« Nous vivons une époque impensable ». Hervé Kempf s’entretient avec Alain Deneault sur la chaine YouTube de Reporterre, le média de l’écologie autour de son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï publié chez Lux Éditeur – Durée : 51 min 58 sec – 11 janvier 2025
« Comment s’engager politiquement dans cette ère de destruction inouïe ? Le philosophe québécois Alain Deneault évoque l’écoangoisse qui nous saisit, et comment réorienter cette énergie vers l’action. Une piste ? Les biorégions. » – Reporterre


Alain Deneault: « Nous vivons une époque impensable »
Reporterre (Entretien — Culture)
Par Hervé Kempf
11 janvier 2025
« Alors que faire ? Vous, vous retournez l’expression et vous dites « faire que ». En quoi cela va-t-il nous aider à faire face à l’inouï ?
[…] Au fond, ce qu’on a compris, c’est que cette question-là, qui a été roborative et stimulante, a aussi été un frein. Pour deux raisons. Il est absurde de se demander que faire pendant qu’on fait, parce que ça nous inhibe dans le mouvement alors qu’on s’y trouve. D’autre part, il y a un problème dans la formule, c’est le statut du « que » qui est un pronom interrogatif qui appelle un complément d’objet direct, un objet, mais qui est donné directement, comme une consigne.
Alors que faire ? Cela ! L’inversion de la formule « que faire » pour « faire que » a pour vertu de modifier le statut du « que », qui devient une conjonction de subordination.
On n’est plus dans la prescription, mais dans l’invitation : faire qu’un monde nouveau advienne ?
On est dans le mouvement quand on « fait que ». Il n’y a pas d’interrogation. On est engagé dans quelque chose.
Ce que je suis en train de faire contribue à ce vers quoi nous voulons aller.
C’est ça. Le subjonctif est le mode des aspirations, des projections, de l’espérance. Parce qu’on ne sait pas exactement ce qui est à espérer. On le découvre en même temps qu’on y tend. […] »
Alain Deneault : « Être écoanxieux est un signe de santé mentale »
Vous-même, avez-vous été angoissé ?
Oui, très fortement, au point de quitter les villes. Il faut souligner qu’être écoanxieux ou écoangoissé est un signe de santé mentale. Il est important de passer à travers. Comment ? En se donnant un objet qui nous stimule. Sortir de l’angoisse, c’est mobiliser cette énergie qui évolue à vide et qui nous perturbe au profit d’un objet qui en vaut la peine. […]



