Les médiocres ont le pouvoir (et on est dans la m*rde)

Les médiocres ont le pouvoir (et on est dans la m*rde). L’interview avec Alain Deneault philosophe. Entretien avec Alain Deneault par Samuel Fergombé et Lili Marseglia pour L’étincelle média, le 22 décembre 2024 – Durée : 50 min 08 sec

« Comment agir politiquement à l’ère de l’inouï, quand on ne dispose d’aucun pendant historique pour appréhender les catastrophes annoncées ? Comment s’engager quand l’extrême droite sème la confusion et détourne la colère des objets réels ? Comment s’y prendre quand le libéralisme dissout tous nos repères dans la gouvernance technocratique ? C’est à ces questions cruciales qu’Alain Deneault, philosophe engagé, a répondu lors de la présentation de ses livres Faire que et La Médiocratie. À travers ses réflexions, il invite à repenser l’action politique face à un monde en crise, où les repères traditionnels semblent se dissoudre sous les pressions économiques et idéologiques. » – L’étincelle média

Participation d’Alain Deneault au livre de Adam Bouiti « L’information est un sport de combat »

Alain Deneault est parmi les 30 experts et témoins qui ont participé au livre L’information est un sport de combat de Adam Bouiti publié chez Investig’Action.

L’entretien avec Alain Deneault par Adam Bouiti a pour titre Langage (page 379 à 386 du chapitre 3). Voici un extrait :


Si je vais maintenant sur le terrain du langage, certains concepts, mots sont largement utilisés alors qu’ils empêchent de saisir le monde tel qu’il est. Comment voyez-vous cela ?

« Beaucoup ont répandu cette idée que la langue, le langage, les notions, les concepts sont réductibles à l’idée d’un coffre à outils dans lequel il suffirait de se servir en fonction des instruments dont on a besoin à tel ou tel moment alors que tout cela est très naïf. Penser le langage comme cela de manière aussi instrumentale, élémentaire, croire que l’on dispose du langage est un péché d’orgueil. Ce ne sont pas les gens qui disposent du langage, c’est le langage qui dispose des gens. […] » – Alain Deneault

Alain Deneault en guerre contre la médiocratie !

« Dans une autre vie, sur un autre continent, on avait eu le bonheur de cotoyer le philosophe. Depuis Montréal, il bataillait contre l’industrie extractiviste. Alain nous revient avec Faire que ! (Lux éditeur), ouvrage lucide où il nous invite à explorer un nouveau mode d’engagement politique, la biorégion. Et nous somme de sortir de la sidération (et) de l’écoanxiété, pour mieux partir au combat (intellectuel). Attention, le bougre parle vite. Soyez en forme ! » – Au Poste


Alain Deneault en guerre contre la médiocratie
!
Entretien - Au Poste - Média indépendant
5 novembre 2024 - 9 h (Heure d'Europe centrale)
Live en stream sur Twitch : auposte.fr/live
Rediffusion sur auposte.fr

Photo – Page Facebook d’Euryale Touron

« Le site de ce média indépendant a été lancé par l’écrivain-réalisateur David Dufresne (Un pays qui se tient sage) comme un espace d’analyse et de défense des libertés fondamentales. auposte.fr porte un regard critique et en mouvement sur le monde. » – Page YouTube Au Poste

Diffusion le 6 novembre 2024 à 14 h (Heure d’Europe centrale)

Extreme Centre and Mediocracy with Alain Deneault

Entrevue avec Alain Deneault par Mohammad Hadi sur sa chaîne YouTube rhizastance – Durée : 1 h (en anglais) – Mis en ligne le 28 octobre 2024

Entrevue avec Alain Deneault par Mohammad Hadi

Le vrai visage de l’extrême centre

Œuvre Linda Roux – Courtoisie de Linda Roux et Galerie Mariska Hammoudi

Le Monde diplomatique

Par Alain Deneault
Novembre 2024, page 20

« Les extrêmes se rejoignent. » Combien de fois a-t-on entendu des tenants de la fameuse — ou fumeuse — « théorie du fer à cheval » s’inquiéter d’une convergence des radicalités ? Mais, alors que l’actuel chef de l’État comptait au nombre de ces vigies républicaines, son camp gouverne désormais avec le soutien tacite du Rassemblement national. Une commune brutalité explique ce rapprochement.

En refusant de confier le nouveau gouvernement à la majorité relative formée par la gauche unie à l’Assemblée nationale, le président français, M. Emmanuel Macron, a trahi son aversion pour les revendications sociales et confirmé le peu de cas qu’il fait de l’expression populaire. En se concertant plutôt avec le Rassemblement national (RN) pour appeler le conservateur Michel Barnier au poste de premier ministre, il a révélé ce qu’ont en commun « les extrêmes », ici l’extrême centre et l’extrême droite, à savoir un fort appétit pour la violence.

C’est par d’inouïs efforts de relations publiques que M. Macron est parvenu à proclamer modéré le parti d’extrême centre qu’il incarne. Des médias détenus par les milieux d’affaires qui le sponsorisent et dont il est lui-même issu s’assurent de faire passer pour « centristes » tous ceux qui colportent son programme : ceux-là sont alors dits péremptoirement rationnels, raisonnables, responsables, pondérés, sensés, voire normaux. Tout acteur public ou citoyen qui s’opposera à la vulgate ainsi magnifiée risquera les attributions inverses : irresponsable, déraisonnable, paranoïaque, rêveur, dangereux, voire fou. Depuis 2017, des endoctrineurs à la petite semaine estampillent sans relâche ces qualifications de part et d’autre, de sorte qu’elles relèvent de l’évidence.

Or l’extrême centre est un extrémisme. Écocide est son programme industriel, inique sa conception de la vie sociale et autoritaire son approche managériale. L’extrême centre a une fixation, un programme à défendre coûte que coûte : garantir la croissance des entreprises et l’augmentation des dividendes versés à leurs actionnaires ; faciliter l’accès aux paradis judiciaires et fiscaux ; rendre précaire le travail ; réduire l’écologie politique à un marketing du verdissement ; démanteler l’État social et minimiser ses dépenses.

D’un point de vue plus moral, l’extrémisme de l’extrême centre tient à son rejet de tout ce qui n’est pas lui. Loin de se situer lui-même quelque part sur l’axe gauche-droite, il (…)

La politique photoshopée

Photo © Hina Alam – La Presse canadienne

Acadie Nouvelle

Par Alain Deneault
28 octobre 2024

La politique photoshopée

Photoshopé. C’est l’épithète qu’il convient de retenir pour penser l’enjolivement filtré par le marketing des figures politiques moyennes, impérativement moyennes, de l’époque. Pour gagner, les photos des candidats et candidates sont retouchées informatiquement pour obtenir des clins d’œil aguichants et ces « dents affreusement blanches » dont parlait Pierre Falardeau dans son essai cinématographique mémorable, Le temps des bouffons. Les amateurs de son œuvre auront saisi la référence. Là, ce qui est affreux, c’est le faux, et non lesdites dents.  La mécanique électorale, son marketing institué, le formatage sociologique du processus, le système uninominal à un tour, l’absence de proportionnelle, la pression médiatique… entraînent ainsi la standardisation de la parole politique en une entreprise de séduction à laquelle s’accompagne la langue de bois.  

Une candidate, un candidat, aura beau avoir des forces réelles, des connaissances attestées, des compétences spécifiques, il n’en paraîtra rien ou presque, il faudra se montrer moyen. Ne point trop ambitionner. Marcher dans les clous. Ni trop faible ni trop forte, la personne qui se présente. On enjoint d’accompagner un mouvement social qui peut aussi porter le nom de stagnation. 

Dans un tel contexte, les partis se distinguent sur quelques points seulement.  

Rappelons les effets d’optique dont traite Normand Baillargeon dans son Petit Cours d’autodéfense intellectuelle. Si on restreint l’échelle  d’un diagramme et l’agrandit à la loupe, on a l’impression de courbes et d’écarts spectaculaires entre deux points. Par de telles œillères, aujourd’hui, au Nouveau-Brunswick, il semble en effet y avoir un monde entre libéraux et conservateurs. Les médias cadrent ainsi l’analyse, de manière très serrée. Alors, bien sûr, il est préférable que les libéraux soient au pouvoir, plutôt que les sinistres conservateurs. Évidemment, sur quelques questions sociétales et sur des points précis de gestion, les différences sont incontestablement significatives. Mais ayons plus d’envergure, soyons plus exigeants intellectuellement, et situons ces deux points qui représentent les partis libéral et conservateur sur le grand axe des possibles politiques, et les voici qui apparaissent soudainement voisins, presque siamois. Ils sont agglutinés bien à droite dans un conformisme occidental où le capitalisme est sauvagement déréglementé, tout en maquillant cette position en un « centre » politique évident, naturel, modéré, normal… 

Pourquoi s’en prendre particulièrement au Parti libéral, dans un tel contexte ? Parce qu’il s’agit d’un organe azimuté qui manque dramatiquement de consistance dans le temps. C’est vrai des autres partis libéraux du Canada tout comme de structures analogues en Occident. Suivons le nôtre du regard. Aux élections de 2020, alors dépourvus de tout scrupule, les Libéraux préconisaient de transformer le Nouveau-Brunswick en un paradis fiscal inspiré de l’Irlande ! Lorsqu’il était au pouvoir auparavant, il privatisait des pans entiers d’un système de santé qu’il prétend vouloir sauver aujourd’hui. Antérieurement encore, il comprimait grossièrement le budget du système d’éducation, lequel porte encore aujourd’hui les séquelles de ces remèdes de cheval budgétaires, mais entre-temps, le parti proposait une mesure d’accès aux études postsecondaires pour les étudiants les moins nantis… Selon les occasions, et souvent simultanément, cette instance peut être à la fois ultralibéral et social-démocrate. Il est un caméléon entraîné. L’historien français Pierre Serna, premier penseur du concept d’« extrême centre », qualifie de « girouettes » ce genre d’organisations politiques (La République des girouettes, Champ Vallon, 2005). Ces zigzags de tacticiens électoraux et ces effets d’annonces visant des groupes sociologiquement épluchés nuisent gravement à la politique. Car elles l’abaissent à une série de mesures incohérentes et à un catalogue de propositions qui ne se réfèrent à aucune axiologie politiquement réfléchie, à rien d’une approche structurée, à nulle conception globale. Cela sent l’opportunisme à plein nez. Une telle conception de la politique ne répond que d’une question circonstancielle : que dit-on à qui pour obtenir un suffrage de circonstance à telle élection ? Et on évolue à la va-comme-je-te-pousse, en plongeant la pensée politique dans la confusion. Pour cette raison, on peut éprouver plus de respect pour les conservateurs qui campent des positions marquées et constantes, même si on ne votera jamais pour eux. 

C’est cela, l’ère de la médiocratie et de l’extrême centre. Un monde intellectuellement inconsistant où on se contente de présenter comme modéré, inévitable et naturel un conformisme à un modèle de société, le capitalisme ultralibéral, qu’on n’a même plus à nommer tellement on le normalise, sinon qu’au prix de passer pour un nostalgique des luttes sociales. À titre immunitaire, les médiocres et l’extrême centre prisent les étiquettes. Ils s’y ruent lorsqu’ils se voient confrontés à la moindre critique qui les dépasse. On n’a pas à aller bien loin. Tente-t-on de déplacer le curseur qu’on s’entend qualifié d’irresponsable, de rêveur, de paranoïaque, de marxiste et nommez-en. Le pouvoir d’étiqueter supplée à celui de penser.  

Pour ces gens, tout semble très vite « trop ». Lutter contre les paradis fiscaux, exiger ne serait-ce qu’un moratoire sur une folle exploitation du bleuet au prix de forêts entières ou encore empêcher l’épandage de glyphosate devient « extrême » et « communiste ». C’est une façon de dissimuler au rabais sa propre veulerie. On soigne sa carrière avec un tel point de vue. On devient vite député, puis ministre, pour finir maire en fin de parcours, quand  on décélère. Mais cela avilit la politique. 

On comprend alors à sa face même, quand on place l’affiche rutilante du candidat photoshopé dans le contexte de l’érosion sociale et de la tragédie écologique nous concernant vraiment, puis dans la perspective de la géopolitique mondiale et de ces urgents enjeux, qu’elle est un triste effet publicitaire se perdant dans le tout comme un pixel isolé.   

Réédition en format poche des trois essais «classiques» d’Alain Deneault 
dans la collection Pollux chez Lux Éditeur

Une économie qui ne sait plus ce qu’elle compte. Entretien avec Alain Deneault

Cette entrevue avec Alain Deneault par François-Xavier Lavallée a été réalisée dans le cadre d’un projet de court-métrage sur l’industrie minière canadienne par les étudiant.e.s du Cégep de Sainte-Foy au printemps 2024. Puisque le projet a été avorté, cette capsule présente des extraits dont les thèmes sont identifiés dans les chapitres. Durée : 1 h 49 min 10 sec.

« […] L’essayiste vient de publier son nouvel ouvrage, Faire que !, dont la discussion traite partiellement. Nous le remercions chaleureusement. » – Source: Page YouTube de Bérénicius Potkinovitch

Les essais d’Alain Deneault 
(dont plusieurs sont mentionnés dans l'entretien)

Au-delà des arbres du roman, une forêt de genres littéraires

Photo © Valérian Mazataud – Archives Le Devoir

Le Devoir

Par Olivier Kemeid
9 octobre 2024

« Le récent palmarès littéraire de La Presse (« Nos 25 nouveaux classiques », 5 octobre 2024) survolant le dernier quart de siècle a fait jaser dans les chaumières des écrivaines et des écrivains du Québec — et certainement plus que dans les salons du reste de la population.

[…] Ce palmarès, dont la légitimité reposait sur les épaules d’un large panel — 37 « experts », nous dit-on —, ne fait pas exception. De l’avis de plusieurs plumes qui y ont contribué, et on le sent bien à sa lecture, il a été fortement influencé par les prix littéraires, la couverture médiatique et les ventes. Ce ne sont certes pas des critères à rejeter d’emblée, même s’ils ne devraient pas constituer essentiellement la sève d’un canon littéraire. C’est donc un palmarès qui rappelle avant tout ce qui a vraiment « marché » au cours des 25 dernières années chez nous. Sauf exception, il continue de passer sous silence les oeuvres qui, pour toutes sortes de raisons, ont échappé aux mailles du filet médiatique : tel est le jeu des tableaux d’honneur, quel que soit le domaine couvert.

[…] Finalement, au petit jeu des palmarès dont sont friands les journaux, il me semble qu’il aurait été plus juste, si l’on tenait absolument à édifier un canon des nouveaux classiques, de dresser la liste des 20 romans qui ont marqué le Québec dans les 25 dernières années. Et non pas des 20 livres.

[…] J’aurais aimé dans ce cas qu’on souligne la littérature jeunesse, où on aurait sans peine retrouvé Élise Gravel, Marianne Dubuc, Dominique Demers, Suzanne Lebeau ; l’essai, où il y aurait eu, outre les remarquables Martine Delvaux et Marie-Hélène Voyer, Serge Bouchard et Alain Deneault (je ne crois pas qu’on puisse parler de l’essai au Québec des 25 dernières années sans nommer ces deux derniers) […] Et rappeler au passage qu’il y a sur nos terres des écrivaines et des écrivains de littérature qui ont écrit non pas (que) des romans, mais, eux et elles aussi, « des livres qui ont changé le Québec ».

Les essais d’Alain Deneault (et les essais traduits)

Jusqu’à complète destruction ? Lorsque les pauvretés font le terreau des fascismes

Photo : RI – Réseau International

RI – Réseau International

Par Gilbert Guingant
19 juillet 2024

[…] 3) Les plus extrémistes c’est «l’extrême centre»

Pire que l’extrême droite et l’extrême gauche ? Vous avez l’extrême centre. Et surtout pas de «bloc central», cette si honteuse dissimulation ! Puisque ce que les macronistes nous font subir depuis plus 7 ans, eh bien vous avez l’extrême centre.

Extrême centre qui a toujours veillé à ne respecter aucune des lois de la RéPublique. Ainsi que de piétiner toutes les valeurs républicaines de Libertés, – égalités et fraternités.

Et pas de liberté pour les autres, que pour un tout seul unique. Et trop d’Inégalités grandissantes pour presque tout le monde – d’où non égalité pour tous, égalité exprimée dans le règne des «services publics», des services aux publics. Sans buts lucratifs, ce qui veut dire de… rendre service. D’où aucune fraternité, ni solidarité, encore moins de communauté nationale unie. Ceci est l’extrême centre, selon Alain Deneault, des plus extrémistes du pays.

Non, l’écologie d’Emmanuel Macron n’a rien de scientifique

Reporterre

Par Vincent Lucchese
17 juin 2024

«[…] Lors de sa conférence de presse donnée mercredi 12 juin, premier acte de sa campagne pour les élections législatives, Emmanuel Macron n’a cessé de ramener dos à dos « les deux extrêmes ». En cherchant à ostraciser de la même manière l’extrême droite et l’alliance de gauche, qualifiée « d’extrême gauche », il s’arroge de fait le monopole de la modération et, plus inquiétant, de la légitimité républicaine. Une posture que le philosophe Alain Deneault dénonce comme un totalitarisme « d’extrême centre », qui refuse l’axe droite-gauche et prétend s’y substituer, comme seul pouvoir légitime, sage et rationnel. […]»

Stéphane Martineau suggère la lecture de plusieurs essais d’Alain Deneault sur son blogue «Propos sur le monde»

Philosophe en méditation, œuvre de Rembrandt, 1632
Stéphane Martineau, professeur titulaire au département des sciences de l'éducation de l'Université du Québec à Trois-Rivières, suggère la lecture de plusieurs essais d'Alain Deneault sur son blogue Propos sur le monde - 4 juin 2024

« Intellectuel prolifique, penseur aux idées profondes et percutantes, il faut le lire…notamment :

Deneault, A. (2022). Moeurs. De la gauche cannibale à la droite vandaleMontréal : Lux. Collection «Lettres libres».

Deneault, A. (2018). Faire l’économie de la haine. Essai sur la censure. Montréal : Écosociété.

Deneault, A. (2016). Politiques de l’extrême centre. Prologue graphique de Clément de Gaulejac. Montréal : Lux. Collection «Lettres libres».

Deneault, A. (2015). La médiocratie. Montréal : Lux. Collection «Lettres libres».

Deneault, A. (2013). Gouvernance. Le management totalitaire. Montréal : Lux. Collection «Lettres libres».

Deneault, A. (2010). Offshore. Paradis fiscaux et souveraineté criminelle. Montréal : Écosociété. »

Source: Stéphane Martineau, Propos sur le monde