Lux continue sa pêche aux compliments! Nous avons demandé à cinq libraires incroyables de nous présenter leur coup de coeur parmi notre catalogue. Petite façon sympathique de clôturer notre 30e anniversaire d’existence comme maison d’édition. – Lux Éditeur
« Dernière victime de notre course aux éloges, le libraire Philippe Fortin-Villeneuve de la Librairie Marie-Laura choisit «La médiocratie» d’Alain Deneault comme son coup de coeur absolu chez Lux!
Ses mots: «Paru il y a une décennie, ce petit livre d’Alain Deneaultrecèle en son sein la quintessence de ce qui fait de ce professeur de philosophie l’un de mes auteurs chouchous : la pertinence, l’ironie, l’audace, l’intelligence et, d’une certaine façon, une forme d’humour entendu qui adoucit la dureté des constats qu’il fait tout au long de cet essai consacré à la médiocrité ambiante. Dix ans plus tard, force est de constater, malheureusement, que ce qu’il dénonce demeure d’une actualité consternante.»
Gens du Saguenay, vous avez par chez vous l’un des meilleurs libraires du Québec! Allez-lui rendre visite! » – Lux Éditeur, page Meta (Facebook) – 20 décembre 2025
Alix Dufresne et Christian Lapointe se livrent à des improvisations hardies en s’inspirant du philosophe Alain Deneault.
« Le cauchemar de l’acteur qui arrive sur scène sans avoir répété et qui, en plus, est tout nu… Nous, on le vit et on s’est fait ça à nous-mêmes. » Alix Dufresne décrit ainsi, avec un brin d’humour, le saut dans le vide auquel elle se prête, avec son comparse Christian Lapointe, à chaque représentation d’Use et abuse.
Dans ce spectacle, créé en mars dernier à l’Usine C et repris ces jours-ci à La Chapelle Scènes contemporaines puis au théâtre Périscope, le tandem improvise depuis un canevas et au son d’une conférence d’Alain Deneault, projetée en fond de scène. Une démarche qui n’est pas sans rappeler Hidden Paradise, que Dufresne a imaginé (et longtemps interprété) avec Marc Béland à partir d’une entrevue radiophonique sur les paradis fiscaux accordée par le philosophe.
L’exposé intituléComment l’« industrie culturelle » use et abuse de l’art traite plutôt de la vampirisation de la création artistique par le système capitaliste, et ce, de deux manières. D’une part, les décideurs « reprennent les codes artistiques pour théâtraliser leur discours. Un spot s’allume, je me retourne au bon moment, je prends une pose savante pour créer un effet… » illustre Alix Dufresne. D’autre part est imposée à l’art une logique marchande, tant en ce qui concerne la gestion des procédés de production que la commercialisation des œuvres. « Moi, je sais lire des états financiers, je sais ce qu’est un grevé d’affectation reporté sur cinq ans […]. On nous a forcés à être des entrepreneurs », affirme Christian Lapointe.
Pour illustrer ces constats, Dufresne et Lapointe ne reculent pratiquement devant rien. « On incarne les idées dont parle Alain Deneault. On donne à voir la violence institutionnelle, en fait », explique l’âme dirigeante de la compagnie Carte blanche. « On voit de jeunes artistes annuler leurs spectacles parce qu’ils n’ont pas eu leur financement. Je le comprends, mais, en même temps, ce qui fait qu’on dure, c’est notre capacité à endurer cette violence institutionnelle. Pour se faire dire oui, il faut encaisser 50 refus. Ça, à la longue, ça use », ajoute-t-il.
Le créateur ne nie pas qu’aujourd’hui, la compagnie qu’il a fondée bénéficie de subventions, un privilège obtenu après moult années de persistance. L’homme de théâtre cite à ce propos Marie-Hélène Falcon, cofondatrice de l’événement désormais connu comme le Festival TransAmériques. « [Elle] disait qu’au Québec, c’est une fois que nos artistes sont épuisés qu’on leur accorde un peu de moyens. »
Christian Lapointe tient pourtant à réitérer que « la conférence n’est pas à propos du fait que les artistes sont pauvres, c’est à propos du fait qu’on se fait usurper nos outils, que l’inventivité des artistes génère des mécanismes de représentations qui sont ensuite récupérés par des gens de pouvoir de tout acabit. Et qu’on devrait être capable d’exposer [ces mécanismes], de les détricoter. La performance essaie, de manière ludique et féroce, de faire ça. »
Corps politiques
Selon Deneault, les artistes seraient les plus à même de renverser cette capitalisation de l’art. Par exemple, en déconstruisant le modèle autour duquel s’articulent la plupart des manifestations culturelles — en le subvertissant en quelque sorte.
Aux yeux d’Alix Dufresne, c’est principalement en cela que réside le caractère séditieux d’Use et abuse. « Ce n’est pas qu’on soit nus sur scène, qu’il y ait de la violence auto-infligée, de la sexualité très crue ou de l’humiliation. […] La vraie transgression, c’est la façon dont on a fait notre production. Comment on s’organise, comment on pense, qu’est-ce qu’on dépense ou non. Elle est dans la fragilité avec laquelle on arrive sur scène, parce que [notre spectacle] n’est pas un produit, on ne le contrôle pas. »
Or, tout au long de la représentation, les artistes se photographient et transforment ces images en NFT, en jetons non fongibles, c’est-à-dire un type de cryptomonnaie qui a valeur d’œuvre d’art, explique Lapointe. « Même quand on fait des actions ignobles, précise sa collègue, on s’assure de s’arrêter pour se prendre en photo et, théoriquement, celles-ci iraient dans un encan où les gens pourraient investir. »
Use et abuse Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne Inspiré de la conférence d'Alain Deneault Une production de Carte blanche La Chapelle Scènes Contemporaines 1er au 6 décembre 2025 - 19 h 30 3700 Rue Saint-Dominique, Montréal, Québec H2X 2X8 Durée 1 h - Billetterie ici Interdit aux personnes de moins de 18 ans
Présenté an français avec surtitrage en anglais les 2 et 5 décembre.
La représentation du 5 décembre sera suivie d'une discussion entre Alain Deneault (participation à distance), Alix Dufresne et Christian Lapointe.
Une table de vente, tenue par la librairie Le Port de tête, sera présente lors des représentations, proposant une sélection d’ouvrages d’Alain Deneault et de Christian Lapointe.
Entretien avec Alain Deneault Propos recueillis par Aurélien Berthier 28 avril 2025
Préparer et faire advenir le monde d’après
Avec l’avènement d’une révolution populiste et réactionnaire dans divers pays, États-Unis en tête, on sent de nombreuses possibilités de bascules. Notamment une indifférence totale au dérèglement climatique et à l’effondrement de la biodiversité. Ainsi qu’une poursuite effrénée de l’exploitation de la nature et des activités extractivistes à tout crin. Rencontre avec le penseur du capitalisme contemporain Alain Deneault, pour voir comment faire face à cette question climatique et à l’angoisse qu’elle suscite. Il renverse le Que faire ? de la gauche qui propose des programmes clés en main inhibant en un Faire que ! appelant à l’action pour sortir de la sidération. Alors que ni l’État ni le capital ne semblent en mesure d’enrayer le désastre, le philosophe canadien, imagine ainsi un « dessein » désirable et solide à faire advenir : la biorégion.
Votre livre Faire que ! est sous-titré « L’engagement politique à l’ère de l’inouï ». Est-ce qu’on est allé avec l’élection de Donald Trump aux États-Unis encore un cran plus loin en matière d’inouï ?
Le caractère grave de notre époque porte sur le fait que nous sommes confrontés à des perspectives extrêmes relatives aux bouleversements climatiques et à la perte de biodiversité qui neconcernentplus la décision humaine. Nous sommes face à un phénomène que j’ai qualifié, avec tant d’autres, d’autonome et d’exponentiel. Le peu que ces souverains pourraient faire pour atténuer le choc est à présent mis de côté. Les quelques options qui nous restent pour rectifier le tir sont absolument négligées par des pouvoirs fascistoïdes qui inaugurent une ère de pur rapport de force. Non seulement concernant la géopolitique, l’accès aux terres, le contrôle des populations, mais aussi le discours, la description des faits et la prétention à la vérité.
Face à cela, il existe une opposition, mais elle n’est pas spécialement réjouissante, comme ici au Canada – pays qui est la cible explicite de velléités d’annexion répétées de la part de Donald Trump. Cette opposition provient, pour le moment, de la droite traditionnelle, pourtant un temps tentée par le trumpisme, et qui revendique un retour au néolibéralisme tel qu’il a pu être encadré, réfléchi, légiféré depuis la chute du mur de Berlin. On n’a donc même plus une opposition gauche/droite, mais une opposition droite hyper libérale/extrême droite. Comme d’ailleurs dans beaucoup de pays d’Europe aujourd’hui.
On vit actuellement l’avènement du climatoscepticisme ou, du moins, de l’indifférence à la catastrophe écologique qui arrive. Est-ce que la franchise du populisme d’extrême droite — qui assume ouvertement la destruction du monde, son exploitation jusqu’à la dernière miette — pourrait paradoxalement ouvrir des opportunités politiques pour la gauche, là où le capitalisme vert faisait miroiter des solutions factices comme le développement durable ?
Oui, mais à deux conditions. D’abord qu’on inventorie les points communs entre l’extrême centre (cette droite néolibérale déguisée en centre) et l’extrême droite. En sachant que si cette dernière nous terrifie encore plus que l’extrême centre, elle mérite davantage notre respect au sens où elle a le mérite d’assumer ses convictions et de jouer franc jeu. Alors que ce qui caractérise l’extrême centre, c’est le louvoiement, le travestissement et la fausse conscience.
Ensuite, il faut développer un autre rapport à l’écoangoisse qui est un rapport au vide, à l’impensable, à l’inouï puisqu’il n’existe pas de précédent à ces mutations du climat et de la biodiversité qui permettrait de les penser. Éprouver de l’angoisse est en réalité nécessaire et un signe de bonne santé mentale. C’est-à-dire qu’il faut en passer par là, il faut vivre et assumer l’angoisse. Mais par contre, il ne faut pas s’y stationner ou en faire un trait identitaire. Passer par l’angoisse, c’est accéder à cette formidable énergie psychique. Une énergie qui demande, si on l’accepte, la création d’objets de pensée, l’élaboration de desseins.
Que se passe-t-il si on ne l’accepte pas, qu’on résiste à cette écoangoisse ?
Lorsqu’on est mû par l’angoisse et qu’on y résiste, on associe cette énergie psychique qui fonctionne à vide à des objets de substitution. Par exemple à des boucs émissaires que l’extrême droite nous offre sur un plateau. Ou à des phénomènes d’identité sociétaux, qui partent de critiques historiquement pertinentes et nécessaires, mais qui se trouvent parfois exacerbés de manière frénétique et délirante. Ou encore à des objets de conversion, qui relèvent plutôt de l’hystérie, où il s’agirait de voir la partie pour le tout et de penser, par exemple, qu’en supprimant des pailles en plastique on réglera un problème gravissime et majeur.
Il y a actuellement un vide quant à ce que l’inouï commande en termes de réponses. Il y a là un besoin formidable. Et c’est parce qu’on n’arrive pas à élaborer des référents qui soient à la hauteur des enjeux qu’on se retrouve avec un foisonnement de vanités c’est-à-dire d’objets de substitution. Parce que des idées comme le développement durable ou la haine de l’autre ne font évidemment pas le poids pour régler cet enjeu climatique qui nous crève les yeux, mais qu’on cherche par tous les moyens à éviter.
Lorsqu’on résiste à l’angoisse, on reste donc dans le régime des objets de substitution, dans l’état actuel des choses. Mais si on arrive à assumer le vide qui se présente à soi, on s’apercevra assez vite que l’angoisse est un véritable réservoir d’énergie psychique pour investir des objets à produire, c’est-à-dire pour travailler à l’élaboration de desseins, de concepts.
J’ajouterai qu’il faut veiller à élaborer des concepts qui soient à la fois lucides et joyeux, les deux en même temps. La lucidité seule, c’est par exemple celle du GIEC, des sciences exactes, avec des scénarios sur des échelles immenses par rapport à des perspectives imprenables, quant à des enjeux qui noient l’humain dans une masse. On se retrouve dans des contextes d’anomie : on n’est plus rien, on ne compte plus. Une situation, comme l’indiquait le sociologue Émile Durkheim, qui favorise le suicide.
Maintenant, si on part des données que les sciences exactes nous fournissent pour ensuite se consacrer à la politique, c’est-à-dire en la considérant comme un genre autonome de la science, on va réapprendre à parler en investissant des concepts, des desseins, des perspectives qui soient adaptés aux situations sensibles et circonstancielles des uns et des autres. La joie qui peut se dégager de ce chemin réside dans ce que Nietzsche appelait un gai savoir, c’est-à-dire une série de pulsions qui nous amènent à nous engager dans le sens le plus difficile, mais aussi le plus stimulant, le plus enthousiasmant. Pour ma part, la notion de biorégion est un dessein de ce type. Il permet d’aborder le réel avec joie tout en étant lucide. Ce qui fait que l’objet est crédible, qu’il n’est pas un objet de substitution de plus qui nous ferait retourner à la case angoisse car on voit bien qu’il ne fait pas le poids.
La question « Que faire ? » parcourt comme un mantra les milieux de gauche depuis longtemps. Elle revient aujourd’hui, dans les temps incertains que nous vivons avec une plus grande fréquence encore. Pour vous, si elle possède une certaine force, cette question est aussi piégeuse. En quoi poser les choses sous forme de « Que faire ? » pose-t-il problème et peut nous mener à l’inaction ?
La question « Que faire ? » a ses vertus. Elle est toujours neuve, toujours fraiche. Dès le moment qu’on pense Que faire ? en politique, toute une batterie de problèmes se pose et on serait bien avisé d’en prendre conscience.
Cependant, la question a quelque chose de dissonant puisqu’en même temps qu’elle appelle au faire, la formule se termine par un point d’interrogation. Elle appelle au faire, mais se voit faire. On fait, mais en même temps qu’on fait, on se demande si on fait bien, si on devrait faire comme on fait… Tout est concentré dans ce « que » qui est un pronom interrogatif qui appelle un COD. Cela renvoie en somme à une méthode, un parti, des intellectuel·les patenté·es, une stratégie… On est dans l’attente de directives en même temps qu’on veut faire. On est attentif aux ordres.
Vous proposez donc d’inverser les termes, et d’appeler à « Faire que ! ».
Ce procédé grammatical change totalement la signification. À partir du moment où on dit « Faire que ! » avec un point d’exclamation, on n’est plus dans l’attente de directives, mais dans un rapport à ce qui doit advenir.
Le sujet n’est pas non plus le même. Car au fond, qui pose la question Que faire ? s’approprie le droit d’y répondre. À l’inverse, le Faire que ! suppose une subjectivité beaucoup plus ouverte et multiple. En effet, le que du Faire que ! est une conjonction de subordination, qui appelle le temps du subjonctif. Un temps qui est celui des aspirations, des désirs, du souhait, de la projection : faire que, faire en sorte que, faire en sorte que les choses soient telle ou telle. Et qui concerne ainsi toutes celles et ceux qui peuvent s’intéresser à cette perspective-là.
Et ce, même au-delà de l’espèce humaine, au sens où on intègre dans la perspective le vivant pour faire en sorte que nous occupions un espace viable, un espace durable. Et là, on engage au fond un processus démocratique, à une échelle sensée qui n’est pas celle de la géopolitique mondialisée, financière et industrielle, capitalistique, mais qui est nécessairement celle de l’espace qu’on habite, le seul qui soit : l’espace régional.
Qu’est-ce que ça change dans notre manière d’investir le monde aujourd’hui cette idée de se mettre dans le faire au lieu de réfléchir à un programme global, pour ainsi dire clé en main ?
Que faire ? est un programme, Faire que ! renvoie à un impératif. C’est la grande différence. La question du Faire que ! se trouve intimement posée avec un impératif historique qui ne concerne plus la délibération humaine, mais qui concerne plutôt la nécessité de se positionner par rapport à ce qui nous advient par la force des choses et qui est irréversible. A savoir les vastes et profondes perturbations de la situation climatique et la perte de biodiversité. Et donc à toute une série de conséquences qu’on connait : recrudescence de zoonoses, incendies de forêt, inondations, érosion des sols et des côtes, canicules…
Une telle conjoncture appelle à de la créativité politique, culturelle, spirituelle même, économique, celle du génie industriel qui devra s’intéresser au low tech et non plus au high-tech, à la permaculture et non plus à l’agriculture intensive, à l’architecture à partir de matériaux de recyclage accessibles et ainsi de suite. C’est aussi la fin de la mondialisation industrielle et capitalistique.
Il ne s’agit pas d’une option offerte à la carte du restaurant électoral où on se demande ce qu’on va manger pendant 4 ou 5 ans. C’est une question beaucoup plus profonde qui consiste à revoir nos façons de penser, non pas ce qui vient, mais ce dans quoi nous sommes déjà plongés, malgré tous nos dénis. Par quelles formules créatives, adaptées, fécondes, nous allons le faire. Sous peine de nous retrouver devant des vociférateurs d’extrême droite et des petits chefs fascistoïdes, comme c’est légion en situation de crise profonde, qui profiteraient du désarroi collectif pour imposer un pouvoir de circonstance.
Je pense donc qu’il faut pour ce faire se constituer en avant-garde, puisque nous voyons bien que, malgré la situation historique qui nous crève les yeux, une majorité est encore soumise aux séductions du marketing, à la pression des marchés, à l’aliénation du travail et n’arrive pas à manifester un sursaut majoritaire. L’histoire est toujours l’affaire des minorités. Soyons cette minorité, cette avant-garde, et voyons venir. Et quand le moment des choix se posera, lorsque l’écoute sera là dans la population, il y aura alors des gens pour parler, pour penser, pour organiser. C’est le plus important pour le moment. Et c’est une façon pour les écologistes, en écologie politique, de se ménager, pour ne pas prendre sur eux la misère du monde et la responsabilité du déni d’autrui. Nous n’avons pas à porter ça. Mais nous avons, en tant qu’avant-garde, à avancer aussi vite que possible, dans une situation où, hélas, nous sommes dans une très désavantageuse course contre la montre.
Quelle est cette approche, cette pensée et cet agir biorégional qu’on peut préparer ou bien qui s’imposera à nous par la force des choses ?
La biorégion telle que je l’ai travaillée, en partant d’un legs qui a 50 ans aujourd’hui, doit se penser dans un rapport contraire au séparatisme. Il ne s’agit plus de concevoir la région dans un acte d’indépendance politique où on se scinderait en tout ou en partie. Il s’agit plutôt d’anticiper le moment où la région qu’on habite se constatera dans une situation de déréliction par rapport aux pouvoirs centraux, dans un moment où les périphéries seront abandonnées par le centre. Parce que le centre en aura plein les bras : trop d’incendies de forêt, de pandémies, d’inondations, de tsunamis, de tornades, etc. À Mayotte, à Valence, dans la vallée de la Vesdre en Belgique [territoiresaffectés par les inondations de 2021. NDLR], à La Nouvelle-Orléans, dans la région de Clova au Québec [Région boisée soumise à des mégafeux de forêt en juin 2023. NDLR], il n’est pas difficile d’imaginer que par moments, l’État nous abandonne et qu’on est laissé à soi-même.
À ce moment-là, on redécouvre deux rapports de dépendance que le capitalisme mondialisé nous a fait complètement oublier, alors qu’ils sont fondamentaux. D’une part, notre dépendance au prochain, à ceux qui nous environnent : nous redécouvrons un lien de solidarité et une interdépendance. D’autre part, un rapport de dépendance au territoire qu’on occupe et dont il faut prendre soin. Redécouvrant ce rapport de solidarité nécessaire avec l’autre et avec le sol, dans un rayon qu’on peut embrasser du regard, car on ne comptera plus longtemps sur l’importation de fruits ou de biens depuis l’autre bout du monde, il faudra bien apprendre à concevoir la politique, l’économie, le travail, l’élevage au regard de ces nouveaux paramètres. Ces questions se posent tout de suite. L’heure est venue de faire l’inventaire de nos forces, de nos talents, de nos atouts par rapport à ce qui s’annonce comme des besoins, des urgences, des aspirations aussi.
Et il faut ajouter à cela l’accueil de millions de réfugié·es climatiques, qui seront un bienfait, car on aura besoin de ces populations qui se sont passées du capitalisme alors que nous en étions dépendants. Ce sera intéressant d’avoir des gens qui ont pratiqué la tontine, les gacaca [ces tribunaux communautaires et villageois au Rwanda qui ont permis d’essayer de surmonter les conséquences du génocide. NDLR] en droit, ou l’agriculture de subsistance… Ce sont des savoir-faire qui devront être adaptés aux territoires et aux populations.
En vivant un sale quart d’heure universel, les gens des régions respectives se retrouveront dans ce projet universel. Car il ne s’agit pas de travailler pour son bled mais de penser le monde en fonction de circuits courts et au lieu qui nous environne. Ce projet universel supposera d’une manière rigoureuse qu’on pense le rapport au territoire sans que ce soit fait sur un mode arbitraire ou dominateur. Et surtout pas commercial, où il s’agit d’extraire des éléments de son territoire pour des marchés extérieurs en retour d’un pouvoir d’achat nous permettant, à notre tour, de consommer des éléments qui ont été arrachés à leurs lieux respectifs pour qu’on puisse un peu y avoir accès chez soi. Ça, c’est le monde qui est appelé à s’effondrer.
La radio des Îles-de-la-Madeleine CFIM 92,7 FM - Le son de la mer
Par Laurence Dami-Houle 26 novembre 2025
Les Îles-de-la-Madeleine ont-elles le potentiel de devenir une « biorégion »? C’est la question que se pose l’étudiant au HEC Montréal Vincent Agoues-Richard dans le cadre de son projet de maîtrise.
Embryonnaire et pluriel, le concept du « biorégionalisme » met de l’avant une transformation de la société en revenant à une plus petite échelle politique et économique, en phase avec les spécificités du territoire et des communautés qui y vivent.
Pour mener son enquête sociologique à terme, Vincent Agoues-Richard a réalisé, en plus d’observations terrain, une vingtaine d’entrevues avec des Madelinots au cours de l’automne.
Parmi les obstacles au potentiel biorégional des Îles, les citoyens ont parlé des défis entourant l’érosion côtière et l’autonomie alimentaire, entre autres. Pour ce qui est des leviers, les résidents ont notamment nommé la force de la communauté, sa facilité à se mobiliser. M. Agoues-Richard cite le cas de la vente du phare de l’Échouerie.
L’étudiant rentrera bientôt au bercail pour entamera la rédaction de son mémoire de maîtrise. Au-delà du dépôt du document, il souhaite proposer des pistes de solution concrètes et radicales pour aider la société à faire face aux énormes défis qui attendent l’humanité.
Le biorégionalisme ailleurs au Québec
L’approche biorégionale a fait des petits au Bas-Saint-Laurent. Selon un article de Le Devoir paru en octobre, un petit réseau solidaire d’agriculteurs et de transformateurs s’est formé dans le coin de Rimouski pour mettre sur pied un modèle agroalimentaire écologique et anticapitaliste. Une chercheuse impliquée dans cette démarche s’est aussi intéressée au potentiel biorégional du Bic et de Saint-Valérien.
Alain Deneault participera avec l’artiste Joshua Schwebel à une discussion publique ayant pour titre Industries extractives, institutions culturelles et résistance au Centre d’artistes Vaste et Vague à Carleton-sur-Mer le vendredi 28 novembre 2025 de 12 h 30 à 13 h 30.
« Le Centre d’artistes Vaste et Vague a le plaisir d’accueillir une discussion publique entre l’artiste Joshua Schwebel et le philosophe Alain Deneault, autour des liens entre les industries extractives, les institutions culturelles et les formes de résistance possibles face aux dynamiques de pouvoir qu’elles engagent.
Au cours de sa résidence à Carleton-sur-Mer, Joshua Schwebel poursuit une recherche critique sur la relation entre les structures économiques et politiques de l’extraction et celles de l’art institutionnalisé au Canada. Son travail met en lumière les dépendances, souvent invisibles, qui unissent le monde de l’art aux logiques impériales, coloniales et corporatives héritées de la construction du pays. Par une approche spécifique au site et en dialogue avec la communauté locale, il cherche à révéler ces réseaux d’influence et à imaginer des formes de redistribution contre-capitaliste.
Philosophe et essayiste, Alain Deneault explore depuis plusieurs années les dimensions éthiques, économiques et territoriales de l’industrie minière, ainsi que le concept de biorégion comme cadre de réflexion et d’action collective face aux structures extractivistes.
En dialogue, Joshua Schwebel et Alain Deneault croiseront leurs perspectives pour interroger la manière dont les institutions culturelles et les pratiques artistiques participent – volontairement ou non – à la reproduction des logiques d’extraction. Ensemble, ils ouvriront un espace de pensée sur ce que pourrait signifier habiter, créer et penser autrement, en dehors des impératifs du capitalisme extractif. » – Centre d’artistes Vaste et Vague
Industries extractives, institutions culturelles et résistance Discussion publique Avec Joshua Schwebel et Alain Deneault Vendredi 28 novembre 2025 - 12 h 30 à 13 h 30 Quai des arts - Centre d’artistes Vaste et Vague 774 blvd. Perron, Carleton-sur-Mer (Québec), G0C 1J0 Gratuit
Simon Paré-Poupart semblait peu destiné à cette rencontre. Après plusieurs années comme éboueur, il a pourtant publié Ordures!, un ouvrage sur nos habitudes de consommation et la perception sociale de son métier. En quelques mois seulement, son livre a connu un succès retentissant, au point qu’il est désormais reconnu dans la rue pendant son travail. Figure atypique dans son milieu, il inspire tout en dressant un portrait authentique et révélateur de notre société.
[…] Comment est venue l’idée d’écrire un tel livre?
J’ai fait ma maîtrise aux côtés de l’auteur Alain Deneault et il a joué un rôle de passeur dans ma vie. Je ne viens pas du milieu des arts et des lettres; sans lui je ne crois pas que je me serais permis d’écrire un livre. Il était mon directeur de stage au moment où je parlais de déchets, et il m’a convaincu que je devais écrire un livre sur le sujet. Il m’a présenté un éditeur — je ne savais même pas ce que c’était! Il avait un regard extérieur sur mon milieu qui le rendait tout à coup fascinant. Il a mis en lumière un discours qui m’habitait, mais dont je ne connaissais pas la valeur puisque pour moi, c’était banal. […]
Le Conseil des arts du Canada a dévoilé mardi matin les titres finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général, qui seront remis le mois prochain.
[…] Dans la catégorie Essais, les finalistes sont Faire que ! : L’engagement politique à l’ère de l’inouï, d’Alain Deneault (Lux), Mourir de froid, c’est beau, c’est long, c’est délicieux, de Nathalie Plaat (Les Presses de l’Université de Montréal), Recueillir, de Louise Warren (Éditions du Noroît), Soigner, écrire, de Ouanessa Younsi (Les Presses de l’Université de Montréal), et Tu viens d’où ? Réflexions sur le métissage et les frontières, de Maïka Sondarjee (Lux).
[…] Les lauréats des sept catégories seront annoncés le 6 novembre prochain.
Le 35e Salon du livre de Dieppe, au Nouveau-Brunswick, met l’accent cette année sur un dialogue entre l’Acadie et le reste du monde.
L’événement qui a lieu du 23 au 26 octobre compte sur la participation de plus de 60 auteurs, indique sa directrice, Morgane Bonamy.
« On a bien sûr des auteurs du Nouveau-Brunswick et du Québec et on a été cherché des auteurs français, des auteurs de l’Afrique. […] C’est quand même une ouverture, vraiment l’ouverture à différentes cultures et au monde. » – Morgane Bonamy, directrice du Salon du livre de Dieppe
[…] Une soirée littéraire vendredi au CCNB ayant pour thème Sujet de société rassemble les auteurs Alain Deneault, Sonia Mascolo, Francine Bujold, Fadwa Lapierre, Louise Morneault et Sébastien St-Croix Dubé.
Face à face « nature anxieuse » Avec Alain Deneault et Sébastien St-Croix Dubé Salon du livre de Dieppe Samedi 25 octobre 2025 - 13 h 25 à 13 h 45 Collège communautaire du Nouveau-Brunswick (CCNB) 505 Rue du College, Dieppe, NB E1A 6X2 Entrée gratuite ______________________________________________________
Face à face « politique » Avec Alain Deneault et Réal Godbout Salon du livre de Dieppe Samedi 25 octobre 2025 - 17 h 40 à 18 h 10 Collège communautaire du Nouveau-Brunswick (CCNB) 505 Rue du College, Dieppe, NB E1A 6X2 Entrée gratuite
Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï d’Alain Deneault fait partie des finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général de 2025 dans la catégorie essai. L’annonce des livres gagnants sera le 6 novembre 2025.
« Les livres sélectionnés comme finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général 2025 motivent les lectrices et lecteurs de tout âge à rêver et à découvrir des récits captivants en s’y laissant plonger. Chacune de ces œuvres littéraires offre un point de vue différent sur le Canada et le monde. Ces livres ont le pouvoir d’approfondir les liens qui unissent les gens, de bâtir des communautés et d’imaginer un avenir meilleur. Le Conseil des arts du Canada est honoré de célébrer les voix canadiennes uniques représentées dans ces œuvres littéraires exceptionnelles. »
— Michelle Chawla, directrice et chef de la direction, Conseil des arts du Canada
« Artistes québécois.e.s à la parole déliée et vive, Alix Dufresne et Christian Lapointe s’emparent de la vidéo-conférence intitulée « Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art » donnée par le philosophe Alain Deneault en 2021 et tirée de son livre L’économie esthétique. À l’invitation de l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick, cette visioconférence tente de montrer comment le capitalisme maintient sous pression les artistes et les incitent à devenir rentables.
Les deux artistes proposent une performance déjantée et incisive avec, comme toile de fond et projetée sur écran, la prise de parole controversée du philosophe. Ils y mettent en jeu la notion de marchandisation et les mécanismes de détournement de l’art, et ce, par la création d’un encan de JNF (NFT) fabriqués en direct devant public. Leurs corps deviennent outils de création, mais aussi paradoxalement de promotion et de contestation : chair brutalisée par l’économie de la culture en quête d’une réappropriation de l’agentivité propre à la pratique de l’art.
Initié par le metteur en scène et acteur Christian Lapointe, USE ET ABUSE est venu clore, joué à guichet fermé, la résidence d’Alix Dufresne en tant qu’artiste associée à l’USINE C de 2022 à 2025. Elle s’allie naturellement à lui pour ce projet et poursuit ainsi sa recherche autour des réflexions d’Alain Deneault, telle qu’amorcée avec Hidden Paradise créé en 2018 sur le thème de l’évasion fiscale. Ici les deux artistes donnent corps à une forme hybride, à la fois ludique, performative et politique, laissant place à l’imprévisible à chaque représentation. » – Théâtre Périscope
Use et abuse Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne Inspiré de la conférence d'Alain Deneault Une production de Carte blanche 9 au 12 décembre 2025 - 19 h 30 13 décembre 2025 - 16 h Théâtre Périscope - Salle principale - 2, Crémazie Est, Québec Durée 1 h - Billetterie ici
*Traumavertissement Cette œuvre contient des scènes de nudité, de violence et de sexualité. Elle peut heurter la sensibilité de certain·es spectateur·trices. * 18 ans et plus – preuve d’identité requise.
« Alix Dufresne et Christian Lapointe, artistes québécois·e·s à la parole déliée et vive, s’emparent de la vidéo-conférence intitulée Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art donnée par le philosophe Alain Deneault en 2021 et tirée de son livre L’économie esthétique. À l’invitation de l’Association acadienne des artistes professionnels du Nouveau-Brunswick, cette visioconférence tente de montrer comment le capitalisme maintient sous pression les artistes et les incitent à devenir rentables.
Alix Dufresne et ChristianLapointe proposent une performance déjantée et incisive avec, comme toile de fond et projetée sur écran, la prise de parole controversée du philosophe Deneault. Ils y mettent en jeu la notion de marchandisation et les mécanismes de détournement de l’art, et ce, par la création d’un encan de JNF (NFT) fabriqués en direct devant public. Leurs corps deviennent outils de création, mais aussi paradoxalement de promotion et de contestation : chair brutalisée par l’économie de la culture en quête d’une réappropriation de l’agentivité propre à la pratique de l’art.
Initié par le metteur en scène et acteur Christian Lapointe, Use et abuse est venu clore, joué à guichet fermé, la résidence d’Alix Dufresne en tant qu’artiste associée à l’USINE C de 2022 à 2025. Elle s’allie naturellement à lui pour ce projet et poursuit ainsi sa recherche autour des réflexions d’Alain Deneault, telle qu’amorcée avec Hidden Paradise créé en 2018 sur le thème de l’évasion fiscale. Ici les deux artistes donnent corps à une forme hybride, à la fois ludique, performative et politique, laissant place à l’imprévisible à chaque représentation. Pour public averti. » – La Chapelle Scènes Contemporaines
Use et abuse Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne Inspiré de la conférence d'Alain Deneault Une production de Carte blanche 1er au 6 décembre 2025 - 19 h 30 La Chapelle Scènes Contemporaines Durée 1 h - Billetterie ici Pour un public de 18 ans et plus
Présenté an français avec surtitrage en anglais les 2 et 5 décembre.
La représentation du 5 décembre sera suivie d'une discussion entre Alain Deneault (présence à distance), Alix Dufresne et Christian Lapointe.
Une table de vente, tenue par la librairie Le Port de tête, sera présente lors des représentations, proposant une sélection d’ouvrages d’Alain Deneault et de Christian Lapointe.
Quatorze heures à Matignon : la démission éclair de Sébastien Lecornu ne relève pas du hasard, mais d’un système à bout de souffle. Le macronisme, épuisé par sa propre logique d’adaptation permanente, révèle désormais sa vacuité : un pouvoir sans vision, une politique sans pensée.
Quatorze heures : c’est le temps qu’aura tenu Sébastien Lecornu à Matignon. Une nomination surprise, suivie d’une démission tout aussi soudaine, qui résume à elle seule l’état de décomposition d’une vie politique réduite à la gestion de l’instant. Cette démission express n’est pas un accident, mais un symptôme : celui d’un pouvoir incapable de durer, de penser, de s’inscrire dans le temps long. Le macronisme, qui se voulait dépassement des clivages, n’est plus qu’un centre sans gravité.
On promettait la rupture, on retrouve le recyclage : mêmes visages, mêmes réflexes, mêmes automatismes technocratiques. L’inconséquence n’est plus une erreur, elle est devenue une méthode. Ce gouvernement sans cap incarne à la perfection ce qu’Alain Deneault appelaitla médiocratie: le règne tranquille des gestionnaires dociles, des profils lisses, de ceux qui confondent neutralité et compétence. La médiocratie n’est pas la bêtise, mais l’éloge de la prudence. Elle se nourrit de conformisme, de loyauté sans pensée, d’un goût du compromis qui finit par étouffer toute idée de rupture. Elle rejette tout ce qui dépasse, tout ce qui dérange, tout ce qui pense autrement.
Le pouvoir macronien a fait de cette médiocratie une doctrine. La politique y est réduite à une succession d’ajustements tactiques qui donnent l’illusion du mouvement tout en masquant le vide. La mission impossible confiée à Lecornu – arracher en quarante-huit heures ce que nul n’avait su obtenir en trois semaines – n’était qu’un nouvel épisode d’un théâtre où la communication supplante la réflexion.
À droite, les Républicains se débattent entre loyauté et revanche. À gauche, les divisions s’enracinent : les insoumis s’enferment dans le symbolique, les socialistes hésitent entre pragmatisme et rupture. Chacun parle d’unité, mais tous s’enferment dans leurs calculs. Le pays, lui, regarde, désabusé, une classe politique incapable d’offrir le moindre horizon commun. Et désormais, l’étau se resserre sur Emmanuel Macron.
Ce n’est pas d’ordre dont la France a besoin, mais de sens, de vision, de projet.
L’autorité présidentielle se fissure, la solitude s’installe. Ce ne sont plus seulement ses opposants qui s’interrogent, mais ses propres soutiens. Édouard Philippe évoque ouvertement une présidentielle anticipée, preuve que même les compagnons de la première heure doutent de la capacité du président à gouverner. Gabriel Attal, lui, confie ne plus comprendre les choix présidentiels. La verticalité, jadis revendiquée, s’est muée en isolement. Le chef de l’État semble enfermé dans un pouvoir devenu pure gestion de sa propre impuissance.
Le cas Lecornu, dans sa brièveté presque burlesque, révèle la gravité du moment. Nous ne manquons ni d’experts ni de talents, mais de vision. Ce n’est pas la compétence qui fait défaut, mais le courage d’assumer un cap, de dire ce que l’on veut faire du pouvoir. Gouverner, c’est choisir. Or, la politique française s’est perdue dans la prudence, le calcul, la peur du risque. L’échec n’est pas celui d’un homme, mais d’un système qui a cessé de concevoir la politique comme une responsabilité collective.
Tant que la médiocratie régnera – ce régime où la parole remplace la pensée et la prudence, la conviction –, nous continuerons de dériver, ballottés d’une crise à l’autre, dans un pays qui ne sait plus très bien qui le gouverne, ni vers quoi il va. Ce n’est pas d’ordre dont la France a besoin, mais de sens, de vision, de projet. Pas de stabilité, mais de courage et d’audace d’imposer des ruptures franches. Retrouver le goût du politique, ce n’est pas seulement rompre avec la médiocrité : c’est réapprendre à croire qu’un autre chemin demeure possible.
L’économie de la nature, qui est le premier opuscule du Feuilleton théorique : Les Économies d’Alain Deneault, fait partie de la bibliothèque d’autodéfense intellectuelle d’Élucid. Cette bibliothèque est « un ensemble de synthèses d’ouvrages pour développer l’esprit critique. Des fiches de lectures riches et faciles d’accès à lire ou à écouter. »
« L’économie de la nature (2019) est la première publication d’un « feuilleton théorique » dans lequel Alain Deneault analyse le sens attribué au terme « économie » à travers l’histoire. Dans cet ouvrage, il explique comment les premiers « économistes » ont dévoyé ce terme pour fonder une science de l’agriculture. » – Élucid, 26 septembre 2025
Alain Deneault participera, aux côtés de J. D. Kurtness et Philippe Yong, à la rencontre littéraire Comment imaginer l’avenir dans une planète qui meurt de guerre et de pollution ? animée par Marie Brodeur Gélinas dans le cadre de la série Les midis littéraires du Festival international de la littérature le mardi 30 septembre 2025 à l’Espace de la diversité dans le Grand salon de l’esplanade Tranquille.
« Comment imaginer l’avenir alors que les crises environnementales et climatiques sans précédent, les guerres et les génocides, rendent de plus en plus incertain l’avenir de l’humanité et du vivant sur Terre ? » – FIL
Comment imaginer l'avenir dans une planète qui meurt de guerre et de pollution ? Les midis littéraires - Festival international de la littérature Avec Alain Deneault, J. D. Kurtness, Philippe Yong Animation : Marie Brodeur Gélinas Grand salon de l’esplanade Tranquille Mardi 30 septembre 2025 - 12 h à 13 h 1442 Rue Clark, Montréal, Québec H2X 2R3 Ouvert à tous·tes - Admission générale Gratuit
Coproduction de l’Espace de la diversité (EDLD) et du FIL 2025 En partenariat avec le Partenariat du Quartier des spectacles
« Le FIL est heureux de s’associer, pour la quatrième année consécutive, à l’Espace de la diversité (EDLD) pour une série de rencontres littéraires dans le Grand salon de l’esplanade Tranquille. Lors de ces rencontres, on abordera des questions liées à une thématique générale, qui est, cette année, « Ode à la terre et au vivant ». Il va de soi que, comme lors des éditions précédentes, nous avons, cette année encore, l’ambition de proposer une diagonale aux débats, aux frontières de la création littéraire et de la pensée.
Depuis sa création, l’Espace de la diversité (EDLD) cherche à faire résonner les voix, mettant en lumière les expériences d’auteur.es, de lecteurs et lectrices, de passeurs et passeuses de différentes origines qui partagent la passion des mots et l’urgence de repenser le rapport à l’autre. Son mandat en tant que lieu de réflexion et de diffusion: refonder le sens du mot ensemble en combattant le racisme et l’exclusion par le livre. » – FIL
Rencontre littéraire du FIL animée par Marie Brodeur Gélinas avec Alain Deneault, J. D. Kurtness et Philippe Yong – 30 septembre 2025
L’article Anatomie de la souffrance au travail d’Alain Deneault paraît dans le magazine bimestriel Manière de voir du Monde diplomatique « Santé mentale, symptômes d’un monde fêlé » numéro 203 (100 pages) octobre – novembre 2025 dans la section 2 ayant pour titre Souffrances.
Anatomie de la souffrance au travail reprend son article paru dans les pages du Monde diplomatique en novembre 2018 sous le titre Quand le management martyrise les salariés.
« Grande cause nationale 2025 », la santé mentale des Français se dégrade tandis que la psychiatrie publique fait face à un manque cruel de moyens. Ailleurs dans le monde, on observe les mêmes signaux d’alerte. Le dernier « Manière de voir » analyse les enjeux sanitaires, politiques et sociaux posés par les troubles psychiques, nouveau mal du siècle. – *Manière de voir, Monde diplomatique, # 203
*Manière de voir présente tous les deux mois un autre point de vue sur les enjeux contemporains et les points chauds du globe et rassemblent les meilleures chroniques parues dans le Monde diplomatique.
2. Souffrances
La détresse psychique est une douleur sans lésion visible. Pourtant, y succomber peut confronter à une souffrance extrême. Capitalisme en roue libre, aliénation des réseaux sociaux, effondrement climatique, guerres, anomie de nos sociétés — ainsi qu’Émile Durkheim nommait le dysfonctionnement collectif… Sommes-nous toujours plus nombreux, notamment parmi les jeunes, à faire l’expérience de la perte de soi ? D’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS), près d’un milliard de personnes sont affectées par un trouble mental sur la planète, l’anxiété et la dépression en premier lieu.
Anorexie, le poids des exigences sociales ///// Claire Scodellaro Infographie : Comment ça va, toi ? La santé mentale des jeunes en France ///// Cécile Marin Anatomie de la souffrance au travail ///// Alain Deneault La plus grande folie des hommes ///// Caroline Thirion Théorème de la mélancolie ///// Max Dorra Ainsi vieillissent nos sociétés ///// Philippe Baqué
Les ex-dirigeants de France Télécom bientôt devant la justice
Quand le management martyrise les salariés
Par Alain Deneault Extrait du Monde diplomatique Novembre 2018, page 3
Une lecture distraite des événements pourrait faire passer ce cas d’école pour une affaire isolée. En juin dernier, il a été statué que l’entité France Télécom et son ancien président-directeur général (PDG) Didier Lombard, de même que ses seconds, MM. Louis-Pierre Wenès et Olivier Barberot, comparaîtraient en 2019 pour harcèlement moral. Ils devront répondre des suicides de dizaines d’employés à la fin des années 2000.
À l’époque, France Télécom a changé de statut. Depuis 2004, plus de 50 % de son capital provient d’investissements privés, et tout le secteur des télécommunications est ouvert à la concurrence. L’entreprise entre alors dans une gestion de type « gouvernance », notamment en « responsabilisant » son personnel.
Moins employés que « partenaires » à même l’entreprise, les subalternes apprennent à se rendre pertinents auprès de leurs supérieurs immédiats, qui choisissent leurs équipes de travail. Ils doivent atteindre des objectifs irréalistes, développer des méthodes de vente dégradantes, se donner des formations d’appoint, rivaliser pour se caser dans de nouveaux organigrammes, acquérir de nouvelles compétences, sous peine d’être laissés sur le carreau. C’est d’ailleurs l’un des buts de la manœuvre : décourager plus de vingt mille d’entre eux, afin qu’ils quittent l’entreprise sans devoir être formellement licenciés. Un propos de M. Lombard devant les cadres de France Télécom, le 20 octobre 2006, résume son état d’esprit : « Je ferai les départs d’une façon ou d’une autre, par la fenêtre ou par la porte. »
Et il y est parvenu. Dans La Société du mépris de soi, François Chevallier s’étonne de l’efficacité de cette absence d’encadrement du personnel. Les individus soumis à ce flou administratif se laissent convaincre que tout dépend d’eux, et qu’ils n’ont donc qu’à s’en prendre à eux-mêmes en cas d’échec. « Des gens “maltraités”, ou se vivant comme tels, non seulement ne se rebellent plus contre ceux qui les amoindrissent au point de les détruire, mais semblent leur donner raison en faisant (…)
Par Simon Lambert Collaborateur à Québec 13 septembre 2025
« […] Réjouissances de fin d’année
En fait de créations notables, on ne manquera pas, finalement, de noter le passage en fin de saison d’Alix Dufresne et de Christian Lapointe avec Use et abuse. Les deux créateurs s’y inspirent de la vidéoconférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art d’Alain Deneault pour aborder la marchandisation de l’art. Dans une forme hybride « à la fois ludique, performative et politique », ces cinq soirs au Périscope risquent d’être solidement ancrés dans les enjeux contemporains. […] »
La Péninsule acadienne comme laboratoire biorégional. Entretien avec Alain Deneault à l’émission L’heure de pointe Acadie animée par Amélie Gosselin sur ICI Première à Radio-Canada autour de la question de la « biorégion ». Durée : 16 min – 3 septembre 2025
La conférence d’Alain Deneault qui a pour titre La « biorégion » du détroit de Northumberland à la Baie-Sainte-Marie : une approche disciplinaire et communautaire aura lieu le vendredi 19 septembre 2025 dans le cadre de la Grande conférence Sainte-Anne pour la rentrée 2025 de l’Université Sainte-Anne en Nouvelle-Écosse.
« Une « biorégion » est un terme utilisé depuis une vingtaine d’années pour qualifier un territoire dont les limites ne sont pas politiques, mais plutôt géographiques, de manière à tenir compte des écosystèmes et des communautés, autrement dit : de l’interaction entre les espèces et les humains et les caractéristiques de la géographie.
Alain Deneault s’intéresse au concept de biorégion afin de mieux connaître et faire valoir la vie régionale dans une perspective « universelle », pour contrer autant le repli identitaire que le défaitisme face aux changements environnementaux.
Le professeur Deneault présentera ces idées, développées dans son récent livre Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï (Montréal, Lux, 2024) dans une grande conférence qui sera suivie d’une période d’échanges avec le public.
L’événement vise à donner le ton à notre année académique 2025-2026 et s’adresse à toute la communauté universitaire; les membres de la communauté de la baie Sainte-Marie sont bien sûr invités à se joindre à nous ! » – Université Sainte-Anne
La « biorégion » du détroit de Northumberland à la Baie-Sainte-Marie : une approche disciplinaire et communautaire Conférence d'Alain Deneault Vendredi 19 septembre 2025 - 13 h La conférence sera suivie d'une période d'échanges avec le public Chapelle - 1695, route 1, Pointe-de-l'Église (Nouvelle-Écosse) B0W 1M0 et par vidéoconférence aux autres campus de l'Université Sainte-Anne
« Face à la mondialisation néolibérale, les replis sur soi se mondialisent. Les puissants se livrent à nouveau, sans vergogne, à de nouvelles guerres, commerciales et bien réelles, pour s’emparer des ressources naturelles ou contrôler leurs concurrents, et partout la coopération internationale est remise en cause.
Un autre monde est-il encore possible ?
Dans le cadre du Forum social mondial des intersections (29 mai au 1er juin), les Amis du Monde diplomatique de Montréal vous invitent à cette soirée d’échanges sur l’alter-mondialisme. Quatre invités vont aborder cette notion intrinsèquement polysémique sous différents angles –, écologie, économie, paix, solidarité internationale, — afin d’apporter un éclairage réactualisé sur les héritages de l’altermondialisme, sur son présent et sur son avenir.
Le philosophe Alain Deneault examine d’abord le nihilisme assumé d’un système-monde générateur d’inégalités, qui favorise l’extractivisme, provoque des crises écologiques et alimente les guerres et les replis autoritaires. En opposition à la mondialisation de la réaction, Deneault propose de renouer avec l’engagement internationaliste incarné par l’élan altermondialiste, dans lequel Le Monde diplomatique a joué un rôle moteur, depuis les grandes mobilisations autour de la taxe Tobin et de la conférence de Porto Alegre (2003).
Thibault Biscahie se penche ensuite sur les violences de la mondialisation néolibérale qui ont enfanté un nationalisme belliqueux et néo-impérial dans le Nord global. Thibault revient sur la notion du protectionnisme et sur les vertus d’un souverainisme protecteur, enrichi de considérations écologiques et sociales, en s’inspirant des revendications historiques des pays du Sud pour transformer les asymétries de l’économie mondiale.
Avec un regard sur le Sud global, Adib Bencherif met l’accent sur les multiples conflits, peu médiatisés, qui sévissent actuellement dans le contexte africain, sur fond de course aux ressources naturelles et de remise en cause généralisée de coopération internationale. Alors qu’une réflexion approfondie sur les clivages Nord-Sud qui traversent notre présent s’impose, Adib se penche sur l’héritage anticolonial qui se manifeste aujourd’hui dans les replis autoritaires des pouvoirs se réclamant du panafricanisme d’antan.
Simon Paré-Poupart s’interroge, enfin, sur les rapports entre écologie, déchets et marginalisation au Canada. Mettant en lumière la face cachée de nos sociétés de surconsommation, Simon nous invite à s’intéresser aux solidarités subalternes qui se tissent entre personnes de toutes origines dans son métier de vidangeur.
Les interventions seront suivies d’une période d’échanges avec le public pour réfléchir ensemble sur les horizons politiques envisageables, soucieux du vivant et de la diversité du monde.
La soirée s’inscrit dans le Forum social mondial des « intersections » au Québec, parmi une série d’événements se déroulant en simultanée en amont du Forum social mondial prévu pour 2026 à Cotonou au Bénin. » Les Amis du Monde diplomatique à Montréal
Repenser l’altermondialisme face au moment réactionnaire Une présentation des Amis du Monde diplomatiquede Montréal Avec Alain Deneault, Simon Paré-Poupart, Thibault Biscahie et Adib Bencherif Suivi d'un échange avec le public Lundi 9 juin- 18 hà 20 h 30 Centre social l’Achoppe - 1800 Av. Letourneux, Montréal, Animation : Christopher Chanco et Les Amis du Monde diplomatique à Montréal Infos : amdquebec@proton.me Inscription obligatoire ici
Intervenants : Alain Deneault, philosophe, auteur du Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï (Lux Éditeur, 2024) et cofondateur d’ATTAC-Québec ; Simon Paré-Poupart, éboueur et essayiste, auteur du livre Ordures ! (Lux Éditeur, 2024) ; Thibault Biscahie, chercheur postdoctoral, Centre de recherche en droit public et spécialiste du néolibéralisme. Adib Bencherif, professeur à l’Université de Sherbrooke ; spécialiste sur les questions des risques géopolitiques et sécuritaires dans le contexte africain
Repenser l’altermondialisme face au moment réactionnaire – Captation de la conférence du 9 juin 2025
« Entretien avec les sociologues Mark Fortier et Alain Deneault des éditions Lux le 20 mai 2025 de 19 h à 20 h au Studio du Quai des arts à Carleton-sur-Mer. Cet événement est organisé par la Bibliothèque Gabrielle-Bernard-Dubé » – Ville de Carleton-sur-Mer
Entretien avec les sociologues Mark Fortier et Alain Deneault Animé par : Patricia Chartier 20 mai 2025 - 19 h à 20 h Studio du Quai des arts - 774, boul Perron, Carleton-sur-Mer Pour plus d'informations : 418 364-7103 Billets : ici Entrée gratuite
« Cette semaine, Vincent vous présente son coup de cœur littéraire: le Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï d’Alain Deneault. Il est disponible à la bibliothèque ainsi que plusieurs autres coups de cœur sélectionnés par le personnel de la bibliothèque pour vous ! »
La consommation : désirs d’objets ou désirs substitutifs ? Conférence d’Alain Deneault à la 13e édition de la Semaine de la citoyenneté du Cégep du Vieux Montréal qui a eu lieu le jeudi 27 mars 2025 – Durée : 47 min 16 sec
« La 13e édition de la Semaine de la citoyenneté du Cégep du Vieux Montréal a présenté une série de conférences et d’activités afin d’alimenter la discussion et les réflexions autour de notre mode de consommation. »
Extraits des livres lus par Alain Deneault : On achève bien les enfants. Écrans set barbaries numériques de Fabrice Lebrun, 2020 La fabrique du consommateur d'Anthony Galluzzo, Zones éditeur, 2020 Le suicide d'Émile Durkheim, Éditions Quadrige, 2013
Montpetit entretien, un rendez-vous livresque avec Alain Deneault et son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï le mercredi 16 avril 2025 à l’Espace conférence de la bibliothèque du Cégep Édouard Montpetit. L’entretien sera animé par le professeur de philosophie Thibault Tranchantainsi que le professeur en Science Politique Jonathan Veillette.
« Bienvenue sur la page des Montpetit entretien. Il s’agit de rendez-vous livresques sous forme d’un entretien qui sont animés par des professeurs du CEM issus de divers départements d’enseignement en compagnie d’auteurs d’ici et d’ailleurs. Ils ont lieu à l’Espace conférence de la bibliothèque du Cégep. »
Montpetit entretien avec Alain Deneault Et son livre Faire que ! L'engagement politique à l'ère de l'inouï Mercredi 16 avril 2025 - 12 h 15à 14 h Animation : Thibault Tranchant, professeur de philosophie et Jonathan Veillette, professeur de Science politique Bibliothèque du cégep Édouard Montpetit - Espace conférence
Montpetit entretien avec Alain Deneault au Cégep Édouard Montpetit – 16 avril 2025
Voici un texte de Marie-Ève Lussier-Gariépy, conseillère artistique de Carte blanche, à propos de la pièce Use et abuse de Christian Lapointe et Alix Dufresne inspirée par la conférence d’Alain DeneaultComment l’industrie culturelle use et abuse de l’art (2021). La pièce a été présenté à l’Usine C du 5 au 8 mars 2025 et sera à l’affiche au théâtre l’Escaouette les 9 et 10 avril 2025.
À propos de la pièce Use et abuse par Marie-Ève Lussier-Gariépy
« Les symptômes de la crise des arts et de la culture au Québec sont plus nombreux que jamais : désertions d’artistes de toutes disciplines confondues vers d’autres corps de métier, fermeture de lieux culturels phares, réduction des programmations de diverses institutions artistiques, annulation de spectacles, précarité, pauvreté, angoisse, détresse, et la liste pourrait s’allonger sur plusieurs pages. Mais qu’en est-il, pour reprendre les préoccupations si justes qu’énonçaient déjà René-Daniel Dubois en 1991*, de la cause de ces symptômes? On ne saurait les réduire à un manque d’argent, ni se réjouir trop vite que les crédits du Conseil des arts et des lettres du Québec aient été portés à 200 millions de dollars dans le dernier budget provincial. La blessure est plus profonde, plus profond aussi, le vide. Dans leur performance élaborée à partir de la conférence d’Alain Deneault intitulée « Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art », Alix Dufresne et Christian Lapointe s’efforcent, en écho avec les réflexions du philosophe, de disséquer l’origine du mal qui ronge actuellement le milieu artistique québécois.
Les deux créateur·rice·s me semblent à ce titre adopter une posture assez proche de celle décrite par Dubois; face à la crise, elle et il reculent jusqu’au mur (ici, l’écran sur lequel est projetée la conférence dans son intégralité et dans lequel Alix Dufresne se fond littéralement lorsque, en entrant sur scène, elle le longe, les yeux ronds, sur la pointe des pieds, à mi-chemin entre la volonté de ne pas déranger et celle de passer inaperçue pour mieux observer, surprendre, réattaquer). Les performeur·euse·s, donc, acceptent de se laisser traverser, de se laisser hanter par les hurlements qui fusent de toutes parts. Elle et il se font les archéologues d’une douleur culturelle collective.
La cause de cette douleur? Les propos d’Alain Deneault l’éclairent : le régime capitaliste, dont la principale visée est de faire fructifier des actifs excédentaires (des capitaux), a permis que le vocabulaire de la gouvernance s’étende à tous les champs de la vie sociale, culturelle et artistique. C’est-à-dire que, peu à peu, les milieux de la santé, de l’éducation, mais aussi les institutions artistiques comme les musées, les théâtres, les opéras et autres lieux de création et de diffusion, se sont retrouvés soumis aux modalités de gestion propres au secteur privé capitaliste. Il suffit de s’attarder aux questions des formulaires de demandes de subvention pour confirmer que la propagation a bel et bien eu lieu : décrivez les actions que vous ferez pour attirer l’attention de votre public cible, faites état de votre plan de communication, expliquez les retombées de votre projet sur votre carrière, etc. Désormais, il faut à tout prix, pour obtenir les moyens de mener à terme un projet artistique, convaincre que ce projet sera rentable ou, au pis aller, qu’il profitera à des secteurs qui, eux, le sont; rentables.
Ce dont s’étonne Deneault, c’est que les artistes, non seulement acceptent de se prêter au jeu de la gouvernance, mais ne dénoncent pas davantage l’usurpation par le régime capitaliste d’une foule de procédés esthétiques. Pensons par exemple au traitement sonore et lumineux d’une vidéo promotionnelle, aux prestations artistiques qui ont cours lors de soirées corporatives ou encore à la mise en récit, via les différents médias numériques, d’une vaillante fratrie de trois frères et deux sœurs qui, après avoir repris l’entreprise familiale de pizzas à laquelle se sont consacrés leurs parents et leurs grands-parents, multiplie à un rythme effréné le nombre de restaurants de la chaîne. Les arts, à force d’être ainsi mis au service de la fructification des profits, ne risquent-ils pas de perdre leur force critique, leur pouvoir de rassemblement et de révélation?
En réponse à cette inquiétude, il est jouissif de voir Alix Dufresne et Christian Lapointe se réapproprier leurs propres langages – ceux de l’esthétique, de la métamorphose et de la performance – et s’appliquer à démontrer et à démonter les rapports de domination à l’œuvre entre l’industrie et les artistes qu’elle pille.
Ver rampant, homme qui se flagelle avec sa propre ceinture, clown naïf (puis abusé) nous renvoient un miroir cruel de ce que les artistes acceptent de s’infliger dans l’espoir d’obtenir l’aval des dirigeant·e·s politiques et économiques, leur argent, mais aussi, en venons-nous à songer, la permission de continuer à exister.
À ce sujet, USE et ABUSE me paraît faire la lumière sur un aspect laissé sans réponse de la conférence d’Alain Deneault. Le philosophe demande : pourquoi les artistes ne décrient-ils et elles pas le régime qui leur dérobe leurs propres codes? Ils, elles auraient le pouvoir, après tout, de faire tomber les apparats, de crier que « le roi est nu ». Et de reprendre, ultimement, ce qui leur a été dérobé : les conventions du spectacle vivant, les procédés narratifs, poétiques, performatifs. L’ordre capitaliste, dépouillé des conventions esthétiques dont il s’était auparavant emparé, ne saurait plus exister avec la même toute-puissance ni avec la même violence.
Le raisonnement semble si clair; on suit Deneault dans chacun de ses développements, on en viendrait sans doute à se buter à la même incompréhension que lui… si ce n’était des actions performées sous nos yeux par Dufresne et Lapointe. On regarde la première contracter les fesses pour faire chanter un poulet en plastique, on entend le deuxième s’étouffer des suites d’une fellation forcée au ministre de la Culture et ça nous apparaît : par un tour de force particulièrement pervers, le régime en est venu à persuader les artistes que c’est elles et eux qui dépendent de lui, que, sans l’industrie, les mécènes et les chiffres de vente, les arts ne sauraient survivre et encore moins rejoindre les gens. Le duo de performeur·euse·s, en témoignant de la surprenante facilité des artistes à porter atteinte à leur dignité, à leur intégrité et à leur humanité, nous place face à l’indifférence et à la haine qu’entretiennent les créateur·rice·s à leur propre égard.
Mais d’où vient donc cette douloureuse détestation de soi et de ses pratiques? Dans une entrevue accordée à La Presse en 2014, René-Daniel Dubois mentionnait la politique culturelle provinciale échafaudée par les Libéraux dans les années 1990, qu’il avait vertement critiquée à l’époque (notamment dans le texte dont un extrait est placé en exergue). Le dramaturge rappellait que, parce qu’elle était « fondée sur l’idéologie qu’il fallait que ça rapporte », cette politique avait entraîné un désintérêt massif des médias et de l’ensemble de la société à l’égard des pratiques culturelles affranchies de toute logique économique. Elle avait ainsi marqué, sinon le début, du moins un jalon important vers la crise actuelle. Un spectateur a d’ailleurs souligné ce tournant historique au Québec lors d’une des discussions qui ont suivi les représentations d’USE et ABUSE à Montréal.
« Mais alors, que faire? », le public s’est-il demandé, soir après soir, à l’Usine C. « La grève », a suggéré le même spectateur qui avait parlé de la politique culturelle de 1992. Lors d’une conférence de René-Daniel Dubois à laquelle j’ai assisté au début des années 2010, l’homme de théâtre avait raconté comment lui-même avait tenté de convaincre ses pair·e·s, réuni·e·s à l’occasion d’une rencontre du milieu théâtral québécois, de fermer tous les théâtres pendant un an. Cette pause forcée ne montrerait-elle pas à toustes à quel point les arts (le théâtre, dans ce cas-ci, mais la logique pourrait s’étendre aux musées, aux salles de concert, aux bibliothèques, bref, à l’ensemble des espaces de création et de diffusion artistique), à quel point les arts, donc, sont essentiels au vivre ensemble? À quel point, sans manifestation artistique, une société se retrouve gangrenée par un vide assourdissant, et ce, même si les capitaux ne cessent de croître? Et bien, la proposition de grève avait été soumise au vote de l’assemblée… et avait été battue. Je me rappelle de l’émotion dans la voix de Dubois, quand il nous avait dit : « Le monde a eu peur. » Les artistes avaient eu peur, oui, ils avaient craint par-dessus tout que, si les théâtres cessaient leurs activités pendant une année entière, le public perdrait tout intérêt pour ce rituel et que, au moment de réouvrir les salles, personne n’aurait plus le désir de s’y rassembler. En conclusion de sa conférence, le dramaturge nous avait confié avoir compris quelque chose ce jour-là : les artistes étaient les premier·ère·s à douter de la nécessité et de la valeur de leur pratique.
En 2014, toujours en entrevue à La Presse, l’auteur réitérait son diagnostic : « Cette indifférence de la société a affecté les artistes qui n’ont plus de considération pour ce qu’ils font. Ils ont perdu le sacré. » J’ajouterais : ils et elles ont intériorisé cette idée que leur travail n’est ni essentiel, ni important. Que, parce que sa valeur ne se calcule pas d’abord en termes marchands, il n’en a, pour tout dire, aucune.
Au sortir de la conférence-performance USE et ABUSE, nous en venons à nous demander, dans le sillage de Dubois de quelles façons les artistes peuvent s’extirper de cette culture de la haine de soi que leur a imposé le régime capitaliste. Comment peuvent-elles et ils reprendre foi en la puissance et la liberté farouche de l’art? Comment peuvent-ils et elles, à nouveau, refuser de se défiler devant la tâche fondamentale qui leur incombe, celle de se faire les « archéologues de la douleur, de la joie aussi et des espoirs, ce qu’il en reste »? » – Marie-Ève Lussier-Gariépy
*Dans un restaurant, une femme mange calmement, assise, seule à sa table. Tout à coup, elle se lève et, en poussant un hurlement, elle renverse sa table et toutes les autres et gifle, et griffe, et pleure tellement, et hurle tellement qu’on ne lui voit plus les yeux. Elle n’a plus, en guise de visage, qu’une bouche qui hurle de terreur. On appelle la police, bien sûr, et une ambulance. On la maîtrise, on lui fait une piqûre ad hoc, la sangle sur une civière et on l’emporte quelque part hors de vue. On écrit sur le rapport : crise d’angoisse.
[…][devant] une scène aussi forte, aussi immédiate, aussi ravageuse, personne parmi ceux et celles qui travaillent dans ce restaurant, y mangent ce midi-là, ni les policiers, ni les ambulanciers, […] personne n’est effleuré par la nécessité de s’interroger non pas sur le symptôme, mais sur l’origine de ce symptôme […].
Peut-être bien que nous, artistes, sommes un paquet d’imbéciles parce que, quand la scène se produit, nous ne l’aidons pas, cette femme, et ne comprenons pas non plus tout de suite ce qui la déchire. Nous reculons jusqu’au mur et restons le dos appuyé contre lui, les yeux ronds et, pendant qu’on la pique, nous nous enfuyons par la porte de la cuisine pour aller vomir nos crêpes dans la ruelle.
Notre solidarité, c’est que nous allons rester hantés par cette bouche et nous allons y penser nuit et jour, en rêver. Pour arriver à constituer un visage à partir de cette bouche, nous allons y chercher les yeux et tenter de lire ce qui s’y exprime. Nous considérons que cette tâche d’archéologues de la douleur, de la joie aussi et des espoirs, ce qu’il en reste, est une tâche devant laquelle il nous est impossible de nous défiler.
Entretien avec Alain Deneault par Matthieu Noël à l’émission Zoom Zoom Zen sur les ondes de France Inter – Durée : 43 min – 31 janvier 2025
« « La médiocratie est un monde -le nôtre- qui a fait de la moyenne une norme impérieuse de n’avoir rien de plus à afficher, à affirmer, à manifester qu’une activité moyenne, qu’une connaissance moyenne, qu’un désir moyen. Il faut être paramétrable. » Voici la thèse avancée par Alain Deneault invité pour son livre La médiocratie paru en 2015 aux éditions Lux.
« La médiocratie ou quand le nivellement par le bas devient un fait social. Il est humain de ressentir ce genre de choses et surtout, c’est bien plus qu’un ressenti, car dans beaucoup de cas, c’est une réalité. De plus en plus de personnes occuperaient en entreprise des postes situés au-delà de leur seuil de compétence. Les individus deviennent alors entièrement interchangeables. Cette médiocratie comporte des risques, dont celui de perdre de vue les enjeux importants comme la justice sociale et l’écologie.
Le règne de la banalité du mal et de l’enfermement de l’individu
Ce qui définit aujourd’hui un système médiocratique, c’est, d’après Alain Deneault, le fait de se complaire dans une forme d’automaticité déraisonnée où l’individu ne résonne pas en sa conscience, par sa propre liberté, puisque son autonomie est définie par les limites mêmes que lui imposerait cette médiocratie sociale : « C’est un système dans lequel le métier a été remplacé par la fonction, où les techniques prévalent sur les pratiques. La médiocratie a beaucoup à voir avec le taylorisme, où on a compris que dans une grande organisation, les sujets doivent être interchangeables, sous une forme incitative ou coercitive. La médiocratie est à voir comme une façon de laisser des sujets par eux-mêmes atteindre des cibles en jouant le jeu et en abdiquant sur un certain nombre d’exigences, notamment d’autonomie intellectuelle. Et si vous démultipliez dans une société des acteurs qui se plient à des règles irréfléchies, vous alimentez la banalité du mal. Vous arrivez à une situation où tout le monde obéit sans trop prendre la responsabilité à des injonctions« .
Elle consisterait à suivre une certaine tendance, lourde et invisible, qui consiste à enjoindre et à enfermer, sans qu’il en ait conscience, autrui à une liberté déguisée, normée, qui l’empêcherait de s’élever comme individu, pour servir les intérêts d’un ou d’une « médiocrate », notamment une certaine élite, qui tirerait autrui vers le bas, dans les bas instincts : « C’est enjoindre dans différents milieux, dans différentes conjonctures, des gens à se plier à des normes, à des protocoles, à des standards étriqués, et ce sous couvert d’initiatives, de liberté toujours très balisée et limitée. »
« Au fond, être médiocre, paradoxalement, c’est exploiter son intelligence sociale de manière perverse pour faire en sorte qu’autrui déraisonne et n’ait pas la volonté de s’élever, pour que celui-ci soit soustrait à ses intérêts. Et nous sommes aujourd’hui face à des pouvoirs organisationnels, institutionnels, incitatifs qui nous restreignent à ne surtout pas en faire plus. Aujourd’hui, il est regrettable de voir que l’élite, les gens puissants favorisent la médiocrité, cette injonction à être moyen qui fait que, dans tous les secteurs de nos vies aujourd’hui, nous ne serions jamais poussés à nous dépasser, à faire preuve de créativité, mais à rester dans le rang moyen. Car cette moyenne n’a rien de démocratique, d’intelligible, au contraire, elle est imposée. Pourtant, on a le pouvoir de s’affranchir de ce comportement moyen prescrit, qui sert les intérêts de cette médiocratie, qui n’a pas intérêt à laisser autrui à penser par lui-même« .
La société serait-elle en train de rompre avec la médiocratie ?
Considérant que tous les repères de notre époque seraient dominés depuis longtemps par les médiocres, le philosophe explique que le tournant politique auquel nous assistons aujourd’hui, ne traduit rien d’autre que la faillite du projet médiocrate : « Les gens prennent conscience qu’il faut s’affranchir de la volonté de s’enfermer dans un paramétrage, un certain nombre de protocoles, de normes, de standards et qu’il faut se redonner les moyens de notre citoyenneté, de notre société civile éclairée, rompre avec cette façon d’enfermer le commun dans un paramétrage qui donne une impression de liberté, mais sous une forme très contrôlée. Ce qu’on voit aujourd’hui, même politiquement, c’est la volonté de rompre avec la faillite de ce système parce qu’il n’est jamais parvenu à prendre la mesure des problèmes du temps et à être à la hauteur des enjeux« .
Il est urgent de rompre avec la médiocratie et de soutenir ceux qui résistent
Au contraire, Alain Deneault considère qu’il est plus qu’urgent de prendre fait et cause pour toutes celles et ceux qui résistent à la médiocrité et à la médiocratie, en refusant un certain nombre d’injonctions, en rompant avec un certain nombre de pratiques pour des raisons à la fois éthiques, philosophiques et politiques collectives : « Les gens doivent s’affranchir de cette tendance prégnante pour prendre leur propre destin en main et ainsi arrêter de flatter ce qui encourage les bas instincts et les passions tristes, la bassesse des égos. Il y a notamment chez les élites une volonté non pas seulement de suivre les directives, mais de s’y plier avec ardeur, en manœuvrant de façon à se positionner sur un échiquier et s’enrichir par la médiocrité. Le spectacle qui nous est donné en France aujourd’hui, c’est souvent la médiocrité par la politique plutôt que de songer à trouver une autre boussole que celle de la tactique et la communication dérisoire« .
Cependant, le philosophe alerte sur les dangers des élites qui prétendent rompre avec la médiocratie pour mieux s’y reprécipiter une fois qu’elles ont obtenu gain de cause. Il cite l’exemple de l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis : « Donald Trump est d’une part le symptôme même de l’échec de la médiocratie, car si au fond les gens se sont reconnus en lui, c’est par volonté d’en finir avec cette médiocratie et le système établi. Sauf que, d’autre part, le paradoxe veut que les gens aient finalement opté pour quelque chose de pire que ce contre quoi Trump s’est positionné, car il replonge aussitôt dans ce même médiocratisme qu’il prétendait combattre, pour tirer avantage, une fois au pouvoir, de la popularité que lui a conféré son électorat, et le replonger dans les bas instincts« .
Critique de l’essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouïd’Alain Deneault par Bruno Marquis sur sa page Meta (Facebook) – 1er janvier 2024 ainsi que sur le site Presse-toi à gauche ! le 20 janvier 2025.
Mes nombreuses critiques des livres d’Alain Deneault ont toujours été élogieuses, mais soulevaient l’idée qu’ils gagneraient à être vulgarisés. Je m’en repens aujourd’hui : nous y perdrions beaucoup – et pour quels gains illusoires? – quant à la profondeur et la sagacité de ses analyses et de ses vues. Dans « Faire que! », essai sur « l’engagement à l’ère de l’inouï », l’auteur aborde la question « quoi faire? », que nous nous posons tous devant l’étendue des défis en présence en matière d’environnement, mais il le fait en déplaçant progressivement la question vers un mode d’action – « faire que » – quant à ce que nous devons faire et que nous serons d’ailleurs amenés à faire pour changer la donne… en cette ère de l’inouï. Un bouquin, à mon sens, d’un grand intérêt, qui nous fait découvrir et redécouvrir encore une fois une foule d’idées et d’auteurs, et qui se termine sur une note, je dois le dire, plutôt stimulante.
« La vie deviendra plus dure, mais plus significative. On se découvrira des talents qu’on ignorait, et les mettra à des fins plus pertinentes que celles d’un influenceur sur internet. On appellera « biorégion » l’ensemble qui naîtra de la nécessité, dans un moment où il faudra réapprendre à s’organiser à une échelle sensible. Dans les villes, appelées tendanciellement à se dépeupler, les bio quartiers pourront en être le pendant, avec leurs politiques d’agriculture urbaine et de concentrations de services. La biorégion n’est pas un projet, mais le lieu à partir duquel des projets émergent, la suite à donner à une situation – la contraction de la pensée politique à l’échelle régionale – qui sera elle, impérative. »
À la page 137 de son livre Ordures ! Journal d’un vidangeur publié chez Lux Éditeur, Simon Paré-Poupart remercie d’abord Alain Deneault comme l’instigateur de son projet de livre « J’ai eu la chance de trouver chez lui un intérêt sincère qui m’a donné l’élan nécessaire pour me lancer. […] »
Extraits des mentions d’Alain Deneault par Simon Paré-Poupart dans les médias
Image : Page Instagram de Lux Éditeur
Extrait de l'entrevue par Anne-Marie Dussault à l’émission 26.60 sur ICI RDI le 30 août 2024 (à partir de 2 minutes 45 secondes) :
«Qu'est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre ?»
« J'ai fait une belle rencontre avec Alain Deneault lors de ma maîtrise [...] qui est devenu un ami [...] On parlait et je réalisais que ce qui était normal, banal, chez mes collègues, dans mon milieu...En fait, lorsque j'avais une écoute attentive des gens, je réalisais que ce que je vivais au travail était exceptionnel. Alors je me suis mis à m'intéresser de plus en plus aux vidanges, aux ordures, à ce qu'on collecte et aussi à mon métier, à mes collègues et finalement, j'ai réalisé que le discours que je pouvais porter était peut-être intéressant pour plusieurs [...].» - Simon Paré-Poupart
Extrait de l’articleOrdures! : un éboueur dévoile les dessous de la ville de Jean Bourbeau dans Urbania le 4 septembre 2024
[…] Simon Paré-Poupart n’a jamais eu l’intention de mener une enquête journalistique classique. Ce qu’il souhaitait, c’était offrir un regard neuf, de l’intérieur, sur un monde qu’il connaît intimement.
Lors de sa maîtrise, sous la direction d’Alain Deneault, il a rapidement pris conscience de l’originalité de son point de vue.
Mais Alain Deneault lui a ouvert les yeux : « Il m’a fait réaliser que ma perspective était singulière, presque étrangère à mon milieu. Ce que je racontais avait une valeur sociologique, une pertinence que je n’avais pas mesurée. » C’est à ce moment-là que Simon a commencé à nourrir cette idée. Peu à peu, il a réalisé qu’il était prêt à en faire un livre, aussi personnel qu’engagé. Un projet qui a mûri lentement, au fil de quatre longues années de rédaction. […] »
« Le plus révélateur dans le déchet, c’est l’invisibilisation, dit Simon Paré-Poupart, qui vient de faire paraître Ordures ! Journal d’un vidangeur, chez Lux. Notre société surconsommatrice ne veut pas voir ce qu’elle produit et finit par jeter. Elle enfouit en dehors des villes. Elle envoie le recyclage à l’autre bout de la planète. Elle met le travailleur qui le cache à la marge. Georges Bataille parlait de “la part maudite”. Le déchet est notre part maudite. Celle qu’on ne veut pas voir, celle qui nous confronte à ce qu’on fait, à ce qu’on est. »
[…] Les discussions avec son professeur de maîtrise Alain Deneault, philosophe de l’économie, l’ont convaincu d’écrire au « je » pour parler du « nous ». Sauf erreur, son témoignage s’avère assez unique au monde.
« Le livre est venu de réactions montrant de la curiosité et de l’intérêt pour mon monde. Comme on dit en journalisme, j’ai compris qu’il y avait un sujet. Dans les milieux ouvriers, il y a une banalisation de ce qu’on fait. J’ai aussi remarqué que beaucoup de vidangeurs font leur métier par souci d’entraide, comme un service public, tout en sacrifiant leur corps. »
[…] Le livre se termine sur des remerciements, au professeur Deneault, à l’éditeur Mark Fortier chez Lux, à sa femme, Laurianne, et finalement à ses compagnons de truck de vidange. « Mes collègues ne savent pas, pour la grande majorité, que j’ai écrit un livre sur le milieu, dit le texte final. J’ignore s’ils en entendront parler, et si cela les intéressera. »
« Simon Paré-Poupart pourrait être gestionnaire de haut niveau. Il a préféré être éboueur. Avec son livre Ordures ! il offre une incursion déroutante dans le monde des rebuts. Entrevue.
D’où vient l’idée de ce livre sur votre métier?
« […] En fait, je n’ai jamais perçu mon travail comme étant hors de l’ordinaire. Pour moi, c’est un job normal. Mais au moment où j’ai commencé ma maîtrise en gestion internationale à l’ENAP, j’ai vu l’intérêt que mon emploi soulevait chez mon directeur Alain Deneault [NDLR : sociologue et philosophe]. Par sa rétroaction, il m’a fait réaliser que mon métier suscitait la curiosité. Alain m’a présenté à un éditeur, Mark Fortier, qui a un background en sociologie. Il a tout de suite manifesté de l’intérêt, parce que mon livre allait traiter de culture ouvrière, d’environnement, d’un enjeu civilisationnel, en fait. […] »
Extrait de l’articleLes faces cachées des ordures de Sylvain Sarrazin dans La Presse le 12 septembre 2024 :
« […] Et c’est presque un monde parallèle qui s’y trouve dépeint, en marge d’une société préférant ne pas trop s’attarder sur ce microcosme souillé et ses travailleurs dédaignés – eux qui assurent pourtant un service toujours plus essentiel dans un univers surconsumériste. Pour le décoder et le rendre intelligible aux yeux du grand public, les atouts universitaires de l’auteur combinés à 20 ans d’expérience de terrain forment une passerelle improbable et éclairante. Une tâche de documentation qui ne coulait pas de source aux yeux de M. Paré-Poupart, mais qui est apparue nécessaire au fil de ses études, notamment sous l’impulsion du philosophe Alain Deneault.
« Alain Deneault avait les yeux grands ouverts. En sociologie, c’est la position de l’étranger qui nous fait réaliser que l’on touche à quelque chose de peu courant », poursuit l’auteur. […] »
Extrait de l’articleSi nos ordures parlaient de Josée Blanchette dans Le Devoir le 27 septembre 2024 :
« […] L’éboueur Simon Paré-Poupart, qui vient de publier l’excellent Ordures ! Journal d’un vidangeur, nous en met plein les sens avec le récit passionnant de ce qu’il jette dans le camion toute la journée. Voilà un métier qu’il exerce par passion trois jours par semaine, malgré une maîtrise en administration internationale, et qui lui permet aussi de pratiquer le « freeganisme », une forme de revalorisation de nos déchets. « La production annuelle de déchets solides a dépassé les 2 milliards de tonnes dans le monde et devrait atteindre 3,4 milliards en 2050. On trouve des ordures jusque dans l’espace. Près de 10 000 tonnes orbitent autour de la Terre. Devrais-je envoyer mon CV à la NASA ? » écrit le vidangeur de 38 ans. Son professeur, le philosophe Alain Deneault, lui a conseillé d’écrire ce livre. Ces témoignages d’ouvriers scolarisés et capables d’observer le monde à la Zola sont aussi rares que précieux. » – Josée Blanchette
Alain Deneault et son éditeur Mark Fortier à la librairie Le Port de tête – 30 novembre 2024
Captation de l’entretien avec Alain Deneault par son éditeur Mark Fortier autour de son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï qui a eu lieu à la librairie Le Port de tête le samedi 30 novembre 2024.
Présenté par Lux Éditeur et le Salon du livre de Montréal dans le cadre du Salon dans la ville.
Alain Deneault et son éditeur Mark Fortier à la librairie Le Port de tête – Durée : 10 min 02 sec – 30 novembre 2024 – 1/4
Alain Deneault et son éditeur Mark Fortier à la librairie Le Port de tête – Durée : 13 min 57 sec – 30 novembre 2024 – 2/4
Alain Deneault et son éditeur Mark Fortier à la librairie Le Port de tête – Durée : 11 min 32 sec – 30 novembre 2024 – 3/4
Alain Deneault et son éditeur Mark Fortier à la librairie Le Port de tête – Durée : 13 min 47 sec – 30 novembre 2024 – 4/4
Réponses d’Alain Deneault à la période de questions (extrait)
Alain Deneault et son éditeur Mark Fortier à la librairie Le Port de têt – Période de questions (extrait) – Durée : 7 min 04 sec – 30 novembre 2024
Alain Deneault et son éditeur Mark Fortier à la librairie Le Port de tête novembre – Fin de l’entretien – Durée : 0 : 22 sec – 30 novembre 2024
Entretien avec Alain Deneault à l’émission Entendez-vous l’écho ? animée par Aliette Hovine sur les ondes de France Culture dans le cadre de la série «Portraits d’économistes» (12e émission sur 44) le jeudi 14 novembre 2024 – Durée: 58 minutes
« Philosophe, Alain Deneault étudie l’économie en négatif de son acception moderne. Dans son nouvel ouvrage « Faire que ! » (Lux éditeur, octobre 2024), il insiste sur la nécessité, face à l’urgence écologique, d’arracher l’économie à sa réduction capitaliste.
[…] Aujourd’hui, à travers son nouvel ouvrage Faire que !, Alain Deneault insiste plus que jamais sur la nécessité de ce travail sémantique : face au caractère “inouï” de l’urgence écologique, “économie” ne pourra bientôt plus être synonyme de “capitalisme”. Et de manière générale, l’usage technocratique des oxymores (développement durable, gestion de crise …) et autres euphémismes du “capitalisme vert” ralentissent et entravent la lutte écologique. Adepte de l’essai – qu’il préfère à la “vulgarisation”- Alain Deneault déploie une philosophie mêlant histoire érudite et enjeux économiques. Il est aujourd’hui une voix publique, engagée dans la vie civique, reconnue de part et d’autre de l’Atlantique. »
Lecture d’un extrait de Philosophie de l’argent de Georg Simmel (PUF, 1967) par Georges Claisse dans l’émission “Les Chemins de la philosophie” diffusée sur France Culture le 11 février 2013