Le party acadien est fini


Photo © Bernard Haché – Acadie Nouvelle

Acadie Nouvelle

Par Alain Deneault
24 avril 2026

Le party acadien est fini

Saisissante, l’explication livrée par Gabriel Arsenault dans son livre Cayouche et l’Acadie du Party (Perce-Neige, 2025), à savoir que celui-ci n’est pas à confondre avec le chanteur québécois mal-aimé, Plume, tout comme l’Acadie des années 1970 a moins à voir qu’on le croit avec le Québec de la même période.

Tandis que le Québec d’alors tendait vers d’ambitieux objectifs d’autonomie politique et mettait en place de vastes réformes sous l’impulsion de la Révolution tranquille, l’Acadie faisait le compte de ses succès – programme Chance égale pour tous, Université de Moncton, districts scolaires, services de santé en français, bilinguisme… – et, globalement, s’en satisfaisait. Malgré le Parti acadien qui en redemandait à sa marge, régnait le Party acadien. Si on suit les (parfois très) différentes observations des intellectuels Maurice Basque, Jospeh-Yvon Thériault et tant d’autres, l’Acadie faisait la fête certes pour consolider son identité, mais aussi pour marquer avoir fait le plein des conquêtes culturelles. Autrement dit, elle s’interrompt dans son mouvement, se complaît, plafonne, stagne. Les plus exigeants ajouteront peut-être qu’elle capitule. Au diable l’autonomie régionale, l’équilibre interrégional, le principe de gratuité des études postsecondaires, le renforcement des coopératives, la répartition équitable entre capital et salariat, l’éradication de la pauvreté…

Ne doutons pas que les députés de l’Assemblée législative travaillent tous les jours très dur et s’engagent sincèrement dans de nombreux dossiers. C’est ingrat pour eux, mais il s’agit le plus souvent d’assurer l’entretien de ce qui existe déjà (asphaltage de routes, remplacement d’un pont, élargissement ou renouvellement d’un centre de soins…), d’intervenir dans des remous circonstanciels à propos de différents corps de métier (tel problème, tel jour, dans le domaine des pêches) ou d’accomplir enfin ce qui a déjà été réalisé presque partout ailleurs (le statut de l’artiste). Ce qui aurait paru comme de simples formalités[CG1]  comptables il y a cinquante ans fait aujourd’hui l’objet de conférences de presse ! (Pensons à la prolongation de la saison touristique du Village historique acadien.) Je renvoie à « Une social-démocratie de rattrapage », (Acadie Nouvelle, 12 décembre 2024). Trop souvent, le statu quo, comme le maintien d’un Palais de justice dans la Péninsule acadienne, suppose un combat. Il y a longtemps que les politiques ont perdu quelque ambition sur les grands enjeux sociaux.

Aujourd’hui, l’Irvingnolâtre Donald Savoie cloue le cercueil. Il accomplit la besogne idéologique en maquillant des décisions d’intérêt en fatalité historique. Chez les porte-bouche du pouvoir et hérauts d’une confusion qu’ils entretiennent, le prix actuel du pétrole semble s’établir de lui-même en vertu d’équilibres qui ne supposent jamais d’abus de la part des producteurs. Et l’abandon de la mission sociale de l’État apparaît dicté par on ne sait quel oracle faisant fi des échappatoires fiscales béantes dont profitent les détenteurs de capitaux. « Chances inégales pour tous » serait leur slogan tout en faisant mine de s’ennuyer des politiques sociales des années 1960. On doit de surcroît essuyer les lamentations de ces pleureuses jouant les endeuillées par la perte de ce qu’elles ont contribué à détruire.

Dans un contexte pareil, on ne doit pas s’étonner des conclusions que tire un groupe de chercheurs mandatés par des organisations indépendantes, à savoir que l’identité acadienne s’étiole. C’est là une chance plus qu’un regret, à la condition de mobiliser le philosophe Friedrich Nietzsche, dont les thèses historiques restent tellement pertinentes pour l’Acadie. À savoir d’abord que l’histoire mérite d’être oubliée au sens de métabolisée pour qu’on s’ouvre radicalement au renouveau. Ensuite, que l’esprit d’un peuple gagne à n’être point trop institué de façon à éviter les phénomènes de momification et de sanctuarisation. Enfin, que les référents sujets à ressentiment soient surmontés ou abolis pour éviter d’enfermer les affects dans un acharnement triste, d’où l’importance cruciale des signifiants qu’on mobilise pour nommer les institutions, centres de recherche et programmes d’études dans le monde universitaire.

C’est dans ce contexte qu’il est très encourageant de découvrir des gens encore capables de proposer des réformes d’envergure ou même d’imaginer l’ordre politique autrement que tel qu’il se présente actuellement. Nous n’en sommes pas captifs. Témoin, au tournant de cette année, les contributions dans l’Acadie Nouvelle de lecteurs avertis. « Il faut un programme Chances égales 2.0 », écrit le 29 décembre 2025 Jean-Bernard Robichaud, en militant pour une égalité de services à l’échelle régionale. Philippe Witterkerth, le 12 décembre, pose de nouveau la question de la « 11e province », acadienne, ce à quoi répond Olivier Boudreau, le 16 décembre, qu’un modèle de type britannique existe pour conférer un statut autonome plus adapté à l’Acadie.

Ces conversations sont de bon aloi et doivent être stimulées.

Elles doivent l’être en ne manquant pas de considérer trois variables majeures qui caractérisent le xxie siècle : les perturbations climatiques, la perte radicale de biodiversité et l’épuisement tendanciel des sources d’énergie. Ces trois phénomènes conjoints ne comptent pas pour peu dans les tensions qui s’exacerbent dans la géopolitique mondiale.

Pour les Acadiens comme pour tous les peuples, ces mutations annoncent un monde dans lequel, de manière accrue, des soubresauts météorologiques et les changements de paradigmes écologiques seront conséquents. Ils supposent, d’une part, une contraction de la politique à l’échelle régionale et, d’autre part, l’abandon progressif des communautés de la part d’États livrés au capital. À cela s’ajouteront un pétrole et du gaz pas aussi abordable et abondant que maintenant, les abolitions de taxes n’infléchissant plus les réalités inflationnistes. Les chèques qu’on recevait miraculeusement par la poste pendant l’épisode Covid ne se renouvelleront pas éternellement. La grande industrie et le commerce de masse risqueront aussi de pâtir de cette situation. Les conditions de possibilités d’un marché à grande échelle ne seront pas éternellement réunies et il faudra élaborer par foyers régionaux de nouvelles dynamiques économiques : le low-tech, la souveraineté alimentaire, la mutualisation des richesses, les communs, les circuits courts. « Biorégion » sera le nom de ces nouveaux régimes.

Force est donc pour les différentes communautés d’apprendre à s’y projeter maintenant.


[CG1] Calque — Le mot technicalité doit être remplacé par formalitédétail techniquequestion de forme, point de détaildétail d’ordre pratiquedétail de procédure, technicité ou subtilité, car il constitue un calque (traduction littérale) de l’anglais.

Participation d’Alain Deneault au Colloque scientifique sur les droits linguistiques des francophones du Nouveau-Brunswick depuis l’affaire Louis Mailloux

Alain Deneault participera, aux côtés d’une dizaine d’invités, au Colloque scientifique sur les droits linguistiques des francophones du Nouveau-Brunswick depuis l’affaire Louis Mailloux – organisé par le comité du 150e anniversaire de l’affaire Louis Mailloux – le jeudi 15 mai 2025 au Village historique acadien.

La présentation d’Alain Deneault a pour titre « L’Acadie saisit par les humanités : Nietzsche, Lacan, Said » et se résume ainsi :

« En marge des questions abordées dans le cadre du colloque, cette présentation consiste à mettre en perspective les réflexions entourant la question du français au Nouveau-Brunswick, à la vue de concepts généraux développés dans l’histoire moderne de la pensée. D’abord, les « considérations intempestives » de Nietzsche sont rappelées pour marquer la paradoxale importance d’oublier lorsqu’on élabore une historiographie nationale. Ensuite, le concept de signifiant forgé par le psychanalyste, Jacques Lacan, permet de penser une façon d’y parvenir. Enfin, l’éthique de l’intellectuel développée par Edward Said contribue à universaliser la portée du phénomène acadien. »


L’Acadie saisit par les humanités : Nietzsche, Lacan, Said
Présentation d'Alain Deneault dans le cadre du
Colloque scientifique sur les droits linguistiques des francophones du Nouveau-Brunswick depuis l'affaire Louis Mailloux
Jeudi 15 mai 2025 - 13 h 20 à 14 h 05
Village historique acadien - Salle Antoine Landry
5 Rue du Pont, Bertrand, Nouveau-Brunswick
Informations : nicolas.landry@umoncton.ca - 506 726-2727
Ouvert à tous

Organisé par le comité du 150e anniversaire de l'affaire Louis Mailloux

L’intellectuel déporté

Photo © Jean-François Boisvert – Acadie Nouvelle

Acadie Nouvelle

Par Alain Deneault
3 février 2025

L’intellectuel déporté

Quand il traite des « intellectuels », le professeur de littérature Edward Said ne pense pas nécessairement à des gens bardés de diplômes, travaillant pour des institutions d’expertise et s’autorisant d’un savoir patenté. 

Il fait référence à toute personne qui se donne la peine de réfléchir conséquemment aux affaires du monde, aux enjeux de société, aux questions pointues d’un champ culturel ou scientifique. Avec du travail et beaucoup de persévérance, cela est à la portée de quiconque. 

Surtout, selon ses termes, l’intellectuel se distingue de l’expert professionnel dans la mesure où il ne soumet sa pensée à aucune autorité, à nulle tutelle organisationnelle, à aucun ordre constitué. L’intellectuel ne se confond pas à un employé ou partenaire qui traduit en notions et symboles une position d’intérêt d’une armée, d’une entreprise commerciale, d’une grande banque ou de quelques structures professionnelles. Loin de ces truchements intéressés et de ces biais idéologiques, l’intellectuel fonde son jugement sur les ressorts propres à la vie de l’esprit. 

Aussi, bien qu’elle ait des convictions, la personne qui fait preuve d’une activité intellectuelle vive refuse de se soumettre platement aux slogans, positions officielles et diktats des têtes d’affiche de son camp. Elle peut à même sa classe sociale, son ethnie, sa région, sa société ou son pays faire preuve d’autonomie en cultivant le doute et la critique. La règle : on ne saurait accepter parmi les siens ce qu’on dénonce du point de vue des principes chez l’adversaire ; on ne saurait dénoncer la violence répétée envers les civils ukrainiens perpétrée par le régime de Vladimir Poutine sans dénoncer en même temps celle de l’armée israélienne à Gaza, par exemple.

La position est nette : « La menace qui pèse le plus lourd sur l’intellectuel de nos jours, en Occident comme dans le reste du monde, ce n’est ni l’université, ni le développement des banlieues, ni l’esprit affreusement commercial du journalisme et de l’édition, mais plutôt une attitude que j’appellerais le professionnalisme. Il consiste à voir dans le travail intellectuel un gagne-pain, effectué de telle heure à telle heure avec un œil sur la montre et un autre sur les règles du comportement “correct”, attentif à faire “comme il faut”. » (Edward Said, Des intellectuels et du Pouvoir).

On a d’autant plus de chance de se prêter à la vocation de l’intellectuel qu’on ne se soumet pas à la standardisation professionnelle.  C’est pourquoi « l’intellectuel aujourd’hui se doit d’être un amateur ». Non pas quelqu’un qui fait preuve d’amateurisme, de dilettantisme ou de négligence, comme trop de théoriciens (du complot) improvisés, mais un chercheur « amateur » au sens qu’il « aime » son sujet suffisamment pour le traiter avec tous les égards que l’on doit à une question que l’on prend au sérieux. 

Donc, s’il est ambitieux de parler de « vérité », disons de l’intellectuel qu’il est guidé par une moralité de base, un certain nombre de principes qui valent pratiquement pour eux-mêmes. « L’universalité, c’est prendre le risque d’aller au-delà des certitudes faciles fournies par nos origines, notre langue, notre nationalité, et qui nous mettent confortablement à l’abri de la réalité des autres », écrit cet intellectuel d’origine palestinienne, longtemps actif aux États-Unis et décédé au début du siècle. 

Bien sûr, on peut militer pour une cause (acadienne), défendre une langue (française), entretenir la mémoire d’actes fondateurs graves (la déportation), militer pour ses droits (Louis Mailloux), baptiser de son nom des institutions (l’Université de…), réclamer des droits sur ses terres (champ de tir de Tracadie) et s’édifier à travers des figures inspirantes (la Sagouine). Said estime que cela reste du ressort de la citoyenneté intellectuelle. Cet engagement passe par des lectures, la production de documentaires, l’écriture de romans et pièces de théâtre, entre autres productions culturelles, et une puissance d’association.

Pour Said, le travail de l’intellectuel ne s’arrête pas là toutefois. Il suppose, certes, le doute, l’autocritique et le travail de l’esprit à travers ces mobilisations. Mais aussi, il suppose une expansion de cet engagement au-delà de circonstances et de références qui ne concernent que son soi ethnique, culturel, national ou social. Il suppose une capacité à transcender les frontières de la cause quant à laquelle on se dit victime, avec de forts accents de légitimité parfois, pour trouver dans des situations analogues dans le monde des motifs de solidarité. Il s’agit « d’universaliser la crise, de donner une plus grande dimension humaine à la souffrance d’une race ou d’une nation particulière et de la mettre en rapport avec d’autres souffrances ». 

Ainsi, oui, revenir sur la déportation acadienne, si possible pour en exorciser les fâcheuses conséquences plutôt que d’en cultiver la rancœur, mais le faire au titre d’un intérêt pour les peuples qui ont subi ou continuent de subir le sort qu’ont connu les nôtres au milieu du XVIIIe siècle. Du point de vue de l’histoire, s’enquérir des populations périphériques à la Russie que Staline fit déporter à tour de bras, réfléchir au sort commun qui nous lie aux Arméniens ayant connu en Turquie des déportations mortelles il y a un peu  plus de cent ans. Et affirmer aujourd’hui son intérêt pour des Palestiniens arrachés à leurs villages depuis des décennies et aujourd’hui pourchassés de manière fascistoïde par un État qui leur reproche ce qu’ils sont. 

Pour les Acadiens aussi, dixit Said, « rattacher ces horreurs à celles qui ont affligé d’autres peuples. Cela ne signifie en aucun cas la perte d’une spécificité historique, mais plutôt un rempart contre le risque qu’une leçon sur l’oppression en un lieu donné soit oubliée ou violée ailleurs ou à une autre époque », dixit Edward Said encore. 

Gilles Vigneault, l’Acadien

Photo @ Paul Chiasson

Acadie Nouvelle

Par Alain Deneault
15 août 2024

Gilles Vigneault, l’Acadien

« Le mot Acadie me rappelle que mes ancêtres partis des Îles-de-la-Madeleine en 1855 pour fonder Natashquan étaient partis de Grand-Pré un siècle avant, avec les vôtres, coupables de survie. Nous sommes toujours accusés du même tort. Mais le procès est plus long. Les témoins plus nombreux. Et les juges, toujours les mêmes, n’ont pas fini de nous entendre, et de traduire ! Je suis d’ici aussi. » – Gilles Vigneault, Tracadie, 15 mai 1970 (La Revue d’histoire de la Société historique Nicolas-Denys, janvier-mai 1984).

Peu de poètes ont mieux dit l’Acadie que Gilles Vigneault. La conception du « pays » que soutient son œuvre lui va comme un gant. Le pays de Vigneault est polysémique. On a eu raison de voir en un Québec désiré politiquement indépendant son principal référent, d’autant plus que cette référence incarnée au territoire est infiniment plus pertinente que la logorrhée xénophobe qui lui a succédé dans les médias conservateurs du groupe Québecor. 

Mais à travers sa poésie, c’est aussi ce pays de l’Acadie qu’il lui reste à nous dire, qu’il lui reste à nommer. Car le pays pour Vigneault n’a pas de référent simple, ou de signifié arbitraire. À force d’en faire la figure de proue d’une cause politique, on a désappris à entendre ce qu’on serait bien avisé de prendre au sérieux… Ce pays est surtout chargé de promesses. 

Aux Parisiens venus l’entendre dans la prestigieuse salle de Bobino, un soir d’avril 1977, le poète et chansonnier québécois Gilles Vigneault dissociait la notion de pays d’un sot patriotisme consistant à défendre ses intérêts de manière reptilienne. Sa pensée et son poème sont le contraire du réflexe national. Le pays, disait-il, ce n’est pas encore un territoire, c’est la conscience qu’on a de l’habiter, c’est l’affect qu’on y place à force de l’investir au quotidien. Un pays est un espace auquel on vibre comme de sa vie. D’où les assertions poétiques telles que : « Mon pays, ce n’est pas un pays… », c’est le réel sensible, l’hiver qu’on n’a de cesse d’apprivoiser ; c’est l’action qu’on y conduit, le chemin qu’on y trace ; c’est le temps, par lequel notre mémoire se sédimente. D’où « Mon pays, c’est une fenêtre / Au bord de laquelle un enfant / Observe les saisons renaître / Et sur dehors couler le temps… » 

Le pays de Vigneault « n’a ni président ni roi / il ressemble au pays même que je cherche au cœur de moi », il existe dans un rapport immanent au territoire, surtout côtier et rural – la ville s’y signifie toujours comme sa perversion – et sous la tension qui unit des êtres au carrefour des mots d’une même langue. Aussi est-il vissé à la mémoire du père et de la mère, mais tendu vers l’avenir de l’enfant – « C’est demain que j’avais vingt ans » est un vers qui résume cette temporalité de demain gardant toujours en tête le passé. Le pays y est ce que l’Acadie entretient comme rapport à une réalité, laquelle existe dès lors qu’une personne acadienne s’y trouve pour la reconduire dans l’espace et la prolonger dans le temps. 

Dans la blanche cérémonie

Où la neige au vent se marie

Dans ce pays de poudrerie

Mon père a fait bâtir maison

Et je m’en vais être fidèle

À sa manière, à son modèle

La chambre d’amis sera telle

Qu’on viendra des autres saisons

Pour se bâtir à côté d’elle

Son approche constitue la synthèse de ce qu’on peut nous souhaiter de mieux. Féministe, inclusif, écologiste, humaniste, hospitalier et culturel, le pays qu’il aime à dire, qu’il lui faut dire est tout entier un projet, aux antipodes de la propagande nationaliste. C’est pourquoi il se laisse si souvent penser dans l’avenir : « Je vous entends demain parler de liberté ». Le pays est un désir, le temps de vivre nos espoirs. 

Et s’il y a projet, s’il y a quête, c’est que cette notion de « pays » est aussi critique de tout ce qui vient le déformer au nom de la modernité : la destruction du patrimoine, l’extraction minière, l’agriculture intensive, l’urbanisation sans limites, la vie de banlieue dépoétisée. « La queste du pays » se clôt par un rappel aigu qui sourd de la mémoire : une fin de chanson en innu que le poète traduit lui-même : l’autochtone qui répond au francophone lui disant chercher son pays : « Depuis ton arrivée / J’ai beau t’observer / Je ne comprends pas ce que tu cherches / Si c’est l’Pays, tu d’vrais l’avoir / Tu me l’as volé. »

L’avenir est ailleurs, loin des modes de spoliation qui proviennent de la colonie, mais que nous avons, nous colons, hélas fait nôtres, et retournés contre nous.

À celui qui cherche un pays 

Je me dois de dire d’abord

Je cherche moi-même un pays

Nous ne serons plus seuls à bord

Il me reste un peu de temps.