MAKE FUZZ NOT WAR – Compilation musicale et zine bilingue disponible le 27 février 2025

Alain Deneault a signé le texte « À la recherche d’une éthique perdue. L’œuvre de la psychiatre Samah Jabr » pour le zine bilingue qui accompagne l’album MAKE FUZZ NOT WAR de The Tall House Recording Co. Cette compilation musicale dont les profits sont destinés à Médecins Sans Frontières et à l’Alliance des enfants du Moyen Orient est disponible dès le 27 février 2025 ! Un spectacle-bénéfice aura également lieu en soirée à l’espace Silence à Guelph en Ontario.

« On February 27, 2025, Tall House will be releasing a 31 track compilation that will support Doctors without Borders and Middle East Children’s Alliance. It is up for preview and pre-order now! The compilation includes a bilingual 61 page digital zine with artwork, poetry and prose.

It was amazing to see all of this come together over the last couple of months and hear everyone’s incredible expressions of solidarity with people half a world away. A sincere thank you to everyone that contributed !

If you are in Guelph, please join us at Silence on the evening of February 27, for a release show featuring: Bilal Nasser (bilalnasser.bandcamp.com), Bodyhair (Emjay Wright/Connor Kurtz), M. Mucci and the screening of the short documentary Rumaan (www.tpff.ca/residents/leila-almawy).»

Textes de : 
Sébastien B Gagnon, Alain Deneault, Frère Foutre, Fady
Joudah, Michel Seymour.
Images de : 
Judd Brucke, Élodie Dermange, Marjolaine Lord, L. Marion, S. Marion, Guillaume Vallée.
Sons de :
Anne-F Jacques
anthéne
Ben Grossman
Bilal Nasser, Nate Blackton & Nick Hildenbrand
Bodyhair
Colin Fisher
D. Marion
David and the Mountain
DVTR
En Fer
Éric Normand & Michel Doneda
Fossil Hunting Collective
Frère Foutre
Hazy Montagne Mystique & Melina Spiga
Jakob Rehlinger
Joël Lavoie & Érick d’Orion
La Poisse (Joni Void)
L’Ordre de l'Infiniment Nada
M. Mucci
Mad/Mod
Nour Symon
Nüshu
Philippe Battikha
Pierre-Yves Martel
Quelques parts
Raphaël Foisy
Sébastien B Gagnon & D. Marion
Slow Man Tofu
Stefan Christoff
thisquietarmy
Even Jimi Hendrix & Peter Brötzmann, in a posthumous collaboration

« Pensez à des êtres humains qui marchent vers leurs maisons en ruine, pour qui tout est à refaire. Des êtres humains qui reviennent chez eux, dans un territoire convoité par un État qui préfère détruire plutôt que partager, devant une puissance intimidatrice et génocidaire qui s’arroge à répétition le droit de transgresser les lois internationales. Nos médias nous montrent ces marées humaines qui rentrent « enfin » chez elles, comme si c’était la fin de l’histoire, alors que l’évidence même est que tout est à reconstruire.

Nul besoin d’être spécialiste de la situation au Moyen-Orient pour voir que la guerre sainte est d’actualité : l’Occident cherche encore à reprendre Jérusalem, et nous y participons, en Canada, par la voix de notre gouvernement, qui autorise des compagnies privées à fabriquer et à vendre internationalement des armes létales et « non-létales », dans des modalités consignées dans un traité de libre-échange.

Des voix se sont élevées l’an dernier, et les médias ont bien rapporté les pirouettes de ministre destinées à prouver qu’il n’y a pas d’armes canadiennes à Gaza. Mais nous n’en croyons rien, car il y a bien moyen d’avoir stocké des années de guerre à venir avec tout ce qui a été vendu ces dernières décennies, dans ce flux continu de mort que nous exportons pour avoir un PIB en santé.

Nous refusons cette situation inhumaine que le silence de l’Occident minimise en diabolisant le Hamas et légitimant Tsahal, deux entités dont nous condamnons les actions. Avec du fuzz ou avec pas d’fuzz, de Windsor à Rimouski en passant par Guelph et Montréal, nous avons voulu joindre nos voix à toutes celles qui s’élèvent et qui refusent de collaborer à cette guerre. En solidarité avec tous ceux et celles qui vivent sous la menace de la violence militaire et étatique, de Gaza et de la Cisjordanie au Liban, en passant par la Syrie, le Soudan, le Yémen, le Congo et l’Ukraine, nous rejetons la méchanceté des intimidateurs, des États voyous qui visent à la domination violente. Des camarades disaient récemment : NO SILENCE. Nous avons entendu l’appel, et répondons MAKE FUZZ NOT WAR. » – Bandcamp, The Tall House Recording Co , MAKE FUZZ NOT WAR


Extrait du texte À la recherche d’une éthique perdue. L’œuvre de la psychiatre Samah Jabr d'Alain Deneault :

« [...] Ainsi le conçoit-on dans le foyer de violence que sont devenus depuis plusieurs décennies les territoires occupés de la Palestine. Lisons en ce sens l’écrit exemplaire de la psychiatre Samah Jabr, Derrière les fronts (1). L’autrice établit comme premier constat que le Palestinien, la figure palestinienne, tel que représenté par la propagande états-unienne et plus largement occidentale, est synonyme de « terroriste ». « Les médias états-uniens nomment notre quête de liberté “terrorisme”, aussi le Palestinien endosse-t-il le rôle de stéréotype international du terroriste. Cette politique façonne l’opinion publique occidentale (2). [...] »
1. Samah Jabr, « La résistance palestinienne : un droit légitime et un devoir moral », Derrière les fronts. Chronique d’une psychiatre psychothérapeute palestinienne sous occupation, coéditions Premiers Matins de novembre et Hybrid Pulse, 2018. Voir aussi le documentaire d’ Alexandra Dols, Derrière les fronts, France, 2016, 113 minutes.  
2. Ibid, p. 21.

Use et abuse

Image © Carte blanche

La Presse

Par Stéphanie Morin
25 février 2025

« Après l’immense succès de son spectacle Hidden Paradise, la metteuse en scène et interprète Alix Dufresne s’associe à Christian Lapointe pour une nouvelle offrande articulée – de nouveau – autour de la parole d’Alain Deneault. Cette fois, la matière première est une vidéoconférence dans laquelle le philosophe aborde les questions du capitalisme et du détournement de l’art par l’industrie culturelle. Un spectacle hybride, performatif et politique. »


Use et abuse
Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
Inspiré de la conférence d'Alain Deneault
Une production de Carte blanche
5 au 8 mars 2025 - * COMPLET 6 et 7 mars 2025 *
Durée : 1 h
Usine C - 1345, avenue Lalonde, Montréal
Infos et billetterie : ici
18 ans et +

« Artistes québécois.e à la parole déliée et vive, Alix Dufresne et Christian Lapointe s’emparent de la vidéo-conférence intitulée Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art donnée par le philosophe Alain Deneault en 2021. À l’invitation de l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick, cette visioconférence tente de montrer comment le capitalisme maintient sous pression les artistes et les incitent à devenir rentables.

[…] Initié par le metteur en scène et acteur Christian Lapointe, USE ET ABUSE vient clore la résidence d’Alix Dufresne en tant qu’artiste associée à l’USINE C de 2022 à 2025. Elle s’allie naturellement à lui pour ce projet et poursuit ainsi sa recherche autour des réflexions d’Alain Deneault, telle qu’amorcée avec Hidden Paradise créé en 2018 sur le thème de l’évasion fiscale. Ici Les deux artistes donnent corps à une forme hybride, à la fois ludique, performative et politique, laissant place à l’imprévisible à chaque représentation. » – Source: Usine C

Conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art – diffusée sur VIMEO par l’AAAPND (Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick).

Journal d’un vidangeur: sensibiliser sans culpabiliser

Photo © Mariane L. St-Gelais – Le Quotidien

Le Soleil

Par Mariane Guay
15 février 2025

« L’essai de Simon Paré-Poupart n’a laissé personne indifférent. L’histoire et les réflexions derrière Ordures! Journal d’un vidangeur, intriguent tout le monde, des jeunes au moins jeunes, en passant par le jury du Prix des Libraires.

[…] Simon Paré-Poupart a travaillé sur cet ouvrage pendant plusieurs années, avant d’être satisfait de son écriture. C’est une rencontre avec le philosophe Alain Deneault qui a «poussé» l’auteur à présenter ce qui est pour lui bien banal. «C’est comme s’il a donné une valeur à mon discours, puis il m’a présenté un éditeur, de là que je dis qu’il m’a comme poussé, il m’a fortement encouragé à mettre à l’écrit mon discours», mentionne l’auteur, ajoutant qu’il est fier du résultat.

[…] L’ouvrage, publié chez Lux Éditeur, a même été nommé finaliste dans la catégorie Adulte du Prix des libraires 2025, une autre récompense qui lui prouve que malgré les difficultés, il a bien fait de mettre son discours à l’écrit. […] »

Photo © Mariane L. St-Gelais – Le Quotidien

Simon Paré-Poupart, titulaire de la maîtrise de l’École nationale d’administration publique (ENAP, Québec) a été collaborateur au livre De quoi Total est-elle la somme ? Multinationales et perversion du droit d’Alain Deneault, comme assistant à la rédaction.

Catherine Dorion fidèle à elle-même dans sa pièce Sciences po 101

Radio-Canada

Par Patricia Tadros
20 février 2025

« L’artiste et ex-députée solidaire a présenté son spectacle Sciences po 101 au Grand Théâtre de Québec.

[…] Elle évoque également la répression en présentant un extrait d’une rencontre qu’elle a eu avec le philosophe et auteur Alain Deneault, accusé en 2008 par la minière canadienne Barrick Gold d’avoir cherché à ternir sa réputation en utilisant de fausses informations dans son livre Noir Canada. […] »

Bande-annonce du film de Julien Fréchette, produit par MC2 en coproduction avec l’ONF, 2012
Remerciement d’Alain Deneault pour le Prix Richard-Arès reçu en 2008 pour l’essai Noir Canada. Pillage, corruption et criminalité en Afrique publié aux Éditions Écosociété. La capsule vidéo a été publié par L’Action nationale le 13 novembre 2024

Dans un climat hostile

À contretemps

Par Freddy Gomez
13 janvier 2025

À cheval entre la baie des Chaleurs et le golfe du Saint-Laurent, le campus de Shippagan de l’université de Moncton (Nouveau-Brunswick) jouxte l’océan. Ville portuaire de la péninsule acadienne, Shippagan s’affiche comme un lieu où il fait bon vivre : nature sans pareil, coût de la vie abordable, vie culturelle enrichissante, foultitude d’activités de loisirs, sentiers aménagés pour la marche et le vélo, plages à perte de vue [1]. C’est dans ce lieu paradisiaque qu’Alain Deneault, philosophe et universitaire québécois reconnu, dispense son savoir à des étudiants qu’on présume heureux de se former dans un tel environnement. Heureux malgré tout, car on ose les imaginer sensibles aux roboratives percussions philosophiques de leur professeur qui, après avoir attaqué les multinationales et paradis fiscaux, le colonialisme canadien, le management totalitaire, la médiocratie, les politiques de l’extrême centre, la « gauche cannibale » et la « droite vandale », remet le couvert avec cette puissante réflexion sur « l’engagement politique à l’ère de l’inouï » qui, disons-le tout net, mérite lecture, même sur les plages de Shippagan.

Car oui, Alain Deneault est un agitateur de concepts. Pour le cas, il s’est mis en tête de se pencher sur l’état du monde, notre monde, en cette basse époque, notre époque, où les catastrophes que génère en série et sans répit le capitalisme extractiviste, pourraient conduire, palier par palier mais sur un court temps historique, à un effondrement généralisé de nos milieux de vie, et plus largement du vivant. Les ravages que provoque ce mode de production sans limites sont tels, nous dit Deneault, que la sensation d’ « inouï » où ils nous plongent n’a d’égale que l’impensée qu’elle provoque. Car comment penser ce qui n’est comparable à rien et ne semble produire rien d’autre qu’une mal-nommée « éco-anxiété » – que l’auteur, partant de l’idée juste que l’anxiété procède toujours d’un sujet ou d’un objet, préfère appeler « éco-angoisse », qualification plus apte à dire le sentiment de vide face à l’impensable. Or, c’est bien ce vide que l’on sent monter dans une partie des consciences, un vide parfaitement en phase avec un contexte politique culturellement navrant qui favorise une montée en puissance de notions aussi délirantes que celle du « grand remplacement » portées par une extrême droite négationniste dont le principal atout est d’encourager la paresse en laissant penser qu’il suffirait de purger le monde de son extérieur, de son altérité, pour que tout aille mieux. Pensée aussi faible que triste, aussi stupide qu’odieuse, mais qui séduit bien des pauvres gens que la misère tenaille. Elle sert à cela l’extrême droite, et depuis longtemps, à faire contre-feu aux colères logiques en les orientant vers l’ignoble. C’est sa raison d’être, et c’est même pourquoi le capital s’en accommode si facilement quand nécessité fait loi. Pour continuer à piller la planète et à détruire le vivant sans qu’on l’emmerde, par exemple.

Si ce livre vaut le détour, c’est que, même si l’on se pense informé sur la question, l’ « hécatombe biodiversitaire » qu’il décrit d’entrée, complétée des incidences qu’elle aura (qu’elle a déjà), a de quoi nouer l’estomac. Qu’on ne se méprenne pas, cela dit. Deneault n’est pas du genre à cultiver le catastrophisme collapsologue, et encore moins les impasses où il mène. C’est que le bonhomme, pour conscient et érudit qu’il soit, a l’intelligence d’avoir compris qu’aucun combat pour l’écologie politique ne saurait prendre sur la base de la désespérance. D’où cette étrange sensation positive qu’on peut, par moments, ressentir à la lecture de ce catalogue de mauvaises nouvelles. C’est dû au fait que l’auteur a non seulement le sens des limites (de son lectorat), mais qu’il sait assez bien y faire pour désamorcer le catastrophisme quand il sent que ses effets pourraient être contreproductifs. Et puis il y a sa verve polémiste et cette manière, finalement assez british – mille excuses au Québécois ! – de faire du nonsense d’un monde marchant vers l’abîme une machine à cibler un système capitaliste qui n’a jamais existé que pour 20 % de bénéficiaires très relatifs de la population mondiale, mais dont les effets ravageurs concernent la planète entière. Car comme l’accumulation coloniale ou néocoloniale ou le nuage de Tchernobyl, le capitalisme ignore les frontières et les limites qui, pour lui, ne sont que des entraves à sa dynamique expansive. D’où la nécessité où il se trouve de faire cause commune avec la « pulsion oxymorique », comme dit Deneault, de l’expertise scientifique new wave qui, depuis trois grosses décennies, emploie l’essentiel de son temps à inventer, comme autant de chimères sémantiques, des oxymores à la pelle : « développement durable », « capitalisme vert », « croissance verte », « économie circulaire », « Green New Deal ».

Dans Une société à refaire, Murray Bookchin, penseur libertaire de l’écologie sociale, pointait déjà la différence majeure qu’il existe entre un passé mû par « des croyances, des espoirs solides, des valeurs » et un présent ambigu, vide, béant, non intelligible – et par conséquent incapable de produire autre chose que des angoisses ou des oxymores. C’est sans doute le principal écueil auquel se heurte l’écologie politique. Son « incapacité, nous dit Deneault, à produire un “objet” pour la pensée publique », soit un rapport au réel, au monde, susceptible de structurer un imaginaire, un désir de se projeter dans l’impensable en le pensant. La « raison » fut l’objet, la manière d’objectiver, du XVIIIe, le socialisme celui du XIXe et pour partie du XXe. Le concept d’ « effondrement » ou de « catastrophe », eux, ne peuvent pas en être. Ils dépolitisent, ils n’articulent rien, sauf, dans l’anxiété, la dérive objective vers des « objets substitutifs » habilement manipulables. Par des médias notamment qui s’y entendent à merveille pour exploiter, attiser et orienter le désarroi psychopathologique de masse vers leurs propres paniques morales et les cibles qu’ils se choisissent comme autant de boucs émissaires d’un temps éreintant de bêtise : la femme voilée, le citoyen venu d’ailleurs, le militant des Soulèvements de la terre et tant d’autres.

Alors « que faire ? », se demande Deneault, reprenant la question politique par excellence qui, depuis Tchernychevski, en 1863, et surtout Lénine, en 1902, taraude toutes les avant-gardes auto-proclamées. Sur ce point, le léninisme a fait des émules un bon gros siècle durant avec les succès qu’on connaît. On rappellera, en passant, que Vladimir Oulianov sut bien que faire pour que la révolution verse très rapidement dans la terreur : éliminer, sous son règne et avec l’aval de Trotski, tous ses adversaires politiques (socialistes révolutionnaires, mencheviks et anarchistes). Les rappels historiques sont toujours utiles. Cela dit, cette référence au Que faire ? de Lénine n’est, pour Deneault, qu’une manière, plutôt habile d’ailleurs, de digresser, d’Apollinaire à Badiou, de Bernanos à Ellul et de Derrida à Latour, vers l’idée que cette question, « incorrigiblement léniniste », dit-il, est « contraire à la pensée » parce qu’elle suppose un penser déjà-là. D’où sa proposition : cesser de se demander « que faire » pour « faire que », quitte à « mal faire ». Cette mutation suppose, dans le cas qui nous intéresse – les bouleversements écologiques –, d’être d’abord convaincus que ni les États ni le Capital ne sont en situation d’y remédier et qu’aucune « programmatique serrée » émergeant de notre camp ne pourra nous servir, en elle-même et par elle-même, de boussole. Car le caractère « inouï » de ce que nous vivons nous oblige à nous réinventer, et par là-même à libérer nos imaginaires et nos révoltes de la gangue qui les bride pour en finir avec les médiations, cultiver nos spontanéités, accepter nos pluralités, éprouver nos amitiés et fertiliser nos communs et nos luttes, en sachant, comme le pointe justement Deneault, que « le caractère irrévérencieux et indompté de toute révolte est ce qui fait le plus scandale ».

Pourtant, la seule direction que pointe le philosophe en fin d’ouvrage – celle de la « biorégion », qu’il définit ainsi : « L’ensemble qui naîtra de la nécessité, dans un moment où il faudra réapprendre à s’organiser à une échelle sensible » – pourra paraître imprécise. À quel moment, cette « biorégion » ? Tout de suite, bientôt, après l’effondrement ? Ça reste vague. Ce qu’on sent, chez Deneault, c’est une influence notable du communalisme. Il ne s’en cache pas d’ailleurs. « L’élan qui porte le biorégionalisme provient, écrit-il, du municipalisme libertaire à la Murray Bookchin et de l’autonomisme politique de type sécessionniste », mais « sans s’y laisser réduire », ajoute-t-il, c’est-à-dire sans se priver d’explorer d’autres méthodes, d’arpenter d’autres sentes, de penser d’autres possibles, de s’adonner à d’autres expériences susceptibles de nourrir l’imaginaire de résistance et de reconstruction. Car Deneault se veut polyglotte en politique, c’est-à-dire toujours ouvert à l’hybridation.

Bien sûr, s’arrêtant à cette seule hypothèse du municipalisme biorégional, on sait par avance qu’il s’attirera les foudres ou le mépris des militants de la seule cause qui vaille : celle de la Théorie, de la Révolution, de l’Émancipation et autres concepts à majuscule. Là n’est évidemment pas notre intention. Ce qui caractérise cette basse époque, c’est à la fois un profond sentiment d’impuissance devant le réel accablant des ravages que produit le monde capitalisé et la conviction que, partout, déjà, prolifèrent des formes multiples de résistance portées par un même refus antiautoritaire du vieil avant-gardisme. C’est cela même qui nous fait penser que Deneault, qui se situe dans ce camp, ait cru devoir céder, par obligation propositionnelle et en s’y forçant un peu, à cette perspective du municipalisme biorégional qui agite déjà nombre de têtes alternatives et qui, de surcroît, opère déjà dans le vécu de nombre de résistances à la marche forcée destructrice du Marché conquérant et ravageur.

« L’anarchisme, écrit-il en presque conclusion d’ouvrage, ne saurait désigner quoi que ce soit d’autre que le clin d’œil d’une panne institutionnelle, le moment événementiel d’où sourd une organisation nouvelle. Un événement politique est l’art de défaire les liens convenus – temps d’anarchie – pour les recomposer. » C’est dans ce cadre que la biorégion, comme il l’entend, se présente comme une « forme d’organisation » que « le plus grand nombre devra imposer pour faire valoir des principes éminents et impérieux en ces temps de débâcle politique et idéologique. Dans un temps événementiel qui sera celui de la politique active ». Forme d’organisation donc, mais aussi « objet de désir » d’un après enfin désirable.

Cette part d’utopie réalisable que cultive Alain Deneault rend la lecture de ce livre nécessaire. Parce qu’il terrasse quelques idées reçues et autant de mensonges colportés. Parce qu’il ouvre des pistes argumentaires et méthodologiques pour penser ce monde en le transformant radicalement et parce que, un peu à la manière de Bernard Friot et de son « déjà-là » communiste, il sait faire lien entre l’hier, l’aujourd’hui et le demain dans une perspective toujours renouvelée d’émancipation et de solidarité humaines.

Censure et autocensure. Le prix de la liberté d’expression

Censure et autocensure. Le prix de la liberté d’expression. Conférence d’Alain Deneault dans le cadre de la Semaine de la liberté d’expression le mardi 25 février 2025 dès 18 h 30 à la Bibliothèque publique de Lamèque. L’inscription est requise.

« […] Sensibilisant le public à la censure et à l’accès aux livres et aux magazines, la Semaine de la liberté d’expression est une campagne nationale qui rassemble les lecteurs, les auteurs, les éditeurs, les écoles, les bibliothèques, les librairies, les universités, les collèges et d’autres organisations partout au pays. » – Source : Gouvernement du Canada


Censure et autocensure. Le prix de la liberté d'expression.
Présenté par Alain Deneault
Mardi 25 février 2025 - 18 h 30
Bibliothèque publique de Lamèque
46, rue du Pêcheur Nord Lamèque, Nouveau-Brunswick
Inscription requise : 506-344-3262

Les Irving se sont trumpés

Photo © Acadie Nouvelle

Acadie Nouvelle

Par Alain Deneault
19 février 2025

Les Irving se sont trumpés

Il n’y a pas que les pauvres cols bleus, las des politiques va-t-en-guerre et des perspectives mondialistes de Démocrates et de Républicains traditionnels, qui découvrent s’être fait avoir par leur héros, l’actuel président des États-Unis d’Amérique, M. Donald Trump. 

Certes, en jetant leur dévolu sur ce démagogue aussi violent que farfelu, bien des membres de la classe ouvrière ont pu manifester leur colère envers l’establishment, depuis trop longtemps insensible à leur sort dans ses politiques publiques et condescendant dans ses manières d’être. Ils en avaient assez que des soldats risquent leur vie dans de lointains conflits au sens obscur, ou que les multinationales délocalisent les pôles de travail en Asie, là où les salaires et les exigences sociales sont encore plus faibles qu’aux États-Unis (!). 

Aujourd’hui, ils voient le prix des biens de première nécessité toujours augmenter malgré les engagements que leur leader a multipliés en sens contraire, et ils seront forcés de constater demain que l’eldorado promis par leur va-de-la-gueule profitera essentiellement à l’establishment pourtant honni. Leur pouvoir d’achat continuera de stagner. 

Les États-Uniens sont faibles, dixit Emmanuel Todd (La Défaite de l’Occident, Gallimard, 2024) : ils ont un PIB (produit intérieur brut : indice de la production industrielle et marchande) sujet à tromper, puisque l’essentiel de la capitalisation s’y fait dans des filières sans grande pertinence tangible, comme la spéculation financière ou le droit.

Il n’y a pas suffisamment d’ingénieurs ni d’ouvriers qualifiés au pays pour y rapatrier en un battement de paupières toute l’activité qui s’est trouvée délocalisée au Canada, au Mexique ou en Asie depuis des décennies. Le quidam états-unien se rendra vite compte que si les prix à la consommation augmentent parce que son président a imposé des tarifs à la frontière sur une multitude de biens, lesquels se répercutent sur les prix, il n’a pas pour autant accès à une multitude d’emplois payants augmentant son pouvoir d’achat. Le miracle de l’employabilité ne surviendra pas. Il sera emporté dans une spirale infernale déjà prévisible. Pour la nier, la propagande qui sévit à une échelle inédite ne saura plus quels boucs émissaires inventer ou quels objets de diversion indiquer. 

Les électeurs populaires regretteront leur choix. Ils constateront qu’à vouloir du changement, à vouloir autre chose, en optant pour le contraste, sans plus de réflexion, il arrive qu’on se trouve dans une situation pire que celle qu’on souhaitait éviter. Il fallait dès 2016 lorgner davantage à gauche (Bernie Sanders durant les primaires démocrates) qu’à l’extrême droite. Les mesures publiques, l’encadrement du travail, l’imposition des grandes fortunes et du capital, l’approche écologique, les droits de douane adaptés à la concurrence déloyale de pays qui ne respectent rien de tout cela… valent toujours mieux que le racisme, la discrimination, la bêtise, la rhétorique paranoïaque et les velléités dominatrices.  

Les États froissés par Washington, s’ils sont minimalement confiants (ce dont on peut encore douter du Canada) vont, pendant ce temps, apprendre à consolider leur autonomie productive afin de satisfaire la demande intérieure, tout en découvrant comment mieux commercer entre eux. À plus petite échelle, les régions touchées par ces mesures, du point de vue de l’emploi, pourront élaborer les modalités de leur biorégion, forme d’organisation de l’avenir. Elles goûteront au sens de l’autonomie relative.  

Il ne restera plus que les illuminés de la secte trumpiste pour suivre le gourou orange. Abonnés aux discours hypnotiques de ce Youppi! de la politique et emportés par les algorithmes qui font prendre pour argent comptant les sornettes de l’heure, ils continueront de glorifier le tyran huppé d’Amérique. Quant aux problèmes de l’histoire, ils les déconsidéreront en érigeant en coupables des figures telles que George Soros ou Bill Gates, plutôt que de critiquer le capitalisme comme système inique, et voueront aux gémonies des personnages pourtant disparus depuis longtemps de la scène politique, comme Joe Biden ou Nancy Pelosi, plutôt que de réfléchir en termes de classes sociales. Ils seront accompagnés par la frange d’irréductibles militants racistes et misogynes que la société recèle. 

 Le topo ne serait pas complet si on négligeait de signaler que les dupes de cette télé-réalité qu’est devenue la vie à la Maison-Blanche de Washington ne se comptent pas uniquement parmi les petites gens. On n’a pas besoin d’aller bien loin en ce Nouveau-Brunswick pour se souvenir que les principaux potentats de notre colonie se sont déjà montrés implicitement bien proches du controversé président.

Un indice datant de 2019 trahit cet état de fait : alors que deux fils de la sainte famille régnaient encore sur  le conglomérat Irving, lequel comptait toujours dans son escarcelle les journaux de Brunswick News, l’entité refusa au mois de juillet de cette année-là une caricature proposée par Michael de Adder, tout en mettant un terme à quelque collaboration avec ce dessinateur. Son méfait ? Une caricature caustique de Donald Trump.

Tout nous conduisait à déduire qu’il était ici malvenu de s’attaquer au gougeât occupant alors la Maison-Blanche pour son premier mandat. Surtout s’il s’agissait de dénoncer l’indifférence cruelle de ce dernier à la souffrance des victimes de politiques violentes de refoulement des étrangers à la frontière sud des États-Unis. 

 C’est que, jusque dans nos lointaines contrées, il ne fallait pas contrarier l’apprenti dictateur. Ses mesures étaient bonnes pour le business, celui qui bénéficie des infrastructures publiques en Amérique mais se trouve administré aux Bermudes, à l’ombre des grands États. Certes, Irving est une minimultinationale qui préfère diversifier ses engagements dans une myriade de filières d’activités au sein une région circonscrite, plutôt que de se spécialiser dans un même produit distribué à l’échelle mondiale. Il n’empêche qu’on la retrouve fort présente aux États-Unis, en particulier dans ce cœur financier qu’est Boston, au Massachusetts. C’est dans cette ville qu’est mort Arthur Irving, en mai dernier. C’est là où la marque Irving est visible jusqu’au réputé Fenway Park. 

Or, qu’apprend-on en lisant l’édition du 12 février de l’Acadie Nouvelle ? Que Saint-Jean, la capitale de l’Irvingnie, est la première ville touchée par l’escalade tarifaire inopinée qu’a déclenchée ce président caractériel. Foi de la Chambre de commerce du Canada, les transactions en énergie effectuées depuis cette ville, sur la base de l’activité de raffinage qui y a cours, risquent d’être limitées. Les sautes d’humeur du président se targuant d’être « cupide » (greedy) risquent de coûter cher au legs irvingnien. 

Cela n’est qu’un signe de plus révélant qu’en Occident, le capitalisme contemporain a perdu la tête, qu’il ne sait plus comment s’organiser et qu’il n’a plus de destinées claires.  

Les perdants de Jenny Cartwright en ouverture des Rendez-vous Québec Cinéma

Le documentaire Les perdants de la réalisatrice Jenny Cartwright en ouverture des Rendez-vous Québec Cinéma (RVQC) fait appel à plusieurs analystes sur les rouages et les failles du système électoral québécois, notamment Hugo Bonin, chercheur en science politique et auteur du livre La démocratie hasardeuse. Élections du tirage au sort dont la préface est signée par Alain Deneault.

« Dans Les perdants, Jenny Cartwright suit la croisade de trois citoyens pour participer aux élections de 2022. L’une est candidate indépendante, les deux autres associés à deux partis marginaux : le Parti culinaire du Québec et le Parti nul, qui milite pour que le refus de participer au processus électoral puisse être exprimé et comptabilisé. Aucun de ces candidats ne sera élu. Leur campagne électorale est perdue d’avance et le film veut montrer pourquoi.

« […] Les analystes à qui elle tend le micro déconstruisent aussi, chacun à leur manière, le système actuel. Catherine Dorion, ancienne députée solidaire, dénonce notamment le formatage imposé par l’Assemblée nationale et les médias, alors que Francis Dupuis-Déri, professeur et chercheur, et Hugo Bonin, chercheur en science politique, décortiquent le processus électoral dans lequel on vit, auquel ils opposent des idées comme la démocratie directe ou le tirage au sort. […] » – Alexandre Vigneault, La Presse

La démocratie hasardeuse. Élections du tirage au sort d’Hugo Bonin avec la préface d’Alain Deneault publié aux Éditions XYZ

À paraître le 13 février prochain : «Multinationales. Une histoire du monde contemporain» avec la participation d’Alain Deneault

Alain Deneault a fait partie du conseil scientifique qui a mené à ce volumineux ouvrage de 864 pages publié aux éditions La Découverte : Multinationales. Une histoire du monde contemporain, sous la direction d’Olivier Petitjean et Ivan du Roy, à paraître le 13 février prochain (France).

« À la fois fresque et généalogie critique, Multinationales. Une histoire du monde contemporain retrace l’émergence des multinationales depuis 1850 jusqu’à nos jours à travers cinq grandes périodes, des dates emblématiques et des portraits. » – Florian Dumont, Presse Agence, 23 janvier 2025

Parmi la cinquantaine d’universitaires, d’experts et de journalistes qui ont collaboré au livre, on retrouve deux textes signés par Alain Deneault, comme on peut le lire dans la table des matières :

DEUXIÈME PARTIE. 1901‑1945
La société industrielle et ses crises

1927. Les entreprises pétrolières se partagent l'Irak puis le monde, Alain Deneault (239) :
La France confie ses intérêts pétroliers au futur groupe TotalEnergies (241) ; Naissance d'un pétro-protectorat (243) ; Les maîtres du pétrole se dotent d'une constitution (244).

Extrait du texte d’Alain Deneault :

Durant la Première Guerre mondiale, le trust pétrolier états-unien contrôlé par John Rockefeller, la Standard Oil (SO), fait chanter les belligérants à la manière d’un marchand d’armes cédant au plus offrant. En France, par exemple, il jouit formellement d’un monopole d’approvisionnement via un cartel de dix courtiers à sa solde, auprès desquels Paris assure son ravitaillement. Inutile de rappeler qu’en pleine bataille de Verdun, les vendeurs de carburants avaient l’avantage […]

QUATRIÈME PARTIE. 1980‑1999
Le néolibéralisme triomphant

1993. Le Canada, paradis sans foi ni loi pour les entreprises minières, Alain Deneault (567) : 
Un pays voué à l'extraction des ressources naturelles (568) ; Une longue histoire de spéculation et de fraudes (569) ; Une initiative conçue par et pour l'industrie minière (571) ; Un paradis fiscal et judiciaire connecté à la Caraïbe britannique (572).

Extrait du texte d’Alain Deneault :

L’ingénieur belge René Nollevaux, gestionnaire d’une mine de cuivre au Congo, l’affirme sur le ton de l’évidence : « de manière générale dans l’industrie minière, les capitaux à risque viennent du Canada. » Il s’adresse alors à Thierry Michel, un réalisateur montrant au grand jour les relations néocoloniales belges dans la région des Grands Lacs africains. On le sait, le Canada est la législation de prédilection des minières. 75 % des sociétés minières mondiales choisissent le Canada comme lieu d’enregistrement et 60 % de celles qui émettent des actions en bourse s’inscrivent à Toronto, loin devant le London Stock Exchange, sa concurrente directe. En 2011, 90 % des actions émises par le domaine minier dans le monde ont été administrées par le Toronto Stock Exchange (TSX) et Toronto a financé par actions le secteur minier à hauteur de 220 milliards de dollars entre 2007 et 2011. […]

Résumé du livre

Qu’on consomme leurs produits, qu’on admire leurs marques ou qu’on dénonce leurs pratiques, les multinationales sont omniprésentes dans nos vies. Mais les connaît-on vraiment ? Quand sont-elles apparues ? Comment sont-elles devenues si puissantes ?

Ce livre, associant chercheurs et journalistes, offre une fresque historique et critique inédite sur ces entreprises qui ont contribué à façonner le monde dans lequel nous vivons. Des premiers câbles télégraphiques sous-marins aux géants du Web, de IG Farben au pesticide RoundUp, de Rockefeller à Elon Musk, des  » républiques bananières  » au lobbying intensif, il retrace leur montée en puissance progressive jusqu’à nos jours. À travers des dates emblématiques, des épisodes-clés et des portraits, il montre comment leur expansion découle de choix économiques et politiques, mais aussi juridiques, techniques, financiers ou culturels.

L’histoire des multinationales épouse celle des relations entre États, des conflits et des grandes crises. Elle suit de près la trajectoire des changements technologiques, que ces entreprises ont contribué à orienter et accélérer. Elle accompagne la mutation de nos vies quotidiennes, à travers l’avènement d’une société de consommation de masse puis du tout-numérique. Elle est aussi l’histoire de la transformation de notre environnement naturel, de l’extraction des matières premières, de la production d’énergie à une échelle toujours plus importante, jusqu’à engendrer des menaces inédites.

L’histoire des multinationales est donc notre histoire.

Participation d’Alain Deneault au colloque de l’Éco-conseil 2025 de l’Université du Québec à Chicoutimi

Alain Deneault participera – en visioconférence – au colloque de fermeture de l’Éco-conseil de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) qui s’intitule : 2025 : une année de turbulences, la réponse biorégionale.

L’événement Éco-conseil, qui est centré sur les problématiques liées au développement durable, portera cette année sur la question des prises de décision et la gouvernance avec la thématique suivante Repenser les prises de décision dans la transition socio-écologique : comment collectiviser le pouvoir dans nos régions ? 

L’évènement Éco-conseil est organisé par la cohorte du DESS en éco-conseil. Éco-conseil est un programme interdisciplinaire de deuxième cycle en développement durable offert à l’UQAC.


2025 : une année de turbulences, la réponse biorégionale
Conférence d'Alain Deneault
Vendredi 21 février 2025 - 15 h 15 à 16 h 15
Visioconférence de fermeture
Inscription

2025 : une année de turbulences, la réponse biorégionale – Visioconférence avec Alain Deneault – 21 février 2025
2025 : une année de turbulences, la réponse biorégionale – Visioconférence avec Alain Deneault – 21 février 2025

Causerie citoyenne avec Alain Deneault, animée par Louise Blanchard

La Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) propose une causerie citoyenne avec Alain Deneault sur le concept de la biorégion. La causerie sera animée par Louise Blanchard, conseillère municipale pour la ville de Caraquet, le 13 février 2025 – * Reporté au 20 février 2025* – autour d’un 5 à 7 à l’école de musique Trémolo. Cette activité s’inscrit dans le cadre des consultations menant aux États Généraux et la mise en place d’un groupe d’initiative Régionale (GIR).

« Lors de cette soirée, nous allons accueillir le conférencier Alain Deneault, auteur et philosophe bien connu, qui abordera le concept de biorégion. La discussion sera animée par Louise Blanchard, conseillère municipale et activiste communautaire.

Cette rencontre s’inscrit dans le cadre des consultations menant aux États Généraux et la mise en place d’un Groupe d’Initiative Régionale (GIR). Ce sera une occasion unique d’échanger sur les défis et aspirations de notre communauté, tout en contribuant à la réflexion collective sur notre avenir. Un goûter sera servi. Venez en grand nombre. » – Page Facebook (Meta) de SANB

Photo © Lisa Mansouri

Causerie citoyenne avec Alain Deneault
Animée par Louise Blanchard
Présentation du projet GIR : Daniel Thériault et Valery Robichaud
Jeudi 13 février 2025 - 17 h à 19 h - * Reporté au 20 février 2025 *
École de musique Trémolo
276 Boulevard Saint-Pierre O
Caraquet, Nouveau-Brunswick
Un léger goûter sera servi
Ouvert à tous
www.sanb.ca

Retour sur la rencontre du GIR Péninsule acadienne.

Le 20 février dernier, plus de 20 personnes se sont rassemblées pour une soirée d’échanges et de réflexion sur le potentiel de la Péninsule en tant que biorégion.

Alain Deneault a amorcé la discussion en expliquant le concept de biorégion et en soulignant l’urgence des crises actuelles – climatique, politique et des chaînes d’approvisionnement – qui nous amènent à repenser nos modèles de société.

 Points forts des discussions :
- Comment développer une autonomie régionale face aux crises globales ?
- L’importance des circuits courts et d’une gouvernance locale renforcée.
- La difficulté de changer nos modes de vie dans une société saturée d’offres matérielles et idéologiques.
- Approcher les jeunes dans ces discussions : comment les impliquer sans les décourager ?

“ Les choses se déconstruisent d’elles-mêmes face à la crise climatique. Il faut faire ce que l’on peut, mais surtout, il faut agir ! ” – Alain Deneault

Merci à toutes et à tous pour cette soirée riche en réflexions !

La face cachée de la révolution numérique

Fabien Lebrun – Photo © Christophe Rigaud

Afrikarabia

Par Christophe Rigaud
5 février 2025
Christophe Rigaud

Le chercheur Fabien Lebrun dénonce l’arrière-boutique bien peu reluisante de l’extraction des minerais nécessaires à la fabrication des smartphones et des ordinateurs. Pillage généralisée, économie militarisée, travail forcé, biodiversité martyrisée…La République démocratique du Congo (RDC) paie le prix fort de notre quotidien ultra-connecté.

[…] Afrikarabia : Vous évoquez l’épisode de la chute de Mobutu, renversé par Laurent-Désiré Kabila, en 1997. Vous dites que Kabila ne serait pas arrivé au pouvoir sans l’appui du secteur minier. Il y a un lien entre le conflit à l’Est du Congo, qui se poursuit depuis presque 30 ans, et les minerais ?

Fabien Lebrun : Je m’appuie sur différents travaux, comme ceux d’Alain Deneault, le philosophe québécois, qui a écrit « Noir Canada ». Laurent-Désiré Kabila, qui se retrouve à la tête de l’AFDL, composée de l’armée de trois pays voisins, a besoin d’argent pour financer sa guerre. L’AFDL a bénéficié du secteur extractif mondial et des multinationales minières, notamment canadiennes, qui sont une plaque tournante du secteur minier. Quand on regarde sur une carte le parcours de l’offensive de l’AFDL, on voit qu’il est fait de zigzags vers les sites miniers, où des contrats léonins ont été signés entre la rébellion et les entreprises extractives.

Barbarie numérique. Une autre histoire du monde connecté de Fabien Lebrun publié aux éditions L’Échappée avec la préface d’Alain Deneault et l’avant propos de Denis Mukwege

L’intellectuel déporté

Photo © Jean-François Boisvert – Acadie Nouvelle

Acadie Nouvelle

Par Alain Deneault
3 février 2025

L’intellectuel déporté

Quand il traite des « intellectuels », le professeur de littérature Edward Said ne pense pas nécessairement à des gens bardés de diplômes, travaillant pour des institutions d’expertise et s’autorisant d’un savoir patenté. 

Il fait référence à toute personne qui se donne la peine de réfléchir conséquemment aux affaires du monde, aux enjeux de société, aux questions pointues d’un champ culturel ou scientifique. Avec du travail et beaucoup de persévérance, cela est à la portée de quiconque. 

Surtout, selon ses termes, l’intellectuel se distingue de l’expert professionnel dans la mesure où il ne soumet sa pensée à aucune autorité, à nulle tutelle organisationnelle, à aucun ordre constitué. L’intellectuel ne se confond pas à un employé ou partenaire qui traduit en notions et symboles une position d’intérêt d’une armée, d’une entreprise commerciale, d’une grande banque ou de quelques structures professionnelles. Loin de ces truchements intéressés et de ces biais idéologiques, l’intellectuel fonde son jugement sur les ressorts propres à la vie de l’esprit. 

Aussi, bien qu’elle ait des convictions, la personne qui fait preuve d’une activité intellectuelle vive refuse de se soumettre platement aux slogans, positions officielles et diktats des têtes d’affiche de son camp. Elle peut à même sa classe sociale, son ethnie, sa région, sa société ou son pays faire preuve d’autonomie en cultivant le doute et la critique. La règle : on ne saurait accepter parmi les siens ce qu’on dénonce du point de vue des principes chez l’adversaire ; on ne saurait dénoncer la violence répétée envers les civils ukrainiens perpétrée par le régime de Vladimir Poutine sans dénoncer en même temps celle de l’armée israélienne à Gaza, par exemple.

La position est nette : « La menace qui pèse le plus lourd sur l’intellectuel de nos jours, en Occident comme dans le reste du monde, ce n’est ni l’université, ni le développement des banlieues, ni l’esprit affreusement commercial du journalisme et de l’édition, mais plutôt une attitude que j’appellerais le professionnalisme. Il consiste à voir dans le travail intellectuel un gagne-pain, effectué de telle heure à telle heure avec un œil sur la montre et un autre sur les règles du comportement “correct”, attentif à faire “comme il faut”. » (Edward Said, Des intellectuels et du Pouvoir).

On a d’autant plus de chance de se prêter à la vocation de l’intellectuel qu’on ne se soumet pas à la standardisation professionnelle.  C’est pourquoi « l’intellectuel aujourd’hui se doit d’être un amateur ». Non pas quelqu’un qui fait preuve d’amateurisme, de dilettantisme ou de négligence, comme trop de théoriciens (du complot) improvisés, mais un chercheur « amateur » au sens qu’il « aime » son sujet suffisamment pour le traiter avec tous les égards que l’on doit à une question que l’on prend au sérieux. 

Donc, s’il est ambitieux de parler de « vérité », disons de l’intellectuel qu’il est guidé par une moralité de base, un certain nombre de principes qui valent pratiquement pour eux-mêmes. « L’universalité, c’est prendre le risque d’aller au-delà des certitudes faciles fournies par nos origines, notre langue, notre nationalité, et qui nous mettent confortablement à l’abri de la réalité des autres », écrit cet intellectuel d’origine palestinienne, longtemps actif aux États-Unis et décédé au début du siècle. 

Bien sûr, on peut militer pour une cause (acadienne), défendre une langue (française), entretenir la mémoire d’actes fondateurs graves (la déportation), militer pour ses droits (Louis Mailloux), baptiser de son nom des institutions (l’Université de…), réclamer des droits sur ses terres (champ de tir de Tracadie) et s’édifier à travers des figures inspirantes (la Sagouine). Said estime que cela reste du ressort de la citoyenneté intellectuelle. Cet engagement passe par des lectures, la production de documentaires, l’écriture de romans et pièces de théâtre, entre autres productions culturelles, et une puissance d’association.

Pour Said, le travail de l’intellectuel ne s’arrête pas là toutefois. Il suppose, certes, le doute, l’autocritique et le travail de l’esprit à travers ces mobilisations. Mais aussi, il suppose une expansion de cet engagement au-delà de circonstances et de références qui ne concernent que son soi ethnique, culturel, national ou social. Il suppose une capacité à transcender les frontières de la cause quant à laquelle on se dit victime, avec de forts accents de légitimité parfois, pour trouver dans des situations analogues dans le monde des motifs de solidarité. Il s’agit « d’universaliser la crise, de donner une plus grande dimension humaine à la souffrance d’une race ou d’une nation particulière et de la mettre en rapport avec d’autres souffrances ». 

Ainsi, oui, revenir sur la déportation acadienne, si possible pour en exorciser les fâcheuses conséquences plutôt que d’en cultiver la rancœur, mais le faire au titre d’un intérêt pour les peuples qui ont subi ou continuent de subir le sort qu’ont connu les nôtres au milieu du XVIIIe siècle. Du point de vue de l’histoire, s’enquérir des populations périphériques à la Russie que Staline fit déporter à tour de bras, réfléchir au sort commun qui nous lie aux Arméniens ayant connu en Turquie des déportations mortelles il y a un peu  plus de cent ans. Et affirmer aujourd’hui son intérêt pour des Palestiniens arrachés à leurs villages depuis des décennies et aujourd’hui pourchassés de manière fascistoïde par un État qui leur reproche ce qu’ils sont. 

Pour les Acadiens aussi, dixit Said, « rattacher ces horreurs à celles qui ont affligé d’autres peuples. Cela ne signifie en aucun cas la perte d’une spécificité historique, mais plutôt un rempart contre le risque qu’une leçon sur l’oppression en un lieu donné soit oubliée ou violée ailleurs ou à une autre époque », dixit Edward Said encore. 

La médiocratie ou l’injonction à rester enfermé dans une moyenne impérieuse

La médiocratie – Photo © Getty-Fanatic Studio/Gary Waters

Entretien avec Alain Deneault par Matthieu Noël à l’émission Zoom Zoom Zen sur les ondes de France Inter – Durée : 43 min – 31 janvier 2025

« « La médiocratie est un monde -le nôtre- qui a fait de la moyenne une norme impérieuse de n’avoir rien de plus à afficher, à affirmer, à manifester qu’une activité moyenne, qu’une connaissance moyenne, qu’un désir moyen. Il faut être paramétrable. »  Voici la thèse avancée par Alain Deneault invité pour son livre La médiocratie paru en 2015 aux éditions Lux.

« La médiocratie ou quand le nivellement par le bas devient un fait social. Il est humain de ressentir ce genre de choses et surtout, c’est bien plus qu’un ressenti, car dans beaucoup de cas, c’est une réalité. De plus en plus de personnes occuperaient en entreprise des postes situés au-delà de leur seuil de compétence.
Les individus deviennent alors entièrement interchangeables. Cette médiocratie comporte des risques, dont celui de perdre de vue les enjeux importants comme la justice sociale et l’écologie.

Le règne de la banalité du mal et de l’enfermement de l’individu

Ce qui définit aujourd’hui un système médiocratique, c’est, d’après Alain Deneault, le fait de se complaire dans une forme d’automaticité déraisonnée où l’individu ne résonne pas en sa conscience, par sa propre liberté, puisque son autonomie est définie par les limites mêmes que lui imposerait cette médiocratie sociale : « C’est un système dans lequel le métier a été remplacé par la fonction, où les techniques prévalent sur les pratiques. La médiocratie a beaucoup à voir avec le taylorisme, où on a compris que dans une grande organisation, les sujets doivent être interchangeables, sous une forme incitative ou coercitive. La médiocratie est à voir comme une façon de laisser des sujets par eux-mêmes atteindre des cibles en jouant le jeu et en abdiquant sur un certain nombre d’exigences, notamment d’autonomie intellectuelle. Et si vous démultipliez dans une société des acteurs qui se plient à des règles irréfléchies, vous alimentez la banalité du mal. Vous arrivez à une situation où tout le monde obéit sans trop prendre la responsabilité à des injonctions« .

Elle consisterait à suivre une certaine tendance, lourde et invisible, qui consiste à enjoindre et à enfermer, sans qu’il en ait conscience, autrui à une liberté déguisée, normée, qui l’empêcherait de s’élever comme individu, pour servir les intérêts d’un ou d’une « médiocrate », notamment une certaine élite, qui tirerait autrui vers le bas, dans les bas instincts : « C’est enjoindre dans différents milieux, dans différentes conjonctures, des gens à se plier à des normes, à des protocoles, à des standards étriqués, et ce sous couvert d’initiatives, de liberté toujours très balisée et limitée. »

« Au fond, être médiocre, paradoxalement, c’est exploiter son intelligence sociale de manière perverse pour faire en sorte qu’autrui déraisonne et n’ait pas la volonté de s’élever, pour que celui-ci soit soustrait à ses intérêts. Et nous sommes aujourd’hui face à des pouvoirs organisationnels, institutionnels, incitatifs qui nous restreignent à ne surtout pas en faire plus. Aujourd’hui, il est regrettable de voir que l’élite, les gens puissants favorisent la médiocrité, cette injonction à être moyen qui fait que, dans tous les secteurs de nos vies aujourd’hui, nous ne serions jamais poussés à nous dépasser, à faire preuve de créativité, mais à rester dans le rang moyen. Car cette moyenne n’a rien de démocratique, d’intelligible, au contraire, elle est imposée. Pourtant, on a le pouvoir de s’affranchir de ce comportement moyen prescrit, qui sert les intérêts de cette médiocratie, qui n’a pas intérêt à laisser autrui à penser par lui-même« .

La société serait-elle en train de rompre avec la médiocratie ?

Considérant que tous les repères de notre époque seraient dominés depuis longtemps par les médiocres, le philosophe explique que le tournant politique auquel nous assistons aujourd’hui, ne traduit rien d’autre que la faillite du projet médiocrate : « Les gens prennent conscience qu’il faut s’affranchir de la volonté de s’enfermer dans un paramétrage, un certain nombre de protocoles, de normes, de standards et qu’il faut se redonner les moyens de notre citoyenneté, de notre société civile éclairée, rompre avec cette façon d’enfermer le commun dans un paramétrage qui donne une impression de liberté, mais sous une forme très contrôlée. Ce qu’on voit aujourd’hui, même politiquement, c’est la volonté de rompre avec la faillite de ce système parce qu’il n’est jamais parvenu à prendre la mesure des problèmes du temps et à être à la hauteur des enjeux« .

Il est urgent de rompre avec la médiocratie et de soutenir ceux qui résistent

Au contraire, Alain Deneault considère qu’il est plus qu’urgent de prendre fait et cause pour toutes celles et ceux qui résistent à la médiocrité et à la médiocratie, en refusant un certain nombre d’injonctions, en rompant avec un certain nombre de pratiques pour des raisons à la fois éthiques, philosophiques et politiques collectives : « Les gens doivent s’affranchir de cette tendance prégnante pour prendre leur propre destin en main et ainsi arrêter de flatter ce qui encourage les bas instincts et les passions tristes, la bassesse des égos. Il y a notamment chez les élites une volonté non pas seulement de suivre les directives, mais de s’y plier avec ardeur, en manœuvrant de façon à se positionner sur un échiquier et s’enrichir par la médiocrité. Le spectacle qui nous est donné en France aujourd’hui, c’est souvent la médiocrité par la politique plutôt que de songer à trouver une autre boussole que celle de la tactique et la communication dérisoire« .

Cependant, le philosophe alerte sur les dangers des élites qui prétendent rompre avec la médiocratie pour mieux s’y reprécipiter une fois qu’elles ont obtenu gain de cause. Il cite l’exemple de l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis : « Donald Trump est d’une part le symptôme même de l’échec de la médiocratie, car si au fond les gens se sont reconnus en lui, c’est par volonté d’en finir avec cette médiocratie et le système établi. Sauf que, d’autre part, le paradoxe veut que les gens aient finalement opté pour quelque chose de pire que ce contre quoi Trump s’est positionné, car il replonge aussitôt dans ce même médiocratisme qu’il prétendait combattre, pour tirer avantage, une fois au pouvoir, de la popularité que lui a conféré son électorat, et le replonger dans les bas instincts« .

La suite, passionnante, est à écouter… »

Philippe Vion-Dury de Fracas suggère la lecture de Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï

Le journaliste Philippe Vion-Dury de Fracas, le média des combats écologiques, suggère la lecture de l’essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï d’Alain Deneault publié chez Lux Éditeur – Hiver 2025, Nº 2, La menace carbofascite. Or noir et peste brune, page 126.

« Comment s’orienter dans une époque marquée par des bouleversements écologiques sans précédent ? Comment agir politiquement à l’ère de l’inouï ? Comment s’opposer à la grande lame montante, bientôt déferlante, de l’extrême droite ? Bref : que faire ? Cette question hante la pensée politique depuis plus d’un siècle. Le philosophe Alain Deneault nous propose, dans cet essai, de substituer à l’interrogation paralysante du «que faire ?» l’exclamation libératrice, presque jubilatoire, du «faire que» ! » – Philippe Vion-Dury

Faire que ! au palmarès de la Librairie Vaugeois dans la catégorie essai

L’essai Faire que ! d’Alain Deneault a figuré parmi les dix meilleurs vente de la Librairie Vaugeois à Québec pour le mois de décembre 2024 dans la catégorie essai au côté de l’ouvrage – dont il a été l’instigateur du projet – Ordures ! Journal d’un vidangeur de Simon Paré-Poupart.

Simon Paré-Poupart, titulaire de la maîtrise de l’École nationale d’administration publique (ENAP, Québec) a été collaborateur au livre De quoi Total est-elle la somme ? Multinationales et perversion du droit d’Alain Deneault, comme assistant à la rédaction.

Contre angoisse et résignation, un entretien avec Alain Deneault qui publie Faire que !

Entretien avec Alain Deneault par Daniel Mermet, créateur et animateur du magazine de grand reportage radiophonique Là-bas si j’y suis, sur son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï – Durée : 47 min 07 sec – 20 janvier 2025

Journaliste : Daniel Mermet
Technique : François Dellaca-Minot
Réalisation : Sylvain Richard

« FAIRE QUE ! Une réponse à la question « que faire ? » : FAIRE QUE !

QUE FAIRE ? C’est la question mille fois posée face à toutes les turbulences comme devant les grands horizons.

Comment s’orienter dans des bouleversements écologiques sans précédent, auxquels, manifestement, ni les États ni le capital ne remédieront ? Comment s’engager quand l’extrême droite sème la confusion et détourne la colère des objets réels ? Comment s’y prendre quand le libéralisme dissout tous nos repères dans la gouvernance technocratique ? Comment agir quand on est passé de Lénine à Calimero, du souffle révolutionnaire à la complainte victimaire ?

Alain Deneault cherche prémices et indices dans ce présent obscur et mou.

Que faire ? Livrer la guerre à la médiocratie et à cet extrême centre qui amène toujours le pire, et redessiner des grands desseins. Depuis la péninsule acadienne où il vit aujourd’hui, Deneault invite à explorer la « biorégion », une alternative écologique aux régions administratives avec des territoires découpés non par la législature mais par la nature, ce qui entraîne un autre moyen d’habiter et de protéger le territoire où l’on vit.

Un remède à l’écoanxiété ? D’abord un remède à l’angoisse et à la résignation. QUE FAIRE ? Le moment est venu de ne plus poser la question mais de FAIRE QUE ! » – L. B., Là-bas si j’y suis

Alerte à Malibu par Josée Blanchette

Photo © Etienne Laurent – Agence France-Presse

Le Devoir

Par Josée Blanchette
17 janvier 2025

« […] Parmi les « veilleurs de nuit » (ou lanceurs d’alerte) pour naviguer sur les eaux troubles de cette époque que le philosophe Alain Deneault qualifie d’« impensable », j’ai découvert grâce à ma mère L’orgie capitaliste. Cet entretien avec le brillant romancier et réalisateur français Marc Dugain a été réalisé par le journaliste Adrien Rivierre en 2022. Les esprits lucides comme Dugain me font du bien même si ça n’améliore pas mon écoangoisse. C’est l’un des meilleurs livres que j’ai lus en 2024.

[…] Lu et entendu dans Reporterre l’entrevue menée par Hervé Kempf avec le philosophe Alain Deneault sur l’écoangoisse (pire que l’anxiété, car elle n’a plus d’objet précis, mais toujours un signe de santé mentale) face à l’impensable. « La difficulté de l’écologie politique aujourd’hui est précisément de peiner à proposer un objet de pensée qui motive l’action. Nous sommes confrontés à des mutations techniques, informatiques, culturelles, managériales, géopolitiques qui s’accélèrent à un rythme tel qu’il est impossible pour un cerveau humain de suivre ces réalités. Donc on est en désarroi. » L’entrevue audio de 50 minutes nous explique pourquoi nous sommes figés devant l’inouï, ce qui n’a pas été ouï. […] »

Lire Deneault, ce concentré d’intelligence et de lucidité, c’est se rallier à un chevalier de l’arche perdue qui n’en démord jamais. Son essai Faire que ! inverse la question « Que faire ? ».

Hervé Kempf s’entretient avec Alain Deneault sur la chaine YouTube de Reporterre, le média de l’écologie autour de son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï publié chez Lux Éditeur – Durée : 51 min 58 sec – 11 janvier 2025

*ANNULÉ* Repenser l’altermondialisme face au moment réactionnaire avec Alain Deneault, Simon Paré-Poupart et Thibault Biscahie 

* ANNULÉ * ANNULÉ * ANNULÉ * ANNULÉ *

« Les déchirements de la mondialisation néolibérale ont enfanté la tentation néofasciste, dont l’Amérique à l’heure de Trump est le dénouement tragique.

Le moment actuel nous place devant deux écueils : d’une part, un protectionnisme belliqueux, xénophobe et ravageur de la biosphère, et de l’autre, un néolibéralisme marchand tout aussi anti-démocratique et destructeur de la planète. Quelles pistes de sortie de l’impasse ? Les Amis de Montréal vous invitent à cette soirée d’échanges pour réfléchir sur les horizons politiques envisageables, soucieux du vivant et de la diversité du monde.


* ANNULÉ * ANNULÉ * ANNULÉ * ANNULÉ *
Repenser l’altermondialisme face au moment réactionnaire
Une présentation des Amis du Monde diplomatique
Avec Alain Deneault, Simon Paré-Poupart et Thibault Biscahie
Samedi 1er mars - 19 h
Galerie Ingang Design - Espace no. 427 du Belgo
372, rue Sainte-Catherine Ouest, Montréal.
Rediffusion en direct (détails à suivre)

Le philosophe Alain Deneault propose de renouer avec l’altermondialisme et l’engagement internationaliste face au virage réactionnaire de la mondialisation néolibérale. Simon Paré-Poupart s’interroge, quant à lui, sur nos modes de gestion de déchets : révélateurs des asymétries qui sous-tendent le traitement des déchets à l’échelle internationale. Il met également en lumière les solidarités cachées qui se tissent entre personnes de toutes origines dans le cadre du métier d’éboueur à Montréal.

Enfin, Thibault Biscahie propose un regard historique sur le protectionnisme et le libre-échange afin de déconstruire les idées reçues sur ces deux modèles, et esquisse quelques pistes pour les dépasser et construire une alternative nourrie de considérations écologiques et sociales.

L’échange aura lieu en marge de l’exposition « Expo 17 : Créer des ponts » réalisée par l’artiste-ingénieur Stéphane Lajoie. À travers une série de collages des plans de construction des lagunes de l’Expo 67, l’exposition porte un nouveau regard sur l’Exposition universelle de Montréal : un moment d’optimisme qui a fait de la métropole québécoise un symbole de l’ouverture sur le monde. » – Christopher Chanco, Les Amis du Monde diplomatique

Illustration : Stéphane Lajoie. « C-64 – Tel que construit », 2017, Collage de plans d’ingénierie et peinture acrylique

Intervenants :
Alain Deneault, philosophe, auteur du Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï (2024) et cofondateur d’ATTAC-Québec ;
Simon Paré-Poupart, éboueur et essayiste, auteur du livre Ordures (2024) ;
Thibault Biscahie, chercheur postdoctoral, Centre de recherche en droit public et spécialiste du néolibéralisme.

Projection du documentaire Derrière les fronts. Résistances et résiliences en Palestine d’Alexandra Dols

« Dans le cadre du cours d’éthique animé par le professeur Alain Deneault, le documentaire « Derrière les fronts : Résistances et résiliences en Palestine » (2017), réalisé par Alexandra Dols, sera présenté le 29 janvier à l’amphithéâtre Gisèle-McGraw. La projection aura lieu de 11 h à 13 h, bien que les étudiantes et étudiants du cours soient attendus dès 10 h. Bien qu’il s’agisse d’une activité pédagogique, les communautés universitaire et collégiale, ainsi que le grand public, sont chaleureusement invités à y assister dès 11 h. » – Université de Moncton, Campus de Shippagan


Projection du documentaire dans le cadre du cours d'éthique
animé par Alain Deneault
Derrière les fronts : Résistances et résiliences en Palestine
Un film d'Alexandra Dols, 2017
29 janvier 2025 de 11 h à 13 h
Amphithéâtre Gisèle-McGraw
Entrée gratuite - Ouvert au public

Bande-annonce du film Derrière les fronts. Résistances et résiliences en Palestine d’Alexandra Dols – 2017

Résumé du film

Derrière les fronts, résistances et résilience en Palestine.

Un documentaire road-movie dans nos esprits et sur les routes de Palestine, en compagnie de la psychiatre psychothérapeute et écrivaine palestinienne la Dr. Samah Jabr. 

Dans le sillage du Dr. Frantz Fanon, psychiatre anticolonialiste, elle témoigne des stratégies et conséquences psychologiques de l’occupation et des outils des palestinien-nes pour y faire face. Dans ce film aux multiples voix, des interviews et des chroniques narrées dansent aux corps-à-corps et font apparaitre l’invisible des rues et paysages palestiniens. De cette Palestine fragmentée, des femmes et des hommes aux identités plurielles partagent leurs résistances et résiliences.

Parce que la colonisation au quotidien n’est pas seulement celle des terres, du ciel des logements et de l’eau, elle ne cherche pas simplement à s’imposer par les armes, mais travaille aussi les esprits, derrière les fronts ! 

« Dr Samah Jabr est une femme sage et réfléchie. Elle pense les effets subtils et dévastateurs de plusieurs années d’occupation brutale sur le peuple palestinien. Le film d’Alexandra Dols partage ses visions avec nous, d’une manière généreuse, humaine et profondément dérangeante. 

« Please see this film.» Ken LOACH, réalisateur.

L’« extrême centre », un extrémisme qui peut mener à l’autoritarisme

Le Monde

Par  Ariane Ferrand
15 janvier 2025

Outre l’extrême gauche et l’extrême droite, il y aurait, d’après l’historien Pierre Serna, un extrémisme du centre présent en France dès la Révolution. Il est aujourd’hui incarné par Emmanuel Macron.

Histoire d’une notion. Le 18 avril 2022, à l’issue du premier tour de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron, qui brigue un deuxième mandat, décrit le champ politique en ces termes : « Les trois quarts des électeurs (…) se sont exprimés pour trois projets. Un projet d’extrême droite. (…) Un projet d’extrême gauche. (…) Un projet d’extrême centre, si on veut qualifier le mien dans le champ central. »

[…] Pierre Serna s’inspire des ouvrages de l’écrivain italien Leonardo Sciascia, qui analyse, dans son essai Nero su Nero (1979) (Noir sur noir. Journal de dix années, 1969-1979, Christian Bourgeois Editeur, 1998), un extrémisme du centre à l’œuvre, en Italie, durant les années de plomb – fin des années 1960 au début des années 1980. Aux yeux de l’historien français, ce concept désigne des individus, des groupes ou des partis se réclamant du centre du spectre politique, à l’idéologie fluctuante et dont le caractère extrême renvoie à l’intolérance dont ils font preuve à l’égard de leurs opposants ainsi qu’à leur usage d’un pouvoir exécutif fort. L’expression définie par Pierre Serna a ensuite séduit d’autres penseurs: le politiste anglais Tariq Ali en 2005 et le philosophe Alain Deneault en 2016. […] »

Alain Deneault: comment la médiocrité a pris le pouvoir

Comment la médiocrité a pris le pouvoir. Entretien avec Alain Deneault sur la chaine YouTube de Mizane TV pour discuter de son essai La médiocratie paru en 2015 et réédité à l’automne 2024 en format poche avec les essais classiques Politique de l’extrême centre et «Gouvernance» publié chez Lux Éditeur – Durée : 1 h 15 min 55 sec – 10 janvier 2025

Le Canada, «51e État américain», un article d’Alain Deneault

Élucid

Alors qu’il n’est pas encore entré en fonction, Donald Trump répète les « coups de menton », réitérant notamment sa volonté de faire du Canada le 51e État de la confédération américaine. Si ces velléités font d’abord sourire par leur démesure, leur répétition nous force à les prendre aujourd’hui au sérieux. Que signifient ces discours ? Doit-on craindre qu’ils se concrétisent ? Pour Alain Deneault, professeur de philosophie à l’Université canadienne de Moncton (Shippagan), ces déclarations du président des États-Unis montrent que le protectionnisme dont se revendique Donald Trump marque une régression : la protection de ses propres frontières n’empêchera pas Washington de franchir allègrement toutes celles qui le séparent des richesses convoitées par le milieu des affaires.

Trump : la fin du libre-échange, le retour du colonialisme – Alain Deneault


Le Canada, «51e État américain »

Par Alain Deneault
16 janvier 2025

Les coups de menton du président des États-Unis, Donald Trump, ne s’apparentent plus à de seuls coups de tête lorsqu’ils se répètent à l’identique. Une déclaration sur l’annexion du Groenland aux États-Unis apparaît insolite lorsqu’elle est faite une première fois en août 2019. Elle devient un projet lorsqu’elle est réitérée le 7 janvier 2025. On se met soudainement à rationaliser. Le réchauffement climatique et la fonte des glaciers restent synonymes pour M. Trump d’occasions d’affaires, un Eldorado même : les terres rares et autres éléments stratégiques pour l’industrie de pointe deviendront accessibles dans cette région nordique à la faveur du processus de dégel. Le phénomène climatique facilite aussi le transport maritime, à un carrefour que Washington entend régir.

Ici, rationaliser, c’est prendre la mesure de la déraison de la nouvelle administration américaine. « Beaucoup fantasment sur les ressources de l’île en minerais, en hydrocarbures ou en potentiel hydroélectrique. Ils minorent généralement la rudesse des conditions d’exploitation et les lourds investissements requis », a déjà écrit le journaliste Philippe Descamps dans Le Monde Diplomatique au terme d’un voyage sur l’île.

Il en va de même pour l’expression, répétée à l’envi en janvier 2025 par Donald Trump alors président désigné, voulant que le Canada soit le 51e État de la confédération américaine. Longtemps une métaphore pour dénoncer à gauche l’intégration du Canada aux dynamiques industrielles et commerciales états-uniennes, la voilà devenir subitement une lubie, voire un programme. Tout comme la dystopie voulant que l’armée des États-Unis prenne le contrôle de l’eau douce du Canada dans des années de sécheresse devient un plan. À l’image de l’immeuble de l’ambassade des États-Unis dans la capitale fédérale d’Ottawa, presque aussi grand que le parlement lui-même, voilà que cette représentation mentale prend un tour concret.

Le président Trump n’entend rien à l’humour. Mais c’est parce que d’ordinaire on n’entend rien à ceux qui n’entendent rien à l’humour que ces derniers parviennent, sous couvert d’humour, à avancer des revendications aux apparences invraisemblables. Ils profitent ainsi du temps gagné.

Ils le font d’autant mieux que, parfois, leurs sujets de prédilection se révèlent pathétiques. Que faire, sinon les parodier, lorsque Donald Trump, par exemple, suggère en 2017 que son visage figure à son tour sur la falaise du mont Rushmore ? Mais lorsque d’autres enjeux revêtent un caractère beaucoup plus grave, on le comprend trop tard. Dans un contexte mondial où le Président Trump voit d’un bon œil l’invasion de l’Ukraine par la Russie et trouve normal que l’État israélien se déchaîne cruellement en territoire palestinien, au Liban ou dans la Syrie dévastée, réduire ces déclarations à un simple jeu de bluff donne seulement l’illusion de reprendre la main. Force est de se rendre à l’évidence : avec Donald Trump, une meute de personnages intransigeants arrive en force à Washington et ne conçoit rien qui puisse résister à sa volonté.

Sans se perdre dans des débats sémantiques à savoir si le trumpisme est véritablement ou non un fascisme, bien des analogies s’imposent à l’esprit avec les précédents de l’Histoire lorsqu’on observe à Washington le déni des règles établies, l’arrogance de l’équipe ministérielle érigée en méthode, l’ignorance crasse de l’Histoire et le mépris de la culture retournés en valeur…

On écarquille les yeux en constatant par quelle rhétorique ordurière le futur secrétaire d’État, Elon Musk, répond au Premier ministre du Canada, lorsque celui-ci rappelle le statut politique souverain du Canada : « Ma nana, t’es plus le gouverneur du Canada. Ce que tu dis n’a aucune importance ».

Les analogies se vérifient aussi dans la façon qu’a l’environnement proche ou distant de plaire aux puissants. Il fallait voir en janvier 2025 les représentants des différents paliers de gouvernement du Canada s’empresser de se mettre en bouche des éléments de langage sur l’immigration, le commerce ou la souveraineté en Arctique, qu’on ne les avait jamais entendus partager, et ce, dans une tentative vaine de tempérer les ardeurs du président patibulaire.

C’est dans cet effet de cascades qu’on voit des acteurs sociaux influents de toute catégorie accepter l’augure du tyran huppé d’Amérique. On ne parle pas seulement des cadres et élus sceptiques du Parti républicain qui le suivent à tombeau ouvert dans ses dévalaisons, toute honte bue, après s’être opposés à lui, au premier chef le catholique James David Vance, maintenant vice-président, mais d’autres figures publiques, le dernier en lice étant le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg. Se découvrant soudainement viriliste, ce dernier a viré sa veste sans subtilité aucune en attribuant explicitement aux « récentes élections » sa décision de surseoir à toute velléité d’édition des contenus qui circulent sur les réseaux de son empire Meta.

Nous nous retrouvons dans l’ère des « rhinocéros », du nom de la pièce de théâtre qu’Eugène Ionesco avait écrite pour témoigner des basculements successifs de ses camarades antifascistes dans la rhétorique complotiste, suprémaciste et guerrière des nazis. Rare production historiquement significative de l’auteur d’un théâtre absurde, il s’en prenait aux « demi-intellectuels » des années 1920 et 1930, seulement capables de « succomber à des slogans supérieurs ».

La pièce Rhinocéros porte clairement sur la « nazification progressive » de cette engeance, déjà observée par l’auteur en Roumanie : « Nous étions un tas de gens qui étions contre le nazisme. Et puis, petit à petit, nous étions de moins en moins nombreux. Un moment donné, un de nos amis disait : “Certainement, les fascistes n’ont pas raison. Cependant, sur ce point…”, alors on savait tout de suite que, dès qu’ils disaient cela, ils étaient dans la machine, dans l’engrenage, et que c’était fini ». On ne les voyait plus aux réunions.

Ce dont la fin du libre-échange marque le début

La franchise avec laquelle cette volonté se déclare déroute ceux qui se sont formés dans les années obliques, rhétoriques et insidieuses de l’économie de marché néolibérale. La domination s’y exerçait selon des méthodes indirectes. Les politiques dites de développement suivant la Seconde Guerre mondiale, les plans d’ajustement structurels du Fonds monétaire international de la fin du XXe siècle ou la théorie de la « bonne gouvernance » les relevant ces dernières décennies, ont permis à une oligarchie principalement occidentale d’asseoir son hégémonie par le biais de mécanismes aux apparences autonomes. Le régime concurrentiel mondialisé qu’il s’est agi de promouvoir consistait à faire participer les différents acteurs sociaux à un jeu dans lequel les puissants maîtrisaient les règles.

Contrairement à un commerce malien, une coopérative malaisienne ou une société d’État brésilienne, une entreprise multinationale soutenue fiscalement, politiquement, voire militairement, par des États puissants, disposait de leviers infinis afin de s’adapter à toute conjoncture. Par le lobbyisme, sa force de négociation, ses capitaux financiers et aussi son pouvoir de corruption, elle pouvait obtenir d’une majorité d’États des droits de douane, des politiques fiscales, un aménagement du territoire, des subventions publiques et un encadrement sécuritaire valant pour règles communes, au détriment d’acteurs sociaux incapables de faire le poids.

Le syntagme de « libre-échange » a accompagné cette histoire moderne. Il a désigné plusieurs régimes différents de l’organisation commerciale mondiale, dont tous avaient pour finalité de consacrer un rapport de domination à travers des structures d’échange qui les normalisaient et les naturalisaient.

C’est aussi au nom de ce libre-échange qu’à la Conférence de Berlin de 1884-85, le souverain belge Léopold II convainc ses partenaires européens de lui accorder l’immense territoire congolais. Le Roi belge exercera d’abord à titre privé, plutôt qu’au nom de son État, une souveraineté politique sur le territoire. Il convaincra Allemands, Britanniques et Français de la lui reconnaître à la condition de créer un vaste espace de « libre-échange ». Il s’agissait de garantir un accès aux puissances industrielles dans cette très grande part du « gâteau africain ».

L’historien Henri Wessiling rappelle que le roi Léopold II avait pour livre de chevet l’ouvrage du bien nommé J. M. B. Money, Java. Or, How to Manage a Colony (1). C’est le grimoire utopiste de la colonisation à l’anglaise : des sociétés privées qui exploitent les richesses, un personnel administratif européen respecté, des colonisés admiratifs de l’autorité des Blancs, des chefs de clans incorporés ou neutralisés. On sait aujourd’hui qu’il n’en fut rien, et que le Congo belge fut sa souveraineté privée exerçant une cruelle domination sur des peuples asservis, notamment en ce qui concerne la filière du caoutchouc.

C’est aussi l’approche libre-échangiste que les États-Unis d’Amérique chercheront à faire triompher au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, au titre du « développement ». Les États européens seront amenés à abandonner leur tutelle politique et institutionnelle sur nombre de contrées du Sud et de l’Est, au profit d’une ouverture de ces régions aux entités privées convoitant leurs richesses naturelles (2). Cela aboutira à la fin du siècle à la mondialisation libérale, sous les auspices de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) favorisant l’abattement des tarifs douaniers dans le monde et la libre circulation des marchandises et des services.

Un regard superficiel sur le retour en force de l’État, que Donald Trump promeut, peut tromper ceux qui auraient été prompts à se dire de gauche il y a un demi-siècle. M. Trump parvient à les séduire en replaçant l’autorité publique au centre du jeu, prétend à la réindustrialisation et compte mettre fin à d’astreignantes guerres d’occupation en territoires lointains. Mais ce serait oublier que Washington ne compte faire respecter les frontières que lorsqu’il s’agit des siennes, et franchir allègrement toutes celles qui le séparent de richesses convoitées par le milieu des affaires dont il continue de faire partie, avec son gouvernement comprenant notamment 13 milliardaires.

Cette contestation du libre-échange mondial marque une régression. L’empire qui se veut « à nouveau grand » suppose, à l’ancienne, l’asservissement tutélaire d’espaces géopolitiques étrangers sur un monde conquérant et colonial. Se dire de nouveau « grand » ne s’est jamais résumé à la simple intendance des affaires intérieures. Les États-Unis d’Amérique ont longtemps eu leur chasse gardée en Amérique centrale et en Amérique du Sud, tout comme l’Europe ponctionnait les richesses de l’Afrique. Ils ont poursuivi sur un plan financier et industriel l’exploitation coloniale de ce vaste garde-manger agricole et réservoir de richesses énergétiques que le Canada constitue.

On est loin de la lutte populaire engagée contre le libre-échange qu’a provoquée le mouvement altermondialiste dans les années 1990, et qui a culminé à Seattle en novembre 1999 dans une neutralisation du sommet de l’OMC. À l’époque, l’autre mondialisation préconisée par la mouvance internationale visait à garantir des échanges justes entre les populations, sur la base du respect de normes sociales et écologiques. Le protectionnisme dont fait preuve désormais le pouvoir états-unien n’est le fait d’un repli que dans un premier temps.

Un Canada vulnérable

Les États-Unis n’ont pas attendu Donald Trump pour commettre de l’ingérence au Canada. On peut dire de celle-ci qu’elle est totalement intériorisée dans les affaires des deux États. Le dernier exemple en date concerne l’Outaouais rural, dans l’ouest du Québec. La multinationale Lomiko Metals entend saccager les terres aux abords du Lac-Simon pour y exploiter un minerai stratégique dans l’industrie de pointe, le graphite. Elle le fait, soutenue par les autorités fédérales canadiennes ainsi que par… le ministère de la Défense des États-Unis d’Amérique. Comme souvent, les Démocrates et le pouvoir politique canadien procèdent en douce pour effectuer ce que l’autoritarisme trumpiste se propose de mener frontalement.

À l’appui de sa déclaration de guerre commerciale, le redresseur de torts autoproclamé réitère qu’il imposera des tarifs douaniers de l’ordre de 25 % sur les produits d’importation canadiens, las de voir les États-Unis « subventionner » l’économie canadienne. Dans la novlangue trumpiste, une « subvention » américaine faite à un État est un coût qu’on doit payer lorsqu’on achète une marchandise plutôt que de se l’approprier par la force.

Le Canada est vulnérable à ce changement de paradigme étant donné que son fonctionnement industriel et financier dépend majoritairement de ces rapports commerciaux avec son voisin du sud. Selon l’agence de statistique du Canada, les biens et services qui font l’objet de relations commerciales de part et d’autre de la frontière séparant les deux pays représentaient quotidiennement 3,6 milliards de dollars canadiens en 2023. Près de 80 % des exportations canadiennes sont destinées aux États-Unis. Le pétrole sale des sables bitumineux en Alberta est raffiné au sud et Hydro-Québec fournit à la ville de New York l’électricité dont elle a besoin. Inversement, au Canada, près de la moitié des investissements directs de l’extérieur proviennent des États-Unis. Selon l’American Petroleum Institute, jusqu’à 90 % du pétrole raffiné dans l’est du Canada transite ou est produit par les États-Unis bon an mal an, tandis que « plus de 50 % du pétrole brut importé aux États-Unis provient du Canada, comparativement à 33 % en 2013 ».

Mais le Canada est d’autant plus fragile qu’il constitue lui-même dans son essence un avatar de l’idéologie libre-échangiste que l’administration Trump conteste. Il s’agit de la meilleure incarnation de l’utopie de J. W. Money. Le Canada moderne s’est déployé comme une colonie libérale moderne lorsqu’il a mis fin à l’apanage de la Compagnie de la Baie d’Hudson et autres sociétés à charte britanniques suivant la conquête anglaise de la Nouvelle-France. Ses bourses ultra-spéculatives et son gouvernement à la solde des investisseurs et banquiers en ont fait une colonie (officiellement un « Dominion ») essentiellement dédiée au soutien des multinationales et banques tournées vers l’exploitation de ses fourrures, céréales, minerais et énergies fossiles. Il n’a rien d’autre sur quoi s’appuyer pour exister.

Enfin, le Canada est un pays informe. Deux tiers de la population vit à moins de 100 kilomètres de la frontière américaine ; les Canadiens constituent une bande démographique le long d’un axe continental. D’un point de vue culturel, l’anglophonie canadienne, largement majoritaire, est depuis longtemps absolument absorbée par la production culturelle et médiatique américaine. C’est à la marge seulement que les « Canadians » fréquentent les artistes et intellectuels de leur pays. Le tsunami de propositions venant du sud s’exprimant dans leur langue, rien n’y résiste.  Cela le prive de toute unité. Son histoire constitue un tout guère plus grand que la somme de ses annales. Ce n’est pas tant la carte du pays qui confère une unité à son territoire que le territoire qui injecte du sens dans la carte. La contrée se résume à une distribution de travailleurs dédiés à l’exploitation de sites étrangers sis le long de la frontière états-unienne.

Le Canada n’a jamais eu à cultiver d’attitude pugnace. Rarement distant de son voisin du sud sur un plan idéologique – un peu quant à Cuba à l’époque du père Trudeau, Pierre-Elliott, ou encore sur le conflit en Irak en 2003 –, le Canada s’est contenté depuis sa refondation de 1867 de marcher dans les plates-bandes de la plus grande puissance mondiale avec qui il partage un vaste espace continental, et d’en calquer les politiques. Son modèle social lui a longtemps permis de se distinguer des États-Unis, comme n’a pas manqué de le souligner à maintes reprises le sénateur « socialiste » Bernie Sanders ou encore le réalisateur progressiste Michael Moore (3).

Mais celui-ci périclite du fait de la pression que lui fait justement subir l’impératif de concurrence avec le modèle états-unien, notamment en raison de l’Accord de libre-échange nord-américain, au point où le modèle social canadien, quoique toujours meilleur, tend à ressembler aujourd’hui à celui en vigueur dans les États progressistes des États-Unis. Il est aussi sous-financé du fait des politiques fiscales canadiennes, qui ont favorisé l’intégration du pays aux paradis fiscaux de la Caraïbe britannique, qu’il a lui-même concouru à créer dans les années 1960 et 1970.

Non seulement cet ensemble de facteurs place le Canada en situation de vulnérabilité devant le voisin du Sud, mais il le laisse complètement pantois. Que faire ? Bomber le torse et rappeler l’ambassadrice, tout en boudant la cérémonie d’assermentation du nouveau Président ? C’est risible. S’essayer à un improbable sursaut national en réunissant dans une cellule de crise les Premiers ministres fédéral et provinciaux ainsi que leurs chefs de l’opposition respectifs ? La joute partisane et l’antagonisme parlementaire le rendent difficilement probable. Répliquer sur l’énergie puisque l’intendance énergétique est inextricable entre les deux pays ? Et ni l’Alberta en ce qui concerne le pétrole ni le Québec en ce qui regarde l’électricité n’ont intérêt à ce que des tarifs gênent leurs exportations. Alors, fédérer le peuple autour des droits culturels, en tous les cas en ce qui concerne les francophones ? La propagande fédérale a tout fait pour étouffer cet enjeu au fil des décennies.

Que se passera-t-il ?

Dans la conjoncture actuelle, depuis Israël, l’Europe de l’Est ou maintenant les États-Unis, seuls les stricts rapports de force semblent prévaloir. Aucun allié dans le monde n’est à même de soutenir le Canada de quelque façon dans quelque volonté de résistance.

Les pires scénarii continuent de dépasser l’entendement, comme une invasion pure et simple du Canada par les États-Unis dans le cadre d’une opération où l’armée américaine dirigerait ses blindés vers Ottawa et où l’aviation bombarderait la base militaire de Kingston. Mais on mesure déjà les effets tangibles d’un tel revirement du discours états-unien. Il devient soudainement probable que des représentants politiques, officines et médias fassent cas positivement de l’option du rattachement du Canada à la fédération américaine dans le débat public.

Le débat tournera autour de cette option. On fera l’inventaire des avantages d’une intégration, de sorte que ce faux débat devienne un enjeu central de la vie publique. On cherchera à traduit Anschluß en anglais (du français, il ne sera déjà plus question). Le représentant du Parti conservateur, Pierre Poilievre, proche de la mouvance trumpiste et pressenti pour devenir le prochain Premier ministre canadien, ne serait pas le plus à même de lui résister.

Moins une conquête, il se profilera un scénario plus attendu d’annexion, qui ne serait pas, lui non plus, sans rappeler quelques analogies. Avec son lot de résistants qui chercheront à être déterminants dans l’Histoire, au point peut-être de générer une autre forme politique au Canada, qui rompe positivement avec son fondement colonial.

Notes

(1) Henri Wesseling, Le Partage de l’Afrique. 1880-1914, Paris, Denoël, 1996, rééd. Gallimard, coll. Folio Histoire (1991), à propos de James William Bayley Money, Java : or, How to Manage a Colony, vol. 1, Londres, Hurst and Blackett, 1861.

(2) Gilbert Rist, Le Développement. Histoire d’une croyance occidentale, quatrième édition, Paris, Les Presses de Science Po, 2023.

(3) Michael Moore, Sicko, essai cinématographique, États-Unis d’Amérique, 2007.

Alain Deneault : « Nous vivons une époque impensable »

« Nous vivons une époque impensable ». Hervé Kempf s’entretient avec Alain Deneault sur la chaine YouTube de Reporterre, le média de l’écologie autour de son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï publié chez Lux Éditeur – Durée : 51 min 58 sec – 11 janvier 2025

« Comment s’engager politiquement dans cette ère de destruction inouïe ? Le philosophe québécois Alain Deneault évoque l’écoangoisse qui nous saisit, et comment réorienter cette énergie vers l’action. Une piste ? Les biorégions. » – Reporterre


Alain Deneault: « Nous vivons une époque impensable »

Photo © Mathieu Génon
Reporterre (Entretien — Culture)
Par Hervé Kempf
11 janvier 2025

« Alors que faire ? Vous, vous retournez l’expression et vous dites « faire que ». En quoi cela va-t-il nous aider à faire face à l’inouï ?

[…] Au fond, ce qu’on a compris, c’est que cette question-là, qui a été roborative et stimulante, a aussi été un frein. Pour deux raisons. Il est absurde de se demander que faire pendant qu’on fait, parce que ça nous inhibe dans le mouvement alors qu’on s’y trouve. D’autre part, il y a un problème dans la formule, c’est le statut du « que » qui est un pronom interrogatif qui appelle un complément d’objet direct, un objet, mais qui est donné directement, comme une consigne.

Alors que faire ? Cela ! L’inversion de la formule « que faire » pour « faire que » a pour vertu de modifier le statut du « que », qui devient une conjonction de subordination.

On n’est plus dans la prescription, mais dans l’invitation : faire qu’un monde nouveau advienne ?

On est dans le mouvement quand on « fait que ». Il n’y a pas d’interrogation. On est engagé dans quelque chose.

Ce que je suis en train de faire contribue à ce vers quoi nous voulons aller.

C’est ça. Le subjonctif est le mode des aspirations, des projections, de l’espérance. Parce qu’on ne sait pas exactement ce qui est à espérer. On le découvre en même temps qu’on y tend. […] »


Alain Deneault : « Être écoanxieux est un signe de santé mentale »

Vous-même, avez-vous été angoissé ?

Oui, très fortement, au point de quitter les villes. Il faut souligner qu’être écoanxieux ou écoangoissé est un signe de santé mentale. Il est important de passer à travers. Comment ? En se donnant un objet qui nous stimule. Sortir de l’angoisse, c’est mobiliser cette énergie qui évolue à vide et qui nous perturbe au profit d’un objet qui en vaut la peine. […]

Entretien avec Fabien Lebrun, auteur de l’ouvrage « Barbarie numérique. Une autre histoire du monde connecté » avec la préface d’Alain Deneault

Barbarie numérique. Une autre histoire du monde connecté de Fabien Lebrun publié aux éditions L’Échappée avec la préface d’Alain Deneault et l’avant propos de Denis Mukwege

Survie

Par Camille Lesaffre
11 octobre 2024

« […] On observe donc une convergence d’intérêts entre ces groupes armés et les entreprises occidentales. Quels sont ces arrangements mutuels ? Quelle part de responsabilité attribuable à la France ?

L’industrie minière a financé la rébellion menée par Kabila en 1996 pour chasser le dictateur Mobutu, s’implanter davantage au Congo et s’approprier les métaux numériques, notamment les multinationales nord-américaines, canadiennes en tête, comme l’a décrit Alain Deneault. Les multinationales minières ont financé des groupes armés congolais et étrangers qui ont commercialisé les minerais destinés à l’industrie numérique émergente. Les métaux congolais ont alimenté un trafic d’armes et donné du pouvoir économique et politique à des seigneurs de guerre, mafieux et trafiquants en tout genre, début d’une chaîne qui commence en Afrique centrale pour finir chez les multinationales de l’informatique. […] »

Critique de l’essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï par Bruno Marquis

Critique de l’essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï d’Alain Deneault par Bruno Marquis sur sa page Meta (Facebook) – 1er janvier 2024 ainsi que sur le site Presse-toi à gauche ! le 20 janvier 2025.

Mes nombreuses critiques des livres d’Alain Deneault ont toujours été élogieuses, mais soulevaient l’idée qu’ils gagneraient à être vulgarisés. Je m’en repens aujourd’hui : nous y perdrions beaucoup – et pour quels gains illusoires? – quant à la profondeur et la sagacité de ses analyses et de ses vues. Dans « Faire que! », essai sur « l’engagement à l’ère de l’inouï », l’auteur aborde la question « quoi faire? », que nous nous posons tous devant l’étendue des défis en présence en matière d’environnement, mais il le fait en déplaçant progressivement la question vers un mode d’action – « faire que » – quant à ce que nous devons faire et que nous serons d’ailleurs amenés à faire pour changer la donne… en cette ère de l’inouï. Un bouquin, à mon sens, d’un grand intérêt, qui nous fait découvrir et redécouvrir encore une fois une foule d’idées et d’auteurs, et qui se termine sur une note, je dois le dire, plutôt stimulante.

Extrait de l’essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï publié chez Lux Éditeur, pages 165 à 166 :

« La vie deviendra plus dure, mais plus significative. On se découvrira des talents qu’on ignorait, et les mettra à des fins plus pertinentes que celles d’un influenceur sur internet. On appellera « biorégion » l’ensemble qui naîtra de la nécessité, dans un moment où il faudra réapprendre à s’organiser à une échelle sensible. Dans les villes, appelées tendanciellement à se dépeupler, les bio quartiers pourront en être le pendant, avec leurs politiques d’agriculture urbaine et de concentrations de services. La biorégion n’est pas un projet, mais le lieu à partir duquel des projets émergent, la suite à donner à une situation – la contraction de la pensée politique à l’échelle régionale – qui sera elle, impérative. »

Mention d’Alain Deneault dans les remerciements du livre Ordures ! Journal d’un vidangeur de Simon Paré-Poupart

À la page 137 de son livre Ordures ! Journal d’un vidangeur publié chez Lux Éditeur, Simon Paré-Poupart remercie d’abord Alain Deneault comme l’instigateur de son projet de livre « J’ai eu la chance de trouver chez lui un intérêt sincère qui m’a donné l’élan nécessaire pour me lancer. […] »


Extraits des mentions d’Alain Deneault par Simon Paré-Poupart dans les médias
Image : Page Instagram de Lux Éditeur
Extrait de l'entrevue par Anne-Marie Dussault à l’émission 26.60 sur ICI RDI le 30 août 2024 (à partir de 2 minutes 45 secondes) :

«Qu'est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre ?»

« J'ai fait une belle rencontre avec Alain Deneault lors de ma maîtrise [...] qui est devenu un ami [...] On parlait et je réalisais que ce qui était normal, banal, chez mes collègues, dans mon milieu...En fait, lorsque j'avais une écoute attentive des gens, je réalisais que ce que je vivais au travail était exceptionnel. Alors je me suis mis à m'intéresser de plus en plus aux vidanges, aux ordures, à ce qu'on collecte et aussi à mon métier, à mes collègues et finalement, j'ai réalisé que le discours que je pouvais porter était peut-être intéressant pour plusieurs [...].» - Simon Paré-Poupart

Photo : Urbania

Extrait de l’article Ordures! : un éboueur dévoile les dessous de la ville de Jean Bourbeau dans Urbania le 4 septembre 2024

[…] Simon Paré-Poupart n’a jamais eu l’intention de mener une enquête journalistique classique. Ce qu’il souhaitait, c’était offrir un regard neuf, de l’intérieur, sur un monde qu’il connaît intimement.

Lors de sa maîtrise, sous la direction d’Alain Deneault, il a rapidement pris conscience de l’originalité de son point de vue.

Mais Alain Deneault lui a ouvert les yeux : « Il m’a fait réaliser que ma perspective était singulière, presque étrangère à mon milieu. Ce que je racontais avait une valeur sociologique, une pertinence que je n’avais pas mesurée. » C’est à ce moment-là que Simon a commencé à nourrir cette idée. Peu à peu, il a réalisé qu’il était prêt à en faire un livre, aussi personnel qu’engagé. Un projet qui a mûri lentement, au fil de quatre longues années de rédaction. […] »


Extrait de l’article Notre part maudite de Stéphane Baillargeon dans Le Devoir le 9 septembre 2024

Photo © Laurianne Desjardins

« Le plus révélateur dans le déchet, c’est l’invisibilisation, dit Simon Paré-Poupart, qui vient de faire paraître Ordures ! Journal d’un vidangeur, chez Lux. Notre société surconsommatrice ne veut pas voir ce qu’elle produit et finit par jeter. Elle enfouit en dehors des villes. Elle envoie le recyclage à l’autre bout de la planète. Elle met le travailleur qui le cache à la marge. Georges Bataille parlait de “la part maudite”. Le déchet est notre part maudite. Celle qu’on ne veut pas voir, celle qui nous confronte à ce qu’on fait, à ce qu’on est. »

[…] Les discussions avec son professeur de maîtrise Alain Deneault, philosophe de l’économie, l’ont convaincu d’écrire au « je » pour parler du « nous ». Sauf erreur, son témoignage s’avère assez unique au monde.

« Le livre est venu de réactions montrant de la curiosité et de l’intérêt pour mon monde. Comme on dit en journalisme, j’ai compris qu’il y avait un sujet. Dans les milieux ouvriers, il y a une banalisation de ce qu’on fait. J’ai aussi remarqué que beaucoup de vidangeurs font leur métier par souci d’entraide, comme un service public, tout en sacrifiant leur corps. »

[…] Le livre se termine sur des remerciements, au professeur Deneault, à l’éditeur Mark Fortier chez Lux, à sa femme, Laurianne, et finalement à ses compagnons de truck de vidange. « Mes collègues ne savent pas, pour la grande majorité, que j’ai écrit un livre sur le milieu, dit le texte final. J’ignore s’ils en entendront parler, et si cela les intéressera. »


Extrait de l’article Titulaire d’une maîtrise et vidangeur de Daniel Chrétien dans L’actualité le 11 septembre 2024

Photo © kozmoat98 / Getty Images – Montage : L’actualité

« Simon Paré-Poupart pourrait être gestionnaire de haut niveau. Il a préféré être éboueur. Avec son livre Ordures ! il offre une incursion déroutante dans le monde des rebuts. Entrevue. 

D’où vient l’idée de ce livre sur votre métier ?

« […] En fait, je n’ai jamais perçu mon travail comme étant hors de l’ordinaire. Pour moi, c’est un job normal. Mais au moment où j’ai commencé ma maîtrise en gestion internationale à l’ENAP, j’ai vu l’intérêt que mon emploi soulevait chez mon directeur Alain Deneault [NDLR : sociologue et philosophe]. Par sa rétroaction, il m’a fait réaliser que mon métier suscitait la curiosité. Alain m’a présenté à un éditeur, Mark Fortier, qui a un background en sociologie. Il a tout de suite manifesté de l’intérêt, parce que mon livre allait traiter de culture ouvrière, d’environnement, d’un enjeu civilisationnel, en fait. […] »


Photo © Josie Desmarais – La Presse

Extrait de l’article Les faces cachées des ordures de Sylvain Sarrazin dans La Presse le 12 septembre 2024 :

« […] Et c’est presque un monde parallèle qui s’y trouve dépeint, en marge d’une société préférant ne pas trop s’attarder sur ce microcosme souillé et ses travailleurs dédaignés – eux qui assurent pourtant un service toujours plus essentiel dans un univers surconsumériste. Pour le décoder et le rendre intelligible aux yeux du grand public, les atouts universitaires de l’auteur combinés à 20 ans d’expérience de terrain forment une passerelle improbable et éclairante. Une tâche de documentation qui ne coulait pas de source aux yeux de M. Paré-Poupart, mais qui est apparue nécessaire au fil de ses études, notamment sous l’impulsion du philosophe Alain Deneault.

« Alain Deneault avait les yeux grands ouverts. En sociologie, c’est la position de l’étranger qui nous fait réaliser que l’on touche à quelque chose de peu courant », poursuit l’auteur. […] »


Photo © Unsplash

Extrait de l’article Si nos ordures parlaient de Josée Blanchette dans Le Devoir le 27 septembre 2024 :

« […] L’éboueur Simon Paré-Poupart, qui vient de publier l’excellent Ordures ! Journal d’un vidangeur, nous en met plein les sens avec le récit passionnant de ce qu’il jette dans le camion toute la journée. Voilà un métier qu’il exerce par passion trois jours par semaine, malgré une maîtrise en administration internationale, et qui lui permet aussi de pratiquer le « freeganisme », une forme de revalorisation de nos déchets. « La production annuelle de déchets solides a dépassé les 2 milliards de tonnes dans le monde et devrait atteindre 3,4 milliards en 2050. On trouve des ordures jusque dans l’espace. Près de 10 000 tonnes orbitent autour de la Terre. Devrais-je envoyer mon CV à la NASA ? » écrit le vidangeur de 38 ans. Son professeur, le philosophe Alain Deneault, lui a conseillé d’écrire ce livre. Ces témoignages d’ouvriers scolarisés et capables d’observer le monde à la Zola sont aussi rares que précieux. » – Josée Blanchette


Simon Paré-Poupart, titulaire de la maîtrise de l’École nationale d’administration publique (ENAP, Québec) a été collaborateur au livre De quoi Total est-elle la somme ? Multinationales et perversion du droit d’Alain Deneault, comme assistant à la rédaction.

Le concept de biorégion à l’ère de l’inouï – Conférence

Conférence HEP (École des hautes études publiques) et CR2 (Centre de recherche sur la ruralité) – Le concept de biorégion à l’ère de l’inouï

« Les bouleversements climatiques et la perte de biodiversité, conjuguées avec la perte annoncée d’approvisionnement en énergies fossiles et en minerais rendent difficilement pensables les conditions de l’avenir proche. Antidote à l’écoanxiété, la biorégion est un concept à la fois souple et précis qui permet d’envisager un avenir qu’on voit mal venir, en fonction d’enjeux tangibles.

Alain Deneault est professeur de philosophie au campus de Shippagan de l’Université de Moncton. Ses essais portent sur l’idéologie managériale, la souveraineté des pouvoirs privés et l’histoire de la notion polysémique d’économie.

Cette conférence a lieu à l’occasion de la sortie récente de l’essai d’Alain Deneault: Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï, Lux Éditeur, 2024. » – École des hautes études publiques (HEP)


Le concept de biorégion à l'ère de l'inouï
avec Alain Deneault
Conférence HEP et CR2
Présentée par Alain Deneault et Arnaud Scaillerez
Mercredi 8 janvier 2025 - 11 h 30 à 13 h (heure de Moncton/UTC−4)
Local 438 - Pavillon Léopold Taillon - 18 avenue Antonine-Maillet
Université de Moncton
Une collation sera offerte
La conférence est également disponible sur TEAMS
Inscription ici

Un monde en mal d’objet

Magazine L'appel - Nº 473
Par Frédéric Antoine
Janvier 2025

Le monde serait-il malade d’un “manque d’objet” ? C’est ce que pense le philosophe québécois Alain Deneault, récemment invité dans l’émission radio de Pascal Claude Dans quel monde on vit (RTBF La Première). Un objet, y expliquait-il, est ce sur quoi porte la pensée, c’est ce qui motive l’action. Au Moyen-âge, pour le philosophe, cet objet était la chrétienté. Au XVIIIe siècle, la raison, la science. Au XIXe, pour plusieurs, c’était le socialisme, etc. « Chez moi, disait-il ensuite, à la fin du XXe siècle, le projet indépendantiste québécois était structurant. C’était un objet de la pensée. Ou, disons, un dessein. »

Et pour ce siècle-ci ? Alors que cet “objet” pourrait être l’écologie politique, le philosophe en doute. En réalité, pense-t-il, « nous sommes maintenant des “sans-dessein”. Et, puisque nous sommes en mal d’objet, nous nous rabattons sur des objets de substitution.  » Car, « lorsqu’on est angoissé et dans le désarroi parce qu’on ne sait plus à quel saint se vouer, on cherche des objets de substitution. » Parmi ces objets sur lesquels on se rabat par dépit, Alain Deneault distingue par exemple le Trumpisme, mais aussi certains courants qui animent le secteur du développement durable et à cause desquels on « finit par se faire croire qu’en travaillant sur le petit, on agit sur le grand ».

Tout le monde sent que notre monde ne tourne pas rond. Mais pourquoi ? La pensée du philosophe québécois, que l’on n’est pas obligé de partager dans sa totalité, a en tout cas le mérite d’ouvrir une perspective de réponse : celle de cette absence de “grand dessein” qui caractérisait notre époque. Un “manque d’objet” qui nous mettrait dans un désarroi tel que, pour continuer à vivre, nous n’aurions d’autre choix que de nous rabattre sur des ersatz de projet. Des objets de substitution dans lesquels nous investirions faute de mieux, qui nous feraient à court terme croire
que les choses pourraient à nouveau avoir un sens, mais qui, à long terme, nous pousseraient surtout dans des impasses où nous pourrions nous perdre.

Les éléments relevés ici ne constituent qu’une partie de la pensée de ce philosophe, qui considère qu’une des issues aux errements actuels est de s’engager politiquement, comme l’indique le titre de son dernier livre : Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï.

Au-delà des préconisations qu’y développe l’auteur, c’est son constat de départ qu’il a paru intéressant de mettre en exergue alors que le calendrier 2025 succède à celui de 2024. L’année nouvelle étant l’occasion de se fixer des objectifs, ou le moment de re- mises en question, en voilà une, et de taille : s’interroger sur l’objet qui pourrait occuper notre pensée et nous pousser à agir. Et réfléchir au dessein que nous pourrions définir pour le monde d’aujourd’hui, mais aussi pour nous-mêmes et pour nos proches. En essayant de mettre de côté ces objets de substitution qui nous tiennent certes en vie, mais comme sous perfusion, et ne nous aident pas nécessairement à grandir. Sur une planète où, faute de projet collectif structurant, de plus en plus de monde ne considère l’avenir que de manière pessimiste, il s’agit là de bien plus que d’une belle résolution de l’an neuf. C’est une impérieuse nécessité.

Barbarie numérique. L’exploitation criminelle des métaux technologiques au Congo (RDC)

InfoLibertaire.net

Par  Organisation Communiste Libertaire (OCL)

« […] L’extraction minière ne contribue pas seulement aux conflits armés au Congo, elle les détermine et en est à l’origine. La guerre qui a débuté en 1996, toujours en cours 28 ans après, a été financée par l’industrie extractive, en l’occurrence les multinationales minières nord-américaines, canadiennes en tête, comme l’a décrit Alain Deneault.  […] »

Barbarie numérique. Une autre histoire du monde connecté de Fabien Lebrun publié aux éditions L’Échappée avec la préface d’Alain Deneault et l’avant propos de Denis Mukwege