Critique de Faire que ! par Mario Jodoin sur le blogue de Jeanne Emard

Jeanne Emard (Blogue)

Par Mario Jodoin
23 décembre 2024

Avec son livre Faire que! – L’engagement politique à l’ère de l’inouï, Alain Deneault «nous convie à en [l’engagement politique] penser les prémisses et les incidences pour l’ancrer dans les temps présents. Hors de toute programmatique serrée, mais avec la lucidité qu’on lui connaît, il invite notamment à explorer un nouveau mode d’engagement politique, la biorégion».

Première partie – L’angoisse

Un climat inouï : Devant l’ampleur des changements environnementaux, nous sommes passés de la gestion de l’environnement à la lutte contre le réchauffement climatique, puis à l’adaptation à ce réchauffement et finalement, pour l’instant, à la gestion de crise. «Ce qui nous arrive est radicalement inouï, jamais vu, inédit. Nous n’en croyons pas nos sens». Ce que nous vivons est tellement inouï qu’on ne peut même pas penser à une analogie avec d’autres moments de l’histoire. Et cela nous hante…

Hécatombe biodiversitaire : De nombreuses espèces sont disparues récemment et 80 % de celles qui restent sont menacées d’extinction. On pourrait s’attendre à ce que ce genre de nouvelles ait un impact majeur, mais non, la routine continue. L’auteur explique quelques facteurs qui expliquent ces extinctions et aussi la hausse des possibilités que des pandémies surgissent. Pendant ce temps, on tente de déterminer les strates de la société les plus susceptibles de souffrir d’écoanxiété, alors qu’il faudrait se demander pourquoi elles ne le sont pas toutes!

Peuples en perte d’énergie : L’auteur s’étonne qu’on annonce la fin des réserves d’énergie fossile dans le même nombre d’années qu’il y a quatre ans, même si notre consommation ne cesse de croître. Peut-être que seuls des désastres à l’échelle de la planète freineront notre appétit insatiable…

Un filon épuisé : Quand on s’occupe de l’environnement, cela se résume en général à tenter de réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais encore là, surtout à l’utilisation, mais rarement lors de tout le cycle de vie. Ainsi, l’hydroélectricité et l’énergie éolienne sont considérées comme vertes, même si la construction de barrages et la fabrication d’éolienne ne le sont pas du tout, encore plus lorsque les ressources nécessaires à ces fabrications et ces constructions s’épuisent graduellement. Et le bilan complet des véhicules qu’on prétend «zéro émission» est bien pire!

Consumation de masses : Même si on se fait répéter qu’on aurait besoin de 3,5 planètes comme la Terre pour rendre durable notre mode de vie et notre niveau de consommation, seul le court terme nous intéresse et intéresse le capitalisme qui ne profite qu’au cinquième de la population de la seule planète qu’on a, tandis que toute population en subit les externalités négatives, dont 80 % de la population doit se contenter de ses effets négatifs.

La pulsion d’oxymores : Les oxymores du titre sont entre autres le développement durable, le capitalisme vert et l’économie circulaire, que l’auteur considère comme des problèmes travestis en solutions et des hold-up sémantiques. Après avoir expliqué les objectifs de ces termes contradictoires, il relève quelques-unes des nombreuses promesses non tenues lors des COP en mettant l’accès sur celles qui portaient sur la surpêche.

Mal d’objet : Un des problèmes de l’écologie politique serait selon l’auteur, son incapacité à l’associer à un objet de pensée, comme l’ont fait les religions, le socialisme ou la science. Il est par exemple étrange que ce soit des scientifiques qui doivent tenir le discours politique sur l’environnement. Même le discours sur l’effondrement qui nous menace semble plus religieux que politique…

De l’écoanxiété à l’écoangoisse : Face à une catastrophe imminente, nous avons le réflexe de nous replier sur nous-mêmes en régressant «au stade du nourrisson». Nous pouvons aussi vivre de l’anxiété ou encore angoisser, en développant un sentiment d’insécurité intérieure «sans représentation distincte d’un danger», d’autant plus que le danger et ses conséquences sont indiscernables et que même les plus grand·es expert·es ne peuvent les envisager précisément.

Psychanalyse des objets substitutifs : Devant cette angoisse, bien des gens transportent leur peur sur d’autres sujets plus faciles à maîtriser, que ce soit une femme voilée ou d’autres personnes étrangères. Ils peuvent aussi se mettre à croire à de fausses solutions, d’où le succès des campagnes publicitaires de verdissement, ou des fausses promesses de la géoingénierie.

Cassandre verte : Devant l’angoisse causée par l’écologie, l’économie de la nature (voir ce billet sur un livre de l’auteur qui porte sur ce concept) vient prendre le relais! Mais ce palliatif ne saurait pas durer et l’angoisse revient en force…

S’ouvrir : Quand «est remise en cause la possibilité même, pour le sujet, d’être», notre psyché se débat contre cette réalité. La surconsommation devient bien (trop) souvent «l’ultime espoir du désespéré». Il est normal d’être angoissé dans un tel contexte, ce serait de ne pas l’être qui ne le serait pas. Mais, il faut aussi chercher à en sortir. À cet égard, la lucidité et la gaieté sont une des meilleures solutions, mais uniquement si elles agissent ensemble.

Deuxième partie – Faire que!

Faire le petit Chose : L’auteur montre que la question «Que faire?» était, dans bien des contextes, porteuse d’espoir et de changements, mais qu’elle est devenue de nos jours une lamentation de gens qui se sentent isolés. Et l’individualisme qui règne actuellement un peu partout jumelé aux succès de la droite dans de nombreux pays laisse peu d’espoir au succès des actions collectives, d’autant plus que les gauches se cherchent.

La chose à faire (je suis déçu que ce titre ne soit pas «L’affaire à faire»…) : L’auteur se désole que, même dans des cas flagrants d’injustice, on s’interroge sur les actions à entreprendre. Même les intellectuel·les semblent oublier l’objet de leurs propos. L’auteur développe d’autres critiques du concept de développement, concept qui sert essentiellement à garder les populations (aussi bien des pays en voie de ou déjà développés) sous le joug des puissant·es (personnes, pays et entreprises).

Qui faire? : Aux États-Unis et au Canada, certaines personnes craignent la gauche et même l’extrême gauche, disent-elles. C’est en fait uniquement une posture pour justifier la prise du pouvoir par une droite qui est, elle, de plus en plus extrême. Il se désole qu’on base son adhésion, même à gauche, davantage sur la personne qui parle que sur ce que cette personne dit.

Que faire? : La grande qualité de cette question est qu’elle force l’événement. Elle dépend aussi de notre compréhension. Un ouvrier immigrant est-il plus un immigrant qu’un ouvrier ou l’inverse? La réponse à cette question triviale peut grandement influencer ce qu’on veut faire. Lorsque Lénine a posé cette question (Que faire?), elle était précédée d’une série (plus de 20 citées par l’auteur) d’autres questions qui éclairaient le «Que» de la question finale. L’auteur précise avec pertinence que ces questions peuvent grandement varier selon les lieux, les époques et les contextes.

Que faire par les mœurs? : Il y a eu de nombreux livres intitulés Que faire? après celui de Lénine. Et c’est très bien ainsi. L’auteur raconte les origines du premier, un roman que l’auteur considère comme féministe, datant de quelques décennies avant celui de Lénine écrit par Nikolaï Tchernychevski en 1863. L’auteur passe à une version plus récente (2023) écrite par une femme, Ludivine Bantigny, qui vante les coopératives et les entreprises autogérées, et qui donne beaucoup d’importance à une réforme profonde des mœurs pour espérer un changement politique d’envergure. Il passe ensuite à la version de Georges Bernanos, datant de 1953 et axée sur le concept de liberté, mais pas celle voulue par Lénine!

Que défaire? : Le Que faire? de Guillaume Apollinaire paru en 1900 est d’une tout autre nature, que l’auteur juge transhumaniste… Nicolas Bonanni prend la question à rebrousse-poil en se demandant en 2022 Que défaire? en critiquant la fascination de la gauche pour la technologie, alors que bien des innovations technologiques pervertissent les relations sociales qui sont essentielles pour espérer changer le monde. L’auteur prend la balle au bond en citant d’autres auteurs qui soulignent les effets souvent contradictoires des innovations qui remplacent davantage les problèmes par d’autres qu’ils les résolvent vraiment. Il utilise à cet effet le concept de pharmakon, qui peut être à la fois un remède et un poison.

Faire partie de l’hypothèse : Les hypothèses sont nécessaires pour pouvoir répondre à notre question, car, selon l’hypothèse retenue, les actions à entreprendre ne seront pas les mêmes. L’auteur se pose ensuite «l’encombrante et stérile question de l’optimisme et du pessimisme». Et même nuisible, car, devant un cataclysme annoncé, il ne sert à rien de savoir si la probabilité qu’il détruise tout est de 25 % ou de 75 %, il faut tout faire pour l’éviter! De même, tenir compte de la probabilité de réussite de nos actions (est-ce que ça vaut la peine de les entreprendre?) ne peut que les retarder et diminuer leur efficacité!

«Que faire?»? : D’autres philosophes trouvent cette question simplement inutile. Agissons à notre façon et d’autres agiront autrement. Il est donc une perte de temps de se demander quelle action est la plus efficace. C’est aussi une manifestation du concept de la diversité des tactiques. L’auteur discute ensuite du lien entre la politique, la science et l’écologie, concluant qu’il n’y a pas de problème tant qu’on ne les met pas en concurrence et qu’on ne cherche pas de hiérarchie entre les trois, mais qu’on les utilise en coopération.

Faire que! : L’auteur souligne que bien des mouvements se définissent par ce qu’ils ne sont pas (décroissance, anti-impérialiste, anarchiste, insoumis, etc.) et laissent ainsi leurs adversaires définir ce qu’ils sont. Cela s’ajoute à d’autres contraintes pour rendre encore plus difficile de convaincre la population de l’importance de la politique écologique. Cela fait aussi en sorte que la question Que faire? n’est pas bien adaptée à la situation actuelle. C’est pourquoi l’auteur préfère parler de l’objectif qui est de faire que, quelque chose de souhaitable ou possible survienne.

Faire = la poésie : Avec ses moyens, les capitalistes peuvent embaucher des armées de publicitaires ou d’autres expert·es de la persuasion pour nous montrer à quel point la consommation et le capitalisme sont merveilleux pour toute la population. Le fait que la catastrophe qui s’en vient et qui a déjà commencé ne vient pas de sources extérieures, mais de nous-mêmes, change tout.

Ici, maintenant, tout de suite, faire! : On veut bien faire, mais avec qui? Il est sans contredit préférable de le faire avec des personnes qui ne partagent pas seulement nos idées, mais avec lesquelles «on a par ailleurs un sentiment minimal d’amitié». L’auteur explique que les objectifs globaux, désincarnés, même si nobles, découragent l’action.

Troisième partie – Biorégion

L’échelle du sens : L’auteur fait le tour d’hypothèses sur les facteurs qui expliqueraient qu’on se suicide davantage dans certaines régions que dans d’autres. La plupart des facteurs auxquels on pense spontanément ne montrent pas de liens solides avec les données fiables, mais le sentiment d’appartenance à une collectivité en montre. Il présente ensuite des facteurs qui favorisent ce sentiment et d’autres qui le défavorisent.

Par la force des choses : Les concepts liés au développement durable et aux autres oxymores du genre empêchent les débats sur les choix à prendre pour protéger efficacement l’environnement. L’auteur explique que la catastrophe n’arrivera pas tout d’un coup comme dans bien des romans, essais et films, mais se manifeste graduellement et a déjà commencé à le faire. La solution ne pourra que fonctionner de la même façon graduelle. Sinon, elle viendra de l’écroulement graduel de tout l’appareil économique actuel.

Nécessité fait loi : Il est possible que ce ne soit que lorsque le système économique actuel ne fonctionnera plus que nous réapprenions à nous entraider. La vie sera plus dure, mais aura plus de sens. Chaque petite région deviendra plus autonome (l’auteur parle de biorégions).

Géo- et politique : Notre dépendance aux villes et aux machines a entraîné l’oubli de l’environnement naturel et même l’émergence d’une forme de biophobie. La philosophie biorégionale est une des solutions à cette phobie. Elle permet de cesser de se demander comment disposer des ressources d’un territoire pour plutôt chercher à composer avec lui. L’idée du biorégionalisme vient du municipalisme libertaire, mais s’est développée et concrétisée en fonction des réalités de chaque région où elle s’est jusqu’à maintenant manifestée. L’auteur commente ensuite les débats sur l’implantation et le fonctionnement des biorégions, puis sur les conséquences de cette implantation sur nos modes de vie.

Science et sapience : L’auteur utilise le terme sapience pour parler des savoirs anciens ou officieux, notamment ceux qui viennent des peuples autochtones. Les personnes qui s’opposent aux solutions régionalistes aiment bien affirmer que ces propositions feraient régresser nos sociétés aux périodes prénéolithiques (elles disent en fait qu’on reculerait au temps des hommes des cavernes). Pourtant, ce n’est pas reculer que d’utiliser les savoirs scientifiques pour «élaborer des modes de production adaptés à la nature», c’est au contraire avancer, et avancer dans la bonne direction.

Ô travail : L’auteur donne l’exemple d’un tailleur de pierres qui pouvait ne jamais voir le résultat de la construction d’un immeuble (comme une cathédrale) qui ne serait pas terminée de son vivant, mais qui était quand même fier de son travail, souvent bien plus que les ouvriers de la construction de nos jours. Il revient ensuite à son projet de biorégions en montrant l’importance de sentir faire partie de la société puis esquisse comment le travail sera perçu dans ses biorégions, avec notamment la fin du salariat et même de la division des activités en travail rémunéré et domestique, et en loisirs.

Gaïa, Gaea et Gaya : L’auteur analyse (et critique) le fait que des gens (dont des écrivain·es) donnent à la Terre le nom d’une déesse antique (Gaïa) pour illustrer une planète vivante. Gaya, de son côté, est un personnage (une petite fille) d’un conte de Gilles Vigneault.

Écueils biorégionaux : Des auteurs voient le système de biorégions s’installer de lui-même, sans heurts, quand les mœurs auront évolué, ou quand le système économique actuel ne fonctionnera plus. L’auteur dénonce ces visions irréalistes, de même que l’association du biorégionalisme à un projet «ni à gauche ni à droite». Comme d’autres personnes, il le voit nécessairement antiraciste, et fondé après des efforts et des luttes et non comme si cela était un destin.

Biorégion ou barbarie : Il n’y a pas de recette pour passer aux biorégions, les gens qui habitent chaque région ayant leur histoire, leur réalité et leurs caractéristiques. Il faut aussi s’attendre à des résistances féroces des gens et des organismes qui bénéficient du système actuel, encore là avec une férocité variable selon les endroits. Il donne finalement des exemples de ce qui s’est passé à quelques endroits sans présumer que cela pourrait se faire de la même façon ailleurs. Chose certaine, il faudra imposer le biorégionalisme et cela est une nécessité.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Je n’ai toutefois pas de conseils de lecture à donner : on peut aussi bien se contenter de lire un texte à la fois pour prendre le temps de bien goûter à chacun d’entre eux, ou y aller de plusieurs à la fois. De mon côté, je l’ai lu en deux ou trois jours, mais j’ai eu parfois des difficultés à rentrer dans autant de sujets abordés dans des textes aussi courts (31 textes d’en moyenne un peu plus de six pages, y compris une page blanche entre les chapitres une fois sur deux…). Je n’ai donc pas pu goûter à fond à toutes les saveurs de chacun d’entre eux. Cela dit, je reconnais que ce livre fait réfléchir et propose une voie intéressante pour l’avenir. Pour obtenir un autre son de cloche, je suggère de lire cet article du Devoir. Qualité finale, les 233 notes de ce livre, surtout des références, mais aussi quelques compléments d’information, sont en bas de page.

Le non-événement de l’année

Photo © Mike Carlson – Archives – Acadie Nouvelle

Acadie Nouvelle

Par Alain Deneault
26 décembre 2024

Le non-événement de l’année

Le journalisme gagnerait à couvrir ce qui ne se passe pas, par-delà ce qui se produit. Il peut se révéler plus important encore qu’en certaines circonstances des choses n’adviennent pas, que ce qui se donne à traiter comme « faits ».

Ainsi, le non-événement de l’année en Acadie et au Nouveau-Brunswick concerne l’absence presque complète de considérations lors de la dernière campagne électorale pour l’enjeu même du XXIe siècle, les perturbations climatiques et la catastrophe écologique dans lesquels nous nous enlisons collectivement. Bien sûr, on ne s’étonne même plus que le rituel autour d’un scrutin débouche sur des enjeux très circonscrits : des éléments de langage n’allant pas plus loin que le slogan ou des petites phrases destinées à faire tilt à l’oreille d’un électorat désabusé. On ne s’en déçoit même pas, dans la mesure où la déception suppose quelques attentes… En cela, la relégation de l’écologie au rang de tabou était prévisible. 

Mais on s’en désole. Tout donne à penser que nos sociétés sont engagées dans des spirales régressives proprement infernales. Plus un problème est grand, impressionnant, terrifiant à ses heures, plus les responsables politiques qui sont attitrés à s’y mesurer le refoulent et nous en distraient. Plus ils le refoulent et nous en distraient, plus le problème croît et gagne en dangerosité. Ainsi en va-t-il des perturbations climatiques et de la grave perte de biodiversité dont la société industrielle et commerciale moderne est responsable. Rappelons l’antienne écologiste puisque le plus grand nombre à la suite de ces représentants souhaite l’étouffer : le réchauffement climatique est responsable de perturbations graves et meurtrières. Les catastrophes dites « naturelles » sont, dans leur augmentation et leur fréquence, la conséquence de l’émission de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Pensons aux gens de Mayotte, département français dans l’océan Indien où des milliers d’insulaires ont tout perdu en un instant, ou, le mois dernier, les résidents de Valence, en région côtière d’Espagne. 

Rien n’est fait pour stopper sérieusement ce phénomène. Les plus cyniques nous font croire que tout ira pour le mieux en consommant toujours et encore, surtout de nouvelles babioles (voitures électriques et objets de pointe à batterie), et en construisant des infrastructures polluantes étant donné leur forte concentration en minerais (panneaux photovoltaïques, tours éoliennes). Or, le processus de réchauffement climatique est enclenché sur un mode autonome. Les aires forestières contribuent à l’atténuation du réchauffement climatique (elles captent le carbone plutôt que de le laisser produire ces effets réchauffant), mais des lobbies et des irresponsables politiques continuent de militer pour la déforestation, comme à Tracadie, même si la filière bleuetière fonctionne déjà à plein régime (Acadie Nouvelle du 29 novembre : « Des milliers de livres de bleuets pourrissent dans les champs de la Péninsule acadienne »). Aussi, les surfaces réfléchissantes cèdent à des espaces océaniques qui se chargent de la chaleur des rayons solaires, rendant inéluctable le phénomène de la fonte des glaciers, du réchauffement des eaux et de la montée de leur niveau. Bientôt, les croûtes glaciaires qui contiennent naturellement le méthane vont se fissurer et libérer ce redoutable gaz à effet de serre qu’elles contiennent pour l’heure naturellement.  

Mais nos sociétés, à commencer par leurs dirigeants – les représentants politiques certes, mais surtout les chefs d’entreprises et grands destinataires goulus de la croissance financière –, ne semblent pas capables de faire preuve de la maturité, de la hauteur de vue et de la grandeur d’âme requises pour faire face à l’histoire. 

Le professeur Mario Lévesque de l’Université Mount Allison m’a invité à faire partie d’un collectif de chercheurs appelés à faire le point sur la campagne électorale de 2024 pour les législatives au Nouveau-Brunswick. Chacun, chacune devait explorer une question en lien avec les programmes politiques et prestations des partis en lice. Je me suis acquitté de l’enjeu écologique. Inutile de dire à quel point je suis resté sur ma faim. Le constat est clair : dans leurs déclarations publiques, aucun des partis politiques n’a fait substantiellement de la question écologique un enjeu en soi. 

Le  Parti « progressiste »-conservateur a inexorablement soumis la question écologique aux intérêts de la haute finance et de la grande industrie, en faisant même de cette subordination un engagement électoral. Jamais, avec nous, exprimait-il en substance, l’enjeu climatique ou environnemental n’allait altérer de quelque façon la capacité des grands groupes à engranger toujours plus de profits, ceux-ci dussent-ils demeurer pharaoniques. Qui plus est, sa résolution à lutter contre le projet de taxe carbone du gouvernement fédéral consistait en une forme dissimulée de dénégation de l’enjeu climatique. Comme l’a résumé François Gravel dans l’Acadie Nouvelle du 25 mars dernier, « il existe de multiples taxes au Canada. C’est le fait que celle-ci soit liée à la lutte contre les changements climatiques qui chatouille particulièrement la droite ». La rhétorique droitière nous a habitués à ces procédés obliques : on distille un propos rétrograde sur la climatologie sous prétexte de lutter contre une taxe, comme sporadiquement on s’attaque aux conquis sociaux des francophones au motif de s’intéresser à l’équilibre budgétaire. 

Les Libéraux ont, pour leur part, relégué la question écologique au bas de leur liste thématique. Chez eux, c’est le vieux concept usé de la « préservation » qui est cité, ce qui est une façon habile de ne pas donner l’impression de soumettre l’environnement à l’enjeu des affaires, pour plutôt le présenter… en parallèle. Comme deux lignes qui ne sont pas appelées à se toucher, on traite d’intendance industrielle et commerciale d’une part, puis d’environnement d’autre part, à la manière d’enjeux distincts. Lorsque ces deux domaines finissent par se frotter fatalement, et exigent qu’on tranche, le parti d’extrême centre se perd dans ses contradictions. Par exemple dans le dossier du glyphosate. Le Parti libéral propose, pusillanime, d’en « réévaluer la sécurité » – postulant par le fait même de manière négationniste que le glyphosate est de quelque façon sécuritaire –, et tout à la fois de « mettre en œuvre les recommandations du Comité permanent des changements climatiques de l’intendance de l’environnement [du Nouveau-Brunswick] pour renforcer les restrictions sur l’utilisation des pesticides et des herbicides, y compris étudier l’interdiction des pulvérisations aériennes ». Comprenne qui veut : le parti lave le glyphosate de tous maux mais cite favorablement une étude qui envisage sa restriction… 

Enfin, le Parti vert – qui a, sans surprise, le projet politique le plus sérieux, le plus ambitieux, le plus étoffé sur la question écologique et géographique – a donné l’impression de dissimuler au public les pages les plus importantes de son programme, en axant sa campagne sur le thème du financement et de la gestion de la santé publique, et en se présentant comme un parti compatible avec les autres dans l’optique d’apporter son soutien à une formation éventuellement minoritaire en chambre. Dans sa communication, c’est sous le thème de la « sécurité » qu’il a fait passer quelques mesures convenues sur ce qui devait être pourtant son sujet de prédilection. 

Avec les climatonégationnistes qui arriveront ou risqueront d’arriver au pouvoir en 2025 aux États-Unis, au Canada et en France, notamment, inutile de se souhaiter la bonne année le 1er janvier. Comme le philosophe Günther Anders le concevait, commençons par nous souhaiter de ne pas tout perdre. Commençons à réfréner nos délirantes ardeurs consuméristes. Apprenons à critiquer les responsables de toutes ces enseignes commerciales et leurs marketeurs qui nous aliènent dans leur dément projet de société. Une fois contournée et dépassée la petite chanson idéologique qui concourt à notre perte au quotidien, apprenons à nous donner des biorégions où nous soignerons nos coins de planète éprouvés, où nous ajusterons notre mode d’organisation aux géographies et communautés dont nous continuons de dépendre. 

Faire que ! figure au palmarès de la librairie Pantoute

L’essai Faire que ! d’Alain Deneault figure au palmarès de la librairie Pantoute à sa succursale du quartier Saint-Roch à Québec.

« Les prochaines méditations d’Alain Deneault, dans Faire que! (Lux), se concentrent sur l’action, puisque les changements nécessaires à la transformation de la société sont connus, et qu’il faut faire que ceux-ci se produisent. Toujours appréciée, sa plume, lucide et sans compromis, bouscule les idées reçues et élargit les horizons. Loin du marasme politique et du désespoir sociétal, l’auteur nous invite à voir en face les enjeux, à nous secouer et à faire que ça bouge. » – Chantal Fontaine, Les Libraires

Réfutations avec Alain Deneault – Entretien audio

Réfutations avec Alain Deneault. Entretien avec Alain Deneault par Adam Szanyi sur la chaîne YouTube Refutatio. Durée : 1 h 39 min 35 sec – 17 décembre 2024

« Nous abordons de façon critique plusieurs des thèmes sur lesquels Alain Deneault a travaillé ces dernières années: l’inouï, l’angoisse, l’extrême-centre, la polarisation politique, le capitalisme global, la biorégion. » – Refutatio

Thèmes par segment
00:00 Prologue
1:52 Présentation
3:40 Question 1: L'inouï
6:50 La technique et l'angoisse
11:20 L'inouï comme l'impensable
14:20 Système terre détraqué
18:40 (Fausse) modélisation économique
24:05 Q.1.1: L'intelligence articificielle
27:15 Médiocrité et technique
36:00 Le sujet sans formes
38:40 Question 2: L'extrême centre
40:35 Déclin de l'extrême centre
48:05 Q 2.1: L'état de la gauche
49:50 Dialectique vs Essentialisme
53:50 Objets de substitution
1:01:10 Ressemblances gauche-droite
1:09:00 Question 3: Classe moyenne globale
1:13:50 20% de bénéficiaires
1:19:50 Optimisme et pessimisme
1:25:10 Lucidité
1:27:00 La biorégion
1:32:30 Question 4: Tendances contradictoires
1:33:20 Vers la déréliction
1:38:00 Conclusion

La construction de la violence, de l’injustice par les minières au Mexique

Le Mouton noir

Par Michel Lagacé
Décembre 2024

« […] L’architecture d’un système politique et financier et les abus, le pillage, la corruption et la criminalité commis par les multinationales minières canadiennes en Afrique ont déjà été décrites dans le livre Noir Canada (Écosociété, 2008) du docteur en philosophie Alain Deneault. Ces minières ont d’ailleurs cherché à museler l’auteur, à stopper la publication et à poursuivre l’éditeur québécois Écosociété. Longue saga judiciaire pour cet éditeur et cette publication qui met en lumière cette violence faite aux populations locales de l’Afrique où elles se sont implantées. C’est déjà, à ce moment-là, la fin de l’image répandu du discours officiel d’un Canada bon, pacifique et généreux. […] »

Bande-annonce du film de Julien Fréchette, produit par MC2 en coproduction avec l’ONF, 2012
Remerciement d’Alain Deneault pour le Prix Richard-Arès reçu en 2008 pour l’essai Noir Canada. Pillage, corruption et criminalité en Afrique publié aux Éditions Écosociété. La capsule vidéo a été publié par L’Action nationale le 13 novembre 2024

Participation d’Alain Deneault au livre de Adam Bouiti « L’information est un sport de combat »

Alain Deneault est parmi les 30 experts et témoins qui ont participé au livre L’information est un sport de combat de Adam Bouiti publié chez Investig’Action.

L’entretien avec Alain Deneault par Adam Bouiti a pour titre Langage (page 379 à 386 du chapitre 3). Voici un extrait :


Si je vais maintenant sur le terrain du langage, certains concepts, mots sont largement utilisés alors qu’ils empêchent de saisir le monde tel qu’il est. Comment voyez-vous cela ?

« Beaucoup ont répandu cette idée que la langue, le langage, les notions, les concepts sont réductibles à l’idée d’un coffre à outils dans lequel il suffirait de se servir en fonction des instruments dont on a besoin à tel ou tel moment alors que tout cela est très naïf. Penser le langage comme cela de manière aussi instrumentale, élémentaire, croire que l’on dispose du langage est un péché d’orgueil. Ce ne sont pas les gens qui disposent du langage, c’est le langage qui dispose des gens. […] » – Alain Deneault

Alain Deneault: « Los excesos de la izquierda llevan a la gente a la extrema derecha »

Photo © Constant Forme-Becherat / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Larazon
Cultura
Par Javier Ors
26 octobre 2024

Alain Deneault « Les excès de la gauche poussent les gens à l’extrême droite »

« L’écrivain et philosophe publie Izquierda canibal y derecha vándala. Las malas costumbres de la política (Mœurs. De la gauche cannibale à la droite vandale), un essai dans lequel il critique l’attitude conflictuelle entretenue par les deux positions politiques.

Le nom d’ Alain Deneault s’est fait connaître avec « Noir Canada », où il dénonçait les activités minières en Afrique, qui donnaient lieu à des procès controversés, et «La médiocratie», un livre dans lequel il dénonçait la montée des gens médiocres. Il revient maintenant avec Izquierda canibal y derecha vándala. Las malas costumbres de la política (Mœurs. De la gauche cannibale à la droite vandale) publié chez Altamarea […] » – Javier Ors (traduction libre de l’extrait de l’article)


L’irrationalité nous mène-t-elle à la médiocratie ?

Illustration © Cäät
EDL - Espaces de libertés
Le magazine du Centre d'Action Laïque
Par Sandra Evrard
15 décembre 2024

Pourquoi n’arrivons-nous pas à combattre le réchauffement climatique de manière efficace et rationnelle ? Selon le philosophe québécois Alain Deneault, nous ne serions pas outillés psychiquement pour faire face à une évolution aussi rapide. L’auteur de La médiocratie et de Faire que! épingle également le fait que le mensonge officiel s’applique de façon coercitive, avec peu de place pour un véritable débat et les nobles échanges d’idées. Pour sortir de ce qu’il qualifie d’« ère de l’inouï », il nous invite à changer d’échelle.

Le titre de votre dernier ouvrage évoque « l’ère de l’inouï ». Que recouvre cette expression ?

Traiter d’écologie politique aujourd’hui nous place dans la position de Cassandre. Parler de ce que le siècle nous réserve se révèle très difficile. Est inouïe, ou inaudible, toute discursivité s’essayant à traiter ce qui dépasse l’entendement, à savoir un monde géophysique en mutation, un climat se transformant d’une façon jamais vue, des espèces disparaissant sous nos yeux par centaines de milliers… Il s’ensuit un système Terre se détraquant de lui-même dans des mouvements exponentiels. Cela ne s’est pas vu – les scientifiques le répètent à l’envi – sur « des millions d’années ». Or, comment penser ce qui est radicalement sans précédent depuis une aussi longue période, si l’on considère ce que « penser » veut dire ? Depuis les Grecs, penser se produit par analogie, par comparaison. Car oui, contrairement à l’adage populaire, comparaison est raison. Paul Veyne disait du travail d’historien qu’il ne s’effectue qu’à la condition de faire preuve d’un important bagage de références ; on ne s’intéresse convenablement à une situation que si on la compare avec (et non à) d’autres, c’est-à-dire en en dégageant les ressemblances et les distinctions. Mais comment penser ce qui ne trouve dans le passé aucun pendant ? Rachel Carson traitait dans les années 1960 de ces insectes et de ces oiseaux qui devaient subitement s’adapter à l’épandage de 500 nouveaux produits chimiques par an ! Le temps long dans lequel ils s’inscrivent ne le permet pas, d’où leur dramatique anéantissement. Maintenant, par analogie, là aussi, il en va de même pour nous psychiquement. Nous ne sommes pas outillés intellectuellement et psychologiquement comme collectivités pour faire face aux mutations auxquelles nous nous voyons confrontés. D’où le fait que nous sombrions dans l’angoisse, une angoisse profonde et collective, une éco-angoisse (qui se distingue de l’assez mal nommée « éco-anxiété »). Et l’angoisse constitue une prédisposition à la recherche d’objets substitutifs (les boucs émissaires de l’extrême droite ou l’exacerbation des causes identitaires des mouvements sociétaux…). Revenir à la question politique classique « Que faire ? » n’est pas aussi simple que jadis, car l’adversité est désormais monumentale. Mais il ne s’agit pas d’une question strictement rhétorique à laquelle on pourrait se satisfaire de répondre « rien ». L’écologie politique travaille, ces décennies-ci, dans un sentiment d’urgence, à se donner des objets qui permettent de structurer l’action et la pensée autour de perspectives qui allient la lucidité et le courage.

Vous interrogez l’engagement politique aujourd’hui. En quoi est-il différent d’auparavant ? Les périodes de turbulence ont toujours marqué nos sociétés, qu’est-ce qui a changé ?

Les périodes de turbulence s’accompagnaient d’objets intellectuels et politiques capables de faire le poids, même dans les situations les plus douloureuses. Un objet, c’est ce sur quoi la pensée porte, en tant qu’il structure la réflexion et l’action. Au Moyen Âge, la chrétienté était un objet politique, comme la science s’en est révélée également un au XVIIIe siècle, ou encore le pacifisme dans les années 1920. Mais face à la catastrophe écologique annoncée, tétanisée et bousculée, la pensée politique est incapable de générer ce type d’objet. Le peuple infortuné est confronté à droite à des productions idéologiques de pacotille qui ne font pas le poids devant l’urgence d’agir comme le pitoyable « développement durable », l’opportuniste « capitalisme vert », la mensongère « transition énergétique » ou la fantasque « géo-ingénierie ». L’outrecuidance de ces propositions choque l’intelligence. Du reste, à gauche, la plupart des désignations pour se définir sont dotées de préfixes privatifs : on est anticapitaliste, anarchiste, insoumis, ou décroissantiste… Toutes consistent à laisser l’adversaire définir une proposition à laquelle on s’oppose dans un second temps. Ces prises de position négatives alimentent à coup sûr le flou et la culture du ressentiment. Certes, il s’entend que la situation actuelle nous plonge collectivement dans un désarroi. Cet état n’est pas problématique en soi (il serait surtout inquiétant de ne pas y passer), pourvu qu’on ne s’y stationne pas, qu’on se montre capable d’en sortir.

Dans un monde où la rationalité n’est plus forcément la norme recherchée, on peut légitimement s’interroger sur la probabilité d’une déchéance de nos sociétés et d’un risque de nivellement par le bas. Vous avez écrit un livre sur la médiocratie, que recouvre ce concept ? Et pensez-vous que cette médiocratie est aujourd’hui effective ?

Sur un plan intellectuel et éthique, la réalité, même si elle nous brûle les yeux, est devenue très difficile à traiter parce que le pouvoir oligarchique fait valoir désormais de manière coercitive le mensonge officiel. Nous sortons progressivement de cette conception dite arbitrairement « moyenne » des choses : celle qui s’imposait artificiellement encore récemment comme grammaire idéologique de la gouvernance amenant les acteurs sociaux à se percevoir en tant que « parties prenantes » du vaste marché de contractualisation. L’illusion d’une médiocratie s’administrant de façon horizontale cède tendanciellement le pas à un extrême centre. Ce dernier, comme tous les extrémismes, se montre intolérant à tout ce qui n’est pas lui, transforme les plateaux de télévision en tribunaux inquisitoriaux, brutalise les écologistes en les confondant avec des terroristes et vocifère ses vérités à la manière de dogmes intouchables. Plus le pouvoir entre dans un désarroi, plus on sent poindre la panique chez ceux qu’il emportera dans sa chute annoncée, plus rigide et violente se révèle la façon de pointer des boucs émissaires, de censurer les messagers de mauvais augure ou d’intimider ceux qui doutent. Les étiquettes fusent à une cadence inédite ; la moindre résistance à l’oligarchie nous vaut rapidement des noms d’oiseaux que des médias industriels infligent à la manière de vérités au vu du commun.

Si toute parole, même mensongère et absurde, peut être professée à tous les niveaux de pouvoir et avoir un impact direct sur la population, comment maintenir une conscience citoyenne éclairée et basée sur des connaissances tangibles ?

Se donner des objets dignes de la période historique dans laquelle nous nous immergeons. Le faire en restant lucide, sans déprimer, joyeux dans la lucidité. Agir ainsi, c’est rompre avec l’adage « ceteris paribus sic stantibus » (« toutes choses étant égales par ailleurs »), qui donne l’illusion que l’on peut se mesurer aux réalités du présent en isolant seulement quelques variables sur lesquelles on travaille. Non ! Tout bouge ; rien n’est égal par ailleurs. Tous les paramètres, même ceux que l’on jugeait les plus stables, se transforment de manière préoccupante. Le « gai savoir » porte désormais sur un tel savoir. Le philosophe Baptiste Morizot arrive à produire des objets adéquats, comme celui de « chimère » – un nom adapté aux mondes qui se profilent dans des croisements jadis invraisemblables. Mais c’est aussi le nom de structures politiques qu’il faudra apprendre à inventer, de nouveaux desseins nous permettant d’être en phase avec la nouvelle conjoncture, à l’ère de l’inouï. La « biorégion » est une notion qui répond bien à ce qui nous attend.

Illustration © Cäät

Je la définis dans Faire que ! comme étant impérative, c’est-à-dire que la géopolitique en ce siècle se contractera par la force des choses, en passant de la mondialisation industrielle et commerciale à l’autonomie régionale. Cela a déjà commencé : les conséquences dramatiques des bouleversements climatiques et de la perte de biodiversité (inondations, ouragans, incendies de forêt, canicules meurtrières, perturbation dans le règne animal, migration de réfugiés environnementaux, épidémies…) ainsi que les bris d’approvisionnement occasionnés par l’insécurité énergétique et la pénurie inévitable de minerais entraîneront un isolement structurel des communautés, lesquelles devront réapprendre à vivre de manière relativement autonome, avec elles-mêmes. Dans ce cadre, la « biorégion » consiste en une approche géopolitique selon laquelle le préfixe « géo- » est aussi important que le radical « politique » : la politique ne s’y conçoit plus contre et sur le territoire, mais en lui, prise dans ses synergies, en fonction des espèces qui l’habitent et de l’économie de la nature qui s’y organise. Cette échelle supposera de la créativité politique et celle-ci s’observera d’autant plus qu’elle se révélera nécessaire.

Bouleversements écologiques, victoire de Trump comment agir politiquement à l’ère de l’inouï

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Bouleversements écologiques, victoire de Trump comment agir politiquement à l’ère de l’inouï. Entretien avec Alain Deneault par Vinciane Colson à l’émission radio Libres, ensemble du Centre d’Action Laïque le 9 novembre 2024 – Durée : 29 min 10 sec – 9 novembre 2024

« Fonte des glaciers, multiplication des ouragans et des crues, perte de la biodiversité, canicules et incendies de forêt à répétition, multiplication des épidémies: le monde connaît des bouleversements écologiques sans précédent. Comment agir politiquement à l’ère de l’inouï, quand on ne dispose d’aucun pendant historique pour appréhender les catastrophes annoncées ? Comment s’engager quand l’extrême droite sème la confusion et détourne l’angoisse vers des boucs émissaires ? Que faire ? Cette question donne le vertige, tellement on l’a posée. Elle jalonne la pensée politique depuis plus d’un siècle et finit par nous figer. Le moment est venu de « faire que » ! Invité: Alain Deneault, philosophe et essayiste québécois, auteur de « Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï », publié aux Editions Lux, qui explore dans ce livre un nouveau mode d’engagement politique: la biorégion. » – Libres, ensembles – Centre d’Action Laïque

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La chute de l’empire américain

Le film La chute de l’empire américain de Denys Arcand (2018) diffusé sur ICI TOU.TV a été inspiré par plusieurs thèmes, notamment celui de l’évasion fiscale. Voici ce qu’en a dit le réalisateur Denys Arcand à l’émission Culture avec Catherine Richer à Radio-Canada le 19 juin 2018 :

« […] On ne sait jamais comment les choses vont se passer, c’était un des sujets qui m’intéressait le hold-up (le braquage de la rue Saint-Jacques) et aussi les livres d’Alain Deneault sur l’évasion fiscale que je lisais et dans lequel je prenais des notes, ça me fascinait […] » – Denys Arcand

Sur la mission première de notre société d’État

Photo © Olivier Zuida – Le Devoir
Le Devoir 
Libre opinion
Par Johanne Dion et Alain Deneault
14 décembre 2024


Sous couvert de « décarbonation » — soit la diminution de la quantité d’émissions de gaz à effet de serre (GES) produites par la combustion de combustibles fossiles —, on détourne Hydro-Québec de sa mission première, celle, essentielle, d’assurer un service fiable, à un coût raisonnable. Cela, avec tous les risques que cela comporte.

Il existe en droit administratif une notion appelée « test de l’investissement prudent », qui oblige le fiduciaire à investir l’argent qui lui est confié comme si c’était le sien.

Bien qu’on ne puisse que saluer — prudemment — la conclusion d’un nouveau partenariat énergétique entre Terre-Neuve et le Québec, pour la production hydroélectrique au Labrador, on est en droit de se demander, plus généralement, si le (pharaonique) Plan d’action 2035 « Vers un Québec décarboné et prospère » de Michael Sabia et les milliards injectés dans la filière batterie — « un choix industriel qui n’est assurément pas le bon pour le Québec », selon l’économiste Frédéric Laurin — et dans des technologies immatures, coûteuses et inefficaces — on pense ici à l’hydrogène « vert », au captage et au stockage du carbone, etc. — rencontreraient les standards de ce test. Il est permis d’en douter.

En réponse aux changements climatiques, les stratégies d’adaptation doivent, selon nous, être préférées aux mesures d’atténuation. Pour mémoire, l’atténuation traite des causes du changement climatique — présumément l’accumulation de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère — alors que l’adaptation concerne les impacts du changement climatique.

En soi, continuer à privilégier l’efficience, l’efficacité, l’économie et la sobriété en général est plus que souhaitable. Mais engager temps, effectifs et ressources, au niveau local, dans le but premier de diminuer les GES, avec les incertitudes significatives qui prévalent dans la science du climat et, parallèlement, le peu d’engagements de certains pays à travailler en ce sens, paraît, à court terme, plus que hasardeux. Comment, pourra-t-on, par ailleurs, mesurer l’impact réel de ces investissements, leur contribution spécifique à la « décarbonation » et leur incidence ultime sur le climat futur ? Prudence, donc…

Dans le contexte où les ressources de l’État sont limitées — on annonce un déficit record de 11 milliards en 2024-2025 — et où le gouvernement doit pouvoir continuer à mener concurremment ses autres missions que sont l’éducation, la santé, la protection sociale, etc., les mesures d’adaptation, bien ciblées et économes, sont susceptibles de livrer des résultats plus tangibles.

Hydro-Québec investira des sommes considérables pour gagner en résilience (ce qui doit être LA priorité !), en faisant évoluer la conception et la gestion de son réseau et en optimisant le remplacement et la modernisation de ses actifs. Les municipalités, qui sont aussi sur la ligne de front, réclament, à juste titre, un appui gouvernemental pour adapter leurs infrastructures aux changements climatiques. Plusieurs autres mesures porteuses, bien adaptées au milieu récepteur, peuvent être mises en avant : améliorer la sécurité alimentaire par la culture en serre et le rajustement des méthodes de culture, réduire la consommation d’eau d’industries grandes utilisatrices, etc.

Et, assurément, la transition énergétique ne doit pas consister, comme on le propose actuellement, en une addition énergétique, qui risque d’être coûteuse. Selon une étude récente, il faudrait prévoir une hausse tarifaire de 65 % à 75 % cumulativement sur 11 ans, soit 5 % à 6 % par an ! À ce titre, le gouvernement doit, dès à présent, décliner tout accueil de nouvelles entreprises énergivores et Hydro-Québec, qui entend quintupler ses ventes aux centres de données dans la prochaine décennie, réajuster ses plans.

Finalement, le maintien d’un mix énergétique « sobre », voire décroissant, qui table aussi bien sur les énergies renouvelables que sur les énergies fossiles, nous semble un choix avisé et bien « adapté » dans le contexte actuel de grande instabilité, géopolitique, climatique, cybernétique, etc. Imaginons seulement un prochain verglas sans chauffage, sans transports et sans services publics !

«L’économie de la pensée» parmi les comptes rendus de lecture de Bruno Marquis

Image © pngtree

Presse-toi à gauche

Par Bruno Marquis
10 décembre 2024

« Il s’agit du cinquième feuilleton théorique d’Alain Deneault sur l’économie, feuilleton qui vise lui aussi à réhabiliter ce terme dans une réalité autre que capitaliste. Il fait suite à « L’économie de la nature », à « L’économie de la foi », à « L’économie esthétique » et à « L’économie psychique ». Il est en mon sens le plus théorique de ces cinq essais, ce qui en rend la lecture parfois difficile. Il s’intéresse aux nombreux usages du terme dans le champ de la philosophie, usages trop oubliés de nos jours et qui avaient certes le grand avantage d’élargir nos horizons. Le livre comprend aussi une section intitulée « L’économie mathématique », cette fois signée par François Genest. » – Bruno Marquis

Extrait :

«Dans l’infini processus de constitution et d’altération des idées, quelque chose persiste qui permet de les faire correspondre avec les modalités abstraites de l’entendement. »

Faire que ! d’Alain Deneault par Roméo Bouchard

Par Roméo Bouchard
Page Facebook (Meta)
3 décembre 2024

« Comme plusieurs de ses derniers livres, son dernier, FAIRE QUE!, est profond mais pas facile à lire. Deneault est un grand intellectuel : il baigne dans un océan de lectures et de culture et je le soupçonne de prendre un lubrique plaisir à se laisser dériver au fil de ses pensées. Penser et écrire est sûrement pour lui un art autant qu’un travail. (Au Québec, où les humoristes patentés et les « addicts » à Netflix tiennent lieu d’intellectuels, on est peu habitué à cette gymnastique intellectuelle. Pas surprenant que ceux qu’on produit doivent se taire ou s’exiler à l’étranger : Deneault en Acadie, Maxime Blanchard à New-York, Bock-Côté -même lui- à Paris, Sylvain Charlebois en Nouvelle-Écosse…).

Mais le propos de FAIRE QUE! est tout sauf une fantaisie d’intellectuel : il y est question de notre réaction devant l’imminence de l’effondrement des éco-systèmes et de la société capitaliste. « On le sait mais on le tait » (p.27). On cherche par tous les moyens à faire taire notre angoisse en travestissement le danger et en nous voilant les yeux : on parle, l’air de rien, de développement durable, de gestion de l’environnement, d’adaptation aux changements climatiques, de crise écologique, d’émissions de GES, d’auto électrique versus l’auto thermique, de transition énergétique et d’énergies renouvelables, d’économie verte, d’économie circulaire, de verdissement, comme s’il s’agissait de problèmes parmi d’autres, sans jamais faire état « du coût écologique des infrastructures qu’il faut construire pour faire rouler cette économie soi-disant verte ».

Pire que ça. Notre incapacité à faire face à « l’inévItable catastrophe » et au contrôle absolu qu’exercent les oligarques du capitalisme technologique nous précipite vers les idéologies autoritaires et les populismes de droite qui proposent des solutions magiques passe-partout

Dans ce contexte, que faire? Deneault convoque tous les grands « faiseurs » de l’histoire –c’est la section la plus indigeste-, de Lénine aux anarchistes, en passant par les gauches et la social-démocratie, en « permanente négociation avec la capitalisme ». Personne n’a de solution. Il n’y a plus de réponse politique, pas encore de véritable écologie politique : on en est encore à la morale, « mais tôt ou tard, le passage des mœurs à la politique est pourtant inéluctable; on ne construit pas un monde politique seulement sur de bons sentiments ». (p. 107)

Finalement, le « faire que » de Deneault ouvre sur l’hypothèse des biorégions, c’est-à-dire le retour à des communautés locales et régionales autonomes, autosuffisantes et durables parce que fondées sur leur lien vital avec un territoire vivant, la bio-région…un peu comme chez les peuples primitifs. Ce que nous appelons régions aujourd’hui ne sont souvent plus que des entités administratives : le territoire vivant est devenu une sorte de millefeuille où se superposent des institutions politiques (municipalités, MRC, etc.) et des réseaux de succursales d’entreprises, de banques, de services qui ont de moins en moins de lien existentie avec le territoire habité à échelle humaine. Même les agriculteurs ne nourrissent plus leur communauté.

À l’extrême centralisation de la vie humaine qu’a produite le capitalisme, il faut opposer l’échelle humaine, l’échelle du territoire. « Dans cet épais millefeuille, la biorégion marque un acte de résistance de la part de peuples régionaux qui entendent reconquérir leur droit, se donner une souveraineté alimentaire, une autonomie énergétique et une liberté intellectuelle » (p. 199).

Je souhaite pour ma part que ce rêve de la biorégion, qui alimente présentement une littérature abondante, reste bien ancré dans nos réalités et ne deviennent pas une sorte d’utopie anarchique. Au Québec, nos biorégions sont encore proches de nous et rien ne nous empêche de les ressusciter en plaidant pour une décentralisation politique et économique, une démocratie territoriale, une prise en charge citoyenne du territoire et de la communauté.. De même pour nos quartiers urbains, qui pourraient redevenir des quartiers-villages.

Il ne fait pas doute pour moi que la voie de sortie de la crise de l’environnement et du capitalisme est le retour à l’échelle du territoire et de la communauté humaine. «Laissés à nous-mêmes, écrit justement Deneault, dans une situation de déréliction politique et commerciale méconnue, il nous faudra réapprendre à nous organiser sur la seule échelle qui aura encore du sens, celle d’une communauté que nous sommes à même de cerner du regard. » (p. 159) »

Le combat de tous pour tous

Courrier de Portneuf

Par Robert Jasmin
11 décembre 2024

« La semaine dernière, dans mon billet sur l’impossible fuite devant le déroulement des changements climatiques, je nous demandais si nous étions condamnés à vivre, impuissants, notre écoanxiété. Mon ami et jadis complice dans le mouvement altermondialiste ATTAC-Québec, le philosophe Alain Deneault répond non ! Voici ce qu’il écrit dans son très récent livre, Faire Que ! ( Lux, 2024, 216 p. ) : « À l’heure de l’inouï, l’angoisse s’impose tel un passage obligé. L’éprouver est un signe de santé mentale, à condition d’agir pour chercher à en sortir ».

Seule l’action peut nous aider tant individuellement que collectivement. Mais que faire,  comment faire et où le faire ? C’est ce à quoi tente de répondre Alain Deneault à la suite, nous raconte-t-il, de ceux et celles dans l’histoire qui ont abordé la grande question que se pose tout citoyen engagé : que faire ? : « Qu’est-ce que je peux faire, moi, insignifiant petit Chose claquemuré dans l’isolement de mon humble chez-soi ? »  l’auteur ajoutant qu’il n’existe aucun Que faire ? pour les nuls (p.73). Comment trouver sa voie entre les écueils que sont l’alarmiste et l’apathie ?

Résumer ici toutes les réponses que l’auteur esquisse m’apparaît impossible. J’ai tenté toutefois de glaner quelques conseils ou orientations en guise de pistes. D’abord attaquer et diminuer la puissance de ceux qui empêchent les changements salutaires en s’engageant, par exemple, dans les mouvements ou les partis qui mènent une lutte draconienne contre les paradis fiscaux et pour une révision profonde des modalités fiscales ; pour l’imposition de prix progressifs sur l’électricité avec un quantum de base gratuit et une tarification en fonction d’abus favorisant un consumérisme frivole ; et plusieurs autres exemples.

Un conseil fondamental : revenir à là où on est. En latin c’est le hic et nunc, ici et maintenant. J’agis à mon échelle, mais en gardant en tête les autres échelles. Par exemple, la lutte pour notre survie sur terre n’est pas incompatible avec la lutte pour notre survie comme peuple. La vision nationale contre la vision des multinationales peut et doit inclure la dimension écologiste. En réponse à la question : « Que faites-vous ? », le tailleur de pierres ne dit pas : « je fais un travail pénible qui me brise le dos et je le fais pour nourrir ma famille ». Il répond plutôt : je bâtis une cathédrale ! C’est ce à quoi Alain Deneault nous convie. »

Deux propositions de Christian Bégin dont l’essai Faire que !

Sur sa page Facebook (Meta) Christian Bégin propose la lecture de l’essai d’Alain Deneault Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï ainsi que le visionnement du film Bergers de Sophie Deraspe , un film librement inspiré du livre D’ou viens-tu, berger ? de Mathyas Lefebure.

« Ok….  J’ai deux propositions à te faire.  
Pas compliqué.
Vertigineux, troublant et bienfaisant à la fois.
1- Lire « Faire que !» de Alain Deneault. Te connecter à ton angoisse et la comprendre et même, peut-être, pouvoir agir dessus…
Puis
2- Te précipiter au cinéma pour voir cette magistrale trêve dans le noir des temps qu’est « Bergers » de Sophie Deraspe.
Puis….
Laisser reposer…
On s’en jase bientôt?
Ça sent le « Cabaret de l’Impensable »…. » - Christian Bégin

Entretien avec Alain Deneault autour de son essai Faire que ! à l’émission Chroniques rebelles

Entretien avec Alain Deneault autour de son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï à l’émission Chroniques rebelles sur Radio Libertaire le 16 novembre 2024 – À partir de 45 min 38 sec

*Il est à noter qu’il y a une erreur sur le site : le segment du contenu du 16 novembre 2024 avec l’entretien d’Alain Deneault est inscrit dans le segment du 23 novembre 2024.

« Les Chroniques rebelles traitent de la contestation, des
luttes, des rebelles dans l’actualité et le passé. Deux heures
d’émission pour tenter d’apporter une perspective dissidente, une
réflexion différente, ouverte, de poser des questions sous un angle
inabordé ou à contre-courant. […] » – Chroniques Rebelles

Critique de l’essai «Mœurs. De la gauche cannibale à la droite vandale»

Par Max W-Elie
Page Facebook (Meta)
6 novembre 2024

« Alain Deneault nous offre un ouvrage très lucide (et pas facile à lire dans le sens qu’il est très « froidement » réaliste) dont l’objectif est de ramener tout le monde sur la vraie terre, c’est-à-dire celle qui se meurt à petit feu d’un point de vue écologique. Pour l’auteur, l’écologie devient (et devrait être), par la force des choses, l’horizon indépassable de notre temps, par-dessus les clivages sociaux et identitaires « stériles » gauche versus droite qui masquent le vrai objectif de fond qui devrait être la solidarité de tous contre les abus économiques du capitalisme (meilleure répartition des richesses, décroissance, limitation de l’activité humaine, etc) qui loin de n’être qu’un symptôme (le capitalisme tel qu’on le connaît actuellement) est plutôt la source du problème, selon l’auteur, qui nous exhorte à sortir de la boîte médiatico-industrielle actuelle qui formate les esprits et contribue à faire de l’adhésion au capital un précepte incontournable.

Alain Deneault poursuit en affirmant et je cite : « …que cette injonction économique néolibérale confine à un impensé l’idée même d’un modèle autre se substituant à l’ordre marchand voulu mondialement pas des entités hégémoniques… » ¹ L’auteur conclut en espérant que les citoyens et les gouvernements feront le bon choix ou le seul choix qui s’impose en ce début de siècle en affirmant et je cite que : « …prendre le parti de ce qui nous échoit en ce siècle largement déterminé par l’enjeu écologique, c’est revenir à une certaine humilité. C’est arrimer la pensée à l’histoire, et à des impératifs qu’on apprivoisera ainsi beaucoup mieux que si on continue à les nier jusqu’à ce qu’ils s’imposent à nous par la force. » ² – Max W-Elie

(1) Alain Deneault, Moeurs, De la gauche cannibale à la droite vandale, Lux Éditeur, 2022, 300p, Page 259
(2) Page 300

De la bande de colons à la biorégion

De la bande de colons à la biorégion, une conférence d’Alain Deneault sous l’invitation du Collectif Société qui a eu lieu le vendredi 27 septembre 2024 à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) – Durée 1 h 26 min 31 sec

Image (extrait) de la captation De la bande de colons à la biorégion, le vendredi 27 septembre 2024

«L’économie psychique» parmi les comptes rendus de lecture de Bruno Marquis

Image © pngtree

Presse-toi à gauche

Par Bruno Marquis
26 novembre 2024

« Ce quatrième feuilleton théorique d’Alain Deneault sur l’économie, qui porte sur l’économie psychique, traite à travers le temps et de nos jours de l’effritement de la pensée opéré par le capitalisme, et en particulier de questions comme la toute-puissance des entreprises par rapport aux individus, le harcèlement moral, la détresse au travail, etc. C’est un feuilleton très théorique, mais dont plusieurs pages sont d’un grand intérêt et fort éclairantes. » – Bruno Marquis

Extrait :

« Si l’œuvre d’Hirigoyen se nourrit d’exemples qui portent sur des cas emblématiques, elle se trouve inopérante lorsque le phénomène pervers s’érige de manière structurelle, lorsqu’il fonde les principes même de gestion de l’économie marchande. Le harcèlement moral dans la vie professionnelle fait état d’entreprises qui sont elles-mêmes, comme entités, des sujets pervers, ce dont témoignent leurs directives implicites ou explicites et l’esprit qui y règne. »

Entrevue avec Alain Deneault à CKRO sur le thème des médias en philosophie

Entrevue avec Alain Deneault par Julianne Benoit sur le thème des médias en philosophie dans le cadre des capsules UMCS « L’UMCS sur écoute » de l’Université de Moncton, campus de Shippagan en collaboration avec Radio Péninsule CKRO 97,1. Durée: 10 min 7 sec – 4 décembre 2024

Barbarie numérique de Fabien Lebrun avec la préface d’Alain Deneault

Retour sur la participation d’Alain Deneault au Salon du livre de Montréal

Tête à tête entre Alain Deneault et Sandrine Giérula : à quoi ressemblera demain ?
Séance de dédicaces
Entretien avec Alain Deneault, animé par son éditeur Mark Fortier à la librairie Le Port de tête

L’entretien avec Alain Deneault et son éditeur Mark Fortier à la librairie Le Port de tête

Alain Deneault et son éditeur Mark Fortier à la librairie Le Port de tête – 30 novembre 2024

Captation de l’entretien avec Alain Deneault par son éditeur Mark Fortier autour de son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï qui a eu lieu à la librairie Le Port de tête le samedi 30 novembre 2024.

Présenté par Lux Éditeur et le Salon du livre de Montréal dans le cadre du Salon dans la ville.

Alain Deneault et son éditeur Mark Fortier à la librairie Le Port de tête – Durée : 10 min 02 sec – 30 novembre 2024 – 1/4
Alain Deneault et son éditeur Mark Fortier à la librairie Le Port de tête – Durée : 13 min 57 sec – 30 novembre 2024 – 2/4
Alain Deneault et son éditeur Mark Fortier à la librairie Le Port de tête – Durée : 11 min 32 sec – 30 novembre 2024 – 3/4
Alain Deneault et son éditeur Mark Fortier à la librairie Le Port de tête – Durée : 13 min 47 sec – 30 novembre 2024 – 4/4
Réponses d’Alain Deneault à la période de questions (extrait)
Alain Deneault et son éditeur Mark Fortier à la librairie Le Port de têt – Période de questions (extrait) – Durée : 7 min 04 sec – 30 novembre 2024
Alain Deneault et son éditeur Mark Fortier à la librairie Le Port de tête novembre – Fin de l’entretien – Durée : 0 : 22 sec – 30 novembre 2024

Barrick Gold évite un procès en Ontario pour violation des droits de la personne

Entretien avec Alain Deneault par Camille Gris-Roy (en remplacement de Nicolas Haddad) à l’émission Y’a pas deux matins pareils sur les ondes de Radio-Canada (Toronto) concernant la minière ontarienne Barrick Gold qui a échappé à un procès en Ontario pour violation des droits de la personne sur un de ses sites en Tanzanie – Le segment débute à 7 h 42 – Durée 17 min

Bande-annonce du film de Julien Fréchette, produit par MC2 en coproduction avec l’ONF, 2012

Après la sortie du livre Noir Canada, l’auteur Alain Deneault, ses collaborateurs et les Éditions Écosociété sont poursuivis pour diffamation par Barrick Gold et Banro, deux grandes compagnies minières canadiennes. Malgré la disproportion des moyens financiers, la poignée d’irréductibles décide de lutter sur tous les fronts.

Le Prix des mots relate cette escalade de procédures judiciaires qui s’étend sur des années d’intenses tensions psychologiques. Thriller documentaire troublant, véritable suspense juridico-politique, le film se déroule dans les coulisses de la justice canadienne, avec comme toile de fond la présence controversée de l’industrie minière en Afrique.

Remerciement d’Alain Deneault pour le Prix Richard-Arès reçu en 2008 pour l’essai Noir Canada. Pillage, corruption et criminalité en Afrique publié aux Éditions Écosociété. La capsule vidéo a été publié par L’Action nationale le 13 novembre 2024

Alain Deneault au Salon du livre de Montréal et à la librairie Le Port de tête aujourd’hui le 30 novembre !

Alain Deneault sera présent au Salon du livre de Montréal aujourd’hui le 30 novembre 2024 pour présenter son tout dernier essai Faire que ! lors d’un tête à tête avec l’autrice Sandrine Giérula qui sera suivi d’une séance de dédicaces au kiosque de Lux Éditeur et d’un entretien animé par Mark Fortier à la librairie Le Port de tête.

« À l’ère des bouleversements écologiques majeurs et des divisions politiques croissantes, comment s’unir pour trouver des solutions durables? Assistez à ce tête-à-tête entre Alain Deneault et Sandrine Giérula qui exploreront des pistes concrètes pour relever les défis énergétiques et donner un sens à un monde en quête de repères. Une réflexion profonde sur le sentiment d’impuissance de notre époque et sur les moyens d’encourager l’engagement politique. Une conversation essentielle pour imaginer et bâtir un futur plus juste et durable. » – Salon du livre de Montréal


Tête à tête entre Alain Deneault et Sandrine Giérula: à quoi ressemblera demain ?
Espace littéraire - Palais des Congrès
1001 Place Jean-Paul Riopelle
30 novembre 2024 - 10 h 30 à 11 h 15

Alain Deneault – Photo © Leonardo Cendamo / Sandrine Giérula – Photo © Jacinthe Morin


« Venez rencontrer Alain Deneault  et faire dédicacer « Faire que ! » au kiosque Lux Éditeur (#1107). Certaines maisons d’édition mettent en place un système de file d’attente. Nous vous recommandons de vous renseigner auprès d’un·e employé·e du kiosque au moins 1 heure avant le début de la séance. » – Salon du livre de Montréal


Alain Deneault en dédicaces
Kiosque Lux Éditeur # 1107 - Palais des Congrès
1001 Place Jean-Paul Riopelle
30 novembre 2024 - 11 h 30 à 12 h 30


« Rejoignez-nous à la Librairie Le Port de tête pour un entretien avec l’essayiste Alain Deneault animé par son éditeur Mark Fortier. Il sera question de son plus récent essai sur l’engagement politique Faire que ! » – Salon du livre de Montréal


Entretien avec Alain Deneault autour du livre Faire que !
Animé par Mark Fortier
Présenté par Lux Éditeur et co-organisé avec et le volet Salon dans la ville
du Salon du livre de Montréal

Samedi 30 novembre 2024 - 18 h à 20 h
Librairie Le Port de tête - 269, avenue Mont-Royal Est
Ouvert à toutes et à tous

Alain Deneault – Photo © Leonardo Cendamo / Mark Fortier – Photo © Caroline Fabre

Trois livres pour affronter des situations inouïes, avec Denis Fortier

Photo © Jean-Baptiste Demouy – Radio-Canada

Pénélope, ICI Radio-Canada
26 novembre 2024

« À l’approche du Salon du livre de Montréal, Denis Fortier propose trois coups de cœur littéraires qui font réfléchir. Le physiothérapeute nous assure que ces livres sont liés de près ou de loin à la santé, et qu’ils permettent d’apporter d’autres pistes de réflexion sur différents sujets : notre rapport à la maladie mentale, notre engagement politique et l’importance de l’imaginaire pour surmonter des problèmes de santé. Denis Fortier mentionne les plumes de Marie-Eve Cotton, d’Alain Deneault, de Jacques Goldstyn et de Stéphane Laporte.

« […] Alain Deneault apporte des solutions sur ce que l’on pourrait faire, notamment par rapport aux enjeux écologiques et je trouve que sa proposition s’applique très bien aux enjeux liés au système de santé […]

J’ai beaucoup aimé, c’est un livre qui fait réfléchir, qui propose aussi des solutions et qui ne fait pas seulement des constats […] » – Denis Fortier, Pénélope, ICI Radio-Canada

Alain Deneault sera l’invité de Marie-Louise Arsenault à l’émission «Tout peut arriver» ce samedi 30 novembre

« Trois semaines après l’élection de Donald Trump et alors qu’ici, on s’embourbe dans des débats sémantiques puérils, je suis très contente de lire et d’accueillir ce remarquable penseur du politique. Alain Deneault a enquêté et révélé les ravages des paradis fiscaux (*Paradis fiscaux: la filière canadienne) et les pouvoirs supra-étatiques des grandes corporations (De quoi Totale est-elle la somme ?), l’un des meilleurs livres lus dans ma vie. Il sera avec nous ce samedi à Tout peut arriver » – Marie-Louise Arsenault, page Facebook

*Paradis fiscaux: la filière canadienne – Prix Pierre-Vadeboncœur pour l’essai de l’année 2014

Suggestions de lecture éclairantes pour temps sombres des Éditions Écosociété

Suggestions de lectures éclairantes pour temps sombres des Éditions Écosociété sur le thème de la lutte au capital dont l’essai Une escroquerie légalisée. Précis sur les «paradis fiscaux» d’Alain Deneault ainsi que Voyage au bout de la mine de Pierre Céré dont Alain Deneault a signé la préface.

Compte rendu de lecture de Noir Canada par Bruno Marquis sur Presse-toi à gauche !

Presse-toi à gauche !

Par Bruno Marquis
6 novembre 2024

« Vous souvenez-vous de ce fameux bouquin qui a fait les manchettes parce qu’il faisait l’objet de poursuites abusives de la part de Barrick Gold et Banro il y plusieurs années ? « Noir Canada » rendait compte des abus commis par les sociétés minières canadiennes en Afrique et démontrait avec force détails que le calcul du profit des sociétés minières ne tient pas compte des coûts sociaux et environnementaux ; que des sociétés minières canadiennes soutiennent parfois des dictateurs pour avoir accès à des gisements ; que des sociétés minières canadiennes financent des guerres civiles pour accéder à des gisements ; que la Bourse de Toronto ne garde aucune trace des causes concrètes de la croissance de la valeur des titres des sociétés minières ; que l’Agence canadienne de développement international finance des projets dévastateurs pour l’environnement et les populations en Afrique ; et que le Canada n’est un « ami » de l’Afrique qu’en apparence. Un livre toujours d’actualité, que j’ai dévoré et que je vous recommande fortement.

Extrait :

Les effets du Canada, le monde y goûte déjà amplement : ingérence politique et contrats léonins dans la fragile République démocratique du Congo, partenariats avec les seigneurs de guerre, vendeurs d’armes et mercenaires de la région à feu et à sang des Grands Lacs, collusions mafieuses dans l’Ouganda voisin, accentuation des tensions armées autour du pétrole d’Ituri, mineurs enterrés vifs en Tanzanie, corruption au Lesotho, empoisonnement massif et génocide involontaire » au Mali, expropriations brutales au Ghana, transformation des Ivoiriens en cobayes pharmaceutiques, barrages hydroélectriques dévastateurs au Sénégal, privatisation sauvage du transport ferroviaire en Afrique de l’Ouest… »

Noir Canada. Pillage, corruption et criminalité en Afrique publié aux Éditions Écosociété – Prix Richard-Arès pour l’essai de l’année en 2008
Bande-annonce du film de Julien Fréchette, produit par MC2 en coproduction avec l’ONF, 2012

Essai sur le même thème que Noir Canada :

Biorégion ou barbarie

Photo: Erkki Voutilainen / Maaseudun Tulevaisuus

Nouveau projet

« Et si le projet biorégional pouvait nous aider à traverser l’effondrement? Dans cet extrait de l’essai Faire que !, récemment paru chez Lux Éditeur, l’auteur et philosophe Alain Deneault appelle à un certain retour à la terre. » – Nouveau projet, 13 novembre 2024

«Comment faire pour passer de notre monde à ce monde-là?» se demande Kirkpatrick Sale. Que faire? En définitive, la question s’est peu posée de manière explicite dans des écrits de référence du biorégionalisme. Aucune «réponse exacte1». Pas besoin? Tout se ferait virtuellement. Leur corpus, en grande partie d’auteurs anarchistes, les amène à présumer que des forums horizontaux de démocratie directe s’organisent d’eux-mêmes, entre citoyens devenus consentants. Qu’ils fleuriraient à la manière des plantes avec lesquelles il faudrait entrer en symbiose. Aux États-Unis la question du régionalisme serait dans l’air du temps. Il suffirait de raviver les mœurs ancestrales du peuple pour qu’il se souvienne avoir vécu à cette échelle2. Suffisamment pour qu’un jour, les biorégions coulent de source, au moins partiellement, librement, sans déranger. La biorégion est appelée à s’adapter insensiblement aux conjonctures politiques, à l’instar du vivant3. Or, l’anarchisme ne saurait désigner quoi que ce soit d’autre que le clin d’œil d’une panne institutionnelle, le moment événementiel d’où sourd une organisation nouvelle. Un événement politique est l’art de défaire les liens convenus—temps d’anarchie—pour les recomposer. Des raccourcis, des essais, des tentatives qui tentent de répondre aux nécessités de l’histoire, par des fonctionnements qui échappent aux lourdeurs de la technocratie et à la hiérarchie des paroles autorisées. L’anarchè est l’heure alégale où se déclare arbitrairement, souvent par la force ou la violence, un ordre, un règne, une règle, des lois, une forme d’organisation. Walter Benjamin a démontré combien la loi constitutionnelle d’un État et son fondement juridique ne procèdent de rien, un fondement toujours hors-sol, une absence définitive de légitimité. L’État se pare ensuite d’arguments, de symboles, de récits et d’écrans pour nier le caractère arbitraire de sa naissance, et redouble d’ardeur pour réprimer tout acte de violence à son endroit, rappel de l’autre acte de violence auquel il doit son institutionnalisation4. La biorégion comme forme d’organisation ne saurait faire exception: le plus grand nombre devra l’imposer pour faire valoir des principes éminents et impérieux en ces temps de débâcle politique et écologique. Dans un temps événementiel qui sera celui de la politique active.

Extrait de Faire que !, Alain Deneault, Lux Éditeur, page 197-198

Il nous paraît clair, à nous, qu’à la Renaissance, la politique s’organisait par strates, que les pouvoirs se distribuaient sur un millefeuille institutionnel. Un paysan voyait planer au-dessus de lui des strates de pouvoirs: le royaume de France, la seigneurie à laquelle il appartenait, le vassal et l’Église lui infligeant tour à tour impôts, honoraires, loyers et dîmes. Ne perçoit-on pas aujourd’hui aussi nettement le partage encore plus complexe de l’autorité entre instances concurrentes? L’État lui-même se réfracte selon ses vocations législative, exécutive et juridictionnelle, se stratifie sous la forme d’autorités régionales et municipales, et se voit flanqué de pouvoirs financiers que sont les banques, qui imposent leur charge sous la forme d’intérêts. Bien qu’il les autorise, celles-ci peuvent se révéler de fait plus puissantes que lui. À cela s’ajoute la grande industrie, s’enrichissant souvent grâce à de faramineux taux de profit, et capable de poursuivre l’État devant des tribunaux ad hoc ou d’en corrompre les agents, tout en le suppléant dans une multitude de secteurs (éducation, recherche, culture, aménagement du territoire, économie régionale…). Enfin viennent les petites mafias, leur pizzo (impôt officieux) et l’ordre informel qu’elles régissent. Dans cet épais millefeuille, la biorégion marque un acte de résistance de la part de peuples régionaux qui entendent reconquérir leur droit, se donner une souveraineté alimentaire, une autonomie énergétique et une liberté intellectuelle. Agonistique, la biorégion, pour s’imposer, est nécessairement l’œuvre de sujets déterminés à transformer des relations de survie érigées par une nécessité historique en une forme d’organisation pérenne.

Extrait de Faire que !, Alain Deneault, Lux Éditeur, page 199-200