Légendes du tennis canadien – Un article d’Alain Deneault dans le Monde diplomatique

Image © Gaël Maski – Photographie : PCP – Courtoisie Galerie Angalia, Paris

Le Monde diplomatique

Par Alain Deneault
Novembre 2025, page 19

Quand le sport éclipse la guerre

Légendes du tennis canadien

Classée à la 350e place mondiale des joueuses de tennis fin 2024, Victoria Mboko s’est hissée au 23e rang huit mois plus tard, après avoir défait quatre anciennes gagnantes d’épreuves du grand chelem. La victoire au tournoi du Canada à l’âge de 18 ans de la joueuse d’origine congolaise a emballé les médias, toujours prêts à produire des mythologies sportives qui occultent l’essentiel.

Une icône vient de naître. Victoria Mboko correspond à tous points de vue à la représentation qu’idéalise un libéral canadien. La jeune joueuse de tennis de 18 ans, qui porte le prénom d’une reine britannique, a certes vu le jour aux États-Unis, mais ses parents, d’origine congolaise, en ont fait délibérément une Canadienne dès l’âge de 5 ans, en choisissant de s’installer en Ontario. La nouvelle coqueluche des médias incarnerait la réussite des politiques multiculturelles. Noire issue de l’immigration, elle sait promouvoir sa culture d’origine tout en affichant les marqueurs de la réussite au Canada : un anglais parfait, beaucoup d’argent et du goût — témoins, les produits cosmétiques de luxe qu’elle affectionne.

Fait rare, cette habitante de Toronto, la métropole financière du Canada, n’a rien pour déplaire aux Québécois. Elle parle aisément français, la langue de ses parents. Elle a été entraînée par le Québécois Pierre Lamarche, ancien capitaine de l’équipe canadienne de Coupe Davis, puis par la Française Nathalie Tauziat, après un court séjour en Belgique wallonne, dans l’académie de Justine Hénin. « Montréal, je vous aime », proclamait-elle après sa victoire au tournoi du Canada, disputé en juillet-août 2025 dans la grande ville francophone d’Amérique du Nord, « sa terre promise » selon M. Cyprien Mboko, son père.

Des concessions minières à prendre

Cette figure montante du tennis mondial permet aux Canadiens de refouler une page sombre de leur histoire, là où un autre récit devrait émerger. Les parents Mboko ont fui la République démocratique du Congo (RDC) en 1999. Les médias à l’unisson se contentent d’évoquer des « tumultes » et l’« agitation » politique qui y régnait, sans jamais aller voir plus loin. Car, enfin, (…)

« À chaque innovation numérique, on constate une recrudescence des conflits au Congo »

Une pancarte « minerais congolais = mort », lors d’un rassemblement pour dénoncer l’absence de réaction internationale face a l’offensive du groupe armé M23 soutenu par le Rwanda dans l’Est de la RDC. Photo © Djoudi Hamani / Hans Lucas

basta!

Par Nolwenn Weiler
10 février 2025

« […] Les Congolais replongent dans la guerre sur fond de pillage de leurs ressources pendant qu’un sommet sur l’IA se tient à Paris en présence des industriels de la tech. Quel est le lien entre ces deux actualités ? Le sociologue Fabien Lebrun nous répond.

Vous assemblez les éléments de plusieurs enquêtes qui ont été faites par l’Onu ou par le politologue Apoli Bertrand Kameni qui dressent un parallèle saisissant entre le développement des diverses phases du numérique et les guerres qui ravagent le Congo depuis le milieu des années 1990, jusqu’à aujourd’hui. Pouvez-vous revenir sur ce parallèle ?

En 1996, la première guerre du Congo est financée via des contrats léonins entre des multinationales canadiennes pour s’approprier des concessions minières et la rébellion menée par Laurent-Désiré Kabila. Alain Deneault l’explique très bien dans son ouvrage Noir Canada. Pillage, corruption et criminalité en Afrique (Écosociété, 2008). Les rentrées pour le trésor public congolais sont très faibles, ce qui met à mal le financement de besoins fondamentaux telles la santé ou l’éducation. »

Barbarie numérique. Une autre histoire du monde connecté de Fabien Lebrun publié aux éditions L’Échappée avec la préface d’Alain Deneault et l’avant propos de Denis Mukwege

Le virtuel et le réel, des sociétés-écran au monde-écran

Image -Site ArtoVox

ArtoVox

Par lephénix
19 octobre 2024

« La technologisation du monde constitue l’enjeu majeur de notre temps. La voracité énergétique de la mégamachine numérique engage l’avenir du vivant dans le monde terrestre et compromet pour le moins les perspectives de survie de l’espèce présumée en « bénéficier » – voire en capacité de la maîtriser. Le chercheur Fabien Lebrun invite à voir ce qui se passe devant et derrière nos écrans, en partant du Congo détruit par les cruelles guerres de prédation pour le pillage de ses richesses minières, générées par nos addictions aux gadgets de l’illimitation technologique… Le stade numérique du capitalisme, arrivé à la « dernière frontière extractiviste », réalise-t-il son accumulation finale par la dévoration de la planète ?

[…] Ce sentiment fallacieux de toute-puissance infantile tient au fonctionnement des alliages de ces « microappareils computationnels, abrutissants plutôt qu’intelligents » comme le souligne le philosophe québecois Alain Deneault dans sa préface à l’essai d’une vertigineuse densité informative de Fabien Lebrun. […]

Barbarie numérique. Une autre histoire du monde connecté de Fabien Lebrun publié aux éditions L’Échappée. La préface est d’Alain Deneault et l’avant propos de Denis Mukwege.

Barbarie numérique. Une autre histoire du monde connecté de Fabien Lebrun avec la préface d’Alain Deneault

Barbarie numérique. Une autre histoire du monde connecté de Fabien Lebrun publié aux éditions L’Échappée paraîtra le 4 octobre 2024. La préface est d’Alain Deneault et l’avant propos de Denis Mukwege.

Une enquête implacable sur la tragédie que vit le Congo, cœur des industries numériques et objet de toutes les convoitises.

« À partir des années 1990, l’explosion de la production de biens électroniques, caractéristique du passage du capitalisme à son stade numérique, déclenche une guerre des métaux technologiques au Congo (RDC) qui n’a fait que gagner en intensité. Cette enquête fouillée montre que la dématérialisation est bel et bien un mythe.

Elle se nourrit d’un extractivisme sans limites dans des régions, comme celle des Grands Lacs en Afrique, qui subissent depuis des siècles les ravages de la mondialisation : de la traite négrière à la terreur coloniale du roi belge Léopold II (pour le « caoutchouc rouge » nécessaire à l’industrie automobile) jusqu’aux minerais de sang actuels (dont le coltan, essentiel aux smartphones, et le cobalt, pour la transition énergétique).

La civilisation de l’écran est synonyme d’une barbarie numérique qui se manifeste au Congo par : une économie militarisée et une criminalité institutionnalisée, un pillage généralisé, du travail forcé, le viol comme arme de guerre, la destruction des forêts et l’anéantissement de la biodiversité… Autant de catastrophes qui font du Congo l’une des plus grandes tragédies de l’histoire contemporaine, le prix fort à payer pour un monde connecté. » – Éditions L’échappée