La médiocratie d’Alain Deneault publié chez Lux Éditeur

    Citations tirées de l’essai Faire l’économie de la haine d’Alain Deneault publié aux Éditions Écosociété


  • Changement de culture: Gagner moins

    Le Mouton Noir

    Par Aimée Lévesque
    Décembre 2025

    Je veux gagner moins d’argent. J’en gagne trop comme prof de cégep1. À 100 000 $ par année (si je travaillais à temps plein), je fais partie des 10 % les plus aisés2. C’est bien assez.

    « Mais tout le monde veut faire plus d’argent! »

    Pas forcément; surtout si on fait partie des mieux nantis, ne devrait-on pas prendre du recul pour réfléchir à la course à l’accumulation qu’on nous a rentrée dans la tête et qu’on mène souvent à l’aveugle? L’empreinte carbone d’un individu augmentant selon le quintile de revenu de son ménage3, sa responsabilité augmente d’autant.

    Dans les mots d’Alain Deneault« on n’est pas à l’ère de l’abondance, mais à l’ère de l’hypothèque4 »; ainsi le ménage canadien moyen est endetté à 177 % de son revenu disponible5. Pas étonnant : le chercheur Kôhei Saitô signale que la spirale de la domination du capital et de l’endettement s’autoalimente, par exemple à cause de notre travail, « [n]ous ne pouvons plus consacrer de temps aux tâches ménagères ou à la réparation de nos biens, ce qui rend les marchandises encore plus importantes6 ». J’ai plutôt envie, suivant Serge Latouche, de « résister à l’engrenage de l’accumulation illimitée et ne pas [me] laisser prendre dans le cycle infernal des besoins et du revenu7 ».

    Je souhaite « travailler moins pour vivre mieux », du titre de l’essai de la philosophe Céline Marty8 – et faire que ma collectivité vive un peu mieux. Lorsque je travaillais trois jours semaine, loin de manquer d’argent, j’étais à l’aise : j’avais le temps de cuisiner les légumes de notre panier (qui ainsi ne se gaspillaient plus); je bénévolais; je faisais des activités (presque) gratuites avec mes proches, comme coudre, jouer au Rummy, jaser. Le troc s’installait doucement : je t’apporte des muffins, tu m’apprends à enfiler ma machine, je partage mes légumes, tu me prêtes ta corde à linge. J’ai trouvé « un compromis transitoire : travailler moins, dans des conditions moins stressantes, accomplir une activité laborieuse mais qui intègre éventuellement une part […] d’action politique9 ».

    Sortir des échanges marchands est selon moi le nœud de l’affaire dans le changement de culture à mener face à la crise écologique : ainsi nous aurons « moins de biens, mais plus de liens10 ».

    J’aime imaginer ce qui se passerait si, après avoir pris le temps de nous auto-organiser, on arrêtait de travailler, n’ayant plus besoin de « gagner notre vie » [sic]… Il faut sortir la tête du guidon de la productivité, enclencher un processus d’autonomisation, augmenter notre résilience individuelle comme collective.

    On fait quoi?

    On donne, on reçoit (l’Accorderie Rimouski-Neigette existe pour ça). On emprunte (au voisin, à l’Outillerie). On s’entre-enseigne l’autonomie (aux cafés réparations).

    On calcule combien on a besoin pour vivre dignement. Si on peut réduire, on essaie.

    On lit / on écoute

    Tous ces livres et disques qu’on – ou la bibliothèque, ou une amie – possède déjà.

    1. Une prof qui a cumulé assez d’années à temps complet pour pouvoir demander une réduction de tâche et qui a atteint son dernier échelon possible. Rien à voir avec la situation des précaires, qui doivent tout accepter (parfois du temps plus que plein) pour conserver leur rang dans la liste d’ancienneté et espérer une tâche à la session suivante.

    2.  Au Québec, lorsqu’on gagnait 104 800 $ avant impôts en 2022, on faisait partie des 10 % (Statistique Canada, Les déclarants à revenu élevé, au Canada, seuils régionaux particuliers, 2024).

    3. Institut de la statistique du Québec, Empreinte carbone des ménages selon le quintile de revenu avant impôt, 2019, 2025.

    4. « Les médiocres ont pris le pouvoir et conduisent le monde à sa perte », balado Élucid, 23 novembre 2024.

    Les médiocres ont pris le pouvoir et conduisent le monde à sa perte – Entretien avec Alain Deneault par Olivier Berruyer sur la chaîne Elucid – 23 novembre 2024

    5. Statistique Canada, Indicateurs du service de la dette des ménages, comptes du bilan national, 11 septembre 2025.

    6. Moins! La décroissance est une philosophie, trad. Jean-Christophe Helary, Éditions du Seuil, 2024 [2020], p. 225.

    7. Travailler moins, travailler autrement, ne pas travailler du tout, Éditions Payot & Rivages, 2021, p. 101.

    8. Dunod, 2021.

    9. Ibid. J’ai enlevé « de méditation et », qui ne servait pas ici mon propos.

    10. Slogan associé à la simplicité volontaire.


  • Use et abuse au Théâtre La Rubrique

    Photo © Maxim Paré Fortin

    La création pluridisciplinaire Use et abuse produite par Carte blanche avec Christian Lapointe et Alix Dufresne, inspirée par la vidéoconférence d’Alain Deneault Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art, sera présentée au Théâtre La Rubrique le 16 janvier 2026.

    « Artistes québécois·e·s à la parole déliée et vive, Alix Dufresne et Christian Lapointe s’emparent de la vidéoconférence intitulée Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art donnée par le philosophe Alain Deneault en 2021 et tirée de son livre L’économie esthétique. À l’invitation de l’Association acadienne des artistes professionnel·le·s du Nouveau-Brunswick, cet exposé tente de montrer comment le capitalisme maintient sous pression les artistes et les incitent à devenir rentables. Les deux artistes proposent une performance déjantée et incisive avec, comme toile de fond et projetée sur écran, la prise de parole controversée du philosophe. Elle et il y mettent en jeu la notion de marchandisation et les mécanismes de détournement de l’art, et ce, par la création d’un encan de JNF (NFT) fabriqués en direct devant public. Leurs corps deviennent outils de création, mais aussi paradoxalement de promotion et de contestation : chair brutalisée par l’économie de la culture en quête d’une réappropriation de l’agentivité propre à la pratique de l’art.

    Initié par le metteur en scène et acteur Christian Lapointe, USE ET ABUSE vient clore la résidence d’Alix Dufresne en tant qu’artiste associée à l’USINE C de 2022 à 2025. Ici les deux artistes donnent corps à une forme hybride, à la fois ludique, performative et politique, laissant place à l’imprévisible à chaque représentation.


    Use et abuse
    Création initiée par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
    et inspirée de la conférence d'Alain Deneault
    Une production de Carte blanche
    Théâtre La Rubrique
    4160 Rue du Vieux Pont, Jonquière, Québec G7X 7V8
    16 janvier 2026 - 20 h
    Durée 1 h - Billetterie ici

    Traumavertissement
    Cette œuvre contient des scènes de nudité, de violence et de sexualité.
    Elle peut heurter la sensibilité de certain·es spectateur·trices.
    * 18 ans et plus – preuve d’identité requise


    Conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art – diffusée sur VIMEO par l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick (AAAPND ).

  • Résolution ou barbarie

    Photo ©Julia Demaree Nikhinson

    Acadie Nouvelle

    Par Alain Deneault
    7 janvier 2026

    Selon le Centre canadien de politiques alternatives (CCPA), les 100 principaux dirigeants d’entreprise du pays avaient déjà gagné, le 2 janvier dernier, l’équivalent du salaire moyen des travailleurs.

    Pourtant, ces grands rentiers prennent désormais très peu de risques dans un monde de fusions-acquisitions, où de petites entreprises travaillent à l’innovation. Ces puissants les cueillent comme des fruits mûrs dès lors qu’une réussit là où des centaines échouent. Les États sont à leurs pieds pour les assister socialement, en leur aménageant des échappatoires fiscales et réglementaires les amenant à contourner plusieurs de leurs obligations sociales. Ils grandissent dans une classe qui leur permet de ponctionner à l’infini la valeur dégagée par le travail de subalternes contraints à les servir, ici ou dans le quasi-esclavagisme de pays lointains. Rien ne justifie une telle disparité. C’est le capitalisme dans ses effets structurels.

    Les conséquences de ces inégalités proprement scandaleuses ne se réduisent pas au spectacle d’une ignominie sociale. Certes, il est indigne de voir un petit nombre de sujets souvent arrogants se vautrer dans l’opulence, tandis que l’inflation qui leur profite étrangle de plus en plus de gens. Les membres de la classe moyenne se voient glisser vers le prolétariat, quelques générations après en être sortis.

    Mais plus encore, ces disparités sociales consolident d’un point de vue politique la capacité d’une caste de milliardaires à régner sur le monde. Ce sont eux qui financent les présidents des États-Unis les uns après les autres, pour qu’ils remplissent leur cahier des charges. Ce sont leurs banquiers que l’on retrouve à la tête des institutions politiques de la France ou du Canada. Dans certains cas, ce sont leurs médias qui soufflent sur le feu de l’extrême droite. Leurs lobbyistes font la pluie et le beau temps dans les capitales et autres centres stratégiques du monde. Le régime est organisé pour les servir. C’est le sens du –isme dans « capitalisme », le fait d’une doctrine et d’une structure institutionnelle qui sécurise le capital des très puissants, le conforte et le promeut.

    Ultimement, la planète y passe. Ici, les chantiers industriels chers au gouvernement libéral, calqués sur le programme des conservateurs, contribueront encore plus à l’émission de gaz à effet de serre, tandis que la déforestation, l’exploitation non conventionnelle d’énergie, l’extractivisme minier au nom d’une sophistique « économie verte » se poursuivent de manière excessive et irresponsable. La production démesurée de plastique et de produits chimiques continue pour sa part de nous encombrer et de nous empoisonner. Les puissants nous font courir à notre perte, nous qui les suivons en somnambules.

    Puisque c’est de saison, deux résolutions du Nouvel An s’imposent à nous maintenant, surtout lorsqu’on est de ceux qui ont accès de près ou de loin à la parole publique.  

    D’abord, exiger intellectuellement des figures politiques qu’elles soient à la hauteur de l’histoire. Ne pas se satisfaire d’une « gouvernance » à la petite semaine. Nul n’est critique en se montrant seulement comptable d’anecdotiques engagements électoraux. Qu’un État gère des budgets et administre des institutions est une réalité importante, oui, mais pas au point qu’on le réduise à ce rôle. La politique institutionnelle crève de cette mentalité de pense-petit.  Elle gagnerait à s’attaquer à des enjeux fondamentaux et structuraux de la société.

    Prenons par exemple la fiscalité et le budget de l’État. Promettons-nous cette année de ne pas considérer une seule fois l’État comme incapable de financer sa mission sociale, sans placer dans la balance le fait structurel de l’évitement fiscal des grandes entreprises. Si les hôpitaux sont dysfonctionnels, si les enseignants se montrent surmenés dans les écoles, si le transport en commun est abandonné à son état parodique, si les artistes désespèrent de pratiquer un art qui nous est indispensable collectivement, si les universités sont inaccessibles à plusieurs, si les pauvres s’enferment dans la honte de leurs maisons mal chauffées… ce n’est pas seulement parce que l’État dépense trop, gère mal les finances ou ne parvient pas à enrayer le déficit par on ne sait quel fait d’incompétence, mais surtout parce qu’il n’impose pas équitablement les grands détenteurs de capitaux et les multinationales. Il manque de revenus.

    Nous devrions pouffer de rire lorsqu’un responsable d’affaires publiques nous dit de l’État qu’il n’a plus d’argent, que celui-ci ne pousse pas dans les arbres… Ou lorsqu’il pleure parce que les contribuables sont imposés à leur pleine capacité. Cessons cette farce !

    L’État est déficient lorsque les Irving de ce monde délocalisent une partie importante de leur trésorerie aux Bermudes, lorsque l’État continue néanmoins de les soutenir à coups de subventions, s’il n’aménage pas la loi pour leur permettre de contourner légalement leurs obligations. Tant que le problème majeur de ces privilèges ne sera pas abordé de front – ce en quoi constitue la grande politique depuis la Révolution française –, aucun personnage institutionnel, aussi médiatique et « gendre idéal » qu’il fut, ne méritera quelque approbation que ce soit. Fixons là la barre et mettons fin à toute complaisance.

    Deuxième résolution : placer l’écologie au centre de toute décision en cessant de louvoyer avec ces mots-valises et autres miroirs aux alouettes que sont le « développement durable », la « transition énergétique » ou le « capitalisme vert ». Nous n’aiderons notre cause comme peuple qu’en collectivisant les richesses énergétiques et en organisant une politique de décroissance, impérative. En cela, la décision du gouvernement Carney de surseoir à ses obligations formelles en matière environnementale, en raison de sa politique sur les chantiers nationaux pilotés par Dominic Leblanc, ne saurait mieux contredire les nécessités de notre époque. Il témoigne d’un aveuglement sectaire au profit de la grande industrie et d’un manque cruel d’imagination.

    Au contraire, placer l’écologie d’abord, puisqu’à maints égards nous pâtissons déjà du saccage de notre monde. Cela signifie revoir philosophiquement tout notre système de valeur et désindustrialiser notre activité au profit du low-tech, lui, véritablement durable. C’est aussi suspendre dans la majorité de ses usages la très polluante et très artificielle « intelligence » que nous vendent des marchands technolâtres, indifférents à l’accentuation du réchauffement climatique et à l’inanité culturelle qu’ils provoquent.


  • Philippe Fortin-Villeneuve de la Librairie Marie-Laura choisit «La médiocratie» d’Alain Deneault comme son coup de coeur absolu chez Lux!

    Lux continue sa pêche aux compliments! Nous avons demandé à cinq libraires incroyables de nous présenter leur coup de coeur parmi notre catalogue. Petite façon sympathique de clôturer notre 30e anniversaire d’existence comme maison d’édition. – Lux Éditeur

    « Dernière victime de notre course aux éloges, le libraire Philippe Fortin-Villeneuve de la Librairie Marie-Laura choisit «La médiocratie» d’Alain Deneault comme son coup de coeur absolu chez Lux!

    Ses mots: «Paru il y a une décennie, ce petit livre d’Alain Deneault recèle en son sein la quintessence de ce qui fait de ce professeur de philosophie l’un de mes auteurs chouchous : la pertinence, l’ironie, l’audace, l’intelligence et, d’une certaine façon, une forme d’humour entendu qui adoucit la dureté des constats qu’il fait tout au long de cet essai consacré à la médiocrité ambiante. Dix ans plus tard, force est de constater, malheureusement, que ce qu’il dénonce demeure d’une actualité consternante.»

    Gens du Saguenay, vous avez par chez vous l’un des meilleurs libraires du Québec! Allez-lui rendre visite! » – Lux Éditeur, page Meta (Facebook) – 20 décembre 2025


  • Témoignage d’Alain Deneault sur Jacques Rancière

    Témoignage d’Alain Deneault sur le philosophe Jacques Rancière à l’émission Pas de quartiers du groupe Louise-Michel sur Radio Libertaire, 89.4 MHz FM, Île-de-France (Paris).

    Les animatrices Mariama et Lucille reçoivent le philosophe Jacques Rancière pour évoquer son parcours et présenter ses deux derniers ouvrages Au loin la liberté, essai sur Tchekhov et La mésentente, politique et philosophie publiés chez La fabrique éditions. Le témoignage d’Alain Deneault débute à 16 min 40 sec (durée 15 minutes) – 14 octobre 2025

    « […] Alors, ce que vous allons faire, Monsieur Rancière, nous allons donner la parole à Alain Deneault qui a été votre élève et qui nous a fait un fichier, depuis le Canada, de quinze minutes et qui explique comment on apprend avec Jacques Rancière. » – Pas de Quartiers

    « […] Après des séjours à Berlin et Montréal, il [Alain Deneault] s’inscrit aux études supérieures en 1997 à l’Université de Vincennes à Saint-Denis (Université de Paris-VIII) et obtient en 1998 son diplôme d’études approfondies (DEA), puis, en 2004, le doctorat « Lieux et transformations de la philosophie », tous deux sous la direction de Jacques Rancière. » – Wikipédia, page Alain Deneault

    Jacques Ranciere – Photo © PFRunner, 2012

  • L’apocalypse selon Saint-Jean

    Photo © Chris Donovan, The Cloud Factory – Gracieuseté

    Acadie Nouvelle

    Par Alain Deneault
    12 décembre 2025

    « Mais ! Qu’est-ce que tu vas faire là ?! » C’est la réaction d’un ami lorsque je l’informe de mon départ imminent pour la ville de Saint-Jean. L’idée même le déprime. « Mon pauvre. » Il m’en parle comme d’un piège à homards : un bras autoroutier nous y insère, mais on peine à le retrouver lorsque vient le temps d’en sortir, et vit alors l’angoisse dystopique de devoir tournoyer pour le reste de
    ses jours dans la capitale de l’Irvingnie.

    J’en ris.

    Arrivé aux abords de la ville, plusieurs heures plus tard, distrait, je crois reconnaître un étrange brouillard dans lequel s’enfoncer. N’est-ce pas courant près de la baie de Fundy ? Non. C’est en réalité une boule de crasse. Nous arrivons à bon port, pour ainsi dire. Le ciel est lourd aujourd’hui. Ça pique à la gorge, ça pue, c’est laid. C’est sale. Nous roulons dans la fumée. Saillissant, des cheminées d’usines la crachent. Un bref courant d’air perce l’écran qu’elle constitue pour faire apparaître furtivement un navire de marchandises croulant sous les conteneurs. Accosté, lui-même semble se languir d’ennui. C’est apocalyptique.

    On se souvient bien sûr de la journaliste financière de Toronto, Diane Francis, qui parlait du Nouveau-Brunswick comme d’une « Company Town », une ville ouvrière sous la coupe des Irving (Who owns Canada now, HarperCollin, 2008). Mais ne s’était-il pas toujours agi d’une métaphore ? Or, non ! Cette scribe l’évoquait au premier degré.

    C’est un retour au XIXe siècle, l’équivalent du Village historique acadien de Bertrand, mais sur son versant effrayant. Et actuel, comme si s’incarnaient encore ici les grandes usines de textile qui, à Lowell, en Nouvelle-Angleterre, se présentent maintenant comme des musées.

    Photo © Chris Donovan, The Cloud Factory – Gracieuseté

    Pour peu, des touristes sociologues et historiens convergeraient ici pour observer les quartiers ouvriers et pauvres aux abords de sites industriels monstrueusement polluants. Un paradoxe donnerait à des cartes postales intitulées « Holy Smoke ! » leur motif : la ville qui accueille la plus grande raffinerie pétrolière du Canada est la même qui loge une de ses populations les plus malades, les plus illettrées, les plus sous-alimentées. Les indicateurs sont au rouge quant au sort réservé aux jeunes dans les quartiers pauvres de la ville. S’ajoutera bientôt une nouvelle contradiction, incarnée cette fois en un polluant centre de mégadonnées informatiques qui tirera des richesses énergétiques dont nous sommes ici en manque (l’Acadie Nouvelle du 15 novembre dernier).


    Qui croit encore au discours romantique sur les vertus canadiennes et son prétendu égalitarisme ?  Les « va-la-gueule » gouvernementaux, comme les épinglait le poète Gérald Godin, ne sont pas plus crédibles qu’un ministre soviétique du Plan en 1987.

    J’arrête chez Chris Donovan, photographe professionnel de renom, capable de faire passer ses clichés en une du New York Times (sur le conglomérat Irving : « A Family Business Empire, and a Culture of ‘Keeping Your Mouth Shut’ », 1er avril 2025). Il a grandi ici, a ensuite beaucoup voyagé, avant d’y revenir, mais en périphérie où la pollution se fait un peu moins sentir. Il consacre à sa ville natale, cette année, un ouvrage photographique d’une très grande humanité, *The Cloud Factory, publié à Londres (Gost Books).

    Comme le font si bien les portraitistes, il capte les moments de vie des gens pour qui être né quelque part signifie respirer l’air vicié de Saint-Jean. Donovan arrive à saisir leur humilité. Leur beauté aussi. Des visages sourdent soudainement des amas de statistiques et discours de misère. Nous regardent des gens sur qui portent les froides données socio-économiques : les chiffres habitent des
    maisons, nourrissent leurs enfants, marchent dans la rue ou trompent le désœuvrement par la musique. Ces gens, dit Donovan en substance, devraient avoir les moyens d’une certaine autonomie, d’un certain pouvoir (agency).

    Ses photographies contribuent à rééquilibrer le discours officiel, presque toujours dithyrambique à l’endroit des potentats locaux. « C’est à sens unique. Arthur Irving a eu droit à l’équivalent de funérailles nationales, ici. C’est comme s’il était le chef de l’État ». Il fut le seigneur honoré par ses vassaux.

    Et cet univers enfumé ? « C’est poétique ! », réplique le photographe sourire en coin, mais avec un air sérieux. Son livre s’intitule L’usine à nuages, en lien avec de lointains souvenirs. Dans sa naïveté d’enfant, le jeune Chris croyait que ces infrastructures qui l’environnaient fabriquaient les nuages présents dans l’atmosphère. Son père devait lui répliquer que les Irving ne font pas de nuages, mais de l’argent.

    Quelque chose de cette nostalgie point encore aujourd’hui dans son discours. Le Johannais entretient une relation d’amour-haine avec son lieu de naissance. La haine porte sur le sort socio-économique qui lui est réservé, l’amour reste entier pour le territoire et ses gens.

    De vifs paradoxes le tiraillent alors. Il se laisse séduire par les « couchers de soleil toxiques » que l’environnement industriel lui donne à voir. L’enchantent la lumière tamisée par les particules toxiques et tous ces halos qu’elles produisent. Bien sûr que la situation l’inquiète. « Ce n’est pas une bonne idée d’habiter près
    d’une méga raffinerie. » Par-delà cette lapalissade, il n’épilogue pas. Son attachement au lieu procède d’une esthétique bien étrange, voisine de celle qu’affectionnent ses pairs Edward Burtynsky et Richard Misrach, ou encore la critique Jennifer Peeples, tous attirés par le courant dit du « sublime toxique ».

    La beauté du diable est encore ce qui fait tenir les gens, capables de trouver de profonds motifs de vie dans les scènes qui rebutent le passant.

    * Alain Deneault a écrit le texte d’accompagnement du livre de Chris
    Donovan
    , The Cloud Factory, Londres, Gost, 2024.

    Alain Deneault a écrit le texte d’accompagnement du livre The Cloud Factory de Chris Donavan, Londres, Gost, 2024


  • Habitons-nous la ville ou est-ce elle qui nous habite?

    « L’animateur Jean-Philippe Pleau et l’écrivaine et poète Hélène Dorion, sa coanimatrice du moment, se demandent si nous habitons la ville ou si c’est elle qui nous habite; l’architecte et designer urbain de Québec Érick Rivard parle de l’importance de dessiner une ville plus humaine et belle. Dans son édito de la semaine, Jean-Philippe Pleau exprime son attachement aux villes importantes de sa vie. » – Réfléchir è voix haute, Radio-Canada, Ohdio

    Hélène Dorion fait la lecture d’un extrait du texte d’Alain Deneault sur la biorégion que lui a partagé son ami Richard Séguin dans le segment Habitons-nous la ville ou est-ce elle qui nous habite? à partir de 12 min 5 sec et le mentionne aussi dans le segment Entrevue : Penser et dessiner la ville avec l’architecte Érick Rivard à partir de 8 min 39 sec – Dimanche 30 novembre 2025 (rediffusion de l’émission du 27 octobre 2024)


  • «Use et abuse»: l’art de la mutinerie

    Le Devoir

    Par Sophie Pouliot
    1er décembre 2025

    «Use et abuse»: l’art de la mutinerie

    Alix Dufresne et Christian Lapointe se livrent à des improvisations hardies en s’inspirant du philosophe Alain Deneault.

    « Le cauchemar de l’acteur qui arrive sur scène sans avoir répété et qui, en plus, est tout nu… Nous, on le vit et on s’est fait ça à nous-mêmes. » Alix Dufresne décrit ainsi, avec un brin d’humour, le saut dans le vide auquel elle se prête, avec son comparse Christian Lapointe, à chaque représentation d’Use et abuse.

    Dans ce spectacle, créé en mars dernier à l’Usine C et repris ces jours-ci à La Chapelle Scènes contemporaines puis au théâtre Périscope, le tandem improvise depuis un canevas et au son d’une conférence d’Alain Deneault, projetée en fond de scène. Une démarche qui n’est pas sans rappeler Hidden Paradise, que Dufresne a imaginé (et longtemps interprété) avec Marc Béland à partir d’une entrevue radiophonique sur les paradis fiscaux accordée par le philosophe.

    L’exposé intitulé Comment l’« industrie culturelle » use et abuse de l’art traite plutôt de la vampirisation de la création artistique par le système capitaliste, et ce, de deux manières. D’une part, les décideurs « reprennent les codes artistiques pour théâtraliser leur discours. Un spot s’allume, je me retourne au bon moment, je prends une pose savante pour créer un effet… » illustre Alix Dufresne. D’autre part est imposée à l’art une logique marchande, tant en ce qui concerne la gestion des procédés de production que la commercialisation des œuvres. « Moi, je sais lire des états financiers, je sais ce qu’est un grevé d’affectation reporté sur cinq ans […]. On nous a forcés à être des entrepreneurs », affirme Christian Lapointe.

    Pour illustrer ces constats, Dufresne et Lapointe ne reculent pratiquement devant rien. « On incarne les idées dont parle Alain Deneault. On donne à voir la violence institutionnelle, en fait », explique l’âme dirigeante de la compagnie Carte blanche. « On voit de jeunes artistes annuler leurs spectacles parce qu’ils n’ont pas eu leur financement. Je le comprends, mais, en même temps, ce qui fait qu’on dure, c’est notre capacité à endurer cette violence institutionnelle. Pour se faire dire oui, il faut encaisser 50 refus. Ça, à la longue, ça use », ajoute-t-il.

    Le créateur ne nie pas qu’aujourd’hui, la compagnie qu’il a fondée bénéficie de subventions, un privilège obtenu après moult années de persistance. L’homme de théâtre cite à ce propos Marie-Hélène Falcon, cofondatrice de l’événement désormais connu comme le Festival TransAmériques. « [Elle] disait qu’au Québec, c’est une fois que nos artistes sont épuisés qu’on leur accorde un peu de moyens. »

    Christian Lapointe tient pourtant à réitérer que « la conférence n’est pas à propos du fait que les artistes sont pauvres, c’est à propos du fait qu’on se fait usurper nos outils, que l’inventivité des artistes génère des mécanismes de représentations qui sont ensuite récupérés par des gens de pouvoir de tout acabit. Et qu’on devrait être capable d’exposer [ces mécanismes], de les détricoter. La performance essaie, de manière ludique et féroce, de faire ça. »

    Corps politiques

    Selon Deneault, les artistes seraient les plus à même de renverser cette capitalisation de l’art. Par exemple, en déconstruisant le modèle autour duquel s’articulent la plupart des manifestations culturelles — en le subvertissant en quelque sorte.

    Aux yeux d’Alix Dufresne, c’est principalement en cela que réside le caractère séditieux d’Use et abuse. « Ce n’est pas qu’on soit nus sur scène, qu’il y ait de la violence auto-infligée, de la sexualité très crue ou de l’humiliation. […] La vraie transgression, c’est la façon dont on a fait notre production. Comment on s’organise, comment on pense, qu’est-ce qu’on dépense ou non. Elle est dans la fragilité avec laquelle on arrive sur scène, parce que [notre spectacle] n’est pas un produit, on ne le contrôle pas. »

    Or, tout au long de la représentation, les artistes se photographient et transforment ces images en NFT, en jetons non fongibles, c’est-à-dire un type de cryptomonnaie qui a valeur d’œuvre d’art, explique Lapointe. « Même quand on fait des actions ignobles, précise sa collègue, on s’assure de s’arrêter pour se prendre en photo et, théoriquement, celles-ci iraient dans un encan où les gens pourraient investir. »


    Use et abuse
    Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
    Inspiré de la conférence d'Alain Deneault
    Une production de Carte blanche
    La Chapelle Scènes Contemporaines
    1er au 6 décembre 2025 - 19 h 30
    3700 Rue Saint-Dominique, Montréal, Québec H2X 2X8
    Durée 1 h - Billetterie ici
    Interdit aux personnes de moins de 18 ans

    Présenté an français avec surtitrage en anglais les 2 et 5 décembre.

    La représentation du 5 décembre sera suivie d'une discussion entre
    Alain Deneault (participation à distance), Alix Dufresne et Christian Lapointe.

    Une table de vente, tenue par la librairie Le Port de tête, sera présente
    lors des représentations, proposant une sélection d’ouvrages
    d’Alain Deneault et de Christian Lapointe.

    Conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art – diffusée sur VIMEO par l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick (AAAPND ).

  • Préparer et faire advenir le monde d’après

    Illustration © Maatthieu Ossona de Mendez
    Agir par la culture
    Printemps-Été 2025 - No 75
    Entretien avec Alain Deneault
    Propos recueillis par Aurélien Berthier
    28 avril 2025

    Préparer et faire advenir le monde d’après

    Avec l’avènement d’une révo­lu­tion popu­liste et réac­tion­naire dans divers pays, États-Unis en tête, on sent de nom­breuses pos­si­bi­li­tés de bas­cules. Notam­ment une indif­fé­rence totale au dérè­gle­ment cli­ma­tique et à l’effondrement de la bio­di­ver­si­té. Ain­si qu’une pour­suite effré­née de l’exploitation de la nature et des acti­vi­tés extrac­ti­vistes à tout crin. Ren­contre avec le pen­seur du capi­ta­lisme contem­po­rain Alain Deneault, pour voir com­ment faire face à cette ques­tion cli­ma­tique et à l’angoisse qu’elle sus­cite. Il ren­verse le Que faire ? de la gauche qui pro­pose des pro­grammes clés en main inhi­bant en un Faire que ! appe­lant à l’action pour sor­tir de la sidé­ra­tion. Alors que ni l’État ni le capi­tal ne semblent en mesure d’enrayer le désastre, le phi­lo­sophe cana­dien, ima­gine ain­si un « des­sein » dési­rable et solide à faire adve­nir : la biorégion.

    Votre livre Faire que ! est sous-titré « L’engagement politique à l’ère de l’inouï ». Est-ce qu’on est allé avec l’élection de Donald Trump aux États-Unis encore un cran plus loin en matière d’inouï ?

    Le carac­tère grave de notre époque porte sur le fait que nous sommes confron­tés à des pers­pec­tives extrêmes rela­tives aux bou­le­ver­se­ments cli­ma­tiques et à la perte de bio­di­ver­si­té qui ne concernent plus la déci­sion humaine. Nous sommes face à un phé­no­mène que j’ai qua­li­fié, avec tant d’autres, d’autonome et d’exponentiel. Le peu que ces sou­ve­rains pour­raient faire pour atté­nuer le choc est à pré­sent mis de côté. Les quelques options qui nous res­tent pour rec­ti­fier le tir sont abso­lu­ment négli­gées par des pou­voirs fas­cis­toïdes qui inau­gurent une ère de pur rap­port de force. Non seule­ment concer­nant la géo­po­li­tique, l’accès aux terres, le contrôle des popu­la­tions, mais aus­si le dis­cours, la des­crip­tion des faits et la pré­ten­tion à la vérité.

    Face à cela, il existe une oppo­si­tion, mais elle n’est pas spé­cia­le­ment réjouis­sante, comme ici au Cana­da – pays qui est la cible expli­cite de vel­léi­tés d’annexion répé­tées de la part de Donald Trump. Cette oppo­si­tion pro­vient, pour le moment, de la droite tra­di­tion­nelle, pour­tant un temps ten­tée par le trum­pisme, et qui reven­dique un retour au néo­li­bé­ra­lisme tel qu’il a pu être enca­dré, réflé­chi, légi­fé­ré depuis la chute du mur de Ber­lin. On n’a donc même plus une oppo­si­tion gauche/droite, mais une oppo­si­tion droite hyper libérale/extrême droite. Comme d’ailleurs dans beau­coup de pays d’Europe aujourd’hui.

    On vit actuellement l’avènement du climatoscepticisme ou, du moins, de l’indifférence à la catastrophe écologique qui arrive. Est-ce que la franchise du populisme d’extrême droite — qui assume ouvertement la destruction du monde, son exploitation jusqu’à la dernière miette — pourrait paradoxalement ouvrir des opportunités politiques pour la gauche, là où le capitalisme vert faisait miroiter des solutions factices comme le développement durable ?

    Oui, mais à deux condi­tions. D’abord qu’on inven­to­rie les points com­muns entre l’extrême centre (cette droite néo­li­bé­rale dégui­sée en centre) et l’extrême droite. En sachant que si cette der­nière nous ter­ri­fie encore plus que l’extrême centre, elle mérite davan­tage notre res­pect au sens où elle a le mérite d’assumer ses convic­tions et de jouer franc jeu. Alors que ce qui carac­té­rise l’extrême centre, c’est le lou­voie­ment, le tra­ves­tis­se­ment et la fausse conscience.

    Ensuite, il faut déve­lop­per un autre rap­port à l’écoangoisse qui est un rap­port au vide, à l’impensable, à l’inouï puisqu’il n’existe pas de pré­cé­dent à ces muta­tions du cli­mat et de la bio­di­ver­si­té qui per­met­trait de les pen­ser. Éprou­ver de l’angoisse est en réa­li­té néces­saire et un signe de bonne san­té men­tale. C’est-à-dire qu’il faut en pas­ser par là, il faut vivre et assu­mer l’angoisse. Mais par contre, il ne faut pas s’y sta­tion­ner ou en faire un trait iden­ti­taire. Pas­ser par l’angoisse, c’est accé­der à cette for­mi­dable éner­gie psy­chique. Une éner­gie qui demande, si on l’accepte, la créa­tion d’objets de pen­sée, l’élaboration de des­seins.

    Que se passe-t-il si on ne l’accepte pas, qu’on résiste à cette écoangoisse ?

    Lorsqu’on est mû par l’angoisse et qu’on y résiste, on asso­cie cette éner­gie psy­chique qui fonc­tionne à vide à des objets de sub­sti­tu­tion. Par exemple à des boucs émis­saires que l’extrême droite nous offre sur un pla­teau. Ou à des phé­no­mènes d’identité socié­taux, qui partent de cri­tiques his­to­ri­que­ment per­ti­nentes et néces­saires, mais qui se trouvent par­fois exa­cer­bés de manière fré­né­tique et déli­rante. Ou encore à des objets de conver­sion, qui relèvent plu­tôt de l’hystérie, où il s’agirait de voir la par­tie pour le tout et de pen­ser, par exemple, qu’en sup­pri­mant des pailles en plas­tique on régle­ra un pro­blème gra­vis­sime et majeur.

    Il y a actuel­le­ment un vide quant à ce que l’inouï com­mande en termes de réponses. Il y a là un besoin for­mi­dable. Et c’est parce qu’on n’arrive pas à éla­bo­rer des réfé­rents qui soient à la hau­teur des enjeux qu’on se retrouve avec un foi­son­ne­ment de vani­tés c’est-à-dire d’objets de sub­sti­tu­tion. Parce que des idées comme le déve­lop­pe­ment durable ou la haine de l’autre ne font évi­dem­ment pas le poids pour régler cet enjeu cli­ma­tique qui nous crève les yeux, mais qu’on cherche par tous les moyens à éviter.

    Lorsqu’on résiste à l’angoisse, on reste donc dans le régime des objets de sub­sti­tu­tion, dans l’état actuel des choses. Mais si on arrive à assu­mer le vide qui se pré­sente à soi, on s’apercevra assez vite que l’angoisse est un véri­table réser­voir d’énergie psy­chique pour inves­tir des objets à pro­duire, c’est-à-dire pour tra­vailler à l’élaboration de des­seins, de concepts.

    J’ajouterai qu’il faut veiller à éla­bo­rer des concepts qui soient à la fois lucides et joyeux, les deux en même temps. La luci­di­té seule, c’est par exemple celle du GIEC, des sciences exactes, avec des scé­na­rios sur des échelles immenses par rap­port à des pers­pec­tives impre­nables, quant à des enjeux qui noient l’humain dans une masse. On se retrouve dans des contextes d’anomie : on n’est plus rien, on ne compte plus. Une situa­tion, comme l’indiquait le socio­logue Émile Dur­kheim, qui favo­rise le suicide.

    Main­te­nant, si on part des don­nées que les sciences exactes nous four­nissent pour ensuite se consa­crer à la poli­tique, c’est-à-dire en la consi­dé­rant comme un genre auto­nome de la science, on va réap­prendre à par­ler en inves­tis­sant des concepts, des des­seins, des pers­pec­tives qui soient adap­tés aux situa­tions sen­sibles et cir­cons­tan­cielles des uns et des autres. La joie qui peut se déga­ger de ce che­min réside dans ce que Nietzsche appe­lait un gai savoir, c’est-à-dire une série de pul­sions qui nous amènent à nous enga­ger dans le sens le plus dif­fi­cile, mais aus­si le plus sti­mu­lant, le plus enthou­sias­mant. Pour ma part, la notion de bio­ré­gion est un des­sein de ce type. Il per­met d’aborder le réel avec joie tout en étant lucide. Ce qui fait que l’objet est cré­dible, qu’il n’est pas un objet de sub­sti­tu­tion de plus qui nous ferait retour­ner à la case angoisse car on voit bien qu’il ne fait pas le poids.

    La question « Que faire ? » parcourt comme un mantra les milieux de gauche depuis longtemps. Elle revient aujourd’hui, dans les temps incertains que nous vivons avec une plus grande fréquence encore. Pour vous, si elle possède une certaine force, cette question est aussi piégeuse. En quoi poser les choses sous forme de « Que faire ? » pose-t-il problème et peut nous mener à l’inaction ?

    La ques­tion « Que faire ? » a ses ver­tus. Elle est tou­jours neuve, tou­jours fraiche. Dès le moment qu’on pense Que faire ? en poli­tique, toute une bat­te­rie de pro­blèmes se pose et on serait bien avi­sé d’en prendre conscience.

    Cepen­dant, la ques­tion a quelque chose de dis­so­nant puisqu’en même temps qu’elle appelle au faire, la for­mule se ter­mine par un point d’interrogation. Elle appelle au faire, mais se voit faire. On fait, mais en même temps qu’on fait, on se demande si on fait bien, si on devrait faire comme on fait… Tout est concen­tré dans ce « que » qui est un pro­nom inter­ro­ga­tif qui appelle un COD. Cela ren­voie en somme à une méthode, un par­ti, des intellectuel·les patenté·es, une stra­té­gie… On est dans l’attente de direc­tives en même temps qu’on veut faire. On est atten­tif aux ordres.

    Vous proposez donc d’inverser les termes, et d’appeler à « Faire que ! » .

    Ce pro­cé­dé gram­ma­ti­cal change tota­le­ment la signi­fi­ca­tion. À par­tir du moment où on dit « Faire que ! » avec un point d’exclamation, on n’est plus dans l’attente de direc­tives, mais dans un rap­port à ce qui doit advenir.

    Le sujet n’est pas non plus le même. Car au fond, qui pose la ques­tion Que faire ? s’approprie le droit d’y répondre. À l’inverse, le Faire que ! sup­pose une sub­jec­ti­vi­té beau­coup plus ouverte et mul­tiple. En effet, le que du  Faire que ! est une conjonc­tion de subor­di­na­tion, qui appelle le temps du sub­jonc­tif. Un temps qui est celui des aspi­ra­tions, des dési­rs, du sou­hait, de la pro­jec­tion : faire que, faire en sorte que, faire en sorte que les choses soient telle ou telle. Et qui concerne ain­si toutes celles et ceux qui peuvent s’intéresser à cette perspective-là.

    Et ce, même au-delà de l’espèce humaine, au sens où on intègre dans la pers­pec­tive le vivant pour faire en sorte que nous occu­pions un espace viable, un espace durable. Et là, on engage au fond un pro­ces­sus démo­cra­tique, à une échelle sen­sée qui n’est pas celle de la géo­po­li­tique mon­dia­li­sée, finan­cière et indus­trielle, capi­ta­lis­tique, mais qui est néces­sai­re­ment celle de l’espace qu’on habite, le seul qui soit : l’espace régional.

    Qu’est-ce que ça change dans notre manière d’investir le monde aujourd’hui cette idée de se mettre dans le faire au lieu de réfléchir à un programme global, pour ainsi dire clé en main ?

    Que faire ? est un pro­gramme, Faire que ! ren­voie à un impé­ra­tif. C’est la grande dif­fé­rence. La ques­tion du Faire que ! se trouve inti­me­ment posée avec un impé­ra­tif his­to­rique qui ne concerne plus la déli­bé­ra­tion humaine, mais qui concerne plu­tôt la néces­si­té de se posi­tion­ner par rap­port à ce qui nous advient par la force des choses et qui est irré­ver­sible. A savoir les vastes et pro­fondes per­tur­ba­tions de la situa­tion cli­ma­tique et la perte de bio­di­ver­si­té. Et donc à toute une série de consé­quences qu’on connait : recru­des­cence de zoo­noses, incen­dies de forêt, inon­da­tions, éro­sion des sols et des côtes, canicules…

    Une telle conjonc­ture appelle à de la créa­ti­vi­té poli­tique, cultu­relle, spi­ri­tuelle même, éco­no­mique, celle du génie indus­triel qui devra s’intéresser au low tech et non plus au high-tech, à la per­ma­cul­ture et non plus à l’agriculture inten­sive, à l’architecture à par­tir de maté­riaux de recy­clage acces­sibles et ain­si de suite. C’est aus­si la fin de la mon­dia­li­sa­tion indus­trielle et capitalistique.

    Il ne s’agit pas d’une option offerte à la carte du res­tau­rant élec­to­ral où on se demande ce qu’on va man­ger pen­dant 4 ou 5 ans. C’est une ques­tion beau­coup plus pro­fonde qui consiste à revoir nos façons de pen­ser, non pas ce qui vient, mais ce dans quoi nous sommes déjà plon­gés, mal­gré tous nos dénis. Par quelles for­mules créa­tives, adap­tées, fécondes, nous allons le faire. Sous peine de nous retrou­ver devant des voci­fé­ra­teurs d’extrême droite et des petits chefs fas­cis­toïdes, comme c’est légion en situa­tion de crise pro­fonde, qui pro­fi­te­raient du désar­roi col­lec­tif pour impo­ser un pou­voir de circonstance.

    Je pense donc qu’il faut pour ce faire se consti­tuer en avant-garde, puisque nous voyons bien que, mal­gré la situa­tion his­to­rique qui nous crève les yeux, une majo­ri­té est encore sou­mise aux séduc­tions du mar­ke­ting, à la pres­sion des mar­chés, à l’aliénation du tra­vail et n’arrive pas à mani­fes­ter un sur­saut majo­ri­taire. L’histoire est tou­jours l’affaire des mino­ri­tés. Soyons cette mino­ri­té, cette avant-garde, et voyons venir. Et quand le moment des choix se pose­ra, lorsque l’écoute sera là dans la popu­la­tion, il y aura alors des gens pour par­ler, pour pen­ser, pour orga­ni­ser. C’est le plus impor­tant pour le moment. Et c’est une façon pour les éco­lo­gistes, en éco­lo­gie poli­tique, de se ména­ger, pour ne pas prendre sur eux la misère du monde et la res­pon­sa­bi­li­té du déni d’autrui. Nous n’avons pas à por­ter ça. Mais nous avons, en tant qu’avant-garde, à avan­cer aus­si vite que pos­sible, dans une situa­tion où, hélas, nous sommes dans une très désa­van­ta­geuse course contre la montre.

    Quelle est cette approche, cette pensée et cet agir biorégional qu’on peut préparer ou bien qui s’imposera à nous par la force des choses ?

    La bio­ré­gion telle que je l’ai tra­vaillée, en par­tant d’un legs qui a 50 ans aujourd’hui, doit se pen­ser dans un rap­port contraire au sépa­ra­tisme. Il ne s’agit plus de conce­voir la région dans un acte d’indépendance poli­tique où on se scin­de­rait en tout ou en par­tie. Il s’agit plu­tôt d’anticiper le moment où la région qu’on habite se consta­te­ra dans une situa­tion de déré­lic­tion par rap­port aux pou­voirs cen­traux, dans un moment où les péri­phé­ries seront aban­don­nées par le centre. Parce que le centre en aura plein les bras : trop d’incendies de forêt, de pan­dé­mies, d’inondations, de tsu­na­mis, de tor­nades, etc. À Mayotte, à Valence, dans la val­lée de la Vesdre en Bel­gique [ter­ri­toires affec­tés par les inon­da­tions de 2021. NDLR], à La Nou­velle-Orléans, dans la région de Clo­va au Qué­bec [Région boi­sée sou­mise à des méga­feux de forêt en juin 2023. NDLR], il n’est pas dif­fi­cile d’imaginer que par moments, l’État nous aban­donne et qu’on est lais­sé à soi-même.

    À ce moment-là, on redé­couvre deux rap­ports de dépen­dance que le capi­ta­lisme mon­dia­li­sé nous a fait com­plè­te­ment oublier, alors qu’ils sont fon­da­men­taux. D’une part, notre dépen­dance au pro­chain, à ceux qui nous envi­ronnent : nous redé­cou­vrons un lien de soli­da­ri­té et une inter­dé­pen­dance. D’autre part, un rap­port de dépen­dance au ter­ri­toire qu’on occupe et dont il faut prendre soin. Redé­cou­vrant ce rap­port de soli­da­ri­té néces­saire avec l’autre et avec le sol, dans un rayon qu’on peut embras­ser du regard, car on ne comp­te­ra plus long­temps sur l’importation de fruits ou de biens depuis l’autre bout du monde, il fau­dra bien apprendre à conce­voir la poli­tique, l’économie, le tra­vail, l’élevage au regard de ces nou­veaux para­mètres. Ces ques­tions se posent tout de suite. L’heure est venue de faire l’inventaire de nos forces, de nos talents, de nos atouts par rap­port à ce qui s’annonce comme des besoins, des urgences, des aspi­ra­tions aussi.

    Et il faut ajou­ter à cela l’accueil de mil­lions de réfugié·es cli­ma­tiques, qui seront un bien­fait, car on aura besoin de ces popu­la­tions qui se sont pas­sées du capi­ta­lisme alors que nous en étions dépen­dants. Ce sera inté­res­sant d’avoir des gens qui ont pra­ti­qué la ton­tine, les gaca­ca [ces tri­bu­naux com­mu­nau­taires et vil­la­geois au Rwan­da qui ont per­mis d’essayer de sur­mon­ter les consé­quences du géno­cide. NDLR] en droit, ou l’agriculture de sub­sis­tance… Ce sont des savoir-faire qui devront être adap­tés aux ter­ri­toires et aux populations.

    En vivant un sale quart d’heure uni­ver­sel, les gens des régions res­pec­tives se retrou­ve­ront dans ce pro­jet uni­ver­sel. Car il ne s’agit pas de tra­vailler pour son bled mais de pen­ser le monde en fonc­tion de cir­cuits courts et au lieu qui nous envi­ronne. Ce pro­jet uni­ver­sel sup­po­se­ra d’une manière rigou­reuse qu’on pense le rap­port au ter­ri­toire sans que ce soit fait sur un mode arbi­traire ou domi­na­teur. Et sur­tout pas com­mer­cial, où il s’agit d’extraire des élé­ments de son ter­ri­toire pour des mar­chés exté­rieurs en retour d’un pou­voir d’achat nous per­met­tant, à notre tour, de consom­mer des élé­ments qui ont été arra­chés à leurs lieux res­pec­tifs pour qu’on puisse un peu y avoir accès chez soi. Ça, c’est le monde qui est appe­lé à s’effondrer.


  • Culture avec Rose St-Pierre : Les artistes face au capitalisme à La Chapelle

    Photo © Radio-Canada

    La chronique culture de Rose St-Pierre à l’émission Le 15-18, animée par Annie Desrochers sur ICI Première à Radio-Canada, concerne la pièce Use et abuse de Christian Lapointe et Alix Dufresne inspirée de la vidéo conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art donnée par Alain Deneault en 2021 et tirée de son livre L’économie esthétique.


    Use et abuse
    Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
    Inspiré de la conférence d'Alain Deneault
    Une production de Carte blanche
    1er au 6 décembre - 19 h 30
    La Chapelle Scènes Contemporaines
    Durée 1 h - Billetterie ici
    Pour un public de 18 ans et plus

    Présenté an français avec surtitrage en anglais les 2 et 5 décembre 2025

    La représentation du 5 décembre 2025 sera suivie d'une discussion entre
    Alain Deneault (présence à distance), Alix Dufresne et Christian Lapointe.

    Une table de vente, tenue par la librairie Le Port de tête, sera présente
    lors des représentations, proposant une sélection d’ouvrages
    d’Alain Deneault et de Christian Lapointe.

    Conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art – diffusée sur VIMEO par l’AAAPND (Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick).

  • Les Îles-de-la-Madeleine peuvent-elles devenir une biorégion?

    La radio des Îles-de-la-Madeleine
    CFIM 92,7 FM - Le son de la mer
    Par Laurence Dami-Houle
    26 novembre 2025

    Les Îles-de-la-Madeleine ont-elles le potentiel de devenir une « biorégion »? C’est la question que se pose l’étudiant au HEC Montréal Vincent Agoues-Richard dans le cadre de son projet de maîtrise.

    Embryonnaire et pluriel, le concept du « biorégionalisme » met de l’avant une transformation de la société en revenant à une plus petite échelle politique et économique, en phase avec les spécificités du territoire et des communautés qui y vivent.

    Pour mener son enquête sociologique à terme, Vincent Agoues-Richard a réalisé, en plus d’observations terrain, une vingtaine d’entrevues avec des Madelinots au cours de l’automne.

    Parmi les obstacles au potentiel biorégional des Îles, les citoyens ont parlé des défis entourant l’érosion côtière et l’autonomie alimentaire, entre autres. Pour ce qui est des leviers, les résidents ont notamment nommé la force de la communauté, sa facilité à se mobiliser. M. Agoues-Richard cite le cas de la vente du phare de l’Échouerie.

    L’étudiant rentrera bientôt au bercail pour entamera la rédaction de son mémoire de maîtrise. Au-delà du dépôt du document, il souhaite proposer des pistes de solution concrètes et radicales pour aider la société à faire face aux énormes défis qui attendent l’humanité.

    Le biorégionalisme ailleurs au Québec

    L’approche biorégionale a fait des petits au Bas-Saint-Laurent. Selon un article de Le Devoir paru en octobre, un petit réseau solidaire d’agriculteurs et de transformateurs s’est formé dans le coin de Rimouski pour mettre sur pied un modèle agroalimentaire écologique et anticapitaliste. Une chercheuse impliquée dans cette démarche s’est aussi intéressée au potentiel biorégional du Bic et de Saint-Valérien.

    Le philosophe et essayiste Alain Deneault s’est d’ailleurs porté à la défense du biorégionalisme dans son ouvrage Faire que! L’engagement politique à l’ère de l’inouï.


  • Mark «Trump» Carney

    Photo © Adrian Wyld – The Canadian Press

    Acadie Nouvelle

    Par Alain Deneault
    25 novembre 2025

    Mark «Trump» Carney

    L’heure est à l’inconstitutionnalité dans les différents régimes de droits libéraux. Washington donne le ton avec un président autocrate qui conçoit la souveraineté de l’État comme le faisait le constitutionnaliste Carl Schmitt : le souverain dispose de pouvoirs exceptionnels dès lors qu’une situation historique le justifie à ses yeux.

    L’exception signifie ici s’excepter des règles convenues par la constitution, en ce qui concerne l’exercice même du pouvoir. Au mépris, donc, du texte fondamental de la république états-unienne, des décisions de justice, sans parler des us et coutumes, le Président américain se croit tout permis. S’il n’est pas, n’en déplaise à son égo, à l’origine de tout ce qui se produit depuis sa première élection, il donne certainement le la de la géopolitique mondiale.

    Cette attitude de la part de l’instance politique la plus puissante du monde constitue un feu vert. C’est le règne du plus fort. L’homologue russe Vladimir Poutine a engagé un vaste conflit d’invasion en Eurasie tandis que le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a lancé son armée à l’encontre de civils démunis, provoquant ce que la Cour internationale de justice a qualifié de génocide.

    Dans un pays comme la France, des gouvernements illégitimes ont été tour à tour établis par le Président français, rompant avec la convention républicaine voulant qu’on appelle à gouverner la coalition parlementaire arrivée en tête d’une élection législative. (C’est comme si, ici à Ottawa, le gouverneur général appelait le Nouveau Parti démocratique à former un gouvernement, alors qu’il n’est clairement pas le premier parti à l’assemblée !).

    Du fait de leur marginalisation, ces gouvernements centristes faits de bric et de broc, régulièrement défaits par l’Assemblée nationale, avant de se recomposer presque à l’identique du fait de la résolution opiniâtre du président, redoublent d’ingéniosité pour profiter de tous les vices constitutionnels de la Cinquième République.  L’alinéa 3 de l’article 49 de la constitution permet par exemple au gouvernement de faire passer des lois indépendamment du vote de l’assemblée, en laissant à celle-ci libre de le destituer. Il s’ensuit des soubresauts existentiels en série et d’épuisantes prises de bras de fer, les gouvernements tombant les uns après les autres.

    Nous avons signalé dans l’Acadie Nouvelle le 16 septembre dernier que la Canada ne fait pas exception. Il suit la tendance. Les fameux chantiers d’intérêt national permettent à l’État de faire fi de ses propres lois en ce qui concerne tout l’arsenal de règles veillant à ce que les projets mis en avant soient archiminimalement respectueux de l’environnement. Il s’est donné les dispositions pour s’en moquer désormais. Le marketing prend le relais : il suffit au gouvernement de flanquer toute expression des épithètes « propre » ou « durable » pour s’estimer blanchi (ou verdi). Et ce, même si des milieux humides sont saccagés et des émissions de gaz à effet de serres annoncées par ces projets unilatéraux.

    Or, subrepticement, malicieusement, cyniquement, le gouvernement fédéral a élargi la portée de cet état d’exception à toutes situations. Cela revient à dire que les lois en matière de défense de la faune et de la flore, de l’intégrité du territoire et de la protection de l’air, déjà faibles ou édentées, sont plus que jamais cosmétiques. Elles pourraient tout simplement ne plus exister.

    On doit au quotidien montréalais Le Devoir cette mise à jour, après qu’il ait été alerté par le Bloc Québécois. Sous le titre « Pour l’innovation, Ottawa s’offre un passe-droit pour n’importe quelle loi » (24 novembre 2025), le journaliste Boris Proulx résume : « Le gouvernement Carney confère discrètement le pouvoir à ses ministres d’exempter temporairement n’importe qui de n’importe quelle loi fédérale, sur la base de promesses d’innovation ou de croissance économique. Les projets “d’intérêt national” ne seront plus les seuls à bénéficier d’un passe-droit légal. Le projet de loi omnibus C-15, devant le Parlement, ouvre la porte à un traitement semblable pour “toute personne physique ou morale” désignée par un ministre, y compris le gouvernement fédéral lui-même ou des provinces, pour une période de trois ans. » On croirait lire le dispositif législatif d’un paradis fiscal comme les Bermudes !

    Les secousses géopolitiques d’aujourd’hui ont bon dos. Et le fait de passer comme barrage aux conservateurs aussi.

    Moins spectaculaire que l’invocation de la Loi sur les mesures de guerre de 1970, cette décision n’en a pas moins pour point commun de permettre au gouvernement lui-même de s’exempter des responsabilités fondamentales qu’il s’est données. Bien entendu moins ténébreux et effrayant que Donald Trump, le premier ministre Mark Carney, qui en assume l’initiative, en ressort néanmoins tel un chef d’État inquiétant.

    Jusqu’où sera prêt à aller l’État fédéral au nom du « développement économique », lequel profite toujours à la même caste, à l’oligarchie industrielle et financière ? Fera-t-on encore longtemps miroiter une poignée d’emplois çà et là pour tendre toujours plus vers l’autocratie ? Perdra-t-on encore davantage le sens de l’équilibre entre l’écologie, le bien commun et l’enrichissement du petit nombre ? Et une fois qu’il aura, juge et partie, après « trois ans », goûté aux charmes de ce césarisme discret, l’État libéral entendra-t-il de nouveau se contraindre lui-même ? Demandez à Donald Trump, roi d’un nouveau genre, initiateur de cette tendance mondiale.


  • Industries extractives, institutions culturelles et résistance avec Joshua Schwebel et Alain Deneault

    Alain Deneault participera avec l’artiste Joshua Schwebel à une discussion publique ayant pour titre Industries extractives, institutions culturelles et résistance au Centre d’artistes Vaste et Vague à Carleton-sur-Mer le vendredi 28 novembre 2025 de 12 h 30 à 13 h 30.

    « Le Centre d’artistes Vaste et Vague a le plaisir d’accueillir une discussion publique entre l’artiste Joshua Schwebel et le philosophe Alain Deneault, autour des liens entre les industries extractives, les institutions culturelles et les formes de résistance possibles face aux dynamiques de pouvoir qu’elles engagent.

    Au cours de sa résidence à Carleton-sur-Mer, Joshua Schwebel poursuit une recherche critique sur la relation entre les structures économiques et politiques de l’extraction et celles de l’art institutionnalisé au Canada. Son travail met en lumière les dépendances, souvent invisibles, qui unissent le monde de l’art aux logiques impériales, coloniales et corporatives héritées de la construction du pays. Par une approche spécifique au site et en dialogue avec la communauté locale, il cherche à révéler ces réseaux d’influence et à imaginer des formes de redistribution contre-capitaliste.

    Philosophe et essayiste, Alain Deneault explore depuis plusieurs années les dimensions éthiques, économiques et territoriales de l’industrie minière, ainsi que le concept de biorégion comme cadre de réflexion et d’action collective face aux structures extractivistes.

    En dialogue, Joshua Schwebel et Alain Deneault croiseront leurs perspectives pour interroger la manière dont les institutions culturelles et les pratiques artistiques participent – volontairement ou non – à la reproduction des logiques d’extraction. Ensemble, ils ouvriront un espace de pensée sur ce que pourrait signifier habiter, créer et penser autrement, en dehors des impératifs du capitalisme extractif. » – Centre d’artistes Vaste et Vague


    Industries extractives, institutions culturelles et résistance
    Discussion publique
    Avec Joshua Schwebel et Alain Deneault
    Vendredi 28 novembre 2025 - 12 h 30 à 13 h 30
    Quai des arts - Centre d’artistes Vaste et Vague
    774 blvd. Perron, Carleton-sur-Mer (Québec), G0C 1J0
    Gratuit


  • « Use et abuse » bientôt à l’affiche à La Chapelle Scènes Contemporaines, au Théâtre Périscope et au Théâtre La Rubrique

    La création pluridisciplinaire de Christian Lapointe et Alix Dufresne Use et abuse sera présentée à La Chapelle Scènes Contemporaines (Montréal) du 1er au 6 décembre 2025, au Théâtre Périscope (Québec) du 9 au 13 décembre 2025 et au Théâtre La Rubrique (Saguenay) le 16 janvier 2026.

    La représentation du 5 décembre 2025 à La Chapelle Scènes Contemporaines sera suivie d’une discussion avec Alain Deneault (participation à distance), Alix Dufresne et Christian Lapointe.

    « Artistes québécois.e.s à la parole déliée et vive, Alix Dufresne et Christian Lapointe s’emparent de la vidéoconférence intitulée Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art donnée par le philosophe Alain Deneault en 2021 et tirée de son livre L’économie esthétique. À l’invitation de l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick (AAAPND), cet exposé tente de montrer comment le capitalisme maintient sous pression les artistes et les incite à devenir rentables.

    Les deux artistes proposent une performance déjantée et incisive avec, comme toile de fond et projetée sur écran, la prise de parole controversée du philosophe. Ils y mettent en jeu la notion de marchandisation et les mécanismes de détournement de l’art, et ce, par la création de JNF (NFT) fabriqués en direct devant public. Leurs corps deviennent outils de création, mais aussi paradoxalement de promotion et de contestation : chair brutalisée par l’économie de la culture en quête d’une réappropriation de l’agentivité propre à la pratique de l’art. » – Source Carte Blanche

    « Initié par le metteur en scène et acteur Christian Lapointe, Use et abuse est venu clore, joué à guichet fermé, la résidence d’Alix Dufresne en tant qu’artiste associée à l’USINE C de 2022 à 2025. Elle s’allie naturellement à lui pour ce projet et poursuit ainsi sa recherche autour des réflexions d’Alain Deneault, telle qu’amorcée avec Hidden Paradise créé en 2018 sur le thème de l’évasion fiscale. Ici Les deux artistes donnent corps à une forme hybride, à la fois ludique, performative et politique, laissant place à l’imprévisible à chaque représentation. » – Source Usine C

    Bande-annonce de la pièce Use et abuse avec Alix Dufresne et Christian Lapointe – Une production de Carte blanche


    Use et abuse
    Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
    Inspiré de la conférence d'Alain Deneault
    Une production de Carte blanche
    La Chapelle Scènes Contemporaines
    1er au 6 décembre 2025 - 19 h 30
    3700 Rue Saint-Dominique, Montréal, Québec H2X 2X8
    Durée 1 h - Billetterie ici
    Interdit aux personnes de moins de 18 ans

    Présenté an français avec surtitrage en anglais les 2 et 5 décembre.

    La représentation du 5 décembre sera suivie d'une discussion entre
    Alain Deneault (participation à distance), Alix Dufresne et Christian Lapointe.

    Une table de vente, tenue par la librairie Le Port de tête, sera présente
    lors des représentations, proposant une sélection d’ouvrages
    d’Alain Deneault et de Christian Lapointe.


    Use et abuse
    Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
    Inspiré de la conférence d'Alain Deneault
    Une production de Carte blanche
    Théâtre Périscope
    2 Crémazie Est, Québec, Québec G1R 2V2
    9 au 12 décembre 2025 - 19 h 30
    13 décembre 2025 - 16 h
    Durée 1 h - Billetterie ici

    Traumavertissement
    Cette œuvre contient des scènes de nudité, de violence et de sexualité.
    Elle peut heurter la sensibilité de certain·es spectateur·trices.
    * 18 ans et plus – preuve d’identité requise


    Use et abuse
    Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
    Inspiré de la conférence d'Alain Deneault
    Une production de Carte blanche
    Théâtre La Rubrique
    4160 Rue du Vieux Pont, Jonquière, Québec G7X 7V8
    16 janvier 2026 - 20 h
    Durée 1 h - Billetterie ici

    Traumavertissement
    Cette œuvre contient des scènes de nudité, de violence et de sexualité.
    Elle peut heurter la sensibilité de certain·es spectateur·trices.
    * 18 ans et plus – preuve d’identité requise


    Conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art – diffusée sur VIMEO par l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick (AAAPND ).

  • L’intellectuel à la télévision

    Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Brian Gallant (à gauche), et le maire de Montréal, Denis Coderre, lors de leur passage à Tout le monde en parle le 4 février 2016. Gracieuseté © Karine Dufour.

    Acadie Nouvelle
    Par Alain Deneault
    21 novembre 2025

    L’intellectuel à la télévision

    L’intellectuel se sent rarement à l’aise sur un plateau de télévision. Tout lui rappelle qu’il n’est pas dans son élément : l’invraisemblable mobilier, le nécessaire maquillage, la lumière criarde, le spaghetti de fils qu’il faut enjamber, les techniciens dans leur bulle et le temps, la gestion du temps…

    Sur l’inconfortable tabouret nous viennent en tête pêle-mêle Pierre Bourdieu et la puissance du non-dit chez ceux qui nous reçoivent, Isabelle Garo et les enjeux de cadrage propres à l’idéologie, Marshall McLuhan et le principe selon lequel le média qui nous aspire compte davantage que sa teneur, jusqu’à Réjean Ducharme ou Henri Michaux pour qui c’était tout simplement non.

    Mais on en appelle surtout à Günther Anders et à sa critique du média, en 1956, lorsqu’il suggère que penser à la télévision est tout simplement impossible. Déjà, pour ce philosophe, les interruptions se font trop rapides, l’exposition visuelle est racoleuse, le « vrai » offert à distance pue la simulation, les formats nous étouffent. Il ne peut y avoir réellement le penser comme le diraient les Allemands, une pensée en acte qui élabore des hypothèses, s’essaie à quelques thèses articulées et échafaude des démonstrations.

    Non, la télévision tolère seulement les éléments de langage, les slogans, les phrases toutes-faites, le buzz, les mots assassins. Bref, du déjà pensé, de la pensée présentée en bouillie, immédiatement comestible, que les rhéteurs plus que les intellectuels savent expressément servir.

    Le babillage télévisuel est à la pensée ce que la purée est à la gastronomie. Tenter de conduire à la télévision un exercice théorique reviendrait à insérer directement une cuisse de poulet dans un estomac.

    Ainsi, l’agitateur public performe dans son rôle, carburer à l’adversité : s’il n’a pas devant lui ses contradicteurs de prédilection, qu’il sait abattre l’un après l’autre comme le héros d’un film d’aventures, ou s’il n’est pas en duel contre le meilleur d’entre eux, le voici qui les invoque tour à tour dans un imaginaire débridé où il leur fait tenir à peu près le rôle qu’il veut. Le défenseur des droits palestiniens devient antisémite, la sociologue consciente de l’épreuve que représente l’immigration forcée une woke, le membre de sa tribu ouvert aux réalités internationales un traître, et ainsi de suite. La vindicte tient lieu de réflexion.

    Quant aux idées, elles doivent être vite casées : tout rapport dialectique cède au manichéisme tandis que ses semblables nationaux sont à peu près considérés comme des cornichons qu’on enferme dans un bocal. C’est en polarisant à mort qu’on génère la grammaire expéditive que la télévision requiert.

    Mais jamais ces affects ne sont mobilisés là où le réel le commande impérieusement. On ne fait pas cas de la masse d’oiseaux qui meurent en Europe, la disparition de coraux, l’épuisement des sols ou la réduction comme peau de chagrin de l’indispensable forêt amazonienne. Mais un simple fichu porté par des femmes, aux croyances leurs, devrait faire trembler la république. Les stimuli pavloviens l’emportent.

    En tentant de prendre au sérieux les assertions de la propagande identitaire, en la nettoyant de ses nombreux présupposés impérialistes, voire racistes, en la corrigeant sur le plan de la factualité historiographique et de la justesse bibliographique, puis en se dotant de méthodes un peu sérieuses (tout ce qu’on ne peut guère faire à la télévision), peut-être qu’alors, un travail intellectuel pourrait s’amorcer. Sur une crise de la culture, mettons.

    Pour la prendre au sérieux, il faudrait toutefois admettre l’existence d’acteurs industriels et financiers qui nourrissent grassement l’agitateur public. Les grands propriétaires de médias, qui sont notamment des financiers ou des marchands d’armes, détiennent des titres de presse, des télévisions et des maisons d’édition pour y faire prévaloir leur parti pris idéologique. Dans ces conglomérats médiatiques, on se garde de critiquer les multinationales en ce qu’elles uniformisent la culture mondiale de manière inouïe, corrompent les États, pervertissent les universités et contribuent à creuser gravement les inégalités sociales. En taisant ces points majeurs, l’intellectuel organique trahit son simple rôle de propagandiste et son confit d’intérêt.

    Passer à la télé est une chose. Y rester à demeure nous fait prendre les plis. Un signataire de livres qui s’y habitue n’y échappera pas. On entendra davantage l’agitateur public en lisant son livre que l’intellectuel prétendu lorsqu’il sévit à la télévision.

    Ces petits soldats de la propagande sont nombreux. Les dispositifs informatiques les font se multiplier comme les rhinocéros d’Ionesco. Le phénomène est impressionnant et mérite d’être étudié à sa juste échelle.


  • L’intellectuel à la télévision

    Photo © iStock
    Le Devoir 
    Opinions-Idées
    Par Alain Deneault
    22 novembre 2025

    L’intellectuel à la télévision

    L’intellectuel se sent rarement à l’aise sur un plateau de télévision. Tout lui rappelle qu’il n’est pas dans son élément : l’invraisemblable mobilier, le nécessaire maquillage, la lumière criarde, le spaghetti de fils qu’il faut enjamber, les techniciens dans leur bulle et le temps, la gestion du temps…

    Sur l’inconfortable tabouret nous viennent en tête pêle-mêle Pierre Bourdieu et la puissance du non-dit chez ceux qui nous reçoivent, Isabelle Garo et les enjeux de cadrage propres à l’idéologie, Marshall McLuhan et le principe selon lequel le média qui nous aspire compte davantage que sa teneur, jusqu’à Réjean Ducharme ou Henri Michaux pour qui c’était tout simplement non.

    Mais on en appelle surtout à Günther Anders et à sa critique du média, en 1956, lorsqu’il suggère que penser à la télévision est tout simplement impossible. Déjà, pour ce philosophe, les interruptions se font trop rapides, l’exposition visuelle est racoleuse, le « vrai » offert à distance pue la simulation, les formats nous étouffent. Il ne peut y avoir réellement le penser comme le diraient les Allemands, une pensée en acte qui élabore des hypothèses, s’essaie à quelques thèses articulées et échafaude des démonstrations.

    Non, la télévision tolère seulement les éléments de langage, les slogans, les phrases toutes-faites, le buzz, les mots assassins. Bref, du déjà pensé, de la pensée présentée en bouillie, immédiatement comestible, que les rhéteurs plus que les intellectuels savent expressément servir.

    Le babillage télévisuel est à la pensée ce que la purée est à la gastronomie. Tenter de conduire à la télévision un exercice théorique reviendrait à insérer directement une cuisse de poulet dans un estomac.

    Ainsi, l’agitateur public performe dans son rôle, carburer à l’adversité : s’il n’a pas devant lui ses contradicteurs de prédilection, qu’il sait abattre l’un après l’autre comme le héros d’un film d’aventures, ou s’il n’est pas en duel contre le meilleur d’entre eux, le voici qui les invoque tour à tour dans un imaginaire débridé où il leur fait tenir à peu près le rôle qu’il veut. Le défenseur des droits palestiniens devient antisémite, la sociologue consciente de l’épreuve que représente l’immigration forcée une woke, le membre de sa tribu ouvert aux réalités internationales un traître, et ainsi de suite. La vindicte tient lieu de réflexion.

    Quant aux idées, elles doivent être vite casées : tout rapport dialectique cède au manichéisme tandis que ses semblables nationaux sont à peu près considérés comme des cornichons qu’on enferme dans un bocal. C’est en polarisant à mort qu’on génère la grammaire expéditive que la télévision requiert.

    Mais jamais ces affects ne sont mobilisés là où le réel le commande impérieusement. On ne fait pas cas de la masse d’oiseaux qui meurent en Europe, la disparition de coraux, l’épuisement des sols ou la réduction comme peau de chagrin de l’indispensable forêt amazonienne. Mais un simple fichu porté par des femmes, aux croyances leurs, devrait faire trembler la république. Les stimuli pavloviens l’emportent.

    En tentant de prendre au sérieux les assertions de la propagande identitaire, en la nettoyant de ses nombreux présupposés impérialistes, voire racistes, en la corrigeant sur le plan de la factualité historiographique et de la justesse bibliographique, puis en se dotant de méthodes un peu sérieuses (tout ce qu’on ne peut guère faire à la télévision), peut-être qu’alors, un travail intellectuel pourrait s’amorcer. Sur une crise de la culture, mettons.

    Pour la prendre au sérieux, il faudrait toutefois admettre l’existence d’acteurs industriels et financiers qui nourrissent grassement l’agitateur public. Les grands propriétaires de médias, qui sont notamment des financiers ou des marchands d’armes, détiennent des titres de presse, des télévisions et des maisons d’édition pour y faire prévaloir leur parti pris idéologique. Dans ces conglomérats médiatiques, on se garde de critiquer les multinationales en ce qu’elles uniformisent la culture mondiale de manière inouïe, corrompent les États, pervertissent les universités et contribuent à creuser gravement les inégalités sociales. En taisant ces points majeurs, l’intellectuel organique trahit son simple rôle de propagandiste et son confit d’intérêt.

    Passer à la télé est une chose. Y rester à demeure nous fait prendre les plis. Un signataire de livres qui s’y habitue n’y échappera pas. On entendra davantage l’agitateur public en lisant son livre que l’intellectuel prétendu lorsqu’il sévit à la télévision.

    Ces petits soldats de la propagande sont nombreux. Les dispositifs informatiques les font se multiplier comme les rhinocéros d’Ionesco. Le phénomène est impressionnant et mérite d’être étudié à sa juste échelle.


    Les essais d’Alain Deneault


  • Alain Deneault et Jason Ward seront à la réunion «Utilisation de paradis fiscaux extraterritoriaux» du Comité permanent des finances de la Chambre des communes du Parlement du Canada

    Photo – Site web du Parlement du Canada – Comité FINA

    Alain Deneault participera avec Jason Ward, analyste principal du CICTAR (Centre for International Corporate Tax Accountability and Research) à la réunion ayant pour titre Utilisation de paradis fiscaux extraterritoriaux du Comité permanent des finances (FINA) [ no 14 – 1ère session – 45e législature ] de la Chambre des communes du Parlement du Canada qui aura lieu le mercredi 19 novembre 2025 de 16 h 30 à 18 h 30 et qui sera diffusée sur ParlVu.

    « Un comité est composé de députés, ou de députés et de sénateurs dans le cas de comités mixtes, choisis pour étudier toute question renvoyée par la Chambre ou toute question reliée à son mandat. Il existe différents types de comités : permanents, législatifs, spéciaux et mixtes. La plupart sont des comités permanents.

    […] Le mandat du Comité permanent des finances consiste à examiner toutes les questions relatives au mandat, à l’administration et au fonctionnement de certains ministères et organismes fédéraux, dont le ministère des Finances et l’Agence du revenu du Canada, et à en faire rapport, ainsi qu’à mener des consultations prébudgétaires.» – Parlement du Canada

    Participation d’Alain Deneault et Jason Ward à la réunion Utilisation de paradis fiscaux extraterritoriaux du Comité permanent des finances (FINA) de la Chambre des communes du Parlement du Canada – Durée : 55 min 13 sec – 19 novembre 2025

    Utilisation de paradis fiscaux extraterritoriaux
    Comité permanent des finances (FINA)
    Alain Deneault (à titre personnel), professeur (par vidéoconférence)
    Jason Ward, analyste principal de CICTAR (Centre for International Corporate
    Tax Accountability and Research (par vidéoconférence)
    Réunion 14 - 45e législature, 1re session
    Mercredi 19 novembre 2025 - 16 h 30 à 18 h 30 (HNE)
    Édifice Wellington, Pièce 430, 197, rue Sparks, Ottawa
    Webdiffusion sur ParlVu


  • L’inévitable biorégion – Écoanxiété et responsabilité. Causerie avec Alain Deneault

    L’inévitable biorégion – Écoanxiété et responsabilité. Causerie avec Alain Deneault qui aura lieu en français à la Bibliothèque du centenaire de Campbellton – en partenariat avec la Gare de Matapédia et Vaste et Vague – le vendredi 28 novembre 2025 de 17 h à 19 h .


    L'inévitable biorégion - Écoanxiété et responsabilité
    Causerie avec Alain Deneault
    En partenariat avec la Gare de Matapédia et Vaste et Vague
    Vendredi 28 novembre 2025 - 17 h à 19 h
    Bibliothèque du centenaire de Campbellton
    19 rue Aberdeen, suite 100, Campbellton, Nouveau-Brunswick, E3N 2V1
    En français seulement


  • Simon Paré-Poupart: le vidangeur qui a transformé nos déchets en best-seller

    Photo © Bruno Petrozza – TVA Publications

    7 Jours

    Par Alicia Bélanger-Bolduc
    13 novembre 2025

    Simon Paré-Poupart semblait peu destiné à cette rencontre. Après plusieurs années comme éboueur, il a pourtant publié Ordures!, un ouvrage sur nos habitudes de consommation et la perception sociale de son métier. En quelques mois seulement, son livre a connu un succès retentissant, au point qu’il est désormais reconnu dans la rue pendant son travail. Figure atypique dans son milieu, il inspire tout en dressant un portrait authentique et révélateur de notre société.

    […] Comment est venue l’idée d’écrire un tel livre?

    J’ai fait ma maîtrise aux côtés de l’auteur Alain Deneault et il a joué un rôle de passeur dans ma vie. Je ne viens pas du milieu des arts et des lettres; sans lui je ne crois pas que je me serais permis d’écrire un livre. Il était mon directeur de stage au moment où je parlais de déchets, et il m’a convaincu que je devais écrire un livre sur le sujet. Il m’a présenté un éditeur — je ne savais même pas ce que c’était! Il avait un regard extérieur sur mon milieu qui le rendait tout à coup fascinant. Il a mis en lumière un discours qui m’habitait, mais dont je ne connaissais pas la valeur puisque pour moi, c’était banal. […]

    Photo © Ísjaki Studio – Alain Deneault et Simon Paré-Poupart à la 22e édition du Salon du livre de la Péninsule acadienne

    Simon Paré-Poupart, titulaire de la maîtrise de l’École nationale d’administration publique (ENAP, Québec) a été collaborateur au livre De quoi Total est-elle la somme ? Multinationales et perversion du droit d’Alain Deneault, comme assistant à la rédaction.


  • L’essai Faire que ! d’Alain Deneault est la lecture du mois de la Bibliothèque Aldéa-Landry

    « LECTURE DU MOIS | Faire que! L’engagement politique à l’ère de l’inouï d’Alain Deneault. Comment s’orienter dans un monde bouleversé par des crises écologiques sans précédent, face auxquelles ni les États ni le capital ne semblent pouvoir remédier?

    Dans Faire que! Alain Deneault nous invite à réfléchir à nos façons d’agir à l’ère de l’inouï, une époque où aucun repère historique ne permet d’appréhender les catastrophes qui s’annoncent. Il dénonce la confusion semée par l’extrême droite, la perte de sens provoquée par le libéralisme et l’écoanxiété qui nous fige trop souvent dans l’inaction.

    Plutôt que de céder à la sidération, M. Deneault nous encourage à penser autrement, hors des programmes figés, à nous ancrer dans les territoires à travers le concept de biorégion et à livrer la guerre à la médiocratie. Il nous pousse à mal faire les choses, faire mal, à évoquer les enjeux qui dérangent, et surtout à penser et agir collectivement. Avec la lucidité qu’on lui connaît, il nous rappelle que le moment est venu de faire que! […] Bonne lecture ! » – Bibliothèque Aldéa-Landry


  • Les Gaspésiens doivent-ils mieux planifier leurs projets miniers?

    Radio-Canada

    Par David Fillion
    6 novembre 2025

    Les Gaspésiens gagneraient à mieux réfléchir et planifier le développement de projets miniers, comme celui envisagé à Murdochville et celui prévu dans les environs de Paspébiac. C’est du moins l’une des conclusions qui se dégagent du panel qui s’est exprimé, mercredi soir, au cégep de Gaspé, sur la question du développement minier en Gaspésie.

    L’activité de mercredi soir, organisée par Solidarité Gaspésie, a permis à trois panélistes et une soixantaine de citoyens d’échanger et de réfléchir à savoir si la Gaspésie peut se passer de grands projets miniers, comme elle en a déjà connu par le passé.

    […] L’auteur et professeur de philosophie à l’Université de Moncton, Alain Deneault, lance quant à lui qu’il faut garder un œil attentif sur les projets miniers. Selon lui, le Québec n’est pas suffisamment sévère envers les compagnies d’exploitation. Il croit que les citoyens doivent être beaucoup plus exigeants avant d’accepter qu’un projet s’implante dans leur communauté.

    « Le Québec est à l’exploitation minière dans l’histoire ce que les Bahamas ou le Luxembourg sont à la finance. C’est un État extraordinairement permissif. […] La situation dans laquelle on est ne nous permet pas de penser en somnambule et de faire comme si tout allait continuer comme avant », envoie-t-il. […]

    Photo © Radio-Canada – Archives


    Les activités minières représentent-elles une voie d’avenir pour la Gaspésie ? Panel organisé par Solidarité Gaspésie qui a eu lieu au Cégep de Gaspésie – Captation par Télé-Gaspé – L’extrait avec Alain Deneault débute à 18 min 01 sec – Durée: 2 h 13 min 55 sec – 5 novembre 2025

    « Voici la captation intégrale de cette soirée de réflexion consacrée aux enjeux miniers en Gaspésie. La question du développement minier est souvent abordée dans le contexte de la transition énergétique ou encore écologique, d’un point de vue mondial ou local. Avec l’annonce de projets miniers sur son territoire ou à proximité, la Gaspésie est directement concernée par cet enjeu. Cette conférence réunit un panel de trois experts aux profils complémentaires : Julie Reid-Forget, Gaétan Lelièvre et Alain Deneault, qui abordent la question des activités minières en Gaspésie sous différents angles. Que vous soyez plutôt favorable ou plutôt réservé quant au développement minier, cet échange approfondi vous permettra d’enrichir votre réflexion sur le sujet. La captation inclut également la période d’échanges avec le public. » – TG, Télé-Gaspé

    « Le 5 novembre dernier, Solidarité Gaspésie organisait un panel public pour débattre de la question : « Les activités minières représentent-elles une voie d’avenir pour la Gaspésie ? ». Les invités étaient Julie Reid Forget, Gaétan Lelièvre et Alain Deneault. Dans cet extrait, ils répondent à la question centrale : la Gaspésie peut-elle se « payer le luxe » de refuser ces projets ?. Leur analyse explore les coûts non calculés, l’impact régional sur les services publics et la « société du gaspillage » qui alimente la demande. L’intégralité de ce panel de 2 h 30 est disponible sur http://www.telegaspe.ca. » – TG, Télé-Gaspé – Durée : 11 min 5 secondes