Cette opiniâtreté qui a vaincu Total

Le Monde diplomatique

Par Alain Deneault
Août 2026, page 2 - No 869
Multiplications des procédures-bâillons
Cette opiniâtreté qui a vaincu Total

En France comme ailleurs, les procédures judiciaires diligentées par certaines grandes entreprises contre des militants, des chercheurs ou des journalistes tendent à se multiplier. Avec quelles conséquences ? Et quelles issues ? Le philosophe Alain Deneault raconte sa propre expérience, victorieuse.

11 octobre 2024, sur mon île acadienne de la baie des Chaleurs, au Canada, je reçois tribunal judiciaire de Paris. « Nous vous informons que nous envisageons votre mise en examen. À cette fin, vous êtes convoqué pour procéder à votre première comparution. » Qu’avais-je donc fait pour mériter une telle missive ? Selon la société TotalEnergies, à l’origine de la plainte, j’aurais tenu des propos diffamatoires à son encontre, dans un documentaire diffusé sur Arte en novembre 2022 (1). La citation incriminée, tronquée, n’est nullement contextualisée : « Comment ça se fait que c’est Total qui a les capitaux et non Greenpeace ? C’est Total eh bien, car Total a fait quoi (…) a fait travailler de force, via une partenaire, des populations infortunées au Myanmar. »

J’apprends dans cette lettre que TotalEnergies a déposé plainte contre moi le 7 février 2023. Cinq mois plus tard, le 7 juillet, une information judiciaire était ouverte, des investigations lancées, qui ont abouti au courrier reçu un beau matin d’octobre. J’ai désormais un mois pour préparer l’« interrogatoire de première comparution », qui doit aboutir à ma mise en examen et à mon renvoi devant le tribunal correctionnel.

Les plaintes de ce type, parfois qualifiées de « procédures-bâillons » en ce qu’elles visent à museler les voix critiques, sont devenues monnaie courante, en France comme au Canada ou aux États-Unis. La secrétaire générale de la Confédération générale du travail (CGT), Mme Sophie Binet, est poursuivie par le mouvement patronal Entreprises de taille humaine, indépendantes et de croissance (Ethic), car ses membres n’ont pas souffert d’être comparés à des « rats qui quittent le navire » — l’image utilisée par la dirigeante syndicale pour décrire la fuite d’entreprises hors de France. La journaliste Inès Léraud, qui enquête sur la pollution de l’agro-industrie en Bretagne, a remporté, en 2025, son troisième procès en diffamation, tandis que le site d’information StreetPress affronte actuellement pas moins de treize plaintes-bâillons, pour la plupart déposées par des personnalités ou des structures liées à l’extrême droite. Les organisations non gouvernementales Sherpa et React, les journaux L’Obs, Le Point, Le Monde diplomatique, le journaliste Jean-Baptiste Rivoire ont quant à eux subi les foudres du groupe Bolloré ou de l’une de ses filiales. Aux États-Unis, l’association Greenpeace a été condamnée, en mars 2025, à verser 345 millions de dollars au géant pétrolier Energy Transfer, pour cause de « diffamation », « nuisance » ou encore « ingérence illicite dans les relations commerciales ». Elle avait aidé une communauté sioux qui s’opposait à la construction d’un oléoduc dans le Dakota du Nord…

Ces procédures, qui peuvent s’étendre sur plusieurs années, ont des effets désastreux quand elles frappent de petites associations ou des individus isolés. Sur le plan social, tout d’abord. Les gens qui vous entourent vous perçoivent différemment. Ils ignorent les détails de l’affaire, mais comme il n’y a pas de fumée sans feu, ils vous voient déjà un peu coupable. Les boutades fusent : « Je ne vais pas marcher près de toi, je crains de prendre une balle perdue. » On ne vous demande plus comment vous allez, mais « comment vont les poursuites ? ». Impossible d’oublier votre procès.

Les petites associations doivent consacrer une part substantielle de leur budget au financement des démarches judiciaires. Elles sont obligées d’interrompre certaines de leurs activités pour s’atteler à la préparation de leur défense, là où une multinationale peut parfaitement lancer des poursuites en diffamation tout en continuant à négocier des contrats, animer un salon mondial de l’énergie, dépêcher ses lobbyistes dans les Parlements… Surtout, cette mise sous pression influe sur les pratiques quotidiennes des associations. Chaque rapport, chaque communiqué de presse, chaque lettre adressée à un grand groupe sont pesés au trébuchet, pour ne pas prêter le flanc à d’abusives représailles judiciaires. Aucune précaution n’est cependant suffisante. Deux mots par-ci additionnés à trois autres par-là, montés en épingle et tirés par les cheveux, joints par des points de suspension entre parenthèses, peuvent suffire à déclencher des poursuites.

Le jour de l’interrogatoire de première comparution — le mien se déroule le 12 novembre 2024 — la juge se contente de vous lire vos droits, après s’être assurée que vous avez bien tenu les proposqui vous sont attribués. Ce que je discute : « D’un point de vue étroitement phénoménal, au sens de cette bouche-ci qui aurait prononcé dans l’ordre ou dans le désordre ces mots-là, peut-être. Mais tout dépend de ce que parler veut dire. La citation comprend des “(…)”, je ne sais pas comment on prononce des “(…)”, je ne me souviens pas en avoir jamais dit. Donc non, je ne suis pas l’auteur de cette phrase ainsi défigurée. Si j’avais écrit quelque part “Pour Hitler, l’affaire est close : les Juifs doivent mourir”, et qu’on me dénonçait au prétexte que j’eusse écrit “Les Juifs doivent mourir”, je ne pourrais ni nier l’avoir écrit, ni me reconnaître dans la citation. Toutes proportions gardées, je me retrouve dans une situation analogue. » La juge écoute poliment, mais ne dissimule pas sa hâte et, au premier silence de ma part, elle me signifie son ordonnance de renvoi : je suis mis en examen, il doit y avoir procès.

L’audience se tiendra quinze mois plus tard, le 16 mars 2026, devant la juge de la 17e chambre du tribunal de Paris. J’y assiste en visioconférence, depuis un commissariat de police en banlieue de Montréal. Avec mon avocat, nous expliquons que la « citation », replacée dans son contexte, relevait d’un « procédé explicatif de type secondaire », c’est-à-dire un procédé consistant à présenter, en quelques phrases ou dans un raisonnement concis, plusieurs éléments de justification qui soutiennent une affirmation principale. En l’occurrence, l’affirmation portait sur le fait que les grands chantiers dits de « transition énergétique » permettaient à Total de se draper de vertus écologiques, alors que ses capitaux ont bien souvent été accumulés de manière controversée, en Asie, en Afrique ou ailleurs.

Comment pouvais-je me permettre d’évoquer si succinctement le recours au travail forcé ? Tout simplement parce que le président de la société américaine Unocal — membre du consortium dont Total était opérateur au Myanmar — a lui-même reconnu ce travail forcé lors de la construction du gazoduc reliant le gisement maritime de Yadana à la Thaïlande en passant par le Myanmar, entre 1995 et 1998. Parce que le procureur du tribunal de Nanterre a émis, en 2004, un avis similaire. Parce que plusieurs organisations indépendantes (la Fédération internationale pour les droits humains [FIDH], EarthRights International, la Ligue des droits de l’homme [LDH]…) ont publié des rapports en ce sens, tout comme le Conseil d’éthique du fonds souverain norvégien. Parce que des déclarations d’employés ou de représentants de Total eux-mêmes le suggèrent…

Trois ans après le début des poursuites, le jugement tombe. Il confirme qu’une base factuelle existe pour estimer de bonne foi que « Total a fait travailler de force, via une partenaire, des populations infortunées au Myanmar ». Me concernant, le document conclut : « Ses propos, qui contribuent à un débat d’intérêt public, n’ont pas dépassé les limites admissibles du droit à la liberté d’expression. » La multinationale est entièrement déboutée. Des années de procédure, des milliers d’euros perdus pour confirmer des évidences. Entre-temps, la justice aura fait ce que le plaignant attendait d’elle : occuper, distraire, intimider.

1) Le Système Total. Anatomie d’une multinationale de l’énergie [https://educ.arte.tv/program/le-systeme-total-anatomie-d-une-mutlinationale-de-l-energie], réalisé par Catherine Le Gall et Jean-Robert Viallet, 2022.

Le système Total, anatomie d’une multinationale de l’énergie est un documentaire choc librement inspiré de l’ouvrage De quoi Total est-elle la somme ? Multinationale et perversion du droit d’Alain Deneault publié aux éditions Rue de l’échiquier et Écosociété.

Le documentaire est réalisé par Jean-Robert Viallet et Catherine Le Gall et produit par ARTE France et Morgane Productions – 2022

Total, vous n’allez pas chez eux par hasard

Total, vous n’allez pas chez eux par hasard est un épisode du balado Multinationales, l’histoire de ces entreprises qui nous gouvernent animé par Camille Crosnier sur France Inter où l’ouvrage d’Alain Deneault De quoi Total est la somme ? Multinationales et perversion du droit (Rue de l’Echiquier et Éditions Écosociété) est mentionné. Durée : 48 min – 17 mars 2026

« Des premiers forages en Irak après la Grande guerre au géant mondial de l’énergie, découvrez l’histoire de TotalEnergies. Entre quête de souveraineté et urgence climatique, comment, ce qui était au départ un outil d’État est devenu un mastodonte mondial prêt à tout pour conserver sa puissance ?

L’histoire de la plus grande entreprise française ne commence pas dans l’Hexagone, mais par un constat d’urgence au sortir de la Grande Guerre : « l’énergie, c’est la puissance ». Née de la volonté de l’État de ne plus dépendre des majors étrangères, ce qui était autrefois la Compagnie française des pétroles (CFP) a traversé un siècle de révolutions industrielles, de crises géopolitiques et de découvertes spectaculaires pour devenir un pilier incontournable de l’économie mondiale.

Pour explorer les rouages de ce fleuron industriel, Camille Crosnier s’entretient avec Matthieu Auzanneau, directeur du Shift Project, auteur de « Or noir, la grande histoire du pétrole », et avec le chercheur Pierre-Louis Choquet, chargé de recherches en sociologie, spécialiste des enjeux climatiques.

La quête de l’indépendance : du désert irakien à la marque Total

C’est en 1924 que naît la CFP, avec une mission claire : assurer à la France un accès direct aux ressources pétrolières. Sans pétrole sur son propre sol, la France se tourne vers la Mésopotamie (l’actuel Irak), qui devient le « camp de base » de son empire naissant. Puis, l’entreprise  grandit dans l’ombre des « Sept Sœurs » anglo-saxonnes avant de lancer, en 1954, la marque « Total », un nom simple et universel destiné à conquérir les routes du monde entier. De la découverte historique du gisement d’Hassi Messaoud en Algérie, aux premiers pas de la publicité, Total s’impose comme le symbole d’une France qui retrouve sa puissance industrielle sous l’impulsion du général de Gaulle.

L’ombre de la puissance : pétrole, influence et diplomatie secrète

Derrière la réussite commerciale se cachent des épisodes plus sombres de la Françafrique. Il s’agit donc de revenir sur le rôle complexe des pétroliers français au Gabon, au Congo et lors de la tragique guerre du Biafra au Nigeria, où la quête de ressources a parfois dicté une diplomatie de l’ombre. L’histoire de Total est aussi indissociable de sa rivalité avec « Elf », l’autre géant public né en 1967. Entre scandales financiers et luttes d’influence, le récit culmine en 1999 avec l’absorption d’Elf par Total, donnant naissance à la quatrième Major mondial des hydrocarbures.

Le géant face aux enjeux de la transition énergétique : du choc pétrolier au défi climatique

Aujourd’hui, l’empire vacille sous la pression de ceux et celles qui considèrent qu’il faut lutter de toutes ses forces contre le changement climatique et faire de la transition énergétique une priorité. Du traumatisme de la marée noire de l’Erika en 1999 aux révélations sur ce que l’entreprise savait du dérèglement climatique dès les années 1970, le récit lève le voile sur les stratégies de légitimation et le « greenwashing » d’une multinationale à la croisée des chemins. Devenu « TotalEnergies » en 2021 pour marquer un tournant vers les énergies renouvelables, le groupe reste au cœur des polémiques, notamment avec ses projets gaziers en Russie ou le méga-projet EACOP en Ouganda, en raison de nombreuses violations des droits humains. Entre impératifs économiques et urgence planétaire, jusqu’où peut aller la quête incessante de nouveaux gisements ? » – Multinationales, l’histoire de ces entreprises qui nous gouvernent, France Inter

Le système Total, anatomie d’une multinationale de l’énergie est un documentaire choc librement inspiré de l’ouvrage De quoi Total est-elle la somme ? Multinationale et perversion du droit d’Alain Deneault publié aux éditions Rue de l’échiquier et Écosociété. Le documentaire est réalisé par Jean-Robert Viallet et Catherine Le Gall et produit par ARTE France et Morgane Productions – 2022


L’Emprise Total. Le pouvoir silencieux du géant du pétrole. Une série documentaire de quatre épisodes par Greenpeace France, 2021.

Simon Paré-Poupart: le vidangeur qui a transformé nos déchets en best-seller

Photo © Bruno Petrozza – TVA Publications

7 Jours

Par Alicia Bélanger-Bolduc
13 novembre 2025

Simon Paré-Poupart semblait peu destiné à cette rencontre. Après plusieurs années comme éboueur, il a pourtant publié Ordures!, un ouvrage sur nos habitudes de consommation et la perception sociale de son métier. En quelques mois seulement, son livre a connu un succès retentissant, au point qu’il est désormais reconnu dans la rue pendant son travail. Figure atypique dans son milieu, il inspire tout en dressant un portrait authentique et révélateur de notre société.

[…] Comment est venue l’idée d’écrire un tel livre?

J’ai fait ma maîtrise aux côtés de l’auteur Alain Deneault et il a joué un rôle de passeur dans ma vie. Je ne viens pas du milieu des arts et des lettres; sans lui je ne crois pas que je me serais permis d’écrire un livre. Il était mon directeur de stage au moment où je parlais de déchets, et il m’a convaincu que je devais écrire un livre sur le sujet. Il m’a présenté un éditeur — je ne savais même pas ce que c’était! Il avait un regard extérieur sur mon milieu qui le rendait tout à coup fascinant. Il a mis en lumière un discours qui m’habitait, mais dont je ne connaissais pas la valeur puisque pour moi, c’était banal. […]

Photo © Ísjaki Studio – Alain Deneault et Simon Paré-Poupart à la 22e édition du Salon du livre de la Péninsule acadienne

Simon Paré-Poupart, titulaire de la maîtrise de l’École nationale d’administration publique (ENAP, Québec) a été collaborateur au livre De quoi Total est-elle la somme ? Multinationales et perversion du droit d’Alain Deneault, comme assistant à la rédaction.

Escape from the Planet of the Mines – Canada’s Resource Imperialism

L’animateur Dave du balado Alberta Advantage Podcast partage et commente des extraits (mises à jour) d’un épisode enregistré en 2021 animé par la journaliste Kate Jacobson en présence du Teams Advantage Joel et Patrick au sujet « de la manière dont l’État canadien facilite l’extraction des ressources à l’intérieur de ses frontières et dans le monde au détriment du bien commun et à quoi pourrait ressembler l’exploitation minière dans une société meilleure ».

Des extraits du livre d’Alain Deneault et William Sacher Paradis sous terre. Comment le Canada est devenu la plaque tournante de l’industrie minière mondiale – ouvrage qui a été traduit en anglais sous le titre Imperial Canada Inc.: Legal Haven of Choice for the World’s Mining Industries – sont cités dans le balado, notamment à partir de 18 min 57 sec.

« Canada exists to put holes in the ground and extract surplus value for shareholders. In this episode, originally recorded in 2021, Team Advantage opens the Canadian trench-coat to find total corporate impunity. We discuss how the Canadian state facilitates resource extraction within its borders and around the world at the expense of the common good, then imagine what mining might look like in a better society. » – Alberta Advantage Podcast, 14 octobre 2025

Qui est Alberta Advantage Podcast ? 
« Fresh from the birthplace of Canadian socialism! Based in Calgary, Alberta, we are fine purveyors of commentary and analysis on local and provincial politics. » 
Les extraits des livres cités dans le balado :
Canada In The World: Settler Capitalism and the Colonial Imagination – Tyler Shipley
Imperial Canada Inc.: Legal Haven of Choice for the World’s Mining Industries Alain Deneault & William Sacher
Planetary Mine: Territories of Extraction under Late Capitalism – Martín Arboleda
Canadian Mining in Ecuador series – Brandi Morin

Sophie Lemaître : « Le droit est parfois utilisé pour faire taire »

Actu-Juridique.fr

Entretien avec Sophie Lemaître, Docteure en droit, juriste 
Propos recueillis par Delphine Bauer
8 octobre 2025

Docteure en droit, Sophie Lemaître est passée par différents postes, de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture à Rome (Italie), à l’association Sherpa à Paris (France) sans oublier encore le centre de recherche U4 Anti-Corruption Resource Centre à Bergen (Norvège). Dans « Réduire au silence, comment le droit est perverti pour bâillonner médias et ONG » (éd. Rue de l’Échiquier), Sophie Lemaître analyse le phénomène du « lawfare » ou « guerre par le droit », qui vise à faire taire les voix dissidentes des activistes ou journalistes. La France n’est pas épargnée par le phénomène. Rencontre.

Actu-Juridique : Comment est née l’idée de cet essai ?

Sophie Lemaître : Cet essai résulte d’un processus long de plusieurs années. La première fois que j’ai été sensibilisée au fait que le droit pouvait servir à museler, c’était en 2011. Cette année-là, le livre « Noir Canada » [qui dénonce les abus commis par des multinationales canadiennes en Afrique, NDLR], écrit par Alain Deneault, Delphine Abadie et William Sacher, est interdit de vente à la suite d’une action en justice initiée par l’entreprise Barrick Gold. C’était une pure procédure-bâillon. J’étais jeune mais je m’en souviens bien, car j’ai été marquée par le fait que ce livre avait purement et simplement disparu des rayons. J’ai d’ailleurs dans ma bibliothèque l’un des derniers exemplaires. […]

AJ : Pourquoi parler de ces attaques est-il plus que jamais nécessaire ?

Sophie Lemaître : Parce que sans information, sans le travail des journalistes, comment pourrions-nous prendre des décisions en toute connaissance de cause ? Les attaques par le droit menacent la liberté de la presse, la liberté d’association et la liberté d’expression, et plus largement l’État de droit et notre démocratie. Le fait d’en parler est essentiel. Cela n’empêchera pas d’être poursuivi, mais cela générera du soutien des citoyens, de l’indignation. C’est le meilleur rempart contre un monde du silence que l’on tente de nous imposer. […]

Les essais d’Alain Deneault aux Éditions Rue de l’échiquier :

Extractivisme : les faux-semblants d’une superpuissance

Extractivisme : les faux-semblants d’une superpuissance est l’épisode 3/4 de la série « Canada : un modèle en question » de l’émission Cultures Monde sur France Culture. L’animatrice Julie Gacon a invité trois spécialistes dont le professeur William Sacher, co-auteur avec Alain Deneault de l’essai Paradis sous terre. Comment le Canada est devenu une plaque tournante de l’industrie minière mondiale – Durée : 58 min – 30 avril 2025

« La culture extractiviste du Canada est constitutive du développement du pays. Le pétrole des sables bitumineux que l’on trouve en Alberta en est une ressource centrale. Mais malgré les promesses environnementales de Justin Trudeau, le Canada demeure un pays meurtri par l’extractivisme.

Avec : Irène Hirt, professeure de géographie à l’université de Genève, William Sacher Freslon, professeur associé de l’université Andina Simón Bolívar de Quito (Equateur) et Lila Benaza, doctorante en géographie à l’université Sorbonne Paris Nord, spécialiste de l’exploitation des sables bitumineux en Alberta.

Lors de son arrivée au pouvoir en 2015, Justin Trudeau avait promis de faire du Canada un pays exemplaire en matière d’environnement. Or, dix ans plus tard, le pays reste un très mauvais élève en termes d’émission carbone puisqu’il est le 4ème plus gros émetteur de CO2/habitant, derrière trois pays de la péninsule arabique. Parmi les principales causes de cet échec : la centralité de l’extractivisme, qui représente 42% des émissions carbone du Canada dans le développement du pays. La structuration territoriale – villes, routes, chemins de fer – s’est faite autour de l’exploitation des ressources naturelles et de la spoliation des peuples autochtones.

Une centralité de l’extractivisme que le Canada peine à faire évoluer. Pour des raisons institutionnelles d’une part, puisque les provinces sont historiquement souveraines pour la gestion de leurs sols et sous-sols. Par conséquent, il est difficile pour l’État fédéral d’harmoniser et d’encadrer l’extractivisme et celui-ci se confronte à l’hostilité de certaines provinces très conservatrices comme l’Alberta – le géant des sables bitumineux qui produit l’essentiel du pétrole canadien – opposée à toute réglementation. Mais plus encore pour des raisons politiques d’autre part, puisque les libéraux ont cruellement manqué de volonté pour défaire les liens presque organiques entre le secteur extractiviste, l’État et la classe politique canadienne.

Les industries minière et pétrolière canadiennes sont en effet très bien structurées et entretiennent des relations étroites avec le personnel politique, au point que le Canada est parfois surnommé “la Suisse des mines”. L’État a en effet mis en place des incitations fiscales et financières favorables à l’industrie extractive. Les entreprises ne s’y trompent pas puisqu’en 2013, 75% des entreprises minières mondiales étaient enregistrées au Canada et 60% d’entre elles étaient cotées à la bourse de Toronto. Celles-ci ont un impact environnemental et social énorme, notamment sur les peuples autochtones et leurs territoires dans le nord du pays, qui sont les principales zones de l’activité extractive. Un système remis en cause seulement à la marge par la société civile canadienne (par le biais de mobilisations autochtones localisées ou par l’action de certaines ONG), pour laquelle l’environnement semble demeurer un enjeu secondaire dans un contexte international incertain où la souveraineté du pays dans les domaines énergétique et des minerais critiques prime.

Focus – Premières Nations : les Innus du lac Saint-Jean au Québec et la gestion de leur territoire et de ses ressources

Avec Irène Hirt, professeure de géographie à l’université de Genève

Comme plusieurs groupes appartenant aux Premières Nations canadiennes, les Innus du lac Saint-Jean – qui se nomment eux-mêmes les Pekuakamiulnuatsh – ont été dépossédés de leurs territoires et privés de la gestion des ressources qui s’y trouvent jusqu’à récemment. S’ils négocient encore aujourd’hui un traité avec l’État fédéral canadien, ils participent depuis les années 2000 à des projets d’aménagement du territoire tels que la construction de centrales hydroélectriques, et ce afin d’en toucher une partie des revenus et d’occuper activement leur territoire ancestral.

Pour aller plus loin 

  • William Sacher Freslon est le co-auteur, avec Alain Deneault, de Paradis sous terre, comment le Canada est devenu une plaque tournante de l’industrie minière mondiale, (éditions Rue de l’échiquier, 2012)
  • Irène Hirt a coécrit l’article L’espace vécu sur Tshitassinu Cartographie participative et représentations du territoire des jeunes Pekuakamiulnuatsh (Québec) (Revue d’études autochtones, 2025) et a également coécrit l’article L’aménagement du territoire et la question de la différence culturelle au Canada. De l’invisibilité à la visibilisation des peuples autochtones (Revue Annales de Géographie, 2017)

Références sonores 

  • Le premier ministre canadien Mark Carney sur son programme en matière de politique énergétique pour le Canada – Cpac, 9 avril 2025
  • L’ancien premier ministre canadien Justin Trudeau sur son bilan environnemental – Monique Pauzé, 22 juin 2023
  • François Achim, membre du comité citoyen d’opposition au projet minier de La Loutre, lors d’une manifestation à Lac-des-Plages en Outaouais – Radio Canada, 7 août 2023
  • Témoignage de Rodrigue Turgeon, avocat de MiningWatch Canada, sur l’impact environnemental des mines à ciel ouvert en contexte urbain, au Québec – France 24, 26 mars 2024
  • Témoignages de Jacques, riverain du Lac Doré, puis de David Pharan, le maire de Duhamel, sur le forage de leurs sols par les industries souhaitant en savoir plus sur le potentiel minier de la zone, mais qui n’en informent pas la population locale – France 24, 26 mars 2024
  • Le premier ministre canadien Mark Carney, en Alberta, s’exprime sur la construction de nouveaux pipelines et de nouvelles infrastructures énergétiques – Edmonton Journal, 20 mars 2025
  • Chanson : Richard Desjardins – « Les Yankees » (1988) » – Cultures Mondes, France Culture

Alain Deneault sera l’invité de Marie-Louise Arsenault à l’émission «Tout peut arriver» ce samedi 30 novembre

« Trois semaines après l’élection de Donald Trump et alors qu’ici, on s’embourbe dans des débats sémantiques puérils, je suis très contente de lire et d’accueillir ce remarquable penseur du politique. Alain Deneault a enquêté et révélé les ravages des paradis fiscaux (*Paradis fiscaux: la filière canadienne) et les pouvoirs supra-étatiques des grandes corporations (De quoi Totale est-elle la somme ?), l’un des meilleurs livres lus dans ma vie. Il sera avec nous ce samedi à Tout peut arriver » – Marie-Louise Arsenault, page Facebook

*Paradis fiscaux: la filière canadienne – Prix Pierre-Vadeboncœur pour l’essai de l’année 2014

La diagonale du pire : quand l’extrême droite rencontre l’au-delà de l’extrême

Par Franz Himmelbauer
20 octobre 2024


L’auteur de l’article mentionne l’essai Paradis sous terre et une entrevue d’Alain Deneault pour l’ODM (Observatoire des multinationales) en bas de page :

« On attribue parfois entièrement cette histoire au racisme, écrit Naomi Klein, mais il y a l’autre moitié de l’histoire : la suprématie blanche et chrétienne qui sous-tendait le système des pensionnats servait également des intérêts économiques et politiques nationaux. Le Canada, qui était à l’origine un regroupement de sociétés de traite des fourrures et d’autres industries extractives[7], avait besoin de ces écoles pour étancher sa soif de terre : le déracinement et le traumatisme que causait la rupture des liens entre les parents et les enfants, entre la terre et le peuple ont rendu possible l’accaparement des terres indigènes non cédées, leur exploitation et leur colonisation sans entrave. »

[…] [7] Le Canada reste aujourd’hui encore l’un des principaux pays miniers – par son exploitation « à domicile », mais aussi par les très nombreuses sociétés canadiennes opérant à l’étranger. On peut lire à ce propos cette interview d’Alain Deneault, prof de l’université de Montréal et coauteur de Paradis sous terre. Comment le Canada est devenu une plaque tournante de l’industrie minière mondiale, éd. de l’Échiquier. »

Discussion avec Alain Deneault sur son nouvel essai Faire que ! au Grand Hospice à Bruxelles

« Bienvenue au philosophe québécois Alain Deneault pour discuter de son dernier essai “Faire que!” paru chez LUX.

Alain Deneault est professeur de philosophie à l’Université de Moncton (Canada) et directeur de programme au Collège international de philosophie à Paris. Sur l’idéologie managériale, il a écrit « Gouvernance » et La médiocratie (Lux), en plus d’avoir fait paraître plusieurs essais sur les multinationales et les souverainetés de complaisance parus chez Écosociété et Rue de l’échiquier.

Alain Deneault est déjà venu chez TULITU pour son essai passionnant “ La Médiocratie ”. Le voici de retour avec “ Faire que ! ”.

Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles » – Source : TuliTu


Discussion avec Alain Deneault autour de Faire que !
Animée par Ariane Herman
Co-organisée par la librairie TuliTu et Lux Éditeur

Mercredi 6 novembre 2024 - 18 h à 20 h
Salle Gansbeek au Grand Hospice
7 rue du Grand Hospice, Bruxelles

Réservation sur evenbrite : ici
Gratuit

Québec solidaire, l’indépendance et la lutte dans l’État canadien

Presse-toi à gauche

Par André Frappier
10 septembre 2024

« Dans un communiqué envoyé récemment, la direction de Québec solidaire exprimait sa position concernant les élections fédérales à venir. Elle rappelait que les instances du parti n’appuyaient aucun parti ou candidature et que ce devoir d’impartialité s’appliquait à toutes les personnes élues et porte-paroles des instances locales et régionales.

[…] Plus de 75% des sociétés mondiales d’exploration ou d’exploitation minière ont leur siège social au Canada et près de 60% de celles cotées en Bourse s’enregistrent à Toronto à cause des avantages juridictionnels et réglementaires réservés par le Canada à ce secteur d’activité. L’ex premier ministre Brian Mulroney et l’investisseur Paul Desmarais ont fait partie du Conseil international de Barrick Gold, une des pétrolières présentes au Nigéria TG World Energy Corp. de Calgary était représentée par l’ancien premier ministre Jean Chrétien et Joe Clark a représenté les intérêts de First Quantum Mining en Afrique. [1] » – Extrait de Paradis sous terre d’Alain Deneault et William Sacher

[1] ( Paradis sous Terre, Alain Deneault, William Sacher)

Conférence de prestige : rencontre avec le philosophe Alain Deneault

« Le Cégep Beauce-Appalaches accueillera, dans le cadre d’une conférence de prestige, monsieur Alain Deneault, un philosophe québécois et essayiste prolifique. La conférence intitulée La multinationale: un pouvoir plus grand que l’État sera présentée le jeudi 11 avril à 19 h 30 à la Salle Alphonse-Desjardins.

Les conférences de prestige, au contact de personnes de grande notoriété comme M. Deneault, offrent un cadre pédagogique permettant le développement du sens critique. Reconnu pour secouer avec aisance les orientations sociales, économiques et politiques endormies, cet intellectuel de renom dépeindra la multinationale comme une entité totalitaire lors de sa conférence.

[…] Sa présentation reposera sur les essais De quoi Total est-elle la somme? et Le Totalitarisme pervers ainsi que sur l’adaptation cinématographique qui en a été faite. »

Le système Total, anatomie d’une multinationale de l’énergie

Un documentaire-choc inspiré du livre De quoi Total est-elle la somme? d’Alain Deneault

Un documentaire réalisé par Jean-Robert Viallet et Catherine Le Gall Produit par ARTE France et Morgane Productions – 2022

De quoi Total est-elle la somme ?

De quoi Total est-elle la somme ? Multinationales et perversion du droit d’Alain Deneault publié aux Éditions Rue de l’échiquier dans la collection l’écopoche – et disponible depuis le 20 octobre 2023 – est mentionné dans le journal littéraire en ligne Actualitté.

« Fruit d’un long travail de documentation, il [Alain Deneaultdémontre comment Total (désormais TotalEnergies) impose sa loi, indépendamment des textes législatifs, des institutions judiciaires et du pouvoir politique, ou grâce à eux. »