Total, vous n’allez pas chez eux par hasard

Total, vous n’allez pas chez eux par hasard est un épisode du balado Multinationales, l’histoire de ces entreprises qui nous gouvernent animé par Camille Crosnier sur France Inter où l’ouvrage d’Alain Deneault De quoi Total est la somme ? Multinationales et perversion du droit (Rue de l’Echiquier et Éditions Écosociété) est mentionné. Durée : 48 min – 17 mars 2026

« Des premiers forages en Irak après la Grande guerre au géant mondial de l’énergie, découvrez l’histoire de TotalEnergies. Entre quête de souveraineté et urgence climatique, comment, ce qui était au départ un outil d’État est devenu un mastodonte mondial prêt à tout pour conserver sa puissance ?

L’histoire de la plus grande entreprise française ne commence pas dans l’Hexagone, mais par un constat d’urgence au sortir de la Grande Guerre : « l’énergie, c’est la puissance ». Née de la volonté de l’État de ne plus dépendre des majors étrangères, ce qui était autrefois la Compagnie française des pétroles (CFP) a traversé un siècle de révolutions industrielles, de crises géopolitiques et de découvertes spectaculaires pour devenir un pilier incontournable de l’économie mondiale.

Pour explorer les rouages de ce fleuron industriel, Camille Crosnier s’entretient avec Matthieu Auzanneau, directeur du Shift Project, auteur de « Or noir, la grande histoire du pétrole », et avec le chercheur Pierre-Louis Choquet, chargé de recherches en sociologie, spécialiste des enjeux climatiques.

La quête de l’indépendance : du désert irakien à la marque Total

C’est en 1924 que naît la CFP, avec une mission claire : assurer à la France un accès direct aux ressources pétrolières. Sans pétrole sur son propre sol, la France se tourne vers la Mésopotamie (l’actuel Irak), qui devient le « camp de base » de son empire naissant. Puis, l’entreprise  grandit dans l’ombre des « Sept Sœurs » anglo-saxonnes avant de lancer, en 1954, la marque « Total », un nom simple et universel destiné à conquérir les routes du monde entier. De la découverte historique du gisement d’Hassi Messaoud en Algérie, aux premiers pas de la publicité, Total s’impose comme le symbole d’une France qui retrouve sa puissance industrielle sous l’impulsion du général de Gaulle.

L’ombre de la puissance : pétrole, influence et diplomatie secrète

Derrière la réussite commerciale se cachent des épisodes plus sombres de la Françafrique. Il s’agit donc de revenir sur le rôle complexe des pétroliers français au Gabon, au Congo et lors de la tragique guerre du Biafra au Nigeria, où la quête de ressources a parfois dicté une diplomatie de l’ombre. L’histoire de Total est aussi indissociable de sa rivalité avec « Elf », l’autre géant public né en 1967. Entre scandales financiers et luttes d’influence, le récit culmine en 1999 avec l’absorption d’Elf par Total, donnant naissance à la quatrième Major mondial des hydrocarbures.

Le géant face aux enjeux de la transition énergétique : du choc pétrolier au défi climatique

Aujourd’hui, l’empire vacille sous la pression de ceux et celles qui considèrent qu’il faut lutter de toutes ses forces contre le changement climatique et faire de la transition énergétique une priorité. Du traumatisme de la marée noire de l’Erika en 1999 aux révélations sur ce que l’entreprise savait du dérèglement climatique dès les années 1970, le récit lève le voile sur les stratégies de légitimation et le « greenwashing » d’une multinationale à la croisée des chemins. Devenu « TotalEnergies » en 2021 pour marquer un tournant vers les énergies renouvelables, le groupe reste au cœur des polémiques, notamment avec ses projets gaziers en Russie ou le méga-projet EACOP en Ouganda, en raison de nombreuses violations des droits humains. Entre impératifs économiques et urgence planétaire, jusqu’où peut aller la quête incessante de nouveaux gisements ? » – Multinationales, l’histoire de ces entreprises qui nous gouvernent, France Inter

Le système Total, anatomie d’une multinationale de l’énergie est un documentaire choc librement inspiré de l’ouvrage De quoi Total est-elle la somme ? Multinationale et perversion du droit d’Alain Deneault publié aux éditions Rue de l’échiquier et Écosociété. Le documentaire est réalisé par Jean-Robert Viallet et Catherine Le Gall et produit par ARTE France et Morgane Productions – 2022


L’Emprise Total. Le pouvoir silencieux du géant du pétrole. Une série documentaire de quatre épisodes par Greenpeace France, 2021.

Simon Paré-Poupart: le vidangeur qui a transformé nos déchets en best-seller

Photo © Bruno Petrozza – TVA Publications

7 Jours

Par Alicia Bélanger-Bolduc
13 novembre 2025

Simon Paré-Poupart semblait peu destiné à cette rencontre. Après plusieurs années comme éboueur, il a pourtant publié Ordures!, un ouvrage sur nos habitudes de consommation et la perception sociale de son métier. En quelques mois seulement, son livre a connu un succès retentissant, au point qu’il est désormais reconnu dans la rue pendant son travail. Figure atypique dans son milieu, il inspire tout en dressant un portrait authentique et révélateur de notre société.

[…] Comment est venue l’idée d’écrire un tel livre?

J’ai fait ma maîtrise aux côtés de l’auteur Alain Deneault et il a joué un rôle de passeur dans ma vie. Je ne viens pas du milieu des arts et des lettres; sans lui je ne crois pas que je me serais permis d’écrire un livre. Il était mon directeur de stage au moment où je parlais de déchets, et il m’a convaincu que je devais écrire un livre sur le sujet. Il m’a présenté un éditeur — je ne savais même pas ce que c’était! Il avait un regard extérieur sur mon milieu qui le rendait tout à coup fascinant. Il a mis en lumière un discours qui m’habitait, mais dont je ne connaissais pas la valeur puisque pour moi, c’était banal. […]

Photo © Ísjaki Studio – Alain Deneault et Simon Paré-Poupart à la 22e édition du Salon du livre de la Péninsule acadienne

Simon Paré-Poupart, titulaire de la maîtrise de l’École nationale d’administration publique (ENAP, Québec) a été collaborateur au livre De quoi Total est-elle la somme ? Multinationales et perversion du droit d’Alain Deneault, comme assistant à la rédaction.

Escape from the Planet of the Mines – Canada’s Resource Imperialism

L’animateur Dave du balado Alberta Advantage Podcast partage et commente des extraits (mises à jour) d’un épisode enregistré en 2021 animé par la journaliste Kate Jacobson en présence du Teams Advantage Joel et Patrick au sujet « de la manière dont l’État canadien facilite l’extraction des ressources à l’intérieur de ses frontières et dans le monde au détriment du bien commun et à quoi pourrait ressembler l’exploitation minière dans une société meilleure ».

Des extraits du livre d’Alain Deneault et William Sacher Paradis sous terre. Comment le Canada est devenu la plaque tournante de l’industrie minière mondiale – ouvrage qui a été traduit en anglais sous le titre Imperial Canada Inc.: Legal Haven of Choice for the World’s Mining Industries – sont cités dans le balado, notamment à partir de 18 min 57 sec.

« Canada exists to put holes in the ground and extract surplus value for shareholders. In this episode, originally recorded in 2021, Team Advantage opens the Canadian trench-coat to find total corporate impunity. We discuss how the Canadian state facilitates resource extraction within its borders and around the world at the expense of the common good, then imagine what mining might look like in a better society. » – Alberta Advantage Podcast, 14 octobre 2025

Qui est Alberta Advantage Podcast ? 
« Fresh from the birthplace of Canadian socialism! Based in Calgary, Alberta, we are fine purveyors of commentary and analysis on local and provincial politics. » 
Les extraits des livres cités dans le balado :
Canada In The World: Settler Capitalism and the Colonial Imagination – Tyler Shipley
Imperial Canada Inc.: Legal Haven of Choice for the World’s Mining Industries Alain Deneault & William Sacher
Planetary Mine: Territories of Extraction under Late Capitalism – Martín Arboleda
Canadian Mining in Ecuador series – Brandi Morin

Sophie Lemaître : « Le droit est parfois utilisé pour faire taire »

Actu-Juridique.fr

Entretien avec Sophie Lemaître, Docteure en droit, juriste 
Propos recueillis par Delphine Bauer
8 octobre 2025

Docteure en droit, Sophie Lemaître est passée par différents postes, de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture à Rome (Italie), à l’association Sherpa à Paris (France) sans oublier encore le centre de recherche U4 Anti-Corruption Resource Centre à Bergen (Norvège). Dans « Réduire au silence, comment le droit est perverti pour bâillonner médias et ONG » (éd. Rue de l’Échiquier), Sophie Lemaître analyse le phénomène du « lawfare » ou « guerre par le droit », qui vise à faire taire les voix dissidentes des activistes ou journalistes. La France n’est pas épargnée par le phénomène. Rencontre.

Actu-Juridique : Comment est née l’idée de cet essai ?

Sophie Lemaître : Cet essai résulte d’un processus long de plusieurs années. La première fois que j’ai été sensibilisée au fait que le droit pouvait servir à museler, c’était en 2011. Cette année-là, le livre « Noir Canada » [qui dénonce les abus commis par des multinationales canadiennes en Afrique, NDLR], écrit par Alain Deneault, Delphine Abadie et William Sacher, est interdit de vente à la suite d’une action en justice initiée par l’entreprise Barrick Gold. C’était une pure procédure-bâillon. J’étais jeune mais je m’en souviens bien, car j’ai été marquée par le fait que ce livre avait purement et simplement disparu des rayons. J’ai d’ailleurs dans ma bibliothèque l’un des derniers exemplaires. […]

AJ : Pourquoi parler de ces attaques est-il plus que jamais nécessaire ?

Sophie Lemaître : Parce que sans information, sans le travail des journalistes, comment pourrions-nous prendre des décisions en toute connaissance de cause ? Les attaques par le droit menacent la liberté de la presse, la liberté d’association et la liberté d’expression, et plus largement l’État de droit et notre démocratie. Le fait d’en parler est essentiel. Cela n’empêchera pas d’être poursuivi, mais cela générera du soutien des citoyens, de l’indignation. C’est le meilleur rempart contre un monde du silence que l’on tente de nous imposer. […]

Les essais d’Alain Deneault aux Éditions Rue de l’échiquier :

Extractivisme : les faux-semblants d’une superpuissance

Extractivisme : les faux-semblants d’une superpuissance est l’épisode 3/4 de la série « Canada : un modèle en question » de l’émission Cultures Monde sur France Culture. L’animatrice Julie Gacon a invité trois spécialistes dont le professeur William Sacher, co-auteur avec Alain Deneault de l’essai Paradis sous terre. Comment le Canada est devenu une plaque tournante de l’industrie minière mondiale – Durée : 58 min – 30 avril 2025

« La culture extractiviste du Canada est constitutive du développement du pays. Le pétrole des sables bitumineux que l’on trouve en Alberta en est une ressource centrale. Mais malgré les promesses environnementales de Justin Trudeau, le Canada demeure un pays meurtri par l’extractivisme.

Avec : Irène Hirt, professeure de géographie à l’université de Genève, William Sacher Freslon, professeur associé de l’université Andina Simón Bolívar de Quito (Equateur) et Lila Benaza, doctorante en géographie à l’université Sorbonne Paris Nord, spécialiste de l’exploitation des sables bitumineux en Alberta.

Lors de son arrivée au pouvoir en 2015, Justin Trudeau avait promis de faire du Canada un pays exemplaire en matière d’environnement. Or, dix ans plus tard, le pays reste un très mauvais élève en termes d’émission carbone puisqu’il est le 4ème plus gros émetteur de CO2/habitant, derrière trois pays de la péninsule arabique. Parmi les principales causes de cet échec : la centralité de l’extractivisme, qui représente 42% des émissions carbone du Canada dans le développement du pays. La structuration territoriale – villes, routes, chemins de fer – s’est faite autour de l’exploitation des ressources naturelles et de la spoliation des peuples autochtones.

Une centralité de l’extractivisme que le Canada peine à faire évoluer. Pour des raisons institutionnelles d’une part, puisque les provinces sont historiquement souveraines pour la gestion de leurs sols et sous-sols. Par conséquent, il est difficile pour l’État fédéral d’harmoniser et d’encadrer l’extractivisme et celui-ci se confronte à l’hostilité de certaines provinces très conservatrices comme l’Alberta – le géant des sables bitumineux qui produit l’essentiel du pétrole canadien – opposée à toute réglementation. Mais plus encore pour des raisons politiques d’autre part, puisque les libéraux ont cruellement manqué de volonté pour défaire les liens presque organiques entre le secteur extractiviste, l’État et la classe politique canadienne.

Les industries minière et pétrolière canadiennes sont en effet très bien structurées et entretiennent des relations étroites avec le personnel politique, au point que le Canada est parfois surnommé “la Suisse des mines”. L’État a en effet mis en place des incitations fiscales et financières favorables à l’industrie extractive. Les entreprises ne s’y trompent pas puisqu’en 2013, 75% des entreprises minières mondiales étaient enregistrées au Canada et 60% d’entre elles étaient cotées à la bourse de Toronto. Celles-ci ont un impact environnemental et social énorme, notamment sur les peuples autochtones et leurs territoires dans le nord du pays, qui sont les principales zones de l’activité extractive. Un système remis en cause seulement à la marge par la société civile canadienne (par le biais de mobilisations autochtones localisées ou par l’action de certaines ONG), pour laquelle l’environnement semble demeurer un enjeu secondaire dans un contexte international incertain où la souveraineté du pays dans les domaines énergétique et des minerais critiques prime.

Focus – Premières Nations : les Innus du lac Saint-Jean au Québec et la gestion de leur territoire et de ses ressources

Avec Irène Hirt, professeure de géographie à l’université de Genève

Comme plusieurs groupes appartenant aux Premières Nations canadiennes, les Innus du lac Saint-Jean – qui se nomment eux-mêmes les Pekuakamiulnuatsh – ont été dépossédés de leurs territoires et privés de la gestion des ressources qui s’y trouvent jusqu’à récemment. S’ils négocient encore aujourd’hui un traité avec l’État fédéral canadien, ils participent depuis les années 2000 à des projets d’aménagement du territoire tels que la construction de centrales hydroélectriques, et ce afin d’en toucher une partie des revenus et d’occuper activement leur territoire ancestral.

Pour aller plus loin 

  • William Sacher Freslon est le co-auteur, avec Alain Deneault, de Paradis sous terre, comment le Canada est devenu une plaque tournante de l’industrie minière mondiale, (éditions Rue de l’échiquier, 2012)
  • Irène Hirt a coécrit l’article L’espace vécu sur Tshitassinu Cartographie participative et représentations du territoire des jeunes Pekuakamiulnuatsh (Québec) (Revue d’études autochtones, 2025) et a également coécrit l’article L’aménagement du territoire et la question de la différence culturelle au Canada. De l’invisibilité à la visibilisation des peuples autochtones (Revue Annales de Géographie, 2017)

Références sonores 

  • Le premier ministre canadien Mark Carney sur son programme en matière de politique énergétique pour le Canada – Cpac, 9 avril 2025
  • L’ancien premier ministre canadien Justin Trudeau sur son bilan environnemental – Monique Pauzé, 22 juin 2023
  • François Achim, membre du comité citoyen d’opposition au projet minier de La Loutre, lors d’une manifestation à Lac-des-Plages en Outaouais – Radio Canada, 7 août 2023
  • Témoignage de Rodrigue Turgeon, avocat de MiningWatch Canada, sur l’impact environnemental des mines à ciel ouvert en contexte urbain, au Québec – France 24, 26 mars 2024
  • Témoignages de Jacques, riverain du Lac Doré, puis de David Pharan, le maire de Duhamel, sur le forage de leurs sols par les industries souhaitant en savoir plus sur le potentiel minier de la zone, mais qui n’en informent pas la population locale – France 24, 26 mars 2024
  • Le premier ministre canadien Mark Carney, en Alberta, s’exprime sur la construction de nouveaux pipelines et de nouvelles infrastructures énergétiques – Edmonton Journal, 20 mars 2025
  • Chanson : Richard Desjardins – « Les Yankees » (1988) » – Cultures Mondes, France Culture

«Les paradis fiscaux font de l’ingérence politique», affirme un professeur de philosophie

Les paradis fiscaux, est-ce légal ?  Entrevue avec Alain Deneault par Sophie Durocher sur les ondes de QUB 99,5 FM concernant son article paru le 29 mars 2025 dans le journal Le Devoir : Pourquoi les paradis fiscaux, « c’est légal » – Durée : 16 min 16 sec – 31 mars 2025

Il n’y a que la classe moyenne et les plus pauvres qui contribuent aux finances de l’État ! Entrevue avec Alain Deneault par Sophie Durocher – QUB Radio- 31 mars 2025

La diagonale du pire : quand l’extrême droite rencontre l’au-delà de l’extrême

Par Franz Himmelbauer
20 octobre 2024


L’auteur de l’article mentionne l’essai Paradis sous terre et une entrevue d’Alain Deneault pour l’ODM (Observatoire des multinationales) en bas de page :

« On attribue parfois entièrement cette histoire au racisme, écrit Naomi Klein, mais il y a l’autre moitié de l’histoire : la suprématie blanche et chrétienne qui sous-tendait le système des pensionnats servait également des intérêts économiques et politiques nationaux. Le Canada, qui était à l’origine un regroupement de sociétés de traite des fourrures et d’autres industries extractives[7], avait besoin de ces écoles pour étancher sa soif de terre : le déracinement et le traumatisme que causait la rupture des liens entre les parents et les enfants, entre la terre et le peuple ont rendu possible l’accaparement des terres indigènes non cédées, leur exploitation et leur colonisation sans entrave. »

[…] [7] Le Canada reste aujourd’hui encore l’un des principaux pays miniers – par son exploitation « à domicile », mais aussi par les très nombreuses sociétés canadiennes opérant à l’étranger. On peut lire à ce propos cette interview d’Alain Deneault, prof de l’université de Montréal et coauteur de Paradis sous terre. Comment le Canada est devenu une plaque tournante de l’industrie minière mondiale, éd. de l’Échiquier. »

Québec solidaire, l’indépendance et la lutte dans l’État canadien

Presse-toi à gauche

Par André Frappier
10 septembre 2024

« Dans un communiqué envoyé récemment, la direction de Québec solidaire exprimait sa position concernant les élections fédérales à venir. Elle rappelait que les instances du parti n’appuyaient aucun parti ou candidature et que ce devoir d’impartialité s’appliquait à toutes les personnes élues et porte-paroles des instances locales et régionales.

[…] Plus de 75% des sociétés mondiales d’exploration ou d’exploitation minière ont leur siège social au Canada et près de 60% de celles cotées en Bourse s’enregistrent à Toronto à cause des avantages juridictionnels et réglementaires réservés par le Canada à ce secteur d’activité. L’ex premier ministre Brian Mulroney et l’investisseur Paul Desmarais ont fait partie du Conseil international de Barrick Gold, une des pétrolières présentes au Nigéria TG World Energy Corp. de Calgary était représentée par l’ancien premier ministre Jean Chrétien et Joe Clark a représenté les intérêts de First Quantum Mining en Afrique. [1] » – Extrait de Paradis sous terre d’Alain Deneault et William Sacher

[1] ( Paradis sous Terre, Alain Deneault, William Sacher)

Une omniprésence de TotalEnergies dans les stades et les musées

Le Monde

Par Roxana Azimi, Stéphane Mandard et Adrien Pécout
24 mai 2024

« Entre le mécénat culturel et le parrainage d’événements sportifs, les financements versés par la major pétrogazière pour soigner son image sont de plus en plus contestés.

En France, la fondation du groupe fonctionne avec un budget de 40 millions d’euros par an et finance, entre autres, un centre de formation, plusieurs institutions culturelles prestigieuses et nombre de manifestations sportives. Des parrainages de plus en plus contestés.

Pour trouver « un métier d’avenir » ou tout simplement « une deuxième chance », il suffit de traverser la rue Joséphine-Baker. Du moins, à en croire L’Industreet. Depuis fin 2020, ce « campus des nouveaux métiers de l’industrie » s’adresse aux jeunes de 18 à 30 ans. Sans condition de diplôme à l’entrée, il promet des « formations gratuites et qualifiantes » dans diverses filières (ligne de production automatisée, distribution d’énergie, robots assistés…). Tout cela payé par TotalEnergies, à Stains (Seine-Saint-Denis), par le biais de sa fondation d’entreprise.

Quand elle cherche à soigner son image, la major du pétrole et du gaz ne manque pas de faire savoir qu’elle est capable de bonnes actions pour la jeunesse et l’« insertion professionnelle ». Sa stratégie d’influence s’étend aussi à d’autres domaines de la société. Mécénat culturel, sponsoring sportif, financement de l’enseignement supérieur et de la recherche…

À travers ce soft power, concept habituellement réservé aux Etats, un message simple : le mastodonte de l’énergie affirme agir au nom de l’intérêt collectif, pas seulement pour les dividendes de ses actionnaires ou pour de nouveaux projets pétrogaziers aggravant le dérèglement climatique. Ce qui est très loin de convaincre le philosophe québécois Alain Deneault, auteur d’un essai cinglant, De quoi Total est-elle la somme ? (Rue de l’échiquier, 2017), pour qui cette stratégie est avant tout destinée à couper court à toute forme de critique. « Si vous donnez un petit peu d’argent à une association, si vous financez un musée, un programme patrimonial, une compétition de football, les bénéficiaires oseront moins mordre la main les nourrissant. »

Un budget quinquennal de 200 millions d’euros

En France, la Fondation TotalEnergies fonctionne avec un budget quinquennal de 200 millions d’euros, pour une période allant jusqu’à fin 2027. Soit 40 millions d’euros par an, dont près d’un quart pour L’Industreet, qui a accueilli quelque 300 élèves au cours de l’année écoulée. Une somme à mettre en perspective avec les bénéfices colossaux du groupe : de l’ordre de 19,8 milliards d’euros, à l’échelle mondiale, pour le seul exercice 2023.

C’est dès l’été 1992, peu après le Sommet de la Terre à Rio, que la major se dote d’une fondation d’entreprise – la loi française autorise une telle structure juridique depuis 1990, pour des œuvres d’intérêt général. Durant les premières années, au risque de nager en plein paradoxe, ses contributions vont d’abord à la protection des océans et à la biodiversité marine. Comme s’il s’agissait de contrebalancer le fait que, durant la même décennie, elle « deviendra un acteur majeur » – elle le dit elle-même – des forages pétroliers en mer très profonde (deep offshore).

A la différence d’un parrainage (sponsoring,en anglais), le mécénat permet une réduction d’impôt allant jusqu’à 60 % du montant offert. Prérequis : les dons doivent se faire « sans contrepartie directe de la part du bénéficiaire », rappelle la loi. Pourtant, dans le domaine culturel, les largesses défiscalisées d’un mécène se rapprochent parfois d’opérations plus classiques de publicité. Elles génèrent des « retombées majeures en termes d’image et de notoriété », précise la Cour des comptes dans un rapport de 2018.

Sur les routes du populaire Tour de France

La Fondation TotalEnergies a déjà franchi le seuil de bon nombre d’institutions culturelles de prestige, à l’instar du Louvre, du Palais de Tokyo, du Musée du quai Branly ou de l’Opéra de Paris. « Dans les coulisses du pouvoir, les expositions servent aussi de levier diplomatique à la multinationale », pour faciliter ses activités à l’étranger, considère l’ONG Greenpeace, dans une série de documentaires diffusés en 2021 sur l’« emprise Total ».

Hors du mécénat, TotalEnergies refuse de préciser quel est le montant pour ses campagnes publicitaires. Avec le parrainagesportif, l’idée est d’« accentuer [un] ancrage territorial », explique le groupe aux quelque 3 300 stations-service dans l’Hexagone. Celui-ci, par ailleurs fournisseur d’électricité et de gaz auprès de particuliers, a renforcé sa présence autour des terrains de rugby. Partenaire de la Coupe du monde 2023 en France, il est aussi devenu, ces derniers mois, celui du championnat national, le Top 14, et des joueurs du XV de France. En parallèle, la marque continue de s’afficher sur la tenue du club de Pau – non loin de l’ancien gisement gazier de Lacq, découvert en 1951.

En juillet, le grand public retrouvera les couleurs de TotalEnergies sur les routes du très populaire Tour de France : dans la caravane publicitaire et sur le maillot de l’équipe cycliste du même nom. L’entreprise déclare lui verser autour de 10 millions d’euros par an – de quoi classer les coureurs dans la seconde moitié de peloton.

Le ballon rond reste le principal engagement sportif de la compagnie, avec plus de 100 millions d’euros entre 2016 et 2024, selon nos informations. Il passe par l’Afrique qui « fait partie intégrante de l’ADN de TotalEnergies », selon son PDG, Patrick Pouyanné. La major est le principal partenaire de la Confédération africaine de football (CAF) depuis 2016. Toutes les compétitions organisées par la CAF portent son nom, y compris la célèbre « CAN », rebaptisée « Coupe d’Afrique des nations TotalEnergies ». La marque est partout : sur les panneaux publicitaires autour du terrain, derrière les entraîneurs lors de conférences de presse, sur le trophée remis au meilleur joueur du match…

Le veto d’Anne Hidalgo

Mais pas de logo bariolé en perspective pour les Jeux olympiques et paralympiques de l’été 2024, à Paris. Malgré la perspective d’un chèque de 130 millions d’euros pour le comité d’organisation, Anne Hidalgo y a mis son veto, en juin 2019. « Il était inconcevable d’associer les Jeux à un grand prédateur qui nous mène dans le mur en matière de climat et de le laisser utiliser ces Jeux pour une opération de pur greenwashing », déclarela maire socialiste de la capitale. Un affront pour la multinationale, qui aurait voulu profiter du rayonnement de la compétition la plus regardée au monde.

« Les raisons de la maire de Paris étaient principalement d’ordre politique, commente Jacques-Emmanuel Saulnier, actuel délégué général de la fondation, et directeur par intérim de la communication du groupe. Au-delà des Jeux, il est regrettable que TotalEnergies serve régulièrement de punching-ball à la classe politique française et à des ONG. »

Dans certains musées aussi, le mécène commence à devenir encombrant. En 2018, tout de noir vêtus, des militants de l’ONG américaine 350.org se rendent au Louvre. Ils s’allongent au pied du Radeau de la Méduse, de Géricault. Aujourd’hui, l’établissement ne fait plus appel au géant pétrogazier. Discrètement, en 2021, l’Opéra de Lyon ainsi que la biennale d’art contemporain de la ville ont aussi rompu les liens. « Nos actions ont porté leurs fruits », se félicite Clémence Dubois, directrice adjointe des campagnes mondiales de 350.org.

Jacques-Emmanuel Saulnier l’assure : l’arrêt de partenariats ne le déstabilise guère. « Un mécénat interrompu, c’est autant d’argent disponible pour d’autres », préfère-t-il philosopher, affirmant avoir « plus de demandes » que de désistements.

« Bien hypocrite »

Plusieurs partenaires de longue date semblent encore attachés à cette manne. Jack Lang, président de l’Institut du monde arabe, s’est même démené pour obtenir une dotation à la hausse (500 000 euros en 2023). « Nous sommes une petite structure, nous avons besoin de cet argent », justifie l’ancien ministre de la culture, assurant « être totalement libre de sa programmation ».

« Quand une marque fait l’objet de contestations publiques, nous sommes bien sûr attentifs, mais nous n’avons pas jugé opportun de renoncer au soutien ancien de la Fondation TotalEnergies », poursuit Martin Ajdari, directeur général adjoint de l’Opéra de Paris. Lui évoque plus précisément OpérApprentis, programme de découverte à destination de jeunes adultes.

Quant au président de la Philharmonie de Paris, Olivier Mantei, il estime que « ce serait bien hypocrite de boycotter TotalEnergies tout en continuant à utiliser du kérosène pour faire venir des artistes du monde entier ». Son institution touche 200 000 euros par an pour Démos, dispositif d’éducation musicale à vocation sociale. Une façon comme une autre, pour l’entreprise, de faire baisser d’un ton les concerts de critiques.


Le système Total, anatomie d’une multinationale de l’énergie est un documentaire choc librement inspiré de l’ouvrage De quoi Total est-elle la somme ? Multinationale et perversion du droit d’Alain Deneault publié aux éditions Rue de l’échiquier et Écosociété. Le documentaire est réalisé par Jean-Robert Viallet et Catherine Le Gall et produit par ARTE France et Morgane Productions – 2022


L’Emprise Total. Le pouvoir silencieux du géant du pétrole. Une série documentaire de quatre épisodes par Greenpeace France, 2021.

Une vidéo – hommage pour les 15 ans de la Coalition Pour que le Québec ait meilleur MINE

« Quelques semaines après avoir célébré son 15e anniversaire au Cabaret Lion d’Or (18 septembre 2023) la Coalition Pour que le Québec ait meilleure MINE revient à la charge en diffusant une vidéo qui unit les voix de vingt-et-un membres fondateurs, artistes et partenaires au long cours soulignant l’importance de la Coalition QMM pour la protection du territoire québécois et des gens qui l’habitent :

Alain Deneault – auteur, philosophe et professeur, Université de Moncton
Andre Morin – Entrepreneur, brasseur et cofondateur de la Coalition QMM
Bruno Massé – Auteur et chercheur sur le mouvement environnemental au Québec
Carole Dupuis – Porte-parole, Mouvement écocitoyen UNEplanète, Cofondatrice, Front commun pour la transition énergétique
Christian Simard – Ex-directeur Nature Quebec – Cofondateur QMM
Dr. Isabelle Gingras – Ex-porte-parole sur l’uranium, Association canadienne des médecins pour l’environnement
Eric Darier – Consultant et ex-conseiller sénior de Greenpeace en agriculture durable
Guillaume Fillion – Ancien conseiller politique au gouvernement du Québec
Henri Jacob et Richard Desjardins – président et vice-président de l’Action boréale
Jacques Saucier – Ex-Comité vigilance de Malartic – Cofondateur QMM
Joël Nadeau – Ex-porte-parole comité Mine de rien à Saint-Camille
Johanne Roussy et Mario Dufour – Sept-îles sans uranium
Julie Reid Forget – Consultante – Ex-commissaire du BAPE
Laure Waridel – Porte-parole, Mère au front, Éco-sociologue
Marie-Ève Marleau – Ex-membre du Centre en éducation relative à l’environnement de l’UQAM et ex-coordonnatrice du du CDHAL
Mélissa Mollen-Dupuis – Responsable de la campagne forêts, Fondation David Suzuki
Michel Bélanger – Avocat – Cofondateur CQDE – Ex-président Nature Québec
Patrick Morin – Directeur du Conseil régional de l’environnement du Bas-St-Laurent
Patrick Rondeau – Directeur syndical FTQ – Service Environnement et Transition juste
Serge Fortier – Ex-leader mobilisation gaz de schiste
Yvan Croteau – Consultant et ex-président du RQGE » – Source page Facebook, Coalition Pour que le Québec ait Meilleure MINE

La sortie du livre «De quoi Total est-elle la somme ? Multinationales et perversion du droit» en format poche au Québec dès le 27novembre

Après le succès en grand format de l’enquête d’Alain Deneault De quoi Total est-elle la somme ?, depuis adaptée en documentaire par Jean-Robert Viallet et Catherine Le Gall, les Éditions Rue de l’échiquier sont heureux d’annoncer sa sortie en poche au Québec le 27 novembre !

Une enquête saluée par les médias en France depuis sa sortie en 2017: 

«Un pavé de 500 pages qui se lit comme un polar de la Série Noire.» - Benoît Collombat, France Inter

«Auteur d’une enquête sans concession sur les pratiques du géant pétrolier en Afrique, le philosophe questionne la responsabilité sociale et citoyenne des multinationales devenues plus puissantes que les États.» - Anne Crignon, L'Obs

«Un récit fouillé de la construction d’un empire qui interroge le véritable pouvoir de grandes firmes.» - Society

«La thèse d’Alain Deneault, c’est que, loin d’être une simple entreprise privée ou une société traditionnelle du terme, Total est devenu un véritable acteur ; au-delà de la politique, un véritable pouvoir.» - Camille Diao, C ce soir

De quoi Total est-elle la somme ?

De quoi Total est-elle la somme ? Multinationales et perversion du droit d’Alain Deneault publié aux Éditions Rue de l’échiquier dans la collection l’écopoche – et disponible depuis le 20 octobre 2023 – est mentionné dans le journal littéraire en ligne Actualitté.

« Fruit d’un long travail de documentation, il [Alain Deneaultdémontre comment Total (désormais TotalEnergies) impose sa loi, indépendamment des textes législatifs, des institutions judiciaires et du pouvoir politique, ou grâce à eux. »

De quoi Total est-elle la somme ? Sortie en poche aux Éditions Rue de l’échiquier

Après le succès en grand format de l’enquête d’Alain Deneault De quoi Total est-elle la somme ?, depuis adaptée en documentaire par Jean-Robert Viallet et Catherine Le Gall, nous sommes heureux de vous annoncer sa sortie en poche le 20 octobre.Éditions Rue de l’échiquier

Une enquête saluée par les médias en France :

« Un pavé de 500 pages qui se lit comme un polar de la Série Noire. » - Benoît Collombat, France Inter

« Un récit fouillé de la construction d’un empire qui interroge le véritable pouvoir de grandes firmes. » - Society

« Auteur d’une enquête sans concession sur les pratiques du géant pétrolier en Afrique, le philosophe questionne la responsabilité sociale et citoyenne des multinationales devenues plus puissantes que les États. » - Anne Crignon, L'Obs

« La thèse d’Alain Deneault, c’est que, loin d’être une simple entreprise privée ou une société traditionnelle du terme, Total est devenu un véritable acteur ; au-delà de la politique, un véritable pouvoir. » - Camille Diao, C ce soir

De quoi Total est-elle la somme ? Multinationales et perversion du droit – Sortie en poche aux Éditions Rue de l’échiquier

Après le succès en grand format de l’enquête d’Alain Deneault De quoi Total est-elle la somme ?, depuis adaptée en documentaire par Jean-Robert Viallet et Catherine Le Gall, nous sommes heureux de vous annoncer sa sortie en poche le 20 octobre.Éditions Rue de l’échiquier

Une enquête saluée par les médias en France :

« Un pavé de 500 pages qui se lit comme un polar de la Série Noire. » - Benoît Collombat, France Inter

« Un récit fouillé de la construction d’un empire qui interroge le véritable pouvoir de grandes firmes. » - Society

« Auteur d’une enquête sans concession sur les pratiques du géant pétrolier en Afrique, le philosophe questionne la responsabilité sociale et citoyenne des multinationales devenues plus puissantes que les États. » - Anne Crignon, L'Obs

« La thèse d’Alain Deneault, c’est que, loin d’être une simple entreprise privée ou une société traditionnelle du terme, Total est devenu un véritable acteur ; au-delà de la politique, un véritable pouvoir. » - Camille Diao, C ce soir