La (très) grande évasion avec Alain Deneault au Cinéma Beaubien

« Retour sur la projection d’hier soir au Cinéma Beaubien, que l’on remercie chaleureusement ! On a eu droit à un public captivé dans une salle comble et un Alain Deneault en pleine forme. Merci à nos collègues Stéphanie Bourbeau à l’animation, André Vanasse pour son soutien et à Alain Deneault ! » – Cinéma sous les étoiles (Funambules Médias)

Extrait de la discussion avec Alain Deneault animée par Stéphanie Bourbeau au Cinéma Beaubien – 26 septembre 2024
Article dont fait mention Alain Deneault dans l’extrait de la discussion (voir plus haut).

Essais sur les paradis fiscaux d’Alain Deneault

La (très) grande évasion – Déjà complet à Montréal – Réservez vos billets !

« Merci à vous pour votre enthousiasme pour cette tournée ! Les deux projections à Montréal affichent complet. Réservez vos billets pour les autres villes, ça se remplit assez rapidement. » – Cinéma sous les étoiles, page Facebook

*Il est à noter qu’il reste des places – sans la présence d’Alain Deneault – à la Cinémathèque québécoise du 28 septembre au 3 octobre 2024 !

Une présentation de Funambules médias et ses partenaires: AREQCaisse d’économie solidaire Desjardins, le syndicat des MétallosÉchec aux paradis fiscauxConseil central des syndicats nationaux de l’Outaouais-CSNAttac-QuébecÉditions Écosociété.


Tournée du film La (très) grande évasion
* En présence d'Alain Deneault *

24 septembre à 19h — Musée de la civilisationQuébec
26 septembre à 19h — Cinéma BeaubienMontréal *COMPLET
27 septembreCinémathèque québécoiseMontréal *COMPLET
28 septembreCinéma 9 Gatineau
30 septembre à 18h30 — Maison du cinémaSherbrooke
10 octobre à 19 h — Cinéma du Centre Caraquet Caraquet
30 novembre à 19 h — La factrie, café culturelSalaberry-de-Valleyfield

Du 28 septembre au 3 octobre (sans la présence d'Alain Deneault) — Cinémathèque québécoise, Montréal

« Hier débutait la tournée d’Alain Deneault sur l’évasion fiscale à Carleton-sur-Mer. « Il y avait un public de qualité, à l’écoute et intéressé », selon les organisateurs. Nous les remercions d’ailleurs : Pascal Alain à l’animation, Jean-François Côté l’instigateur de la projection et l’homme derrière la caméra et enfin, Michel Cadieux à la technique. » – Cinéma sous les étoiles, page Facebook

Essais sur les paradis fiscaux d’Alain Deneault

Il est possible de comprendre l’évasion fiscale, et même dans le plaisir

Le Devoir

Par Éric Desrosiers
21 septembre 2024

[…] Après un documentaire sur la collusion entre les médias et le pouvoir politique (Les nouveaux chiens de garde), le réalisateur (Yannick Kergoat), scénariste et monteur avait envie de faire un film sur les travers de la finance. Avec ses amis, le producteur Bertrand Faivre et le journaliste Denis Robert, il a choisi de s’attaquer à la question de l’évasion fiscale.

[…] Le fruit de quatre ans de travail, La (très) grande évasion a finalement pris l’affiche en France à la fin de 2022. Un peu à la manière d’autres films produits ces dernières années sur des sujets économiques et financiers, le documentaire d’un peu moins de deux heures marie le travail de vulgarisation, les prises de position et, étonnamment, l’humour et le divertissement.

Les Québécois pourront en juger par eux-mêmes. Le film sera de passage prochainement dans un peu plus d’une demi-douzaine de villes, dont Carleton-sur-Mer (22 septembre), Rimouski (23 septembre), Québec (24 septembre), Montréal au Cinéma Beaubien ( 26 septembre) et Cinémathèque (du 26 septembre au 3 octobre), Gatineau (28 septembre), Sherbrooke (30 septembre), Caraquet (10 octobre) et Salaberry-de-Valleyfield (27 novembre). Fidèles à une tradition chère au coeur de son réalisateur, les projections seront suivies d’une discussion, cette fois-ci avec l’essayiste et philosophe québécois Alain Deneault.


** […] Après bien des tractations et des atermoiements, plus d’une centaine de pays y ont convenu, entre autres, d’un nouveau mécanisme d’échanges automatiques d’information sur leurs ressortissants qui ouvrent des comptes bancaires à l’étranger. Plus de 145 pays et juridictions sont également à mettre en place de nouvelles règles forçant les plus grandes entreprises à rapporter où se trouvent réellement leurs activités, leurs employés et leurs ventes, afin de s’assurer qu’elles payent au moins un impôt minimum de 15 % sur leurs profits.

Le documentaire n’accorde pas beaucoup de crédit à cette démarche ni de temps à l’expliquer et à la vulgariser. Tout cela n’est qu’une « machine à nous faire perdre du temps » inventée par des « pompiers pyromanes » qui n’ont aucune véritable intention de changer l’ordre des choses, y assène Alain Deneault.

Ce n’est toutefois pas l’avis de tout le monde. À commencer par Gabriel Zucman, lui-même qui qualifiait déjà, en 2021, les nouvelles règles visant les multinationales « d’historiques, d’insuffisantes et de prometteuses ». Il disait alors que le taux d’imposition minimum de 15 % était « beaucoup trop bas, [mais] que rien n’empêchera la suite de passer rapidement à 25 % ». **

** [ Il est à noter – contrairement à ce qui est mentionné dans les trois derniers paragraphes de cet article – qu’Alain Deneault n’a pas dénoncé mais plutôt salué l’initiative internationale d’une taxe de 15% sur les bénéfices des multinationales, et ce, dans les pages du Monde diplomatique de juillet 2021, soit un an après l’entretien qu’il a accordé à monsieur Kergoat. ] **

Et les multinationales paieront (un peu) par Alain Deneault
Le Monde diplomatique – Juillet 2021

Essais sur les paradis fiscaux d’Alain Deneault

Lugubre

Photo © Archives – Acadie Nouvelle

Acadie Nouvelle

Par Alain Deneault
15 mai 2024

Lugubre

Comme pour Brian Mulroney il y a peu (Acadie Nouvelle, 4 mars 2024), on ne va pas feindre de trouver soudainement des vertus à des gens qu’on a décriés toute leur vie, sous prétexte qu’ils viennent de trépasser.

Arthur Irving, ex-PDG d’Irving Oil décédé lundi, représentait la deuxième génération d’une famille qui règne sans partage sur la région atlantique (les quatre provinces maritimes, l’est du Québec, le Maine…) et y neutralise considérablement la vie politique. Le mythe qui sert le plus cette famille, ici, consiste à dire qu’elle a enrichi le Nouveau-Brunswick, alors que c’est le Nouveau-Brunswick qui l’a rendue riche. Le résultat : les citoyens de cette législation comptent sur des services sociaux chiches, paient l’essence plus cher qu’ailleurs au Canada (alors que la principale raffinerie du pays s’y trouve) et affichent des indicateurs préoccupants en matière d’éducation et de santé publique.

Que la trésorerie des Irving se soit trouvée inscrite largement aux Bermudes dès les années 1970 suffit à susciter de bien légitimes spéculations sur l’important manque à gagner fiscal que nous accusons collectivement en raison de ce tour de passe-passe. Que le clan plaide la légalité à chaque fois qu’il en est question montre à quel point le procédé transgresse l’esprit de la loi, s’il était conforme à sa lettre.

Des journalistes de la presse financière canadienne, qui en avaient pourtant vu d’autres, ont été estomaqués, à partir des années 1980, de constater à quel point le Nouveau-Brunswick croupissait dans un état de subordination face à ces maîtres. Une « company town » écrivait la Torontoise Diane Francis, pour décrire non sans stupéfaction le contexte de la région.

Moi-même, lorsque je suis arrivé ici, avant de fondre à mon tour dans les plis nous amenant à nous habituer à cet état de fait, je me suis empressé de témoigner de ce régime de domination privé auprès du mensuel français Le Monde diplomatique. J’ai perçu dans les retours de la rédaction combien insolite et singulière se trouvait la situation du Nouveau-Brunswick, rebaptisée l’Irvingnie pour l’occasion (ou les Appalaches irvingniennes, sur le mode de l’Arabie saoudite, elle aussi identifiée à une famille).

Mon article a été accepté en moins de deux, et publié en avril 2019 sous le titre « La famille Irving, un féodalisme canadien » (puis traduit en plusieurs langues). C’est que le conglomérat Irving représente, dans le contexte de la mondialisation industrielle et capitaliste, un étonnant contre-modèle : loin de se spécialiser dans une filière afin de la dominer de manière transversale, comme une vendeuse de boissons gazeuses qui impose sa marque partout sur la planète ou comme une société en divertissement qui l’arrose de tous ses films, les Irving ont choisi de tout faire, mais sur un territoire restreint.

En agissant loin des capitales et métropoles (Ottawa, Toronto, Montréal, New York…), dans l’indifférence générale, ils sont parvenus à le quadriller du point de vue de l’activité industrielle, commerciale, financière, politique et fiscale, de façon à y développer une quasi-autarcie. Rares sont les entités qui ont aussi peu de fournisseurs que le conglomérat en question.

Potentiellement, sa flotte de camions roule grâce au carburant du groupe, lequel est traité à la raffinerie que la famille détient, à partir d’un brut exploité là où elle détient des parts majoritaires, ou l’équivalent. Et ainsi en va-t-il de ses produits d’emballage, du papier tiré de son bois (merci l’État pour les « terres de la Couronne »), aussi potentiellement vendu dans ses quincailleries, et utilisé dans les infrastructures de ses fermes…

Longtemps l’opinion s’est-elle laissé bercer de son idéologie en lisant ses journaux, les seuls disponibles en anglais, voire en suivant ses médias électroniques. Tel est le portrait synoptique de son histoire. Son discours s’est implanté.

C’est être lourdement colonisé, disons-le sans détour, de penser que sans elle, nous ne serions rien ici. Qu’on serait incapables de créer des coopératives suffisantes et engagées dans un aménagement respectueux du territoire, sur un territoire où l’énergie serait administrée en fonction du bien commun davantage que de sociétés à numéros camouflées dans un impénétrable paradis fiscal.

Aucun premier ministre depuis Louis J. Robichaud n’a commenté cette domination sourde. Surtout pas l’actuel qui provient directement de son écurie. Au fil des années, quelques documentaires seulement nous montrent la famille impressionner les parlementaires.

Sinon, les traces se font rares. Le silence s’impose. Et le visage austère de la sainte famille en vient à symboliser l’austérité de nos politiques budgétaire. C’est sec. D’un point de vue psychique, cet ascendant finit par miner la collectivité.  Les Irving, ce n’est pas tout à fait les Bourbon. On est loin des fastes de Louis xiv, mettons. Il devient humiliant de se laisser vaincre par une famille aussi grisâtre.

Maintenant, l’épuisement progressif des richesses pétrolières et les ramifications de la famille Irving sont annonciateurs d’une intégration du conglomérat à une forme plus traditionnelle de capitalisme. Le patriarche K. C. Irving, s’il voulut créer une dynastie, a commis l’erreur de diffuser ses avoirs auprès de ses trois fils (la fille étant mise à part…).

À leur tour, ils ont vu en leurs enfants (masculins) des prétendants aux butins. Bientôt, il n’y en aura plus suffisamment pour tout le clan, d’où que le journaliste Jacques Poitras ait intitulé son livre Irving vs Irving (Penguin, 2015) pour en rendre compte. Si le paternel avait voulu assurer une filiation organisationnelle, il l’eût organisée sur un mode patrilinéaire non-égalitaire, en confiant tout à l’aîné, comme en monarchie politique. Le plus vieux de chaque génération aurait repris le témoin.

Puisque tel ne fut pas le cas, on peut désormais anticiper une vente ou une capitalisation boursière progressive des actifs familiaux, afin que le clan dispose de fonds liquides, capables de suivre les occasions d’affaires dans les dédales de la bourse, en nanosecondes et par algorithmes interposés de préférence. Ainsi va l’éthique protestante du capitalisme, qui évolue frénétiquement mais dont nous observons ici tous les jours l’exemple lugubre.

La famille Irving, un féodalisme canadien, un article d’Alain Deneault dans Le Monde diplomatique
Les cachettes de l’empire Irving, un reportage d’Enquête à Radio-Canada – 2022
« Depuis 50 ans elle pratique l’évitement fiscal aux Bermudes, à l’abri du fisc. » – Alain Deneault – Extrait du reportage d’Enquête Les cachettes de l’empire Irving

Des images d’Alain Deneault sur des immeubles : un projet en cours par le collectif Le Sémaphore

« Quelques immeubles du centre-ville (Montréal) ont reçu dans les derniers jours la visite inattendue d’Alain Deneault, dans le cadre d’un tournage auquel le collectif (Le Sémaphore) participait. Le projet est toujours en cours de production et on se garde donc une petite réserve, mais on peut dire qu’il s’intéressera aux paradis fiscaux et à la spéculation immobilière, et qu’il comprendra une mise en abyme pour le moins inusitée de notre propre pratique de projection guérilla. » – Source: Page Facebook Le Sémaphore

Photos © Le Sémaphore