Use et abuse au Théâtre La Rubrique

Photo © Maxim Paré Fortin

La création pluridisciplinaire Use et abuse produite par Carte blanche avec Christian Lapointe et Alix Dufresne, inspirée par la vidéoconférence d’Alain Deneault Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art, sera présentée au Théâtre La Rubrique le 16 janvier 2026.

« Artistes québécois·e·s à la parole déliée et vive, Alix Dufresne et Christian Lapointe s’emparent de la vidéoconférence intitulée Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art donnée par le philosophe Alain Deneault en 2021 et tirée de son livre L’économie esthétique. À l’invitation de l’Association acadienne des artistes professionnel·le·s du Nouveau-Brunswick, cet exposé tente de montrer comment le capitalisme maintient sous pression les artistes et les incitent à devenir rentables. Les deux artistes proposent une performance déjantée et incisive avec, comme toile de fond et projetée sur écran, la prise de parole controversée du philosophe. Elle et il y mettent en jeu la notion de marchandisation et les mécanismes de détournement de l’art, et ce, par la création d’un encan de JNF (NFT) fabriqués en direct devant public. Leurs corps deviennent outils de création, mais aussi paradoxalement de promotion et de contestation : chair brutalisée par l’économie de la culture en quête d’une réappropriation de l’agentivité propre à la pratique de l’art.

Initié par le metteur en scène et acteur Christian Lapointe, USE ET ABUSE vient clore la résidence d’Alix Dufresne en tant qu’artiste associée à l’USINE C de 2022 à 2025. Ici les deux artistes donnent corps à une forme hybride, à la fois ludique, performative et politique, laissant place à l’imprévisible à chaque représentation.


Use et abuse
Création initiée par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
et inspirée de la conférence d'Alain Deneault
Une production de Carte blanche
Théâtre La Rubrique
4160 Rue du Vieux Pont, Jonquière, Québec G7X 7V8
16 janvier 2026 - 20 h
Durée 1 h - Billetterie ici

Traumavertissement
Cette œuvre contient des scènes de nudité, de violence et de sexualité.
Elle peut heurter la sensibilité de certain·es spectateur·trices.
* 18 ans et plus – preuve d’identité requise


Conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art – diffusée sur VIMEO par l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick (AAAPND ).

« Use et abuse » bientôt à l’affiche à La Chapelle Scènes Contemporaines, au Théâtre Périscope et au Théâtre La Rubrique

La création pluridisciplinaire de Christian Lapointe et Alix Dufresne Use et abuse sera présentée à La Chapelle Scènes Contemporaines (Montréal) du 1er au 6 décembre 2025, au Théâtre Périscope (Québec) du 9 au 13 décembre 2025 et au Théâtre La Rubrique (Saguenay) le 16 janvier 2026.

La représentation du 5 décembre 2025 à La Chapelle Scènes Contemporaines sera suivie d’une discussion avec Alain Deneault (participation à distance), Alix Dufresne et Christian Lapointe.

« Artistes québécois.e.s à la parole déliée et vive, Alix Dufresne et Christian Lapointe s’emparent de la vidéoconférence intitulée Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art donnée par le philosophe Alain Deneault en 2021 et tirée de son livre L’économie esthétique. À l’invitation de l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick (AAAPND), cet exposé tente de montrer comment le capitalisme maintient sous pression les artistes et les incite à devenir rentables.

Les deux artistes proposent une performance déjantée et incisive avec, comme toile de fond et projetée sur écran, la prise de parole controversée du philosophe. Ils y mettent en jeu la notion de marchandisation et les mécanismes de détournement de l’art, et ce, par la création de JNF (NFT) fabriqués en direct devant public. Leurs corps deviennent outils de création, mais aussi paradoxalement de promotion et de contestation : chair brutalisée par l’économie de la culture en quête d’une réappropriation de l’agentivité propre à la pratique de l’art. » – Source Carte Blanche

« Initié par le metteur en scène et acteur Christian Lapointe, Use et abuse est venu clore, joué à guichet fermé, la résidence d’Alix Dufresne en tant qu’artiste associée à l’USINE C de 2022 à 2025. Elle s’allie naturellement à lui pour ce projet et poursuit ainsi sa recherche autour des réflexions d’Alain Deneault, telle qu’amorcée avec Hidden Paradise créé en 2018 sur le thème de l’évasion fiscale. Ici Les deux artistes donnent corps à une forme hybride, à la fois ludique, performative et politique, laissant place à l’imprévisible à chaque représentation. » – Source Usine C

Bande-annonce de la pièce Use et abuse avec Alix Dufresne et Christian Lapointe – Une production de Carte blanche


Use et abuse
Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
Inspiré de la conférence d'Alain Deneault
Une production de Carte blanche
La Chapelle Scènes Contemporaines
1er au 6 décembre 2025 - 19 h 30
3700 Rue Saint-Dominique, Montréal, Québec H2X 2X8
Durée 1 h - Billetterie ici
Interdit aux personnes de moins de 18 ans

Présenté an français avec surtitrage en anglais les 2 et 5 décembre.

La représentation du 5 décembre sera suivie d'une discussion entre
Alain Deneault (participation à distance), Alix Dufresne et Christian Lapointe.

Une table de vente, tenue par la librairie Le Port de tête, sera présente
lors des représentations, proposant une sélection d’ouvrages
d’Alain Deneault et de Christian Lapointe.


Use et abuse
Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
Inspiré de la conférence d'Alain Deneault
Une production de Carte blanche
Théâtre Périscope
2 Crémazie Est, Québec, Québec G1R 2V2
9 au 12 décembre 2025 - 19 h 30
13 décembre 2025 - 16 h
Durée 1 h - Billetterie ici

Traumavertissement
Cette œuvre contient des scènes de nudité, de violence et de sexualité.
Elle peut heurter la sensibilité de certain·es spectateur·trices.
* 18 ans et plus – preuve d’identité requise


Use et abuse
Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
Inspiré de la conférence d'Alain Deneault
Une production de Carte blanche
Théâtre La Rubrique
4160 Rue du Vieux Pont, Jonquière, Québec G7X 7V8
16 janvier 2026 - 20 h
Durée 1 h - Billetterie ici

Traumavertissement
Cette œuvre contient des scènes de nudité, de violence et de sexualité.
Elle peut heurter la sensibilité de certain·es spectateur·trices.
* 18 ans et plus – preuve d’identité requise


Conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art – diffusée sur VIMEO par l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick (AAAPND ).

Une performance comme uppercut – Use et abuse au Théâtre Périscope

Photo © Carte blanche

Use et abuse – Une performance comme uppercut

« Artistes québécois.e.s à la parole déliée et vive, Alix Dufresne et Christian Lapointe s’emparent de la vidéo-conférence intitulée « Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art » donnée par le philosophe Alain Deneault en 2021 et tirée de son livre L’économie esthétique. À l’invitation de l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick, cette visioconférence tente de montrer comment le capitalisme maintient sous pression les artistes et les incitent à devenir rentables.

Les deux artistes proposent une performance déjantée et incisive avec, comme toile de fond et projetée sur écran, la prise de parole controversée du philosophe. Ils y mettent en jeu la notion de marchandisation et les mécanismes de détournement de l’art, et ce, par la création d’un encan de JNF (NFT) fabriqués en direct devant public. Leurs corps deviennent outils de création, mais aussi paradoxalement de promotion et de contestation : chair brutalisée par l’économie de la culture en quête d’une réappropriation de l’agentivité propre à la pratique de l’art.

Initié par le metteur en scène et acteur Christian Lapointe, USE ET ABUSE est venu clore, joué à guichet fermé, la résidence d’Alix Dufresne en tant qu’artiste associée à l’USINE C de 2022 à 2025. Elle s’allie naturellement à lui pour ce projet et poursuit ainsi sa recherche autour des réflexions d’Alain Deneault, telle qu’amorcée avec Hidden Paradise créé en 2018 sur le thème de l’évasion fiscale. Ici les deux artistes donnent corps à une forme hybride, à la fois ludique, performative et politique, laissant place à l’imprévisible à chaque représentation. » – Théâtre Périscope


Use et abuse
Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
Inspiré de la conférence d'Alain Deneault
Une production de Carte blanche
9 au 12 décembre 2025 - 19 h 30
13 décembre 2025 - 16 h
Théâtre Périscope - Salle principale - 2, Crémazie Est, Québec
Durée 1 h - Billetterie ici

*Traumavertissement
Cette œuvre contient des scènes de nudité, de violence et de sexualité.
Elle peut heurter la sensibilité de certain·es spectateur·trices.
* 18 ans et plus – preuve d’identité requise.


Conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art – diffusée sur VIMEO par l’AAAPND (Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick).

À Québec, une saison théâtrale sous le signe du deuil

Photo © Maryse Boyce

Le Devoir

Par Simon Lambert 
Collaborateur à Québec
13 septembre 2025

« […] Réjouissances de fin d’année

En fait de créations notables, on ne manquera pas, finalement, de noter le passage en fin de saison d’Alix Dufresne et de Christian Lapointe avec Use et abuse. Les deux créateurs s’y inspirent de la vidéoconférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art d’Alain Deneault pour aborder la marchandisation de l’art. Dans une forme hybride « à la fois ludique, performative et politique », ces cinq soirs au Périscope risquent d’être solidement ancrés dans les enjeux contemporains. […] »

Conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art – diffusée sur VIMEO par l’AAAPND (Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick).

À propos de la pièce Use et abuse par Marie-Ève Lussier-Gariépy

Voici un texte de Marie-Ève Lussier-Gariépy, conseillère artistique de Carte blanche, à propos de la pièce Use et abuse de Christian Lapointe et Alix Dufresne inspirée par la conférence d’Alain Deneault Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art (2021). La pièce a été présenté à l’Usine C du 5 au 8 mars 2025 et sera à l’affiche au théâtre l’Escaouette les 9 et 10 avril 2025.

À propos de la pièce Use et abuse par Marie-Ève Lussier-Gariépy

Photo ©Justine Latour

« Les symptômes de la crise des arts et de la culture au Québec sont plus nombreux que jamais : désertions d’artistes de toutes disciplines confondues vers d’autres corps de métier, fermeture de lieux culturels phares, réduction des programmations de diverses institutions artistiques, annulation de spectacles, précarité, pauvreté, angoisse, détresse, et la liste pourrait s’allonger sur plusieurs pages. Mais qu’en est-il, pour reprendre les préoccupations si justes qu’énonçaient déjà René-Daniel Dubois en 1991*, de la cause de ces symptômes? On ne saurait les réduire à un manque d’argent, ni se réjouir trop vite que les crédits du Conseil des arts et des lettres du Québec aient été portés à 200 millions de dollars dans le dernier budget provincial. La blessure est plus profonde, plus profond aussi, le vide. Dans leur performance élaborée à partir de la conférence d’Alain Deneault intitulée « Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art », Alix Dufresne et Christian Lapointe s’efforcent, en écho avec les réflexions du philosophe, de disséquer l’origine du mal qui ronge actuellement le milieu artistique québécois.

Les deux créateur·rice·s me semblent à ce titre adopter une posture assez proche de celle décrite par Dubois; face à la crise, elle et il reculent jusqu’au mur (ici, l’écran sur lequel est projetée la conférence dans son intégralité et dans lequel Alix Dufresne se fond littéralement lorsque, en entrant sur scène, elle le longe, les yeux ronds, sur la pointe des pieds, à mi-chemin entre la volonté de ne pas déranger et celle de passer inaperçue pour mieux observer, surprendre, réattaquer). Les performeur·euse·s, donc, acceptent de se laisser traverser, de se laisser hanter par les hurlements qui fusent de toutes parts. Elle et il se font les archéologues d’une douleur culturelle collective.

La cause de cette douleur? Les propos d’Alain Deneault l’éclairent : le régime capitaliste, dont la principale visée est de faire fructifier des actifs excédentaires (des capitaux), a permis que le vocabulaire de la gouvernance s’étende à tous les champs de la vie sociale, culturelle et artistique. C’est-à-dire que, peu à peu, les milieux de la santé, de l’éducation, mais aussi les institutions artistiques comme les musées, les théâtres, les opéras et autres lieux de création et de diffusion, se sont retrouvés soumis aux modalités de gestion propres au secteur privé capitaliste. Il suffit de s’attarder aux questions des formulaires de demandes de subvention pour confirmer que la propagation a bel et bien eu lieu : décrivez les actions que vous ferez pour attirer l’attention de votre public cible, faites état de votre plan de communication, expliquez les retombées de votre projet sur votre carrière, etc. Désormais, il faut à tout prix, pour obtenir les moyens de mener à terme un projet artistique, convaincre que ce projet sera rentable ou, au pis aller, qu’il profitera à des secteurs qui, eux, le sont; rentables.

Ce dont s’étonne Deneault, c’est que les artistes, non seulement acceptent de se prêter au jeu de la gouvernance, mais ne dénoncent pas davantage l’usurpation par le régime capitaliste d’une foule de procédés esthétiques. Pensons par exemple au traitement sonore et lumineux d’une vidéo promotionnelle, aux prestations artistiques qui ont cours lors de soirées corporatives ou encore à la mise en récit, via les différents médias numériques, d’une vaillante fratrie de trois frères et deux sœurs qui, après avoir repris l’entreprise familiale de pizzas à laquelle se sont consacrés leurs parents et leurs grands-parents, multiplie à un rythme effréné le nombre de restaurants de la chaîne. Les arts, à force d’être ainsi mis au service de la fructification des profits, ne risquent-ils pas de perdre leur force critique, leur pouvoir de rassemblement et de révélation?

En réponse à cette inquiétude, il est jouissif de voir Alix Dufresne et Christian Lapointe se réapproprier leurs propres langages – ceux de l’esthétique, de la métamorphose et de la performance – et s’appliquer à démontrer et à démonter les rapports de domination à l’œuvre entre l’industrie et les artistes qu’elle pille.

Ver rampant, homme qui se flagelle avec sa propre ceinture, clown naïf (puis abusé) nous renvoient un miroir cruel de ce que les artistes acceptent de s’infliger dans l’espoir d’obtenir l’aval des dirigeant·e·s politiques et économiques, leur argent, mais aussi, en venons-nous à songer, la permission de continuer à exister.

À ce sujet, USE et ABUSE me paraît faire la lumière sur un aspect laissé sans réponse de la conférence d’Alain Deneault. Le philosophe demande : pourquoi les artistes ne décrient-ils et elles pas le régime qui leur dérobe leurs propres codes? Ils, elles auraient le pouvoir, après tout, de faire tomber les apparats, de crier que « le roi est nu ». Et de reprendre, ultimement, ce qui leur a été dérobé : les conventions du spectacle vivant, les procédés narratifs, poétiques, performatifs. L’ordre capitaliste, dépouillé des conventions esthétiques dont il s’était auparavant emparé, ne saurait plus exister avec la même toute-puissance ni avec la même violence.

Le raisonnement semble si clair; on suit Deneault dans chacun de ses développements, on en viendrait sans doute à se buter à la même incompréhension que lui… si ce n’était des actions performées sous nos yeux par Dufresne et Lapointe. On regarde la première contracter les fesses pour faire chanter un poulet en plastique, on entend le deuxième s’étouffer des suites d’une fellation forcée au ministre de la Culture et ça nous apparaît : par un tour de force particulièrement pervers, le régime en est venu à persuader les artistes que c’est elles et eux qui dépendent de lui, que, sans l’industrie, les mécènes et les chiffres de vente, les arts ne sauraient survivre et encore moins rejoindre les gens. Le duo de performeur·euse·s, en témoignant de la surprenante facilité des artistes à porter atteinte à leur dignité, à leur intégrité et à leur humanité, nous place face à l’indifférence et à la haine qu’entretiennent les créateur·rice·s à leur propre égard.

Mais d’où vient donc cette douloureuse détestation de soi et de ses pratiques? Dans une entrevue accordée à La Presse en 2014, René-Daniel Dubois mentionnait la politique culturelle provinciale échafaudée par les Libéraux dans les années 1990, qu’il avait vertement critiquée à l’époque (notamment dans le texte dont un extrait est placé en exergue). Le dramaturge rappellait que, parce qu’elle était « fondée sur l’idéologie qu’il fallait que ça rapporte », cette politique avait entraîné un désintérêt massif des médias et de l’ensemble de la société à l’égard des pratiques culturelles affranchies de toute logique économique. Elle avait ainsi marqué, sinon le début, du moins un jalon important vers la crise actuelle. Un spectateur a d’ailleurs souligné ce tournant historique au Québec lors d’une des discussions qui ont suivi les représentations d’USE et ABUSE à Montréal.

« Mais alors, que faire? », le public s’est-il demandé, soir après soir, à l’Usine C. « La grève », a suggéré le même spectateur qui avait parlé de la politique culturelle de 1992. Lors d’une conférence de René-Daniel Dubois à laquelle j’ai assisté au début des années 2010, l’homme de théâtre avait raconté comment lui-même avait tenté de convaincre ses pair·e·s, réuni·e·s à l’occasion d’une rencontre du milieu théâtral québécois, de fermer tous les théâtres pendant un an. Cette pause forcée ne montrerait-elle pas à toustes à quel point les arts (le théâtre, dans ce cas-ci, mais la logique pourrait s’étendre aux musées, aux salles de concert, aux bibliothèques, bref, à l’ensemble des espaces de création et de diffusion artistique), à quel point les arts, donc, sont essentiels au vivre ensemble? À quel point, sans manifestation artistique, une société se retrouve gangrenée par un vide assourdissant, et ce, même si les capitaux ne cessent de croître? Et bien, la proposition de grève avait été soumise au vote de l’assemblée… et avait été battue. Je me rappelle de l’émotion dans la voix de Dubois, quand il nous avait dit : « Le monde a eu peur. » Les artistes avaient eu peur, oui, ils avaient craint par-dessus tout que, si les théâtres cessaient leurs activités pendant une année entière, le public perdrait tout intérêt pour ce rituel et que, au moment de réouvrir les salles, personne n’aurait plus le désir de s’y rassembler. En conclusion de sa conférence, le dramaturge nous avait confié avoir compris quelque chose ce jour-là : les artistes étaient les premier·ère·s à douter de la nécessité et de la valeur de leur pratique.

En 2014, toujours en entrevue à La Presse, l’auteur réitérait son diagnostic : « Cette indifférence de la société a affecté les artistes qui n’ont plus de considération pour ce qu’ils font. Ils ont perdu le sacré. » J’ajouterais : ils et elles ont intériorisé cette idée que leur travail n’est ni essentiel, ni important. Que, parce que sa valeur ne se calcule pas d’abord en termes marchands, il n’en a, pour tout dire, aucune.

Au sortir de la conférence-performance USE et ABUSE, nous en venons à nous demander, dans le sillage de Dubois de quelles façons les artistes peuvent s’extirper de cette culture de la haine de soi que leur a imposé le régime capitaliste. Comment peuvent-elles et ils reprendre foi en la puissance et la liberté farouche de l’art? Comment peuvent-ils et elles, à nouveau, refuser de se défiler devant la tâche fondamentale qui leur incombe, celle de se faire les « archéologues de la douleur, de la joie aussi et des espoirs, ce qu’il en reste »? » – Marie-Ève Lussier-Gariépy


*Dans un restaurant, une femme mange calmement, assise, seule à sa table. Tout à coup, elle se lève et, en poussant un hurlement, elle renverse sa table et toutes les autres et gifle, et griffe, et pleure tellement, et hurle tellement qu’on ne lui voit plus les yeux. Elle n’a plus, en guise de visage, qu’une bouche qui hurle de terreur. On appelle la police, bien sûr, et une ambulance. On la maîtrise, on lui fait une piqûre ad hoc, la sangle sur une civière et on l’emporte quelque part hors de vue. On écrit sur le rapport : crise d’angoisse.

[…][devant] une scène aussi forte, aussi immédiate, aussi ravageuse, personne parmi ceux et celles qui travaillent dans ce restaurant, y mangent ce midi-là, ni les policiers, ni les ambulanciers, […] personne n’est effleuré par la nécessité de s’interroger non pas sur le symptôme, mais sur l’origine de ce symptôme […].

Peut-être bien que nous, artistes, sommes un paquet d’imbéciles parce que, quand la scène se produit, nous ne l’aidons pas, cette femme, et ne comprenons pas non plus tout de suite ce qui la déchire. Nous reculons jusqu’au mur et restons le dos appuyé contre lui, les yeux ronds et, pendant qu’on la pique, nous nous enfuyons par la porte de la cuisine pour aller vomir nos crêpes dans la ruelle.

Notre solidarité, c’est que nous allons rester hantés par cette bouche et nous allons y penser nuit et jour, en rêver. Pour arriver à constituer un visage à partir de cette bouche, nous allons y chercher les yeux et tenter de lire ce qui s’y exprime. Nous considérons que cette tâche d’archéologues de la douleur, de la joie aussi et des espoirs, ce qu’il en reste, est une tâche devant laquelle il nous est impossible de nous défiler.

— René-Daniel Dubois, 1991

Conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art diffusée sur VIMEO par l’ Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick (AAAPND).

Use et abuse – Alain Deneault + Christian Lapointe + Alix Dufresne à l’Usine C

Use et abuse est une création pluridisciplinaire de Christian Lapointe et Alix Dufresne qui s’emparent de la conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art – diffusée sur VIMEO par l’AAAPND (Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick) en 2021 – qui aura lieu à l’Usine C les 6, 7 et 8 mars 2025 dans le cadre de la programmation 2024-2025 qui a été dévoilé hier, le 11 juin 2024.

« Artistes québécois.e à la parole déliée et vive, Alix Dufresne et Christian Lapointe s’emparent de la vidéo-conférence intitulée Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art donnée par le philosophe Alain Deneault en 2021. À l’invitation de l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick, cette visioconférence tente de montrer comment le capitalisme maintient sous pression les artistes et les incitent à devenir rentables.

Les deux artistes proposent une performance déjantée et incisive avec, comme toile de fond et projetée sur écran, la prise de parole controversée du philosophe. Ils y mettent en jeu la notion de marchandisation et les mécanismes de détournement de l’art, et ce par la création d’un encan de NFT fabriqués en direct devant public. Leurs corps deviennent outils de création mais aussi paradoxalement de promotion et de contestation : chair brutalisée par l’économie de la culture en quête d’une réappropriation de l’agentivité propre à la pratique de l’art.   

Initié par le metteur en scène et acteur Christian Lapointe, USE ET ABUSE vient clore la résidence d’Alix Dufresne en tant qu’artiste associée à l’USINE C de 2022 à 2025. Elle s’allie naturellement à lui pour ce projet et poursuit ainsi sa recherche autour des réflexions d’Alain Deneault, telle qu’amorcée avec Hidden Paradise créé en 2018 sur le thème de l’évasion fiscale. Ici Les deux artistes donnent corps à une forme hybride, à la fois ludique, performative et politique, laissant place à l’imprévisible à chaque représentation. » – Source: Usine C, programmation 2024-2025