Renforcer le pouvoir des MRC pour faire advenir les biorégions

Photo © Olivier Zuida – Le Devoir
Le Devoir 
(Section Opinion)
Par Pierre Avignon
25 juillet 2025

La lettre ouverte d’Alain Deneault publiée dans Le Devoir du 24 juillet nous offrait un réveil estival réaliste, mais difficile : « La journée du 24 juillet marque le “jour du dépassement” », nous rappelait l’auteur de Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï.

Au-delà des critiques largement justifiées de notre système consumériste qui vise la croissance infinie dans un monde fini, le professeur de l’Université de Moncton conclut son texte sur une piste d’action dont on entend de plus en plus souvent parler, le développement de biorégions. Il s’agirait, pour faire face à la crise climatique, de (ré)apprendre à vivre « en rapport étroit avec le territoire » et sa communauté.

À quelques mois du déclenchement des élections municipales, il nous apparaît utile de rappeler les capacités d’action de ces entités, mais également des municipalités régionales de comté (MRC), qui exercent un rôle supramunicipal de premier ordre.

Impliqué depuis plusieurs années dans des regroupements citoyens écologistes actifs à l’échelle locale, j’ai eu l’occasion de constater à la fois les possibilités et les limites de l’action des petites municipalités. Comme le rappelait Stéphane Gendron dans son essai intitulé Rapailler nos territoires. Plaidoyer pour une nouvelle ruralité : « Il existe 1107 entités municipales au Québec. De ce nombre, 711 ont moins de 2000 habitants. » La très grande majorité des municipalités, qui représentent également la très grande majorité du territoire, sont donc de très petite taille. Pourtant, l’État québécois leur confie des responsabilités importantes, notamment la gestion des déchets et le respect des normes pour la protection de l’eau. Cela peut paraître anodin quand on les considère une à une, mais la protection écologique du territoire québécois ainsi que la nécessaire résilience à venir passent par les décisions prises dans nos villages.

Au cours des dernières années, plusieurs villes de taille moyenne ont réussi à mettre en œuvre des initiatives inspirantes, telles que le bureau de la transition écologique à Nicolet et la réduction des déchets à la source à Prévost. À l’échelle des petites municipalités, il y a bien quelques projets hors normes, comme la Politique de développement durable de Petit-Saguenay, où habitent moins de 1000 « âmes » ; toutefois, dans bien des cas, la volonté d’être proactif en matière environnementale est faible, voire inexistante. Or, de l’aveu du ministre de l’Environnement dans le rapport 2025 sur l’état de l’eau au Québec, « des efforts importants » sont encore à faire.

Malheureusement, nos petites municipalités n’ont pas les ressources humaines et financières suffisantes pour agir adéquatement. C’est là qu’entrent en jeu les MRC.

Responsable du schéma d’aménagement, du plan de développement de la zone agricole ou encore du Plan régional des milieux humides et hydriques, le conseil de la MRC qui réunit les maires et les mairesses a un rôle important à jouer. Trop peu de citoyennes et de citoyens (ou de personnes élues) s’intéressent au pouvoir de cette entité trop souvent considérée comme administrative plutôt que politique. Vu leurs ressources et leur espace d’action plus importants que ceux de nos petites municipalités, ces acteurs supralocaux devront pourtant être de plus en plus mis à contribution dans le contexte de la crise climatique. La mise en place actuelle des plans climat est une bonne occasion de le faire savoir.

Dans les 18 MRC qui ont la belle possibilité d’élire leur préfet au suffrage universel, cela sera sans doute plus aisé qu’ailleurs, mais il faut espérer que cette pratique se développera dans le futur.

Bien qu’au Québec, les espaces régionaux résonnent dans le cœur des gens, c’est bien à l’échelle des MRC que des perspectives d’action doivent être renforcées. Il serait donc intéressant de penser bio-MRC autant que biorégions pour poursuivre des projets tels que le développement de communautés nourricières. Plusieurs mouvements actuels s’inscrivent d’ailleurs dans cet élan (nouvelle vague au municipal, plateforme AGORA, Multitudes, Communagir, etc.).

Espérons que cela stimulera les débats en vue des élections de novembre prochain.

Le concept de biorégion présenté lors d’une conférence à Caraquet

Photo © Lisa Mansouri

CKRO – 97,1

Par Lisa Mansouri
25 février 2025

« Alain Deneault, professeur de philosophie à l’Université de Moncton, campus de Shippagan, s’intéresse au concept de la biorégion. Il a présenté les fondements de sa démarche lors d’une conférence à Caraquet.

Le concept de la biorégion est, aux yeux de l’universitaire, un modèle radical de gestion territoriale. Basée sur l’importance de l’écologie locale, elle propose de rétablir un lien direct entre l’individu et son environnement.

M. Deneault invite le public à ne plus de chercher à réparer le monde en suivant des directives venues d’en haut, mais de repenser collectivement leur manière d’habiter la Terre. Pour Deneault, le concept de biorégion n’est pas une utopie. C’est une manière de trouver des solutions pragmatiques aux problèmes, d’un monde en déclin. »

Participation d’Alain Deneault au colloque de l’Éco-conseil 2025 de l’Université du Québec à Chicoutimi

Alain Deneault participera – en visioconférence – au colloque de fermeture de l’Éco-conseil de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) qui s’intitule : 2025 : une année de turbulences, la réponse biorégionale.

L’événement Éco-conseil, qui est centré sur les problématiques liées au développement durable, portera cette année sur la question des prises de décision et la gouvernance avec la thématique suivante Repenser les prises de décision dans la transition socio-écologique : comment collectiviser le pouvoir dans nos régions ? 

L’évènement Éco-conseil est organisé par la cohorte du DESS en éco-conseil. Éco-conseil est un programme interdisciplinaire de deuxième cycle en développement durable offert à l’UQAC.


2025 : une année de turbulences, la réponse biorégionale
Conférence d'Alain Deneault
Vendredi 21 février 2025 - 15 h 15 à 16 h 15
Visioconférence de fermeture
Inscription

2025 : une année de turbulences, la réponse biorégionale – Visioconférence avec Alain Deneault – 21 février 2025
2025 : une année de turbulences, la réponse biorégionale – Visioconférence avec Alain Deneault – 21 février 2025

Causerie citoyenne avec Alain Deneault, animée par Louise Blanchard

La Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) propose une causerie citoyenne avec Alain Deneault sur le concept de la biorégion. La causerie sera animée par Louise Blanchard, conseillère municipale pour la ville de Caraquet, le 13 février 2025 – * Reporté au 20 février 2025* – autour d’un 5 à 7 à l’école de musique Trémolo. Cette activité s’inscrit dans le cadre des consultations menant aux États Généraux et la mise en place d’un groupe d’initiative Régionale (GIR).

« Lors de cette soirée, nous allons accueillir le conférencier Alain Deneault, auteur et philosophe bien connu, qui abordera le concept de biorégion. La discussion sera animée par Louise Blanchard, conseillère municipale et activiste communautaire.

Cette rencontre s’inscrit dans le cadre des consultations menant aux États Généraux et la mise en place d’un Groupe d’Initiative Régionale (GIR). Ce sera une occasion unique d’échanger sur les défis et aspirations de notre communauté, tout en contribuant à la réflexion collective sur notre avenir. Un goûter sera servi. Venez en grand nombre. » – Page Facebook (Meta) de SANB

Photo © Lisa Mansouri

Causerie citoyenne avec Alain Deneault
Animée par Louise Blanchard
Présentation du projet GIR : Daniel Thériault et Valery Robichaud
Jeudi 13 février 2025 - 17 h à 19 h - * Reporté au 20 février 2025 *
École de musique Trémolo
276 Boulevard Saint-Pierre O
Caraquet, Nouveau-Brunswick
Un léger goûter sera servi
Ouvert à tous
www.sanb.ca

Retour sur la rencontre du GIR Péninsule acadienne.

Le 20 février dernier, plus de 20 personnes se sont rassemblées pour une soirée d’échanges et de réflexion sur le potentiel de la Péninsule en tant que biorégion.

Alain Deneault a amorcé la discussion en expliquant le concept de biorégion et en soulignant l’urgence des crises actuelles – climatique, politique et des chaînes d’approvisionnement – qui nous amènent à repenser nos modèles de société.

 Points forts des discussions :
- Comment développer une autonomie régionale face aux crises globales ?
- L’importance des circuits courts et d’une gouvernance locale renforcée.
- La difficulté de changer nos modes de vie dans une société saturée d’offres matérielles et idéologiques.
- Approcher les jeunes dans ces discussions : comment les impliquer sans les décourager ?

“ Les choses se déconstruisent d’elles-mêmes face à la crise climatique. Il faut faire ce que l’on peut, mais surtout, il faut agir ! ” – Alain Deneault

Merci à toutes et à tous pour cette soirée riche en réflexions !

Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï parmi les choix de lecture de la revue Nouveau projet

L’essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï d’Alain Deneault, publié chez Lux Éditeur, est parmi les choix de lecture du calendrier culturel de la revue Nouveau projet pour l’automne 2024.

Par Catherine Genest
Nouveau Projet 27 - Automne 2024
30 septembre 2024

Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï est en librairie aujourd’hui ! Ainsi que…

Le tout dernier essai d’Alain Deneault Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï publié chez Lux Éditeur est en librairie aujourd’hui ! La parution en Europe est prévue pour le 25 octobre 2024.

Lux Éditeur

« Comment s’orienter dans une époque marquée par des bouleversements écologiques sans précédent, auxquels, manifestement, ni les États ni le capital ne remédieront? Comment agir politiquement à l’ère de l’inouï, quand on ne dispose d’aucun pendant historique pour appréhender les catastrophes annoncées? Comment s’engager quand l’extrême droite sème la confusion et détourne la colère des objets réels? Comment s’y prendre quand le libéralisme dissout tous nos repères dans la gouvernance technocratique?

Que faire? Cette question obnubile la pensée politique depuis plus d’un siècle. Alain Deneault nous convie à en penser les prémisses et les incidences pour l’ancrer dans les temps présents. Hors de toute programmatique serrée, mais avec la lucidité qu’on lui connaît, il invite notamment à explorer un nouveau mode d’engagement politique, la biorégion.

Alors que faire? Livrer la guerre à la médiocratie. Évoquer les enjeux qui fâchent. Penser à l’échelle collective. Mal faire les choses, faire mal. Cesser de se poser la question et sortir de la sidération de l’écoanxiété.

Le moment est venu de faire que ! » – Lux Éditeur

Est également en librairie aujourd’hui : la réédition en format poche du succès La médiocratie d’Alain Deneault avec les essais Politique de l’extrême centre et «Gouvernance» dans la collection Pollux chez Lux Éditeur !

« Cette édition au format poche rassemble Politique de l’extrême centre, en plus de La médiocratie et «Gouvernance», deux opus d’Alain Deneault qui traitent de la révolution anesthésiante à laquelle nous poussent les théories du management et la propension aux petits arrangements institutionnels qui caractérisent les dernières décennies.

Parce que les glaciers fondent, parce que le désert avance, parce que les sols s’érodent, parce que les déchets nucléaires irradient, parce que la température planétaire augmente, parce que les écosystèmes se délitent, parce que l’État social s’écroule, parce que l’économie réduite à la finance s’aliène, parce que les repères philosophiques se perdent, notre époque n’a plus le luxe de se laisser conduire à la petite semaine par les médiocres qui dominent. » – Lux Éditeur

Retour sur la discussion avec Alain Deneault «Les biorégions: passer de l’écoanxiété à l’écocitoyenneté» à la Pépinière La Réfriche

Le Laboratoire de formation populaire de l’Outaouais (LabPop) a présenté hier, le 28 septembre 2024, une discussion publique en compagnie d’Alain Deneault sous le thème Les biorégions : passer de l’écoanxiété à l’écocitoyenneté dans le cadre des portes ouvertes de la Pépinière La Réfriche à Ripon.

La photographe Andréanne Grondin a partagé des photos de cet événement ainsi qu’une capsule vidéo (en direct) avec Alain Deneault sur sa page Facebook :

Extrait de la discussion avec Alain Deneault à la Pépinière La Réfriche – Captation par Andréanne Grondin
Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï d’Alain Deneault publié chez Lux Éditeur – À paraître le 3 octobre 2024

L’impératif du philosophe Alain Deneault pour traverser la crise écologique

Photo © Marie-Ève Cloutier – Radio-Canada
Alain Deneault : Son essai «Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï»

« Le philosophe Alain Deneault publiera, le 3 octobre, un essai intitulé Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï, au sujet de la crise climatique. L’auteur passe plusieurs concepts au tordeur, du capitalisme vert à la transition énergétique. « Le développement durable, je suis désolé, c’est du pipi de chat. C’est une idéologie des grandes entreprises qui veulent faire passer la solution à un problème qu’elles ont engendré sans en prendre la responsabilité », ajoute l’auteur.

Durant l’entrevue, Alain Deneault explique pourquoi la société doit « faire [en sorte] que » plutôt que se demander « que faire » pour mieux passer à travers la crise écologique. Selon lui, la solution à cette crise passe par un concept qu’il nomme « biorégions ». Écoutez le segment pour en savoir plus. » – Tout un matin, ICI Radio-Canada Première

Durée : 11 minutes

« Un livre coup de poing ! » 
- Patrick Masbourian, Tout un matin, ICI Radio-Canada Première
Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï d’Alain Deneault publié chez Lux Éditeur – À paraître le 3 octobre 2024

Les biorégions : passer de l’écoanxiété à l’écocitoyenneté

Le Laboratoire de formation populaire de l’Outaouais propose, dans son programme d’activités pour l’automne, une discussion publique en compagnie d’Alain Deneault sous le thème Les biorégions : passer de l’écoanxiété à l’écocitoyenneté le samedi 28 septembre 2024.

Les biorégions : passer de l'écoanxiété à l'écocitoyenneté
Discussion publique en compagnie d'Alain Deneault
28 septembre 2024 de 13 h à 15 h
Pépinière La Réfriche - 1168 QC-317, Ripon, J0V 1V0
Si vous avez des questions, veuillez écrire à formation@lfpo.org.
Gratuit - Inscription obligatoire
Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï d’Alain Deneault publié chez Lux Éditeur – À paraître le 3 octobre 2024

La tournée d’Alain Deneault au Québec en quelques images

Entrevue avec Alain Deneault et Aurélien Offner à l’émission Culture et confiture

Marc Fournier (en remplacement de Mireille Langlois) s’entretient avec Alain Deneault et le réalisateur Aurélien Offner à l’émission Culture et confiture sur ICI Première Radio-Canada à Saskatchewan autour du documentaire Prévoir l’imprévisible diffusé le 27 avril sur ICI Télé – Durée de l’entretien : 20 minutes, 27 avril 2024

La biorégion : géopolitique de l’avenir, une conférence «en ligne» d’Alain Deneault

Dans le cadre des conférences «Maski-Songé», le Bal Maski – Café COOP est fier de présenter en ligne via Facebook Live la conférence d’Alain Deneault ayant pour thème «La biorégion: géopolitique de l’avenir »,

La biorégion: géopolitique de l'avenir
Samedi 20 avril - 14 h
Bal Maski - Café COOP, Saint-Gabriel-de-Brandon
Conférence en ligne via Facebook Live ici
Ouvert à tous
*Il est à noter que l'évènement en présentiel est complet.*

« Contre l’éco-angoisse, occasionnée en grande partie par une carence de projets concertés en écologie politique, la biorégion se présente comme un objet structurant et adapté, rendant juste à la complexité des enjeux. Halte sur une notion à la fois critique et stimulante. » – Source : Bal Maski – Café COOP

Photo © Bal Maski

Café philosophique et conférence au Cégep d’Alma

Le MÉPAC (Mouvement d’éducation populaire et d’action communautaire) en collaboration avec le département de philosophie du Cégep d’Alma ont invité Alain Deneault pour un café philosophie autour du thème «Écoanxiété vs engagement politique» et une conférence ayant pour titre «Peut-on réconcilier écologie et économie ? L’exemple des biorégions».

Écoanxiété vs engagement politique
Espace collaboratif «La Tisanière» - Local P1-368 - Cégep d'Alma
Mardi 9 avril 2024 -  13 h 30 à 15 h 30
Inscription obligatoire ici - Le nombre de places est limité à 60
Peut-on réconcilier écologie et économie ? L'exemple des biorégions
Centre social - Cégep d'Alma
Mardi 9 avril 2024 -   19 h  à 21 h 
Inscription obligatoire ici - Le nombre de places est limité à 150

Prévoir l’imprévisible

Alain Deneault est l’un des vingt-six participants du documentaire Prévoir l’imprévisible réalisé par Aurélien Offner et diffusé sur ICI TOU.TV.

« Le monde se rapproche-t-il de sa fin? « Prévoir l’imprévisible » tente d’apporter des éléments de réponse en interrogeant des experts et des activistes qui se préparent à une menace majeure. » – Source : ICI TOU.TV

Réalisation, scénarisation, conception et montage : Aurélien Offner
Images :  James Tanner (Direction de la photographie) et Aurélien Offner
Mixage sonore : David Moreau
Production : BC Ltd, The Offners Productions et collaboration avec Radio-Canada
Produit par : The Offners Productions Inc., 2024
Durée: 48 min 

Les photos tirées du film ont été prises sur la page Facebook The Offners Productions

Les interventions d’Alain Deneault dans le film Prévoir l’imprévisible sont à compter de 3 min 2 sec, 32 min 2 sec, 36 min 10 sec et 43 min 5 sec.

Entrevue avec Alain Deneault à CKRO sur l’écoanxiété

Une entrevue avec Alain Deneault sur l’écoanxiété animée par Julianne Benoit dans le cadre des capsules UMCS de l’Université de Moncton, campus de Shippagan en collaboration avec Radio Péninsule CKRO-FM 97,1 – 7 février 2024

L’érosion des côtes nous révèle comme «biorégion»

Photo © Mario Tardif – Acadie Nouvelle

Acadie Nouvelle

Par Alain Deneault
12 janvier 2024

L’érosion des côtes nous révèle comme «biorégion»

Deux points concernant la spectaculaire érosion côtière qui s’est produite à Le Goulet, dans la municipalité élargie de Shippagan : le réchauffement climatique y est pour cause (il explique l’absence de glace protectrice qui jadis atténuait l’impact des vagues) et les autorités publiques des paliers supérieurs semblent indifférentes à la situation (les maires concernés demandent en vain à l’État de leur permettre de dresser des formes de protection).

Ces deux types d’enjeux, environnemental et politique, constitueront au XXIe siècle la nouvelle donne, ici comme ailleurs. Catastrophe et isolement. Hélas, le phénomène est global et il est appelé à devenir de plus en plus partagé. De la pluie de verglas au déploiement du crabe vert en passant par l’acidification des océans et les incendies, les conséquences s’amalgameront pour donner lieu à de nombreuses situations régionales qu’aucun gouvernement supérieur n’arrivera à traiter.

Un cas important survenu lors des grands incendies forestiers de l’été dernier mérite toute notre attention. Il constitue un enseignement sur ce qui vient. Il s’agit du village de Clova, au Québec, en proie aux flammes. « On va être obligé de laisser brûler Clova », avait laissé tomber le premier ministre du Québec, François Legault, en juin 2023, concédant toute la région au feu. Désobéissant aux consignes d’évacuation, des citoyens se sont résous à tenir le fort et ont finalement sauvé leur village, par eux-mêmes et par eux seuls, sur les incendies.

C’est dans des moments comme ceux-là que germe la conscience biorégionale. La notion de biorégion mérite d’être approfondie. Moins passéiste et statique que celle de ruralité, elle permet de comprendre les temps nouveaux dans lesquels nos sociétés se trouvent embarquées. La biorégion n’est pas un projet ni même une option politique, mais le cadre contraignant dans lequel nous nous trouverons progressivement pour élaborer des projets. La notion désigne l’obligation qu’on éprouve de plus en plus, nous – sujets régionaux esseulés face aux gouvernements et pouvoirs privés et en situation de déréliction dans des moments de crise – de développer un régime d’autonomie qui tienne compte rigoureusement des conditions territoriales et écologiques qui sont les nôtres.   

Tant que nous ne nous y mettrons pas, il se passera chez nous ce qui se produit dans toutes les contrées soumises au « développement » à l’occidentale. Nous abattons des forêts, nous épuisons les sols, nous exterminons la faune, nous émettons des gaz à effet de serre, notre chimie répand de petits et grands poisons tous azimuts, nous faisons comme s’il y avait quatre planètes alors qu’il n’y en a qu’une…, puis nous nous étonnons de tous ces ressacs.

Pourquoi ? Parce que le conte qui nous endort est celui du marketing. Cette industrie pernicieuse travaille tous les jours, et toutes les secondes, à nous persuader que le monde est, devrait être, pourrait être et sera différent de ce qu’il est. Il nous fait croire en les bienfaits présumés et en la promesse assurée de la grande consommation. La dernière ineptie en date, une capsule publicitaire du grand quincaillier Kent, enseigne détenue par le conglomérat Irving, lui-même plus grand pollueur du Nouveau-Brunswick (Acadie Nouvelle, 27 mars 2019), banalisant la déchetterie occidentale d’appareils électroménagers. On y voit une dame d’une ville de banlieue porter ses déchets au bord du chemin et s’étonner de voir qu’absolument tous ses voisins y ont abandonné cuisinières, laveuses et sécheuses… Pourquoi ? « Kent vend des appareils ménagers maintenant », lui explique l’un d’eux. La protagoniste comprend et sourit – cela va de soi qu’on envoie aux dépotoirs par tonnes des appareils qui fonctionnent, pour s’en procurer de meilleurs. On la voit elle-même se rendre dare-dare chez son détaillant le plus proche.

Le message refoule ce que cela implique : en plus de la production de rebuts industriels, encore davantage d’extraction minière, de combustion fossile, de gaz à effet de serre, et donc une augmentation accrue de la température moyenne qui entraîne son lot de tempête érodant les côtes. 

L’heure est venue de se raconter autrement le sens de l’histoire. Ce concept de biorégion, approfondi aux États-Unis et en France, est le fait d’un Néo-Écossais d’origine américaine, Allen van Newkirk. Il ne concerne pas une révolution politique au sens d’un régime qui viendrait remplacer les précédents, mais une cohabitation.

L’instance biorégionale refuse de soumettre un territoire à des plans d’exploitation extérieurs et impérialistes et milite au contraire pour une organisation autonome, dans le mille-feuille des pouvoirs qui s’observent déjà aujourd’hui (États, grandes entreprises, banques et mafias) ; elle organise une concertation entre les habitants d’un lieu, en fonction d’une géopolitique nouvelle, dans laquelle l’expression géo est aussi importante que la politique.

Il s’agit alors de résister aux dynamiques qui nous aspirent vers le pire tout en élaborant des voies politiques novatrices, dont le forum des maires serait ici le vraiment très embryonnaire prototype, pour assurer une certaine autonomie démocratique. À l’échelle biorégionale, les questions qui se poseront alors seront : connaissons-nous le lieu que nous habitons ? Savons-nous cohabiter adéquatement avec sa flore, sa faune et son climat ? Quelles sont nos dispositions, talents et capacités multiples afin de nous organiser de manière autonome ? Quelles sont nos urgences ? Quels sont nos besoins ? Quelles sont nos aspirations ? Et après s’être assumés comme sujets autonomes, quels lien entretient-on avec les pouvoirs extérieurs ?

Alain Deneault au 33e Salon du livre de Dieppe

Dans le cadre du 33e Salon du livre de Dieppe, Alain Deneault présentera une conférence ayant pour titre L’économie de la nature et les biorégions le samedi 21 octobre à 14 h 30 et participera par la suite à une table ronde avec Paul Bossé à 16 h 30 au Centre des arts et de la culture de Dieppe.

La conférence L’économie de la nature et les biorégions d’Alain Deneault aura lieu le samedi 21 octobre à 14 h 30 – Salon du livre de Dieppe
Alain Deneault participera à la table ronde Écologie et environnement, animée par Xavier-Lord-Giroux, avec Paul Bossé et Guilmond Brideau le samedi 21 octobre à 16 h 30 – La Caserne, Centre des arts et de la culture de Dieppe

Verdissement de la grande industrie :  mirage ou véritable virage vert?

« Dans une région comme la nôtre, où le milieu industriel est le plus grand donneur d’emploi, un objet de rétention, même de recrutement de nouveaux nord-côtiers, par quoi passe un verdissement de l’économie? Bis Petitpas en a discuté avec Alain Deneault, docteur en philosophie, professeur et essayiste.» – Bonjour la Côte, Radio-Canada – 13 septembre 2023 (durée : 13 min)

Photo © Paul Émile d’Entremont – Radio-Canada

Entretien avec Alain Deneault à Fab City Montréal

Monique Chartrand a animé un entretien en ligne avec Alain Deneault au sujet de l’Économie de la nature et des biorégions lors de l’événement Fab City Montréal le 15 juin 2023.

« Cet échange portera sur l’importance pour le mouvement Fab City d’aborder la réconciliation entre « économie » et « écologie » afin de redonner ses droits à l’Économie de la nature, et sur la nécessité de promouvoir la collaboration entre les différents acteurs de la communauté pour l’essor d’une approche géopolitique biorégionale améliorant les relations entre les espèces. » – Source : page Facebook de Fab City Montréal

Le feuilleton théorique I : L’économie de la nature d’Alain Deneault est publié chez Lux éditeur