Actualités
-
Nécessité ou fausse bonne idée ?
La Presse
Par Vincent Larin
12 mai 2026L’idée mise de l’avant par Québec solidaire (QS) d’instaurer une taxe de 1 % par année sur le capital des individus excédant 25 millions de dollars, puis 2 % au-delà de 100 millions, a provoqué de vives réactions, notamment de l’entrepreneur François Lambert. Cette taxe dite sur le patrimoine, est-ce une bonne idée ? Pour vous aider à vous faire une tête, comparons des arguments des camps qui sont contre et pour l’idée. […]
POUR : Une « nécessité » pour réduire les inégalités
Loin d’être une fausse bonne idée, la mesure proposée par Québec solidaire relève plutôt de la « nécessité », aux yeux de l’auteur et professeur de philosophie à l’Université de Moncton Alain Deneault.
Il rappelle d’abord que les plus riches se sont enrichis à un rythme inégalé ces dernières années. La fortune des dix hommes les plus riches du monde a doublé pendant la pandémie, alors que les revenus de 99 % de la population mondiale ont été moins importants à cause de la COVID-19, révélait Oxfam en 2022.
Or, ces individus ne paient toujours pas leur juste part, estime-t-il, tandis que, selon des révélations de l’organisme ProPublica aux États-Unis, les plus fortunés n’y paient que très peu d’impôt.
À ce sujet, Alain Deneault rappelle une célèbre anecdote du milliardaire américain Warren Buffett qui plaidait pour un impôt minimal sur les plus grandes fortunes américaines en insistant sur le fait que sa secrétaire était plus imposée que lui, toutes proportions gardées.

Photo © Alain Roberge – La Presse/Archives Un exemple parmi d’autres des échappatoires à la disposition des plus riches et dont certaines pourraient aussi bénéficier à de grandes fortunes québécoises, selon lui.
Pourtant, les plus riches bénéficient des services publics tels les routes, les aéroports et les universités, qui forment des bassins de main-d’œuvre où ils puisent abondamment pour faire rouler leurs entreprises.
Le philosophe balaie du revers de la main les arguments voulant qu’une augmentation du fardeau fiscal des plus nantis entraîne leur fuite vers d’autres cieux.
La proposition de Québec solidaire relève davantage d’un « énoncé politique », dit-il, et ne peut tout prévoir par définition. Une fois au pouvoir, un éventuel ministre des Finances de Québec solidaire, assisté de fiscalistes et de juristes employés par l’État, serait à même de trouver des solutions pour pallier la fuite des capitaux, selon lui.
Qui plus est, l’ajout d’une taxe de 1 % sur le capital au-delà de 25 millions « ne peut pas être le seul critère qui fait qu’un millionnaire quittera l’État à qui il doit tout », croit-il. « Allez tous aux Bahamas, rendu là », lance l’auteur de nombreux ouvrages très critiques du système capitaliste.
Quant au message qu’enverrait un gouvernement de Québec solidaire en taxant davantage les plus nantis, Alain Deneault souligne que « ce n’est pas parce qu’on s’enrichit qu’on a travaillé fort ».
Certes, les PDG de certaines entreprises peuvent travailler des semaines de fou, mais aucun humain ne dispose d’assez d’heures dans sa semaine pour s’enrichir au niveau des fortunes visées par Québec solidaire, dit-il.
-
L’été des humanités 2026 : La biorégion et l’esthétique. Sortir du complotisme par les grands récits – Du 6 au 29 mai et journées ouvertes au public les 13 et 14 mai

« L’Été des humanités 2026 est officiellement lancé au campus de Shippagan de l’Université de Moncton ! Le 6 mai, une trentaine de participantes et participants se sont réunis à la P’tite église de Shippagan pour donner le coup d’envoi de cette université d’été, qui se déroulera jusqu’au 29 mai sous la direction du professeur Alain Deneault.
Ce moment a permis de lancer les échanges, de présenter la programmation et de souligner la contribution des personnes facilitatrices qui accompagnent le projet. La doyenne des études, Mireille Demers, était également présente pour souhaiter la bienvenue aux personnes participantes.
Rappelons que deux journées publiques, ouvertes à toute la communauté, auront lieu les 13 et 14 mai, avec conférences, ateliers, discussions et projections.
Merci aux partenaires qui rendent cette initiative possible : le Centre de Recherche sur la Ruralité – CR2, La Maison de la culture et le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, CRSH. » – Université de Moncton, campus de Shippagan





-
Plus rien n’est égal par ailleurs au Rendez-vous Québec Cinéma
Le long métrage documentaire Plus rien n’est égal par ailleurs de Martin Bureau dans lequel figure Alain Deneault sera présenté au Rendez-vous Québec Cinéma (RVQC) le mardi 28 avril 2026 à 19 h 45 à la salle Alanis-Obomsawin de l’Office national du film du Canada (ONF). Le film sera précédé du court-métrage Une marégraphie suspendue de Félix Caraballo.

« Charge visuelle et sonore aux confins de la vidéo d’art, du documentaire et du vidéoclip, Plus rien n’est égal par ailleurs est un appel à la prise de conscience de la nécessité de la solidarité communautaire et territoriale, face à l’individualisme et à l’exultation consumériste, matérialisés par des énergies dilapidées en pure perte. » – RVQC

Image du film Plus rien n’est égal par ailleurs de Martin Bureau dans lequel figure Alain Deneault.
-
Discussion entre Alain Deneault et Richard LeBlanc sur les notions d’environnement, de liberté et de biorégion

Richard LeBlanc, stagiaire postdoctoral au campus d’Edmundston de l’Université de Moncton et Alain Deneault, professeur de philosophie au campus de Shippagan de l’Université de Moncton – Photo © Université de Moncton, campus d’Edmundston
Une discussion entre Alain Deneault, professeur de philosophie au campus de Shippagan de l’Université de Moncton (UMCS), et Richard LeBlanc, stagiaire postdoctoral au campus d’Edmundston de l’Université de Moncton (UMCE), ont porté sur les notions d’environnement, de liberté et de biorégion, lors d’une conférence publique présentée le vendredi 13 mars à l’UMCE.
« Cet échange a été organisé par la Chaire de recherche du Canada sur le Développement et les enjeux territoriaux en Acadie contemporaine en collaboration avec le Secteur des sciences humaines du campus d’Edmundston dans le cadre du cours d’introduction à la sociologie du professeur Julien Massicotte.
D’autres questions comme le génocide, l’histoire et le Canada ont fait l’objet de débat et de questionnement. L’échange a aussi mené à des interventions des participants et des participantes, évoquant des concepts comme l’égalité ou la durabilité. Le souhait est que l’activité aura provoqué une réflexion sur le sens du monde que nous partageons et sur les stratégies collectives d’avenir. »
Source : Hugues Chiasson, coordonnateur des communications à l’UMCE







Photos © Page Facebook – Université de Moncton, campus d’Edmundston Dernière photo à partir de la gauche : Richard LeBlanc, stagiaire postdoctoral au campus d’Edmundston de l’Université de Moncton, Rose Kikpa Bio, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur Le Développement et les enjeux territoriaux en Acadie contemporaine et Alain Deneault, professeur de philosophie au campus de Shippagan de l’Université de Moncton
-
Martin Bureau braque sa caméra sur les débordements de notre monde

Martin Bureau – Photo © Frédéric Matte / Le Soleil Le Soleil
Par Léa Harvey
21 mars 2026Des images s’accumulent et se répondent dans le nouveau film de Martin Bureau, Plus rien n’est égal par ailleurs : une église est détruite; une grange brûle; des forêts sont rasées… Mais ne vous fiez pas seulement au ton grinçant de l’œuvre. Le réalisateur en est convaincu: il y a de l’espoir parmi les ruines.
«Lucidité et gaité sont nos dispositions psychiques maîtresses pour l’avenir. L’une sans l’autre est mortifère.» Car la gaieté sans lucidité mène vers des «dénis stupides» et, la lucidité sans gaieté, «ne peut aboutir qu’à l’angoisse et à la panique».
Ces mots, avancés par le philosophe Alain Deneault dans l’article Gaïa vit son moment #MeToo (Libération), ont résonné fort chez Martin Bureau, en 2020… Tellement qu’ils ont teinté en partie l’élaboration de son nouveau film.
Avec Plus rien n’est égal par ailleurs, l’artiste visuel de Québec invite ainsi le public à observer directement le monde dans lequel il vit, et ce, sans lunette rose. Comme «un appel à l’action».
Pendant 66 minutes, les cinéphiles assisteront à des juxtapositions d’images, des «métaphores» ou encore des «tableaux» qui illustrent la façon dont «les débordements des sociétés capitalistes occidentales se révèlent» au Québec, explique Martin Bureau, en entrevue au Soleil.
Tournées sur environ cinq ans, ces scènes nous emmènent à l’incinérateur de Québec, dans un rodéo, pendant un derby de démolition, au casino, dans un gala de lutte, au-dessus d’un terminal où s’accumulent les conteneurs, etc. Dans le film, celles-ci sont ensuite liées entre elles par la voix du philosophe Alain Deneault.

Alain Deneault et Martin Bureau – Photo © Frédéric Matte / Le Soleil Martin Bureau l’assure rapidement: l’idée du film n’était pas de juger individuellement des communautés, des industries ou des individus. Il s’agissait plutôt de les mettre en lumière comme des maillons faisant partie d’un seul et même système.
Avec des codes cohérents et des réflexions accessibles à tous, les images de Martin Bureau et la pensée d’Alain Deneault résument ainsi simplement ce système capitaliste.
Tout en suscitant une sorte d’«urgence d’espoir», le réalisateur et ses collaborateurs ont donné au film un ton grinçant, voire angoissant. Alors que la musique repousse nos oreilles vers leurs derniers retranchements, les scènes du film renvoient des images à la fois belles et inquiétantes.
«[Le film] est certainement catastrophiste. Il y a une forme d’urgence, mais il y a une forme de colère aussi, quelque chose de résolument grinçant, à la fois ironique, engagé et en colère», estime M. Bureau, dont le projet est à la frontière entre «l’art vidéo, le documentaire et le vidéoclip».
Et l’art dans tout ça?
Présenté dans le cadre du Festival international du film sur l’art, Plus rien n’est égal par ailleurs fait écho à la démarche artistique qu’utilise Martin Bureau en peinture depuis plus de trente ans.
Dans les deux cas, la figure de la ruine demeure importante.
«Autant en peinture que dans le film, la question de la ruine, pour moi, c’est la poésie de l’intervalle. C’est le passage d’un état à un autre. Il y a un passé, un présent et un avenir dans la ruine. […] Ce sont des choses qui m’interpellent», explique l’artiste, qui a grandi au Lac-Saint-Jean.
Dans Plus rien n’est égal par ailleurs, face à la conclusion que «nous vivons dans un monde fini», Alain Deneault soulignera d’ailleurs qu’il faut de la créativité pour repenser notre système, pour en imaginer un nouveau à travers les ruines de l’ancien.
Les artistes ont-ils un rôle à jouer face à ce type de crises?
«Le rôle de l’art, c’est d’être un passeur… Et c’est ce à quoi le film aspire aussi, d’intégrer des nouvelles postures. […] J’aimerais que chaque personne [après avoir vu le film] se demande quelle est sa propre position face au système. Est-ce qu’on est victime ou en contrôle devant ce système-là? Ça nous concerne tous», affirme Martin Bureau, qui souhaite ainsi nourrir une vaste de discussion autour de la décroissance.
[…] Produit par l’Office national du film du Canada, l’œuvre sera ainsi disponible sur la plateforme de l’ONF, début 2027.

Le film de Martin Bureau Plus rien n’est égal par ailleurs sera présenté le 19 avril 2026 dans le cadre du Festival Cinéma du Monde de Sherbrooke (COMPLET) à la Maison du cinéma ainsi que le 28 avril 2026 à 19 h 45 à la salle Alanis-Obomsawin de l’ONF dans le cadre des Rendez-vous Québec cinéma (RVQC).
-
Retour en images de l’Office national du film (ONF) sur la première mondiale du film Plus rien n’est égal par ailleurs de Martin Bureau au Festival International du Film sur l’Art

De gauche à droite : Émile Bureau, directeur de la photographie – Nathalie Cloutier, productrice – Martin Bureau, réalisateur – Alain Deneault, philosophe. Photo © Maryse Boyce « Retour en images sur la première mondiale du documentaire Plus rien n’est égal par ailleurs de Martin Bureau, présenté à Montréal et à Québec dans le cadre du Festival International du Film sur l’Art. Ne manquez pas l’article intitulé Martin Bureau braque sa caméra sur les débordements de notre monde de la journaliste Léa Harvey, dans Le Soleil. » – Office national du film du Canada (ONF), page LinkedIn
« Lucidité et gaité sont nos dispositions psychiques maîtresses pour l’avenir. L’une sans l’autre est mortifère.» Car la gaieté sans lucidité mène vers des «dénis stupides» et, la lucidité sans gaieté, «ne peut aboutir qu’à l’angoisse et à la panique». Ces mots, avancés par le philosophe Alain Deneault dans l’article Gaïa vit son moment #MeToo (Libération), ont résonné fort chez Martin Bureau, en 2020… Tellement qu’ils ont teinté en partie l’élaboration de son nouveau film. […] » – Léa Harvey, Le Soleil





Photos © Maryse Boyce Le film de Martin Bureau Plus rien n’est égal par ailleurs sera présenté le 19 avril 2026 dans le cadre du Festival Cinéma du Monde de Sherbrooke (COMPLET) à la Maison du cinéma ainsi que le 28 avril 2026 à 19 h 45 à la salle Alanis-Obomsawin de l’ONF dans le cadre des Rendez-vous Québec cinéma (RVQC).
-
Total, vous n’allez pas chez eux par hasard

Total, vous n’allez pas chez eux par hasard est un épisode du balado Multinationales, l’histoire de ces entreprises qui nous gouvernent animé par Camille Crosnier sur France Inter où l’ouvrage d’Alain Deneault De quoi Total est la somme ? Multinationales et perversion du droit (Rue de l’Echiquier et Éditions Écosociété) est mentionné. Durée : 48 min – 17 mars 2026
« Des premiers forages en Irak après la Grande guerre au géant mondial de l’énergie, découvrez l’histoire de TotalEnergies. Entre quête de souveraineté et urgence climatique, comment, ce qui était au départ un outil d’État est devenu un mastodonte mondial prêt à tout pour conserver sa puissance ?
L’histoire de la plus grande entreprise française ne commence pas dans l’Hexagone, mais par un constat d’urgence au sortir de la Grande Guerre : « l’énergie, c’est la puissance ». Née de la volonté de l’État de ne plus dépendre des majors étrangères, ce qui était autrefois la Compagnie française des pétroles (CFP) a traversé un siècle de révolutions industrielles, de crises géopolitiques et de découvertes spectaculaires pour devenir un pilier incontournable de l’économie mondiale.
Pour explorer les rouages de ce fleuron industriel, Camille Crosnier s’entretient avec Matthieu Auzanneau, directeur du Shift Project, auteur de « Or noir, la grande histoire du pétrole », et avec le chercheur Pierre-Louis Choquet, chargé de recherches en sociologie, spécialiste des enjeux climatiques.
La quête de l’indépendance : du désert irakien à la marque Total
C’est en 1924 que naît la CFP, avec une mission claire : assurer à la France un accès direct aux ressources pétrolières. Sans pétrole sur son propre sol, la France se tourne vers la Mésopotamie (l’actuel Irak), qui devient le « camp de base » de son empire naissant. Puis, l’entreprise grandit dans l’ombre des « Sept Sœurs » anglo-saxonnes avant de lancer, en 1954, la marque « Total », un nom simple et universel destiné à conquérir les routes du monde entier. De la découverte historique du gisement d’Hassi Messaoud en Algérie, aux premiers pas de la publicité, Total s’impose comme le symbole d’une France qui retrouve sa puissance industrielle sous l’impulsion du général de Gaulle.
L’ombre de la puissance : pétrole, influence et diplomatie secrète
Derrière la réussite commerciale se cachent des épisodes plus sombres de la Françafrique. Il s’agit donc de revenir sur le rôle complexe des pétroliers français au Gabon, au Congo et lors de la tragique guerre du Biafra au Nigeria, où la quête de ressources a parfois dicté une diplomatie de l’ombre. L’histoire de Total est aussi indissociable de sa rivalité avec « Elf », l’autre géant public né en 1967. Entre scandales financiers et luttes d’influence, le récit culmine en 1999 avec l’absorption d’Elf par Total, donnant naissance à la quatrième Major mondial des hydrocarbures.
Le géant face aux enjeux de la transition énergétique : du choc pétrolier au défi climatique
Aujourd’hui, l’empire vacille sous la pression de ceux et celles qui considèrent qu’il faut lutter de toutes ses forces contre le changement climatique et faire de la transition énergétique une priorité. Du traumatisme de la marée noire de l’Erika en 1999 aux révélations sur ce que l’entreprise savait du dérèglement climatique dès les années 1970, le récit lève le voile sur les stratégies de légitimation et le « greenwashing » d’une multinationale à la croisée des chemins. Devenu « TotalEnergies » en 2021 pour marquer un tournant vers les énergies renouvelables, le groupe reste au cœur des polémiques, notamment avec ses projets gaziers en Russie ou le méga-projet EACOP en Ouganda, en raison de nombreuses violations des droits humains. Entre impératifs économiques et urgence planétaire, jusqu’où peut aller la quête incessante de nouveaux gisements ? » – Multinationales, l’histoire de ces entreprises qui nous gouvernent, France Inter





Le système Total, anatomie d’une multinationale de l’énergie est un documentaire choc librement inspiré de l’ouvrage De quoi Total est-elle la somme ? Multinationale et perversion du droit d’Alain Deneault publié aux éditions Rue de l’échiquier et Écosociété. Le documentaire est réalisé par Jean-Robert Viallet et Catherine Le Gall et produit par ARTE France et Morgane Productions – 2022
L’Emprise Total. Le pouvoir silencieux du géant du pétrole. Une série documentaire de quatre épisodes par Greenpeace France, 2021.
-
Entretien avec Martin Bureau sur son film Plus rien n’est égal par ailleurs dans lequel figure Alain Deneault

Entretien avec le réalisateur Martin Bureau sur son film Plus rien n’est égal par ailleurs dans lequel figure Alain Deneault à l’émission C’est encore mieux l’après-midi animée par Guillaume Dumas à Radio-Canada. Durée : 11 minutes – 19 mars 2026

Le film de Martin Bureau Plus rien n’est égal par ailleurs sera présenté le 19 avril 2026 dans le cadre du Festival Cinéma du Monde de Sherbrooke (COMPLET) à la Maison du cinéma ainsi que le 28 avril 2026 à 19 h 45 à la salle Alanis-Obomsawin de l’ONF dans le cadre des Rendez-vous Québec cinéma (RVQC).

Image du film Plus rien n’est égal par ailleurs de Martin Bureau dans lequel figure Alain Deneault.
-
Les moments forts de la 44e édition du FIFA

Photo © Maryse Boyce Le film de Martin Bureau Plus rien n’est égal par ailleurs dans lequel figure Alain Deneault et qui a été présenté en première mondiale au Festival International du Film sur l’Art est mentionné dans Les moments forts de la 44e édition du FIFA dans la section Les films d’ici.

« En plus du film d’ouverture d’André-Line Beauparlant, Mon amour, c’est pour le restant de mes jours, cette édition a mis à l’honneur le cinéma de chez nous : de la première mondiale de Plus rien n’est égal par ailleurs de Martin Bureau, accompagnée de la réflexion du philosophe Alain Denault, au documentaire Aki de Darlene Naponse, en passant par des portraits d’artistes disparus comme Nobuo Kubota ou E.J. Hughes. Le festival a aussi célébré des œuvres primées et singulières, comme Les mêmes yeux que toi de Derek Branscombe, qui a remporté le Prix du meilleur court-métrage canadien et le Prix spécial du jury, Amadou et Mariam : Sons du Mali de Ryan Marley, qui a remporté le Prix de la meilleure œuvre canadienne), la poésie de Mains d’œuvre – Une vie en poésie de Jean-Philippe Dupuis et Vincent Lambert, l’audace de Ulaan Monster d’Adrian Villagomez, et, enfin, la force de Tina : art, amour et révolution de Daniela Mujica. » – FIFA, 44e édition
Le film de Martin Bureau Plus rien n’est égal par ailleurs avec la participation d’Alain Deneault sera présenté le 19 avril 2026 dans le cadre du Festival Cinéma du Monde de Sherbrooke à la Maison du cinéma ainsi que le 28 avril 2026 à 19 h 45 à la salle Alanis-Obomsawin de l’ONF dans le cadre des Rendez-vous Québec cinéma (RVQC).
-
Le pouvoir des médiocres – Entretien avec Alain Deneault

Le pouvoir des médiocres ou L’Empire de la médiocrité nous mène à la guerre. Entretien avec Alain Deneault àTheSwissBox Conversation. Balado épisode # 163 . Durée : 1 h 51 min 23 sec – 28 février 2026
« Dans cet entretien, nous interrogeons les structures profondes de nos sociétés contemporaines : sommes-nous encore en démocratie ou évoluons-nous dans un système où le pouvoir réel échappe au politique ?
Alain Deneault analyse les mécanismes invisibles qui organisent la dépossession collective : financiarisation, gouvernance technocratique, dilution des responsabilités, capture des institutions. Il propose une lecture rigoureuse et exigeante de notre époque, loin des polémiques superficielles.
Il ne s’agit pas seulement de dénoncer, mais de comprendre pour mieux se défendre.
Un échange dense, structurant, qui invite à penser au-delà des catégories convenues. » – TheSwissBox Conversation
Chapitrage :
00:01:48 - Vision des dirigeants actuels
00:15:33 - Responsabilité présente et futur de la population
00:43:17 - Moralité des institutions
00:53:38 - Le concept de la gouvernance
01:01:48 - Le mot économie dans notre histoire
01:14:33 - Esprit et philosophie
01:24:30 - Regard sur la démocratie
01:32:00 - L'anxiété et l'angoisse
01:43:42 - Conclusion









-
Penser demain avec Alain Deneault – Le troisième épisode du balado étudiant «Éthique en pratique » de l’IDÉA

Penser demain avec Alain Deneault. Les animateurs Édouard Goupil-Leroux & Alexandre Poiré reçoivent Alain Deneault pour le troisième épisode du balado étudiant « Éthique en pratique » de l’Institut d’éthique appliquée de l’Université Laval (IDÉA). Durée : 1 h 32 min – 23 mars 2026
« Dans cet épisode, nous recevons Alain Deneault, philosophe et professeur à l’Université de Moncton au campus de Shippagan. En clarifiant certains concepts centraux de sa réflexion comme l’économie, la gouvernance et plus récemment le biorégionalisme, cet entretien propose de sonder le monde dans lequel nous vivons avec un regard philosophique tout en gardant en filigrane la question « Comment penser demain ? ». » – Balado de l’IDÉA
Essais mentionnés dans cet entretien

















-
Entretien avec Alain Deneault sur TotalEnergies par Agathe Di Lenardo de Reporterre

«La soi-disant conversion écologiste de TotalEnergies n’était que du marketing»
Reporterre
Entretien avec Alain Deneault par Agathe Di Lenardo
31 mars 2026« Être éthique n’est plus nécessaire », dit le philosophe et auteur sur l’économie Alain Deneault à propos de l’accord entre TotalEnergies et l’administration Trump. Il montre, selon lui, que le verdissement de la firme n’a jamais été que du marketing.
Moins d’éoliennes, plus d’hydrocarbures. Le 23 mars, un accord entre l’administration Trump et TotalEnergies a été dévoilé. Il prévoit l’abandon de deux projets éoliens en mer, en échange de 928 millions de dollars à réinvestir dans des projets d’hydrocarbures. Une politique totalement à rebours de la transition énergétique pourtant nécessaire pour limiter le changement climatique.
Alain Deneault est docteur en philosophie. Il est l’auteur de De quoi Total est-elle la somme ? (2017, éd. l’Échiquier), un ouvrage qui révèle ce qui a rendu TotalEnergies si puissante sur le plan politique et économique. Avec une vision historique et engagée, il livre à Reporterre son analyse sur la stratégie de l’entreprise.
Reporterre — TotalEnergies se positionne depuis plusieurs années comme un acteur majeur de la transition écologique. Avec ce pacte, l’entreprise ne semble plus tenter de maintenir cette image déjà écornée, mais assumer ses projets climaticides… Quelle analyse portez-vous sur cet accord ?
Alain Deneault — Cela montre, même si on s’en doutait déjà, que la soi-disant conversion écologiste de TotalEnergies n’était que de pure forme, qu’elle relevait du marketing plutôt que des convictions.
Le documentaire Le système Total, anatomie d’une multinationale de l’énergie de Jean-Robert Viallet et Catherine Le Gall, montre très bien les coulisses de son verdissement. Par exemple, elle communique largement sur les énergies renouvelables, même si cela reste marginal dans son activité globale.
Donald Trump s’oppose fermement aux éoliennes et soutient au contraire le développement des hydrocarbures. Dans quelle mesure son élection a-t-elle bénéficié à la firme ?TotalEnergies n’a plus à faire semblant. Du moment qu’il y a à la tête des États-Unis Donald Trump, qui présente le discours écologiste comme un canular, et Mark Carney comme Premier ministre au Canada — qui lance lui aussi de grands chantiers d’exploitations d’hydrocarbures, la question environnementale ne passera pas au premier plan. Être éthique n’est plus nécessaire, ce n’est plus spécialement bon pour les affaires, donc TotalEnergies cesse de l’être.
Récemment, des sociétés énergétiques ont déposé des recours contre les États-Unis à la suite de l’annulation de projets éoliens. TotalEnergies a quant à elle fait le choix de négocier avec la Maison-Blanche. Comment expliquer cette stratégie ?On peut supposer qu’elle y voit un avantage concurrentiel, ce qui ne serait pas la première fois dans son histoire. C’était par exemple l’une des seules sociétés à avoir collaboré avec le régime de l’apartheid de l’Afrique du Sud. Ce qui avait nuit à ses affaires, car cela avait touché une corde sensible dans l’opinion publique.
Dans le cas présent, l’entreprise fait le pari que la résistance éthique à laquelle elle aurait pu faire face il y a dix, quinze ou vingt ans est moins intense, du fait que la fenêtre d’Overton est déplacée vers la droite. Ce qui lui permet de spéculer sur ces biens financiers sans s’encombrer de questions éthiques.
Quel est le positionnement vis-à-vis du climat chez TotalEnergies ?Jusqu’alors, et ce depuis la naissance du concept de développement durable, la rhétorique de toutes les grandes compagnies pétrolières a été de réduire la question écologique à celle du climat et la question du climat à celle des émissions de CO₂ de nos produits. C’est-à-dire qu’on a comparé des objets en fonction des gaz à effet de serre qu’ils émettent, sans réfléchir aux émissions nécessaires pour leur production. Par exemple, on en est venu à dire que le gaz est écologique, car il émettrait moins de CO₂… TotalEnergies a fait partie des vecteurs de ce discours.
L’entreprise déclare que ces investissements contribueront à la sécurité d’approvisionnement de l’Union européenne en lui apportant le gaz dont elle reste très dépendante. Peut-on dire que cet accord contribue à une certaine vassalisation de l’Union européenne vis-à-vis des États-Unis ?TotalEnergies agit dans une synergie historique. On ne va pas lui attribuer la vassalisation des Européens envers les États-Unis. Les dirigeants européens sont fort capables de s’autovassaliser eux-mêmes. La firme comprend cette dynamique-là, car elle fait de la géopolitique.
D’un point de vue rhétorique, dire qu’elle aide l’Union européenne parce qu’elle lui fournit du gaz tient la route : c’est le discours que tient la Compagnie française du pétrole, l’ancêtre de TotalEnergies, depuis sa création en 1924.
Mais cet argument ne fonctionne que si l’on part du principe que l’on va toujours devoir consommer comme on le fait aujourd’hui, qu’il ne faut pas réorganiser notre façon de produire, distribuer et consommer de l’énergie.
L’accord permet de réinvestir notamment dans le Rio Grande LNG, un projet qui, en plus d’être très préoccupant pour l’environnement, menace les droits humains des peuples autochtones. Mais cela ne semble pas inquiéter TotalEnergies…Effectivement, son seul souci est de pouvoir dire que ses actions sont légales. Dans mon livre, je cite Christophe de Margerie, ancien président-directeur général, qui affirme que « tant que ce n’est pas interdit, c’est permis ». Et c’est vrai : lorsque que la firme agit d’une manière qui choque l’opinion, cela reste néanmoins légal.
C’est par exemple comme ça que la firme était légalement présente en Alberta dans son projet de sables bitumineux, même si cela mettait en péril des communautés autochtones, car elle respectait le droit environnemental. Pareil en ce qui concerne sa présence au Gabon, qui reste malgré tout légale malgré les critiques sur les impacts sociaux.
TotalEnergies, à l’image d’autres multinationales, semble aujourd’hui être surpuissante. Vous plaidez pour une dissolution des multinationales : comment faire contre-pouvoir ?Les multinationales ne sont pas à penser uniquement comme des entreprises, mais comme des pouvoirs qui existent à l’échelle mondiale et qui négocient avec des États qui, eux, ne peuvent agir que sur leur territoire. Il y a donc déjà un rapport de force à leur avantage.
D’autre part, le génie est sorti de la bouteille : on a laissé ces entreprises prospérer, fusionner, on les a financées, on a créé des partenariats… Les États ont tout fait pour les rendre toutes puissantes, et aujourd’hui elles opèrent sur un mode pratiquement autonome. Quand je plaide pour leur dissolution, je me réfère aux nombreuses prises de position, de tous les spectres politiques, du tournant du XIXᵉ et XXᵉ siècle.
Aux États-Unis, des représentants politiques s’activaient pour faire voter une loi antitrust — les trusts désignant alors les multinationales. On voyait bien que l’industriel John Rockefeller, symbole de l’industrie pétrolière, allait faire chanter tout le monde et avoir la main sur le pétrole mondial avec sa société Standard Oil. On a essayé de le contenir, même si cela n’a rien donné car il a rusé en créant des filiales toutes liées au même actionnariat. Mais au moins, il y a eu des tentatives !
Par ailleurs, en France, Edgar Faure militait contre ces pouvoirs privés, notamment dans le domaine de l’énergie, qui pouvaient faire chanter les États. C’est à cet esprit que je reviens, en sachant qu’il est très tard… Mais en rappelant que ces personnalités qui défendaient les lois antitrust nous annonçaient, déjà à l’époque, ce que nous vivons maintenant.
Chez Reporterre, il n’y a ni actionnaire, ni propriétaire milliardaire : le média est à but non lucratif. Nous sommes financés à 98% par 1,6% de nos lectrices et lecteurs.





Le système Total, anatomie d’une multinationale de l’énergie est un documentaire choc librement inspiré de l’ouvrage De quoi Total est-elle la somme ? Multinationale et perversion du droit d’Alain Deneault publié aux éditions Rue de l’échiquier et Écosociété. Le documentaire est réalisé par Jean-Robert Viallet et Catherine Le Gall et produit par ARTE France et Morgane Productions – 2022
L’Emprise Total. Le pouvoir silencieux du géant du pétrole. Une série documentaire de quatre épisodes par Greenpeace France, 2021.
-
Le mal pour lui-même

Photo © Acadie Nouvelle – Archives Acadie Nouvelle
Par Alain Deneault
2 mars 2026Le mal pour lui-même
Ainsi, quelque cinquante millions de dollars sont attribués en subvention à la composante forestière du conglomérat Irving tandis que le gouvernement du Nouveau-Brunswick privera d’un montant équivalent son réseau scolaire, collégial et universitaire. De là à affirmer que les gens qui étudient, enseignent, accompagnent, éduquent… devront se priver, voire souffrir, pour enrichir encore un peu plus la sainte famille, il n’y a qu’un pas.
Certes, les subventions que les Irving touchent de la part de l’État du Nouveau-Brunswick ne proviennent pas du même budget que celui faisant l’objet de compressions. C’est d’un fonds d’aide aux entreprises éprouvées par les droits de douane états-uniens que provient la subvention controversée, quoique les bénéficiaires aient déjà congédié 140 employés en 2025. Mais, hormis ces distinguos technocratiques et comptables, le phénomène relève d’une constante. De leur propre aveu, les Irving concentrent dans des législations ultra-permissives des capitaux nullement imposés, tandis qu’ils profitent ici des terres de la Couronne, de subventions provenant de tous les budgets ainsi que d’investissements publics massifs dans des domaines aussi variés que la voirie, la sécurité, la justice et… l’éducation.
Lorsqu’il agissait comme critique en matière de Finances, le député vert Kevin Arseneau avait formellement milité pour que toute entité délocalisant des actifs dans les paradis fiscaux soit privée de subventions publiques. Ont refusé d’y donner suite les bleus, faisant une mine patibulaire, et les rouges, avec un sourire.
Capable de délocaliser massivement ses bénéfices ailleurs avant qu’ils ne soient imposés, le conglomérat est le contribuable le plus à même de jauger la part de ses revenus qu’il rendra imposables, à la manière d’un client qui fixerait lui-même le prix de la marchandise. Dans une logique stricte d’intérêt, l’important serait pour Irving de financer l’État afin de le rendre apte à fournir strictement les services nécessaires. Passé cela, ce serait une perte d’argent.
C’est une hypothèse. Elle mérite qu’on s’y penche sérieusement.
Il a été longtemps possible de railler la famille aux allures rêches en tant qu’illustration parfaite de L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme, célèbre étude du sociologue Max Weber publiée au début du xxe siècle. On l’imagine, dans l’esthétique froide qu’elle adopte, contempler sa montagne d’or en se persuadant d’y célébrer le reflet de son éthique de travail, sa conduite puritaine et son esprit supérieur.
Mais la caricature tourne court. Elle ne porte pas.
Plus juste peut-être, et plus inquiétante encore, la représentation audiovisuelle de l’évitement fiscal que donnait en 2017 l’organisation Oxfam (« Évasion fiscale : un hold-up de nos services publics »). Dans une ambiance ténébreuse de film d’aventure, on y voyait des criminels masqués entrer par effraction dans un hôpital et voler tout le matériel médical, au point, par moments, de conduire à la mort d’infortunés patients. Le message : l’évitement fiscal tue. En tous les cas, il conduit à la perte de nombreuses personnes qui participent autant à la vie publique que la famille retranchée dans ses beaux quartiers ou son site de villégiature.
Autre élément du message : l’évitement fiscal se fait sciemment au détriment des services publics et de la capacité des citoyens à se donner des institutions dignes. On ne peut le commettre qu’intentionnellement lorsqu’on en connaît les conséquences désastreuses pour le plus grand nombre. L’indice qui ne trompe pas concerne le taux de mortalité infantile ou encore l’évolution de l’espérance de vie. Ce sont de telles données qui ont permis à l’anthropologue Emmanuel Todd de prédire jadis l’effondrement de l’URSS, et aujourd’hui celui de l’Occident.
Avec mes étudiantes et étudiants, nous nous mesurons cette année aux livres moralement exigeants de Pierre-Henri Castel, Le Mal qui vient (Cerf, 2018) et Pervers (Ithaque, 2014). Ces essais suggèrent que nous souffrons collectivement de notre incapacité à penser le Mal. Pas seulement le mal, ce qui est mal au sens de ce-qui-n’est-pas-bien, ce qui accuse une carence de bonté, ce qui fait l’impasse sur les critères élémentaires de ce qui est bon… Mais le Mal lui-même, le Mal pour lui-même. Ce philosophe des sciences et psychanalyste dit trouver la motivation d’écrire ses livres du fait de sa « consternation devant le mélange de facilité intellectuelle et de timidité morale, voire de niaiserie qui règnent quasiment sans partage quand on aborde aujourd’hui la question du Mal. » Il souhaite « attirer l’attention sur la pauvreté débilitante des réflexions dont on nous abreuve à ce propos ».
Quelques lignes ne peuvent en rien suppléer l’expérience de lecture stupéfiante que représentent ces deux livres. Relevons-en seulement quelques traits saillants, à savoir que nous errons en pensant le mal par des termes privatifs, comme l’in-justice, l’a-nomie ou l’in-humanité, comme si tout acte devait d’abord s’en référer à la justice, à la loi ou à l’humanisme, pour être présenté ensuite comme s’en éloignant plus ou moins. Ce rapport candide au bien, que l’on retrouve jusque chez Emmanuel Kant, par exemple, nous prive de la possibilité d’admettre que des acteurs, notamment riches et puissants, peuvent sciemment faire le Mal. Jubiler en s’y consacrant. Jouir de la destruction, de la privation, de la pollution. Le Mal ici ne tient plus d’une carence de bien, mais d’un dessein à proprement parler, mû par ce que la psychanalyse a appelé la pulsion de mort, et que des économistes chevronnés comme Bernard Maris et Gilles Dostaler ont associé déjà à notre régime productiviste (Capitalisme et pulsion de mort, Albin Michel, 2009).
Pis, pour l’auteur, le Mal pour lui-même n’est pas principalement une affaire de sujets. Il n’y a pas tant de prédispositions au Mal chez certaines personnes que de contextes historiques le favorisant. Le nôtre en est. La perte de repères éthiques, le vacillement des institutions sociales, le sentiment que la pollution et le réchauffement climatique précipitent le monde vers sa fin contribuent à rendre les gens cyniques, pervers et violents, tant ils deviennent désespérés. Plus nous laissons faire, plus nous contribuons à un monde du laisser-faire…
-
Entrevue avec le peintre et cinéaste Martin Bureau
Entrevue avec le peintre et cinéaste Martin Bureau par Nathaniel Bronner à l’émission Dans les airs sur les ondes de CHOQ.ca concernant son film Plus rien n’est égal par ailleurs dans lequel figure Alain Deneault et qui est présenté dans le cadre du Festival International du Film sur l’Art jusqu’au 29 mars 2026. La mention du travail de collaboration avec Alain Deneault en tant que créateur débute à 22 min 28 sec. Durée de l’entretien : 60 min – 19 mars 2026
« J’ai dit à Alain je t’interpelle en tant que créateur non pas en tant que spécialiste ; toi ton médium c’est la pensée, les mots et moi mon médium c’est l’image cinématographique, faisons se rencontrer ces médiums-là. » – Martin Bureau
« […] Je voulais que le film ne finisse pas comme un crash, je voulais qu’il y ait une forme d’élan et c’est Alain qui nous le donne, à savoir qu’il fait un appel à prendre soin de son territoire et de sa communauté […] » – Martin Bureau
Plus rien n’est égal par ailleurs sera présenté le 19 avril 2026 dans le cadre du Festival Cinéma du Monde de Sherbrooke à la Maison du cinéma.

Martin Bureau – Photo © Guillaume D. Cyr 
Alain Deneault – Photo © Audet Photo
-
L’hopium du peuple par Josée Blanchette
« Tout peut sembler futile, face à la fin du monde. » Cette phrase de Nicolas Langelier me hante depuis la minute où je l’ai lue. Et je l’ai lue plusieurs fois. En fait, elle semble banale comme ça, un peu cliché, mais elle résume mon état d’esprit des dernières années. Nos angoisses de nantis me laissent de glace, nos « first world problems », nos guéguerres insignifiantes pour un Oui ou pour un Non, nos hosties de chicanes sur un voile ou sur un troisième lien. Cry me a river. Enfin, s’il reste de l’eau pour pleurer, c’est plutôt ça qui m’inquiète.
Je ne suis pas la seule à m’en soucier. J’ai lu deux fois plutôt qu’une l’essai choc du journaliste Nicolas Langelier, fondateur et rédacteur en chef de la revue Nouveau Projet, Ce qu’on trouve dans la cendre. À chacune des parutions de cet ovni du magazine, je me précipite sur son texte d’introduction, une réflexion de fond écrite au grand-angle par une plume douloureusement intelligente. Ce type d’intelligence condamne inévitablement à une lucidité de cassandre, de vigie isolée au sommet de son mât. Et à une solitude certaine.
Son livre, paru il y a un mois, n’a pas reçu beaucoup d’échos dans les médias, et pour cause. On n’y retrouve pas le mot « espoir », « joie » ou « bonheur » sur une couverture rose brillante. Ce même bonheur qui fait couler de l’encre depuis une semaine. Pas que je sois contre, notez ! Mais nul n’est une île, comme disait l’autre.
[…] Savouré l’essai Ce qu’on trouve dans la cendre. Lire Langelier me fait toujours du bien. Je préfère de loin l’implacable vérité des faits à l’onction gel-bain d’un optimisme qui nous a tous mis dans un pétrin suicidaire. J’ai perdu des amis, je me suis éloignée des prophètes de félicité, et je préfère de loin des cassandres, comme Langelier, le philosophe Alain Deneault, le généticien David Suzuki ou le biologiste Olivier Hamant, qui ne se feront ni élire ni apprécier davantage pour leur propos. Ils ont la grande qualité de ne jamais avoir lâché le morceau. Ce livre nous incite à nous rallier pour nous adapter à la suite des choses. Et, comme le disait récemment Alain Deneault dans une entrevue : « On est très compétents pour une chose : on sait très bien ne rien faire. »
-
L’urgence de décroître, selon le philosophe Alain Deneault

Photo © Kim Bouchard Entretien avec Alain Deneault par Marie-Louise Arsenault à l’émission Tout peut arriver sur Radio-Canada avant la première mondiale du film de Martin Bureau Plus rien n’est égal par ailleurs présenté dans le cadre du 44e Festival International du Film sur l’Art le 18 mars dernier.
Le film sera également présenté au Musée national des beaux-arts du Québec le 21 mars 2026 et sera disponible en ligne du 20 au 29 mars 2026 sur ARTS.FILM. Durée de l’entretien : 19 minutes – 14 mars 2026

« Face aux crises mondiales et au pouvoir démesuré des multinationales, le sentiment d’impuissance nous guette. Pourtant, le philosophe Alain Deneault invite à changer de perspective. De passage pour la première du documentaire Plus rien n’est égal par ailleurs, l’essayiste déconstruit l’illusion d’une économie dictée par les marchés.
« Le capital n’est jamais aussi fort que lorsqu’il a devant lui des gens atomisés. » — Une citation de Alain Deneault
Dans un système où la recherche infinie de profit détruit notre monde fini, Alain Denault prône une décroissance assumée.
« La croissance, c’est l’indécence. Et la décroissance, c’est la décence. » — Une citation de Alain Deneault
L’intellectuel explique que, pour vaincre le désarroi alimenté par l’individualisme et le capitalisme, il faut ramener la géopolitique à l’échelle régionale, et bâtir des communautés solidaires locales. » – Tout peut arriver, Radio-Canada





Extraits de cet entretien créés par Protec-Terre 
-
Extraits de la discussion avec Martin Bureau et Alain Deneault après la projection du film «Plus rien n’est égal par ailleurs».

Voici des extraits de la discussion avec le réalisateur Martin Bureau et le philosophe Alain Deneault après la projection du film Plus rien n’est égal par ailleurs présenté le 18 mars 2026 à l’Office national du film du Canada à Montréal dans le cadre du 44e Festival International du Film sur l’Art.
« Présenté en première mondiale, Plus rien n’est égal par ailleurs est une expérience visuelle et sonore aux confins de la vidéo d’art, du documentaire et du vidéoclip. À travers un travail de montage mêlant images de grande précision et interventions mises en scène du philosophe Alain Deneault, ce film-essai est un appel à la prise de conscience de la nécessité de la solidarité communautaire et territoriale, face à l’individualisme et à l’exultation consumériste. » – Festival International du Film sur l’Art

Photo : Office national du film du Canada (ONF) – Une image tirée du documentaire «Plus rien n’est égal par ailleurs»
Interventions d’Alain Deneault et Martin Bureau au début de la discussion après la projection du film Plus rien n’est égal par ailleurs – Durée: 4 min 44 sec Intervention du réalisateur Martin Bureau lors de la discussion après la projection du film Plus rien n’est égal par ailleurs – Durée: 1 min 54 sec
Intervention d’Alain Deneault lors de la discussion après la projection du film Plus rien n’est égal par ailleurs – Durée: 5 min 50 sec
-
«Plus rien n’est égal par ailleurs»: avant le «crash»…

Photo © Office national du film du Canada (ONF). Une image tirée du documentaire «Plus rien n’est égal par ailleurs», de Martin Bureau, dont la première est présentée dans le cadre du FIFA, le 18 mars.
Le Devoir
Par Stéphane Baillargeon
18 mars 2026Le nouveau documentaire du peintre et cinéaste Martin Bureau, Plus rien n’est égal par ailleurs, s’ouvre sur un plan fixe montrant une route de campagne québécoise, témoin de plus d’un aménagement minable du territoire. L’asphalte ondule, les poteaux électriques penchent dangereusement, les lampadaires ne semblent pas alignés. Deux colonnes de motos surgissent en haut de la colline. Les motards vont se faire asperger d’eau bénite. Après, ils feront patiner leurs pneus pendant que défileront des images de démolition d’une église.
On verra ensuite un cimetière d’autos, des sites de traitement des déchets, des cargos de conteneurs, un rave, une soirée de lutte, un derby de démolition, des feux d’artifice, un casino, des incendies, des glaces en mouvement. Entre plusieurs images très fortes, accompagnées d’une musique nerveuse, l’essayiste Alain Deneault intervient quelques fois pour critiquer la marche du monde capitaliste et extractiviste, qui va vers sa perte puisque notre besoin de consolation matérielle semble impossible à assouvir.
Ainsi va le film Plus rien n’est égal par ailleurs. L’œuvre radicale est présentée en première mondiale et en compétition le 18 mars au Festival international du film sur l’art (FIFA).
« Ce nouveau film est une continuité de pratiquement 30 ans de pratique en peinture d’installation », explique en entrevue le peintre et réalisateur Martin Bureau. Son documentaire précédent, intitulé Les murs du désordre, portait sur les barrières étatiques érigées entre Israël et la Palestine ou les États-Unis et le Mexique. Il a nécessité six ans de travail, jusqu’en 2019. Le nouveau projet est mis en chantier l’année suivante, en pleine pandémie.
« Je voulais travailler de manière plus métaphorique, en m’ancrant moins dans le réel, en ouvrant les vannes comme dans ma pratique en peinture. Je voulais dresser une sorte d’état du monde avec une fable visuelle très ouverte, en mêlant beaucoup de sujets. Filmer Les murs avait été très compliqué, et j’avais aussi envie de montrer des gens qui avaient envie de se faire filmer. J’avais envie d’exulter avec eux, de voir ce que ça allait donner pour créer une matière métaphorique. »
Le texte intitulé « Gaïa vit son moment #MeToo », publié dans le média français Libération par Alain Deneault une semaine après le début du grand confinement pandémique, a conforté l’artiste dans son choix. Le philosophe y disait que la lucidité et la gaieté sont « nos dispositions psychiques maîtresses pour l’avenir » et que l’« une sans l’autre est mortifère ».
L’infiniment moyen
L’essayiste est assis dans un fauteuil rouge, mais il parle seul. Le penseur avait consulté une maquette presque terminée du film et devait la commenter. « Nous l’avons filmé pendant deux ou trois heures en tournant autour de lui, raconte encore Martin Bureau. Il a livré un monologue intérieur construit à partir d’une réaction créative au film. C’était comme un jam de philo. »

Photo © Office national du film du Canada (ONF). L’essayiste Alain Deneault dans le documentaire «Plus rien n’est égal par ailleurs»
Alain Deneault reprend l’idée de la participation jazzée. Il ajoute une référence à Jean-Luc Godard, pour qui la caméra montre l’« infiniment moyen », alors que le microscope regarde l’infiniment petit et que le télescope regarde les espaces infinis.
« La caméra nous fait voir ce que nous ne voyons pas dans la distraction du quotidien, dit M. Deneault, joint au Nouveau-Brunswick. Martin nous montre des choses que nous sommes obligés de voir grâce à son appareillage et à sa technique. Dans ce contexte, j’étais heureux d’être dans une position d’accompagnement, et non dans une position de surplomb où l’image illustrerait simplement un texte.»
Beaucoup d’images vues du ciel (merci aux drones !) rappellent le travail du photographe et vidéaste Edward Burtynsky. Celles à l’horizontale peuvent évoquer Koyaanisqatsi (1982), qui montrait « la beauté de la bête » technoproductiviste sur fond de musique minimaliste.
Tout ça pour quoi et pour qui maintenant, avec Plus rien n’est égal par ailleurs ? Le film est pour ainsi dire nécessairement engagé dans l’exposition et l’illustration des conséquences de notre mode de vie qui consume le monde en le consommant.
« Nous vivons une période inouïe, au sens fort du terme, dit Alain Deneault, qui a beaucoup écrit sur le capitalisme extractiviste. Ce que nous vivons est un dérèglement structurel du vivant lui-même : du climat, des écosystèmes, des conditions qui rendaient possible la vie telle que nous la connaissions. Ce qui était autrefois stable devient lui-même événement. Les cours d’eau changent, des territoires deviennent inondés ou asséchés, l’eau potable disparaît parfois en une génération. C’est inédit dans l’histoire humaine. »
Le cinéaste confie se méfier un peu de l’étiquette d’art engagé, qui « donne un air sérieux, au-dessus de la mêlée ». Il souhaite que « des gens qui possèdent trop de choses » puissent voir son film pour peut-être réfléchir à la spirale destructrice dans laquelle nous sommes tous enfermés.
« J’essaie de confronter la lucidité avec une forme d’exultation nihiliste, dit le cinéaste quand on lui demande de résumer son propos. On est tous conscients de la situation du monde : l’information est partout. Mais on continue malgré tout. Je respecte les sujets filmés individuellement. La critique s’adresse au système dans son ensemble, avec une charge visuelle et sonore brute. Comme en arts visuels, je veux transmettre un effet, une émotion. »
Plus rien n’est égal par ailleurs
Documentaire de Martin Bureau.
Présenté dans le cadre du Festival international du film sur l’art
à la salle Alanis-Obomsawin, à l’Office national du film du Canada,
le 18 mars à 19 h 30
et au Musée national des beaux-arts du Québec le 21 mars à 15 h 10.
Disponible sur arts.film du 20 au 29 mars.
Les projections seront suivies d’une discussion
avec Martin Bureau et Alain Deneault.
-
Notre responsabilité dans la destruction du monde

Photo © Jonathan Hayward – La Presse canadienne Acadie Nouvelle
Par Alain Deneault
13 février 2026Notre responsabilité dans la destruction du monde
Une historienne de l’Université Harvard et son collègue de la Nasa citent presque explicitement les projets hasardeux dans lesquels se lancent des entreprises soutenues par l’État du Nouveau-Brunswick. Naomi Oreskes et Erik Conway évoquent de tels chantiers dans leur livre L’Effondrement de la civilisation occidentale (Éditions Les Liens qui Libèrent, 2020).
Ces chercheurs signent là un livre d’histoire particulier, au futur antérieur. Ils s’imaginent depuis les États-Unis comment, en 2093, des historiens comme eux en viendront à expliquer l’extraordinaire débâcle climatique, biologique, agraire et industrielle de notre civilisation.
Première conjecture : leur étonnement portera sur le fait que les sociétés occidentales, un siècle auparavant, étaient pleinement informées des torts graves et irréversibles qu’elles causaient aux écosystèmes, à l’intégrité territoriale ainsi qu’à la stabilité du climat. Le Giec sera évidemment cité, cet organe intergouvernemental qui nous met en garde contre nous-mêmes maintenant depuis des décennies, mais aussi des documents remontant jusqu’aux années 1960 sur le caractère écocide d’agents polluants requis par l’industrie.
Les auteurs mentionneront la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique (CCNUCC) de 1992, qui appelait un tournant dans les pratiques d’exploitation et un réfrènement des appétits financiers. Puis ils s’étonneront, consternés par « l’aspect le plus ahurissant de cette histoire », soit « à quel point ils en savaient long et combien ils étaient inaptes à agir en fonction de ce qu’ils savaient ». Lorsque les historiens écriront « ils », le pronom servira à nous désigner, nous aujourd’hui. Nous, depuis 1992.
Le court traité d’histoire rappellera des événements de la décennie 2010 que nous avons d’ores et déjà traversés : les canicules meurtrières et les incendies de forêt, les ressacs météorologiques provoqués par le changement climatique, les crises agricoles et les colonnes de réfugiés climatiques. Ajoutons les maladies, les zoonoses.
« Mais l’ombre de l’ignorance et du déni s’était abattue sur ceux qui se croyaient les enfants des Lumières », analyseront-ils. Nous avons raté l’échéance, prétextant toujours un doute scientifique sur la validité des signaux d’alarme, et tablant sur des fenêtres d’opportunité imaginaires pour lancer de nouveaux chantiers industriels.
Nous serons à même en 2093 de mesurer l’état du saccage ayant corrompu notre habitat naturel. L’extrême droite cherchera encore des boucs émissaires pour se dédouaner, l’extrême centre continuera de se considérer attitré à régler le problème sans précédent qu’il aura pourtant lui-même engendré, tandis que la gauche écologiste se culpabilisera d’avoir été incapable de convaincre son prochain de l’importance de ses discours annonciateurs.
Nous. Maintenant.
Lorsqu’on fait partie d’une petite communauté, lorsqu’on se fait dire – par exemple au Nouveau-Brunswick – que nous formons un peuple d’assistés bons qu’à exploiter des richesses naturelles pour les faire transformer à l’extérieur, on a tendance à se croire hors de l’histoire. Les événements et les responsabilités politiques se laissent tout au plus regarder à la télévision et commenter sur Facebook. Aux métropoles et capitales d’assumer seules les décisions.
Or, oui, le livre d’Oreskes et Conway nous pointe du doigt. Il évoque à plusieurs endroits le Canada, ses décisions politiques et son influence délétère sur la capitulation des sociétés occidentales devant le désastre annoncé lors de cette année 1992. Des États ont alors encouragé plus que jamais l’exploitation d’énergies fossiles tout en finançant des études indiquant à quel point la combustion de cette ressource représentait une menace pour le climat.
« Deux des [pays les] plus prospères du monde sont au cœur de cette énigme : les États-Unis et le Canada ». En effet, au début du XXIe siècle, « les autorités canadiennes ont entrepris d’inciter au développement des énormes gisements de sable bitumineux de l’Alberta ». Un « enthousiasme pour le gaz de schiste avait aussi saisi le Canada », lit-on plus loin. Le Canada est encore mentionné parmi les pays réfractaires à abandonner le charbon. Les années Harper en particulier sont citées pour expliquer la « volte-face » de l’Occident dans sa prétendue lutte aux changements climatiques. Mais nous n’en sommes jamais sortis, les libéraux avalisant cette approche, mais avec un sourire.
Il n’est pas étonnant que ce soit ici aussi qu’on fasse les frais de ces politiques irresponsables. Le livre d’histoire prospectiviste raconte que « l’expansion des populations d’insectes détruisit de vastes étendues de la forêt au Canada » aux environs de 2050. Les changements de température expliquent aussi la fusion des États-Unis au Canada, la population devant désormais se concentrer bien au nord du continent.
Et nous, humbles Néo-Brunswickois, là-dedans ? Nous pouvons nous targuer de « faire notre part ». D’être pleinement de ce Canada qui mène le monde aux abîmes. D’en rajouter, incapables de transcender les petits intérêts de l’heure, nous, candides et conformistes, dans le pire des cas cyniques et pervers.
La mine de pouzzolane envisagée à Dalhousie risque fort de nuire aux baleines de la baie des Chaleurs, aux saumons des rivières ainsi qu’à la qualité de vie des habitants. L’extension des bleuetières dans la Péninsule acadienne contribue au saccage des trop rares forêts. Une firme compte raser plus avant les tourbières millénaires de l’île de Lamèque, nous privant de nos derniers puits de carbone.
Au Sud, dans la région de Tantramar, le gouvernement entend autoriser une entreprise des États-Unis (!) à construire une centrale électrique, gourmande en eau, fonctionnant au gaz et au diesel au détriment du climat, et ce, tout en gênant la faune sauvage. Elle alimentera fort probablement l’énergivore centre de mégadonnées que se propose d’autoriser l’État dans la région de Saint-Jean, là aussi pour favoriser le capital plutôt que les gens. Le tout en subissant la gloutonnerie du clan Irving, les Jacks-L’Éventreurs de la forêt, voulant toujours raser un peu plus haut, un peu plus loin. Les peuples autochtones restent à la marge, la décroissance un tabou, la biorégion une utopie.
C’est dans une perspective historique qu’il convient de considérer cette idéologie d’entreprises avides et de leur État complaisant.







-
Applaudir Mark Carney et faire fi de notre aliénation collective
Le Devoir
Section Opinion-Idées
Par Alain Deneault
27 janvier 2026Applaudir Mark Carney et faire fi de notre aliénation collective
Ce n’est pas là une façon de résister à Trump, mais de faire du sous-Trump entre moyennes puissances.
Dans le contexte où l’empire états-unien menace d’envahir militairement le Canada, raille ses représentants, s’ingère politiquement, le met à genoux commercialement et pèse sur la moindre de ses décisions… nous avons eu droit, à Davos la semaine dernière, à un discours de grande envergure, comme peu de premiers ministres canadiens en ont prononcé dans l’histoire. Mark Carney habitait son allocution, articulait ses idées, pensait ce qu’il disait et disait ce qu’il pensait.
Comme marqueur historique, son discours permettait de mesurer à quel point les temps ont changé, d’autant plus qu’il traitait lui-même de cette question. Elle apparaissait soudainement lointaine, l’époque où la gauche dénonçait le rituel de Davos lui-même, cercle officieux des dominants planétaires issus du secteur privé comme public. Les premiers cooptaient à cette occasion les seconds pour qu’ils réalisent le dessein d’une mondialisation financiarisée.
Aujourd’hui sidérés par la mégalomanie belliqueuse du président états-unien, la régression militariste de la Russie et la violence génocidaire perpétrée par l’État d’Israël à Gaza, les progressistes semblent considérer ne plus avoir le luxe de pérorer sur le bien-fondé de l’exercice politique hivernal tenu en Suisse. On oublie même l’avoir déjà vertement critiqué.
Sur cette scène, pour percutant qu’il fût, le discours du premier ministre n’en reste pas moins éminemment critiquable. Notre leader nous invite à passer à table, pour éviter « d’être au menu », mais nous ne faisons pas tous partie de ce « nous ». Tous n’ont pas les moyens de compter parmi les commensaux.
C’est pourquoi les holà ! sous lesquels Mark Carney a été reconnu comme le héraut des moyennes puissances étatiques — ou leur héros ? — dissimulent mal un état d’aliénation collective. Nous voici encore — ce qui n’a rien de bien historique cette fois —, nous, peuples, en train d’applaudir une proposition prétendant au bien commun, alors qu’elle défend en réalité seulement des intérêts bien particuliers. C’est toujours en cela que consiste l’aliénation : abuser de collectivités en les intégrant à un schème vicié comme si celui-ci, en définitive, les servait.
En cela, le premier ministre Carney a réalisé à Davos un tour de prestidigitation. Il a fait passer pour un acte d’affranchissement national une série de projets ou de réalités qu’on décriait il y a peu. Relisons le passage qui constitue le fondement de tout son édifice rhétorique : « Nous avons [au Canada] réduit les impôts sur le revenu, les gains en capital et les investissements des entreprises, nous avons supprimé tous les obstacles fédéraux au commerce interprovincial et nous accélérons la mise en œuvre d’investissements de 1000 milliards de dollars dans les domaines de l’énergie, de l’intelligence artificielle et des minéraux critiques », en plus du doublement des dépenses militaires.
Qui bénéficiera de tels chantiers ? On ne saurait répondre : « tout le monde », à moins de croire béatement en la théorie du « ruissellement ». Ce piège intellectuel vieux de 40 ans consiste à faire croire que les classes pauvres et moyennes ne s’enrichissent que si elles laissent, au sommet, les opulents battre des records de prospérité. Tous savent qu’il ne se trouve tout au plus que des miettes sous la table : quelques emplois, peut-être, au prix d’un important dévoiement des fonds publics.
Passons une à une les mesures publiques préconisées.
Doit-on encore insister sur le tort que représente le faible revenu que l’État tire de l’impôt sur les grandes entreprises ? Ce phénomène occasionne des conséquences graves sur l’accès au logement, l’école, les soins de santé, le soutien aux arts et la garantie de programmes sociaux. En outre, la moitié des gains financiers sont toujours exempts d’impôts, ce qui n’est pas le cas du salaire des travailleurs, lesquels contribuent pourtant davantage à l’entraide sociale.
Ensuite, les investissements dans le domaine de l’énergie vont à l’encontre de tous les engagements de l’État depuis plus de dix ans en ce qui a trait aux perturbations climatiques. Sur ce point, les canicules et innombrables incendies de forêt survenus au Canada ces derniers étés ne semblent pas faire sourciller un brin l’État fédéral. Officiellement destinée à l’exportation, du moins en partie, cette énergie, notamment celle écocide provenant de l’Alberta, ne répond pas à un projet d’autonomie énergétique, contrairement à ce que laisse croire le discours aux accents sophistiques.
En ce qui concerne les minerais stratégiques, on les sait destinés à la filière militaire ou dans la bulle spéculative entourant le virage électrique. Sur ce dernier point, on sait que les nouvelles énergies dites « vertes », comme les voitures électriques, requièrent des minerais de pointe tellement polluants à extraire qu’elles annulent les bénéfices écologiques de leur usage.
La mal nommée « intelligence artificielle », très polluante elle aussi, achèvera d’automatiser mille et une tâches requises sur ces chantiers et auprès de leur administration, de telle sorte qu’ils se révéleront pauvres en création d’emploi.
On pourrait poursuivre ainsi longuement. Notamment à propos des dépenses militaires, plutôt que dans des postes de dépense socialement pertinents.
Pour réaliser un programme qui aurait provoqué une levée de boucliers il y a encore quelques mois, le premier ministre canadien a profité de l’état de sidération de sa population face aux rodomontades du matamore voisin. Mark Carney, ex-banquier amateur de paradis fiscaux, s’est aussi délesté de toute contrainte écologique, en suspendant la portée des lois fédérales visant à protéger l’environnement, pour l’État comme pour les entreprises.
Ce n’est pas là une façon de résister à Trump, mais de faire du sous-Trump entre moyennes puissances prétendant abusivement à la respectabilité.
-
Comment se préparer au monde qui vient ?

Comment se préparer au monde qui vient ? Entretien avec Alain Deneault et Pablo Sévigne par Anne-Cécile Bras, animatrice de l’émission C’est pas du vent sur les ondes de Radio France Internationale (RFI). Durée : 48 min 30 sec – 15 janvier 2026
« Nous sommes entrés dans une zone de turbulences. Les secousses ce sont les sécheresses, les inondations, les mégafeux et autres événements extrêmes qui rendent notre environnement incertain. C’est aussi l’émergence de dirigeants aux propos et aux actions inimaginables jusqu’à peu. Faut-il les citer ? L’accroissement des inégalités qui attise la haine, la circulation des infox qui détourne des réalités du monde… » – C’est pas du vent
« Je présente l’émission C’est pas du vent depuis 17 ans et je peux vous dire que tout ce que nos invités ont annoncé dans cette émission se concrétise plus vite et plus fort que ce qu’ils avaient prévu. La tentation est forte de fermer ses yeux et ses oreilles en attendant que ça passe. Mais ça ne passera pas… Alors autant se préparer à affronter les tempêtes ! Nos deux invités portent un regard lucide sur le monde dans lequel nous vivons et ils ont des solutions concrètes et à la portée de chacun d’entre nous à nous proposer. Je vous propose de les écouter et j’espère qu’à la fin de cette émission, vous serez un peu réconfortés. » Anne-Cécile Bras.


Pablo Servigne – Photo © Jérôme Panconi et Alain Deneault – Photo © Audet Photo
Avec Pablo Servigne, agronome et docteur en Biologie. Il est spécialiste des questions d’effondrement, de transition, d’agroécologie et d’entraide pour l’ouvrage Le réseau des tempêtes, manifeste pour une entraide populaire, paru aux Liens qui libèrent. → Le site Le réseau des tempêtes.
Alain Deneault, philosophe pour Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï, paru chez Lux Editeur.

Anne-Cécile Bras, animatrice de l’émission C’est pas du vent sur RFI
-
Citations d’Alain Deneault sur Ouest-France

Plusieurs citations tirées des essais La médiocratie et Faire l’économie de la haine d’Alain Deneault se retrouvent sur le site Citation du jour, un site géré par Beweb en partenariat avec le journal Ouest-France.
« La plateforme Ouest-France se classe à la 1e place du classement global des médias d’actualité les plus visités en France, en novembre 2025, avec 220 millions de visites par mois (sites web fixes, sites mobiles, sites AMP et applications), source ACPM. » – Ouest-France
Citations tirées de l’essai La médiocratie d’Alain Deneault publié chez Lux Éditeur







Citations tirées de l’essai Faire l’économie de la haine d’Alain Deneault publié aux Éditions Écosociété




-
Changement de culture: Gagner moins

Le Mouton Noir
Par Aimée Lévesque
Décembre 2025Je veux gagner moins d’argent. J’en gagne trop comme prof de cégep1. À 100 000 $ par année (si je travaillais à temps plein), je fais partie des 10 % les plus aisés2. C’est bien assez.
« Mais tout le monde veut faire plus d’argent! »
Pas forcément; surtout si on fait partie des mieux nantis, ne devrait-on pas prendre du recul pour réfléchir à la course à l’accumulation qu’on nous a rentrée dans la tête et qu’on mène souvent à l’aveugle? L’empreinte carbone d’un individu augmentant selon le quintile de revenu de son ménage3, sa responsabilité augmente d’autant.
Dans les mots d’Alain Deneault, « on n’est pas à l’ère de l’abondance, mais à l’ère de l’hypothèque4 »; ainsi le ménage canadien moyen est endetté à 177 % de son revenu disponible5. Pas étonnant : le chercheur Kôhei Saitô signale que la spirale de la domination du capital et de l’endettement s’autoalimente, par exemple à cause de notre travail, « [n]ous ne pouvons plus consacrer de temps aux tâches ménagères ou à la réparation de nos biens, ce qui rend les marchandises encore plus importantes6 ». J’ai plutôt envie, suivant Serge Latouche, de « résister à l’engrenage de l’accumulation illimitée et ne pas [me] laisser prendre dans le cycle infernal des besoins et du revenu7 ».
Je souhaite « travailler moins pour vivre mieux », du titre de l’essai de la philosophe Céline Marty8 – et faire que ma collectivité vive un peu mieux. Lorsque je travaillais trois jours semaine, loin de manquer d’argent, j’étais à l’aise : j’avais le temps de cuisiner les légumes de notre panier (qui ainsi ne se gaspillaient plus); je bénévolais; je faisais des activités (presque) gratuites avec mes proches, comme coudre, jouer au Rummy, jaser. Le troc s’installait doucement : je t’apporte des muffins, tu m’apprends à enfiler ma machine, je partage mes légumes, tu me prêtes ta corde à linge. J’ai trouvé « un compromis transitoire : travailler moins, dans des conditions moins stressantes, accomplir une activité laborieuse mais qui intègre éventuellement une part […] d’action politique9 ».
Sortir des échanges marchands est selon moi le nœud de l’affaire dans le changement de culture à mener face à la crise écologique : ainsi nous aurons « moins de biens, mais plus de liens10 ».
J’aime imaginer ce qui se passerait si, après avoir pris le temps de nous auto-organiser, on arrêtait de travailler, n’ayant plus besoin de « gagner notre vie » [sic]… Il faut sortir la tête du guidon de la productivité, enclencher un processus d’autonomisation, augmenter notre résilience individuelle comme collective.
On fait quoi?
On donne, on reçoit (l’Accorderie Rimouski-Neigette existe pour ça). On emprunte (au voisin, à l’Outillerie). On s’entre-enseigne l’autonomie (aux cafés réparations).
On calcule combien on a besoin pour vivre dignement. Si on peut réduire, on essaie.
On lit / on écoute
Tous ces livres et disques qu’on – ou la bibliothèque, ou une amie – possède déjà.
1. Une prof qui a cumulé assez d’années à temps complet pour pouvoir demander une réduction de tâche et qui a atteint son dernier échelon possible. Rien à voir avec la situation des précaires, qui doivent tout accepter (parfois du temps plus que plein) pour conserver leur rang dans la liste d’ancienneté et espérer une tâche à la session suivante.
2. Au Québec, lorsqu’on gagnait 104 800 $ avant impôts en 2022, on faisait partie des 10 % (Statistique Canada, Les déclarants à revenu élevé, au Canada, seuils régionaux particuliers, 2024).
3. Institut de la statistique du Québec, Empreinte carbone des ménages selon le quintile de revenu avant impôt, 2019, 2025.
4. « Les médiocres ont pris le pouvoir et conduisent le monde à sa perte », balado Élucid, 23 novembre 2024.
Les médiocres ont pris le pouvoir et conduisent le monde à sa perte – Entretien avec Alain Deneault par Olivier Berruyer sur la chaîne Elucid – 23 novembre 2024 5. Statistique Canada, Indicateurs du service de la dette des ménages, comptes du bilan national, 11 septembre 2025.
6. Moins! La décroissance est une philosophie, trad. Jean-Christophe Helary, Éditions du Seuil, 2024 [2020], p. 225.
7. Travailler moins, travailler autrement, ne pas travailler du tout, Éditions Payot & Rivages, 2021, p. 101.
8. Dunod, 2021.
9. Ibid. J’ai enlevé « de méditation et », qui ne servait pas ici mon propos.
10. Slogan associé à la simplicité volontaire.




-
Use et abuse au Théâtre La Rubrique

Photo © Maxim Paré Fortin La création pluridisciplinaire Use et abuse produite par Carte blanche avec Christian Lapointe et Alix Dufresne, inspirée par la vidéoconférence d’Alain Deneault Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art, sera présentée au Théâtre La Rubrique le 16 janvier 2026.
« Artistes québécois·e·s à la parole déliée et vive, Alix Dufresne et Christian Lapointe s’emparent de la vidéoconférence intitulée Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art donnée par le philosophe Alain Deneault en 2021 et tirée de son livre L’économie esthétique. À l’invitation de l’Association acadienne des artistes professionnel·le·s du Nouveau-Brunswick, cet exposé tente de montrer comment le capitalisme maintient sous pression les artistes et les incitent à devenir rentables. Les deux artistes proposent une performance déjantée et incisive avec, comme toile de fond et projetée sur écran, la prise de parole controversée du philosophe. Elle et il y mettent en jeu la notion de marchandisation et les mécanismes de détournement de l’art, et ce, par la création d’un encan de JNF (NFT) fabriqués en direct devant public. Leurs corps deviennent outils de création, mais aussi paradoxalement de promotion et de contestation : chair brutalisée par l’économie de la culture en quête d’une réappropriation de l’agentivité propre à la pratique de l’art.
Initié par le metteur en scène et acteur Christian Lapointe, USE ET ABUSE vient clore la résidence d’Alix Dufresne en tant qu’artiste associée à l’USINE C de 2022 à 2025. Ici les deux artistes donnent corps à une forme hybride, à la fois ludique, performative et politique, laissant place à l’imprévisible à chaque représentation.


Use et abuse
Création initiée par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
et inspirée de la conférence d'Alain Deneault
Une production de Carte blanche
Théâtre La Rubrique
4160 Rue du Vieux Pont, Jonquière, Québec G7X 7V8
16 janvier 2026 - 20 h
Durée 1 h - Billetterie ici
Traumavertissement
Cette œuvre contient des scènes de nudité, de violence et de sexualité.
Elle peut heurter la sensibilité de certain·es spectateur·trices.
* 18 ans et plus – preuve d’identité requise
Conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art – diffusée sur VIMEO par l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick (AAAPND ).
-
Philippe Fortin-Villeneuve de la Librairie Marie-Laura choisit «La médiocratie» d’Alain Deneault comme son coup de coeur absolu chez Lux!

Lux continue sa pêche aux compliments! Nous avons demandé à cinq libraires incroyables de nous présenter leur coup de coeur parmi notre catalogue. Petite façon sympathique de clôturer notre 30e anniversaire d’existence comme maison d’édition. – Lux Éditeur
« Dernière victime de notre course aux éloges, le libraire Philippe Fortin-Villeneuve de la Librairie Marie-Laura choisit «La médiocratie» d’Alain Deneault comme son coup de coeur absolu chez Lux!
Ses mots: «Paru il y a une décennie, ce petit livre d’Alain Deneault recèle en son sein la quintessence de ce qui fait de ce professeur de philosophie l’un de mes auteurs chouchous : la pertinence, l’ironie, l’audace, l’intelligence et, d’une certaine façon, une forme d’humour entendu qui adoucit la dureté des constats qu’il fait tout au long de cet essai consacré à la médiocrité ambiante. Dix ans plus tard, force est de constater, malheureusement, que ce qu’il dénonce demeure d’une actualité consternante.»
Gens du Saguenay, vous avez par chez vous l’un des meilleurs libraires du Québec! Allez-lui rendre visite! » – Lux Éditeur, page Meta (Facebook) – 20 décembre 2025




-
Témoignage d’Alain Deneault sur Jacques Rancière
Témoignage d’Alain Deneault sur le philosophe Jacques Rancière à l’émission Pas de quartiers du groupe Louise-Michel sur Radio Libertaire, 89.4 MHz FM, Île-de-France (Paris).
Les animatrices Mariama et Lucille reçoivent le philosophe Jacques Rancière pour évoquer son parcours et présenter ses deux derniers ouvrages Au loin la liberté, essai sur Tchekhov et La mésentente, politique et philosophie publiés chez La fabrique éditions. Le témoignage d’Alain Deneault débute à 16 min 40 sec (durée 15 minutes) – 14 octobre 2025
« […] Alors, ce que vous allons faire, Monsieur Rancière, nous allons donner la parole à Alain Deneault qui a été votre élève et qui nous a fait un fichier, depuis le Canada, de quinze minutes et qui explique comment on apprend avec Jacques Rancière. » – Pas de Quartiers

« […] Après des séjours à Berlin et Montréal, il [Alain Deneault] s’inscrit aux études supérieures en 1997 à l’Université de Vincennes à Saint-Denis (Université de Paris-VIII) et obtient en 1998 son diplôme d’études approfondies (DEA), puis, en 2004, le doctorat « Lieux et transformations de la philosophie », tous deux sous la direction de Jacques Rancière. » – Wikipédia, page Alain Deneault

Jacques Ranciere – Photo © PFRunner, 2012
-
L’apocalypse selon Saint-Jean

Photo © Chris Donovan, The Cloud Factory – Gracieuseté Acadie Nouvelle
Par Alain Deneault
12 décembre 2025« Mais ! Qu’est-ce que tu vas faire là ?! » C’est la réaction d’un ami lorsque je l’informe de mon départ imminent pour la ville de Saint-Jean. L’idée même le déprime. « Mon pauvre. » Il m’en parle comme d’un piège à homards : un bras autoroutier nous y insère, mais on peine à le retrouver lorsque vient le temps d’en sortir, et vit alors l’angoisse dystopique de devoir tournoyer pour le reste de
ses jours dans la capitale de l’Irvingnie.J’en ris.
Arrivé aux abords de la ville, plusieurs heures plus tard, distrait, je crois reconnaître un étrange brouillard dans lequel s’enfoncer. N’est-ce pas courant près de la baie de Fundy ? Non. C’est en réalité une boule de crasse. Nous arrivons à bon port, pour ainsi dire. Le ciel est lourd aujourd’hui. Ça pique à la gorge, ça pue, c’est laid. C’est sale. Nous roulons dans la fumée. Saillissant, des cheminées d’usines la crachent. Un bref courant d’air perce l’écran qu’elle constitue pour faire apparaître furtivement un navire de marchandises croulant sous les conteneurs. Accosté, lui-même semble se languir d’ennui. C’est apocalyptique.
On se souvient bien sûr de la journaliste financière de Toronto, Diane Francis, qui parlait du Nouveau-Brunswick comme d’une « Company Town », une ville ouvrière sous la coupe des Irving (Who owns Canada now, HarperCollin, 2008). Mais ne s’était-il pas toujours agi d’une métaphore ? Or, non ! Cette scribe l’évoquait au premier degré.
C’est un retour au XIXe siècle, l’équivalent du Village historique acadien de Bertrand, mais sur son versant effrayant. Et actuel, comme si s’incarnaient encore ici les grandes usines de textile qui, à Lowell, en Nouvelle-Angleterre, se présentent maintenant comme des musées.

Photo © Chris Donovan, The Cloud Factory – Gracieuseté Pour peu, des touristes sociologues et historiens convergeraient ici pour observer les quartiers ouvriers et pauvres aux abords de sites industriels monstrueusement polluants. Un paradoxe donnerait à des cartes postales intitulées « Holy Smoke ! » leur motif : la ville qui accueille la plus grande raffinerie pétrolière du Canada est la même qui loge une de ses populations les plus malades, les plus illettrées, les plus sous-alimentées. Les indicateurs sont au rouge quant au sort réservé aux jeunes dans les quartiers pauvres de la ville. S’ajoutera bientôt une nouvelle contradiction, incarnée cette fois en un polluant centre de mégadonnées informatiques qui tirera des richesses énergétiques dont nous sommes ici en manque (l’Acadie Nouvelle du 15 novembre dernier).
Qui croit encore au discours romantique sur les vertus canadiennes et son prétendu égalitarisme ? Les « va-la-gueule » gouvernementaux, comme les épinglait le poète Gérald Godin, ne sont pas plus crédibles qu’un ministre soviétique du Plan en 1987.J’arrête chez Chris Donovan, photographe professionnel de renom, capable de faire passer ses clichés en une du New York Times (sur le conglomérat Irving : « A Family Business Empire, and a Culture of ‘Keeping Your Mouth Shut’ », 1er avril 2025). Il a grandi ici, a ensuite beaucoup voyagé, avant d’y revenir, mais en périphérie où la pollution se fait un peu moins sentir. Il consacre à sa ville natale, cette année, un ouvrage photographique d’une très grande humanité, *The Cloud Factory, publié à Londres (Gost Books).
Comme le font si bien les portraitistes, il capte les moments de vie des gens pour qui être né quelque part signifie respirer l’air vicié de Saint-Jean. Donovan arrive à saisir leur humilité. Leur beauté aussi. Des visages sourdent soudainement des amas de statistiques et discours de misère. Nous regardent des gens sur qui portent les froides données socio-économiques : les chiffres habitent des
maisons, nourrissent leurs enfants, marchent dans la rue ou trompent le désœuvrement par la musique. Ces gens, dit Donovan en substance, devraient avoir les moyens d’une certaine autonomie, d’un certain pouvoir (agency).Ses photographies contribuent à rééquilibrer le discours officiel, presque toujours dithyrambique à l’endroit des potentats locaux. « C’est à sens unique. Arthur Irving a eu droit à l’équivalent de funérailles nationales, ici. C’est comme s’il était le chef de l’État ». Il fut le seigneur honoré par ses vassaux.
Et cet univers enfumé ? « C’est poétique ! », réplique le photographe sourire en coin, mais avec un air sérieux. Son livre s’intitule L’usine à nuages, en lien avec de lointains souvenirs. Dans sa naïveté d’enfant, le jeune Chris croyait que ces infrastructures qui l’environnaient fabriquaient les nuages présents dans l’atmosphère. Son père devait lui répliquer que les Irving ne font pas de nuages, mais de l’argent.
Quelque chose de cette nostalgie point encore aujourd’hui dans son discours. Le Johannais entretient une relation d’amour-haine avec son lieu de naissance. La haine porte sur le sort socio-économique qui lui est réservé, l’amour reste entier pour le territoire et ses gens.
De vifs paradoxes le tiraillent alors. Il se laisse séduire par les « couchers de soleil toxiques » que l’environnement industriel lui donne à voir. L’enchantent la lumière tamisée par les particules toxiques et tous ces halos qu’elles produisent. Bien sûr que la situation l’inquiète. « Ce n’est pas une bonne idée d’habiter près
d’une méga raffinerie. » Par-delà cette lapalissade, il n’épilogue pas. Son attachement au lieu procède d’une esthétique bien étrange, voisine de celle qu’affectionnent ses pairs Edward Burtynsky et Richard Misrach, ou encore la critique Jennifer Peeples, tous attirés par le courant dit du « sublime toxique ».La beauté du diable est encore ce qui fait tenir les gens, capables de trouver de profonds motifs de vie dans les scènes qui rebutent le passant.
* Alain Deneault a écrit le texte d’accompagnement du livre de Chris
Donovan, The Cloud Factory, Londres, Gost, 2024.
Alain Deneault a écrit le texte d’accompagnement du livre The Cloud Factory de Chris Donavan, Londres, Gost, 2024






-
Habitons-nous la ville ou est-ce elle qui nous habite?
« L’animateur Jean-Philippe Pleau et l’écrivaine et poète Hélène Dorion, sa coanimatrice du moment, se demandent si nous habitons la ville ou si c’est elle qui nous habite; l’architecte et designer urbain de Québec Érick Rivard parle de l’importance de dessiner une ville plus humaine et belle. Dans son édito de la semaine, Jean-Philippe Pleau exprime son attachement aux villes importantes de sa vie. » – Réfléchir è voix haute, Radio-Canada, Ohdio
Hélène Dorion fait la lecture d’un extrait du texte d’Alain Deneault sur la biorégion que lui a partagé son ami Richard Séguin dans le segment Habitons-nous la ville ou est-ce elle qui nous habite? à partir de 12 min 5 sec et le mentionne aussi dans le segment Entrevue : Penser et dessiner la ville avec l’architecte Érick Rivard à partir de 8 min 39 sec – Dimanche 30 novembre 2025 (rediffusion de l’émission du 27 octobre 2024)
-
«Use et abuse»: l’art de la mutinerie

Le Devoir
Par Sophie Pouliot
1er décembre 2025«Use et abuse»: l’art de la mutinerie
Alix Dufresne et Christian Lapointe se livrent à des improvisations hardies en s’inspirant du philosophe Alain Deneault.
« Le cauchemar de l’acteur qui arrive sur scène sans avoir répété et qui, en plus, est tout nu… Nous, on le vit et on s’est fait ça à nous-mêmes. » Alix Dufresne décrit ainsi, avec un brin d’humour, le saut dans le vide auquel elle se prête, avec son comparse Christian Lapointe, à chaque représentation d’Use et abuse.
Dans ce spectacle, créé en mars dernier à l’Usine C et repris ces jours-ci à La Chapelle Scènes contemporaines puis au théâtre Périscope, le tandem improvise depuis un canevas et au son d’une conférence d’Alain Deneault, projetée en fond de scène. Une démarche qui n’est pas sans rappeler Hidden Paradise, que Dufresne a imaginé (et longtemps interprété) avec Marc Béland à partir d’une entrevue radiophonique sur les paradis fiscaux accordée par le philosophe.
L’exposé intitulé Comment l’« industrie culturelle » use et abuse de l’art traite plutôt de la vampirisation de la création artistique par le système capitaliste, et ce, de deux manières. D’une part, les décideurs « reprennent les codes artistiques pour théâtraliser leur discours. Un spot s’allume, je me retourne au bon moment, je prends une pose savante pour créer un effet… » illustre Alix Dufresne. D’autre part est imposée à l’art une logique marchande, tant en ce qui concerne la gestion des procédés de production que la commercialisation des œuvres. « Moi, je sais lire des états financiers, je sais ce qu’est un grevé d’affectation reporté sur cinq ans […]. On nous a forcés à être des entrepreneurs », affirme Christian Lapointe.
Pour illustrer ces constats, Dufresne et Lapointe ne reculent pratiquement devant rien. « On incarne les idées dont parle Alain Deneault. On donne à voir la violence institutionnelle, en fait », explique l’âme dirigeante de la compagnie Carte blanche. « On voit de jeunes artistes annuler leurs spectacles parce qu’ils n’ont pas eu leur financement. Je le comprends, mais, en même temps, ce qui fait qu’on dure, c’est notre capacité à endurer cette violence institutionnelle. Pour se faire dire oui, il faut encaisser 50 refus. Ça, à la longue, ça use », ajoute-t-il.
Le créateur ne nie pas qu’aujourd’hui, la compagnie qu’il a fondée bénéficie de subventions, un privilège obtenu après moult années de persistance. L’homme de théâtre cite à ce propos Marie-Hélène Falcon, cofondatrice de l’événement désormais connu comme le Festival TransAmériques. « [Elle] disait qu’au Québec, c’est une fois que nos artistes sont épuisés qu’on leur accorde un peu de moyens. »
Christian Lapointe tient pourtant à réitérer que « la conférence n’est pas à propos du fait que les artistes sont pauvres, c’est à propos du fait qu’on se fait usurper nos outils, que l’inventivité des artistes génère des mécanismes de représentations qui sont ensuite récupérés par des gens de pouvoir de tout acabit. Et qu’on devrait être capable d’exposer [ces mécanismes], de les détricoter. La performance essaie, de manière ludique et féroce, de faire ça. »
Corps politiques
Selon Deneault, les artistes seraient les plus à même de renverser cette capitalisation de l’art. Par exemple, en déconstruisant le modèle autour duquel s’articulent la plupart des manifestations culturelles — en le subvertissant en quelque sorte.
Aux yeux d’Alix Dufresne, c’est principalement en cela que réside le caractère séditieux d’Use et abuse. « Ce n’est pas qu’on soit nus sur scène, qu’il y ait de la violence auto-infligée, de la sexualité très crue ou de l’humiliation. […] La vraie transgression, c’est la façon dont on a fait notre production. Comment on s’organise, comment on pense, qu’est-ce qu’on dépense ou non. Elle est dans la fragilité avec laquelle on arrive sur scène, parce que [notre spectacle] n’est pas un produit, on ne le contrôle pas. »
Or, tout au long de la représentation, les artistes se photographient et transforment ces images en NFT, en jetons non fongibles, c’est-à-dire un type de cryptomonnaie qui a valeur d’œuvre d’art, explique Lapointe. « Même quand on fait des actions ignobles, précise sa collègue, on s’assure de s’arrêter pour se prendre en photo et, théoriquement, celles-ci iraient dans un encan où les gens pourraient investir. »
Use et abuse
Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
Inspiré de la conférence d'Alain Deneault
Une production de Carte blanche
La Chapelle Scènes Contemporaines
1er au 6 décembre 2025 - 19 h 30
3700 Rue Saint-Dominique, Montréal, Québec H2X 2X8
Durée 1 h - Billetterie ici
Interdit aux personnes de moins de 18 ans
Présenté an français avec surtitrage en anglais les 2 et 5 décembre.
La représentation du 5 décembre sera suivie d'une discussion entre
Alain Deneault (participation à distance), Alix Dufresne et Christian Lapointe.
Une table de vente, tenue par la librairie Le Port de tête, sera présente
lors des représentations, proposant une sélection d’ouvrages
d’Alain Deneault et de Christian Lapointe.
Conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art – diffusée sur VIMEO par l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick (AAAPND ).
-
Préparer et faire advenir le monde d’après

Illustration © Maatthieu Ossona de Mendez Agir par la culture
Printemps-Été 2025 - No 75Entretien avec Alain Deneault
Propos recueillis par Aurélien Berthier
28 avril 2025Préparer et faire advenir le monde d’après
Avec l’avènement d’une révolution populiste et réactionnaire dans divers pays, États-Unis en tête, on sent de nombreuses possibilités de bascules. Notamment une indifférence totale au dérèglement climatique et à l’effondrement de la biodiversité. Ainsi qu’une poursuite effrénée de l’exploitation de la nature et des activités extractivistes à tout crin. Rencontre avec le penseur du capitalisme contemporain Alain Deneault, pour voir comment faire face à cette question climatique et à l’angoisse qu’elle suscite. Il renverse le Que faire ? de la gauche qui propose des programmes clés en main inhibant en un Faire que ! appelant à l’action pour sortir de la sidération. Alors que ni l’État ni le capital ne semblent en mesure d’enrayer le désastre, le philosophe canadien, imagine ainsi un « dessein » désirable et solide à faire advenir : la biorégion.
Votre livre Faire que ! est sous-titré « L’engagement politique à l’ère de l’inouï ». Est-ce qu’on est allé avec l’élection de Donald Trump aux États-Unis encore un cran plus loin en matière d’inouï ?
Le caractère grave de notre époque porte sur le fait que nous sommes confrontés à des perspectives extrêmes relatives aux bouleversements climatiques et à la perte de biodiversité qui ne concernent plus la décision humaine. Nous sommes face à un phénomène que j’ai qualifié, avec tant d’autres, d’autonome et d’exponentiel. Le peu que ces souverains pourraient faire pour atténuer le choc est à présent mis de côté. Les quelques options qui nous restent pour rectifier le tir sont absolument négligées par des pouvoirs fascistoïdes qui inaugurent une ère de pur rapport de force. Non seulement concernant la géopolitique, l’accès aux terres, le contrôle des populations, mais aussi le discours, la description des faits et la prétention à la vérité.
Face à cela, il existe une opposition, mais elle n’est pas spécialement réjouissante, comme ici au Canada – pays qui est la cible explicite de velléités d’annexion répétées de la part de Donald Trump. Cette opposition provient, pour le moment, de la droite traditionnelle, pourtant un temps tentée par le trumpisme, et qui revendique un retour au néolibéralisme tel qu’il a pu être encadré, réfléchi, légiféré depuis la chute du mur de Berlin. On n’a donc même plus une opposition gauche/droite, mais une opposition droite hyper libérale/extrême droite. Comme d’ailleurs dans beaucoup de pays d’Europe aujourd’hui.
On vit actuellement l’avènement du climatoscepticisme ou, du moins, de l’indifférence à la catastrophe écologique qui arrive. Est-ce que la franchise du populisme d’extrême droite — qui assume ouvertement la destruction du monde, son exploitation jusqu’à la dernière miette — pourrait paradoxalement ouvrir des opportunités politiques pour la gauche, là où le capitalisme vert faisait miroiter des solutions factices comme le développement durable ?
Oui, mais à deux conditions. D’abord qu’on inventorie les points communs entre l’extrême centre (cette droite néolibérale déguisée en centre) et l’extrême droite. En sachant que si cette dernière nous terrifie encore plus que l’extrême centre, elle mérite davantage notre respect au sens où elle a le mérite d’assumer ses convictions et de jouer franc jeu. Alors que ce qui caractérise l’extrême centre, c’est le louvoiement, le travestissement et la fausse conscience.
Ensuite, il faut développer un autre rapport à l’écoangoisse qui est un rapport au vide, à l’impensable, à l’inouï puisqu’il n’existe pas de précédent à ces mutations du climat et de la biodiversité qui permettrait de les penser. Éprouver de l’angoisse est en réalité nécessaire et un signe de bonne santé mentale. C’est-à-dire qu’il faut en passer par là, il faut vivre et assumer l’angoisse. Mais par contre, il ne faut pas s’y stationner ou en faire un trait identitaire. Passer par l’angoisse, c’est accéder à cette formidable énergie psychique. Une énergie qui demande, si on l’accepte, la création d’objets de pensée, l’élaboration de desseins.
Que se passe-t-il si on ne l’accepte pas, qu’on résiste à cette écoangoisse ?
Lorsqu’on est mû par l’angoisse et qu’on y résiste, on associe cette énergie psychique qui fonctionne à vide à des objets de substitution. Par exemple à des boucs émissaires que l’extrême droite nous offre sur un plateau. Ou à des phénomènes d’identité sociétaux, qui partent de critiques historiquement pertinentes et nécessaires, mais qui se trouvent parfois exacerbés de manière frénétique et délirante. Ou encore à des objets de conversion, qui relèvent plutôt de l’hystérie, où il s’agirait de voir la partie pour le tout et de penser, par exemple, qu’en supprimant des pailles en plastique on réglera un problème gravissime et majeur.
Il y a actuellement un vide quant à ce que l’inouï commande en termes de réponses. Il y a là un besoin formidable. Et c’est parce qu’on n’arrive pas à élaborer des référents qui soient à la hauteur des enjeux qu’on se retrouve avec un foisonnement de vanités c’est-à-dire d’objets de substitution. Parce que des idées comme le développement durable ou la haine de l’autre ne font évidemment pas le poids pour régler cet enjeu climatique qui nous crève les yeux, mais qu’on cherche par tous les moyens à éviter.
Lorsqu’on résiste à l’angoisse, on reste donc dans le régime des objets de substitution, dans l’état actuel des choses. Mais si on arrive à assumer le vide qui se présente à soi, on s’apercevra assez vite que l’angoisse est un véritable réservoir d’énergie psychique pour investir des objets à produire, c’est-à-dire pour travailler à l’élaboration de desseins, de concepts.
J’ajouterai qu’il faut veiller à élaborer des concepts qui soient à la fois lucides et joyeux, les deux en même temps. La lucidité seule, c’est par exemple celle du GIEC, des sciences exactes, avec des scénarios sur des échelles immenses par rapport à des perspectives imprenables, quant à des enjeux qui noient l’humain dans une masse. On se retrouve dans des contextes d’anomie : on n’est plus rien, on ne compte plus. Une situation, comme l’indiquait le sociologue Émile Durkheim, qui favorise le suicide.
Maintenant, si on part des données que les sciences exactes nous fournissent pour ensuite se consacrer à la politique, c’est-à-dire en la considérant comme un genre autonome de la science, on va réapprendre à parler en investissant des concepts, des desseins, des perspectives qui soient adaptés aux situations sensibles et circonstancielles des uns et des autres. La joie qui peut se dégager de ce chemin réside dans ce que Nietzsche appelait un gai savoir, c’est-à-dire une série de pulsions qui nous amènent à nous engager dans le sens le plus difficile, mais aussi le plus stimulant, le plus enthousiasmant. Pour ma part, la notion de biorégion est un dessein de ce type. Il permet d’aborder le réel avec joie tout en étant lucide. Ce qui fait que l’objet est crédible, qu’il n’est pas un objet de substitution de plus qui nous ferait retourner à la case angoisse car on voit bien qu’il ne fait pas le poids.
La question « Que faire ? » parcourt comme un mantra les milieux de gauche depuis longtemps. Elle revient aujourd’hui, dans les temps incertains que nous vivons avec une plus grande fréquence encore. Pour vous, si elle possède une certaine force, cette question est aussi piégeuse. En quoi poser les choses sous forme de « Que faire ? » pose-t-il problème et peut nous mener à l’inaction ?
La question « Que faire ? » a ses vertus. Elle est toujours neuve, toujours fraiche. Dès le moment qu’on pense Que faire ? en politique, toute une batterie de problèmes se pose et on serait bien avisé d’en prendre conscience.
Cependant, la question a quelque chose de dissonant puisqu’en même temps qu’elle appelle au faire, la formule se termine par un point d’interrogation. Elle appelle au faire, mais se voit faire. On fait, mais en même temps qu’on fait, on se demande si on fait bien, si on devrait faire comme on fait… Tout est concentré dans ce « que » qui est un pronom interrogatif qui appelle un COD. Cela renvoie en somme à une méthode, un parti, des intellectuel·les patenté·es, une stratégie… On est dans l’attente de directives en même temps qu’on veut faire. On est attentif aux ordres.
Vous proposez donc d’inverser les termes, et d’appeler à « Faire que ! » .
Ce procédé grammatical change totalement la signification. À partir du moment où on dit « Faire que ! » avec un point d’exclamation, on n’est plus dans l’attente de directives, mais dans un rapport à ce qui doit advenir.
Le sujet n’est pas non plus le même. Car au fond, qui pose la question Que faire ? s’approprie le droit d’y répondre. À l’inverse, le Faire que ! suppose une subjectivité beaucoup plus ouverte et multiple. En effet, le que du Faire que ! est une conjonction de subordination, qui appelle le temps du subjonctif. Un temps qui est celui des aspirations, des désirs, du souhait, de la projection : faire que, faire en sorte que, faire en sorte que les choses soient telle ou telle. Et qui concerne ainsi toutes celles et ceux qui peuvent s’intéresser à cette perspective-là.
Et ce, même au-delà de l’espèce humaine, au sens où on intègre dans la perspective le vivant pour faire en sorte que nous occupions un espace viable, un espace durable. Et là, on engage au fond un processus démocratique, à une échelle sensée qui n’est pas celle de la géopolitique mondialisée, financière et industrielle, capitalistique, mais qui est nécessairement celle de l’espace qu’on habite, le seul qui soit : l’espace régional.
Qu’est-ce que ça change dans notre manière d’investir le monde aujourd’hui cette idée de se mettre dans le faire au lieu de réfléchir à un programme global, pour ainsi dire clé en main ?
Que faire ? est un programme, Faire que ! renvoie à un impératif. C’est la grande différence. La question du Faire que ! se trouve intimement posée avec un impératif historique qui ne concerne plus la délibération humaine, mais qui concerne plutôt la nécessité de se positionner par rapport à ce qui nous advient par la force des choses et qui est irréversible. A savoir les vastes et profondes perturbations de la situation climatique et la perte de biodiversité. Et donc à toute une série de conséquences qu’on connait : recrudescence de zoonoses, incendies de forêt, inondations, érosion des sols et des côtes, canicules…
Une telle conjoncture appelle à de la créativité politique, culturelle, spirituelle même, économique, celle du génie industriel qui devra s’intéresser au low tech et non plus au high-tech, à la permaculture et non plus à l’agriculture intensive, à l’architecture à partir de matériaux de recyclage accessibles et ainsi de suite. C’est aussi la fin de la mondialisation industrielle et capitalistique.
Il ne s’agit pas d’une option offerte à la carte du restaurant électoral où on se demande ce qu’on va manger pendant 4 ou 5 ans. C’est une question beaucoup plus profonde qui consiste à revoir nos façons de penser, non pas ce qui vient, mais ce dans quoi nous sommes déjà plongés, malgré tous nos dénis. Par quelles formules créatives, adaptées, fécondes, nous allons le faire. Sous peine de nous retrouver devant des vociférateurs d’extrême droite et des petits chefs fascistoïdes, comme c’est légion en situation de crise profonde, qui profiteraient du désarroi collectif pour imposer un pouvoir de circonstance.
Je pense donc qu’il faut pour ce faire se constituer en avant-garde, puisque nous voyons bien que, malgré la situation historique qui nous crève les yeux, une majorité est encore soumise aux séductions du marketing, à la pression des marchés, à l’aliénation du travail et n’arrive pas à manifester un sursaut majoritaire. L’histoire est toujours l’affaire des minorités. Soyons cette minorité, cette avant-garde, et voyons venir. Et quand le moment des choix se posera, lorsque l’écoute sera là dans la population, il y aura alors des gens pour parler, pour penser, pour organiser. C’est le plus important pour le moment. Et c’est une façon pour les écologistes, en écologie politique, de se ménager, pour ne pas prendre sur eux la misère du monde et la responsabilité du déni d’autrui. Nous n’avons pas à porter ça. Mais nous avons, en tant qu’avant-garde, à avancer aussi vite que possible, dans une situation où, hélas, nous sommes dans une très désavantageuse course contre la montre.
Quelle est cette approche, cette pensée et cet agir biorégional qu’on peut préparer ou bien qui s’imposera à nous par la force des choses ?
La biorégion telle que je l’ai travaillée, en partant d’un legs qui a 50 ans aujourd’hui, doit se penser dans un rapport contraire au séparatisme. Il ne s’agit plus de concevoir la région dans un acte d’indépendance politique où on se scinderait en tout ou en partie. Il s’agit plutôt d’anticiper le moment où la région qu’on habite se constatera dans une situation de déréliction par rapport aux pouvoirs centraux, dans un moment où les périphéries seront abandonnées par le centre. Parce que le centre en aura plein les bras : trop d’incendies de forêt, de pandémies, d’inondations, de tsunamis, de tornades, etc. À Mayotte, à Valence, dans la vallée de la Vesdre en Belgique [territoires affectés par les inondations de 2021. NDLR], à La Nouvelle-Orléans, dans la région de Clova au Québec [Région boisée soumise à des mégafeux de forêt en juin 2023. NDLR], il n’est pas difficile d’imaginer que par moments, l’État nous abandonne et qu’on est laissé à soi-même.
À ce moment-là, on redécouvre deux rapports de dépendance que le capitalisme mondialisé nous a fait complètement oublier, alors qu’ils sont fondamentaux. D’une part, notre dépendance au prochain, à ceux qui nous environnent : nous redécouvrons un lien de solidarité et une interdépendance. D’autre part, un rapport de dépendance au territoire qu’on occupe et dont il faut prendre soin. Redécouvrant ce rapport de solidarité nécessaire avec l’autre et avec le sol, dans un rayon qu’on peut embrasser du regard, car on ne comptera plus longtemps sur l’importation de fruits ou de biens depuis l’autre bout du monde, il faudra bien apprendre à concevoir la politique, l’économie, le travail, l’élevage au regard de ces nouveaux paramètres. Ces questions se posent tout de suite. L’heure est venue de faire l’inventaire de nos forces, de nos talents, de nos atouts par rapport à ce qui s’annonce comme des besoins, des urgences, des aspirations aussi.
Et il faut ajouter à cela l’accueil de millions de réfugié·es climatiques, qui seront un bienfait, car on aura besoin de ces populations qui se sont passées du capitalisme alors que nous en étions dépendants. Ce sera intéressant d’avoir des gens qui ont pratiqué la tontine, les gacaca [ces tribunaux communautaires et villageois au Rwanda qui ont permis d’essayer de surmonter les conséquences du génocide. NDLR] en droit, ou l’agriculture de subsistance… Ce sont des savoir-faire qui devront être adaptés aux territoires et aux populations.
En vivant un sale quart d’heure universel, les gens des régions respectives se retrouveront dans ce projet universel. Car il ne s’agit pas de travailler pour son bled mais de penser le monde en fonction de circuits courts et au lieu qui nous environne. Ce projet universel supposera d’une manière rigoureuse qu’on pense le rapport au territoire sans que ce soit fait sur un mode arbitraire ou dominateur. Et surtout pas commercial, où il s’agit d’extraire des éléments de son territoire pour des marchés extérieurs en retour d’un pouvoir d’achat nous permettant, à notre tour, de consommer des éléments qui ont été arrachés à leurs lieux respectifs pour qu’on puisse un peu y avoir accès chez soi. Ça, c’est le monde qui est appelé à s’effondrer.
-
Culture avec Rose St-Pierre : Les artistes face au capitalisme à La Chapelle
La chronique culture de Rose St-Pierre à l’émission Le 15-18, animée par Annie Desrochers sur ICI Première à Radio-Canada, concerne la pièce Use et abuse de Christian Lapointe et Alix Dufresne inspirée de la vidéo conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art donnée par Alain Deneault en 2021 et tirée de son livre L’économie esthétique.
Use et abuse
Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
Inspiré de la conférence d'Alain Deneault
Une production de Carte blanche
1er au 6 décembre - 19 h 30
La Chapelle Scènes Contemporaines
Durée 1 h - Billetterie ici
Pour un public de 18 ans et plus
Présenté an français avec surtitrage en anglais les 2 et 5 décembre 2025
La représentation du 5 décembre 2025 sera suivie d'une discussion entre
Alain Deneault (présence à distance), Alix Dufresne et Christian Lapointe.
Une table de vente, tenue par la librairie Le Port de tête, sera présente
lors des représentations, proposant une sélection d’ouvrages
d’Alain Deneault et de Christian Lapointe.
Conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art – diffusée sur VIMEO par l’AAAPND (Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick).
-
Les Îles-de-la-Madeleine peuvent-elles devenir une biorégion?
La radio des Îles-de-la-Madeleine
CFIM 92,7 FM - Le son de la merPar Laurence Dami-Houle
26 novembre 2025Les Îles-de-la-Madeleine ont-elles le potentiel de devenir une « biorégion »? C’est la question que se pose l’étudiant au HEC Montréal Vincent Agoues-Richard dans le cadre de son projet de maîtrise.
Embryonnaire et pluriel, le concept du « biorégionalisme » met de l’avant une transformation de la société en revenant à une plus petite échelle politique et économique, en phase avec les spécificités du territoire et des communautés qui y vivent.
Pour mener son enquête sociologique à terme, Vincent Agoues-Richard a réalisé, en plus d’observations terrain, une vingtaine d’entrevues avec des Madelinots au cours de l’automne.
Parmi les obstacles au potentiel biorégional des Îles, les citoyens ont parlé des défis entourant l’érosion côtière et l’autonomie alimentaire, entre autres. Pour ce qui est des leviers, les résidents ont notamment nommé la force de la communauté, sa facilité à se mobiliser. M. Agoues-Richard cite le cas de la vente du phare de l’Échouerie.
L’étudiant rentrera bientôt au bercail pour entamera la rédaction de son mémoire de maîtrise. Au-delà du dépôt du document, il souhaite proposer des pistes de solution concrètes et radicales pour aider la société à faire face aux énormes défis qui attendent l’humanité.
Le biorégionalisme ailleurs au Québec
L’approche biorégionale a fait des petits au Bas-Saint-Laurent. Selon un article de Le Devoir paru en octobre, un petit réseau solidaire d’agriculteurs et de transformateurs s’est formé dans le coin de Rimouski pour mettre sur pied un modèle agroalimentaire écologique et anticapitaliste. Une chercheuse impliquée dans cette démarche s’est aussi intéressée au potentiel biorégional du Bic et de Saint-Valérien.
Le philosophe et essayiste Alain Deneault s’est d’ailleurs porté à la défense du biorégionalisme dans son ouvrage Faire que! L’engagement politique à l’ère de l’inouï.
-
Mark «Trump» Carney

Photo © Adrian Wyld – The Canadian Press Acadie Nouvelle
Par Alain Deneault
25 novembre 2025Mark «Trump» Carney
L’heure est à l’inconstitutionnalité dans les différents régimes de droits libéraux. Washington donne le ton avec un président autocrate qui conçoit la souveraineté de l’État comme le faisait le constitutionnaliste Carl Schmitt : le souverain dispose de pouvoirs exceptionnels dès lors qu’une situation historique le justifie à ses yeux.
L’exception signifie ici s’excepter des règles convenues par la constitution, en ce qui concerne l’exercice même du pouvoir. Au mépris, donc, du texte fondamental de la république états-unienne, des décisions de justice, sans parler des us et coutumes, le Président américain se croit tout permis. S’il n’est pas, n’en déplaise à son égo, à l’origine de tout ce qui se produit depuis sa première élection, il donne certainement le la de la géopolitique mondiale.
Cette attitude de la part de l’instance politique la plus puissante du monde constitue un feu vert. C’est le règne du plus fort. L’homologue russe Vladimir Poutine a engagé un vaste conflit d’invasion en Eurasie tandis que le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a lancé son armée à l’encontre de civils démunis, provoquant ce que la Cour internationale de justice a qualifié de génocide.
Dans un pays comme la France, des gouvernements illégitimes ont été tour à tour établis par le Président français, rompant avec la convention républicaine voulant qu’on appelle à gouverner la coalition parlementaire arrivée en tête d’une élection législative. (C’est comme si, ici à Ottawa, le gouverneur général appelait le Nouveau Parti démocratique à former un gouvernement, alors qu’il n’est clairement pas le premier parti à l’assemblée !).
Du fait de leur marginalisation, ces gouvernements centristes faits de bric et de broc, régulièrement défaits par l’Assemblée nationale, avant de se recomposer presque à l’identique du fait de la résolution opiniâtre du président, redoublent d’ingéniosité pour profiter de tous les vices constitutionnels de la Cinquième République. L’alinéa 3 de l’article 49 de la constitution permet par exemple au gouvernement de faire passer des lois indépendamment du vote de l’assemblée, en laissant à celle-ci libre de le destituer. Il s’ensuit des soubresauts existentiels en série et d’épuisantes prises de bras de fer, les gouvernements tombant les uns après les autres.
Nous avons signalé dans l’Acadie Nouvelle le 16 septembre dernier que la Canada ne fait pas exception. Il suit la tendance. Les fameux chantiers d’intérêt national permettent à l’État de faire fi de ses propres lois en ce qui concerne tout l’arsenal de règles veillant à ce que les projets mis en avant soient archiminimalement respectueux de l’environnement. Il s’est donné les dispositions pour s’en moquer désormais. Le marketing prend le relais : il suffit au gouvernement de flanquer toute expression des épithètes « propre » ou « durable » pour s’estimer blanchi (ou verdi). Et ce, même si des milieux humides sont saccagés et des émissions de gaz à effet de serres annoncées par ces projets unilatéraux.
Or, subrepticement, malicieusement, cyniquement, le gouvernement fédéral a élargi la portée de cet état d’exception à toutes situations. Cela revient à dire que les lois en matière de défense de la faune et de la flore, de l’intégrité du territoire et de la protection de l’air, déjà faibles ou édentées, sont plus que jamais cosmétiques. Elles pourraient tout simplement ne plus exister.
On doit au quotidien montréalais Le Devoir cette mise à jour, après qu’il ait été alerté par le Bloc Québécois. Sous le titre « Pour l’innovation, Ottawa s’offre un passe-droit pour n’importe quelle loi » (24 novembre 2025), le journaliste Boris Proulx résume : « Le gouvernement Carney confère discrètement le pouvoir à ses ministres d’exempter temporairement n’importe qui de n’importe quelle loi fédérale, sur la base de promesses d’innovation ou de croissance économique. Les projets “d’intérêt national” ne seront plus les seuls à bénéficier d’un passe-droit légal. Le projet de loi omnibus C-15, devant le Parlement, ouvre la porte à un traitement semblable pour “toute personne physique ou morale” désignée par un ministre, y compris le gouvernement fédéral lui-même ou des provinces, pour une période de trois ans. » On croirait lire le dispositif législatif d’un paradis fiscal comme les Bermudes !
Les secousses géopolitiques d’aujourd’hui ont bon dos. Et le fait de passer comme barrage aux conservateurs aussi.
Moins spectaculaire que l’invocation de la Loi sur les mesures de guerre de 1970, cette décision n’en a pas moins pour point commun de permettre au gouvernement lui-même de s’exempter des responsabilités fondamentales qu’il s’est données. Bien entendu moins ténébreux et effrayant que Donald Trump, le premier ministre Mark Carney, qui en assume l’initiative, en ressort néanmoins tel un chef d’État inquiétant.
Jusqu’où sera prêt à aller l’État fédéral au nom du « développement économique », lequel profite toujours à la même caste, à l’oligarchie industrielle et financière ? Fera-t-on encore longtemps miroiter une poignée d’emplois çà et là pour tendre toujours plus vers l’autocratie ? Perdra-t-on encore davantage le sens de l’équilibre entre l’écologie, le bien commun et l’enrichissement du petit nombre ? Et une fois qu’il aura, juge et partie, après « trois ans », goûté aux charmes de ce césarisme discret, l’État libéral entendra-t-il de nouveau se contraindre lui-même ? Demandez à Donald Trump, roi d’un nouveau genre, initiateur de cette tendance mondiale.
-
Industries extractives, institutions culturelles et résistance avec Joshua Schwebel et Alain Deneault

Alain Deneault participera avec l’artiste Joshua Schwebel à une discussion publique ayant pour titre Industries extractives, institutions culturelles et résistance au Centre d’artistes Vaste et Vague à Carleton-sur-Mer le vendredi 28 novembre 2025 de 12 h 30 à 13 h 30.
« Le Centre d’artistes Vaste et Vague a le plaisir d’accueillir une discussion publique entre l’artiste Joshua Schwebel et le philosophe Alain Deneault, autour des liens entre les industries extractives, les institutions culturelles et les formes de résistance possibles face aux dynamiques de pouvoir qu’elles engagent.
Au cours de sa résidence à Carleton-sur-Mer, Joshua Schwebel poursuit une recherche critique sur la relation entre les structures économiques et politiques de l’extraction et celles de l’art institutionnalisé au Canada. Son travail met en lumière les dépendances, souvent invisibles, qui unissent le monde de l’art aux logiques impériales, coloniales et corporatives héritées de la construction du pays. Par une approche spécifique au site et en dialogue avec la communauté locale, il cherche à révéler ces réseaux d’influence et à imaginer des formes de redistribution contre-capitaliste.
Philosophe et essayiste, Alain Deneault explore depuis plusieurs années les dimensions éthiques, économiques et territoriales de l’industrie minière, ainsi que le concept de biorégion comme cadre de réflexion et d’action collective face aux structures extractivistes.
En dialogue, Joshua Schwebel et Alain Deneault croiseront leurs perspectives pour interroger la manière dont les institutions culturelles et les pratiques artistiques participent – volontairement ou non – à la reproduction des logiques d’extraction. Ensemble, ils ouvriront un espace de pensée sur ce que pourrait signifier habiter, créer et penser autrement, en dehors des impératifs du capitalisme extractif. » – Centre d’artistes Vaste et Vague


Photos © Page Facebook – Centre d’artistes Vaste et Vague
Industries extractives, institutions culturelles et résistance
Discussion publique
Avec Joshua Schwebel et Alain Deneault
Vendredi 28 novembre 2025 - 12 h 30 à 13 h 30
Quai des arts - Centre d’artistes Vaste et Vague
774 blvd. Perron, Carleton-sur-Mer (Québec), G0C 1J0
Gratuit
Alain Deneault – Photo © Audet photo 
Joshua Schwebel – Photo © Site web KIAC 



-
« Use et abuse » bientôt à l’affiche à La Chapelle Scènes Contemporaines, au Théâtre Périscope et au Théâtre La Rubrique

La création pluridisciplinaire de Christian Lapointe et Alix Dufresne Use et abuse sera présentée à La Chapelle Scènes Contemporaines (Montréal) du 1er au 6 décembre 2025, au Théâtre Périscope (Québec) du 9 au 13 décembre 2025 et au Théâtre La Rubrique (Saguenay) le 16 janvier 2026.
La représentation du 5 décembre 2025 à La Chapelle Scènes Contemporaines sera suivie d’une discussion avec Alain Deneault (participation à distance), Alix Dufresne et Christian Lapointe.
« Artistes québécois.e.s à la parole déliée et vive, Alix Dufresne et Christian Lapointe s’emparent de la vidéoconférence intitulée Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art donnée par le philosophe Alain Deneault en 2021 et tirée de son livre L’économie esthétique. À l’invitation de l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick (AAAPND), cet exposé tente de montrer comment le capitalisme maintient sous pression les artistes et les incite à devenir rentables.
Les deux artistes proposent une performance déjantée et incisive avec, comme toile de fond et projetée sur écran, la prise de parole controversée du philosophe. Ils y mettent en jeu la notion de marchandisation et les mécanismes de détournement de l’art, et ce, par la création de JNF (NFT) fabriqués en direct devant public. Leurs corps deviennent outils de création, mais aussi paradoxalement de promotion et de contestation : chair brutalisée par l’économie de la culture en quête d’une réappropriation de l’agentivité propre à la pratique de l’art. » – Source Carte Blanche
« Initié par le metteur en scène et acteur Christian Lapointe, Use et abuse est venu clore, joué à guichet fermé, la résidence d’Alix Dufresne en tant qu’artiste associée à l’USINE C de 2022 à 2025. Elle s’allie naturellement à lui pour ce projet et poursuit ainsi sa recherche autour des réflexions d’Alain Deneault, telle qu’amorcée avec Hidden Paradise créé en 2018 sur le thème de l’évasion fiscale. Ici Les deux artistes donnent corps à une forme hybride, à la fois ludique, performative et politique, laissant place à l’imprévisible à chaque représentation. » – Source Usine C
Bande-annonce de la pièce Use et abuse avec Alix Dufresne et Christian Lapointe – Une production de Carte blanche
Use et abuse
Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
Inspiré de la conférence d'Alain Deneault
Une production de Carte blanche
La Chapelle Scènes Contemporaines
1er au 6 décembre 2025 - 19 h 30
3700 Rue Saint-Dominique, Montréal, Québec H2X 2X8
Durée 1 h - Billetterie ici
Interdit aux personnes de moins de 18 ans
Présenté an français avec surtitrage en anglais les 2 et 5 décembre.
La représentation du 5 décembre sera suivie d'une discussion entre
Alain Deneault (participation à distance), Alix Dufresne et Christian Lapointe.
Une table de vente, tenue par la librairie Le Port de tête, sera présente
lors des représentations, proposant une sélection d’ouvrages
d’Alain Deneault et de Christian Lapointe.
Use et abuse
Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
Inspiré de la conférence d'Alain Deneault
Une production de Carte blanche
Théâtre Périscope
2 Crémazie Est, Québec, Québec G1R 2V2
9 au 12 décembre 2025 - 19 h 30
13 décembre 2025 - 16 h
Durée 1 h - Billetterie ici
Traumavertissement
Cette œuvre contient des scènes de nudité, de violence et de sexualité.
Elle peut heurter la sensibilité de certain·es spectateur·trices.
* 18 ans et plus – preuve d’identité requise
Use et abuse
Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
Inspiré de la conférence d'Alain Deneault
Une production de Carte blanche
Théâtre La Rubrique
4160 Rue du Vieux Pont, Jonquière, Québec G7X 7V8
16 janvier 2026 - 20 h
Durée 1 h - Billetterie ici
Traumavertissement
Cette œuvre contient des scènes de nudité, de violence et de sexualité.
Elle peut heurter la sensibilité de certain·es spectateur·trices.
* 18 ans et plus – preuve d’identité requise
Christian Lapointe – Photo© Carla Chable 
Alix Dufresne – Photo © Guillaume Boucher 
Conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art – diffusée sur VIMEO par l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick (AAAPND ).
-
L’intellectuel à la télévision

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Brian Gallant (à gauche), et le maire de Montréal, Denis Coderre, lors de leur passage à Tout le monde en parle le 4 février 2016. Gracieuseté © Karine Dufour.
Acadie Nouvelle
Par Alain Deneault
21 novembre 2025L’intellectuel à la télévision
L’intellectuel se sent rarement à l’aise sur un plateau de télévision. Tout lui rappelle qu’il n’est pas dans son élément : l’invraisemblable mobilier, le nécessaire maquillage, la lumière criarde, le spaghetti de fils qu’il faut enjamber, les techniciens dans leur bulle et le temps, la gestion du temps…
Sur l’inconfortable tabouret nous viennent en tête pêle-mêle Pierre Bourdieu et la puissance du non-dit chez ceux qui nous reçoivent, Isabelle Garo et les enjeux de cadrage propres à l’idéologie, Marshall McLuhan et le principe selon lequel le média qui nous aspire compte davantage que sa teneur, jusqu’à Réjean Ducharme ou Henri Michaux pour qui c’était tout simplement non.
Mais on en appelle surtout à Günther Anders et à sa critique du média, en 1956, lorsqu’il suggère que penser à la télévision est tout simplement impossible. Déjà, pour ce philosophe, les interruptions se font trop rapides, l’exposition visuelle est racoleuse, le « vrai » offert à distance pue la simulation, les formats nous étouffent. Il ne peut y avoir réellement le penser comme le diraient les Allemands, une pensée en acte qui élabore des hypothèses, s’essaie à quelques thèses articulées et échafaude des démonstrations.
Non, la télévision tolère seulement les éléments de langage, les slogans, les phrases toutes-faites, le buzz, les mots assassins. Bref, du déjà pensé, de la pensée présentée en bouillie, immédiatement comestible, que les rhéteurs plus que les intellectuels savent expressément servir.
Le babillage télévisuel est à la pensée ce que la purée est à la gastronomie. Tenter de conduire à la télévision un exercice théorique reviendrait à insérer directement une cuisse de poulet dans un estomac.
Ainsi, l’agitateur public performe dans son rôle, carburer à l’adversité : s’il n’a pas devant lui ses contradicteurs de prédilection, qu’il sait abattre l’un après l’autre comme le héros d’un film d’aventures, ou s’il n’est pas en duel contre le meilleur d’entre eux, le voici qui les invoque tour à tour dans un imaginaire débridé où il leur fait tenir à peu près le rôle qu’il veut. Le défenseur des droits palestiniens devient antisémite, la sociologue consciente de l’épreuve que représente l’immigration forcée une woke, le membre de sa tribu ouvert aux réalités internationales un traître, et ainsi de suite. La vindicte tient lieu de réflexion.
Quant aux idées, elles doivent être vite casées : tout rapport dialectique cède au manichéisme tandis que ses semblables nationaux sont à peu près considérés comme des cornichons qu’on enferme dans un bocal. C’est en polarisant à mort qu’on génère la grammaire expéditive que la télévision requiert.
Mais jamais ces affects ne sont mobilisés là où le réel le commande impérieusement. On ne fait pas cas de la masse d’oiseaux qui meurent en Europe, la disparition de coraux, l’épuisement des sols ou la réduction comme peau de chagrin de l’indispensable forêt amazonienne. Mais un simple fichu porté par des femmes, aux croyances leurs, devrait faire trembler la république. Les stimuli pavloviens l’emportent.
En tentant de prendre au sérieux les assertions de la propagande identitaire, en la nettoyant de ses nombreux présupposés impérialistes, voire racistes, en la corrigeant sur le plan de la factualité historiographique et de la justesse bibliographique, puis en se dotant de méthodes un peu sérieuses (tout ce qu’on ne peut guère faire à la télévision), peut-être qu’alors, un travail intellectuel pourrait s’amorcer. Sur une crise de la culture, mettons.
Pour la prendre au sérieux, il faudrait toutefois admettre l’existence d’acteurs industriels et financiers qui nourrissent grassement l’agitateur public. Les grands propriétaires de médias, qui sont notamment des financiers ou des marchands d’armes, détiennent des titres de presse, des télévisions et des maisons d’édition pour y faire prévaloir leur parti pris idéologique. Dans ces conglomérats médiatiques, on se garde de critiquer les multinationales en ce qu’elles uniformisent la culture mondiale de manière inouïe, corrompent les États, pervertissent les universités et contribuent à creuser gravement les inégalités sociales. En taisant ces points majeurs, l’intellectuel organique trahit son simple rôle de propagandiste et son confit d’intérêt.
Passer à la télé est une chose. Y rester à demeure nous fait prendre les plis. Un signataire de livres qui s’y habitue n’y échappera pas. On entendra davantage l’agitateur public en lisant son livre que l’intellectuel prétendu lorsqu’il sévit à la télévision.
Ces petits soldats de la propagande sont nombreux. Les dispositifs informatiques les font se multiplier comme les rhinocéros d’Ionesco. Le phénomène est impressionnant et mérite d’être étudié à sa juste échelle.
-
L’intellectuel à la télévision

Photo © iStock Le Devoir
Opinions-IdéesPar Alain Deneault
22 novembre 2025L’intellectuel à la télévision
L’intellectuel se sent rarement à l’aise sur un plateau de télévision. Tout lui rappelle qu’il n’est pas dans son élément : l’invraisemblable mobilier, le nécessaire maquillage, la lumière criarde, le spaghetti de fils qu’il faut enjamber, les techniciens dans leur bulle et le temps, la gestion du temps…
Sur l’inconfortable tabouret nous viennent en tête pêle-mêle Pierre Bourdieu et la puissance du non-dit chez ceux qui nous reçoivent, Isabelle Garo et les enjeux de cadrage propres à l’idéologie, Marshall McLuhan et le principe selon lequel le média qui nous aspire compte davantage que sa teneur, jusqu’à Réjean Ducharme ou Henri Michaux pour qui c’était tout simplement non.
Mais on en appelle surtout à Günther Anders et à sa critique du média, en 1956, lorsqu’il suggère que penser à la télévision est tout simplement impossible. Déjà, pour ce philosophe, les interruptions se font trop rapides, l’exposition visuelle est racoleuse, le « vrai » offert à distance pue la simulation, les formats nous étouffent. Il ne peut y avoir réellement le penser comme le diraient les Allemands, une pensée en acte qui élabore des hypothèses, s’essaie à quelques thèses articulées et échafaude des démonstrations.
Non, la télévision tolère seulement les éléments de langage, les slogans, les phrases toutes-faites, le buzz, les mots assassins. Bref, du déjà pensé, de la pensée présentée en bouillie, immédiatement comestible, que les rhéteurs plus que les intellectuels savent expressément servir.
Le babillage télévisuel est à la pensée ce que la purée est à la gastronomie. Tenter de conduire à la télévision un exercice théorique reviendrait à insérer directement une cuisse de poulet dans un estomac.
Ainsi, l’agitateur public performe dans son rôle, carburer à l’adversité : s’il n’a pas devant lui ses contradicteurs de prédilection, qu’il sait abattre l’un après l’autre comme le héros d’un film d’aventures, ou s’il n’est pas en duel contre le meilleur d’entre eux, le voici qui les invoque tour à tour dans un imaginaire débridé où il leur fait tenir à peu près le rôle qu’il veut. Le défenseur des droits palestiniens devient antisémite, la sociologue consciente de l’épreuve que représente l’immigration forcée une woke, le membre de sa tribu ouvert aux réalités internationales un traître, et ainsi de suite. La vindicte tient lieu de réflexion.
Quant aux idées, elles doivent être vite casées : tout rapport dialectique cède au manichéisme tandis que ses semblables nationaux sont à peu près considérés comme des cornichons qu’on enferme dans un bocal. C’est en polarisant à mort qu’on génère la grammaire expéditive que la télévision requiert.
Mais jamais ces affects ne sont mobilisés là où le réel le commande impérieusement. On ne fait pas cas de la masse d’oiseaux qui meurent en Europe, la disparition de coraux, l’épuisement des sols ou la réduction comme peau de chagrin de l’indispensable forêt amazonienne. Mais un simple fichu porté par des femmes, aux croyances leurs, devrait faire trembler la république. Les stimuli pavloviens l’emportent.
En tentant de prendre au sérieux les assertions de la propagande identitaire, en la nettoyant de ses nombreux présupposés impérialistes, voire racistes, en la corrigeant sur le plan de la factualité historiographique et de la justesse bibliographique, puis en se dotant de méthodes un peu sérieuses (tout ce qu’on ne peut guère faire à la télévision), peut-être qu’alors, un travail intellectuel pourrait s’amorcer. Sur une crise de la culture, mettons.
Pour la prendre au sérieux, il faudrait toutefois admettre l’existence d’acteurs industriels et financiers qui nourrissent grassement l’agitateur public. Les grands propriétaires de médias, qui sont notamment des financiers ou des marchands d’armes, détiennent des titres de presse, des télévisions et des maisons d’édition pour y faire prévaloir leur parti pris idéologique. Dans ces conglomérats médiatiques, on se garde de critiquer les multinationales en ce qu’elles uniformisent la culture mondiale de manière inouïe, corrompent les États, pervertissent les universités et contribuent à creuser gravement les inégalités sociales. En taisant ces points majeurs, l’intellectuel organique trahit son simple rôle de propagandiste et son confit d’intérêt.
Passer à la télé est une chose. Y rester à demeure nous fait prendre les plis. Un signataire de livres qui s’y habitue n’y échappera pas. On entendra davantage l’agitateur public en lisant son livre que l’intellectuel prétendu lorsqu’il sévit à la télévision.
Ces petits soldats de la propagande sont nombreux. Les dispositifs informatiques les font se multiplier comme les rhinocéros d’Ionesco. Le phénomène est impressionnant et mérite d’être étudié à sa juste échelle.
Les essais d’Alain Deneault

Finaliste dans la catégorie essai du Prix littéraire du Gouverneur général du Canada 2025 






Sélection préliminaire dans la catégorie essai 2023 du Prix des libraires du Québec 
Finaliste dans la catégorie essai 2020 du Prix des libraires du Québec 

Le choix du public en 2017 – Les incontournables à Radio-Canada 
Finaliste dans la catégorie essai 2013 du Prix du Gouverneur général du Canada 







Prix Pierre-Vadeboncoeur pour l’essai de l’année 2014 



-
Alain Deneault et Jason Ward seront à la réunion «Utilisation de paradis fiscaux extraterritoriaux» du Comité permanent des finances de la Chambre des communes du Parlement du Canada

Photo – Site web du Parlement du Canada – Comité FINA Alain Deneault participera avec Jason Ward, analyste principal du CICTAR (Centre for International Corporate Tax Accountability and Research) à la réunion ayant pour titre Utilisation de paradis fiscaux extraterritoriaux du Comité permanent des finances (FINA) [ no 14 – 1ère session – 45e législature ] de la Chambre des communes du Parlement du Canada qui aura lieu le mercredi 19 novembre 2025 de 16 h 30 à 18 h 30 et qui sera diffusée sur ParlVu.
« Un comité est composé de députés, ou de députés et de sénateurs dans le cas de comités mixtes, choisis pour étudier toute question renvoyée par la Chambre ou toute question reliée à son mandat. Il existe différents types de comités : permanents, législatifs, spéciaux et mixtes. La plupart sont des comités permanents.
[…] Le mandat du Comité permanent des finances consiste à examiner toutes les questions relatives au mandat, à l’administration et au fonctionnement de certains ministères et organismes fédéraux, dont le ministère des Finances et l’Agence du revenu du Canada, et à en faire rapport, ainsi qu’à mener des consultations prébudgétaires.» – Parlement du Canada


Alain Deneault – Photo © Audet photo et Jason Ward – Photo sur le site CICTAR Participation d’Alain Deneault et Jason Ward à la réunion Utilisation de paradis fiscaux extraterritoriaux du Comité permanent des finances (FINA) de la Chambre des communes du Parlement du Canada – Durée : 55 min 13 sec – 19 novembre 2025 
Utilisation de paradis fiscaux extraterritoriaux
Comité permanent des finances (FINA)
Alain Deneault (à titre personnel), professeur (par vidéoconférence)
Jason Ward, analyste principal de CICTAR (Centre for International Corporate
Tax Accountability and Research (par vidéoconférence)
Réunion 14 - 45e législature, 1re session
Mercredi 19 novembre 2025 - 16 h 30 à 18 h 30 (HNE)
Édifice Wellington, Pièce 430, 197, rue Sparks, Ottawa
Webdiffusion sur ParlVu







-
Simon Paré-Poupart: le vidangeur qui a transformé nos déchets en best-seller
7 Jours
Par Alicia Bélanger-Bolduc
13 novembre 2025Simon Paré-Poupart semblait peu destiné à cette rencontre. Après plusieurs années comme éboueur, il a pourtant publié Ordures!, un ouvrage sur nos habitudes de consommation et la perception sociale de son métier. En quelques mois seulement, son livre a connu un succès retentissant, au point qu’il est désormais reconnu dans la rue pendant son travail. Figure atypique dans son milieu, il inspire tout en dressant un portrait authentique et révélateur de notre société.
[…] Comment est venue l’idée d’écrire un tel livre?
J’ai fait ma maîtrise aux côtés de l’auteur Alain Deneault et il a joué un rôle de passeur dans ma vie. Je ne viens pas du milieu des arts et des lettres; sans lui je ne crois pas que je me serais permis d’écrire un livre. Il était mon directeur de stage au moment où je parlais de déchets, et il m’a convaincu que je devais écrire un livre sur le sujet. Il m’a présenté un éditeur — je ne savais même pas ce que c’était! Il avait un regard extérieur sur mon milieu qui le rendait tout à coup fascinant. Il a mis en lumière un discours qui m’habitait, mais dont je ne connaissais pas la valeur puisque pour moi, c’était banal. […]



Photo © Ísjaki Studio – Alain Deneault et Simon Paré-Poupart à la 22e édition du Salon du livre de la Péninsule acadienne Simon Paré-Poupart, titulaire de la maîtrise de l’École nationale d’administration publique (ENAP, Québec) a été collaborateur au livre De quoi Total est-elle la somme ? Multinationales et perversion du droit d’Alain Deneault, comme assistant à la rédaction.


-
L’essai Faire que ! d’Alain Deneault est la lecture du mois de la Bibliothèque Aldéa-Landry

« LECTURE DU MOIS | Faire que! L’engagement politique à l’ère de l’inouï d’Alain Deneault. Comment s’orienter dans un monde bouleversé par des crises écologiques sans précédent, face auxquelles ni les États ni le capital ne semblent pouvoir remédier?
Dans Faire que! Alain Deneault nous invite à réfléchir à nos façons d’agir à l’ère de l’inouï, une époque où aucun repère historique ne permet d’appréhender les catastrophes qui s’annoncent. Il dénonce la confusion semée par l’extrême droite, la perte de sens provoquée par le libéralisme et l’écoanxiété qui nous fige trop souvent dans l’inaction.
Plutôt que de céder à la sidération, M. Deneault nous encourage à penser autrement, hors des programmes figés, à nous ancrer dans les territoires à travers le concept de biorégion et à livrer la guerre à la médiocratie. Il nous pousse à mal faire les choses, faire mal, à évoquer les enjeux qui dérangent, et surtout à penser et agir collectivement. Avec la lucidité qu’on lui connaît, il nous rappelle que le moment est venu de faire que! […] Bonne lecture ! » – Bibliothèque Aldéa-Landry
-
Les Gaspésiens doivent-ils mieux planifier leurs projets miniers?
Radio-Canada
Par David Fillion
6 novembre 2025Les Gaspésiens gagneraient à mieux réfléchir et planifier le développement de projets miniers, comme celui envisagé à Murdochville et celui prévu dans les environs de Paspébiac. C’est du moins l’une des conclusions qui se dégagent du panel qui s’est exprimé, mercredi soir, au cégep de Gaspé, sur la question du développement minier en Gaspésie.
L’activité de mercredi soir, organisée par Solidarité Gaspésie, a permis à trois panélistes et une soixantaine de citoyens d’échanger et de réfléchir à savoir si la Gaspésie peut se passer de grands projets miniers, comme elle en a déjà connu par le passé.
[…] L’auteur et professeur de philosophie à l’Université de Moncton, Alain Deneault, lance quant à lui qu’il faut garder un œil attentif sur les projets miniers. Selon lui, le Québec n’est pas suffisamment sévère envers les compagnies d’exploitation. Il croit que les citoyens doivent être beaucoup plus exigeants avant d’accepter qu’un projet s’implante dans leur communauté.
«
Le Québec est à l’exploitation minière dans l’histoire ce que les Bahamas ou le Luxembourg sont à la finance. C’est un État extraordinairement permissif. […] La situation dans laquelle on est ne nous permet pas de penser en somnambule et de faire comme si tout allait continuer comme avant
», envoie-t-il. […]Photo © Radio-Canada – Archives
Les activités minières représentent-elles une voie d’avenir pour la Gaspésie ? Panel organisé par Solidarité Gaspésie qui a eu lieu au Cégep de Gaspésie – Captation par Télé-Gaspé – L’extrait avec Alain Deneault débute à 18 min 01 sec – Durée: 2 h 13 min 55 sec – 5 novembre 2025« Voici la captation intégrale de cette soirée de réflexion consacrée aux enjeux miniers en Gaspésie. La question du développement minier est souvent abordée dans le contexte de la transition énergétique ou encore écologique, d’un point de vue mondial ou local. Avec l’annonce de projets miniers sur son territoire ou à proximité, la Gaspésie est directement concernée par cet enjeu. Cette conférence réunit un panel de trois experts aux profils complémentaires : Julie Reid-Forget, Gaétan Lelièvre et Alain Deneault, qui abordent la question des activités minières en Gaspésie sous différents angles. Que vous soyez plutôt favorable ou plutôt réservé quant au développement minier, cet échange approfondi vous permettra d’enrichir votre réflexion sur le sujet. La captation inclut également la période d’échanges avec le public. » – TG, Télé-Gaspé
« Le 5 novembre dernier, Solidarité Gaspésie organisait un panel public pour débattre de la question : « Les activités minières représentent-elles une voie d’avenir pour la Gaspésie ? ». Les invités étaient Julie Reid Forget, Gaétan Lelièvre et Alain Deneault. Dans cet extrait, ils répondent à la question centrale : la Gaspésie peut-elle se « payer le luxe » de refuser ces projets ?. Leur analyse explore les coûts non calculés, l’impact régional sur les services publics et la « société du gaspillage » qui alimente la demande. L’intégralité de ce panel de 2 h 30 est disponible sur http://www.telegaspe.ca. » – TG, Télé-Gaspé – Durée : 11 min 5 secondes



-
Vulgaires Machins, avec nous, face au monde
Le Devoir
Par Philippe Renaud
8 novembre 2025Vulgaires Machins, avec nous, face au monde
Le neuvième album des vétérans du punk québécois possède des textes lucides et des musiques audacieuses.
Vulgaires Machins lancera le 14 novembre un puissant et urgent neuvième album, conceptuel dans son propos et sa direction musicale, intitulé Contempler l’abîme, sur lequel le quatuor punk atteint la limite de ce qu’il pouvait tolérer d’inégalités, d’injustice et de canicules : « Mesdames et messieurs c’est la fin / Il était temps qu’on y arrive / Il aura fallu qu’on décrisse / Les trois quarts de tout ce qui existe », chante, comme on assomme quelqu’un d’un coup de pelle, Guillaume Beauregard dès les premières secondes de l’album.
« Moi, mon coup de pelle dans la face, c’est Alain Deneault qui me l’a donné », raconte Guillaume Beauregard.Il y a deux ans, un ami l’a incité à s’inscrire à un atelier d’écriture engagée en petit comité dans le village de Miscou, en péninsule acadienne, avec le philosophe et écrivain québécois réputé pour sa recherche et sa réflexion sur l’économie, le consumérisme ou encore le capitalisme.
« J’ai reconnu son approche de la littérature engagée, poursuit Beauregard. L’importance de faire mal en écrivant. De puncher. De ne pas se complaire dans notre rôle. Cette rencontre a réveillé quelque chose qui dormait depuis Aimer le mal », classique de la discographie des Machins, paru en 2002. « C’est comme si je retrouvais le sentiment d’écrire une chanson comme Un vote de moins, sur laquelle j’étais plutôt vulgaire, très enragé, sans compromis. Tout ça est réapparu, comme si je vivais une petite épiphanie. Cette énergie, j’ai envie de l’exploiter encore pour parler de l’effondrement qui s’en vient.
[…] Enfin, que désirez-vous que les fans retiennent de ce nouvel album ? « Qu’ils ne sont pas seuls, répond Guillaume Beauregard. Comme dans Speak White de Michèle Lalonde, un poème que j’ai revisité pendant l’écriture de l’album. Ça aussi, ça a été reçu comme un coup de pelle dans la face. « Nous savons que nous ne sommes pas seuls », écrit-elle. Je trouve que ça résume bien ce qu’on doit faire : c’est ensemble, collectivement, que tout a du sens. »
Les essais d’Alain Deneault

Finaliste dans la catégorie essai du Prix littéraire du Gouverneur général du Canada 2025 






Sélection préliminaire dans la catégorie essai 2023 du Prix des libraires du Québec 
Finaliste dans la catégorie essai 2020 du Prix des libraires du Québec 

Le choix du public en 2017 – Les incontournables à Radio-Canada 
Finaliste dans la catégorie essai 2013 du Prix du Gouverneur général du Canada 







Prix Pierre-Vadeboncoeur pour l’essai de l’année 2014 



-
Débattre
Acadie Nouvelle
Par Alain Deneault
31 octobre 2025Débattre
Lorsque j’ai quitté les grandes villes pour m’installer en Acadie, les urbains me l’ont promis : jamais je ne me ferais aux cancans de villages et à la surveillance indiscrète des voisins.
Leurs préjugés tenaient lieu de savoir, car on s’accommode plutôt aisément de ce qui nous apparaît plutôt comme le fait d’une bienveillante solidarité. Oui, un réseau de gens nous identifie au lieu-dit qu’on habite ainsi qu’à une lignée familiale. Quand tout se passe bien, il n’y a rien de dérangeant à ce que l’entourage nous sache tel jour malade ou connaisse nos défis avec le jardin, s’il
s’ensuit un soutien, dans la même mesure où l’on se sait ravi de pouvoir prêter main-forte à une personne devenue familière qui traverse des difficultés non loin ? On en vient parfois à regretter de ne pas mieux connaître les gens de son entourage.Ce qui peut davantage gêner toutefois, au fait d’appartenir à un peuple dont la portée démographique est restreinte, relève plutôt du recoupement des rôles sociaux occupés par une même et seule personne. Lorsqu’on arrive, il n’est pas rare qu’on découvre sur le tard que le bénévole qui s’active avec soi dans une association, le mari d’une de ses collègues dont on a beaucoup entendu parler et
l’agent professionnel qui s’occupe des affaires d’une de ses amies… sont en réalité la même personne.Cette façon de revenir inéluctablement à la même poignée de gens, nonobstant la diversité des offices qui se trouvent remplis, a quelque chose de troublant. Comme m’avait prévenu un collègue professeur à mon arrivée en Acadie, « la patinoire est petite ». On se voit jouer plusieurs rôles pour amplifier la portée de la communauté, pour la faire croître au-delà de ses limites réelles.
Pour comprendre l’Acadie, souvent décrite à la manière d’une île imaginaire dans sa littérature (voir les travaux d’Andrée Mélissa Ferron, professeure à Shippagan), la spécialiste du monde insulaire (et de la Corse en particulier), Anne Meistersheim, peut nous accompagner. Elle décrit l’île tel un circuit fermé où il faut apprendre, pour résister à la trop grande promiscuité, à manier le masque et à construire les labyrinthes. D’où le titre de son livre, « Le labyrinthe et les masques » (Albiana 2012).
Pourquoi les masques ? Pour entourer de mystère la vie d’autrui autant que la sienne, parce qu’en réalité, nous en connaissons trop les faits et gestes ainsi que les travers. Nous préservons ainsi cette part d’intimité que nous souhaitons tous ménager. Le précepte : feins d’ignorer ce qu’il en est de moi quant à un certain nombre de choses, tablant sur le gage réciproque que moi aussi, je simulerai d’ignorer ce que je suis à même de savoir sur toi.
On recourt « au procédé des masques », à porter, « pour pouvoir supporter les situations créées par la surveillance constante et mutuelle de la communauté », écrit Meistersheim. Comme « tout le monde sait à peu près tout sur tout le monde, mais n’est pas censé le savoir », les masques, les parades, les faux-semblants, les feintes consistent à jouer mutuellement l’ignorance sur la vie privée d’autrui, et ce, pour éviter de rendre « la vie sociale impossible ». Évoquant a contrario l’exemple du touriste, Anne Meistersheim ajoute : « seul le naïf étranger peut se permettre d’être totalement lui-même et de se mettre à nu ».
Le labyrinthe, lui, symbolise la contorsion des discours et le caractère alambiqué des représentations dont on est amené à faire preuve, pour que se déploie l’impression d’un espace social fait de dédales – alors qu’on en connaît en réalité tous les accès et racoins. « La déambulation labyrinthique allonge et complexifie l’espace, on trouve des comportements qui permettent dans une certaine mesure de pallier la faiblesse du nombre des relations sociales possibles. » On y ajoute une multitude de barrières psychologiques pour éviter trop rapidement l’empiétement. Là aussi, seul l’étranger ignore que « l’espace insulaire est toujours approprié ». En témoigne « la liberté – illusoire – avec laquelle il parcourt cet espace. Il traverse sans le savoir de multiples frontières invisibles qui marquent l’espace ».
Mais le bât blesse lorsqu’il s’agit, dans une telle réalité sociologique, d’entretenir un débat public. Comment, en Acadie, sur d’importantes questions de société, animer des discussions politiques et morales en défendant des positions
tranchées, quand on connaît personnellement le contradicteur avec qui on se trouve à échanger, lorsque celui-ci est en même temps en périphérie de son cercle d’amis et l’employeur de sa sœur ? Une telle communauté a alors tendance à tout régler sous cape. Naissent éventuellement des réseaux d’influence plutôt occultes, quoique précaires, d’où l’impression céans d’être encore entourés d’une Patente 2.0 qui régit la vie sociale dans de supposées
officines (Acadie Nouvelle, 12 décembre 2023).Pour participer au débat public, dans un contexte où il est à peu près impossible de lire l’Acadie Nouvelle, ou d’écouter « L’heure de pointe » de Radio-Canada, sans repérer au moins quelqu’un qu’on connaît personnellement, exige de celles et ceux qui se risquent à cette joute d’arborer à nouveau un masque lors des nécessaires rencontres interpersonnelles. C’est de bon aloi. Pour tenir
publiquement un propos conforme à ses convictions, quoiqu’il puisse choquer, il convient de mettre le débat public légèrement à distance. Y prendre part comme à un jeu de société ou à un sport.On conçoit tout à fait la rivalité qu’il peut y avoir autour d’une table de jeu sans pour autant s’en tenir rigueur une fois les hostilités terminées. On peut, de même, participer de manière sincère à la discussion publique sans animosité. Les jeux nous invitent à cette éthique. Tout comme les sports, le droit ou la politique. Les passes d’armes n’empêchent pas nécessairement la bonne entente.
Disons-le-nous, à la condition de ne point reléguer la parole à un jeu de pure forme. Elle n’est pas vaine et vise à faire effet. La pensée critique ne démord pas.

-
Légendes du tennis canadien – Un article d’Alain Deneault dans le Monde diplomatique
Le Monde diplomatique
Par Alain Deneault
Novembre 2025, page 19Quand le sport éclipse la guerre
Légendes du tennis canadien
Classée à la 350e place mondiale des joueuses de tennis fin 2024, Victoria Mboko s’est hissée au 23e rang huit mois plus tard, après avoir défait quatre anciennes gagnantes d’épreuves du grand chelem. La victoire au tournoi du Canada à l’âge de 18 ans de la joueuse d’origine congolaise a emballé les médias, toujours prêts à produire des mythologies sportives qui occultent l’essentiel.
Une icône vient de naître. Victoria Mboko correspond à tous points de vue à la représentation qu’idéalise un libéral canadien. La jeune joueuse de tennis de 18 ans, qui porte le prénom d’une reine britannique, a certes vu le jour aux États-Unis, mais ses parents, d’origine congolaise, en ont fait délibérément une Canadienne dès l’âge de 5 ans, en choisissant de s’installer en Ontario. La nouvelle coqueluche des médias incarnerait la réussite des politiques multiculturelles. Noire issue de l’immigration, elle sait promouvoir sa culture d’origine tout en affichant les marqueurs de la réussite au Canada : un anglais parfait, beaucoup d’argent et du goût — témoins, les produits cosmétiques de luxe qu’elle affectionne.
Fait rare, cette habitante de Toronto, la métropole financière du Canada, n’a rien pour déplaire aux Québécois. Elle parle aisément français, la langue de ses parents. Elle a été entraînée par le Québécois Pierre Lamarche, ancien capitaine de l’équipe canadienne de Coupe Davis, puis par la Française Nathalie Tauziat, après un court séjour en Belgique wallonne, dans l’académie de Justine Hénin. « Montréal, je vous aime », proclamait-elle après sa victoire au tournoi du Canada, disputé en juillet-août 2025 dans la grande ville francophone d’Amérique du Nord, « sa terre promise » selon M. Cyprien Mboko, son père.
Des concessions minières à prendre
Cette figure montante du tennis mondial permet aux Canadiens de refouler une page sombre de leur histoire, là où un autre récit devrait émerger. Les parents Mboko ont fui la République démocratique du Congo (RDC) en 1999. Les médias à l’unisson se contentent d’évoquer des « tumultes » et l’« agitation » politique qui y régnait, sans jamais aller voir plus loin. Car, enfin, (…)
-
« Félicitations à Alain Deneault! » – Université de Moncton

Photo © Audet photo 
« Le Conseil des arts du Canada a dévoilé la liste des finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général 2025, et Alain Deneault, professeur de philosophie et de sociologie au campus de Shippagan de l’Université de Moncton, figure parmi les finalistes dans la catégorie Essais pour son ouvrage Faire que! L’engagement politique à l’ère de l’inouï.
Les Prix littéraires du Gouverneur général, parmi les distinctions les plus prestigieuses au pays, célèbrent chaque année la richesse de la littérature canadienne et mettent en lumière le talent des créatrices et créateurs d’ici.
Les lauréates et lauréats seront annoncés le 6 novembre 2025. » – Université de Moncton
-
Prix littéraires du Gouverneur général – Katia Belkhodja et Angelina Guo parmi les finalistes

Photo © Patrick Sanfaçon – Archives – La Presse La Presse
Par Laila Maalouf
Littérature
21 octobre 2025Le Conseil des arts du Canada a dévoilé mardi matin les titres finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général, qui seront remis le mois prochain.
[…] Dans la catégorie Essais, les finalistes sont Faire que ! : L’engagement politique à l’ère de l’inouï, d’Alain Deneault (Lux), Mourir de froid, c’est beau, c’est long, c’est délicieux, de Nathalie Plaat (Les Presses de l’Université de Montréal), Recueillir, de Louise Warren (Éditions du Noroît), Soigner, écrire, de Ouanessa Younsi (Les Presses de l’Université de Montréal), et Tu viens d’où ? Réflexions sur le métissage et les frontières, de Maïka Sondarjee (Lux).
[…] Les lauréats des sept catégories seront annoncés le 6 novembre prochain.
-
Deux œuvres de l’Acadie parmi les finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général
Acadie Nouvelle
Par Sylvie Mousseau
21 octobre 2025Alain Deneault, Danielle LeBlanc et Dominique Robichaud sont en lice pour les Prix littéraires du Gouverneur général 2025.
[…] L’essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï (Lux Éditeur) d’Alain Deneault de Petite-Rivière-de-L’Île, dans la Péninsule acadienne, est finaliste dans la catégorie essais. Cet ouvrage du philosophe et professeur à l’Université de Moncton, campus de Shippagan, est qualifié d’incisif et original. Dans cet essai, l’auteur invite notamment le lecteur à explorer un nouveau mode d’engagement politique, la biorégion, peut-on lire dans la description du livre.
Alain Deneault qui est l’auteur de plusieurs essais a déjà été finaliste pour les Prix littéraires du Gouverneur général en 2013. Les lauréats des Prix GG seront dévoilés le 6 novembre.
-
Le 35e Salon du livre de Dieppe s’ouvre sur le monde
Radio-Canada
Par Pierre-Philippe LeBlanc
22 octobre 2025Le 35e Salon du livre de Dieppe, au Nouveau-Brunswick, met l’accent cette année sur un dialogue entre l’Acadie et le reste du monde.
L’événement qui a lieu du 23 au 26 octobre compte sur la participation de plus de 60 auteurs, indique sa directrice, Morgane Bonamy.
« On a bien sûr des auteurs du Nouveau-Brunswick et du Québec et on a été cherché des auteurs français, des auteurs de l’Afrique. […] C’est quand même une ouverture, vraiment l’ouverture à différentes cultures et au monde. » – Morgane Bonamy, directrice du Salon du livre de Dieppe
[…] Une soirée littéraire vendredi au CCNB ayant pour thème Sujet de société rassemble les auteurs Alain Deneault, Sonia Mascolo, Francine Bujold, Fadwa Lapierre, Louise Morneault et Sébastien St-Croix Dubé.

Face à face « nature anxieuse »
Avec Alain Deneault et Sébastien St-Croix Dubé
Salon du livre de Dieppe
Samedi 25 octobre 2025 - 13 h 25 à 13 h 45
Collège communautaire du Nouveau-Brunswick (CCNB)
505 Rue du College, Dieppe, NB E1A 6X2
Entrée gratuite
______________________________________________________
Face à face « politique »
Avec Alain Deneault et Réal Godbout
Salon du livre de Dieppe
Samedi 25 octobre 2025 - 17 h 40 à 18 h 10
Collège communautaire du Nouveau-Brunswick (CCNB)
505 Rue du College, Dieppe, NB E1A 6X2
Entrée gratuite« Lux Éditeur est au Salon du livre de Dieppe, grâce à la redoutable équipe de la Librairie Pelagie ! Retrouvez-nous jusqu’à dimanche au kiosque #23.
Alain Deneault, invité d’honneur, participe à plusieurs activités et séances de dédicaces. » – Lux Éditeur
-
Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï parmi les finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général
Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï d’Alain Deneault fait partie des finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général de 2025 dans la catégorie essai. L’annonce des livres gagnants sera le 6 novembre 2025.
« Les livres sélectionnés comme finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général 2025 motivent les lectrices et lecteurs de tout âge à rêver et à découvrir des récits captivants en s’y laissant plonger. Chacune de ces œuvres littéraires offre un point de vue différent sur le Canada et le monde. Ces livres ont le pouvoir d’approfondir les liens qui unissent les gens, de bâtir des communautés et d’imaginer un avenir meilleur. Le Conseil des arts du Canada est honoré de célébrer les voix canadiennes uniques représentées dans ces œuvres littéraires exceptionnelles. »— Michelle Chawla, directrice et chef de la direction, Conseil des arts du Canada
Les finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général de 2025 dans la catégorie essai :
Tu viens d’où? Réflexions sur le métissage et les frontières – Maïka Sondarjee (Gatineau, Québec), Lux Éditeur
Faire que! L’engagement politique à l’ère de l’inouï – Alain Deneault (Petite-Rivière-de-l’Île, Nouveau-Brunswick), Lux Éditeur
Mourir de froid, c’est beau, c’est long, c’est délicieux – Nathalie Plaat (Sherbrooke, Québec), Les Presses de l’Université de Montréal (Les salicaires)
Recueillir – Louise Warren (Saint-Lambert, Québec), Éditions du Noroît
Soigner, écrire – Ouanessa Younsi (Montréal, Québec), Les Presses de l’Université de Montréal
-
Une performance comme uppercut – Use et abuse au Théâtre Périscope
Use et abuse – Une performance comme uppercut
« Artistes québécois.e.s à la parole déliée et vive, Alix Dufresne et Christian Lapointe s’emparent de la vidéo-conférence intitulée « Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art » donnée par le philosophe Alain Deneault en 2021 et tirée de son livre L’économie esthétique. À l’invitation de l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick, cette visioconférence tente de montrer comment le capitalisme maintient sous pression les artistes et les incitent à devenir rentables.
Les deux artistes proposent une performance déjantée et incisive avec, comme toile de fond et projetée sur écran, la prise de parole controversée du philosophe. Ils y mettent en jeu la notion de marchandisation et les mécanismes de détournement de l’art, et ce, par la création d’un encan de JNF (NFT) fabriqués en direct devant public. Leurs corps deviennent outils de création, mais aussi paradoxalement de promotion et de contestation : chair brutalisée par l’économie de la culture en quête d’une réappropriation de l’agentivité propre à la pratique de l’art.
Initié par le metteur en scène et acteur Christian Lapointe, USE ET ABUSE est venu clore, joué à guichet fermé, la résidence d’Alix Dufresne en tant qu’artiste associée à l’USINE C de 2022 à 2025. Elle s’allie naturellement à lui pour ce projet et poursuit ainsi sa recherche autour des réflexions d’Alain Deneault, telle qu’amorcée avec Hidden Paradise créé en 2018 sur le thème de l’évasion fiscale. Ici les deux artistes donnent corps à une forme hybride, à la fois ludique, performative et politique, laissant place à l’imprévisible à chaque représentation. » – Théâtre Périscope
Use et abuse
Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
Inspiré de la conférence d'Alain Deneault
Une production de Carte blanche
9 au 12 décembre 2025 - 19 h 30
13 décembre 2025 - 16 h
Théâtre Périscope - Salle principale - 2, Crémazie Est, Québec
Durée 1 h - Billetterie ici
*Traumavertissement
Cette œuvre contient des scènes de nudité, de violence et de sexualité.
Elle peut heurter la sensibilité de certain·es spectateur·trices.
* 18 ans et plus – preuve d’identité requise.







Photos © Maxim Paré Fortin 
Conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art – diffusée sur VIMEO par l’AAAPND (Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick).
-
Escape from the Planet of the Mines – Canada’s Resource Imperialism
L’animateur Dave du balado Alberta Advantage Podcast partage et commente des extraits (mises à jour) d’un épisode enregistré en 2021 animé par la journaliste Kate Jacobson en présence du Teams Advantage Joel et Patrick au sujet « de la manière dont l’État canadien facilite l’extraction des ressources à l’intérieur de ses frontières et dans le monde au détriment du bien commun et à quoi pourrait ressembler l’exploitation minière dans une société meilleure ».
Des extraits du livre d’Alain Deneault et William Sacher Paradis sous terre. Comment le Canada est devenu la plaque tournante de l’industrie minière mondiale – ouvrage qui a été traduit en anglais sous le titre Imperial Canada Inc.: Legal Haven of Choice for the World’s Mining Industries – sont cités dans le balado, notamment à partir de 18 min 57 sec.
« Canada exists to put holes in the ground and extract surplus value for shareholders. In this episode, originally recorded in 2021, Team Advantage opens the Canadian trench-coat to find total corporate impunity. We discuss how the Canadian state facilitates resource extraction within its borders and around the world at the expense of the common good, then imagine what mining might look like in a better society. » – Alberta Advantage Podcast, 14 octobre 2025
Qui est Alberta Advantage Podcast ? « Fresh from the birthplace of Canadian socialism! Based in Calgary, Alberta, we are fine purveyors of commentary and analysis on local and provincial politics. »
Les extraits des livres cités dans le balado :
Canada In The World: Settler Capitalism and the Colonial Imagination – Tyler Shipley
Imperial Canada Inc.: Legal Haven of Choice for the World’s Mining Industries – Alain Deneault & William Sacher
Planetary Mine: Territories of Extraction under Late Capitalism – Martín Arboleda
Canadian Mining in Ecuador series – Brandi Morin

-
Use et abuse à La Chapelle Scènes Contemporaines
« Alix Dufresne et Christian Lapointe, artistes québécois·e·s à la parole déliée et vive, s’emparent de la vidéo-conférence intitulée Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art donnée par le philosophe Alain Deneault en 2021 et tirée de son livre L’économie esthétique. À l’invitation de l’Association acadienne des artistes professionnels du Nouveau-Brunswick, cette visioconférence tente de montrer comment le capitalisme maintient sous pression les artistes et les incitent à devenir rentables.
Alix Dufresne et Christian Lapointe proposent une performance déjantée et incisive avec, comme toile de fond et projetée sur écran, la prise de parole controversée du philosophe Deneault. Ils y mettent en jeu la notion de marchandisation et les mécanismes de détournement de l’art, et ce, par la création d’un encan de JNF (NFT) fabriqués en direct devant public. Leurs corps deviennent outils de création, mais aussi paradoxalement de promotion et de contestation : chair brutalisée par l’économie de la culture en quête d’une réappropriation de l’agentivité propre à la pratique de l’art.
Initié par le metteur en scène et acteur Christian Lapointe, Use et abuse est venu clore, joué à guichet fermé, la résidence d’Alix Dufresne en tant qu’artiste associée à l’USINE C de 2022 à 2025. Elle s’allie naturellement à lui pour ce projet et poursuit ainsi sa recherche autour des réflexions d’Alain Deneault, telle qu’amorcée avec Hidden Paradise créé en 2018 sur le thème de l’évasion fiscale. Ici les deux artistes donnent corps à une forme hybride, à la fois ludique, performative et politique, laissant place à l’imprévisible à chaque représentation. Pour public averti. » – La Chapelle Scènes Contemporaines
Use et abuse
Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
Inspiré de la conférence d'Alain Deneault
Une production de Carte blanche
1er au 6 décembre 2025 - 19 h 30
La Chapelle Scènes Contemporaines
Durée 1 h - Billetterie ici
Pour un public de 18 ans et plus
Présenté an français avec surtitrage en anglais les 2 et 5 décembre.
La représentation du 5 décembre sera suivie d'une discussion entre
Alain Deneault (présence à distance), Alix Dufresne et Christian Lapointe.
Une table de vente, tenue par la librairie Le Port de tête, sera présente
lors des représentations, proposant une sélection d’ouvrages
d’Alain Deneault et de Christian Lapointe.







Photos © Maxim Paré Fortin 
Conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art – diffusée sur VIMEO par l’AAAPND (Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick).
-
Alain Deneault, invité d’honneur à la 35e édition du Salon du livre de Dieppe
Alain Deneault est l’invité d’honneur à la 35e édition du Salon du livre de Dieppe qui se tiendra du 23 au 26 octobre 2025.
Alain Deneault participera à la soirée littéraire Sujet de société le vendredi 24 octobre et deux « Face à face » le samedi 25 octobre dont le premier « Nature anxieuse» avec Sébastien St-Croix Dubé et le deuxième « Politique » avec Réal Godbout. Il sera également présent au kiosque # 23 de Lux Éditeur pour deux séances de dédicaces.
« Cette année, le Salon du livre de Dieppe a la chance d’accueillir pas moins de 58 auteur·es. Les thématiques abordées – de l’Acadie à la nutrition, en passant par les peuples autochtones, le développement personnel et l’autisme – sauront ravir petits et grands ! » – Salon du livre de Dieppe

Soirée littéraire - Sujet de société
avec Alain Deneault, Sonia Mascolo, Francine Bujold, Fadwa Lapierre,
Louise Morneault et Sébastien St-Croix Dubé
Vendredi 24 octobre - 18 h 30 à 20 h
Collège Communautaire du Nouveau-Brunswick (CCNB)
505 Rue du College, Dieppe, NB E1A 6X2
Entrée gratuite

Face à face « nature anxieuse »
Avec Alain Deneault et Sébastien St-Croix Dubé
Salon du livre de Dieppe
Samedi 25 octobre 2025 - 13 h 25 à 13 h 45
Collège communautaire du Nouveau-Brunswick (CCNB)
505 Rue du College, Dieppe, NB E1A 6X2
Entrée gratuite
______________________________________________________
Face à face « politique »
Avec Alain Deneault et Réal Godbout
Salon du livre de Dieppe
Samedi 25 octobre 2025 - 17 h 40 à 18 h 10
Collège communautaire du Nouveau-Brunswick (CCNB)
505 Rue du College, Dieppe, NB E1A 6X2
Entrée gratuite« Rejoignez-nous pour une soirée autour des sujets de société qui nous touchent tous, où auteurs et participants échangeront sur des thèmes actuels et passionnants. Un moment de réflexion, de partage et de découverte vous attend ! Venez avec vos questions, vos idées… et votre curiosité. »
-
Paradis fiscaux et dérives géopolitiques : comment penser l’État ?
Alain Deneault a été invité par le Syndicat de Champlain (CSQ) pour une conférence ayant pour titre : Paradis fiscaux et dérives géopolitiques : comment penser l’État ? qui aura lieu le mardi 28 octobre 2025 à 18 h 30.
« Avec cette conférence, il vous offre l’occasion de réfléchir autrement et de comprendre ce qui se passe de l’autre côté du rideau. C’est un rendez-vous à ne pas manquer ! » – Syndicat de Champlain (CSQ)
Le Syndicat de Champlain (CSQ) regroupe 13 500 membres issus du domaine de l’éducation, dont près de 10 500 enseignantes et enseignants et plus de 3 000 employées et employés de soutien qui travaillent pour les centres de services scolaires des Patriotes, Marie-Victorin et de la Vallée-des-Tisserands.
Paradis fiscaux et dérives géopolitiques : comment penser l'État ?
Conférence d'Alain Deneault
Mardi 28 octobre - 18 h 30
Syndicat de Champlain - Salle Lionel-Bergeron au 2e étage
7500 chemin de Chambly, Saint-Hubert, Québec, J3Y 3S6
Un buffet froid sera servi à compter de 18 h
Inscription obligatoire ici



Essais sur les paradis fiscaux d’Alain Deneault
-
La game
Acadie Nouvelle
Par Alain Deneault
6 octobre 2025La game
On regarde une bande de gars s’amuser.
On est de plus en plus nombreux à se plaire à regarder une bande de gars s’amuser. Vraiment beaucoup. Ça finit par coûter un peu d’argent : il a fallu construire un minimum d’infrastructures pour nous contenir, tous nous autres.
Parce qu’on est plusieurs à aimer voir les gars s’amuser et que ça implique un peu d’argent, il y a forcément un type qui se dit qu’on peut faire de cette joie l’objet d’un marché. L’entretenir, l’exalter, l’accroître… Vendre des tickets. D’autant plus qu’une industrie du bavardage, parallèle, s’est développée. Des agitateurs publics et des pleureuses professionnelles – des gars le plus souvent ! – commentent la joie de ceux qui s’amusent et qu’amusent ceux qui les regardent.
Ça marche ! Le cercle s’élargit tout le temps. Ceux qui ne peuvent pas voir directement ceux qui s’amusent, pour en parler après, parlent de ceux qui en disent quelque chose après les avoir vus. Ils disent avoir entendu quelqu’un dire quelque chose à propos de ceux qui s’amusent. Pis ça jase ! Dans les chaumières comme à la télévision, puis sur internet. Ça jase tellement qu’on reproduit dans les studios de télévision les images de chaumières dans lesquelles on parle de ce que les gens disent quand ils ont vraiment vu ceux qui s’amusent. On imite ceux qui imitent ceux qui parlent parce qu’ils ont vu… Ça rétroagit en boucle, on ne se comprend plus. Ça finit par ressembler à une passion. C’est comme ça que l’appellent ceux qui parlent d’après ce que disent ceux qui ont entendu ceux qui ont vu les gars s’amuser.
Pis les images sont arrivées et on a pu voir, tout le monde, le spectacle. Ou médiatiquement plutôt, par des reportages télévisés et montés en direct.
Les types qui s’amusent en sont venus à s’expliquer que leur joie est lucrative et, comme ils sont ceux qui la produisent, qu’ils devraient bien toucher leur part. Mais celui qui s’est habitué à s’enrichir en encadrant ceux qui s’amusent, en vendant des moments de leur joie à ceux qui aiment les regarder, ne veut pas perdre sa rente. Comme il ne peut pas cacher tellement plus longtemps la gimmick dans laquelle ceux qui s’amusent se reconnaissent, il leur propose un marché. Pour que le bargainage affecte peu son flux de revenus, il va accentuer encore plus la dimension commerciale de leur activité joyeuse pour réserver aux gars les nouvelles parts de plus-value. La commandite se met de la partie et la bande de gars qui s’amusaient devient une bande d’hommes-sandwichs qui s’amusent. Ils s’amusent bardés de logos d’entreprises qui financent les revenus importants qu’ils tirent de leur amusement. Ils se disent que ce n’est pas grave, que le monde va s’habituer. Que c’est une business et que la business a sa propre morale, qui s’affranchit de la morale.
Leur amusement fait l’objet désormais d’une telle attention, il devient tellement important, il s’associe à tant d’intérêts qu’il devient très sérieux. S’amuser, jouer devient un sérieux travail. Parce que si on s’amuse trop, si on joue trop, si on ne travaille pas assez, si on ne comprend pas la game, yo !, pas seulement la game mais ta game dans la game, pis la game plus grande encore – ton contrat ! – dans laquelle tu vas jouer ta game dans la game, yo ! yo !, tu risques d’être relégué à des games plus petites qui n’intéressent plus grand monde. Des games mineures ou des games de club-école, qui payent pas.
La vraie game est rendue, elle, pas mal importante, plus importante que juste une game, elle passe parfois pour le substrat symbolique de réalités graves qui n’ont plus rien à voir avec l’amusement : une guerre, des tensions géopolitiques, un gros contrat de télévision, l’enjeu de paris financiers, l’affranchissement d’une communauté culturelle, l’essor d’une minorité sociétale… Tu deviens un symbole. On ne joue pas avec ça. Ou s’il faut être prêt à jouer et à s’amuser, comme on continue de le dire, c’est avec une clavicule cassée, une dent en moins, un cerveau commotionné. Faut être game de jouer la game.
La game, c’est un peu la guerre, finalement. Comme la guerre, c’est toujours aussi toujours un peu une game. Les romanciers du journal qui chantent ton histoire tous les jours te le rappellent. Tu es un guerrier. Même le nom de ton équipement le signale. Ce que tu fais s’appelle la guerre. C’t’un peu pour rire, mais ça s’appelle quand même un peu comme ça. Tu te bats contre l’autre parce que si tu ne le fais pas, il va te faire comprendre que c’est son cas à lui. Il est payé cher pour ça, puis les gens se sont mis à croire que c’est ça qu’ils aimaient : pas tellement voir des gens s’amuser au fond, mais des gladiateurs poussés dans le dos jusqu’à la souffrance, des gars qui souffrent comme tout le monde à l’ouvrage. Ils finissent par donner l’idée que c’est normal de souffrir à l’ouvrage. De pas vraiment aimer ça. Ceux qui regardent ont l’impression, d’un coup, de devenir à leur tour les boss, parce qu’ils ont payé cher leur abonnement au câble, leur chandail ou leur place dans le stade.
Donc, à un moment donné, toi, l’athlète idéal qui s’amusait, tu te demandes si ce cirque a du sens. Comment en es-tu arrivé là ? Pourquoi tant de souffrance, de sacrifices, d’engagement… pour plaire à ceux qui aimaient te voir dans le temps où c’était juste une game… Ceux qui vendent du savon à ceux qui aiment te regarder te surmener associent tes efforts aux vieux souvenirs initiaux qui nous ont conduits là. On ressort les cartes postales brunes et les albums de photos jaunies, celles où tu patinais sur un lac ou sur la patinoire du quartier. On se rappelle le terrain de balle où ta mère t’amenait pratiquer l’été, parce que l’authenticité de l’acte, on peut lui aussi le vendre même si nous en avons perdu complètement le sens.
-
Devenir fasciste…
Le Club de Mediapart
Par Christophe Patillon
1er octobre 2025Le sociologue québécois Mark Fortier n’a pas l’âme d’un guerrier. Alors, face à la montée de l’extrême-droite et à la « déroute de la démocratie sociale et libérale », il a fait son choix : il a décidé de se peindre en brun pour se « fondre dans le décor ».
[…] L’hégémonie culturelle de la gauche : c’est donc fini ! L’endoctrinement des enfants à l’école, c’est terminé: il faut purger1
1 Précisons que Mark Fortier « ne trouve pas les purges plus acceptables parce que ce sont (ses) semblables [les progressistes] qui tiennent le rôle de l’inquisiteur ». Il critique ici certaines actions de militants de gauche sur les campus américains dont la droite radicale a su faire son miel en son temps. Alain Deneault aborde également cette question dans Moeurs. De la gauche cannibale à la droite vandale (Lux, 2022).
-
L’économie de la nature d’Alain Deneault fait partie de la bibliothèque d’autodéfense intellectuelle d’Élucid

L’économie de la nature, qui est le premier opuscule du Feuilleton théorique : Les Économies d’Alain Deneault, fait partie de la bibliothèque d’autodéfense intellectuelle d’Élucid. Cette bibliothèque est « un ensemble de synthèses d’ouvrages pour développer l’esprit critique. Des fiches de lectures riches et faciles d’accès à lire ou à écouter. »
« L’économie de la nature (2019) est la première publication d’un « feuilleton théorique » dans lequel Alain Deneault analyse le sens attribué au terme « économie » à travers l’histoire. Dans cet ouvrage, il explique comment les premiers « économistes » ont dévoyé ce terme pour fonder une science de l’agriculture. » – Élucid, 26 septembre 2025





-
Cinq rendez-vous à ne pas manquer au FIL

Photo © Alain Roberge – Archives La Presse La Presse
Par Laila Maalouf
20 septembre 2025Dès mercredi, le Festival international de la littérature (FIL) mettra la lecture sur scène avec des spectacles et des rencontres – payants ou gratuits – dans divers lieux de la métropole. Voici cinq suggestions pour en profiter jusqu’au 4 octobre.
[…] De Jean Désy à J.D. Kurtness, en passant par Christiane Vadnais, Philippe Yong et Alain Deneault, des écrivains d’ici et d’ailleurs discuteront à l’heure du dîner de sujets autour du thème Ode à la terre et au vivant, dans le cadre des Midis littéraires qui reviennent pour la quatrième année consécutive. Cette série d’échanges réalisés en collaboration avec l’Espace de la diversité permettra entre autres de réfléchir aux manières d’imaginer l’avenir alors que des crises environnementales et climatiques sans précédent frappent la planète, de repenser notre appartenance à la terre et d’en prendre soin.
Les Midis littéraires, du lundi 29 septembre au vendredi 3 octobre, de 12 h à 13 h, au Grand Salon du pavillon de l’esplanade Tranquille
Alain Deneault participera, aux côtés de J. D. Kurtness et Philippe Yong, à la rencontre littéraire Comment imaginer l’avenir dans une planète qui meurt de guerre et de pollution ? animée par Marie Brodeur Gélinas dans le cadre de la série Les midis littéraires du Festival international de la littérature le mardi 30 septembre 2025 à l’Espace de la diversité dans le Grand salon de l’esplanade Tranquille.
Comment imaginer l'avenir dans une planète qui meurt
de guerre et de pollution ?
Les midis littéraires - Festival international de la littérature
Avec Alain Deneault, J. D. Kurtness, Philippe Yong
Animation : Marie Brodeur Gélinas
Grand salon de l’esplanade Tranquille
Mardi 30 septembre 2025 - 12 h à 13 h
1442 Rue Clark, Montréal, Québec H2X 2R3
Ouvert à tous·tes - Admission générale
Gratuit
Coproduction de l’Espace de la diversité (EDLD) et du FIL 2025
En partenariat avec le Partenariat du Quartier des spectacles

Rencontre littéraire du FIL animée par Marie Brodeur Gélinas avec Alain Deneault, J. D. Kurtness et Philippe Yong – 30 septembre 2025
-
Comment imaginer l’avenir dans une planète qui meurt de guerre et de pollution ?

Alain Deneault participera, aux côtés de J. D. Kurtness et Philippe Yong, à la rencontre littéraire Comment imaginer l’avenir dans une planète qui meurt de guerre et de pollution ? animée par Marie Brodeur Gélinas dans le cadre de la série Les midis littéraires du Festival international de la littérature le mardi 30 septembre 2025 à l’Espace de la diversité dans le Grand salon de l’esplanade Tranquille.
« Comment imaginer l’avenir alors que les crises environnementales et climatiques sans précédent, les guerres et les génocides, rendent de plus en plus incertain l’avenir de l’humanité et du vivant sur Terre ? » – FIL
Comment imaginer l'avenir dans une planète qui meurt
de guerre et de pollution ?
Les midis littéraires - Festival international de la littérature
Avec Alain Deneault, J. D. Kurtness, Philippe Yong
Animation : Marie Brodeur Gélinas
Grand salon de l’esplanade Tranquille
Mardi 30 septembre 2025 - 12 h à 13 h
1442 Rue Clark, Montréal, Québec H2X 2R3
Ouvert à tous·tes - Admission générale
Gratuit
Coproduction de l’Espace de la diversité (EDLD) et du FIL 2025
En partenariat avec le Partenariat du Quartier des spectacles
Photo © Alexandre Cotton « Le FIL est heureux de s’associer, pour la quatrième année consécutive, à l’Espace de la diversité (EDLD) pour une série de rencontres littéraires dans le Grand salon de l’esplanade Tranquille. Lors de ces rencontres, on abordera des questions liées à une thématique générale, qui est, cette année, « Ode à la terre et au vivant ». Il va de soi que, comme lors des éditions précédentes, nous avons, cette année encore, l’ambition de proposer une diagonale aux débats, aux frontières de la création littéraire et de la pensée.
Depuis sa création, l’Espace de la diversité (EDLD) cherche à faire résonner les voix, mettant en lumière les expériences d’auteur.es, de lecteurs et lectrices, de passeurs et passeuses de différentes origines qui partagent la passion des mots et l’urgence de repenser le rapport à l’autre. Son mandat en tant que lieu de réflexion et de diffusion: refonder le sens du mot ensemble en combattant le racisme et l’exclusion par le livre. » – FIL


Rencontre littéraire du FIL animée par Marie Brodeur Gélinas avec Alain Deneault, J. D. Kurtness et Philippe Yong – 30 septembre 2025
-
Le règne du Mouisme!
L’Opinion – Agora
Par Mohamed Lofti
23 septembre 2025Le Mouisme, c’est l’art de marcher dans deux directions opposées sans jamais avancer. C’est le triomphe du « en même temps » : dire oui de la bouche et non de la main, promettre et retirer aussitôt, proclamer le mouvement en s’enfonçant dans l’immobilisme. Le mouisme c’est l’art d’être mou.
[…] Le Mouisme n’est pas qu’une posture diplomatique : c’est le visage contemporain du centrisme. Non pas un équilibre, mais une neutralisation. Aristote concevait le juste milieu comme un courage exigeant : ni fuite, ni témérité, mais la force d’affronter ce qu’il faut, quand il faut. Nos gestionnaires modernes ont trahi cet héritage. Leur « centre » n’est plus un espace vivant de tension et de décision, mais un marais stagnant où l’on s’enlise. On n’y tranche rien, on n’y décide rien : on « gère », on met en scène, on ajuste des éléments de langage soigneusement aseptisés. Le discours se fait lénifiant, vidé de toute substance, conçu pour ne froisser personne et donc incapable de défendre quiconque.
[…] C’est la logique de la médiocratie, que le philosophe Alain Deneault a si bien décryptée : un système qui valorise la fadeur, la conformité, l’acceptabilité, au détriment de l’audace, de l’excellence, du risque. Dans ce régime, exceller devient suspect, résister est assimilé au terrorisme, et la radicalité nécessaire à tout combat juste est criminalisée. […]


-
Séances de dédicaces d’Alain Deneault au Salon du livre de la Péninsule acadienne

Alain Deneault sera présent à la 22e édition du Salon du livre de la Péninsule acadienne sous le thème « Construire des ponts » les 4 et 5 octobre 2025 pour des séances de dédicaces de son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï au kiosque #26 de Lux Éditeur.
Séances de dédicaces d'Alain Deneault
Salon du livre de la Péninsule acadienne
Kiosque #26 - Lux Éditeur
4 octobre 2025 - 16 h à 17 h
5 octobre 2025 - 13 h à 14 h
Centre Rhéal-Cormier
155 rue DeGrâce, Shippagan, New Brunswick
Emma Haché, Simon Paré-Poupart et Alain Deneault – Kiosque #26 de Lux Éditeur – Photo © Isjaki Studio Les essais d’Alain Deneault chez Lux Éditeur

Finaliste dans la catégorie essai 2013 du Prix du gouverneur général du Canada 
Le choix du public en 2017 – Les incontournables à Radio-Canada 






Finaliste dans la catégorie essai 2020 du Prix des libraires du Québec 
Sélection préliminaire dans la catégorie essai 2023 du Prix des libraires du Québec 

Finaliste dans la catégorie essai du Prix littéraire du Gouverneur général du Canada 2025
-
Résister à Trump ou l’imiter ?
Résister à Trump ou l’imiter ?
Comment ne fait-il pas scandale que tant de pouvoir, tant de capitaux, tant d’autorité soient concentrés entre si peu de mains ? Comment avons-nous pu autant nous y habituer, à la manière d’un atavisme ? N’y aurait-il pas lieu ici aussi, comme ç’a été le cas en France le 10 septembre dernier, de déclarer la grève générale et de bloquer les lieux névralgiques de la haute finance et de la grande industrie, ne serait-ce que pour l’honneur ? Pour montrer que nous ne sommes pas dupes de leurs outrances.
La politique ne se réduit pas à l’activité parlementaire. *L’Irvingnie et tout État affairiste doivent rencontrer des formes de résistance dans le champ de la politique, des mœurs et de la culture. La politique suppose de se mobiliser de manière autonome dans un monde où les États tendent à manquer cruellement à leur mission sociale, où ils risquent d’exercer une domination toujours plus abusive. Nous y reviendrons cette année en traitant de l’importante notion de biorégion.
La politique ne se réduit pas à l’activité parlementaire, donc, mais elle ne saurait pour autant l’exclure, en laissant les puissants profiter, les coudées franches, des dispositions législatives, juridictionnelles et administratives de l’État. Militer dans la rue, ce qui devrait se faire tellement plus, de même que socialement dans tous les interstices de la vie publique, n’exclut pas qu’on s’intéresse en même temps
à l’activité parlementaire. Tous les jours, des politiques se décident, des lois se votent et des assemblées s’autorisent rarement du meilleur et trop souvent du pire.En cela, un court séjour au Québec peut être revigorant. Pas besoin d’aller bien loin. À un jet de pierre de la frontière avec le Nouveau-Brunswick, à Miguasha, près de Campbellton, un principe se rappelle à nous (à l’occasion d’une mobilisation visant à défendre la Baie des Chaleurs, sur laquelle nous reviendrons ultérieurement) : une communauté peut gagner à voter sciemment pour un député destiné à l’opposition parlementaire.
Mettons en suspens tout ce qu’on peut penser de bien ou de mal du Bloc québécois en tant que tel. En l’occurrence, il s’agit pour lui de militer pour une transformation radicale de l’organisation du pouvoir politique dans l’Amérique du Nord britannique, à la faveur des francophones. Gardons en tête seulement un principe qu’il rappelle et auquel bien des Québécois ont adhéré, tout comme les électeurs verts d’ailleurs : il peut être pertinent de prendre sciemment le parti d’une opposition dans la joute parlementaire. On peut en sortir meilleur. Donc, un parti politique est en mesure, oui, d’exister en proposant l’étude critique d’une instance gouvernementale qu’il ne prétend pas diriger.
En témoigne l’édifiant discours sur la loi C-5 d’Alexis Deschênes, député gaspésien résolument d’opposition, à Miguasha le 13 septembre dernier. Que prévoit ce projet de loi ? Que, désormais, tout projet industriel et financier institué par les autorités fédérales comme chantier d’« intérêt national » n’a plus à se soumettre aux lois et règles de l’État de droit. On parle d’extraction gazière et minière, d’énergie nucléaire et d’élargissement portuaire, tous problématiques quant à l’écologie. En tout, une douzaine de lois et plusieurs règlements sautent dès lors qu’un ministre attitré confère ce statut « national » à un plan d’exploitation. Les prérogatives provinciales se dissipent aussi. On ne parle pas de lois secondaires : pêches, évaluation d’impact, encadrement des rejets polluants, protection des oiseaux migrateurs, protection des mammifères marins… Voir l’annexe 2 de la loi C-5. Plus rien ne tient sitôt que devient « national » l’« intérêt » que l’autorité porte pour un projet impliquant évidemment de grandes entreprises.
Subitement érigé au rang d’exception, le projet d’intérêt national se soustrait à l’arsenal central de dispositions que l’État s’était donné pour encadrer l’activité industrielle chez lui.
Le Centre québécois du droit de l’environnement (CQDE) tout comme neuf communautés autochtones de l’Ontario ont intenté un recours judiciaire dans leurs juridictions respectives pour faire valoir le caractère inconstitutionnel de la mesure du gouvernement Carney. Madame Geneviève Paul, qui représente le CQDE, a déclaré en conférence de presse : « La loi C-5 donne des pouvoirs démesurés au gouvernement fédéral, au point où la population et les tribunaux perdent leur capacité de contrôler les décisions gouvernementales, une capacité pourtant protégée par la Constitution. »
Qui parmi la députation néo-brunswickoise va dénoncer cet abus de pouvoir. Dominic Leblanc, qui est statutairement au centre du dispositif de cette loi et se veut son parrain ? Sa cohorte de figurants tenus de perroqueter la Bonne Nouvelle ? L’opposition conservatrice qui bave dès qu’elle entend la cloche du mot « extraction » ? Faut-il alors attendre les conventionnels sénateurs ?
En prétendant revendiquer sa souveraineté et la défendre, le gouvernement libéral conçoit l’État canadien comme l’aurait fait le juriste fascisant Carl Schmitt : la souveraineté est l’affaire de qui décide en situation d’exception, et qui décide du moment qui fait exception. L’exception consiste ici à excepter toute délibération de quelque cadre contraignant. La souveraineté relève alors de la décision du plus petit nombre quant à ce qu’il advient du plus grand.
Sous prétexte de lutter contre les États-Unis de Donald Trump, on fait du Donald Trump ! Au diable l’écologie, au diable les modes de fonctionnement institutionnel de l’État ! Vive les grands chantiers énergétiques écocides, vive l’état d’exception ! On peut faire du Trump sans la huppe ni la vulgarité. Un libéral est un conservateur avec un sourire. Il suffit de se montrer à son tour autoritariste. Le Canada actuel le fait. Que la loi C-5 ait été elle-même votée en bâillonnant les oppositions est en cela emblématique.
La déliquescence de ce qui reste de l’État de droit, ce ne sont pas les gentils petits députés alignés sur l’officielle parole de leur parti qui vont l’expliciter auprès du public. Les députés playmobils font plutôt de la figuration et additionnent leurs voix au parlement pour permettre cette escroquerie constitutionnelle.

-
À Québec, une saison théâtrale sous le signe du deuil

Photo © Maryse Boyce Le Devoir
Par Simon Lambert
Collaborateur à Québec
13 septembre 2025« […] Réjouissances de fin d’année
En fait de créations notables, on ne manquera pas, finalement, de noter le passage en fin de saison d’Alix Dufresne et de Christian Lapointe avec Use et abuse. Les deux créateurs s’y inspirent de la vidéoconférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art d’Alain Deneault pour aborder la marchandisation de l’art. Dans une forme hybride « à la fois ludique, performative et politique », ces cinq soirs au Périscope risquent d’être solidement ancrés dans les enjeux contemporains. […] »

Conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art – diffusée sur VIMEO par l’AAAPND (Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick).
-
Un nouvel organisme pour la défense de la baie des Chaleurs

Photo © Isabelle Larose / Radio-Canada Radio-Canada
Par Martin Toulgoat
12 septembre 2025Un nouveau comité citoyen voit le jour pour la défense de la baie des Chaleurs face aux projets industriels. L’organisme à but non lucratif Éco baie des chaleurs se donne comme mandat d’assurer la protection et la mise en valeur de ce plan d’eau, qui sépare le Nouveau-Brunswick et la Gaspésie.
Ce nouveau regroupement souhaite recruter des membres à la fois en Gaspésie et au Nouveau-Brunswick. L’idée est de donner davantage de poids à la voix citoyenne face aux gouvernements et aux industriels avant que ne soient autorisés des projets comme celui de la mine de pouzzolane d’EcoRock Dalhousie.
Ce projet industriel vise à fournir à l’industrie un matériau cimentaire avec une plus faible empreinte écologique que le clinker dans le ciment. Mais il suscite une vive opposition du côté gaspésien de la baie des Chaleurs.
Ce nouvel organisme émane du groupe citoyen
Non merci Pozzolan Dalhousie
.Au lieu de réagir à des projets qu’on nous met dans la face, c’est de s’unir autour de la baie parce que ce n’est pas vrai que, quand ça se passe au Nouveau-Brunswick, ça ne concerne pas le côté gaspésien et que, quand ça se passe en Gaspésie, ça ne concerne pas le côté du Nouveau-Brunswick non plus; donc, on veut décider de ce qu’on veut comme environnement et comme milieu de vie. Une citation de Jean-Marc Beaulieu, cofondateur, Éco baie des chaleurs
L’organisme veut ainsi donner un plus grand pouvoir de lobby aux citoyens en général et aux membres des communautés mi’gmaw pour faire valoir les enjeux environnementaux qui touchent la baie des chaleurs face aux projets industriels.
Quand on regarde le premier ministre du Canada Mark Carney avec le Bill C-5, qui vise à accélérer le développement de projets industriels et au Québec, François Legault qui « bulldoze » le BAPE quand il le peut… donc, il faut se donner les moyens d’être au courant et de faire des moyens de pression pour ne pas se faire enfirouaper
, ajoute le citoyen.L’organisme tient une activité de lancement et une levée de fonds pour soutenir ses activités samedi à l’Auberge de Miguasha. Au programme : des discussions et échanges qui réuniront, notamment, le député fédéral de Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine-Listuguj Alexis Deschênes et le philosophe Alain Deneault.
-
Participation d’Alain Deneault à l’événement « Célébrons le territoire » d’Éco baie des chaleurs

Alain Deneault a été invité par Éco baie des chaleurs, une nouvelle OBNL dédiée à la protection et à la mise en valeur de la baie des chaleurs, pour une discussion ayant pour titre Les limites de la notion de frontière lors de l’événement festif « Célébrons le territoire », une levée de fonds pour soutenir l’organisme, qui aura lieu le samedi 13 septembre 2025.
« Venez célébrer la richesse du territoire et découvrir Éco baie des chaleurs, une nouvelle OBNL dédiée à la protection et à la mise en valeur de la baie des chaleurs.
13 h à 16 h – Discussions et réflexions avec nos invités spéciaux :
Alexis Deschênes, député Gaspésie–Les Îles-de-la-Madeleine–Listuguj
Marc Fafard, militant et penseur engagé
et Alain Deneault, philosophe
Titre de la discussion : Les limites de la notion de frontière
« À un jet de pierre de chez soi, se trame un projet industriel face auquel il est encore plus difficile d’agir qu’à l’ordinaire, car l’autorité formellement compétente se trouve de l’autre côté de la frontière. Or, les conséquences manifestes de ce projet n’en connaissent aucune… Qu’est-ce qu’une frontière, qui en est l’auteur, qui rend-elle responsable et qu’en faire »16 h à 22 h – Place à l’art et à la musique :
Slam et poésie avec Bilbo et Mael Pelletier
Musique live avec : Nadine et Sammy, La Mécanique et Micmac DriveSur place :
Service de bar et bistro artisanal
Vente de vêtements récupérés par Éco baie des chaleursUn événement festif et rassembleur pour ceux et celles qui aiment leur territoire et veulent le célébrer, le comprendre… et surtout, le protéger. On vous attend en grand nombre ! Bienvenue, pjila’si, welcome. » – Éco baie des chaleurs
Célébrons le territoire
Levée de fonds pour soutenir l’OBNL Éco baie des chaleurs
Les limites de la notion de frontière
Une discussion avec Alain Deneault, Alexis Deschênes et Marc Fafard
Samedi 13 septembre 2025 - 13 h à 16 h
Camping de l'auberge Miguasha
154, Route Wafer, Nouvelle, Québec, G0C 2E0
Contribution volontaire - Argent comptant seulement
-
L’été de l’IA. Les passions dangereuses

Le Devoir
ZeitgeistPar Josée Blanchette 5 septembre 2025
« Le déni n’aura duré qu’un temps. Après avoir dédaigné l’intelligence artificielle (IA) et m’en être tenue le plus loin possible pour des raisons environnementales (eau, énergie), j’ai constaté cet été que l’IA générative s’était immiscée dans toutes les strates de la société. Un assistant pratique, une béquille techno gratuite et un réflexe acquis en très peu de temps. Selon un récent sondage Léger (22-25 août), les Canadiens sont passés de 30 % d’utilisateurs en 2024 à 57 % un an plus tard. Presque le double. Et ces chiffres sont conservateurs. […]
Aimé le texte Quand j’entends le mot culture, je sors mon IA, du philosophe Alain Deneault, publié en ces pages samedi dernier. Le titre (et la chute) fait référence à une pièce de théâtre nazie, Schlageter : « Quand j’entends parler de culture… je relâche la sécurité de mon Browning ! »
« La confiance qu’on manifeste socialement envers
une technologie aussi inaboutie et incertaine ainsi que la formidable pression sociale qu’on subit en tout lieu pour se mettre à la page s’expliquent d’autant moins qu’on perçoit tous les signes d’un appareillage aux conséquences catastrophiques » – Alain Deneault, professeur de philosophie à l’Université de Moncton
[…] On peut imaginer les dangers du non-interventionnisme étatique. Tandis que Hinton et Bengio lèvent des drapeaux rouges sur toutes les tribunes (Bengio est terrifié par la fin potentielle de l’humanité d’ici dix ans), les gouvernements (Trump en tête) font la sourde oreille. « C’est la suite logique du capitalisme, des outils de domination extrêmement puissants », me glisse la doctorante (Andréane Sabourin Laflamme, consultante et professeur de philosophie en éthique de l’IA au cégep André-Laurendeau). « Même les États ne peuvent protéger les populations. » […]
-
La Péninsule acadienne comme laboratoire biorégional
-
Conférence d’Alain Deneault à la Grande conférence Sainte-Anne pour la rentrée 2025

La conférence d’Alain Deneault qui a pour titre La « biorégion » du détroit de Northumberland à la Baie-Sainte-Marie : une approche disciplinaire et communautaire aura lieu le vendredi 19 septembre 2025 dans le cadre de la Grande conférence Sainte-Anne pour la rentrée 2025 de l’Université Sainte-Anne en Nouvelle-Écosse.
« Une « biorégion » est un terme utilisé depuis une vingtaine d’années pour qualifier un territoire dont les limites ne sont pas politiques, mais plutôt géographiques, de manière à tenir compte des écosystèmes et des communautés, autrement dit : de l’interaction entre les espèces et les humains et les caractéristiques de la géographie.
Alain Deneault s’intéresse au concept de biorégion afin de mieux connaître et faire valoir la vie régionale dans une perspective « universelle », pour contrer autant le repli identitaire que le défaitisme face aux changements environnementaux.
Le professeur Deneault présentera ces idées, développées dans son récent livre Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï (Montréal, Lux, 2024) dans une grande conférence qui sera suivie d’une période d’échanges avec le public.
L’événement vise à donner le ton à notre année académique 2025-2026 et s’adresse à toute la communauté universitaire; les membres de la communauté de la baie Sainte-Marie sont bien sûr invités à se joindre à nous ! » – Université Sainte-Anne
La « biorégion » du détroit de Northumberland à la Baie-Sainte-Marie : une approche disciplinaire et communautaire
Conférence d'Alain Deneault
Vendredi 19 septembre 2025 - 13 h
La conférence sera suivie d'une période d'échanges avec le public
Chapelle - 1695, route 1, Pointe-de-l'Église (Nouvelle-Écosse) B0W 1M0
et par vidéoconférence aux autres campus de l'Université Sainte-Anne
-
Que reste-t-il du combat de Louis Mailloux?

La journaliste Jimena Vergara s’est entretenue avec Alain Deneault et Clarence Lebreton à l’émission Votre samedi animée par Denis Duchesne sur ICI Première à Radio-Canada concernant le 150e anniversaire de l’affaire Louis Mailloux. L’extrait avec Alain Deneault débute à 4 min 38 sec jusqu’à 10 min 27 sec – 23 août 2025
-
Se faire avaler par la machine

Photo © iStock Le Devoir
(Section Opinion-Idées)Par Virginie Francoeur
20 août 2025L’université s’est transformée en usine à publier. Elle croule sous les articles à produire, à lire, à évaluer. Le système est saturé. Et plutôt que de se réinventer, elle nous propose de déléguer des travaux à l’intelligence artificielle (IA).
Les algorithmes vont nous aider à optimiser, nous dit-on. Résumer, rédiger, corriger, publier ? ChatGPT et autres outils d’intelligence artificielle comme solution miracle à notre surcharge !
Si les doctorants se tournent vers des générateurs de texte pour répondre aux exigences des revues scientifiques et que les professeurs en font tout autant pour suivre le rythme effréné de la publication, qui produit encore réellement le savoir ? Quelle valeur accorder à une pensée automatisée et standardisée ?
Cette colonisation technologique s’est même infiltrée dans le langage universitaire par le lexique darwinien. On devrait impérativement s’adapter pour survivre à l’évolution. Comme si l’humain était condamné à subir ce changement technologique, sans garde-fous. Déjà en 2015, dans La médiocratie, Alain Deneault dénonçait le discours industriel qui réduit la pensée à une chaîne de montage transformant l’humain en valeur marchande.
Système
La publication scientifique est encore aujourd’hui la condition sine qua non pour établir une carrière universitaire. Or, les quelques géants de l’édition scientifique — Elsevier, SAGE, Springer, Taylor & Francis, Wiley, Wolters Kluwer — continuent d’engranger des milliards de profits, et ce, sans payer ni les auteurs ni les évaluateurs, alors que les coûts de production sont quasi inexistants.
Une étude réalisée par des chercheurs de l’Université de Montréal faisait déjà état en 2015 de « l’oligopole des grands éditeurs savants » et soulignait la concentration extrême de ce marché. Ces éditeurs contrôlent les prix, imposent leurs conditions aux bibliothèques universitaires et exploitent les producteurs de connaissances.
Une plainte pour pratiques anticoncurrentielles a d’ailleurs été déposée récemment devant les tribunaux accusant les éditeurs d’avoir mis en place un système obligeant les chercheurs à travailler gratuitement pour réviser les articles, leur imposant de soumettre leurs manuscrits à une seule revue à la fois et leur interdisant de diffuser librement leurs découvertes scientifiques.
Cette situation est d’autant plus paradoxale que, sous couvert de politique de libre accès, les auteurs doivent souvent débourser plusieurs milliers de dollars pour publier leurs travaux dans ces revues à but très lucratif.
Le système actuel de publication scientifique est encadré par des formats rigides de rédaction (article d’environ 8000 mots). Quelle place reste-t-il pour la pensée originale ? Ces normes éditoriales arbitraires contribuent à uniformiser les modes de production du savoir, réduisant la diversité intellectuelle. Elles incitent les chercheurs à intérioriser les paradigmes dominants, et ils participent ainsi souvent à leur insu à une forme de violence symbolique, pour reprendre les termes du sociologue Pierre Bourdieu.
Que reste-t-il alors du travail professoral ? Que reste-t-il de la pensée qui a besoin de temps ? Que reste-t-il du rapport humain au savoir ? En confiant tout à la machine, nous amenuisons comme peau de chagrin notre pouvoir d’agir, notre capacité à discerner, à douter, à créer autrement.
Alarme
Pendant ce temps, le milieu des arts et de la culture a tiré la sonnette d’alarme. Il s’est mobilisé pour dénoncer l’infiltration insidieuse de l’IA qui asphyxie les processus de création. Pourquoi ne pas s’inspirer du manifeste L’art est humain !, publié en 2025 par six organisations syndicales représentant plus de 25 000 artistes ?
Il est temps, comme universitaires, de changer notre modèle d’évaluation de la recherche. De réaffirmer que la pensée humaine ne se mesure pas aux nombres d’articles publiés ni aux facteurs d’impact.
La recherche n’est ni linéaire ni prévisible. Il est temps de se mobiliser pour penser autrement la création et la diffusion du savoir. Valorisons les rapports grand public, les mémoires aux instances gouvernementales, les livres, les expositions et les films.
L’avenir est là, dans ces formes vivantes de cocréation. Encore faut-il qu’on nous en laisse l’espace et la liberté avant de se faire avaler par la machine. À quand notre manifeste ?


-
L’écologie politique de la biorégion : un dessein et une praxis – Conférence d’Alain Deneault à « Les Automnales de l’environnement » de l’ISE

Alain Deneault présentera sa conférence L’écologie politique de la biorégion : un dessein et une praxis le 29 octobre 2025 lors de la première édition de l’événement Les Automnales de l’environnement organisé par l’Institut des sciences de l’environnement (ISE) à l’UQAM.
« Cette conférence permettra de faire la lumière sur l’approche biorégionale et quels sont les liens à tisser avec l’engagement politique, l’agentivité sociale et la transition socio-écologique. » – ISE
Descriptif de la conférence :
L’approche biorégionale ne consiste pas en une vague option parmi d’autres mais en une réponse urgente donnée dans un esprit de solidarité à un impératif de décroissance qui ne manquera pas d’être vécu de manière subie et subite de la part de différentes communautés. Cet impératif s’incarnera sous la forme de menaces écologiques et climatiques graves, voire de catastrophes avérées. Le dessein que constitue la biorégion est dans l’immédiat une façon de contrer l’écoangoisse (souvent présentée comme une écoanxiété) en structurant l’agir politique contemporain autour de trois axes : science et sapience ; culture et spiritualité ; politique. Il consiste en une élaboration qui travaille à contrer les formes de dénis grossiers ou subtiles dont les différentes analyses climatologiques ou écologiques font l’objet.
L'écologie politique de la biorégion : un dessein et une praxis
Conférence d'Alain Deneault
29 octobre 2025 - 12 h à 13 h 30
Université du Québec à Montréal (UQAM) - Salle PK-1780
Pavillon Président-Kennedy, 201, avenue du Président-Kennedy
Gratuit - ouvert à toustes
Inscription obligatoire : iciL’écologie politique de la biorégion : un dessein et une praxis – Conférence d’Alain Deneault dans le cadre des Automnales de l’environnement à l’UQAM – Durée 1 h 33 min 45 sec – 29 octobre 2025
*Veuillez noter la présence de plusieurs coupures tant au niveau sonore que visuel et que l’image est pixelisée, puisque cette conférence ne devait pas être rediffusée.


« Vous êtes-vous déjà demandé comment les émissions de CO2 ont évolué depuis les années 1960 ? Ou encore, qu’est-ce qu’une biorégion ? Peut-être êtes-vous plutôt préoccupé par l’écoanxiété ressentie par plusieurs personnes, particulièrement chez les jeunes… Aimeriez-vous échanger sur les représentations des changements climatiques, et plus encore sur celles de la résilience humaine, avec un réalisateur cinématographique ?
Les Automnales de l’environnement, c’est quoi ?
À compter de septembre et ce pour tout le semestre d’automne, l’ISE vous concocte une programmation riche d’événements qui prendront les formes variées de conférences, de classes de maîtres, de projection de film, de webinaires et de discussions. Ces événements sont conçus pour les étudiant∙es et les membres professeur∙es de l’ISE, la communauté uqamienne et le grand public, afin que toustes puissent se saisir des concepts fondamentaux des sciences de l’environnement et mieux appréhender les enjeux actuels de la crise climatique et les débats qui animent l’espace public.















































































































