
Extractivisme : les faux-semblants d’une superpuissance est l’épisode 3/4 de la série « Canada : un modèle en question » de l’émission Cultures Monde sur France Culture. L’animatrice Julie Gacon a invité trois spécialistes dont le professeur William Sacher, co-auteur avec Alain Deneault de l’essai Paradis sous terre. Comment le Canada est devenu une plaque tournante de l’industrie minière mondiale – Durée : 58 min – 30 avril 2025
« La culture extractiviste du Canada est constitutive du développement du pays. Le pétrole des sables bitumineux que l’on trouve en Alberta en est une ressource centrale. Mais malgré les promesses environnementales de Justin Trudeau, le Canada demeure un pays meurtri par l’extractivisme.
Avec : Irène Hirt, professeure de géographie à l’université de Genève, William Sacher Freslon, professeur associé de l’université Andina Simón Bolívar de Quito (Equateur) et Lila Benaza, doctorante en géographie à l’université Sorbonne Paris Nord, spécialiste de l’exploitation des sables bitumineux en Alberta.
Lors de son arrivée au pouvoir en 2015, Justin Trudeau avait promis de faire du Canada un pays exemplaire en matière d’environnement. Or, dix ans plus tard, le pays reste un très mauvais élève en termes d’émission carbone puisqu’il est le 4ème plus gros émetteur de CO2/habitant, derrière trois pays de la péninsule arabique. Parmi les principales causes de cet échec : la centralité de l’extractivisme, qui représente 42% des émissions carbone du Canada dans le développement du pays. La structuration territoriale – villes, routes, chemins de fer – s’est faite autour de l’exploitation des ressources naturelles et de la spoliation des peuples autochtones.
Une centralité de l’extractivisme que le Canada peine à faire évoluer. Pour des raisons institutionnelles d’une part, puisque les provinces sont historiquement souveraines pour la gestion de leurs sols et sous-sols. Par conséquent, il est difficile pour l’État fédéral d’harmoniser et d’encadrer l’extractivisme et celui-ci se confronte à l’hostilité de certaines provinces très conservatrices comme l’Alberta – le géant des sables bitumineux qui produit l’essentiel du pétrole canadien – opposée à toute réglementation. Mais plus encore pour des raisons politiques d’autre part, puisque les libéraux ont cruellement manqué de volonté pour défaire les liens presque organiques entre le secteur extractiviste, l’État et la classe politique canadienne.
Les industries minière et pétrolière canadiennes sont en effet très bien structurées et entretiennent des relations étroites avec le personnel politique, au point que le Canada est parfois surnommé “la Suisse des mines”. L’État a en effet mis en place des incitations fiscales et financières favorables à l’industrie extractive. Les entreprises ne s’y trompent pas puisqu’en 2013, 75% des entreprises minières mondiales étaient enregistrées au Canada et 60% d’entre elles étaient cotées à la bourse de Toronto. Celles-ci ont un impact environnemental et social énorme, notamment sur les peuples autochtones et leurs territoires dans le nord du pays, qui sont les principales zones de l’activité extractive. Un système remis en cause seulement à la marge par la société civile canadienne (par le biais de mobilisations autochtones localisées ou par l’action de certaines ONG), pour laquelle l’environnement semble demeurer un enjeu secondaire dans un contexte international incertain où la souveraineté du pays dans les domaines énergétique et des minerais critiques prime.
Focus – Premières Nations : les Innus du lac Saint-Jean au Québec et la gestion de leur territoire et de ses ressources
Avec Irène Hirt, professeure de géographie à l’université de Genève
Comme plusieurs groupes appartenant aux Premières Nations canadiennes, les Innus du lac Saint-Jean – qui se nomment eux-mêmes les Pekuakamiulnuatsh – ont été dépossédés de leurs territoires et privés de la gestion des ressources qui s’y trouvent jusqu’à récemment. S’ils négocient encore aujourd’hui un traité avec l’État fédéral canadien, ils participent depuis les années 2000 à des projets d’aménagement du territoire tels que la construction de centrales hydroélectriques, et ce afin d’en toucher une partie des revenus et d’occuper activement leur territoire ancestral.
Pour aller plus loin
- William Sacher Freslon est le co-auteur, avec Alain Deneault, de Paradis sous terre, comment le Canada est devenu une plaque tournante de l’industrie minière mondiale, (éditions Rue de l’échiquier, 2012)
- Irène Hirt a coécrit l’article L’espace vécu sur Tshitassinu Cartographie participative et représentations du territoire des jeunes Pekuakamiulnuatsh (Québec) (Revue d’études autochtones, 2025) et a également coécrit l’article L’aménagement du territoire et la question de la différence culturelle au Canada. De l’invisibilité à la visibilisation des peuples autochtones (Revue Annales de Géographie, 2017)
Références sonores
- Le premier ministre canadien Mark Carney sur son programme en matière de politique énergétique pour le Canada – Cpac, 9 avril 2025
- L’ancien premier ministre canadien Justin Trudeau sur son bilan environnemental – Monique Pauzé, 22 juin 2023
- François Achim, membre du comité citoyen d’opposition au projet minier de La Loutre, lors d’une manifestation à Lac-des-Plages en Outaouais – Radio Canada, 7 août 2023
- Témoignage de Rodrigue Turgeon, avocat de MiningWatch Canada, sur l’impact environnemental des mines à ciel ouvert en contexte urbain, au Québec – France 24, 26 mars 2024
- Témoignages de Jacques, riverain du Lac Doré, puis de David Pharan, le maire de Duhamel, sur le forage de leurs sols par les industries souhaitant en savoir plus sur le potentiel minier de la zone, mais qui n’en informent pas la population locale – France 24, 26 mars 2024
- Le premier ministre canadien Mark Carney, en Alberta, s’exprime sur la construction de nouveaux pipelines et de nouvelles infrastructures énergétiques – Edmonton Journal, 20 mars 2025
- Chanson : Richard Desjardins – « Les Yankees » (1988) » – Cultures Mondes, France Culture


