Les Gaspésiens doivent-ils mieux planifier leurs projets miniers?

Radio-Canada

Par David Fillion
6 novembre 2025

Les Gaspésiens gagneraient à mieux réfléchir et planifier le développement de projets miniers, comme celui envisagé à Murdochville et celui prévu dans les environs de Paspébiac. C’est du moins l’une des conclusions qui se dégagent du panel qui s’est exprimé, mercredi soir, au cégep de Gaspé, sur la question du développement minier en Gaspésie.

L’activité de mercredi soir, organisée par Solidarité Gaspésie, a permis à trois panélistes et une soixantaine de citoyens d’échanger et de réfléchir à savoir si la Gaspésie peut se passer de grands projets miniers, comme elle en a déjà connu par le passé.

[…] L’auteur et professeur de philosophie à l’Université de Moncton, Alain Deneault, lance quant à lui qu’il faut garder un œil attentif sur les projets miniers. Selon lui, le Québec n’est pas suffisamment sévère envers les compagnies d’exploitation. Il croit que les citoyens doivent être beaucoup plus exigeants avant d’accepter qu’un projet s’implante dans leur communauté.

« Le Québec est à l’exploitation minière dans l’histoire ce que les Bahamas ou le Luxembourg sont à la finance. C’est un État extraordinairement permissif. […] La situation dans laquelle on est ne nous permet pas de penser en somnambule et de faire comme si tout allait continuer comme avant », envoie-t-il. […]

Photo © Radio-Canada – Archives


Les activités minières représentent-elles une voie d’avenir pour la Gaspésie ? Panel organisé par Solidarité Gaspésie qui a eu lieu au Cégep de Gaspésie – Captation par Télé-Gaspé – L’extrait avec Alain Deneault débute à 18 min 01 sec – Durée: 2 h 13 min 55 sec – 5 novembre 2025

« Voici la captation intégrale de cette soirée de réflexion consacrée aux enjeux miniers en Gaspésie. La question du développement minier est souvent abordée dans le contexte de la transition énergétique ou encore écologique, d’un point de vue mondial ou local. Avec l’annonce de projets miniers sur son territoire ou à proximité, la Gaspésie est directement concernée par cet enjeu. Cette conférence réunit un panel de trois experts aux profils complémentaires : Julie Reid-Forget, Gaétan Lelièvre et Alain Deneault, qui abordent la question des activités minières en Gaspésie sous différents angles. Que vous soyez plutôt favorable ou plutôt réservé quant au développement minier, cet échange approfondi vous permettra d’enrichir votre réflexion sur le sujet. La captation inclut également la période d’échanges avec le public. » – TG, Télé-Gaspé

« Le 5 novembre dernier, Solidarité Gaspésie organisait un panel public pour débattre de la question : « Les activités minières représentent-elles une voie d’avenir pour la Gaspésie ? ». Les invités étaient Julie Reid Forget, Gaétan Lelièvre et Alain Deneault. Dans cet extrait, ils répondent à la question centrale : la Gaspésie peut-elle se « payer le luxe » de refuser ces projets ?. Leur analyse explore les coûts non calculés, l’impact régional sur les services publics et la « société du gaspillage » qui alimente la demande. L’intégralité de ce panel de 2 h 30 est disponible sur http://www.telegaspe.ca. » – TG, Télé-Gaspé – Durée : 11 min 5 secondes

Une assemblée sans Kevin Arseneau

Acadie Nouvelle

Par Alain Deneault
22 octobre 2024

Une assemblée sans Kevin Arseneau

Nous ne saurons jamais si la défaite de Kevin Arseneau dans sa circonscription s’explique par l’hospitalisation qui l’a mis hors jeu durant la campagne électorale. Disons qu’il est handicapant de laisser à leurs seuls bons souvenirs des électeurs par ailleurs bombardés de slogans par des adversaires pressés d’en finir avec soi. 

À une époque où la population attend si peu de la politique – c’est Susan Holt qui le regrettait  à juste titre, en discussion avec L’Acadie Nouvelle (5 octobre 2024) –, Kevin Arseneau était davantage que le membre d’un Parti en lequel on peut avoir foi, en l’occurrence celui des écologistes. Par son intégrité, son sens critique et sa vivacité d’esprit, il conférait une autre dimension au rôle de député, donnant parfois l’impression de constituer à lui seul l’opposition politique dans ce coin de pays. Une lumière dans un désert d’idées.

Comme artiste de scène, il était capable de représenter le milieu des arts ; comme diplômé en géographie ainsi que dans les humanités, il avait accès aux sciences humaines ; comme agriculteur biologique, il se montrait capable de défendre le territoire, la faune et la flore. Il était aussi critique en matière de finance. Surtout, il le faisait avec ce minimum de radicalité qu’on attend d’une pensée qui exige d’elle-même. 

Il y avait quelque chose de savoureux à l’entendre. À coups de paradoxes et d’initiatives, l’intelligence s’invitait au parlement. Les centres relatifs à la toxicomanie ? C’est en région qu’il faut y voir pour prévenir les problèmes avant qu’ils ne se concentrent dans les zones urbaines. L’épandage de glyphosate?, Voici un projet de loi qui l’interdit. La concentration des médias anglophones ? Que le législateur se dote d’une loi antimonopole…

Il fallait le voir asticoter le ministre des Finances, Ernie Steeves, lorsque ce dernier devait alors s’humilier à expliquer qu’il ne lèverait jamais le petit doigt pour que le gouvernement fédéral mette fin aux échappatoires fiscales dont profite le conglomérat Irving, au détriment de notre population. Kevin Arseneau se contenait d’enchaîner avec des propositions immédiatement réalisables en la matière : refuser toute subvention à des entités privées transférant des fonds dans les paradis fiscaux comme les Bermudes. 

Sur un plan symbolique, il était aussi le seul à oser des critiques pourtant sensées. Par de simples questions, comme : qui a décidé de mettre le drapeau acadien en berne devant l’assemblée, le jour du décès de la reine d’Angleterre ? 

À de tels moments, un silence malaisé s’imposait ; on entendait les mouches voler. Libéraux et conservateurs se confondaient ; on les voyait pour ce qu’ils sont.

 Au-delà de l’attachement qu’on peut entretenir pour la personne de Kevin Arseneau, son échec électoral, et celui de ses semblables Serge Brideau, Jacques Giguère et Simon Ouellette, témoignent bien de l’effrayant formatage que prévoit le processus électoral à l’occidentale. Que d’uniformité ! Qui détonne encore parmi ces gueules d’avocats, de comptables, de boutiquiers et de gestionnaires, ou celles de gens qui, d’autres milieux, font tout pour leur ressembler. Pourquoi aucune attirance pour ce qu’une Diani Blanco pourrait apporter à la politique ? Tous les mêmes profils socioprofessionnels, des têtes pareillement photoshopées avec ce regard obséquieux et ces dents affreusement blanches. 

L’habitus parlementaire – en sociologie, cela porte sur les règles comportementales et morales dans les différents milieux sociaux – implique la médiocrité. Faisons un usage précis de ce mot. Contrairement à l’usage courant, la médiocrité ne renvoie pas à ce qui est mauvais, nul et pauvre : cela témoignerait plutôt de l’infériorité. Non, la médiocrité, et son pendant structuré qu’est la médiocratie, nomme le règne de la moyenne, et du personnage moyen. C’est ce que la politique attire : des gens qui ont un degré moyen de culture, une ambition moyenne, qui moyenneront tout au long de leur mandat pour faire croire au plus grand nombre que nous n’avons collectivement pas plus de moyens que ceux qu’on lui octroie. On se persuadera que nous ne valons guère plus que tout ce qui se trouve à quelque juste milieu. Regardez les conservateurs s’empresser de rechercher ce point de gravité qu’est la moyenne. Et même le Parti vert s’y montré attiré. Qu’est-ce que la barre est basse…

Kevin Arseneau, avec son bagou, son audace, son humour, mais aussi son éthique de la conviction et sa compréhension intellectuelle des enjeux, était un des rares à donner espoir en la possibilité de quelque progression dans un sens souhaitable. Le monde va vraiment mal, et le monde, ce sont les gens dans les inégalités sociales qui crèvent les yeux, mais c’est aussi l’écologie et le climat. Ce n’est pas avec des politiques d’extrême centre que nous nous mesurerons aux enjeux du temps. L’heure est venue de résister à l’extérieur de ce forum stérile. 

Réédition en format poche des trois essais «classiques» d'Alain Deneault 
dans la collection Pollux chez Lux Éditeur !