Nécessité ou fausse bonne idée ?

Photo © Graham Hugues-La Presse Canadienne/Archives

La Presse

Par Vincent Larin
12 mai 2026

L’idée mise de l’avant par Québec solidaire (QS) d’instaurer une taxe de 1 % par année sur le capital des individus excédant 25 millions de dollars, puis 2 % au-delà de 100 millions, a provoqué de vives réactions, notamment de l’entrepreneur François Lambert. Cette taxe dite sur le patrimoine, est-ce une bonne idée ? Pour vous aider à vous faire une tête, comparons des arguments des camps qui sont contre et pour l’idée. […]

POUR : Une « nécessité » pour réduire les inégalités

Loin d’être une fausse bonne idée, la mesure proposée par Québec solidaire relève plutôt de la « nécessité », aux yeux de l’auteur et professeur de philosophie à l’Université de Moncton Alain Deneault.

Il rappelle d’abord que les plus riches se sont enrichis à un rythme inégalé ces dernières années. La fortune des dix hommes les plus riches du monde a doublé pendant la pandémie, alors que les revenus de 99 % de la population mondiale ont été moins importants à cause de la COVID-19, révélait Oxfam en 2022.

Or, ces individus ne paient toujours pas leur juste part, estime-t-il, tandis que, selon des révélations de l’organisme ProPublica aux États-Unis, les plus fortunés n’y paient que très peu d’impôt.

À ce sujet, Alain Deneault rappelle une célèbre anecdote du milliardaire américain Warren Buffett qui plaidait pour un impôt minimal sur les plus grandes fortunes américaines en insistant sur le fait que sa secrétaire était plus imposée que lui, toutes proportions gardées.

Photo © Alain Roberge – La Presse/Archives

Un exemple parmi d’autres des échappatoires à la disposition des plus riches et dont certaines pourraient aussi bénéficier à de grandes fortunes québécoises, selon lui.

Pourtant, les plus riches bénéficient des services publics tels les routes, les aéroports et les universités, qui forment des bassins de main-d’œuvre où ils puisent abondamment pour faire rouler leurs entreprises.

Le philosophe balaie du revers de la main les arguments voulant qu’une augmentation du fardeau fiscal des plus nantis entraîne leur fuite vers d’autres cieux.

La proposition de Québec solidaire relève davantage d’un « énoncé politique », dit-il, et ne peut tout prévoir par définition. Une fois au pouvoir, un éventuel ministre des Finances de Québec solidaire, assisté de fiscalistes et de juristes employés par l’État, serait à même de trouver des solutions pour pallier la fuite des capitaux, selon lui.

Qui plus est, l’ajout d’une taxe de 1 % sur le capital au-delà de 25 millions « ne peut pas être le seul critère qui fait qu’un millionnaire quittera l’État à qui il doit tout », croit-il. « Allez tous aux Bahamas, rendu là », lance l’auteur de nombreux ouvrages très critiques du système capitaliste.

Quant au message qu’enverrait un gouvernement de Québec solidaire en taxant davantage les plus nantis, Alain Deneault souligne que « ce n’est pas parce qu’on s’enrichit qu’on a travaillé fort ».

Certes, les PDG de certaines entreprises peuvent travailler des semaines de fou, mais aucun humain ne dispose d’assez d’heures dans sa semaine pour s’enrichir au niveau des fortunes visées par Québec solidaire, dit-il.

« Si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu » : le sous-trumpisme canadien à Davos

Élucid
Par Alain Deneault
29 janvier 2026

« Si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu » : le sous-trumpisme canadien à Davos

C’est un discours mémorable comme peu de Premiers ministres canadiens en ont prononcé dans l’Histoire. Lors du traditionnel Sommet de Davos, réunissant chaque hiver en Suisse la caste mondiale des puissants, Mark Carney a élevé sur le plan de la conscience publique ce que tous observaient sans oser l’admettre : l’ordre mondial établi depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale n’est plus.

Soudain devenu philosophe, ce banquier de carrière a présenté le droit international et les conventions politiques comme une « fiction » plus que jamais dépourvue de substance, au point où s’en réclamer reviendrait désormais à errer. Il emprunte ses illustrations à l’époque soviétique et au résistant tchécoslovaque Václav Havel – l’image du boutiquier qui affiche par réflexe de vains slogans ouvriéristes, jusqu’au jour où il cesse de le faire. L’ONU, les autres instances internationales, voire l’OTAN… du vent.

La geste a suffi, en ces temps d’intimidation du président des États-Unis, Donald Trump, pour acquérir une allure subversive et faire le tour du monde en cela. Soudainement leader des moyennes puissances, le Canadien apparaît comme le sujet politique capable de brasser les cartes, en invitant les pays comme le sien à se détourner partiellement des grandes puissances commerciales pour s’unir comme partenaires afin de ne plus dépendre d’elles.

Son image a fait mouche : « Si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu ». Il a pu trouver à Davos des commensaux à qui offrir ce qu’il a de mieux : du pétrole sale, des minerais de sites à faible teneur, un taux d’imposition sur les sociétés de plus en plus semblable à ceux des paradis fiscaux et une réglementation environnementale devenue formellement édentée.

Peu de gens ont accès à ces établissements et tout indique que le plus grand nombre, pourtant prompt à applaudir le discours, se révèle le dindon de la farce. Car à lire le discours par-delà ses effets de manche, on constate qu’il appartient à une idéologie qui singe celle du très puissant davantage qu’elle ne lui résiste. Au Canada, « nous avons réduit les impôts sur le revenu, sur les gains en capital et sur les investissements des entreprises, nous avons supprimé tous les obstacles fédéraux au commerce interprovincial et nous accélérons la mise en œuvre d’investissements de mille milliards de dollars dans les domaines de l’énergie, de l’intelligence artificielle et des minéraux critiques », a-t-il claironné, en n’omettant pas de souligner le doublement des dépenses militaires (1).

Dans ce Canada ployant sous la pression exercée par le très puissant voisin, c’est du sous-Trump qu’on apprend à faire. Mais à la canadienne, c’est-à-dire en y mettant les formes et en rendant la politesse. Tout de même. Les outrecuidances discursives du président états-unien à propos d’un Canada « 51e État des États-Unis d’Amérique » et du Premier ministre devenu « gouverneur » ont été l’occasion pour Ottawa de lancer en vrac des projets industriels ainsi que des réformes législatives qui, auparavant, n’auraient pas du tout été envisageables.

Profitant de l’état de sidération de sa population face aux rodomontades du matamore américain, Mark Carney a littéralement imposé l’état d’exception en ce qui concerne les normes et contraintes environnementales que le pays avait mis des décennies à s’imposer. En septembre 2025, une loi sur les chantiers dits d’intérêt national a fait avaliser par le Parlement la levée de toute restriction écologique dès lors qu’un ministre désigné jugeait un projet d’exploitation prometteur sur le plan de l’innovation et de la croissance financière. On ne parle pas de mesures secondaires. Sont notamment suspendues les lois sur les pêches, les ouvrages destinés à l’amélioration des cours d’eau internationaux, les eaux navigables canadiennes, les forces hydrauliques, la convention concernant les oiseaux migrateurs, les transports, la gestion maritime, la protection de l’environnement, les espèces en péril, la Régie canadienne de l’énergie et l’évaluation d’impact (2). Toute entreprise ou tout organe public étatique jugé capable de se consacrer à ces activités peut depuis lors échapper à toute forme d’encadrement. Les prérogatives provinciales se sont aussi dissipées.

Ces chantiers industriels et financiers qualifiés en bloc d’« intérêt national » concernent l’extraction gazière et minière, la production d’énergie nucléaire et la construction portuaire, et sont tous potentiellement écocides. L’État s’est empressé, en les présentant tambour battant, de les flanquer d’épithètes telles que « propre » ou « durable » pour s’estimer blanchi (ou verdi).

Non content d’une telle permissivité, voyant que peu de citoyens résistaient à ce régime d’exception, l’État fédéral a ensuite étendu ces largesses à tous les secteurs d’activité, quels qu’ils soient. Faisant voter une loi dite « omnibus » – une soupe de considérations législatives éparses dont les sujets sont étrangers les uns aux autres (3) –, l’exécutif a fait avaliser par le Parlement comme telle la levée de toute restriction écologique. Toute entreprise ou toute instance étatique peut alors échapper à toute forme d’encadrement. Les lois en matière de défense de la faune et de la flore, de l’intégrité du territoire et de la protection de l’air, déjà faibles ou édentées, sont désormais cosmétiques. Elles pourraient tout simplement ne plus exister. Le quotidien Le Devoir résume la situation froidement (4) :

« Le gouvernement Carney confère discrètement le pouvoir à ses ministres d’exempter temporairement n’importe qui de n’importe quelle loi fédérale, sur la base de promesses d’innovation ou de croissance économique. Les projets “d’intérêt national” ne seront plus les seuls à bénéficier d’un passe-droit légal. »

L’heure est à l’inconstitutionnalité dans les différents régimes de droits libéraux. Washington donne le ton avec un président autocrate qui conçoit la souveraineté de l’État comme le faisait le constitutionnaliste Carl Schmitt : le souverain dispose de pouvoirs exceptionnels dès lors qu’une situation historique le justifie à ses yeux.

Les représentants de moyennes puissances l’imitent plutôt que de lui résister. Le souverain leur ouvre un boulevard. L’exception que s’arrogent ces gens à table signifie s’excepter des règles convenues par l’État, en ce qui concerne l’exercice même du pouvoir. Au mépris des textes fondamentaux, des décisions de justice, des us et coutumes. Le Premier ministre du Canada l’a affirmé en toute quiétude : il n’y allait de toute façon que de « fictions », et l’heure est venue, dans ce moment suspendu de l’Histoire, de désapprouver toute attitude crédule.

Tandis que la présidence états-unienne montre le chemin foulant au pied la constitution qu’elle est censée défendre, que la France se gouverne en neutralisant son parlement, que la Russie enjambe violemment les frontières et que l’État d’Israël se livre à des actes génocidaires, les moyennes puissances comme le Canada – lui-même dirigé par un ex-banquier jadis actif dans les paradis fiscaux (5) – peuvent, elles, tranquilles, s’associer dans un monde où le droit, les normes et les règles sont présentés comme des reliques ne méritant pas la « nostalgie » et se refondant sur le mode des affaires.

Notes

(1) Discours presque intégralement repris en première page du site internet du Monde, « Mark Carney, Premier ministre du Canada : L’histoire de l’ordre international fondé sur des règles était une fiction utile », le 21 janvier 2026.

(2) « Loi édictant la Loi sur le libre-échange et la mobilité de la main-d’œuvre au Canada et la Loi visant à bâtir le Canada », votée le 26 juin 2025, chapitre 2, annexe 2, partie 1.

(3) Andre Barnes et Michel Bédard, « Projets de loi omnibus », Ottawa, Bibliothèque du Parlement, 1er novembre 2012.

(4) Brosi Proulx, « Pour l’innovation, Ottawa s’offre un passe-droit pour n’importe quelle loi », Le Devoir, 24 novembre 2025.

(5) Daniel Leblanc, « Carney a utilisé un paradis fiscal pour attirer des investisseurs chez Brookfield », Radio-Canada.ca, 26 mars 2025.

Applaudir Mark Carney et faire fi de notre aliénation collective

Photo © Fabrice Coffrini Agence France-Presse 
Le Devoir 
Section Opinion-Idées

Par Alain Deneault
27 janvier 2026

Applaudir Mark Carney et faire fi de notre aliénation collective

Ce n’est pas là une façon de résister à Trump, mais de faire du sous-Trump entre moyennes puissances.

Dans le contexte où l’empire états-unien menace d’envahir militairement le Canada, raille ses représentants, s’ingère politiquement, le met à genoux commercialement et pèse sur la moindre de ses décisions… nous avons eu droit, à Davos la semaine dernière, à un discours de grande envergure, comme peu de premiers ministres canadiens en ont prononcé dans l’histoire. Mark Carney habitait son allocution, articulait ses idées, pensait ce qu’il disait et disait ce qu’il pensait.

Comme marqueur historique, son discours permettait de mesurer à quel point les temps ont changé, d’autant plus qu’il traitait lui-même de cette question. Elle apparaissait soudainement lointaine, l’époque où la gauche dénonçait le rituel de Davos lui-même, cercle officieux des dominants planétaires issus du secteur privé comme public. Les premiers cooptaient à cette occasion les seconds pour qu’ils réalisent le dessein d’une mondialisation financiarisée.

Aujourd’hui sidérés par la mégalomanie belliqueuse du président états-unien, la régression militariste de la Russie et la violence génocidaire perpétrée par l’État d’Israël à Gaza, les progressistes semblent considérer ne plus avoir le luxe de pérorer sur le bien-fondé de l’exercice politique hivernal tenu en Suisse. On oublie même l’avoir déjà vertement critiqué.

Sur cette scène, pour percutant qu’il fût, le discours du premier ministre n’en reste pas moins éminemment critiquable. Notre leader nous invite à passer à table, pour éviter « d’être au menu », mais nous ne faisons pas tous partie de ce « nous ». Tous n’ont pas les moyens de compter parmi les commensaux.

C’est pourquoi les holà ! sous lesquels Mark Carney a été reconnu comme le héraut des moyennes puissances étatiques — ou leur héros ? — dissimulent mal un état d’aliénation collective. Nous voici encore — ce qui n’a rien de bien historique cette fois —, nous, peuples, en train d’applaudir une proposition prétendant au bien commun, alors qu’elle défend en réalité seulement des intérêts bien particuliers. C’est toujours en cela que consiste l’aliénation : abuser de collectivités en les intégrant à un schème vicié comme si celui-ci, en définitive, les servait.

En cela, le premier ministre Carney a réalisé à Davos un tour de prestidigitation. Il a fait passer pour un acte d’affranchissement national une série de projets ou de réalités qu’on décriait il y a peu. Relisons le passage qui constitue le fondement de tout son édifice rhétorique : « Nous avons [au Canada] réduit les impôts sur le revenu, les gains en capital et les investissements des entreprises, nous avons supprimé tous les obstacles fédéraux au commerce interprovincial et nous accélérons la mise en œuvre d’investissements de 1000 milliards de dollars dans les domaines de l’énergie, de l’intelligence artificielle et des minéraux critiques », en plus du doublement des dépenses militaires.

Qui bénéficiera de tels chantiers ? On ne saurait répondre : « tout le monde », à moins de croire béatement en la théorie du « ruissellement ». Ce piège intellectuel vieux de 40 ans consiste à faire croire que les classes pauvres et moyennes ne s’enrichissent que si elles laissent, au sommet, les opulents battre des records de prospérité. Tous savent qu’il ne se trouve tout au plus que des miettes sous la table : quelques emplois, peut-être, au prix d’un important dévoiement des fonds publics.

Passons une à une les mesures publiques préconisées.

Doit-on encore insister sur le tort que représente le faible revenu que l’État tire de l’impôt sur les grandes entreprises ? Ce phénomène occasionne des conséquences graves sur l’accès au logement, l’école, les soins de santé, le soutien aux arts et la garantie de programmes sociaux. En outre, la moitié des gains financiers sont toujours exempts d’impôts, ce qui n’est pas le cas du salaire des travailleurs, lesquels contribuent pourtant davantage à l’entraide sociale.

Ensuite, les investissements dans le domaine de l’énergie vont à l’encontre de tous les engagements de l’État depuis plus de dix ans en ce qui a trait aux perturbations climatiques. Sur ce point, les canicules et innombrables incendies de forêt survenus au Canada ces derniers étés ne semblent pas faire sourciller un brin l’État fédéral. Officiellement destinée à l’exportation, du moins en partie, cette énergie, notamment celle écocide provenant de l’Alberta, ne répond pas à un projet d’autonomie énergétique, contrairement à ce que laisse croire le discours aux accents sophistiques.

En ce qui concerne les minerais stratégiques, on les sait destinés à la filière militaire ou dans la bulle spéculative entourant le virage électrique. Sur ce dernier point, on sait que les nouvelles énergies dites « vertes », comme les voitures électriques, requièrent des minerais de pointe tellement polluants à extraire qu’elles annulent les bénéfices écologiques de leur usage.

La mal nommée « intelligence artificielle », très polluante elle aussi, achèvera d’automatiser mille et une tâches requises sur ces chantiers et auprès de leur administration, de telle sorte qu’ils se révéleront pauvres en création d’emploi.

On pourrait poursuivre ainsi longuement. Notamment à propos des dépenses militaires, plutôt que dans des postes de dépense socialement pertinents.

Pour réaliser un programme qui aurait provoqué une levée de boucliers il y a encore quelques mois, le premier ministre canadien a profité de l’état de sidération de sa population face aux rodomontades du matamore voisin. Mark Carney, ex-banquier amateur de paradis fiscaux, s’est aussi délesté de toute contrainte écologique, en suspendant la portée des lois fédérales visant à protéger l’environnement, pour l’État comme pour les entreprises.

Ce n’est pas là une façon de résister à Trump, mais de faire du sous-Trump entre moyennes puissances prétendant abusivement à la respectabilité.

Changement de culture: Gagner moins

Le Mouton Noir

Par Aimée Lévesque
Décembre 2025

Je veux gagner moins d’argent. J’en gagne trop comme prof de cégep1. À 100 000 $ par année (si je travaillais à temps plein), je fais partie des 10 % les plus aisés2. C’est bien assez.

« Mais tout le monde veut faire plus d’argent! »

Pas forcément; surtout si on fait partie des mieux nantis, ne devrait-on pas prendre du recul pour réfléchir à la course à l’accumulation qu’on nous a rentrée dans la tête et qu’on mène souvent à l’aveugle? L’empreinte carbone d’un individu augmentant selon le quintile de revenu de son ménage3, sa responsabilité augmente d’autant.

Dans les mots d’Alain Deneault« on n’est pas à l’ère de l’abondance, mais à l’ère de l’hypothèque4 »; ainsi le ménage canadien moyen est endetté à 177 % de son revenu disponible5. Pas étonnant : le chercheur Kôhei Saitô signale que la spirale de la domination du capital et de l’endettement s’autoalimente, par exemple à cause de notre travail, « [n]ous ne pouvons plus consacrer de temps aux tâches ménagères ou à la réparation de nos biens, ce qui rend les marchandises encore plus importantes6 ». J’ai plutôt envie, suivant Serge Latouche, de « résister à l’engrenage de l’accumulation illimitée et ne pas [me] laisser prendre dans le cycle infernal des besoins et du revenu7 ».

Je souhaite « travailler moins pour vivre mieux », du titre de l’essai de la philosophe Céline Marty8 – et faire que ma collectivité vive un peu mieux. Lorsque je travaillais trois jours semaine, loin de manquer d’argent, j’étais à l’aise : j’avais le temps de cuisiner les légumes de notre panier (qui ainsi ne se gaspillaient plus); je bénévolais; je faisais des activités (presque) gratuites avec mes proches, comme coudre, jouer au Rummy, jaser. Le troc s’installait doucement : je t’apporte des muffins, tu m’apprends à enfiler ma machine, je partage mes légumes, tu me prêtes ta corde à linge. J’ai trouvé « un compromis transitoire : travailler moins, dans des conditions moins stressantes, accomplir une activité laborieuse mais qui intègre éventuellement une part […] d’action politique9 ».

Sortir des échanges marchands est selon moi le nœud de l’affaire dans le changement de culture à mener face à la crise écologique : ainsi nous aurons « moins de biens, mais plus de liens10 ».

J’aime imaginer ce qui se passerait si, après avoir pris le temps de nous auto-organiser, on arrêtait de travailler, n’ayant plus besoin de « gagner notre vie » [sic]… Il faut sortir la tête du guidon de la productivité, enclencher un processus d’autonomisation, augmenter notre résilience individuelle comme collective.

On fait quoi?

On donne, on reçoit (l’Accorderie Rimouski-Neigette existe pour ça). On emprunte (au voisin, à l’Outillerie). On s’entre-enseigne l’autonomie (aux cafés réparations).

On calcule combien on a besoin pour vivre dignement. Si on peut réduire, on essaie.

On lit / on écoute

Tous ces livres et disques qu’on – ou la bibliothèque, ou une amie – possède déjà.

1. Une prof qui a cumulé assez d’années à temps complet pour pouvoir demander une réduction de tâche et qui a atteint son dernier échelon possible. Rien à voir avec la situation des précaires, qui doivent tout accepter (parfois du temps plus que plein) pour conserver leur rang dans la liste d’ancienneté et espérer une tâche à la session suivante.

2.  Au Québec, lorsqu’on gagnait 104 800 $ avant impôts en 2022, on faisait partie des 10 % (Statistique Canada, Les déclarants à revenu élevé, au Canada, seuils régionaux particuliers, 2024).

3. Institut de la statistique du Québec, Empreinte carbone des ménages selon le quintile de revenu avant impôt, 2019, 2025.

4. « Les médiocres ont pris le pouvoir et conduisent le monde à sa perte », balado Élucid, 23 novembre 2024.

Les médiocres ont pris le pouvoir et conduisent le monde à sa perte – Entretien avec Alain Deneault par Olivier Berruyer sur la chaîne Elucid – 23 novembre 2024

5. Statistique Canada, Indicateurs du service de la dette des ménages, comptes du bilan national, 11 septembre 2025.

6. Moins! La décroissance est une philosophie, trad. Jean-Christophe Helary, Éditions du Seuil, 2024 [2020], p. 225.

7. Travailler moins, travailler autrement, ne pas travailler du tout, Éditions Payot & Rivages, 2021, p. 101.

8. Dunod, 2021.

9. Ibid. J’ai enlevé « de méditation et », qui ne servait pas ici mon propos.

10. Slogan associé à la simplicité volontaire.

Retour sur la tournée du film La (très) grande évasion en présence d’Alain Deneault

Remerciements de Funambules Médias sur sa page Facebook :

« Un immense merci pour l’accueil incroyable que vous avez réservé à la tournée de La (très) grande évasion. Plusieurs projections à guichets fermés et des échanges passionnants avec Alain Deneault, qui a brillamment accompagné ce film à travers le Québec.

Un grand merci à nos partenaires de diffusion : Studio du Quai des arts, Coopérative PARALOEIL, le Musée de la civilisation, Cinéma Beaubien, La Cinémathèque québécoise, Cinéma 9 Gatineau, La Maison du cinéma, le Cinéma du Centre de Caraquet, La Factrie, Café culturel .

Merci également à nos partenaires : Caisse d’économie solidaire Desjardins, Syndicat des Métallos, AREQ, Échec aux paradis fiscaux, Conseil central des syndicats nationaux de l’Outaouais « CCSNO », Éditions Écosociété, ATTAC-Québec.

Dernière projection : mercredi 27 novembre à 19 h La Factrie, Café culturel, Salaberry-de-Valleyfield. Contribution volontaire. » – Cinéma sous les étoiles, Funambules Médias

Quelques extraits des discussions après la projection du film en présence d’Alain Deneault :

Extrait de la discussion avec Alain Deneault animée par Stéphanie Bourbeau au Cinéma Beaubien – 26 septembre 2024
Extrait de la discussion avec Alain Deneault animée par Stéphanie Bourbeau à la Cinémathèque québécoise – 30 septembre 2024 – Durée : 1 min 45 sec – 1/11
Extrait de la discussion avec Alain Deneault animée par Stéphanie Bourbeau à la Cinémathèque québécoise – 30 septembre 2024 – Durée : 2 min 22 sec – 3/11
Extrait de la discussion avec Alain Deneault animée par Stéphanie Bourbeau à la Cinémathèque québécoise – 30 septembre 2024 – Durée : 1 min 21 sec – 9/11

Tournée québécoise du documentaire La (très) grande évasion : un documentaire à (très) grand impact

Le Journal des Alternatives

Par Massi Belaid
3 octobre 2024
L’évasion fiscale : le produit d’une oligarchie économique internationale – Alain Deneault

« […] Pour Alain Deneault, qui échangeait lors des projections dans les différentes villes du Québec, ces phénomènes sont l’émanation d’une oligarchie économique internationale que l’on tolère.

[…] Le film vise à exposer l’ampleur du problème de l’évasion fiscale en présentant, de manière amusante et divertissante, les diverses magouilles et stratagèmes qui la rendent possible. Dans une ambiance légère et presque moqueuse des différentes parties impliquées, Yannick Kergoat explique et vulgarise des concepts qui peuvent sembler complexes, tout en soulignant l’importante croissance de ces pratiques. L’évasion fiscale y est décrite comme l’un des grands maux de notre système économique actuel.

[…] Il n’existe pas d’évasion fiscale légale ou illégale. Le film aborde cette question de manière directe, avec des exemples accablants comme celui-ci. La frontière entre le légal et l’illégal n’est qu’un flou soigneusement entretenu par le secret des dirigeants. Il ne s’agit pas de savoir si c’est légal ou non, mais plutôt de se demander si cela est légitime.

[…] En soit, le documentaire remet finalement en question la légitimité du système gouvernemental et pose une perspective critique. Il conclut que l’évasion fiscale n’est qu’une partie d’un réseau plus vaste de répartition inégale des richesses, un symptôme de l’appauvrissement croissant de la majorité au profit d’une minorité avide de richesse. Le documentaire amène à une prise de conscience nécessaire: pour parvenir à la justice fiscale, il ne s’agit pas simplement de contrôler un phénomène qui nous échappe, mais bien de changer tout un système qui le favorise.

Il est important de le voir. D’autres représentations sont également prévues en début octobre à la Cinémathèque québécoise (jusqu’au 9 octobre 2024) […] »

Une présentation de Funambules médias et ses partenaires: AREQCaisse d’économie solidaire Desjardins, le syndicat des MétallosÉchec aux paradis fiscauxConseil central des syndicats nationaux de l’Outaouais-CSNAttac-QuébecÉditions Écosociété.

Essais sur les paradis fiscaux d’Alain Deneault

La (très) grande évasion un documentaire de Yannick Kergoat – Unique FM 94,5

L’animateur Jean-Paul Moreau de l’émission Culture géniale sur les ondes de Unique FM 94,5 s’est entretenu avec Alain Deneault sur les avenants et les aboutissements de l’évasion fiscale et des paradis fiscaux en lien avec la tournée du film La (très) grande évasion de Yannick Kergoat présenté par Funambules médias et ses partenaires – Durée : 18 min 53 sec – 6 octobre 2024

Essais sur les paradis fiscaux d’Alain Deneault

Voici le film Paradis Fiscaux, je ne savais pas que je savais d’Alexandre Gingras avec la narration d’Alain Deneault, qui est aussi l’idéateur du projet, mentionné dans l’entretien :

Un film d’Alexandre Gingras – Narration et idéateur : Alain Deneault

Paradis Fiscaux, je ne savais pas que je savais, un remix vidéo politique sur les références aux paradis fiscaux dans les arts.

Durée: 27 min 48 sec

Extraits de la discussion avec Alain Deneault sur le film La (très) grande évasion présenté à la Cinémathèque québécoise

Extraits de la discussion avec Alain Deneault animée par Stéphanie Bourbeau sur l’évasion fiscale suite à la projection du film La (très) grande évasion de Yannick Kergoat à la Cinémathèque québécoise le 30 septembre 2024.

Extrait de la discussion avec Alain Deneault animée par Stéphanie Bourbeau à la Cinémathèque québécoise – 30 septembre 2024 – Durée : 1 min 45 sec – 1/11
Extrait de la discussion avec Alain Deneault animée par Stéphanie Bourbeau à la Cinémathèque québécoise – 30 septembre 2024 – Durée : 1 min 08 sec – 2/11
Extrait de la discussion avec Alain Deneault animée par Stéphanie Bourbeau à la Cinémathèque québécoise – 30 septembre 2024 – Durée : 2 min 22 sec – 3/11
Extrait de la discussion avec Alain Deneault animée par Stéphanie Bourbeau à la Cinémathèque québécoise – 30 septembre 2024 – Durée : 2 min 19 sec – 4/11
Extrait de la discussion avec Alain Deneault animée par Stéphanie Bourbeau à la Cinémathèque québécoise – 30 septembre 2024 – Durée : 5 min 44 sec – 5/11
Extrait de la discussion avec Alain Deneault animée par Stéphanie Bourbeau à la Cinémathèque québécoise – 30 septembre 2024 – Durée : 4 min 49 sec – 6/11
Extrait de la discussion avec Alain Deneault animée par Stéphanie Bourbeau à la Cinémathèque québécoise – 30 septembre 2024 – Durée : 2 min 37 sec – 7/11
Extrait de la discussion avec Alain Deneault animée par Stéphanie Bourbeau à la Cinémathèque québécoise – 30 septembre 2024 – Durée : 2 min 58 sec – 8/11
Extrait de la discussion avec Alain Deneault animée par Stéphanie Bourbeau à la Cinémathèque québécoise – 30 septembre 2024 – Durée : 1 min 21 sec – 9/11
Extrait de la discussion avec Alain Deneault animée par Stéphanie Bourbeau à la Cinémathèque québécoise – 30 septembre 2024 – Durée : 1 min 20 sec – 10/11
Extrait de la discussion avec Alain Deneault animée par Stéphanie Bourbeau à la Cinémathèque québécoise – 30 septembre 2024 – Durée : 3 min 03 sec – 11/11

La tournée est une réalisation de Funambules Médias en collaboration avec les partenaires : AREQCaisse d’économie solidaire Desjardins, le syndicat des MétallosÉchec aux paradis fiscauxConseil central des syndicats nationaux de l’Outaouais-CSNAttac-Québec, Éditions Écosociété.

« La Cinémathèque québécoise a reconduit le film pour une semaine supplémentaire jusqu’au 9 octobre. » – Cinéma sous les étoiles – Funambules Médias

Essais sur les paradis fiscaux d’Alain Deneault

Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï d’Alain Deneault publié chez Lux Éditeur est en librairie depuis le 3 octobre en Amérique du Nord et à paraître en Europe le 25 octobre 2024 !

Manifestation pour le climat et projection de « La (très) grande évasion » avec Alain Deneault à Sherbrooke

Photo © Site web de CJAN 99.3

« Justice climatique Estrie invite la population à participer aux activités entourant la manifestation pour la justice climatique du 27 septembre à Sherbrooke.

[…] Le lundi 30 septembre, à compter de 18 h 30 sont prévues la soirée documentaire La (très) grande évasion et une discussion avec le philosophe Alain Deneault à la Maison du cinéma de Sherbrooke. » – CJAN 99.3

Bande-annonce du documentaire La (très) grande évasion de Yannick Kergoat
Image de la bande-annonce avec l’extrait d’Alain Deneault

Essais sur les paradis fiscaux d’Alain Deneault

La (très) grande évasion avec Alain Deneault au Cinéma Beaubien

« Retour sur la projection d’hier soir au Cinéma Beaubien, que l’on remercie chaleureusement ! On a eu droit à un public captivé dans une salle comble et un Alain Deneault en pleine forme. Merci à nos collègues Stéphanie Bourbeau à l’animation, André Vanasse pour son soutien et à Alain Deneault ! » – Cinéma sous les étoiles (Funambules Médias)

Extrait de la discussion avec Alain Deneault animée par Stéphanie Bourbeau au Cinéma Beaubien – 26 septembre 2024
Article dont fait mention Alain Deneault dans l’extrait de la discussion (voir plus haut).

Essais sur les paradis fiscaux d’Alain Deneault

La (très) grande évasion avec Alain Deneault au Musée de la civilisation

« Retour en images sur la projection du mardi 24 septembre au Musée de la civilisation. Merci de l’accueil chaleureux et professionnel du Musée de la civilisation de Québec, à Alain Deneault, à Maxime Lachance à l’animation et au public d’avoir été présent en si grand nombre. » – Cinéma sous les étoiles (Funambules Médias)

Une présentation de Funambules médias et ses partenaires: AREQCaisse d’économie solidaire Desjardins, le syndicat des MétallosÉchec aux paradis fiscauxConseil central des syndicats nationaux de l’Outaouais-CSNAttac-QuébecÉditions Écosociété.

Essais sur les paradis fiscaux d’Alain Deneault