Culture avec Rose St-Pierre : Les artistes face au capitalisme à La Chapelle

Photo © Radio-Canada

La chronique culture de Rose St-Pierre à l’émission Le 15-18, animée par Annie Desrochers sur ICI Première à Radio-Canada, concerne la pièce Use et abuse de Christian Lapointe et Alix Dufresne inspirée de la vidéo conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art donnée par Alain Deneault en 2021 et tirée de son livre L’économie esthétique.


Use et abuse
Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
Inspiré de la conférence d'Alain Deneault
Une production de Carte blanche
1er au 6 décembre - 19 h 30
La Chapelle Scènes Contemporaines
Durée 1 h - Billetterie ici
Pour un public de 18 ans et plus

Présenté an français avec surtitrage en anglais les 2 et 5 décembre 2025

La représentation du 5 décembre 2025 sera suivie d'une discussion entre
Alain Deneault (présence à distance), Alix Dufresne et Christian Lapointe.

Une table de vente, tenue par la librairie Le Port de tête, sera présente
lors des représentations, proposant une sélection d’ouvrages
d’Alain Deneault et de Christian Lapointe.

Conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art – diffusée sur VIMEO par l’AAAPND (Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick).

Les Îles-de-la-Madeleine peuvent-elles devenir une biorégion?

La radio des Îles-de-la-Madeleine
CFIM 92,7 FM - Le son de la mer
Par Laurence Dami-Houle
26 novembre 2025

Les Îles-de-la-Madeleine ont-elles le potentiel de devenir une « biorégion »? C’est la question que se pose l’étudiant au HEC Montréal Vincent Agoues-Richard dans le cadre de son projet de maîtrise.

Embryonnaire et pluriel, le concept du « biorégionalisme » met de l’avant une transformation de la société en revenant à une plus petite échelle politique et économique, en phase avec les spécificités du territoire et des communautés qui y vivent.

Pour mener son enquête sociologique à terme, Vincent Agoues-Richard a réalisé, en plus d’observations terrain, une vingtaine d’entrevues avec des Madelinots au cours de l’automne.

Parmi les obstacles au potentiel biorégional des Îles, les citoyens ont parlé des défis entourant l’érosion côtière et l’autonomie alimentaire, entre autres. Pour ce qui est des leviers, les résidents ont notamment nommé la force de la communauté, sa facilité à se mobiliser. M. Agoues-Richard cite le cas de la vente du phare de l’Échouerie.

L’étudiant rentrera bientôt au bercail pour entamera la rédaction de son mémoire de maîtrise. Au-delà du dépôt du document, il souhaite proposer des pistes de solution concrètes et radicales pour aider la société à faire face aux énormes défis qui attendent l’humanité.

Le biorégionalisme ailleurs au Québec

L’approche biorégionale a fait des petits au Bas-Saint-Laurent. Selon un article de Le Devoir paru en octobre, un petit réseau solidaire d’agriculteurs et de transformateurs s’est formé dans le coin de Rimouski pour mettre sur pied un modèle agroalimentaire écologique et anticapitaliste. Une chercheuse impliquée dans cette démarche s’est aussi intéressée au potentiel biorégional du Bic et de Saint-Valérien.

Le philosophe et essayiste Alain Deneault s’est d’ailleurs porté à la défense du biorégionalisme dans son ouvrage Faire que! L’engagement politique à l’ère de l’inouï.

Mark «Trump» Carney

Photo © Adrian Wyld – The Canadian Press

Acadie Nouvelle

Par Alain Deneault
25 novembre 2025

Mark «Trump» Carney

L’heure est à l’inconstitutionnalité dans les différents régimes de droits libéraux. Washington donne le ton avec un président autocrate qui conçoit la souveraineté de l’État comme le faisait le constitutionnaliste Carl Schmitt : le souverain dispose de pouvoirs exceptionnels dès lors qu’une situation historique le justifie à ses yeux.

L’exception signifie ici s’excepter des règles convenues par la constitution, en ce qui concerne l’exercice même du pouvoir. Au mépris, donc, du texte fondamental de la république états-unienne, des décisions de justice, sans parler des us et coutumes, le Président américain se croit tout permis. S’il n’est pas, n’en déplaise à son égo, à l’origine de tout ce qui se produit depuis sa première élection, il donne certainement le la de la géopolitique mondiale.

Cette attitude de la part de l’instance politique la plus puissante du monde constitue un feu vert. C’est le règne du plus fort. L’homologue russe Vladimir Poutine a engagé un vaste conflit d’invasion en Eurasie tandis que le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a lancé son armée à l’encontre de civils démunis, provoquant ce que la Cour internationale de justice a qualifié de génocide.

Dans un pays comme la France, des gouvernements illégitimes ont été tour à tour établis par le Président français, rompant avec la convention républicaine voulant qu’on appelle à gouverner la coalition parlementaire arrivée en tête d’une élection législative. (C’est comme si, ici à Ottawa, le gouverneur général appelait le Nouveau Parti démocratique à former un gouvernement, alors qu’il n’est clairement pas le premier parti à l’assemblée !).

Du fait de leur marginalisation, ces gouvernements centristes faits de bric et de broc, régulièrement défaits par l’Assemblée nationale, avant de se recomposer presque à l’identique du fait de la résolution opiniâtre du président, redoublent d’ingéniosité pour profiter de tous les vices constitutionnels de la Cinquième République.  L’alinéa 3 de l’article 49 de la constitution permet par exemple au gouvernement de faire passer des lois indépendamment du vote de l’assemblée, en laissant à celle-ci libre de le destituer. Il s’ensuit des soubresauts existentiels en série et d’épuisantes prises de bras de fer, les gouvernements tombant les uns après les autres.

Nous avons signalé dans l’Acadie Nouvelle le 16 septembre dernier que la Canada ne fait pas exception. Il suit la tendance. Les fameux chantiers d’intérêt national permettent à l’État de faire fi de ses propres lois en ce qui concerne tout l’arsenal de règles veillant à ce que les projets mis en avant soient archiminimalement respectueux de l’environnement. Il s’est donné les dispositions pour s’en moquer désormais. Le marketing prend le relais : il suffit au gouvernement de flanquer toute expression des épithètes « propre » ou « durable » pour s’estimer blanchi (ou verdi). Et ce, même si des milieux humides sont saccagés et des émissions de gaz à effet de serres annoncées par ces projets unilatéraux.

Or, subrepticement, malicieusement, cyniquement, le gouvernement fédéral a élargi la portée de cet état d’exception à toutes situations. Cela revient à dire que les lois en matière de défense de la faune et de la flore, de l’intégrité du territoire et de la protection de l’air, déjà faibles ou édentées, sont plus que jamais cosmétiques. Elles pourraient tout simplement ne plus exister.

On doit au quotidien montréalais Le Devoir cette mise à jour, après qu’il ait été alerté par le Bloc Québécois. Sous le titre « Pour l’innovation, Ottawa s’offre un passe-droit pour n’importe quelle loi » (24 novembre 2025), le journaliste Boris Proulx résume : « Le gouvernement Carney confère discrètement le pouvoir à ses ministres d’exempter temporairement n’importe qui de n’importe quelle loi fédérale, sur la base de promesses d’innovation ou de croissance économique. Les projets “d’intérêt national” ne seront plus les seuls à bénéficier d’un passe-droit légal. Le projet de loi omnibus C-15, devant le Parlement, ouvre la porte à un traitement semblable pour “toute personne physique ou morale” désignée par un ministre, y compris le gouvernement fédéral lui-même ou des provinces, pour une période de trois ans. » On croirait lire le dispositif législatif d’un paradis fiscal comme les Bermudes !

Les secousses géopolitiques d’aujourd’hui ont bon dos. Et le fait de passer comme barrage aux conservateurs aussi.

Moins spectaculaire que l’invocation de la Loi sur les mesures de guerre de 1970, cette décision n’en a pas moins pour point commun de permettre au gouvernement lui-même de s’exempter des responsabilités fondamentales qu’il s’est données. Bien entendu moins ténébreux et effrayant que Donald Trump, le premier ministre Mark Carney, qui en assume l’initiative, en ressort néanmoins tel un chef d’État inquiétant.

Jusqu’où sera prêt à aller l’État fédéral au nom du « développement économique », lequel profite toujours à la même caste, à l’oligarchie industrielle et financière ? Fera-t-on encore longtemps miroiter une poignée d’emplois çà et là pour tendre toujours plus vers l’autocratie ? Perdra-t-on encore davantage le sens de l’équilibre entre l’écologie, le bien commun et l’enrichissement du petit nombre ? Et une fois qu’il aura, juge et partie, après « trois ans », goûté aux charmes de ce césarisme discret, l’État libéral entendra-t-il de nouveau se contraindre lui-même ? Demandez à Donald Trump, roi d’un nouveau genre, initiateur de cette tendance mondiale.

Industries extractives, institutions culturelles et résistance avec Joshua Schwebel et Alain Deneault

Alain Deneault participera avec l’artiste Joshua Schwebel à une discussion publique ayant pour titre Industries extractives, institutions culturelles et résistance au Centre d’artistes Vaste et Vague à Carleton-sur-Mer le vendredi 28 novembre 2025 de 12 h 30 à 13 h 30.

« Le Centre d’artistes Vaste et Vague a le plaisir d’accueillir une discussion publique entre l’artiste Joshua Schwebel et le philosophe Alain Deneault, autour des liens entre les industries extractives, les institutions culturelles et les formes de résistance possibles face aux dynamiques de pouvoir qu’elles engagent.

Au cours de sa résidence à Carleton-sur-Mer, Joshua Schwebel poursuit une recherche critique sur la relation entre les structures économiques et politiques de l’extraction et celles de l’art institutionnalisé au Canada. Son travail met en lumière les dépendances, souvent invisibles, qui unissent le monde de l’art aux logiques impériales, coloniales et corporatives héritées de la construction du pays. Par une approche spécifique au site et en dialogue avec la communauté locale, il cherche à révéler ces réseaux d’influence et à imaginer des formes de redistribution contre-capitaliste.

Philosophe et essayiste, Alain Deneault explore depuis plusieurs années les dimensions éthiques, économiques et territoriales de l’industrie minière, ainsi que le concept de biorégion comme cadre de réflexion et d’action collective face aux structures extractivistes.

En dialogue, Joshua Schwebel et Alain Deneault croiseront leurs perspectives pour interroger la manière dont les institutions culturelles et les pratiques artistiques participent – volontairement ou non – à la reproduction des logiques d’extraction. Ensemble, ils ouvriront un espace de pensée sur ce que pourrait signifier habiter, créer et penser autrement, en dehors des impératifs du capitalisme extractif. » – Centre d’artistes Vaste et Vague


Industries extractives, institutions culturelles et résistance
Discussion publique
Avec Joshua Schwebel et Alain Deneault
Vendredi 28 novembre 2025 - 12 h 30 à 13 h 30
Quai des arts - Centre d’artistes Vaste et Vague
774 blvd. Perron, Carleton-sur-Mer (Québec), G0C 1J0
Gratuit

« Use et abuse » bientôt à l’affiche à La Chapelle Scènes Contemporaines, au Théâtre Périscope et au Théâtre La Rubrique

La création pluridisciplinaire de Christian Lapointe et Alix Dufresne Use et abuse sera présentée à La Chapelle Scènes Contemporaines (Montréal) du 1er au 6 décembre 2025, au Théâtre Périscope (Québec) du 9 au 13 décembre 2025 et au Théâtre La Rubrique (Saguenay) le 16 janvier 2026.

La représentation du 5 décembre 2025 à La Chapelle Scènes Contemporaines sera suivie d’une discussion avec Alain Deneault (participation à distance), Alix Dufresne et Christian Lapointe.

« Artistes québécois.e.s à la parole déliée et vive, Alix Dufresne et Christian Lapointe s’emparent de la vidéoconférence intitulée Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art donnée par le philosophe Alain Deneault en 2021 et tirée de son livre L’économie esthétique. À l’invitation de l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick (AAAPND), cet exposé tente de montrer comment le capitalisme maintient sous pression les artistes et les incite à devenir rentables.

Les deux artistes proposent une performance déjantée et incisive avec, comme toile de fond et projetée sur écran, la prise de parole controversée du philosophe. Ils y mettent en jeu la notion de marchandisation et les mécanismes de détournement de l’art, et ce, par la création de JNF (NFT) fabriqués en direct devant public. Leurs corps deviennent outils de création, mais aussi paradoxalement de promotion et de contestation : chair brutalisée par l’économie de la culture en quête d’une réappropriation de l’agentivité propre à la pratique de l’art. » – Source Carte Blanche

« Initié par le metteur en scène et acteur Christian Lapointe, Use et abuse est venu clore, joué à guichet fermé, la résidence d’Alix Dufresne en tant qu’artiste associée à l’USINE C de 2022 à 2025. Elle s’allie naturellement à lui pour ce projet et poursuit ainsi sa recherche autour des réflexions d’Alain Deneault, telle qu’amorcée avec Hidden Paradise créé en 2018 sur le thème de l’évasion fiscale. Ici Les deux artistes donnent corps à une forme hybride, à la fois ludique, performative et politique, laissant place à l’imprévisible à chaque représentation. » – Source Usine C

Bande-annonce de la pièce Use et abuse avec Alix Dufresne et Christian Lapointe – Une production de Carte blanche


Use et abuse
Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
Inspiré de la conférence d'Alain Deneault
Une production de Carte blanche
La Chapelle Scènes Contemporaines
1er au 6 décembre 2025 - 19 h 30
3700 Rue Saint-Dominique, Montréal, Québec H2X 2X8
Durée 1 h - Billetterie ici
Interdit aux personnes de moins de 18 ans

Présenté an français avec surtitrage en anglais les 2 et 5 décembre.

La représentation du 5 décembre sera suivie d'une discussion entre
Alain Deneault (participation à distance), Alix Dufresne et Christian Lapointe.

Une table de vente, tenue par la librairie Le Port de tête, sera présente
lors des représentations, proposant une sélection d’ouvrages
d’Alain Deneault et de Christian Lapointe.


Use et abuse
Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
Inspiré de la conférence d'Alain Deneault
Une production de Carte blanche
Théâtre Périscope
2 Crémazie Est, Québec, Québec G1R 2V2
9 au 12 décembre 2025 - 19 h 30
13 décembre 2025 - 16 h
Durée 1 h - Billetterie ici

Traumavertissement
Cette œuvre contient des scènes de nudité, de violence et de sexualité.
Elle peut heurter la sensibilité de certain·es spectateur·trices.
* 18 ans et plus – preuve d’identité requise


Use et abuse
Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
Inspiré de la conférence d'Alain Deneault
Une production de Carte blanche
Théâtre La Rubrique
4160 Rue du Vieux Pont, Jonquière, Québec G7X 7V8
16 janvier 2026 - 20 h
Durée 1 h - Billetterie ici

Traumavertissement
Cette œuvre contient des scènes de nudité, de violence et de sexualité.
Elle peut heurter la sensibilité de certain·es spectateur·trices.
* 18 ans et plus – preuve d’identité requise


Conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art – diffusée sur VIMEO par l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick (AAAPND ).

L’intellectuel à la télévision

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Brian Gallant (à gauche), et le maire de Montréal, Denis Coderre, lors de leur passage à Tout le monde en parle le 4 février 2016. Gracieuseté © Karine Dufour.

Acadie Nouvelle
Par Alain Deneault
21 novembre 2025

L’intellectuel à la télévision

L’intellectuel se sent rarement à l’aise sur un plateau de télévision. Tout lui rappelle qu’il n’est pas dans son élément : l’invraisemblable mobilier, le nécessaire maquillage, la lumière criarde, le spaghetti de fils qu’il faut enjamber, les techniciens dans leur bulle et le temps, la gestion du temps…

Sur l’inconfortable tabouret nous viennent en tête pêle-mêle Pierre Bourdieu et la puissance du non-dit chez ceux qui nous reçoivent, Isabelle Garo et les enjeux de cadrage propres à l’idéologie, Marshall McLuhan et le principe selon lequel le média qui nous aspire compte davantage que sa teneur, jusqu’à Réjean Ducharme ou Henri Michaux pour qui c’était tout simplement non.

Mais on en appelle surtout à Günther Anders et à sa critique du média, en 1956, lorsqu’il suggère que penser à la télévision est tout simplement impossible. Déjà, pour ce philosophe, les interruptions se font trop rapides, l’exposition visuelle est racoleuse, le « vrai » offert à distance pue la simulation, les formats nous étouffent. Il ne peut y avoir réellement le penser comme le diraient les Allemands, une pensée en acte qui élabore des hypothèses, s’essaie à quelques thèses articulées et échafaude des démonstrations.

Non, la télévision tolère seulement les éléments de langage, les slogans, les phrases toutes-faites, le buzz, les mots assassins. Bref, du déjà pensé, de la pensée présentée en bouillie, immédiatement comestible, que les rhéteurs plus que les intellectuels savent expressément servir.

Le babillage télévisuel est à la pensée ce que la purée est à la gastronomie. Tenter de conduire à la télévision un exercice théorique reviendrait à insérer directement une cuisse de poulet dans un estomac.

Ainsi, l’agitateur public performe dans son rôle, carburer à l’adversité : s’il n’a pas devant lui ses contradicteurs de prédilection, qu’il sait abattre l’un après l’autre comme le héros d’un film d’aventures, ou s’il n’est pas en duel contre le meilleur d’entre eux, le voici qui les invoque tour à tour dans un imaginaire débridé où il leur fait tenir à peu près le rôle qu’il veut. Le défenseur des droits palestiniens devient antisémite, la sociologue consciente de l’épreuve que représente l’immigration forcée une woke, le membre de sa tribu ouvert aux réalités internationales un traître, et ainsi de suite. La vindicte tient lieu de réflexion.

Quant aux idées, elles doivent être vite casées : tout rapport dialectique cède au manichéisme tandis que ses semblables nationaux sont à peu près considérés comme des cornichons qu’on enferme dans un bocal. C’est en polarisant à mort qu’on génère la grammaire expéditive que la télévision requiert.

Mais jamais ces affects ne sont mobilisés là où le réel le commande impérieusement. On ne fait pas cas de la masse d’oiseaux qui meurent en Europe, la disparition de coraux, l’épuisement des sols ou la réduction comme peau de chagrin de l’indispensable forêt amazonienne. Mais un simple fichu porté par des femmes, aux croyances leurs, devrait faire trembler la république. Les stimuli pavloviens l’emportent.

En tentant de prendre au sérieux les assertions de la propagande identitaire, en la nettoyant de ses nombreux présupposés impérialistes, voire racistes, en la corrigeant sur le plan de la factualité historiographique et de la justesse bibliographique, puis en se dotant de méthodes un peu sérieuses (tout ce qu’on ne peut guère faire à la télévision), peut-être qu’alors, un travail intellectuel pourrait s’amorcer. Sur une crise de la culture, mettons.

Pour la prendre au sérieux, il faudrait toutefois admettre l’existence d’acteurs industriels et financiers qui nourrissent grassement l’agitateur public. Les grands propriétaires de médias, qui sont notamment des financiers ou des marchands d’armes, détiennent des titres de presse, des télévisions et des maisons d’édition pour y faire prévaloir leur parti pris idéologique. Dans ces conglomérats médiatiques, on se garde de critiquer les multinationales en ce qu’elles uniformisent la culture mondiale de manière inouïe, corrompent les États, pervertissent les universités et contribuent à creuser gravement les inégalités sociales. En taisant ces points majeurs, l’intellectuel organique trahit son simple rôle de propagandiste et son confit d’intérêt.

Passer à la télé est une chose. Y rester à demeure nous fait prendre les plis. Un signataire de livres qui s’y habitue n’y échappera pas. On entendra davantage l’agitateur public en lisant son livre que l’intellectuel prétendu lorsqu’il sévit à la télévision.

Ces petits soldats de la propagande sont nombreux. Les dispositifs informatiques les font se multiplier comme les rhinocéros d’Ionesco. Le phénomène est impressionnant et mérite d’être étudié à sa juste échelle.

L’intellectuel à la télévision

Photo © iStock
Le Devoir 
Opinions-Idées
Par Alain Deneault
22 novembre 2025

L’intellectuel à la télévision

L’intellectuel se sent rarement à l’aise sur un plateau de télévision. Tout lui rappelle qu’il n’est pas dans son élément : l’invraisemblable mobilier, le nécessaire maquillage, la lumière criarde, le spaghetti de fils qu’il faut enjamber, les techniciens dans leur bulle et le temps, la gestion du temps…

Sur l’inconfortable tabouret nous viennent en tête pêle-mêle Pierre Bourdieu et la puissance du non-dit chez ceux qui nous reçoivent, Isabelle Garo et les enjeux de cadrage propres à l’idéologie, Marshall McLuhan et le principe selon lequel le média qui nous aspire compte davantage que sa teneur, jusqu’à Réjean Ducharme ou Henri Michaux pour qui c’était tout simplement non.

Mais on en appelle surtout à Günther Anders et à sa critique du média, en 1956, lorsqu’il suggère que penser à la télévision est tout simplement impossible. Déjà, pour ce philosophe, les interruptions se font trop rapides, l’exposition visuelle est racoleuse, le « vrai » offert à distance pue la simulation, les formats nous étouffent. Il ne peut y avoir réellement le penser comme le diraient les Allemands, une pensée en acte qui élabore des hypothèses, s’essaie à quelques thèses articulées et échafaude des démonstrations.

Non, la télévision tolère seulement les éléments de langage, les slogans, les phrases toutes-faites, le buzz, les mots assassins. Bref, du déjà pensé, de la pensée présentée en bouillie, immédiatement comestible, que les rhéteurs plus que les intellectuels savent expressément servir.

Le babillage télévisuel est à la pensée ce que la purée est à la gastronomie. Tenter de conduire à la télévision un exercice théorique reviendrait à insérer directement une cuisse de poulet dans un estomac.

Ainsi, l’agitateur public performe dans son rôle, carburer à l’adversité : s’il n’a pas devant lui ses contradicteurs de prédilection, qu’il sait abattre l’un après l’autre comme le héros d’un film d’aventures, ou s’il n’est pas en duel contre le meilleur d’entre eux, le voici qui les invoque tour à tour dans un imaginaire débridé où il leur fait tenir à peu près le rôle qu’il veut. Le défenseur des droits palestiniens devient antisémite, la sociologue consciente de l’épreuve que représente l’immigration forcée une woke, le membre de sa tribu ouvert aux réalités internationales un traître, et ainsi de suite. La vindicte tient lieu de réflexion.

Quant aux idées, elles doivent être vite casées : tout rapport dialectique cède au manichéisme tandis que ses semblables nationaux sont à peu près considérés comme des cornichons qu’on enferme dans un bocal. C’est en polarisant à mort qu’on génère la grammaire expéditive que la télévision requiert.

Mais jamais ces affects ne sont mobilisés là où le réel le commande impérieusement. On ne fait pas cas de la masse d’oiseaux qui meurent en Europe, la disparition de coraux, l’épuisement des sols ou la réduction comme peau de chagrin de l’indispensable forêt amazonienne. Mais un simple fichu porté par des femmes, aux croyances leurs, devrait faire trembler la république. Les stimuli pavloviens l’emportent.

En tentant de prendre au sérieux les assertions de la propagande identitaire, en la nettoyant de ses nombreux présupposés impérialistes, voire racistes, en la corrigeant sur le plan de la factualité historiographique et de la justesse bibliographique, puis en se dotant de méthodes un peu sérieuses (tout ce qu’on ne peut guère faire à la télévision), peut-être qu’alors, un travail intellectuel pourrait s’amorcer. Sur une crise de la culture, mettons.

Pour la prendre au sérieux, il faudrait toutefois admettre l’existence d’acteurs industriels et financiers qui nourrissent grassement l’agitateur public. Les grands propriétaires de médias, qui sont notamment des financiers ou des marchands d’armes, détiennent des titres de presse, des télévisions et des maisons d’édition pour y faire prévaloir leur parti pris idéologique. Dans ces conglomérats médiatiques, on se garde de critiquer les multinationales en ce qu’elles uniformisent la culture mondiale de manière inouïe, corrompent les États, pervertissent les universités et contribuent à creuser gravement les inégalités sociales. En taisant ces points majeurs, l’intellectuel organique trahit son simple rôle de propagandiste et son confit d’intérêt.

Passer à la télé est une chose. Y rester à demeure nous fait prendre les plis. Un signataire de livres qui s’y habitue n’y échappera pas. On entendra davantage l’agitateur public en lisant son livre que l’intellectuel prétendu lorsqu’il sévit à la télévision.

Ces petits soldats de la propagande sont nombreux. Les dispositifs informatiques les font se multiplier comme les rhinocéros d’Ionesco. Le phénomène est impressionnant et mérite d’être étudié à sa juste échelle.


Les essais d’Alain Deneault

Alain Deneault et Jason Ward seront à la réunion «Utilisation de paradis fiscaux extraterritoriaux» du Comité permanent des finances de la Chambre des communes du Parlement du Canada

Photo – Site web du Parlement du Canada – Comité FINA

Alain Deneault participera avec Jason Ward, analyste principal du CICTAR (Centre for International Corporate Tax Accountability and Research) à la réunion ayant pour titre Utilisation de paradis fiscaux extraterritoriaux du Comité permanent des finances (FINA) [ no 14 – 1ère session – 45e législature ] de la Chambre des communes du Parlement du Canada qui aura lieu le mercredi 19 novembre 2025 de 16 h 30 à 18 h 30 et qui sera diffusée sur ParlVu.

« Un comité est composé de députés, ou de députés et de sénateurs dans le cas de comités mixtes, choisis pour étudier toute question renvoyée par la Chambre ou toute question reliée à son mandat. Il existe différents types de comités : permanents, législatifs, spéciaux et mixtes. La plupart sont des comités permanents.

[…] Le mandat du Comité permanent des finances consiste à examiner toutes les questions relatives au mandat, à l’administration et au fonctionnement de certains ministères et organismes fédéraux, dont le ministère des Finances et l’Agence du revenu du Canada, et à en faire rapport, ainsi qu’à mener des consultations prébudgétaires.» – Parlement du Canada

Participation d’Alain Deneault et Jason Ward à la réunion Utilisation de paradis fiscaux extraterritoriaux du Comité permanent des finances (FINA) de la Chambre des communes du Parlement du Canada – Durée : 55 min 13 sec – 19 novembre 2025

Utilisation de paradis fiscaux extraterritoriaux
Comité permanent des finances (FINA)
Alain Deneault (à titre personnel), professeur (par vidéoconférence)
Jason Ward, analyste principal de CICTAR (Centre for International Corporate
Tax Accountability and Research (par vidéoconférence)
Réunion 14 - 45e législature, 1re session
Mercredi 19 novembre 2025 - 16 h 30 à 18 h 30 (HNE)
Édifice Wellington, Pièce 430, 197, rue Sparks, Ottawa
Webdiffusion sur ParlVu

L’inévitable biorégion – Écoanxiété et responsabilité. Causerie avec Alain Deneault

L’inévitable biorégion – Écoanxiété et responsabilité. Causerie avec Alain Deneault qui aura lieu en français à la Bibliothèque du centenaire de Campbellton – en partenariat avec la Gare de Matapédia et Vaste et Vague – le vendredi 28 novembre 2025 de 17 h à 19 h .


L'inévitable biorégion - Écoanxiété et responsabilité
Causerie avec Alain Deneault
En partenariat avec la Gare de Matapédia et Vaste et Vague
Vendredi 28 novembre 2025 - 17 h à 19 h
Bibliothèque du centenaire de Campbellton
19 rue Aberdeen, suite 100, Campbellton, Nouveau-Brunswick, E3N 2V1
En français seulement

Simon Paré-Poupart: le vidangeur qui a transformé nos déchets en best-seller

Photo © Bruno Petrozza – TVA Publications

7 Jours

Par Alicia Bélanger-Bolduc
13 novembre 2025

Simon Paré-Poupart semblait peu destiné à cette rencontre. Après plusieurs années comme éboueur, il a pourtant publié Ordures!, un ouvrage sur nos habitudes de consommation et la perception sociale de son métier. En quelques mois seulement, son livre a connu un succès retentissant, au point qu’il est désormais reconnu dans la rue pendant son travail. Figure atypique dans son milieu, il inspire tout en dressant un portrait authentique et révélateur de notre société.

[…] Comment est venue l’idée d’écrire un tel livre?

J’ai fait ma maîtrise aux côtés de l’auteur Alain Deneault et il a joué un rôle de passeur dans ma vie. Je ne viens pas du milieu des arts et des lettres; sans lui je ne crois pas que je me serais permis d’écrire un livre. Il était mon directeur de stage au moment où je parlais de déchets, et il m’a convaincu que je devais écrire un livre sur le sujet. Il m’a présenté un éditeur — je ne savais même pas ce que c’était! Il avait un regard extérieur sur mon milieu qui le rendait tout à coup fascinant. Il a mis en lumière un discours qui m’habitait, mais dont je ne connaissais pas la valeur puisque pour moi, c’était banal. […]

Photo © Ísjaki Studio – Alain Deneault et Simon Paré-Poupart à la 22e édition du Salon du livre de la Péninsule acadienne

Simon Paré-Poupart, titulaire de la maîtrise de l’École nationale d’administration publique (ENAP, Québec) a été collaborateur au livre De quoi Total est-elle la somme ? Multinationales et perversion du droit d’Alain Deneault, comme assistant à la rédaction.

Les Gaspésiens doivent-ils mieux planifier leurs projets miniers?

Radio-Canada

Par David Fillion
6 novembre 2025

Les Gaspésiens gagneraient à mieux réfléchir et planifier le développement de projets miniers, comme celui envisagé à Murdochville et celui prévu dans les environs de Paspébiac. C’est du moins l’une des conclusions qui se dégagent du panel qui s’est exprimé, mercredi soir, au cégep de Gaspé, sur la question du développement minier en Gaspésie.

L’activité de mercredi soir, organisée par Solidarité Gaspésie, a permis à trois panélistes et une soixantaine de citoyens d’échanger et de réfléchir à savoir si la Gaspésie peut se passer de grands projets miniers, comme elle en a déjà connu par le passé.

[…] L’auteur et professeur de philosophie à l’Université de Moncton, Alain Deneault, lance quant à lui qu’il faut garder un œil attentif sur les projets miniers. Selon lui, le Québec n’est pas suffisamment sévère envers les compagnies d’exploitation. Il croit que les citoyens doivent être beaucoup plus exigeants avant d’accepter qu’un projet s’implante dans leur communauté.

« Le Québec est à l’exploitation minière dans l’histoire ce que les Bahamas ou le Luxembourg sont à la finance. C’est un État extraordinairement permissif. […] La situation dans laquelle on est ne nous permet pas de penser en somnambule et de faire comme si tout allait continuer comme avant », envoie-t-il. […]

Photo © Radio-Canada – Archives


Les activités minières représentent-elles une voie d’avenir pour la Gaspésie ? Panel organisé par Solidarité Gaspésie qui a eu lieu au Cégep de Gaspésie – Captation par Télé-Gaspé – L’extrait avec Alain Deneault débute à 18 min 01 sec – Durée: 2 h 13 min 55 sec – 5 novembre 2025

« Voici la captation intégrale de cette soirée de réflexion consacrée aux enjeux miniers en Gaspésie. La question du développement minier est souvent abordée dans le contexte de la transition énergétique ou encore écologique, d’un point de vue mondial ou local. Avec l’annonce de projets miniers sur son territoire ou à proximité, la Gaspésie est directement concernée par cet enjeu. Cette conférence réunit un panel de trois experts aux profils complémentaires : Julie Reid-Forget, Gaétan Lelièvre et Alain Deneault, qui abordent la question des activités minières en Gaspésie sous différents angles. Que vous soyez plutôt favorable ou plutôt réservé quant au développement minier, cet échange approfondi vous permettra d’enrichir votre réflexion sur le sujet. La captation inclut également la période d’échanges avec le public. » – TG, Télé-Gaspé

« Le 5 novembre dernier, Solidarité Gaspésie organisait un panel public pour débattre de la question : « Les activités minières représentent-elles une voie d’avenir pour la Gaspésie ? ». Les invités étaient Julie Reid Forget, Gaétan Lelièvre et Alain Deneault. Dans cet extrait, ils répondent à la question centrale : la Gaspésie peut-elle se « payer le luxe » de refuser ces projets ?. Leur analyse explore les coûts non calculés, l’impact régional sur les services publics et la « société du gaspillage » qui alimente la demande. L’intégralité de ce panel de 2 h 30 est disponible sur http://www.telegaspe.ca. » – TG, Télé-Gaspé – Durée : 11 min 5 secondes

Vulgaires Machins, avec nous, face au monde

Photo © Adil Boukind – Le Devoir

Le Devoir

Par Philippe Renaud
8 novembre 2025

Vulgaires Machins, avec nous, face au monde

Le neuvième album des vétérans du punk québécois possède des textes lucides et des musiques audacieuses.

Vulgaires Machins lancera le 14 novembre un puissant et urgent neuvième album, conceptuel dans son propos et sa direction musicale, intitulé Contempler l’abîme, sur lequel le quatuor punk atteint la limite de ce qu’il pouvait tolérer d’inégalités, d’injustice et de canicules : « Mesdames et messieurs c’est la fin / Il était temps qu’on y arrive / Il aura fallu qu’on décrisse / Les trois quarts de tout ce qui existe », chante, comme on assomme quelqu’un d’un coup de pelle, Guillaume Beauregard dès les premières secondes de l’album.

« Moi, mon coup de pelle dans la face, c’est Alain Deneault qui me l’a donné », raconte Guillaume Beauregard.Il y a deux ans, un ami l’a incité à s’inscrire à un atelier d’écriture engagée en petit comité dans le village de Miscou, en péninsule acadienne, avec le philosophe et écrivain québécois réputé pour sa recherche et sa réflexion sur l’économie, le consumérisme ou encore le capitalisme.

« J’ai reconnu son approche de la littérature engagée, poursuit Beauregard. L’importance de faire mal en écrivant. De puncher. De ne pas se complaire dans notre rôle. Cette rencontre a réveillé quelque chose qui dormait depuis Aimer le mal », classique de la discographie des Machins, paru en 2002. « C’est comme si je retrouvais le sentiment d’écrire une chanson comme Un vote de moins, sur laquelle j’étais plutôt vulgaire, très enragé, sans compromis. Tout ça est réapparu, comme si je vivais une petite épiphanie. Cette énergie, j’ai envie de l’exploiter encore pour parler de l’effondrement qui s’en vient.

[…] Enfin, que désirez-vous que les fans retiennent de ce nouvel album ? « Qu’ils ne sont pas seuls, répond Guillaume Beauregard. Comme dans Speak White de Michèle Lalonde, un poème que j’ai revisité pendant l’écriture de l’album. Ça aussi, ça a été reçu comme un coup de pelle dans la face. « Nous savons que nous ne sommes pas seuls », écrit-elle. Je trouve que ça résume bien ce qu’on doit faire : c’est ensemble, collectivement, que tout a du sens. »

Les essais d’Alain Deneault

Omar Aktouf, l’alternative humaniste – Colloque-hommage au Festival du monde arabe

Alain Deneault participera aux côtés de Miloud Chennoufi, Bachir Amokrane, Sacha Ghadiri et Amir Khadir au colloque-hommage Omar Aktouf, l’alternative humaniste animé par Rabah Moulla le 9 novembre 2025 à 14 h à l’Espace Culturel Kawalees dans le cadre de la 26e édition du Festival du monde Arabe.

« On ne résout pas les problèmes avec les modes de pensée qui les ont engendrés. (Albert Einstein)

Ce colloque-hommage réunit pairs et héritiers intellectuels pour explorer les thèmes chers à feu Omar Aktouf (1944-2025): la critique radicale du modèle managérial néolibéral, les alternatives humanistes de gestion et le rôle émancipateur de l’éducation.

Professeur à HEC Montréal et auteur de l’essai provocateur Halte au gâchis (2008), Aktouf dénonçait sans relâche les dérives d’un système économique obsédé par le profit au détriment de l’humain. Tout au long de sa carrière, il a été un critique acerbe du management traditionnel.

Au programme, des témoignages percutants, des échanges sur les alternatives concrètes au modèle néolibéral et une réflexion sur l’urgence de repenser l’entreprise comme lieu d’épanouissement et non d’exploitation.

Alors que les crises écologiques et sociales s’accélèrent, les idées d’Omar Aktouf sur un management humaniste et responsable n’ont jamais été aussi actuelles. Et si changer le monde commençait par changer notre façon de travailler ? » – Festival du monde Arabe


Festival du monde Arabe
Omar Aktouf, l’alternative humaniste
Colloque-hommage
Invités : Miloud Chennoufi, Alain Deneault, Bachir Amokrane,
Sacha Ghadiri et Amir Khadir
Animation : Rabah Moulla, journaliste
9 novembre 2025 à 14 h
Salon de la culture - Espace Culturel Kawalees
5175A Av. du Parc, Montréal, H2V 4G3
Gratuit

« Miloud Chennoufi (professeur de relations internationales au Collège des Forces Canadiennes, Ontario), Alain Deneault (professeur de philosophie et de sociologie à l’Université de Moncton, Nouveau-Brunswick), Bachir Amokrane (écrivain et consultant, Algérie), Sacha Ghadiri (professeur agrégé au Département de management à HEC Montréal) Amir Khadir (DR en microbiologie-infectiologie et homme politique québécois).

Omar Aktouf, l’alternative humaniste. Captation du colloque-hommage qui a eu lieu dans le cadre de la 26e édition du Festival du monde Arabe – L’extrait avec Alain Deneault débute à 1 h 04 min 38 sec – Durée : 2 h 40 min 30 sec – 9 novembre 2025
Omar Aktouf. Un homme libre inquiet du monde de Bachir Amokrane avec la préface d’Alain Deneault et la postface de Mohamed Bouhamidi

Débattre

Photo © Mario Tardif – Acadie Nouvelle

Acadie Nouvelle

Par Alain Deneault
31 octobre 2025

Débattre

Lorsque j’ai quitté les grandes villes pour m’installer en Acadie, les urbains me l’ont promis : jamais je ne me ferais aux cancans de villages et à la surveillance indiscrète des voisins.

Leurs préjugés tenaient lieu de savoir, car on s’accommode plutôt aisément de ce qui nous apparaît plutôt comme le fait d’une bienveillante solidarité. Oui, un réseau de gens nous identifie au lieu-dit qu’on habite ainsi qu’à une lignée familiale. Quand tout se passe bien, il n’y a rien de dérangeant à ce que l’entourage nous sache tel jour malade ou connaisse nos défis avec le jardin, s’il
s’ensuit un soutien, dans la même mesure où l’on se sait ravi de pouvoir prêter main-forte à une personne devenue familière qui traverse des difficultés non loin ? On en vient parfois à regretter de ne pas mieux connaître les gens de son entourage.

Ce qui peut davantage gêner toutefois, au fait d’appartenir à un peuple dont la portée démographique est restreinte, relève plutôt du recoupement des rôles sociaux occupés par une même et seule personne. Lorsqu’on arrive, il n’est pas rare qu’on découvre sur le tard que le bénévole qui s’active avec soi dans une association, le mari d’une de ses collègues dont on a beaucoup entendu parler et
l’agent professionnel qui s’occupe des affaires d’une de ses amies… sont en réalité la même personne.

Cette façon de revenir inéluctablement à la même poignée de gens, nonobstant la diversité des offices qui se trouvent remplis, a quelque chose de troublant. Comme m’avait prévenu un collègue professeur à mon arrivée en Acadie, « la patinoire est petite ». On se voit jouer plusieurs rôles pour amplifier la portée de la communauté, pour la faire croître au-delà de ses limites réelles.

Pour comprendre l’Acadie, souvent décrite à la manière d’une île imaginaire dans sa littérature (voir les travaux d’Andrée Mélissa Ferron, professeure à Shippagan), la spécialiste du monde insulaire (et de la Corse en particulier), Anne Meistersheim, peut nous accompagner. Elle décrit l’île tel un circuit fermé où il faut apprendre, pour résister à la trop grande promiscuité, à manier le masque et à construire les labyrinthes. D’où le titre de son livre, « Le labyrinthe et les masques » (Albiana 2012).

Pourquoi les masques ? Pour entourer de mystère la vie d’autrui autant que la sienne, parce qu’en réalité, nous en connaissons trop les faits et gestes ainsi que les travers. Nous préservons ainsi cette part d’intimité que nous souhaitons tous ménager. Le précepte : feins d’ignorer ce qu’il en est de moi quant à un certain nombre de choses, tablant sur le gage réciproque que moi aussi, je simulerai d’ignorer ce que je suis à même de savoir sur toi.

On recourt « au procédé des masques », à porter, « pour pouvoir supporter les situations créées par la surveillance constante et mutuelle de la communauté », écrit Meistersheim. Comme « tout le monde sait à peu près tout sur tout le monde, mais n’est pas censé le savoir », les masques, les parades, les faux-semblants, les feintes consistent à jouer mutuellement l’ignorance sur la vie privée d’autrui, et ce, pour éviter de rendre « la vie sociale impossible ». Évoquant a contrario l’exemple du touriste, Anne Meistersheim ajoute : « seul le naïf étranger peut se permettre d’être totalement lui-même et de se mettre à nu ».

Le labyrinthe, lui, symbolise la contorsion des discours et le caractère alambiqué des représentations dont on est amené à faire preuve, pour que se déploie l’impression d’un espace social fait de dédales – alors qu’on en connaît en réalité tous les accès et racoins. « La déambulation labyrinthique allonge et complexifie l’espace, on trouve des comportements qui permettent dans une certaine mesure de pallier la faiblesse du nombre des relations sociales possibles. » On y ajoute une multitude de barrières psychologiques pour éviter trop rapidement l’empiétement. Là aussi, seul l’étranger ignore que « l’espace insulaire est toujours approprié ». En témoigne « la liberté – illusoire – avec laquelle il parcourt cet espace. Il traverse sans le savoir de multiples frontières invisibles qui marquent l’espace ».

Mais le bât blesse lorsqu’il s’agit, dans une telle réalité sociologique, d’entretenir un débat public. Comment, en Acadie, sur d’importantes questions de société, animer des discussions politiques et morales en défendant des positions
tranchées, quand on connaît personnellement le contradicteur avec qui on se trouve à échanger, lorsque celui-ci est en même temps en périphérie de son cercle d’amis et l’employeur de sa sœur ? Une telle communauté a alors tendance à tout régler sous cape. Naissent éventuellement des réseaux d’influence plutôt occultes, quoique précaires, d’où l’impression céans d’être encore entourés d’une Patente 2.0 qui régit la vie sociale dans de supposées
officines (Acadie Nouvelle, 12 décembre 2023).

Pour participer au débat public, dans un contexte où il est à peu près impossible de lire l’Acadie Nouvelle, ou d’écouter « L’heure de pointe » de Radio-Canada, sans repérer au moins quelqu’un qu’on connaît personnellement, exige de celles et ceux qui se risquent à cette joute d’arborer à nouveau un masque lors des nécessaires rencontres interpersonnelles. C’est de bon aloi. Pour tenir
publiquement un propos conforme à ses convictions, quoiqu’il puisse choquer, il convient de mettre le débat public légèrement à distance. Y prendre part comme à un jeu de société ou à un sport.

On conçoit tout à fait la rivalité qu’il peut y avoir autour d’une table de jeu sans pour autant s’en tenir rigueur une fois les hostilités terminées. On peut, de même, participer de manière sincère à la discussion publique sans animosité. Les jeux nous invitent à cette éthique. Tout comme les sports, le droit ou la politique. Les passes d’armes n’empêchent pas nécessairement la bonne entente.

Disons-le-nous, à la condition de ne point reléguer la parole à un jeu de pure forme. Elle n’est pas vaine et vise à faire effet. La pensée critique ne démord pas.

Légendes du tennis canadien – Un article d’Alain Deneault dans le Monde diplomatique

Image © Gaël Maski – Photographie : PCP – Courtoisie Galerie Angalia, Paris

Le Monde diplomatique

Par Alain Deneault
Novembre 2025, page 19

Quand le sport éclipse la guerre

Légendes du tennis canadien

Classée à la 350e place mondiale des joueuses de tennis fin 2024, Victoria Mboko s’est hissée au 23e rang huit mois plus tard, après avoir défait quatre anciennes gagnantes d’épreuves du grand chelem. La victoire au tournoi du Canada à l’âge de 18 ans de la joueuse d’origine congolaise a emballé les médias, toujours prêts à produire des mythologies sportives qui occultent l’essentiel.

Une icône vient de naître. Victoria Mboko correspond à tous points de vue à la représentation qu’idéalise un libéral canadien. La jeune joueuse de tennis de 18 ans, qui porte le prénom d’une reine britannique, a certes vu le jour aux États-Unis, mais ses parents, d’origine congolaise, en ont fait délibérément une Canadienne dès l’âge de 5 ans, en choisissant de s’installer en Ontario. La nouvelle coqueluche des médias incarnerait la réussite des politiques multiculturelles. Noire issue de l’immigration, elle sait promouvoir sa culture d’origine tout en affichant les marqueurs de la réussite au Canada : un anglais parfait, beaucoup d’argent et du goût — témoins, les produits cosmétiques de luxe qu’elle affectionne.

Fait rare, cette habitante de Toronto, la métropole financière du Canada, n’a rien pour déplaire aux Québécois. Elle parle aisément français, la langue de ses parents. Elle a été entraînée par le Québécois Pierre Lamarche, ancien capitaine de l’équipe canadienne de Coupe Davis, puis par la Française Nathalie Tauziat, après un court séjour en Belgique wallonne, dans l’académie de Justine Hénin. « Montréal, je vous aime », proclamait-elle après sa victoire au tournoi du Canada, disputé en juillet-août 2025 dans la grande ville francophone d’Amérique du Nord, « sa terre promise » selon M. Cyprien Mboko, son père.

Des concessions minières à prendre

Cette figure montante du tennis mondial permet aux Canadiens de refouler une page sombre de leur histoire, là où un autre récit devrait émerger. Les parents Mboko ont fui la République démocratique du Congo (RDC) en 1999. Les médias à l’unisson se contentent d’évoquer des « tumultes » et l’« agitation » politique qui y régnait, sans jamais aller voir plus loin. Car, enfin, (…)

« Félicitations à Alain Deneault! » – Université de Moncton

« Le Conseil des arts du Canada a dévoilé la liste des finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général 2025, et Alain Deneault, professeur de philosophie et de sociologie au campus de Shippagan de l’Université de Moncton, figure parmi les finalistes dans la catégorie Essais pour son ouvrage Faire que! L’engagement politique à l’ère de l’inouï.

Les Prix littéraires du Gouverneur général, parmi les distinctions les plus prestigieuses au pays, célèbrent chaque année la richesse de la littérature canadienne et mettent en lumière le talent des créatrices et créateurs d’ici.

Les lauréates et lauréats seront annoncés le 6 novembre 2025. » – Université de Moncton

Prix littéraires du Gouverneur général – Katia Belkhodja et Angelina Guo parmi les finalistes

Photo © Patrick Sanfaçon – Archives – La Presse

La Presse

Par Laila Maalouf
Littérature
21 octobre 2025

Le Conseil des arts du Canada a dévoilé mardi matin les titres finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général, qui seront remis le mois prochain.

[…] Dans la catégorie Essais, les finalistes sont Faire que ! : L’engagement politique à l’ère de l’inouï, d’Alain Deneault (Lux), Mourir de froid, c’est beau, c’est long, c’est délicieux, de Nathalie Plaat (Les Presses de l’Université de Montréal), Recueillir, de Louise Warren (Éditions du Noroît), Soigner, écrire, de Ouanessa Younsi (Les Presses de l’Université de Montréal), et Tu viens d’où ? Réflexions sur le métissage et les frontières, de Maïka Sondarjee (Lux).

[…] Les lauréats des sept catégories seront annoncés le 6 novembre prochain.

Finaliste dans la catégorie essai des Prix littéraires du Gouverneur général 2025

Deux œuvres de l’Acadie parmi les finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général

Photo © Leonardo Cendamo

Acadie Nouvelle

Par Sylvie Mousseau
21 octobre 2025

Alain Deneault, Danielle LeBlanc et Dominique Robichaud sont en lice pour les Prix littéraires du Gouverneur général 2025.

[…] L’essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï (Lux Éditeur) d’Alain Deneault de Petite-Rivière-de-L’Île, dans la Péninsule acadienne, est finaliste dans la catégorie essais. Cet ouvrage du philosophe et professeur à l’Université de Moncton, campus de Shippagan, est qualifié d’incisif et original. Dans cet essai, l’auteur invite notamment le lecteur à explorer un nouveau mode d’engagement politique, la biorégion, peut-on lire dans la description du livre.

Alain Deneault qui est l’auteur de plusieurs essais a déjà été finaliste pour les Prix littéraires du Gouverneur général en 2013. Les lauréats des Prix GG seront dévoilés le 6 novembre.

Acadie Nouvelle

Le 35e Salon du livre de Dieppe s’ouvre sur le monde

Radio-Canada

Par Pierre-Philippe LeBlanc
22 octobre 2025

Le 35e Salon du livre de Dieppe, au Nouveau-Brunswick, met l’accent cette année sur un dialogue entre l’Acadie et le reste du monde.

L’événement qui a lieu du 23 au 26 octobre compte sur la participation de plus de 60 auteurs, indique sa directrice, Morgane Bonamy.

« On a bien sûr des auteurs du Nouveau-Brunswick et du Québec et on a été cherché des auteurs français, des auteurs de l’Afrique. […] C’est quand même une ouverture, vraiment l’ouverture à différentes cultures et au monde. » – Morgane Bonamy, directrice du Salon du livre de Dieppe

[…] Une soirée littéraire vendredi au CCNB ayant pour thème Sujet de société rassemble les auteurs Alain Deneault, Sonia Mascolo, Francine Bujold, Fadwa Lapierre, Louise Morneault et Sébastien St-Croix Dubé.


Face à face « nature anxieuse »
Avec Alain Deneault et Sébastien St-Croix Dubé
Salon du livre de Dieppe
Samedi 25 octobre 2025 - 13 h 25 à 13 h 45
Collège communautaire du Nouveau-Brunswick (CCNB)
505 Rue du College, Dieppe, NB E1A 6X2
Entrée gratuite
______________________________________________________

Face à face « politique »
Avec Alain Deneault et Réal Godbout
Salon du livre de Dieppe
Samedi 25 octobre 2025 - 17 h 40 à 18 h 10
Collège communautaire du Nouveau-Brunswick (CCNB)
505 Rue du College, Dieppe, NB E1A 6X2
Entrée gratuite

Photo © Lux Éditeur

« Lux Éditeur est au Salon du livre de Dieppe, grâce à la redoutable équipe de la Librairie Pelagie ! Retrouvez-nous jusqu’à dimanche au kiosque #23.

Alain Deneault, invité d’honneur, participe à plusieurs activités et séances de dédicaces. » – Lux Éditeur

Finaliste dans la catégorie essai des Prix littéraires du Gouverneur général 2025

Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï parmi les finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général

Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï d’Alain Deneault fait partie des finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général de 2025 dans la catégorie essai. L’annonce des livres gagnants sera le 6 novembre 2025.


« Les livres sélectionnés comme finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général 2025 motivent les lectrices et lecteurs de tout âge à rêver et à découvrir des récits captivants en s’y laissant plonger. Chacune de ces œuvres littéraires offre un point de vue différent sur le Canada et le monde. Ces livres ont le pouvoir d’approfondir les liens qui unissent les gens, de bâtir des communautés et d’imaginer un avenir meilleur. Le Conseil des arts du Canada est honoré de célébrer les voix canadiennes uniques représentées dans ces œuvres littéraires exceptionnelles. »

— Michelle Chawla, directrice et chef de la direction, Conseil des arts du Canada

Les finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général de 2025 dans la catégorie essai :

Tu viens d’où? Réflexions sur le métissage et les frontières Maïka Sondarjee (Gatineau, Québec), Lux Éditeur

Faire que! L’engagement politique à l’ère de l’inouï Alain Deneault (Petite-Rivière-de-l’Île, Nouveau-Brunswick), Lux Éditeur 

Mourir de froid, c’est beau, c’est long, c’est délicieux – Nathalie Plaat (Sherbrooke, Québec), Les Presses de l’Université de Montréal (Les salicaires)

Recueillir – Louise Warren (Saint-Lambert, Québec), Éditions du Noroît

Soigner, écrire Ouanessa Younsi (Montréal, Québec), Les Presses de l’Université de Montréal

Alain Deneault et Yves Engler – En conversation

Alain Deneault participera à une conversation avec Yves Engler, auteur de 13 livres et candidat à la direction du NPD, sur les thèmes de la décroissance, du militarisme et du capitalisme à la Maison de l’amitié le lundi 27 octobre 2025 à 19 h.

« An upcoming event encapsulates why my candidacy upends the NDP leadership race. The talk raises essential, if controversial, ideas while displaying what could be described as important ‘establishment’ credentials.

Next Monday I will be speaking with Alain Deneault. Author of a dozen books, Deneault came to prominence with a battle over his 2008 book Noir Canada: Pillage, corruption et criminalité en Afrique, which is largely about Canadian mining companies’ activities in Africa. Barrick Gold and Banro sued the publisher and three authors for $11 million. They fought back valiantly. Ultimately, their resistance to Barrick’s heavy-handed actions sparked a successful campaign in Québec to lessen corporations’ ability to sue for reputational damage through so-called SLAPP suits (Strategic Lawsuits against Public Participation).

Monday’s event is headlined “Alain Deneault et Yves Engler en conversation sur la décroissance, le militarisme, genocide et le capitalisme.” If capitalism and militarism are subjects the NDP establishment are reluctant to discuss, degrowth is truly a no-go theme. In fact, even some activists in my campaign have complained that I’ve repeatedly employed the term “degrowth”.

I will ask Alain to demystify a concept he’s written about. Amidst the climate crisis, mass species extinction, soil depletion, etc. we shouldn’t fear the label ‘degrowth’. We’d be better placed today if leftists had begun promoting degrowth a half century ago when it became clear humanity was surpassing earth’s carrying capacity and that civilization was likely to collapse this century. We must decouple our understanding of growth/GDP under capitalism from wellness/social utility.

While we’ll discuss subjects outside of mainstream political bounds, we’ll do it in a politically prized language. A slew of top NDP figures and media analysists have highlighted the importance of the party leader speaking French yet it’s unclear if any of the other leadership candidates can converse, let alone debate, in French.

It’s not my mother tongue. I grew up in Vancouver, but my mom is a Fransaskoise and I attended French immersion school. I moved to Montreal to attend Concordia university but didn’t leave after I was expelled in the aftermath of a 2002 protest against Benjamin Netanyahu. I speak to my three and eight-year-old in French.

As the only Quebecer in the race, I would have a greater chance of re-creating Jack Layton’s 2011 Orange Wave. In fact, my strategy in Quebec would be to challenge the Liberals and Bloc Québécois’ support/indifference for militarism and Israel’s genocide in Gaza. Quebec has a pacifist, internationalist, tradition that offers some space for the NDP to make gains. As the cuts from Mark Carney’s radical militarism take hold, the issue will gain prominence. If Canada’s military goes to war, likely a US-sponsored one, the subject will become even more controversial.

With only one seat in Quebec the possibility for growth is significant. But, more significantly the NDP needs to become a vehicle where people discuss capitalism, militarism and even degrowth. In any language. » – Yves Engler, yvesengler.com


Alain Deneault et Yves Engler - En conversation
Lundi 27 octobre 2025 - 19 h
La Maison de l'amitié - 120 avenue Duluth Est, Montréal, H2W 1H1
Toutes et tous sont les bienvenu·e·s
Gratuit

Escape from the Planet of the Mines – Canada’s Resource Imperialism

L’animateur Dave du balado Alberta Advantage Podcast partage et commente des extraits (mises à jour) d’un épisode enregistré en 2021 animé par la journaliste Kate Jacobson en présence du Teams Advantage Joel et Patrick au sujet « de la manière dont l’État canadien facilite l’extraction des ressources à l’intérieur de ses frontières et dans le monde au détriment du bien commun et à quoi pourrait ressembler l’exploitation minière dans une société meilleure ».

Des extraits du livre d’Alain Deneault et William Sacher Paradis sous terre. Comment le Canada est devenu la plaque tournante de l’industrie minière mondiale – ouvrage qui a été traduit en anglais sous le titre Imperial Canada Inc.: Legal Haven of Choice for the World’s Mining Industries – sont cités dans le balado, notamment à partir de 18 min 57 sec.

« Canada exists to put holes in the ground and extract surplus value for shareholders. In this episode, originally recorded in 2021, Team Advantage opens the Canadian trench-coat to find total corporate impunity. We discuss how the Canadian state facilitates resource extraction within its borders and around the world at the expense of the common good, then imagine what mining might look like in a better society. » – Alberta Advantage Podcast, 14 octobre 2025

Qui est Alberta Advantage Podcast ? 
« Fresh from the birthplace of Canadian socialism! Based in Calgary, Alberta, we are fine purveyors of commentary and analysis on local and provincial politics. » 
Les extraits des livres cités dans le balado :
Canada In The World: Settler Capitalism and the Colonial Imagination – Tyler Shipley
Imperial Canada Inc.: Legal Haven of Choice for the World’s Mining Industries Alain Deneault & William Sacher
Planetary Mine: Territories of Extraction under Late Capitalism – Martín Arboleda
Canadian Mining in Ecuador series – Brandi Morin

Use et abuse à La Chapelle Scènes Contemporaines

Photo © Maxim Paré Fortin

« Alix Dufresne et Christian Lapointe, artistes québécois·e·s à la parole déliée et vive, s’emparent de la vidéo-conférence intitulée Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art donnée par le philosophe Alain Deneault en 2021 et tirée de son livre L’économie esthétique. À l’invitation de l’Association acadienne des artistes professionnels du Nouveau-Brunswick, cette visioconférence tente de montrer comment le capitalisme maintient sous pression les artistes et les incitent à devenir rentables.

Alix Dufresne et Christian Lapointe proposent une performance déjantée et incisive avec, comme toile de fond et projetée sur écran, la prise de parole controversée du philosophe Deneault. Ils y mettent en jeu la notion de marchandisation et les mécanismes de détournement de l’art, et ce, par la création d’un encan de JNF (NFT) fabriqués en direct devant public. Leurs corps deviennent outils de création, mais aussi paradoxalement de promotion et de contestation : chair brutalisée par l’économie de la culture en quête d’une réappropriation de l’agentivité propre à la pratique de l’art.

Initié par le metteur en scène et acteur Christian Lapointe, Use et abuse est venu clore, joué à guichet fermé, la résidence d’Alix Dufresne en tant qu’artiste associée à l’USINE C de 2022 à 2025. Elle s’allie naturellement à lui pour ce projet et poursuit ainsi sa recherche autour des réflexions d’Alain Deneault, telle qu’amorcée avec Hidden Paradise créé en 2018 sur le thème de l’évasion fiscale. Ici les deux artistes donnent corps à une forme hybride, à la fois ludique, performative et politique, laissant place à l’imprévisible à chaque représentation. Pour public averti. » – La Chapelle Scènes Contemporaines


Use et abuse
Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
Inspiré de la conférence d'Alain Deneault
Une production de Carte blanche
1er au 6 décembre 2025 - 19 h 30
La Chapelle Scènes Contemporaines
Durée 1 h - Billetterie ici
Pour un public de 18 ans et plus

Présenté an français avec surtitrage en anglais les 2 et 5 décembre.

La représentation du 5 décembre sera suivie d'une discussion entre
Alain Deneault (présence à distance), Alix Dufresne et Christian Lapointe.

Une table de vente, tenue par la librairie Le Port de tête, sera présente
lors des représentations, proposant une sélection d’ouvrages
d’Alain Deneault et de Christian Lapointe.

Conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art – diffusée sur VIMEO par l’AAAPND (Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick).

Alain Deneault, invité d’honneur à la 35e édition du Salon du livre de Dieppe

Affiche © Le Salon du livre de Dieppe en collaboration avec l’école du Marais de Dieppe

Alain Deneault est l’invité d’honneur à la 35e édition du Salon du livre de Dieppe qui se tiendra du 23 au 26 octobre 2025.

Alain Deneault participera à la soirée littéraire Sujet de société le vendredi 24 octobre et deux « Face à face » le samedi 25 octobre dont le premier « Nature anxieuse» avec Sébastien St-Croix Dubé et le deuxième « Politique » avec Réal Godbout. Il sera également présent au kiosque # 23 de Lux Éditeur pour deux séances de dédicaces.

« Cette année, le Salon du livre de Dieppe a la chance d’accueillir pas moins de 58 auteur·es. Les thématiques abordées – de l’Acadie à la nutrition, en passant par les peuples autochtones, le développement personnel et l’autisme – sauront ravir petits et grands ! » – Salon du livre de Dieppe


Soirée littéraire - Sujet de société
avec Alain Deneault, Sonia Mascolo, Francine Bujold, Fadwa Lapierre,
Louise Morneault et Sébastien St-Croix Dubé
Vendredi 24 octobre - 18 h 30 à 20 h
Collège Communautaire du Nouveau-Brunswick (CCNB)
505 Rue du College, Dieppe, NB E1A 6X2
Entrée gratuite


Face à face « nature anxieuse »
Avec Alain Deneault et Sébastien St-Croix Dubé
Salon du livre de Dieppe
Samedi 25 octobre 2025 - 13 h 25 à 13 h 45
Collège communautaire du Nouveau-Brunswick (CCNB)
505 Rue du College, Dieppe, NB E1A 6X2
Entrée gratuite
______________________________________________________

Face à face « politique »
Avec Alain Deneault et Réal Godbout
Salon du livre de Dieppe
Samedi 25 octobre 2025 - 17 h 40 à 18 h 10
Collège communautaire du Nouveau-Brunswick (CCNB)
505 Rue du College, Dieppe, NB E1A 6X2
Entrée gratuite

« Rejoignez-nous pour une soirée autour des sujets de société qui nous touchent tous, où auteurs et participants échangeront sur des thèmes actuels et passionnants. Un moment de réflexion, de partage et de découverte vous attend ! Venez avec vos questions, vos idées… et votre curiosité. »

Paradis fiscaux et dérives géopolitiques : comment penser l’État ?

Alain Deneault a été invité par le Syndicat de Champlain (CSQ) pour une conférence ayant pour titre : Paradis fiscaux et dérives géopolitiques : comment penser l’État ? qui aura lieu le mardi 28 octobre 2025 à 18 h 30.

« Avec cette conférence, il vous offre l’occasion de réfléchir autrement et de comprendre ce qui se passe de l’autre côté du rideau. C’est un rendez-vous à ne pas manquer ! » – Syndicat de Champlain (CSQ)

Le Syndicat de Champlain (CSQ) regroupe 13 500 membres issus du domaine de l’éducation, dont près de 10 500 enseignantes et enseignants et plus de 3 000 employées et employés de soutien qui travaillent pour les centres de services scolaires des Patriotes, Marie-Victorin et de la Vallée-des-Tisserands.


Paradis fiscaux et dérives géopolitiques : comment penser l'État ?
Conférence d'Alain Deneault
Mardi 28 octobre - 18 h 30
Syndicat de Champlain - Salle Lionel-Bergeron au 2e étage
7500 chemin de Chambly, Saint-Hubert, Québec, J3Y 3S6
Un buffet froid sera servi à compter de 18 h
Inscription obligatoire ici

Sophie Lemaître : « Le droit est parfois utilisé pour faire taire »

Actu-Juridique.fr

Entretien avec Sophie Lemaître, Docteure en droit, juriste 
Propos recueillis par Delphine Bauer
8 octobre 2025

Docteure en droit, Sophie Lemaître est passée par différents postes, de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture à Rome (Italie), à l’association Sherpa à Paris (France) sans oublier encore le centre de recherche U4 Anti-Corruption Resource Centre à Bergen (Norvège). Dans « Réduire au silence, comment le droit est perverti pour bâillonner médias et ONG » (éd. Rue de l’Échiquier), Sophie Lemaître analyse le phénomène du « lawfare » ou « guerre par le droit », qui vise à faire taire les voix dissidentes des activistes ou journalistes. La France n’est pas épargnée par le phénomène. Rencontre.

Actu-Juridique : Comment est née l’idée de cet essai ?

Sophie Lemaître : Cet essai résulte d’un processus long de plusieurs années. La première fois que j’ai été sensibilisée au fait que le droit pouvait servir à museler, c’était en 2011. Cette année-là, le livre « Noir Canada » [qui dénonce les abus commis par des multinationales canadiennes en Afrique, NDLR], écrit par Alain Deneault, Delphine Abadie et William Sacher, est interdit de vente à la suite d’une action en justice initiée par l’entreprise Barrick Gold. C’était une pure procédure-bâillon. J’étais jeune mais je m’en souviens bien, car j’ai été marquée par le fait que ce livre avait purement et simplement disparu des rayons. J’ai d’ailleurs dans ma bibliothèque l’un des derniers exemplaires. […]

AJ : Pourquoi parler de ces attaques est-il plus que jamais nécessaire ?

Sophie Lemaître : Parce que sans information, sans le travail des journalistes, comment pourrions-nous prendre des décisions en toute connaissance de cause ? Les attaques par le droit menacent la liberté de la presse, la liberté d’association et la liberté d’expression, et plus largement l’État de droit et notre démocratie. Le fait d’en parler est essentiel. Cela n’empêchera pas d’être poursuivi, mais cela générera du soutien des citoyens, de l’indignation. C’est le meilleur rempart contre un monde du silence que l’on tente de nous imposer. […]

Les essais d’Alain Deneault aux Éditions Rue de l’échiquier :

Le macronisme, ou la médiocratie au pouvoir

Politis 
Parti pris
Hebdo # 1883 - Octobre 2025
Par Pierre Jacquemain
7 octobre 2025

Quatorze heures à Matignon : la démission éclair de Sébastien Lecornu ne relève pas du hasard, mais d’un système à bout de souffle. Le macronisme, épuisé par sa propre logique d’adaptation permanente, révèle désormais sa vacuité : un pouvoir sans vision, une politique sans pensée.

Quatorze heures : c’est le temps qu’aura tenu Sébastien Lecornu à Matignon. Une nomination surprise, suivie d’une démission tout aussi soudaine, qui résume à elle seule l’état de décomposition d’une vie politique réduite à la gestion de l’instant. Cette démission express n’est pas un accident, mais un symptôme : celui d’un pouvoir incapable de durer, de penser, de s’inscrire dans le temps long. Le macronisme, qui se voulait dépassement des clivages, n’est plus qu’un centre sans gravité.

On promettait la rupture, on retrouve le recyclage : mêmes visages, mêmes réflexes, mêmes automatismes technocratiques. L’inconséquence n’est plus une erreur, elle est devenue une méthode. Ce gouvernement sans cap incarne à la perfection ce qu’Alain Deneault appelait la médiocratie : le règne tranquille des gestionnaires dociles, des profils lisses, de ceux qui confondent neutralité et compétence. La médiocratie n’est pas la bêtise, mais l’éloge de la prudence. Elle se nourrit de conformisme, de loyauté sans pensée, d’un goût du compromis qui finit par étouffer toute idée de rupture. Elle rejette tout ce qui dépasse, tout ce qui dérange, tout ce qui pense autrement.

Le pouvoir macronien a fait de cette médiocratie une doctrine. La politique y est réduite à une succession d’ajustements tactiques qui donnent l’illusion du mouvement tout en masquant le vide. La mission impossible confiée à Lecornu – arracher en quarante-huit heures ce que nul n’avait su obtenir en trois semaines – n’était qu’un nouvel épisode d’un théâtre où la communication supplante la réflexion.

À droite, les Républicains se débattent entre loyauté et revanche. À gauche, les divisions s’enracinent : les insoumis s’enferment dans le symbolique, les socialistes hésitent entre pragmatisme et rupture. Chacun parle d’unité, mais tous s’enferment dans leurs calculs. Le pays, lui, regarde, désabusé, une classe politique incapable d’offrir le moindre horizon commun. Et désormais, l’étau se resserre sur Emmanuel Macron.

Ce n’est pas d’ordre dont la France a besoin, mais de sens, de vision, de projet. 

L’autorité présidentielle se fissure, la solitude s’installe. Ce ne sont plus seulement ses opposants qui s’interrogent, mais ses propres soutiens. Édouard Philippe évoque ouvertement une présidentielle anticipée, preuve que même les compagnons de la première heure doutent de la capacité du président à gouverner. Gabriel Attal, lui, confie ne plus comprendre les choix présidentiels. La verticalité, jadis revendiquée, s’est muée en isolement. Le chef de l’État semble enfermé dans un pouvoir devenu pure gestion de sa propre impuissance.

Le cas Lecornu, dans sa brièveté presque burlesque, révèle la gravité du moment. Nous ne manquons ni d’experts ni de talents, mais de vision. Ce n’est pas la compétence qui fait défaut, mais le courage d’assumer un cap, de dire ce que l’on veut faire du pouvoir. Gouverner, c’est choisir. Or, la politique française s’est perdue dans la prudence, le calcul, la peur du risque. L’échec n’est pas celui d’un homme, mais d’un système qui a cessé de concevoir la politique comme une responsabilité collective.

Tant que la médiocratie régnera – ce régime où la parole remplace la pensée et la prudence, la conviction –, nous continuerons de dériver, ballottés d’une crise à l’autre, dans un pays qui ne sait plus très bien qui le gouverne, ni vers quoi il va. Ce n’est pas d’ordre dont la France a besoin, mais de sens, de vision, de projet. Pas de stabilité, mais de courage et d’audace d’imposer des ruptures franches. Retrouver le goût du politique, ce n’est pas seulement rompre avec la médiocrité : c’est réapprendre à croire qu’un autre chemin demeure possible.

La game

Photo © Jason Franson – La Presse canadienne

Acadie Nouvelle

Par Alain Deneault
6 octobre 2025

La game

On regarde une bande de gars s’amuser.

On est de plus en plus nombreux à se plaire à regarder une bande de gars s’amuser. Vraiment beaucoup. Ça finit par coûter un peu d’argent : il a fallu construire un minimum d’infrastructures pour nous contenir, tous nous autres.

Parce qu’on est plusieurs à aimer voir les gars s’amuser et que ça implique un peu d’argent, il y a forcément un type qui se dit qu’on peut faire de cette joie l’objet d’un marché. L’entretenir, l’exalter, l’accroître… Vendre des tickets. D’autant plus qu’une industrie du bavardage, parallèle, s’est développée. Des agitateurs publics et des pleureuses professionnelles – des gars le plus souvent ! – commentent la joie de ceux qui s’amusent et qu’amusent ceux qui les regardent.

Ça marche ! Le cercle s’élargit tout le temps. Ceux qui ne peuvent pas voir directement ceux qui s’amusent, pour en parler après, parlent de ceux qui en disent quelque chose après les avoir vus. Ils disent avoir entendu quelqu’un dire quelque chose à propos de ceux qui s’amusent. Pis ça jase ! Dans les chaumières comme à la télévision, puis sur internet. Ça jase tellement qu’on reproduit dans les studios de télévision les images de chaumières dans lesquelles on parle de ce que les gens disent quand ils ont vraiment vu ceux qui s’amusent. On imite ceux qui imitent ceux qui parlent parce qu’ils ont vu… Ça rétroagit en boucle, on ne se comprend plus. Ça finit par ressembler à une passion. C’est comme ça que l’appellent ceux qui parlent d’après ce que disent ceux qui ont entendu ceux qui ont vu les gars s’amuser.

Pis les images sont arrivées et on a pu voir, tout le monde, le spectacle. Ou médiatiquement plutôt, par des reportages télévisés et montés en direct.

Les types qui s’amusent en sont venus à s’expliquer que leur joie est lucrative et, comme ils sont ceux qui la produisent, qu’ils devraient bien toucher leur part. Mais celui qui s’est habitué à s’enrichir en encadrant ceux qui s’amusent, en vendant des moments de leur joie à ceux qui aiment les regarder, ne veut pas perdre sa rente. Comme il ne peut pas cacher tellement plus longtemps la gimmick dans laquelle ceux qui s’amusent se reconnaissent, il leur propose un marché. Pour que le bargainage affecte peu son flux de revenus, il va accentuer encore plus la dimension commerciale de leur activité joyeuse pour réserver aux gars les nouvelles parts de plus-value. La commandite se met de la partie et la bande de gars qui s’amusaient devient une bande d’hommes-sandwichs qui s’amusent. Ils s’amusent bardés de logos d’entreprises qui financent les revenus importants qu’ils tirent de leur amusement. Ils se disent que ce n’est pas grave, que le monde va s’habituer. Que c’est une business et que la business a sa propre morale, qui s’affranchit de la morale.

Leur amusement fait l’objet désormais d’une telle attention, il devient tellement important, il s’associe à tant d’intérêts qu’il devient très sérieux. S’amuser, jouer devient un sérieux travail. Parce que si on s’amuse trop, si on joue trop, si on ne travaille pas assez, si on ne comprend pas la game, yo !, pas seulement la game mais ta game dans la game, pis la game plus grande encore – ton contrat ! – dans laquelle tu vas jouer ta game dans la game, yo ! yo !, tu risques d’être relégué à des games plus petites qui n’intéressent plus grand monde. Des games mineures ou des games de club-école, qui payent pas.

La vraie game est rendue, elle, pas mal importante, plus importante que juste une game, elle passe parfois pour le substrat symbolique de réalités graves qui n’ont plus rien à voir avec l’amusement : une guerre, des tensions géopolitiques, un gros contrat de télévision, l’enjeu de paris financiers, l’affranchissement d’une communauté culturelle, l’essor d’une minorité sociétale… Tu deviens un symbole. On ne joue pas avec ça. Ou s’il faut être prêt à jouer et à s’amuser, comme on continue de le dire, c’est avec une clavicule cassée, une dent en moins, un cerveau commotionné. Faut être game de jouer la game.

La game, c’est un peu la guerre, finalement. Comme la guerre, c’est toujours aussi toujours un peu une game. Les romanciers du journal qui chantent ton histoire tous les jours te le rappellent. Tu es un guerrier. Même le nom de ton équipement le signale. Ce que tu fais s’appelle la guerre. C’t’un peu pour rire, mais ça s’appelle quand même un peu comme ça. Tu te bats contre l’autre parce que si tu ne le fais pas, il va te faire comprendre que c’est son cas à lui. Il est payé cher pour ça, puis les gens se sont mis à croire que c’est ça qu’ils aimaient : pas tellement voir des gens s’amuser au fond, mais des gladiateurs poussés dans le dos jusqu’à la souffrance, des gars qui souffrent comme tout le monde à l’ouvrage. Ils finissent par donner l’idée que c’est normal de souffrir à l’ouvrage. De pas vraiment aimer ça. Ceux qui regardent ont l’impression, d’un coup, de devenir à leur tour les boss, parce qu’ils ont payé cher leur abonnement au câble, leur chandail ou leur place dans le stade.

Donc, à un moment donné, toi, l’athlète idéal qui s’amusait, tu te demandes si ce cirque a du sens. Comment en es-tu arrivé là ? Pourquoi tant de souffrance, de sacrifices, d’engagement… pour plaire à ceux qui aimaient te voir dans le temps où c’était juste une game… Ceux qui vendent du savon à ceux qui aiment te regarder te surmener associent tes efforts aux vieux souvenirs initiaux qui nous ont conduits là. On ressort les cartes postales brunes et les albums de photos jaunies, celles où tu patinais sur un lac ou sur la patinoire du quartier. On se rappelle le terrain de balle où ta mère t’amenait pratiquer l’été, parce que l’authenticité de l’acte, on peut lui aussi le vendre même si nous en avons perdu complètement le sens.

Il est où le bonheur ? Table ronde animée par Alain Deneault au Salon du livre de la Péninsule acadienne

La table ronde ll est où le bonheur ? animée par Alain Deneault à la 22e édition du Salon du livre de la Péninsule acadienne a eu lieu le 4 octobre 2025 avec Rose-Marie Charest [Ce que j’ai appris de vous…], Alain Crevier, [Être. Nos quêtes de sens et de liberté] et Bruno Dubuc [Nos cerveaux à tous les niveaux. du Big Bang à la conscience sociale].

« Une discussion riche et inspirante autour d’une grande question universelle : Alain Crevier, Bruno Dubuc et Rose-Marie Charest ont partagé leurs réflexions sur la quête du bonheur, à la lumière de leurs expériences et de leurs ouvrages. Un moment empreint de sagesse et d’humanité à l’Amphithéâtre de l’Aquarium et Centre marin du N.-B. » – SLPA

Devenir fasciste…

Le Club de Mediapart

Par Christophe Patillon
1er octobre 2025

Le sociologue québécois Mark Fortier n’a pas l’âme d’un guerrier. Alors, face à la montée de l’extrême-droite et à la « déroute de la démocratie sociale et libérale », il a fait son choix : il a décidé de se peindre en brun pour se « fondre dans le décor ».

[…] L’hégémonie culturelle de la gauche : c’est donc fini ! L’endoctrinement des enfants à l’école, c’est terminé: il faut purger1 

1 Précisons que Mark Fortier « ne trouve pas les purges plus acceptables parce que ce sont (ses) semblables [les progressistes] qui tiennent le rôle de l’inquisiteur ». Il critique ici certaines actions de militants de gauche sur les campus américains dont la droite radicale a su faire son miel en son temps. Alain Deneault aborde également cette question dans Moeurs. De la gauche cannibale à la droite vandale (Lux, 2022).