Compte rendu de lecture de Noir Canada par Bruno Marquis sur Presse-toi à gauche !

Presse-toi à gauche !

Par Bruno Marquis
6 novembre 2024

« Vous souvenez-vous de ce fameux bouquin qui a fait les manchettes parce qu’il faisait l’objet de poursuites abusives de la part de Barrick Gold et Banro il y plusieurs années ? « Noir Canada » rendait compte des abus commis par les sociétés minières canadiennes en Afrique et démontrait avec force détails que le calcul du profit des sociétés minières ne tient pas compte des coûts sociaux et environnementaux ; que des sociétés minières canadiennes soutiennent parfois des dictateurs pour avoir accès à des gisements ; que des sociétés minières canadiennes financent des guerres civiles pour accéder à des gisements ; que la Bourse de Toronto ne garde aucune trace des causes concrètes de la croissance de la valeur des titres des sociétés minières ; que l’Agence canadienne de développement international finance des projets dévastateurs pour l’environnement et les populations en Afrique ; et que le Canada n’est un « ami » de l’Afrique qu’en apparence. Un livre toujours d’actualité, que j’ai dévoré et que je vous recommande fortement.

Extrait :

Les effets du Canada, le monde y goûte déjà amplement : ingérence politique et contrats léonins dans la fragile République démocratique du Congo, partenariats avec les seigneurs de guerre, vendeurs d’armes et mercenaires de la région à feu et à sang des Grands Lacs, collusions mafieuses dans l’Ouganda voisin, accentuation des tensions armées autour du pétrole d’Ituri, mineurs enterrés vifs en Tanzanie, corruption au Lesotho, empoisonnement massif et génocide involontaire » au Mali, expropriations brutales au Ghana, transformation des Ivoiriens en cobayes pharmaceutiques, barrages hydroélectriques dévastateurs au Sénégal, privatisation sauvage du transport ferroviaire en Afrique de l’Ouest… »

Noir Canada. Pillage, corruption et criminalité en Afrique publié aux Éditions Écosociété – Prix Richard-Arès pour l’essai de l’année en 2008
Bande-annonce du film de Julien Fréchette, produit par MC2 en coproduction avec l’ONF, 2012

Essai sur le même thème que Noir Canada :

Au Québec, la ruée vers les minerais de transition

C’est pas du vent avec Anne-Cécile Bras – RFI

Au Québec, la ruée vers les minerais de transition. Un reportage de Pascale Guéricolas (Québec) à l’émission C’est pas du vent animée par Anne-Cécile Bras sur les ondes de RFI (Radio France international) avec l’invitée Célia Izoard, journaliste et philosophe, qui mentionne les travaux de William Sacher et Alain Deneault dont Paradis sous terre et Noir Canada (avec Delphine Abadie) à partir de 37 min 42 sec – 3 mai 2024

Photo © Getty Images – shaunl

« C’est l’un des paradoxes de notre époque : pour lutter contre le changement climatique et décarboner nos économies, une nouvelle ruée minière d’une ampleur inédite a commencé ! Pourtant, l’industrie minière consomme beaucoup d’eau, pollue les sols et consomme beaucoup d’énergie.  Mais pour produire des panneaux solaires, des éoliennes, des batteries et des voitures électriques, nous avons besoin de cuivre, de cobalt, de nickel, de lithium et de terres rares.

Pour satisfaire nos besoins, il faudrait produire en vingt ans autant de métaux que nous en avons extrait au cours de toute l’histoire de l’humanité. Nous creusons et prospectons partout et pour une fois pas seulement dans les pays du Sud. Par exemple, depuis trois ans, le lithium, le nickel et le graphite présents dans le sol québécois attise les appétits à la plus grande surprise des habitants. Car au Québec n’importe qui peut acheter pour deux ans le droit d’explorer le sous-sol sur des parcelles de 500 m2. C’est un héritage historique de la législation britannique lorsque le Canada lui appartenait. Ces claims miniers sont accessibles… sur Internet. La population s’organise pour défendre ses paysages.