Use et abuse au Théâtre La Rubrique

Photo © Maxim Paré Fortin

La création pluridisciplinaire Use et abuse produite par Carte blanche avec Christian Lapointe et Alix Dufresne, inspirée par la vidéoconférence d’Alain Deneault Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art, sera présentée au Théâtre La Rubrique le 16 janvier 2026.

« Artistes québécois·e·s à la parole déliée et vive, Alix Dufresne et Christian Lapointe s’emparent de la vidéoconférence intitulée Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art donnée par le philosophe Alain Deneault en 2021 et tirée de son livre L’économie esthétique. À l’invitation de l’Association acadienne des artistes professionnel·le·s du Nouveau-Brunswick, cet exposé tente de montrer comment le capitalisme maintient sous pression les artistes et les incitent à devenir rentables. Les deux artistes proposent une performance déjantée et incisive avec, comme toile de fond et projetée sur écran, la prise de parole controversée du philosophe. Elle et il y mettent en jeu la notion de marchandisation et les mécanismes de détournement de l’art, et ce, par la création d’un encan de JNF (NFT) fabriqués en direct devant public. Leurs corps deviennent outils de création, mais aussi paradoxalement de promotion et de contestation : chair brutalisée par l’économie de la culture en quête d’une réappropriation de l’agentivité propre à la pratique de l’art.

Initié par le metteur en scène et acteur Christian Lapointe, USE ET ABUSE vient clore la résidence d’Alix Dufresne en tant qu’artiste associée à l’USINE C de 2022 à 2025. Ici les deux artistes donnent corps à une forme hybride, à la fois ludique, performative et politique, laissant place à l’imprévisible à chaque représentation.


Use et abuse
Création initiée par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
et inspirée de la conférence d'Alain Deneault
Une production de Carte blanche
Théâtre La Rubrique
4160 Rue du Vieux Pont, Jonquière, Québec G7X 7V8
16 janvier 2026 - 20 h
Durée 1 h - Billetterie ici

Traumavertissement
Cette œuvre contient des scènes de nudité, de violence et de sexualité.
Elle peut heurter la sensibilité de certain·es spectateur·trices.
* 18 ans et plus – preuve d’identité requise


Conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art – diffusée sur VIMEO par l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick (AAAPND ).

Culture avec Rose St-Pierre : Les artistes face au capitalisme à La Chapelle

Photo © Radio-Canada

La chronique culture de Rose St-Pierre à l’émission Le 15-18, animée par Annie Desrochers sur ICI Première à Radio-Canada, concerne la pièce Use et abuse de Christian Lapointe et Alix Dufresne inspirée de la vidéo conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art donnée par Alain Deneault en 2021 et tirée de son livre L’économie esthétique.


Use et abuse
Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
Inspiré de la conférence d'Alain Deneault
Une production de Carte blanche
1er au 6 décembre - 19 h 30
La Chapelle Scènes Contemporaines
Durée 1 h - Billetterie ici
Pour un public de 18 ans et plus

Présenté an français avec surtitrage en anglais les 2 et 5 décembre 2025

La représentation du 5 décembre 2025 sera suivie d'une discussion entre
Alain Deneault (présence à distance), Alix Dufresne et Christian Lapointe.

Une table de vente, tenue par la librairie Le Port de tête, sera présente
lors des représentations, proposant une sélection d’ouvrages
d’Alain Deneault et de Christian Lapointe.

Conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art – diffusée sur VIMEO par l’AAAPND (Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick).

« Use et abuse » bientôt à l’affiche à La Chapelle Scènes Contemporaines, au Théâtre Périscope et au Théâtre La Rubrique

La création pluridisciplinaire de Christian Lapointe et Alix Dufresne Use et abuse sera présentée à La Chapelle Scènes Contemporaines (Montréal) du 1er au 6 décembre 2025, au Théâtre Périscope (Québec) du 9 au 13 décembre 2025 et au Théâtre La Rubrique (Saguenay) le 16 janvier 2026.

La représentation du 5 décembre 2025 à La Chapelle Scènes Contemporaines sera suivie d’une discussion avec Alain Deneault (participation à distance), Alix Dufresne et Christian Lapointe.

« Artistes québécois.e.s à la parole déliée et vive, Alix Dufresne et Christian Lapointe s’emparent de la vidéoconférence intitulée Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art donnée par le philosophe Alain Deneault en 2021 et tirée de son livre L’économie esthétique. À l’invitation de l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick (AAAPND), cet exposé tente de montrer comment le capitalisme maintient sous pression les artistes et les incite à devenir rentables.

Les deux artistes proposent une performance déjantée et incisive avec, comme toile de fond et projetée sur écran, la prise de parole controversée du philosophe. Ils y mettent en jeu la notion de marchandisation et les mécanismes de détournement de l’art, et ce, par la création de JNF (NFT) fabriqués en direct devant public. Leurs corps deviennent outils de création, mais aussi paradoxalement de promotion et de contestation : chair brutalisée par l’économie de la culture en quête d’une réappropriation de l’agentivité propre à la pratique de l’art. » – Source Carte Blanche

« Initié par le metteur en scène et acteur Christian Lapointe, Use et abuse est venu clore, joué à guichet fermé, la résidence d’Alix Dufresne en tant qu’artiste associée à l’USINE C de 2022 à 2025. Elle s’allie naturellement à lui pour ce projet et poursuit ainsi sa recherche autour des réflexions d’Alain Deneault, telle qu’amorcée avec Hidden Paradise créé en 2018 sur le thème de l’évasion fiscale. Ici Les deux artistes donnent corps à une forme hybride, à la fois ludique, performative et politique, laissant place à l’imprévisible à chaque représentation. » – Source Usine C

Bande-annonce de la pièce Use et abuse avec Alix Dufresne et Christian Lapointe – Une production de Carte blanche


Use et abuse
Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
Inspiré de la conférence d'Alain Deneault
Une production de Carte blanche
La Chapelle Scènes Contemporaines
1er au 6 décembre 2025 - 19 h 30
3700 Rue Saint-Dominique, Montréal, Québec H2X 2X8
Durée 1 h - Billetterie ici
Interdit aux personnes de moins de 18 ans

Présenté an français avec surtitrage en anglais les 2 et 5 décembre.

La représentation du 5 décembre sera suivie d'une discussion entre
Alain Deneault (participation à distance), Alix Dufresne et Christian Lapointe.

Une table de vente, tenue par la librairie Le Port de tête, sera présente
lors des représentations, proposant une sélection d’ouvrages
d’Alain Deneault et de Christian Lapointe.


Use et abuse
Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
Inspiré de la conférence d'Alain Deneault
Une production de Carte blanche
Théâtre Périscope
2 Crémazie Est, Québec, Québec G1R 2V2
9 au 12 décembre 2025 - 19 h 30
13 décembre 2025 - 16 h
Durée 1 h - Billetterie ici

Traumavertissement
Cette œuvre contient des scènes de nudité, de violence et de sexualité.
Elle peut heurter la sensibilité de certain·es spectateur·trices.
* 18 ans et plus – preuve d’identité requise


Use et abuse
Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
Inspiré de la conférence d'Alain Deneault
Une production de Carte blanche
Théâtre La Rubrique
4160 Rue du Vieux Pont, Jonquière, Québec G7X 7V8
16 janvier 2026 - 20 h
Durée 1 h - Billetterie ici

Traumavertissement
Cette œuvre contient des scènes de nudité, de violence et de sexualité.
Elle peut heurter la sensibilité de certain·es spectateur·trices.
* 18 ans et plus – preuve d’identité requise


Conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art – diffusée sur VIMEO par l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick (AAAPND ).

Une performance comme uppercut – Use et abuse au Théâtre Périscope

Photo © Carte blanche

Use et abuse – Une performance comme uppercut

« Artistes québécois.e.s à la parole déliée et vive, Alix Dufresne et Christian Lapointe s’emparent de la vidéo-conférence intitulée « Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art » donnée par le philosophe Alain Deneault en 2021 et tirée de son livre L’économie esthétique. À l’invitation de l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick, cette visioconférence tente de montrer comment le capitalisme maintient sous pression les artistes et les incitent à devenir rentables.

Les deux artistes proposent une performance déjantée et incisive avec, comme toile de fond et projetée sur écran, la prise de parole controversée du philosophe. Ils y mettent en jeu la notion de marchandisation et les mécanismes de détournement de l’art, et ce, par la création d’un encan de JNF (NFT) fabriqués en direct devant public. Leurs corps deviennent outils de création, mais aussi paradoxalement de promotion et de contestation : chair brutalisée par l’économie de la culture en quête d’une réappropriation de l’agentivité propre à la pratique de l’art.

Initié par le metteur en scène et acteur Christian Lapointe, USE ET ABUSE est venu clore, joué à guichet fermé, la résidence d’Alix Dufresne en tant qu’artiste associée à l’USINE C de 2022 à 2025. Elle s’allie naturellement à lui pour ce projet et poursuit ainsi sa recherche autour des réflexions d’Alain Deneault, telle qu’amorcée avec Hidden Paradise créé en 2018 sur le thème de l’évasion fiscale. Ici les deux artistes donnent corps à une forme hybride, à la fois ludique, performative et politique, laissant place à l’imprévisible à chaque représentation. » – Théâtre Périscope


Use et abuse
Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
Inspiré de la conférence d'Alain Deneault
Une production de Carte blanche
9 au 12 décembre 2025 - 19 h 30
13 décembre 2025 - 16 h
Théâtre Périscope - Salle principale - 2, Crémazie Est, Québec
Durée 1 h - Billetterie ici

*Traumavertissement
Cette œuvre contient des scènes de nudité, de violence et de sexualité.
Elle peut heurter la sensibilité de certain·es spectateur·trices.
* 18 ans et plus – preuve d’identité requise.


Conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art – diffusée sur VIMEO par l’AAAPND (Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick).

Use et abuse à La Chapelle Scènes Contemporaines

Photo © Maxim Paré Fortin

« Alix Dufresne et Christian Lapointe, artistes québécois·e·s à la parole déliée et vive, s’emparent de la vidéo-conférence intitulée Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art donnée par le philosophe Alain Deneault en 2021 et tirée de son livre L’économie esthétique. À l’invitation de l’Association acadienne des artistes professionnels du Nouveau-Brunswick, cette visioconférence tente de montrer comment le capitalisme maintient sous pression les artistes et les incitent à devenir rentables.

Alix Dufresne et Christian Lapointe proposent une performance déjantée et incisive avec, comme toile de fond et projetée sur écran, la prise de parole controversée du philosophe Deneault. Ils y mettent en jeu la notion de marchandisation et les mécanismes de détournement de l’art, et ce, par la création d’un encan de JNF (NFT) fabriqués en direct devant public. Leurs corps deviennent outils de création, mais aussi paradoxalement de promotion et de contestation : chair brutalisée par l’économie de la culture en quête d’une réappropriation de l’agentivité propre à la pratique de l’art.

Initié par le metteur en scène et acteur Christian Lapointe, Use et abuse est venu clore, joué à guichet fermé, la résidence d’Alix Dufresne en tant qu’artiste associée à l’USINE C de 2022 à 2025. Elle s’allie naturellement à lui pour ce projet et poursuit ainsi sa recherche autour des réflexions d’Alain Deneault, telle qu’amorcée avec Hidden Paradise créé en 2018 sur le thème de l’évasion fiscale. Ici les deux artistes donnent corps à une forme hybride, à la fois ludique, performative et politique, laissant place à l’imprévisible à chaque représentation. Pour public averti. » – La Chapelle Scènes Contemporaines


Use et abuse
Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
Inspiré de la conférence d'Alain Deneault
Une production de Carte blanche
1er au 6 décembre 2025 - 19 h 30
La Chapelle Scènes Contemporaines
Durée 1 h - Billetterie ici
Pour un public de 18 ans et plus

Présenté an français avec surtitrage en anglais les 2 et 5 décembre.

La représentation du 5 décembre sera suivie d'une discussion entre
Alain Deneault (présence à distance), Alix Dufresne et Christian Lapointe.

Une table de vente, tenue par la librairie Le Port de tête, sera présente
lors des représentations, proposant une sélection d’ouvrages
d’Alain Deneault et de Christian Lapointe.

Conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art – diffusée sur VIMEO par l’AAAPND (Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick).

Visite critique du Village historique acadien

La dame faisant du savon au Village historique acadien, en 1978 – Photo © Gracieuseté

Acadie Nouvelle

Par Alain Deneault
4 juin 2025

Visite critique du Village historique acadien

Qui aime bien châtie bien. Ici, on aimera beaucoup, et châtiera seulement un peu.

Le Village historique acadien est une des plus grandes réussites populaires de l’Acadie en matière de culture et de savoir. Il compte autant que ses plus importants ambassadeurs.

Qu’on me permette d’en témoigner en tant qu’il fait partie de mes plus lointains souvenirs, ayant eu la chance de compter parmi ses premiers visiteurs, lors de la deuxième saison de 1978. J’avais sept ans. Après un voyage de mille kilomètres, jalonné de divers arrêts, nos parents nous ont fait découvrir les charmes de ce nouveau site dit touristique.

De ce long périple, il reste deux choses. Le souvenir furtif de ma mère en voiture disant « Caraquet », car l’allitération en [k] du nom m’amusait. Mais surtout ce lieu, ce voyage dans le temps, les vieilles maisons, les habits traditionnels, les animaux et le soleil ardent de cette journée.

Plus précisément, il y avait cette vieille dame assez ronde, coiffée de ce bonnet improbable et portant un large tablier, qui remuait devant sa maison un produit lourd et odorant bouillonnant dans une marmite. Elle faisait du savon. Nous avons longtemps sympathisé. C’était à la fin du parcours. Cette halte mettait fin à une galerie de vieux métiers. Du haut de mes trois pommes, il paraît que je m’étais exclamé, lançant quelque chose du genre : « Dans ce temps-là, il fallait travailler beaucoup ! ». Et j’entends encore clairement cette vielle dame, plus vieille encore que son âge, ce fantôme d’un autre temps, dans son accent à trancher au couteau, me regardant posément, me dire d’une énergie soudaine : « Si t’as compris ça, mon p’tit gars, t’as compris ben des choses ! ».

Toute la famille a éclaté de rire. Et cet adage est venu ponctuer ma jeunesse.
Régulièrement, nous nous amusions à nous répéter que « si j’ai compris ça mon p’tit gars, j’ai compris ben des choses »… C’était devenu un trait d’esprit récurrent. Plus près de mon Outaouais natal, il nous est arrivé les années suivantes de visiter de temps à autre l’Upper Canada Village. C’était la version ontarienne du genre site historique. Nous l’aimions bien, certes, mais, inévitable redite, nous nous remémorions immanquablement la formidable expérience du village acadien, qui nous servait de repère.

Dès cet âge, l’Acadie s’est inscrite dans ma conscience comme une réalité fondamentale de ce continent. Elle existait. Édith Butler ou La Sagouine n’étaient plus seulement une chanson ou un accent surprenant sortis du folklore, mais d’un lieu historique aussi tangible qu’imaginaire. Et jamais nous n’oubliions l’Acadie, même si nous la connaissions si peu, jusque dans l’argumentaire indépendantiste québécois des années 1970 et 1980, où le Grand Dérangement s’inscrivait parmi les causes de notre volonté.

De retour en Acadie en 2016, à l’occasion du Salon du livre de la Péninsule acadienne, c’est tout naturellement que j’ai demandé à la bénévole qui avait la générosité de me conduire, si elle pouvait marquer une courte halte au site du Village historique acadien, où cette prise de conscience était née. C’était comme prendre un rendez-vous avec soi- même, et se revoir soi-même, jadis ignorant du destin qu’on accomplit maintenant.

Maintenant

Le Village historique acadien fait preuve d’une plasticité qui le rend toujours intéressant à plus d’un titre. On peut certes y déambuler seul ou en famille, dans le cadre d’un divertissement édifiant, dans l’optique de l’industrie touristique d’aujourd’hui, fort soucieuse de stimuler une activité commerciale dans la région. On peut aussi y reconnaître une expérience quasi scientifique, l’historiographie sociale et l’enjeu des techniques y étant rigoureusement représentés d’une manière quelque peu théâtrale.

Et sur ce second point, on peut se réjouir que cette théâtralisation connaisse d’heureuses limites. On se vêt et on parle certes au nom des personnages du passé, mais la représentation elle-même est mise en scène. C’est que les animateurs des
différents immeubles ne parlent pas au Je, mais disent par exemple : « Vous êtes ici dans la maison de monsieur Doucet »… Le fantôme est ici désigné, mais pas complètement interprété. Cela évite l’écueil de la reconstitution qui se révèle fatalement décevante, comme dans ces films où l’on aperçoit davantage les anachronismes et les invraisemblances là où on prétend nous faire voyager dans le temps. Au Village historique, on assume que ça ne s’est pas tout à fait passé comme on nous le montre, que le site est en soi une fiction, qu’on ne va pas aller, par exemple, jusqu’à éprouver les conditions d’hygiène et les différents degrés de souffrance que nos ancêtres ont connus. Le passé livré tel quel nous paraîtrait vraiment très choquant (Fernand Braudel, Civilisation matérielle, économie et capitalisme, tome 1, p. 14.). Mieux vaut stimuler l’imaginaire seulement et le laisser faire sa part du travail.

Du reste, il viendra un temps où on estimera même se rendre au Village historique acadien pour y visiter une part de son avenir… À la faveur de l’épuisement des
gisements pétroliers, de la dimension scandaleusement polluante des sites miniers et de l’effondrement manifeste de notre régime extractiviste, productiviste, consumériste et capitaliste, le Village acadien paraîtra vite comme un lieu de mémoire de nombreux savoir-faire qu’on a eu tort d’oublier. Et à partir de lui, on constatera combien l’architecture à partir de matériaux environnants (la paille compressée) ainsi que la science de la permaculture annoncent un contexte radicalement nouveau quant aux modalités d’organisation à venir.

À cet égard, l’aspect scientifique du Village acadien, et non pas seulement récréotouristique, mérite d’être consolidé. C’est un vieux débat. Histoire du Village historique acadien du Nouveau-Brunswick (Les Éditions de la Francophonie, 2017), le livre de l’historien attitré de l’institution, Philippe Basque, atteste des débats passionnés qui ont lieu et reprennent à l’occasion sur la teneur des connaissances transmises par elle depuis sa fondation (page 83 et suivantes). C’est que ce lieu de savoir populaire nous tient à cœur.

Il est vrai qu’à force d’y retourner chaque année, le charme de la découverte s’estompe, les coutures se démarquent et le jupon dépasse. On a en tête le plan, on anticipe les présentations et on en vient à comparer les interprètes d’une année à l’autre. À ce jeu, le Village résiste : on ne lui reproche rien au vu de ce qu’on en sait, mais reste sur sa faim. On lui en demande davantage. Surtout sur le plan de la sociohistoire. Oui, les modalités de vie, oui la formidable maîtrise technique de l’époque, oui le vaillant engagement dans tant de domaines pratiques, oui cette sociologie de la discrétion en ce qui concerne la taverne et l’exposé sur la révolution opérée par l’existence du catalogue au magasin général.

Mais encore : le passage à l’entrepôt des Robin ne pourrait-il pas être l’occasion d’illustrer avec insistance le formidable asservissement dont les pêcheurs ont été l’objet pendant des décennies ?

Pourquoi n’y a-t-il jamais personne à l’église, institution par excellence de l’Acadie ? Ni à la gare, elle qui a mis en relation les communautés acadiennes avec la modernité, pour le meilleur comme pour le pire ? La Caisse populaire reconstituée n’est-elle pas une excellente occasion de disserter sur le rôle des coopératives au sein de ce peuple ? Puis ce garage Irving, qu’attendre pour donner au laïus de son animateur à son tour une dimension critique à propos du pouvoir de quelques familles anglophones dans la législation ? Quid des rapports historiques avec les Mik’Maks ou les  Wolastoqiyik ?

Le Village historique acadien inaugure sa saison 2025 aujourd’hui. Retournons-y et investissons-le de toutes nos questions.

À propos de la pièce Use et abuse par Marie-Ève Lussier-Gariépy

Voici un texte de Marie-Ève Lussier-Gariépy, conseillère artistique de Carte blanche, à propos de la pièce Use et abuse de Christian Lapointe et Alix Dufresne inspirée par la conférence d’Alain Deneault Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art (2021). La pièce a été présenté à l’Usine C du 5 au 8 mars 2025 et sera à l’affiche au théâtre l’Escaouette les 9 et 10 avril 2025.

À propos de la pièce Use et abuse par Marie-Ève Lussier-Gariépy

Photo ©Justine Latour

« Les symptômes de la crise des arts et de la culture au Québec sont plus nombreux que jamais : désertions d’artistes de toutes disciplines confondues vers d’autres corps de métier, fermeture de lieux culturels phares, réduction des programmations de diverses institutions artistiques, annulation de spectacles, précarité, pauvreté, angoisse, détresse, et la liste pourrait s’allonger sur plusieurs pages. Mais qu’en est-il, pour reprendre les préoccupations si justes qu’énonçaient déjà René-Daniel Dubois en 1991*, de la cause de ces symptômes? On ne saurait les réduire à un manque d’argent, ni se réjouir trop vite que les crédits du Conseil des arts et des lettres du Québec aient été portés à 200 millions de dollars dans le dernier budget provincial. La blessure est plus profonde, plus profond aussi, le vide. Dans leur performance élaborée à partir de la conférence d’Alain Deneault intitulée « Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art », Alix Dufresne et Christian Lapointe s’efforcent, en écho avec les réflexions du philosophe, de disséquer l’origine du mal qui ronge actuellement le milieu artistique québécois.

Les deux créateur·rice·s me semblent à ce titre adopter une posture assez proche de celle décrite par Dubois; face à la crise, elle et il reculent jusqu’au mur (ici, l’écran sur lequel est projetée la conférence dans son intégralité et dans lequel Alix Dufresne se fond littéralement lorsque, en entrant sur scène, elle le longe, les yeux ronds, sur la pointe des pieds, à mi-chemin entre la volonté de ne pas déranger et celle de passer inaperçue pour mieux observer, surprendre, réattaquer). Les performeur·euse·s, donc, acceptent de se laisser traverser, de se laisser hanter par les hurlements qui fusent de toutes parts. Elle et il se font les archéologues d’une douleur culturelle collective.

La cause de cette douleur? Les propos d’Alain Deneault l’éclairent : le régime capitaliste, dont la principale visée est de faire fructifier des actifs excédentaires (des capitaux), a permis que le vocabulaire de la gouvernance s’étende à tous les champs de la vie sociale, culturelle et artistique. C’est-à-dire que, peu à peu, les milieux de la santé, de l’éducation, mais aussi les institutions artistiques comme les musées, les théâtres, les opéras et autres lieux de création et de diffusion, se sont retrouvés soumis aux modalités de gestion propres au secteur privé capitaliste. Il suffit de s’attarder aux questions des formulaires de demandes de subvention pour confirmer que la propagation a bel et bien eu lieu : décrivez les actions que vous ferez pour attirer l’attention de votre public cible, faites état de votre plan de communication, expliquez les retombées de votre projet sur votre carrière, etc. Désormais, il faut à tout prix, pour obtenir les moyens de mener à terme un projet artistique, convaincre que ce projet sera rentable ou, au pis aller, qu’il profitera à des secteurs qui, eux, le sont; rentables.

Ce dont s’étonne Deneault, c’est que les artistes, non seulement acceptent de se prêter au jeu de la gouvernance, mais ne dénoncent pas davantage l’usurpation par le régime capitaliste d’une foule de procédés esthétiques. Pensons par exemple au traitement sonore et lumineux d’une vidéo promotionnelle, aux prestations artistiques qui ont cours lors de soirées corporatives ou encore à la mise en récit, via les différents médias numériques, d’une vaillante fratrie de trois frères et deux sœurs qui, après avoir repris l’entreprise familiale de pizzas à laquelle se sont consacrés leurs parents et leurs grands-parents, multiplie à un rythme effréné le nombre de restaurants de la chaîne. Les arts, à force d’être ainsi mis au service de la fructification des profits, ne risquent-ils pas de perdre leur force critique, leur pouvoir de rassemblement et de révélation?

En réponse à cette inquiétude, il est jouissif de voir Alix Dufresne et Christian Lapointe se réapproprier leurs propres langages – ceux de l’esthétique, de la métamorphose et de la performance – et s’appliquer à démontrer et à démonter les rapports de domination à l’œuvre entre l’industrie et les artistes qu’elle pille.

Ver rampant, homme qui se flagelle avec sa propre ceinture, clown naïf (puis abusé) nous renvoient un miroir cruel de ce que les artistes acceptent de s’infliger dans l’espoir d’obtenir l’aval des dirigeant·e·s politiques et économiques, leur argent, mais aussi, en venons-nous à songer, la permission de continuer à exister.

À ce sujet, USE et ABUSE me paraît faire la lumière sur un aspect laissé sans réponse de la conférence d’Alain Deneault. Le philosophe demande : pourquoi les artistes ne décrient-ils et elles pas le régime qui leur dérobe leurs propres codes? Ils, elles auraient le pouvoir, après tout, de faire tomber les apparats, de crier que « le roi est nu ». Et de reprendre, ultimement, ce qui leur a été dérobé : les conventions du spectacle vivant, les procédés narratifs, poétiques, performatifs. L’ordre capitaliste, dépouillé des conventions esthétiques dont il s’était auparavant emparé, ne saurait plus exister avec la même toute-puissance ni avec la même violence.

Le raisonnement semble si clair; on suit Deneault dans chacun de ses développements, on en viendrait sans doute à se buter à la même incompréhension que lui… si ce n’était des actions performées sous nos yeux par Dufresne et Lapointe. On regarde la première contracter les fesses pour faire chanter un poulet en plastique, on entend le deuxième s’étouffer des suites d’une fellation forcée au ministre de la Culture et ça nous apparaît : par un tour de force particulièrement pervers, le régime en est venu à persuader les artistes que c’est elles et eux qui dépendent de lui, que, sans l’industrie, les mécènes et les chiffres de vente, les arts ne sauraient survivre et encore moins rejoindre les gens. Le duo de performeur·euse·s, en témoignant de la surprenante facilité des artistes à porter atteinte à leur dignité, à leur intégrité et à leur humanité, nous place face à l’indifférence et à la haine qu’entretiennent les créateur·rice·s à leur propre égard.

Mais d’où vient donc cette douloureuse détestation de soi et de ses pratiques? Dans une entrevue accordée à La Presse en 2014, René-Daniel Dubois mentionnait la politique culturelle provinciale échafaudée par les Libéraux dans les années 1990, qu’il avait vertement critiquée à l’époque (notamment dans le texte dont un extrait est placé en exergue). Le dramaturge rappellait que, parce qu’elle était « fondée sur l’idéologie qu’il fallait que ça rapporte », cette politique avait entraîné un désintérêt massif des médias et de l’ensemble de la société à l’égard des pratiques culturelles affranchies de toute logique économique. Elle avait ainsi marqué, sinon le début, du moins un jalon important vers la crise actuelle. Un spectateur a d’ailleurs souligné ce tournant historique au Québec lors d’une des discussions qui ont suivi les représentations d’USE et ABUSE à Montréal.

« Mais alors, que faire? », le public s’est-il demandé, soir après soir, à l’Usine C. « La grève », a suggéré le même spectateur qui avait parlé de la politique culturelle de 1992. Lors d’une conférence de René-Daniel Dubois à laquelle j’ai assisté au début des années 2010, l’homme de théâtre avait raconté comment lui-même avait tenté de convaincre ses pair·e·s, réuni·e·s à l’occasion d’une rencontre du milieu théâtral québécois, de fermer tous les théâtres pendant un an. Cette pause forcée ne montrerait-elle pas à toustes à quel point les arts (le théâtre, dans ce cas-ci, mais la logique pourrait s’étendre aux musées, aux salles de concert, aux bibliothèques, bref, à l’ensemble des espaces de création et de diffusion artistique), à quel point les arts, donc, sont essentiels au vivre ensemble? À quel point, sans manifestation artistique, une société se retrouve gangrenée par un vide assourdissant, et ce, même si les capitaux ne cessent de croître? Et bien, la proposition de grève avait été soumise au vote de l’assemblée… et avait été battue. Je me rappelle de l’émotion dans la voix de Dubois, quand il nous avait dit : « Le monde a eu peur. » Les artistes avaient eu peur, oui, ils avaient craint par-dessus tout que, si les théâtres cessaient leurs activités pendant une année entière, le public perdrait tout intérêt pour ce rituel et que, au moment de réouvrir les salles, personne n’aurait plus le désir de s’y rassembler. En conclusion de sa conférence, le dramaturge nous avait confié avoir compris quelque chose ce jour-là : les artistes étaient les premier·ère·s à douter de la nécessité et de la valeur de leur pratique.

En 2014, toujours en entrevue à La Presse, l’auteur réitérait son diagnostic : « Cette indifférence de la société a affecté les artistes qui n’ont plus de considération pour ce qu’ils font. Ils ont perdu le sacré. » J’ajouterais : ils et elles ont intériorisé cette idée que leur travail n’est ni essentiel, ni important. Que, parce que sa valeur ne se calcule pas d’abord en termes marchands, il n’en a, pour tout dire, aucune.

Au sortir de la conférence-performance USE et ABUSE, nous en venons à nous demander, dans le sillage de Dubois de quelles façons les artistes peuvent s’extirper de cette culture de la haine de soi que leur a imposé le régime capitaliste. Comment peuvent-elles et ils reprendre foi en la puissance et la liberté farouche de l’art? Comment peuvent-ils et elles, à nouveau, refuser de se défiler devant la tâche fondamentale qui leur incombe, celle de se faire les « archéologues de la douleur, de la joie aussi et des espoirs, ce qu’il en reste »? » – Marie-Ève Lussier-Gariépy


*Dans un restaurant, une femme mange calmement, assise, seule à sa table. Tout à coup, elle se lève et, en poussant un hurlement, elle renverse sa table et toutes les autres et gifle, et griffe, et pleure tellement, et hurle tellement qu’on ne lui voit plus les yeux. Elle n’a plus, en guise de visage, qu’une bouche qui hurle de terreur. On appelle la police, bien sûr, et une ambulance. On la maîtrise, on lui fait une piqûre ad hoc, la sangle sur une civière et on l’emporte quelque part hors de vue. On écrit sur le rapport : crise d’angoisse.

[…][devant] une scène aussi forte, aussi immédiate, aussi ravageuse, personne parmi ceux et celles qui travaillent dans ce restaurant, y mangent ce midi-là, ni les policiers, ni les ambulanciers, […] personne n’est effleuré par la nécessité de s’interroger non pas sur le symptôme, mais sur l’origine de ce symptôme […].

Peut-être bien que nous, artistes, sommes un paquet d’imbéciles parce que, quand la scène se produit, nous ne l’aidons pas, cette femme, et ne comprenons pas non plus tout de suite ce qui la déchire. Nous reculons jusqu’au mur et restons le dos appuyé contre lui, les yeux ronds et, pendant qu’on la pique, nous nous enfuyons par la porte de la cuisine pour aller vomir nos crêpes dans la ruelle.

Notre solidarité, c’est que nous allons rester hantés par cette bouche et nous allons y penser nuit et jour, en rêver. Pour arriver à constituer un visage à partir de cette bouche, nous allons y chercher les yeux et tenter de lire ce qui s’y exprime. Nous considérons que cette tâche d’archéologues de la douleur, de la joie aussi et des espoirs, ce qu’il en reste, est une tâche devant laquelle il nous est impossible de nous défiler.

— René-Daniel Dubois, 1991

Conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art diffusée sur VIMEO par l’ Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick (AAAPND).

Catherine Dorion mentionne Alain Deneault dans sa pièce Sciences Po 101. Traité d’insoumission à l’usage du vrai monde

Photo © Ludovic Gauthier

Catherine Dorion mentionne Alain Deneault dans sa pièce Sciences Po 101. Traité d’insoumission à l’usage du vrai monde comme on peut le lire dans les critiques des journalistes Christian Saint-Pierre du journal Le Devoir et Luc Boulanger de La Presse :

«Sciences Po 101»: Catherine Dorion lance un vibrant appel à l’insoumission

« […] Si Catherine Dorion livre ce « traité d’insoumission à l’usage du vrai monde » (c’est le sous-titre du spectacle), où elle cite entre autres Hannah Arendt, Lluís Llach, Michel Chartrand et Alain Deneault, c’est d’abord et avant tout pour inspirer, pour éveiller, pour dénoncer, pour espérer, en somme pour inciter son public (et par extension l’ensemble de sa société) à réparer, à résister, à s’allier, à se mobiliser, à faire en sorte que le Québec devienne, grâce à la politique, à laquelle elle croit visiblement toujours, une œuvre collective. […] » – Christian Saint-Pierre, Le Devoir, 20 mars 2025

Photo © Ludovic Gauthier

Un spectacle qui se cherche

« […] Le dispositif scénique est simple, voire minimaliste. Les deux interprètes utilisent souvent un rétroprojecteur pour écrire, dessiner et illustrer le propos. Ce dernier est teinté par l’expérience et les études de Dorion. Elle fait référence aux écrits d’Hannah Arendt, aux réflexions d’Alain Deneault ainsi qu’au livre SapiensUne brève histoire de l’humanité, de Yuval Noah Harari. Le tout en revisitant nos grands mythes et récits communs. […] – Luc Boulanger, La Presse, 21 mars 2025

Champs de bataille

La critique d’Élie Castiel de Kino Culture Montréal.com sur la création pluridisciplinaire Use et abuse de Christian Lapointe et Alix Dufresne qui s’emparent de la conférence d’Alain Deneault Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art diffusée sur VIMEO par l’AAAPND (Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick) en 2021 et dont les représentations ont eu lieu du 5 au 8 mars 2025 à l’Usine C.

Kino Culture Montréal.com

Par Élie Castiel
8 mars 2025

« On assiste, du moins, à quelque chose d’inusité, de difficile à déchiffrer, presque de l’anti-théâtre, comme si du coup, tous les préceptes de la représentation sur scène prenaient un nouveau tournant, déjouant les règles, les codes, pour les faire carrément disparaître.

Les corps se dévoilent, au sens propre comme au figuré – on ne vous dévoilera pas les détails. Les comportements revendiquent une totale liberté, quitte à choquer, embarrasser, mettre en relief les sentiments et les fantasmes les plus enfouis.

Et pour quelle intention ? Paradoxalement, pour débattre sur les évasions fiscales, le Capitalisme avec un grand C, les liens et analogies entre cette forme de système économique et social qui, à bien analyser et voir de très près, entretient des rapports, disons-le sans ambages, incestueux avec l’intime, le privé et la culture, entre entres.

Les réflexions du philosophe Alain Deneault s’inscrivent virtuellement, par vidéo-conférence qui, en passant, nous paraît prise, par sa qualité d’enregistrement, dans une forme d’enregistrement du siècle dernier.

Tant mieux puisque le discours traduit une qualité pérenne, comme si c’était quelque chose qu’il fallait rappeler aux spectateurs autant conquis par le spectacle que désorientés par ce qui se passe devant eux.

En entrée de jeu, un jeune homme qu’on croit être le technicien de scène se dirige vers les panneaux techniques pour s’assurer que le tout fonctionne bien. Et puis, il s’adonne à quelles gestuelles bizarres qui nous poussent à nous demander qui est-il vraiment.

Et c’est le départ d’une longue discussion (sur écran vidéo) du discours ci-haut mentionné par un intellectuel qui sait parfaitement de quoi il parle. On ne vous dira rien non plus sur les rapports intrinsèques (et extrinsèques) qui existent entre le capitalisme et les arts de la représentation, ceux de la scène bien sûr, mais aussi la littérature, le cinéma, vaguement la danse.

Les créateurs seraient-ils prisonniers de ce système financier qui ne vise que le profit même s’ils se cachent parfois sous des affiquets discrets de bienfaisance ou de philanthropie.

La parole est « déliée » (sic), le verbe ne s’interdit plus rien, le comportement se permet ce que l’on n’imagine pas, loin de notre pensée.

Très certainement, en raison des coupures proposées dans les subventions à la Culture du Gouvernement québécois, le Ministre Lacombe est évoqué – nous ne vous dirons rien de plus. L’un des moments les plus troublants de cette proposition.

Geste politique, social, économique, rejetant totalement les acquis jusqu’ici toujours en fonction pour les remplacer par quelque chose que d’aucuns jugeront subversifs, anarchiques, poussés par les cheveux. Mais tout de même poussant énergiquement à la réflexion, face à une collectivité occidentale, on ne peut le nier, dans son grand ensemble, anesthésiée.

Jamais improvisation ne fut aussi divulguée, autant dire que chaque représentation pourrait montrer des différences avec les précédentes ou avec les suivantes. Plus que du théâtre expérimental, c’est à une reprise de la scène, à une réappropriation de toute la dynamique de la création que nous avons affaire.

Geste politique, social, économique, rejetant totalement les acquis jusqu’ici toujours en fonction pour les remplacer par quelque chose que d’aucuns jugeront subversifs, anarchiques, poussés par les cheveux. Mais tout de même poussant énergiquement à la réflexion, face à une collectivité occidentale, on ne peut le nier, dans son grand ensemble, anesthésiée.

Mais surtout, nous faire réfléchir, nous les critiques, les créateurs et autres diffuseurs de la culture, toutes expressions confondues, que nous devons prendre conscience que dans ces systèmes de la diffusion (représentation), le système permet assidûment de créer des vedettes, au détriment de celles et ceux laissé(es) quasi pour compte. Très inquiétant lorsqu’on y pense ! »

Use et abuse – Alain Deneault + Christian Lapointe + Alix Dufresne à l’Usine C – Supplémentaire le 8 mars à 15 h !

« Artistes québécois.e à la parole déliée et vive, Alix Dufresne et Christian Lapointe s’emparent de la vidéo-conférence intitulée Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art donnée par le philosophe Alain Deneault en 2021. À l’invitation de l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick, cette visioconférence tente de montrer comment le capitalisme maintient sous pression les artistes et les incitent à devenir rentables.


L'Usine C a ajouté une supplémentaire le samedi 8 mars 2025 à 15 h !

[…] Initié par le metteur en scène et acteur Christian Lapointe, USE ET ABUSE vient clore la résidence d’Alix Dufresne en tant qu’artiste associée à l’USINE C de 2022 à 2025. Elle s’allie naturellement à lui pour ce projet et poursuit ainsi sa recherche autour des réflexions d’Alain Deneault, telle qu’amorcée avec Hidden Paradise créé en 2018 sur le thème de l’évasion fiscale. Ici Les deux artistes donnent corps à une forme hybride, à la fois ludique, performative et politique, laissant place à l’imprévisible à chaque représentation. » – Source: Usine C


Use et abuse
Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
Inspiré de la conférence d'Alain Deneault
Une production de Carte blanche
5 au 8 mars 2025
Supplémentaire le 8 mars à 15 h !
Usine C - 1345, avenue Lalonde, M ntréal
Infos et billetterie : ici

Conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art – diffusée sur VIMEO par l’AAAPND (Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick).

Sur les planches

Photo © Valérie Remise – Le Devoir

Le Devoir

Par Marie Labrecque

On attend: Use et abuse. Salle 2 de l’Usine C, du 5 au 8 mars.

« Après Hidden Paradise en 2018, les propos du philosophe Alain Deneault inspirent à nouveau un spectacle. La cocréatrice de cette œuvre réputée Alix Dufresne et le metteur en scène Christian Lapointe s’allient pour cette création qualifiée de « performance déjantée et incisive ». La production de Carte blanche fait entendre la vidéoconférence de Deneault Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art, qui dénonce la pression de rentabilité imposée aux artistes. Une marchandisation illustrée ici par un encan de jetons non fongibles, offert en direct. »

*Il est à noter que les quatre représentations affichent complet.

Use et abuse

Image © Carte blanche

La Presse

Par Stéphanie Morin
25 février 2025

« Après l’immense succès de son spectacle Hidden Paradise, la metteuse en scène et interprète Alix Dufresne s’associe à Christian Lapointe pour une nouvelle offrande articulée – de nouveau – autour de la parole d’Alain Deneault. Cette fois, la matière première est une vidéoconférence dans laquelle le philosophe aborde les questions du capitalisme et du détournement de l’art par l’industrie culturelle. Un spectacle hybride, performatif et politique. »


Use et abuse
Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
Inspiré de la conférence d'Alain Deneault
Une production de Carte blanche
5 au 8 mars 2025 - * COMPLET 6 et 7 mars 2025 *
Durée : 1 h
Usine C - 1345, avenue Lalonde, Montréal
Infos et billetterie : ici
18 ans et +

« Artistes québécois.e à la parole déliée et vive, Alix Dufresne et Christian Lapointe s’emparent de la vidéo-conférence intitulée Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art donnée par le philosophe Alain Deneault en 2021. À l’invitation de l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick, cette visioconférence tente de montrer comment le capitalisme maintient sous pression les artistes et les incitent à devenir rentables.

[…] Initié par le metteur en scène et acteur Christian Lapointe, USE ET ABUSE vient clore la résidence d’Alix Dufresne en tant qu’artiste associée à l’USINE C de 2022 à 2025. Elle s’allie naturellement à lui pour ce projet et poursuit ainsi sa recherche autour des réflexions d’Alain Deneault, telle qu’amorcée avec Hidden Paradise créé en 2018 sur le thème de l’évasion fiscale. Ici Les deux artistes donnent corps à une forme hybride, à la fois ludique, performative et politique, laissant place à l’imprévisible à chaque représentation. » – Source: Usine C

Conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art – diffusée sur VIMEO par l’AAAPND (Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick).

L’intellectuel déporté

Photo © Jean-François Boisvert – Acadie Nouvelle

Acadie Nouvelle

Par Alain Deneault
3 février 2025

L’intellectuel déporté

Quand il traite des « intellectuels », le professeur de littérature Edward Said ne pense pas nécessairement à des gens bardés de diplômes, travaillant pour des institutions d’expertise et s’autorisant d’un savoir patenté. 

Il fait référence à toute personne qui se donne la peine de réfléchir conséquemment aux affaires du monde, aux enjeux de société, aux questions pointues d’un champ culturel ou scientifique. Avec du travail et beaucoup de persévérance, cela est à la portée de quiconque. 

Surtout, selon ses termes, l’intellectuel se distingue de l’expert professionnel dans la mesure où il ne soumet sa pensée à aucune autorité, à nulle tutelle organisationnelle, à aucun ordre constitué. L’intellectuel ne se confond pas à un employé ou partenaire qui traduit en notions et symboles une position d’intérêt d’une armée, d’une entreprise commerciale, d’une grande banque ou de quelques structures professionnelles. Loin de ces truchements intéressés et de ces biais idéologiques, l’intellectuel fonde son jugement sur les ressorts propres à la vie de l’esprit. 

Aussi, bien qu’elle ait des convictions, la personne qui fait preuve d’une activité intellectuelle vive refuse de se soumettre platement aux slogans, positions officielles et diktats des têtes d’affiche de son camp. Elle peut à même sa classe sociale, son ethnie, sa région, sa société ou son pays faire preuve d’autonomie en cultivant le doute et la critique. La règle : on ne saurait accepter parmi les siens ce qu’on dénonce du point de vue des principes chez l’adversaire ; on ne saurait dénoncer la violence répétée envers les civils ukrainiens perpétrée par le régime de Vladimir Poutine sans dénoncer en même temps celle de l’armée israélienne à Gaza, par exemple.

La position est nette : « La menace qui pèse le plus lourd sur l’intellectuel de nos jours, en Occident comme dans le reste du monde, ce n’est ni l’université, ni le développement des banlieues, ni l’esprit affreusement commercial du journalisme et de l’édition, mais plutôt une attitude que j’appellerais le professionnalisme. Il consiste à voir dans le travail intellectuel un gagne-pain, effectué de telle heure à telle heure avec un œil sur la montre et un autre sur les règles du comportement “correct”, attentif à faire “comme il faut”. » (Edward Said, Des intellectuels et du Pouvoir).

On a d’autant plus de chance de se prêter à la vocation de l’intellectuel qu’on ne se soumet pas à la standardisation professionnelle.  C’est pourquoi « l’intellectuel aujourd’hui se doit d’être un amateur ». Non pas quelqu’un qui fait preuve d’amateurisme, de dilettantisme ou de négligence, comme trop de théoriciens (du complot) improvisés, mais un chercheur « amateur » au sens qu’il « aime » son sujet suffisamment pour le traiter avec tous les égards que l’on doit à une question que l’on prend au sérieux. 

Donc, s’il est ambitieux de parler de « vérité », disons de l’intellectuel qu’il est guidé par une moralité de base, un certain nombre de principes qui valent pratiquement pour eux-mêmes. « L’universalité, c’est prendre le risque d’aller au-delà des certitudes faciles fournies par nos origines, notre langue, notre nationalité, et qui nous mettent confortablement à l’abri de la réalité des autres », écrit cet intellectuel d’origine palestinienne, longtemps actif aux États-Unis et décédé au début du siècle. 

Bien sûr, on peut militer pour une cause (acadienne), défendre une langue (française), entretenir la mémoire d’actes fondateurs graves (la déportation), militer pour ses droits (Louis Mailloux), baptiser de son nom des institutions (l’Université de…), réclamer des droits sur ses terres (champ de tir de Tracadie) et s’édifier à travers des figures inspirantes (la Sagouine). Said estime que cela reste du ressort de la citoyenneté intellectuelle. Cet engagement passe par des lectures, la production de documentaires, l’écriture de romans et pièces de théâtre, entre autres productions culturelles, et une puissance d’association.

Pour Said, le travail de l’intellectuel ne s’arrête pas là toutefois. Il suppose, certes, le doute, l’autocritique et le travail de l’esprit à travers ces mobilisations. Mais aussi, il suppose une expansion de cet engagement au-delà de circonstances et de références qui ne concernent que son soi ethnique, culturel, national ou social. Il suppose une capacité à transcender les frontières de la cause quant à laquelle on se dit victime, avec de forts accents de légitimité parfois, pour trouver dans des situations analogues dans le monde des motifs de solidarité. Il s’agit « d’universaliser la crise, de donner une plus grande dimension humaine à la souffrance d’une race ou d’une nation particulière et de la mettre en rapport avec d’autres souffrances ». 

Ainsi, oui, revenir sur la déportation acadienne, si possible pour en exorciser les fâcheuses conséquences plutôt que d’en cultiver la rancœur, mais le faire au titre d’un intérêt pour les peuples qui ont subi ou continuent de subir le sort qu’ont connu les nôtres au milieu du XVIIIe siècle. Du point de vue de l’histoire, s’enquérir des populations périphériques à la Russie que Staline fit déporter à tour de bras, réfléchir au sort commun qui nous lie aux Arméniens ayant connu en Turquie des déportations mortelles il y a un peu  plus de cent ans. Et affirmer aujourd’hui son intérêt pour des Palestiniens arrachés à leurs villages depuis des décennies et aujourd’hui pourchassés de manière fascistoïde par un État qui leur reproche ce qu’ils sont. 

Pour les Acadiens aussi, dixit Said, « rattacher ces horreurs à celles qui ont affligé d’autres peuples. Cela ne signifie en aucun cas la perte d’une spécificité historique, mais plutôt un rempart contre le risque qu’une leçon sur l’oppression en un lieu donné soit oubliée ou violée ailleurs ou à une autre époque », dixit Edward Said encore. 

La pompe Afrique, un film de Nicolas Lambert avec la participation d’Alain Deneault

La pompe Afrique est le premier volet d’un film triptyque (L’A-Démocratie) de Nicolas Lambert avec la participation d’Alain Deneault.

L’A-Démocratie est une série de trois films long-métrages entièrement composés de documents rejoués sur une scène de théâtre par l’auteur, qui se propose d’explorer les plus emblématiques non-dits de «l’a-démocratie» française : le pétrole (volet bleu), le nucléaire (volet blanc) et l’armement (volet rouge).

Cette écriture inédite se nourrit d’une part de sources diverses, de reportages, de comptes rendus, d’interviews et autres documents d’archives, et, d’autre part, d’un récit incarné par l’auteur qui tisse son fil à travers ces éléments divers. Tous les événements cités par Nicolas Lambert sont réels et font l’objet de documents historiques.

Source : Un pas de côté

Image du film La pompe Afrique © Un pas de côté

Le volet bleu (La pompe Afrique): est composé des travers de «l’affaire Elf» et de son procès qui dévoilent ce qu’on a appelé la Françafrique.

Le volet blanc : mettra en perspective les décisions qui ont abouti à faire de la France une puissance dépendant du nucléaire sans associer l’appareil politique aux choix et réflexions sur le sujet.

Le volet rouge: l’intrigue se concentrera sur l’opacité des ventes
d’armes françaises et leurs conséquences.

Bande-annonce des trois spectacles formant L’A-Démocratie de Nicolas Lambert
Résumé du film La pompe Afrique

Des hommes passent aux aveux, révélant comment circulent les valises de billets entre de grandes sociétés françaises et des hommes ou des partis politiques, comment se servent de grands serviteurs de l’État et comment d’anciennes colonies sont restées dans le giron français.

Huit ans d’instruction, quatre mois d’audience au Palais de Justice de Paris et trente-sept prévenus. À l’arrivée, une dizaine de personnages qui nous permettent d’entrevoir l’envers du décor républicain, de de Gaulle à nos jours.

À l’origine, une pièce de théâtre extrêmement documentée sur l’affaire Elf, écrite à partir des vraies paroles des principaux protagonistes de ce scandale politico-financier qui a éclaté au milieu des années 1990 et auquel sont mêlés dirigeants du géant pétrolier, politiciens de premier rang et hommes d’affaires véreux.

Tragédie, comédie… Les deux, mon Général !

« Nicolas Lambert s’est emparé de l’affaire Elf, mélange de
Françafrique, d’arrogance et de valises à billets ; il a assisté aux
séances du procès, il en a longuement mâché et digéré les échanges,
pour finalement laisser parler les protagonistes de tout cet
inavouable. Le résultat est jubilatoire. Le double langage se désagrège
sous nos yeux. Et cette décomposition nous décoince les neurones,
nous rend la liberté de comprendre et l’envie d’agir.
»
François-Xavier Verschave, auteur de La Françafrique (Stock)

Réalisation :  Nicola Lambert
Avec la participation d'Alain Deneault
Production : Compagnie Un pas de côté, 2024
Image : Jacques Bouquin
Son : Lucas Rabefihava
Montage : Claire Billard
Musique : Éric Chaland
Durée : 90 minutes

Image au Canada : Jérôme Luc Paulin
Son au Canada : Dennis Morton

USE ET ABUSE de Christian Lapointe et Alix Dufresne d’après une conférence d’Alain Deneault au théâtre l’Escaouette

« Deux artistes québécois à la parole déliée et vive, Alix Dufresne et Christian Lapointe , s’emparent de la vidéo-conférence du philosophe Alain Deneault, Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art, présentée en 2021. Les deux artistes proposent une performance déjantée et incisive avec, comme toile de fond la prise de parole controversée du philosophe projetée sur écran. Ils y mettent en jeu la notion de marchandisation et les mécanismes de détournement de l’art, par la création d’un encan de jetons non fongibles fabriqués en direct devant public. Leurs corps deviennent outils de création, mais aussi, outils de promotion et de contestation.

Alix Dufresne s’allie ici naturellement à Christian Lapointe pour poursuivre sa recherche autour des réflexions d’Alain Deneault.  Cette création s’adresse à un public de 18 ans et plus. Les deux artistes y donnent corps à une forme hybride, à la fois ludique, performative et politique, laissant place à l’imprévisible à chaque représentation. » – Le théâtre l’Escaouette


Use et abuse
Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
Inspiré de la conférence d'Alain Deneault
Une production de Carte blanche
Mercredi 9 avril et jeudi 10 avril 2025 à 19 h 30
Le théâtre l'Escaouette - 170, rue Botsford Moncton, NB, E1C 4X6
Infos et billetterie (Admission général) : ici
18 ans et +

Conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art – diffusée sur VIMEO par l’AAAPND (Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick).