Montpetit entretien, un rendez-vous livresque avec Alain Deneault et son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï le mercredi 16 avril 2025 à l’Espace conférence de la bibliothèque du Cégep Édouard Montpetit. L’entretien sera animé par le professeur de philosophie Thibault Tranchantainsi que le professeur en Science Politique Jonathan Veillette.
« Bienvenue sur la page des Montpetit entretien. Il s’agit de rendez-vous livresques sous forme d’un entretien qui sont animés par des professeurs du CEM issus de divers départements d’enseignement en compagnie d’auteurs d’ici et d’ailleurs. Ils ont lieu à l’Espace conférence de la bibliothèque du Cégep. »
Montpetit entretien avec Alain Deneault Et son livre Faire que ! L'engagement politique à l'ère de l'inouï Mercredi 16 avril 2025 - 12 h 15à 14 h Animation : Thibault Tranchant, professeur de philosophie et Jonathan Veillette, professeur de Science politique Bibliothèque du cégep Édouard Montpetit - Espace conférence
Montpetit entretien avec Alain Deneault au Cégep Édouard Montpetit – 16 avril 2025
Crises multiples et biorégionalisme. Entretien avec Alain Deneault au Centre matapédien d’études collégiales (CMÉC) le lundi 14 avril 2025 de 17 h à 18 h 30.
« Cette activité, organisée par le programme des Sciences humaines du CMÉC, est gratuite et ouverte au public et à toute la communauté collégiale. Au plaisir de vous rencontrer au local 130 du CMÉC. »
Entrevue avec Stéphane Poirier, enseignant en géographie au Centre matapédien d’études collégiales sur la conférence d’Alain Deneault le 14 avril 2025 à l’émission INFO.TVC de la matapédia – 4 avril 2025
Crises multiples et biorégionalisme Entretien avec Alain Deneault suivi d'une discussion Lundi 14 avril - 17 h à 18 h 30 Centre matapédien d'études collégiales (CMÉC) - Local 130 92 Rue Desbiens, Amqui, Québec Ouvert à tous - Gratuit
« Plus de 30 personnes étaient réunies au local 130 pour entendre Alain Deneault, philosophe et auteur, nous parler de son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï.
Pendant une heure, il a captivé l’auditoire avec ses réflexions percutantes et sa vision engagée du monde actuel. La discussion s’est poursuivie avec de nombreuses questions du public, signe d’un réel intérêt et d’un bel échange.
Merci à M. Deneault pour sa générosité, aux participant(e)s pour leur présence, au département de Sciences humaines pour l’organisation et au CMÉC pour avoir rendu cette rencontre possible. » – Page Meta du CMÉC
Les paradis fiscaux, est-ce légal ? Entrevue avec Alain Deneault par Sophie Durocher sur les ondes de QUB 99,5 FM concernant son article paru le 29 mars 2025 dans le journal Le Devoir : Pourquoi les paradis fiscaux, « c’est légal » – Durée : 16 min 16 sec – 31 mars 2025
Il n’y a que la classe moyenne et les plus pauvres qui contribuent aux finances de l’État ! Entrevue avec Alain Deneault par Sophie Durocher – QUB Radio- 31 mars 2025
« À moins que le président des États-Unis, Donald Trump, change encore d’idée, la guerre tarifaire connaîtra son dénouement après l’élection fédérale au Canada. Le premier ministre désigné, Mark Carney, est sorti fort encouragé de son premier entretien avec le président Trump. Au terme d’une « conversation très constructive », les deux leaders ont convenu d’amorcer des négociations globales au lendemain du scrutin afin de jeter les bases d’une nouvelle relation économique et de sécurité.
[…] Mark Carney n’allait pas rater l’occasion de positionner cet échange sous un jour favorable, ce qui est d’autant plus utile qu’il est embêté ces jours-ci par son usage antérieur des paradis fiscaux dans la gestion des capitaux de Brookfield Asset Management.
À cet égard, sa réponse est navrante. Oui, c’est légal, cher banquier. Vous ne vous rendez toutefois pas compte de la violence de vos aveux. Cela revient à dire qu’il y a un régime fiscal pour les salariés, ces idiots utiles imposés à la source sans possibilité d’échapper à l’appétit du fisc. Et il y a celui des riches, des entreprises et des fonds d’investissement qui peuvent compter sur une armada de conseillers pour mettre le maximum de profits à l’abri des mécanismes de redistribution de la richesse dont l’État se fait le garant. La lettre du professeur Alain Deneault, publiée dans Le Devoir, vaut le détour pour comprendre en quoi la position du leader libéral est révélatrice de la duplicité de cette formation en matière de fiscalité et d’équité de traitement entre les individus et les sociétés. […] »
Voici un texte de Marie-Ève Lussier-Gariépy, conseillère artistique de Carte blanche, à propos de la pièce Use et abuse de Christian Lapointe et Alix Dufresne inspirée par la conférence d’Alain DeneaultComment l’industrie culturelle use et abuse de l’art (2021). La pièce a été présenté à l’Usine C du 5 au 8 mars 2025 et sera à l’affiche au théâtre l’Escaouette les 9 et 10 avril 2025.
À propos de la pièce Use et abuse par Marie-Ève Lussier-Gariépy
« Les symptômes de la crise des arts et de la culture au Québec sont plus nombreux que jamais : désertions d’artistes de toutes disciplines confondues vers d’autres corps de métier, fermeture de lieux culturels phares, réduction des programmations de diverses institutions artistiques, annulation de spectacles, précarité, pauvreté, angoisse, détresse, et la liste pourrait s’allonger sur plusieurs pages. Mais qu’en est-il, pour reprendre les préoccupations si justes qu’énonçaient déjà René-Daniel Dubois en 1991*, de la cause de ces symptômes? On ne saurait les réduire à un manque d’argent, ni se réjouir trop vite que les crédits du Conseil des arts et des lettres du Québec aient été portés à 200 millions de dollars dans le dernier budget provincial. La blessure est plus profonde, plus profond aussi, le vide. Dans leur performance élaborée à partir de la conférence d’Alain Deneault intitulée « Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art », Alix Dufresne et Christian Lapointe s’efforcent, en écho avec les réflexions du philosophe, de disséquer l’origine du mal qui ronge actuellement le milieu artistique québécois.
Les deux créateur·rice·s me semblent à ce titre adopter une posture assez proche de celle décrite par Dubois; face à la crise, elle et il reculent jusqu’au mur (ici, l’écran sur lequel est projetée la conférence dans son intégralité et dans lequel Alix Dufresne se fond littéralement lorsque, en entrant sur scène, elle le longe, les yeux ronds, sur la pointe des pieds, à mi-chemin entre la volonté de ne pas déranger et celle de passer inaperçue pour mieux observer, surprendre, réattaquer). Les performeur·euse·s, donc, acceptent de se laisser traverser, de se laisser hanter par les hurlements qui fusent de toutes parts. Elle et il se font les archéologues d’une douleur culturelle collective.
La cause de cette douleur? Les propos d’Alain Deneault l’éclairent : le régime capitaliste, dont la principale visée est de faire fructifier des actifs excédentaires (des capitaux), a permis que le vocabulaire de la gouvernance s’étende à tous les champs de la vie sociale, culturelle et artistique. C’est-à-dire que, peu à peu, les milieux de la santé, de l’éducation, mais aussi les institutions artistiques comme les musées, les théâtres, les opéras et autres lieux de création et de diffusion, se sont retrouvés soumis aux modalités de gestion propres au secteur privé capitaliste. Il suffit de s’attarder aux questions des formulaires de demandes de subvention pour confirmer que la propagation a bel et bien eu lieu : décrivez les actions que vous ferez pour attirer l’attention de votre public cible, faites état de votre plan de communication, expliquez les retombées de votre projet sur votre carrière, etc. Désormais, il faut à tout prix, pour obtenir les moyens de mener à terme un projet artistique, convaincre que ce projet sera rentable ou, au pis aller, qu’il profitera à des secteurs qui, eux, le sont; rentables.
Ce dont s’étonne Deneault, c’est que les artistes, non seulement acceptent de se prêter au jeu de la gouvernance, mais ne dénoncent pas davantage l’usurpation par le régime capitaliste d’une foule de procédés esthétiques. Pensons par exemple au traitement sonore et lumineux d’une vidéo promotionnelle, aux prestations artistiques qui ont cours lors de soirées corporatives ou encore à la mise en récit, via les différents médias numériques, d’une vaillante fratrie de trois frères et deux sœurs qui, après avoir repris l’entreprise familiale de pizzas à laquelle se sont consacrés leurs parents et leurs grands-parents, multiplie à un rythme effréné le nombre de restaurants de la chaîne. Les arts, à force d’être ainsi mis au service de la fructification des profits, ne risquent-ils pas de perdre leur force critique, leur pouvoir de rassemblement et de révélation?
En réponse à cette inquiétude, il est jouissif de voir Alix Dufresne et Christian Lapointe se réapproprier leurs propres langages – ceux de l’esthétique, de la métamorphose et de la performance – et s’appliquer à démontrer et à démonter les rapports de domination à l’œuvre entre l’industrie et les artistes qu’elle pille.
Ver rampant, homme qui se flagelle avec sa propre ceinture, clown naïf (puis abusé) nous renvoient un miroir cruel de ce que les artistes acceptent de s’infliger dans l’espoir d’obtenir l’aval des dirigeant·e·s politiques et économiques, leur argent, mais aussi, en venons-nous à songer, la permission de continuer à exister.
À ce sujet, USE et ABUSE me paraît faire la lumière sur un aspect laissé sans réponse de la conférence d’Alain Deneault. Le philosophe demande : pourquoi les artistes ne décrient-ils et elles pas le régime qui leur dérobe leurs propres codes? Ils, elles auraient le pouvoir, après tout, de faire tomber les apparats, de crier que « le roi est nu ». Et de reprendre, ultimement, ce qui leur a été dérobé : les conventions du spectacle vivant, les procédés narratifs, poétiques, performatifs. L’ordre capitaliste, dépouillé des conventions esthétiques dont il s’était auparavant emparé, ne saurait plus exister avec la même toute-puissance ni avec la même violence.
Le raisonnement semble si clair; on suit Deneault dans chacun de ses développements, on en viendrait sans doute à se buter à la même incompréhension que lui… si ce n’était des actions performées sous nos yeux par Dufresne et Lapointe. On regarde la première contracter les fesses pour faire chanter un poulet en plastique, on entend le deuxième s’étouffer des suites d’une fellation forcée au ministre de la Culture et ça nous apparaît : par un tour de force particulièrement pervers, le régime en est venu à persuader les artistes que c’est elles et eux qui dépendent de lui, que, sans l’industrie, les mécènes et les chiffres de vente, les arts ne sauraient survivre et encore moins rejoindre les gens. Le duo de performeur·euse·s, en témoignant de la surprenante facilité des artistes à porter atteinte à leur dignité, à leur intégrité et à leur humanité, nous place face à l’indifférence et à la haine qu’entretiennent les créateur·rice·s à leur propre égard.
Mais d’où vient donc cette douloureuse détestation de soi et de ses pratiques? Dans une entrevue accordée à La Presse en 2014, René-Daniel Dubois mentionnait la politique culturelle provinciale échafaudée par les Libéraux dans les années 1990, qu’il avait vertement critiquée à l’époque (notamment dans le texte dont un extrait est placé en exergue). Le dramaturge rappellait que, parce qu’elle était « fondée sur l’idéologie qu’il fallait que ça rapporte », cette politique avait entraîné un désintérêt massif des médias et de l’ensemble de la société à l’égard des pratiques culturelles affranchies de toute logique économique. Elle avait ainsi marqué, sinon le début, du moins un jalon important vers la crise actuelle. Un spectateur a d’ailleurs souligné ce tournant historique au Québec lors d’une des discussions qui ont suivi les représentations d’USE et ABUSE à Montréal.
« Mais alors, que faire? », le public s’est-il demandé, soir après soir, à l’Usine C. « La grève », a suggéré le même spectateur qui avait parlé de la politique culturelle de 1992. Lors d’une conférence de René-Daniel Dubois à laquelle j’ai assisté au début des années 2010, l’homme de théâtre avait raconté comment lui-même avait tenté de convaincre ses pair·e·s, réuni·e·s à l’occasion d’une rencontre du milieu théâtral québécois, de fermer tous les théâtres pendant un an. Cette pause forcée ne montrerait-elle pas à toustes à quel point les arts (le théâtre, dans ce cas-ci, mais la logique pourrait s’étendre aux musées, aux salles de concert, aux bibliothèques, bref, à l’ensemble des espaces de création et de diffusion artistique), à quel point les arts, donc, sont essentiels au vivre ensemble? À quel point, sans manifestation artistique, une société se retrouve gangrenée par un vide assourdissant, et ce, même si les capitaux ne cessent de croître? Et bien, la proposition de grève avait été soumise au vote de l’assemblée… et avait été battue. Je me rappelle de l’émotion dans la voix de Dubois, quand il nous avait dit : « Le monde a eu peur. » Les artistes avaient eu peur, oui, ils avaient craint par-dessus tout que, si les théâtres cessaient leurs activités pendant une année entière, le public perdrait tout intérêt pour ce rituel et que, au moment de réouvrir les salles, personne n’aurait plus le désir de s’y rassembler. En conclusion de sa conférence, le dramaturge nous avait confié avoir compris quelque chose ce jour-là : les artistes étaient les premier·ère·s à douter de la nécessité et de la valeur de leur pratique.
En 2014, toujours en entrevue à La Presse, l’auteur réitérait son diagnostic : « Cette indifférence de la société a affecté les artistes qui n’ont plus de considération pour ce qu’ils font. Ils ont perdu le sacré. » J’ajouterais : ils et elles ont intériorisé cette idée que leur travail n’est ni essentiel, ni important. Que, parce que sa valeur ne se calcule pas d’abord en termes marchands, il n’en a, pour tout dire, aucune.
Au sortir de la conférence-performance USE et ABUSE, nous en venons à nous demander, dans le sillage de Dubois de quelles façons les artistes peuvent s’extirper de cette culture de la haine de soi que leur a imposé le régime capitaliste. Comment peuvent-elles et ils reprendre foi en la puissance et la liberté farouche de l’art? Comment peuvent-ils et elles, à nouveau, refuser de se défiler devant la tâche fondamentale qui leur incombe, celle de se faire les « archéologues de la douleur, de la joie aussi et des espoirs, ce qu’il en reste »? » – Marie-Ève Lussier-Gariépy
*Dans un restaurant, une femme mange calmement, assise, seule à sa table. Tout à coup, elle se lève et, en poussant un hurlement, elle renverse sa table et toutes les autres et gifle, et griffe, et pleure tellement, et hurle tellement qu’on ne lui voit plus les yeux. Elle n’a plus, en guise de visage, qu’une bouche qui hurle de terreur. On appelle la police, bien sûr, et une ambulance. On la maîtrise, on lui fait une piqûre ad hoc, la sangle sur une civière et on l’emporte quelque part hors de vue. On écrit sur le rapport : crise d’angoisse.
[…][devant] une scène aussi forte, aussi immédiate, aussi ravageuse, personne parmi ceux et celles qui travaillent dans ce restaurant, y mangent ce midi-là, ni les policiers, ni les ambulanciers, […] personne n’est effleuré par la nécessité de s’interroger non pas sur le symptôme, mais sur l’origine de ce symptôme […].
Peut-être bien que nous, artistes, sommes un paquet d’imbéciles parce que, quand la scène se produit, nous ne l’aidons pas, cette femme, et ne comprenons pas non plus tout de suite ce qui la déchire. Nous reculons jusqu’au mur et restons le dos appuyé contre lui, les yeux ronds et, pendant qu’on la pique, nous nous enfuyons par la porte de la cuisine pour aller vomir nos crêpes dans la ruelle.
Notre solidarité, c’est que nous allons rester hantés par cette bouche et nous allons y penser nuit et jour, en rêver. Pour arriver à constituer un visage à partir de cette bouche, nous allons y chercher les yeux et tenter de lire ce qui s’y exprime. Nous considérons que cette tâche d’archéologues de la douleur, de la joie aussi et des espoirs, ce qu’il en reste, est une tâche devant laquelle il nous est impossible de nous défiler.
Après la prison, quelle vie ? Un article de Jean-François Nadeau du journal Le Devoir sur le départ à la retraite de Mohamed Lofti de son émission de radio les Souverains anonymes réalisée avec des détenus de la prison de Bordeaux.
« Pour lui, la prison, c’est fini. Après 35 années passées à visiter les prisonniers et les prisonnières, Mohamed Lotfi tourne la page. À la barre de l’émission Souverains anonymes, cet homme de radio aura fait entendre ceux qu’on n’entend jamais. À l’heure de la retraite, il se vide le cœur au sujet de notre gestion des prisons.
[…] « Les détenus doivent pouvoir se sortir de leur situation, quitter la prison avec l’espoir d’une autre vie, d’un travail. Mais là, comme partout ailleurs dans notre société, on ne fait que gérer des urgences, sans penser à changer le fond des choses. »
Alain Deneault a été invité par Mohamed Lofti à son émission les Souverains anonymes le 19 octobre 2017, comme on peut le voir dans la capsule vidéo Alain chez les Souverains !.
Alain Deneault a aussi été invité pour la 30e émission le 12 mars 2020 avec le groupe hip hop Sans Pression, que l’on peut voir dans les deux capsules vidéos Alain Deneault et Sans Pression chez les Souverains anonymes.
Alain chez les Souverains ! 19 octobre 2017 – Durée : 1 heure 44 min 5 sec
Alain Deneault et Sans Pression chez les Souverains Anonymes 12 mars 2020 – Durée : 1 heure 20 min 24 sec – 1/2
Alain Deneault et Sans Pression chez les Souverains Anonymes 12 mars 2020 – Durée: 46 min 15 sec – 2/2 – Alain Deneault apparaît à : 37 min 20 sec
La rengaine est à nouveau ressassée : « Oui, mais c’est légal. » L’actuel premier ministre du Canada, chef du Parti libéral, Mark Carney, est factuellement un banquier qui a recouru aux largesses des paradis fiscaux dans la constitution de fonds d’investissement, lorsqu’il conduisait les destinées de la firme Brookfield Asset Management, dixit Radio-Canada.
Dans l’ordre du fonctionnement capitaliste contemporain, cette situation relève d’une norme. Des milliers de milliards de dollars circulent toujours hors de tout contrôle dans ces législations opaques et anomiques que sont les paradis fiscaux. Des banquiers comme Mark Carney ont élaboré ce système de façon à permettre à de grandes fortunes et aux actifs de multinationales de croître indépendamment des contraintes fiscales et réglementaires des pays à qui ces acteurs doivent en réalité leur enrichissement. S’attendre à ce que le banquier Mark Carney se réfrène devant le vaste réseau des paradis fiscaux reviendrait à exiger d’un tigre qu’il devienne végétarien. C’est dans la nature des choses.
Il est plus inquiétant de voir que ce sont ces figures-là qui souhaitent ensuite conduire les destinées des États, lesquels sont à peu près les seules instances capables de juguler le phénomène, de le contenir, voire de le résorber.
Le Parti libéral nous a toutefois longtemps habitués, en la matière, à la logique des pompiers pyromanes.
Paul Martin, dans les pas de qui Mark Carney dit marcher, a été ministre des Finances (1993-2002), puis premier ministre (2003-2006) en étant, lui-même, puis ses fils, actionnaires uniques de la Canada Steamship Lines, dont la flotte internationale battait pavillon de complaisance et était administrée depuis les paradis fiscaux.
De retour au pouvoir, les libéraux ont nommé William Morneau ministre des Finances, de 2015 à 2020, bien que ce dernier détînt encore des parts dans une structure qui porte son nom, laquelle avait des activités à la Barbade, au moins. Le responsable de la campagne de financement de 2015 n’était nul autre que Stephen Bronfman, très présent lui aussi offshore.
Il serait accessoirement intéressant d’étudier le dossier fiscal des firmes pour lesquelles Jean Chrétien a travaillé comme conseiller ou avocat, lorsque sa carrière politique était terminée ou entre parenthèses.
Les libéraux ont voté en 2016 contre une motion déposée par le député Gabriel Ste-Marie pour revoir le corridor d’amnistie fiscale permanente entre la Barbade et le Canada que constitue un accord controversé signé en 1980 par les conservateurs de Joe Clark.
Ils conviennent toujours du fait que l’État parle officiellement « au nom de » plusieurs paradis fiscaux caribéens dans les instances de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international.
Leur « lutte » contre les paradis fiscaux a toujours été pour eux de pure forme.
Précisons, s’il le faut absolument, qu’aucune mesure défendue par le Parti conservateur ne défavorise l’existence des paradis fiscaux et ce type de recours. Le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique ont, eux, toujours dénoncé ce régime de souveraineté quasi privé.
Tel est le portrait.
Alors, « c’est légal » ? Mark Carney « avait le droit » ? Soit ! Secouera-t-on enfin sa naïveté, feinte ou réelle, pour conclure que légalisés, oui, ces recours aux paradis fiscaux l’ont été par une caste de législateurs juges et parties, qui aménagent eux-mêmes le système du droit à leur avantage…
Écologie politique avec le professeur Alain Deneault. Entretien avec Alain Deneaultà l’émission Même Fréquence, animée par Maude Rivard sur ICI Première I Radio-Canada, avant sa conférence La biorégion. Un dessein pour l’écologie politique à l’Université du Québec à Rimouski le mardi 25 mars 2025 – Durée : 23 minutes
« Dans son dernier livre intitulé Faire que! L’engagement politique à l’ère de l’inouï , le professeur de philosophie de l’Université de Moncton Alain Deneault s’intéresse aux défis de l’engagement citoyen en contexte de crise climatique. »
« Notre époque est marquée par l’angoisse devant des phénomènes sociaux, politiques, climatiques et écologiques qui semblent démesurés, inouïs par bien de leurs aspects. En partant de son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï, Alain Deneault présentera sa vision des luttes pour l’environnement. » – Collège Laflèche
Faire que ! : comment parler d'écologie sans perdre la tête Conférence d'Alain Deneault Vendredi 28 mars 2025 - 10 h 30 à 12 h 30 Collège Laflèche - Amphithéâtre 1687, Boul. du Carmel, Trois-Rivières Stationnement 5 $ Confirmation requise Information : écrire à David Auclair, professeur david.auclair@clafleche.qc.ca
« La conférence mémorable de M. Alain Deneault a abordé la question cruciale de l’engagement politique dans un contexte de bouleversements écologiques sans précédent. Son plaidoyer, inscrit dans la continuité de sa pensée critique, offre une réflexion lucide sur les défis écologiques et sociaux contemporains. En abordant le concept de « biorégion » comme mode d’engagement, M. Deneault invite à repenser collectivement notre mode de vie. Cette approche suscitera sans aucun doute des réflexions profondes chez nos étudiant(e)s en Sciences humaines. Merci au professeur David Auclair pour l’organisation de cette conférence. » – Collège Laflèche
Droit de parole Les luttes populaires au centre-ville de Québec Février-Mars 2025 Volume 52, numéro 1, page 11
Comment s’orienter dans une époque marquée par des bouleversements écologiques sans précédent, auxquels, manifestement, ni les États ni le capital ne remédieront ? Comment agir politiquement à l’ère de l’inouï, quand on ne dispose d’aucun pendant historique pour appréhender les catastrophes annoncées ? Comment s’engager quand l’extrême droite sème la confusion et détourne la colère des objets réels ? Comment s’y prendre quand le libéralisme dissout tous nos repères dans la gouvernance technocratique ?
Que faire ? Cette question obnubile la pensée politique depuis plus d’un siècle. Alain Deneault nous convie à en penser les prémisses et les incidences pour l’ancrer dans les temps présents. Hors de toute programmatique serrée, mais avec la lucidité qu’on lui connaît, il invite notamment à explorer un nouveau mode d’engagement politique, la biorégion.
Alors que faire ? Livrer la guerre à la médiocratie. Évoquer les enjeux qui fâchent. Penser à l’échelle collective. Mal faire les choses, faire mal. Cesser de se poser la question et sortir de la sidération de l’écoanxiété.
Le moment est venu de faire que !
Droit de parole, Février-Mars 2025, Volume 52, numéro 1, page 11
Par Alain Saulnier et plusieurs cosignataires dont Alain Deneault 24 mars 2025
Nous, soussignés, citoyens et citoyennes du Québec de toutes allégeances, tenons à exprimer notre indignation contre la volonté affichée par le président américain, Donald Trump, de nous étrangler avec ses tarifs douaniers et son chantage, dans le but d’inciter à notre annexion aux États-Unis. Il n’est absolument pas question pour nous du Québec de devenir américains. Qu’on se le tienne pour dit ! Nous sommes trop attachés aux valeurs démocratiques, culturelles et sociales développées au cours des ans par notre société.
Il n’est pas question pour nous de reculer sur l’égalité hommes-femmes, leurs droits comme le droit à l’avortement, à l’équité salariale, les droits à la diversité sexuelle des LGBTQ+ et les mesures pour contrer la discrimination raciale et pour favoriser la diversité.
Nous ne voulons pas importer ici une société qui consacre l’inégalité entre les plus démunis et les plus riches de la société. Ainsi, il n’est pas dans nos plans d’établir des soins de santé payants et privés, ou encore de renoncer à se faire soigner, faute de moyens. De la même façon, nous ne voulons pas que les jeunes soient tenus de rembourser leurs dettes d’études jusqu’à la retraite. Nous tenons également à notre réseau de services de garde éducatifs et à nos congés parentaux.
Nous résisterons collectivement afin de préserver notre liberté de penser, de débattre, de produire et de diffuser des connaissances et des savoirs diversifiés, nécessaires pour édifier une société plus juste, tolérante et équitable.
D’autre part, nous ne ferons pas un retour en arrière en rétablissant la peine de mort, abolie depuis plusieurs décennies au pays, ou en encourageant le port d’armes chez nous. De plus, nous ne voulons pas mettre de côté nos engagements et nos préoccupations en faveur de la protection de l’environnement afin de faire face au défi que constituent les changements climatiques. L’avenir de la planète n’attendra pas.
Enfin, nous tenons à protéger nos droits linguistiques, notre culture ainsi que les cultures autochtones. En ce sens, nous ne supporterons pas que la culture américaine prenne le dessus sur nos ondes radio et télé, de même que sur les plateformes numériques, propriété des multimilliardaires américains. À plus ou moins long terme, nous devons même viser à nous affranchir des géants américains du web et de leurs plateformes.
Ainsi, nous lançons aujourd’hui un immense appel à résister et à être solidaire face à la menace qui nous vient du bureau Ovale. Ces menaces pèsent un poids particulier pour la nation québécoise qui doit de tout temps imposer ses choix, notamment en matière d’exception culturelle, ou encore de gestion de l’offre sur le plan économique. Nous en appelons à la population, à la société civile, aux représentants patronaux, syndicaux, aux groupes communautaires, aux groupes de femmes, environnementaux et de toutes les communautés de la diversité et des communautés culturelles, à faire front commun.
Cette solidarité est devenue nécessaire. Tous et toutes, nous avons actuellement un ennemi commun : l’administration du président américain. La même intention de se défendre contre les pressions exercées par Donald Trump existe partout dans le reste du Canada. Nous les encourageons, là aussi, à tenir bon et à développer la même unité. Nous souhaitons également établir des ponts avec nos amis américains qui découvrent, jour après jour, les dégâts causés par les premiers mois au pouvoir du président Donald Trump et son administration.
Ce sont les raisons pour lesquelles nous invitons la population et les forces vives du Québec de toutes allégeances à se mobiliser et à résister face aux menaces de Donald Trump, car le temps nous presse.
À nous de jouer !
* Les cosignataires à ce jour : Alain Saulnier, Christine Beaulieu, Christine St-Pierre, Liza Frulla, Louise Beaudoin, Yvon Deschamps, Caroline Senneville (présidente de la CSN), Éric Gingras (président de la Centrale des syndicats du Québec/CSQ), Tania Kontoyanni (présidente de l’Union des artistes), Alain Saladzius, Alain Vadeboncœur, Alex Norris, Anaïs Barbeau-Lavalette, Anaïs Larocque, Anne-Marie Cadieux, Ariane Charbonneau, Boucar Diouf, Catherine Durand, Clément Duhaime, Alain Deneault, Destiny Tchehouali, Dominique Legault, Françoise David, Fred Pellerin, Guylaine Tremblay, Jacques Godbout, Jean-Robert Bisaillon, Jean-Robert Choquet, Joanne Liu, Jonathan Durand Folco, Laure Waridel, Lorraine Pintal, Louise Caouette Laberge, Louise Sicuro, Maka Koto, Mariana Gianelli, Michel Rivard, Michelle Chanonat, Monique Simard, Normand Baillargeon, Pierre Trudel, Ségolène Roederer, Simon Brault, Agnès Gruda, André Bélisle, André Noël, Annick Charette, Ariane Roy, Benoit McGinnis, Camil Bouchard, Céline Bonnier, Christian Bégin, Christian Vanasse, Claude Desrosiers, Claude Legault, Claude Meunier, Dominic Champagne, Edith Butler, Édith Cochrane, Emmanuel Bilodeau, Ève Déziel, François Avard, François Delorme, François Girard, Geneviève Rochette, Geoffrey Gaquère (directeur artistique et codirecteur général du TNM), Isabelle Vincent, Jacqueline Lemay, Janine Krieber, Jean-François Lépine, Jean-François Nadeau, Jean-Sébastien Fournier, Julie Le Breton, Lana Carbonneau, Léa Clermont-Dion, Lise Aubut, Lizann Demers, Lou Vincent Desrosiers, Louise Harel, Louise Richer, Mani Soleymanlou, Manon Barbeau, Marie Malavoy, Marie-Josée Lacroix, Michel Désautels, Michel Lacombe, Mireille Elchacar (Mères au front), Monique Savoie, Myriam Perraton Lambert, Patrice Michaud, Paule Baillargeon, Philippe Poullaouec-Gonidec, Pier Paquette, Pierre Curzi, Pierre Martin, Pierre-Michel Tremblay, Rachida Azdouz, Rémi Bourget, René Richard Cyr, Robin Aubert, Salam Yazbeck, Vincent Graton, Marie-Pier Boisvert (Coalition des familles LGBT+), Marc Bolduc, Marion Dove, Michel Dumais, Mona Greenbaum (fondatrice de la Coalition des familles LGBT+), Gabrielle Boulianne-Tremblay, Pascale Cormier, Conrad Bouchard, Mélissa Dion, Sylvie Dupont, Luc Ferrandez, Martin Gougeon, François Gendron, Pierre Huet, Claire Trudel, James Gabriel Galantino, Pierre Huet, Sophie Paradis, Alexandra Soumain, Pascal Vaillancourt (Interligne), Sao Vincent, Paule Robitaille, Lyne Robert
« L’essayiste et professeur à l’Université de Moncton, Alain Deneault, sera de passage au Cégep Garneau pour une conférence captivante sur les enjeux de l’écoanxiété et de l’écoangoisse, des thèmes qu’il explore dans son essai Faire que ! Une occasion unique de réfléchir aux défis environnementaux et aux impacts psychologiques qu’ils engendrent. » – Département de philosophie
Conférence d'Alain Deneault sur l'écoanxiété et l'écoangoisse Mercredi 26 mars 2025 - 13 h à 14 h Cégep Garneau - L'Agora (A2090) 1660, boulevard de l'Entente, Quebec
Catherine Dorion mentionne Alain Deneault dans sa pièce Sciences Po 101. Traité d’insoumission à l’usage du vrai monde comme on peut le lire dans les critiques des journalistes Christian Saint-Pierre du journal Le Devoir et Luc Boulanger de La Presse :
«Sciences Po 101»: Catherine Dorion lance un vibrant appel à l’insoumission
« […] Si Catherine Dorion livre ce « traité d’insoumission à l’usage du vrai monde » (c’est le sous-titre du spectacle), où elle cite entre autres Hannah Arendt, Lluís Llach, Michel Chartrand et Alain Deneault, c’est d’abord et avant tout pour inspirer, pour éveiller, pour dénoncer, pour espérer, en somme pour inciter son public (et par extension l’ensemble de sa société) à réparer, à résister, à s’allier, à se mobiliser, à faire en sorte que le Québec devienne, grâce à la politique, à laquelle elle croit visiblement toujours, une œuvre collective. […] » – Christian Saint-Pierre, Le Devoir, 20 mars 2025
« […] Le dispositif scénique est simple, voire minimaliste. Les deux interprètes utilisent souvent un rétroprojecteur pour écrire, dessiner et illustrer le propos. Ce dernier est teinté par l’expérience et les études de Dorion. Elle fait référence aux écrits d’Hannah Arendt, aux réflexions d’Alain Deneault ainsi qu’au livre Sapiens, Une brève histoire de l’humanité, de Yuval Noah Harari. Le tout en revisitant nos grands mythes et récits communs. […] – Luc Boulanger, La Presse, 21 mars 2025
Alain Deneault participera à la 37e édition du Salon du livre de Trois-Rivières « En mouvement » pour présenter son tout dernier essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï lors d’une conférence autour de son livre, d’une discussion avec Bruno Dubuc, auteur du livre Notre cerveau à tous les niveaux et d’une séance de dédicaces au kiosque #4 de *Lux Éditeur, le vendredi 28 mars 2025.
*Lux sera l’éditeur à l’honneur pour cette 37e édition du Salon du livre de Trois-Rivières
Faire que ! L'engagement politique à l'ère de l'inouï Conférence d'Alain Deneault Atrium de l'UQTR - 3351 Boul. des Forges, Trois-Rivières Vendredi 28 mars 2025 -15 h 30 à 16 h 30 Gratuit et ouvert à tous - Inscription obligatoireici Infos ici
« Conférence d’Alain Deneault (Faire que!, Lux éditeur). Comment s’orienter dans une époque marquée par des bouleversements écologiques sans précédent, auxquels, manifestement, ni les États ni le capital ne remédieront ? Comment agir politiquement à l’ère de l’inouï, quand on ne dispose d’aucun pendant historique pour appréhender les catastrophes annoncées ? Comment s’engager quand l’extrême droite sème la confusion et détourne la colère des objets réels ? Que faire? Alain Deneault nous convie à en penser les prémisses et les incidences pour l’ancrer dans les temps présents. »
Changer le monde à l'ère de l'inouï Discussion avec Alain Deneault et Bruno Dubuc Animation : Christian Bouchard Salon du livre de Trois-Rivières - Bistro littéraire Télé-Québec Vendredi 28 mars 2025 - 18 h 15à 19 h 15
Attac-Québec vous invite chaleureusement au lancement du livre Multinationales. Une histoire du monde contemporain qui aura lieu le mercredi 26 mars à 18h à la librairie Zone libre et qui sera présenté par Alain Deneault qui a signé deux textes parmi la cinquantaine d’universitaires, d’experts et de journalistes qui ont collaboré à ce volumineux ouvrage de 864 pages publié aux éditions La Découverte et Claude Vaillancourt, auteur et président d’Attac-Québec. Cette soirée sera animée par Dominique Bernier, conseillère à l’environnement à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ).
« Qu’on consomme leurs produits, qu’on admire leurs marques ou qu’on dénonce leurs pratiques, les multinationales sont omniprésentes dans nos vies. Mais les connaît-on vraiment ? Quand sont-elles apparues ? Comment sont-elles devenues si puissantes ? Ce livre, associant chercheurs et journalistes, offre une fresque historique et critique inédite sur ces entreprises qui ont contribué à façonner le monde dans lequel nous vivons. Des premiers câbles télégraphiques sous-marins aux géants du Web, de IG Farben au pesticide RoundUp, de Rockefeller à Elon Musk, des » républiques bananières » au lobbying intensif, il retrace leur montée en puissance progressive jusqu’à nos jours. »
Lancement du livre : Multinationales. Une histoire du monde contemporain Avec les invités Alain Deneault et Claude Vaillancourt Animation : Dominique Bernier Librairie Zone libre - 262 Sainte-Catherine Est, Montréal Le mercredi 26 mars 2025 - 18 h Entrée libre
« À la fois fresque et généalogie critique, Multinationales. Une histoire du monde contemporain retrace l’émergence des multinationales depuis 1850 jusqu’à nos jours à travers cinq grandes périodes, des dates emblématiques et des portraits. » – Florian Dumont, Presse Agence, 23 janvier 2025
Alain Deneault participera à la 13e édition de la Semaine de la citoyenneté du Cégep du Vieux Montréal sous le thème Consommation : désir d’objets ou objet de désirs ? qui aura lieu du 24 au 28 mars 2025. Cette 13e édition présentera une série de conférences et d’activités afin d’alimenter la discussion et les réflexions autour de notre mode de consommation. La conférence d’Alain Deneault qui pour titre La consommation : désirs d’objets ou désirs substitutifs ? aura lieu le jeudi 27 mars 2025 de 11 h 45 à 13 h 15.
« La consommation est l’action de transformer ou d’utiliser des biens et des services pour satisfaire nos besoins. C’est l’une des composantes fondamentales de l’économie (produire – échanger – consommer). Excessive, elle devient problème de surconsommation. Vertueuse et modérée, elle devient responsable. Une fois mise en rapport avec la production, elle révèle des iniquités mondiales. Érigée en modèle de société, elle dérive vers le consumérisme. Lorsqu’elle fait défaut, elle rime avec privation et pauvreté. Logique psychologique, logique sociale, logique économique, logique écologique: la consommation fonctionne selon différents rouages souvent complémentaires, mais parfois contradictoires. Pouvons-nous véritablement en sortir ? […] » – Semaine de la citoyenneté – 13e édition
La consommation : désirs d’objets ou désirs substitutifs ? Conférence d'Alain Deneault Le jeudi 27 mars 2025 - 11 h 45 à 13 h 15 Cégep du Vieux Montréal - Annexe A4.82a Entrée libre
Comment parler d’écologie sans perdre la tête ? Conférence d’Alain Deneault à la Bibliothèque publique de Drummondville le samedi 29 mars à 13 h 30. L’inscription est gratuite mais requise en composant le 819 478-6573.
« Notre époque est marquée par l’angoisse devant des phénomènes sociaux, politiques, climatiques et écologiques qui semblent démesurés, inouïs par bien de leurs aspects. L’intervention vise à trouver des façons d’aborder de manière lucide et féconde les enjeux de ce siècle, c’est-à-dire en se donnant des desseins, des concepts et des représentations symboliques adéquats. En partant de son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï, Alain Deneault présentera sa vision des luttes pour l’environnement. »
Le GRIDEQ (Groupe de recherche interdisciplinaire sur le développement régional, de l’Est du Québec) en collaboration avec le CRDT (Centre de recherche sur le développement territorial) vous invitent à la conférenceLa biorégion. Un dessein pour l’écologie politique d’Alain Deneault le mardi 25 mars 2025 de 16 h 30 à 18 h à l’Université du Québec à Rimouski.
« L’élaboration circonstancielle de communs et la défense du territoire qu’on habite se conçoivent d’autant mieux qu’elles s’accompagnent d’un dessein principal, au vu de la conjoncture de ce siècle. Loin des termes privatifs et antagonistes qui meublent la pensée politique, la biorégion se veut le nom d’un concept à partir duquel des projets et initiatives émergent dans leur cohérence réciproque. »
La biorégion. Un dessein pour l'écologie politique Une conférence d'Alain Deneault Une invitation du GRIDEQ et du CRDT Mardi 25 mars 2025 - 16 h 30 à 18 h UQAR (Université du Québec à Rimouski) 300, allée des Ursulines Rimouski - Salle E-409 En présentiel et par Zoom - Écrire à grideq@uqar.ca
« Alain Deneault, professeur de philosophie à l’Université de Moncton, campus de Shippagan, s’intéresse au concept de la biorégion. Il a présenté les fondements de sa démarche lors d’une conférence à Caraquet.
Le concept de la biorégion est, aux yeux de l’universitaire, un modèle radical de gestion territoriale. Basée sur l’importance de l’écologie locale, elle propose de rétablir un lien direct entre l’individu et son environnement.
M. Deneault invite le public à ne plus de chercher à réparer le monde en suivant des directives venues d’en haut, mais de repenser collectivement leur manière d’habiter la Terre. Pour Deneault, le concept de biorégion n’est pas une utopie. C’est une manière de trouver des solutions pragmatiques aux problèmes, d’un monde en déclin. »
Par Université populaire libre (unipoplibre) 22 février 2025
« Le Canada appuie politiquement et financièrement des sociétés minières et pétrolières canadiennes qui exploitent le sol africain, enregistrent des profits colossaux à la Bourse de Toronto, alors qu’elles se rendent coupables des pires abus en Afrique. Alain Deneault décrit et analyse toute l’architecture d’un système politique et financier honteux qui légitime et soutient le pillage des ressources du continent africain. Il démontre avec éloquence que le Canada est loin d’être cet ami de l’Afrique qu’il se targue d’être… »
Bande-annonce du film de Julien Fréchette, produit par MC2 en coproduction avec l’ONF, 2012
Après la sortie du livre Noir Canada, l’auteur Alain Deneault, ses collaborateurs et les Éditions Écosociété sont poursuivis pour diffamation par Barrick Gold et Banro, deux grandes compagnies minières canadiennes. Malgré la disproportion des moyens financiers, la poignée d’irréductibles décide de lutter sur tous les fronts.
Le Prix des mots relate cette escalade de procédures judiciaires qui s’étend sur des années d’intenses tensions psychologiques. Thriller documentaire troublant, véritable suspense juridico-politique, le film se déroule dans les coulisses de la justice canadienne, avec comme toile de fond la présence controversée de l’industrie minière en Afrique.
Remerciement d’Alain Deneault pour le Prix Richard-Arès reçu en 2008 pour l’essai Noir Canada. Pillage, corruption et criminalité en Afrique publié aux Éditions Écosociété. La capsule vidéo a été publié par L’Action nationale le 13 novembre 2024
La critique d’Élie Castiel de Kino Culture Montréal.com sur la création pluridisciplinaire Use et abuse de Christian Lapointe et Alix Dufresne qui s’emparent de la conférence d’Alain DeneaultComment l’industrie culturelle use et abuse de l’art diffusée sur VIMEO par l’AAAPND (Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick) en 2021 et dont les représentations ont eu lieu du 5 au 8 mars 2025 à l’Usine C.
Kino Culture Montréal.com
Par Élie Castiel 8 mars 2025
« On assiste, du moins, à quelque chose d’inusité, de difficile à déchiffrer, presque de l’anti-théâtre, comme si du coup, tous les préceptes de la représentation sur scène prenaient un nouveau tournant, déjouant les règles, les codes, pour les faire carrément disparaître.
Les corps se dévoilent, au sens propre comme au figuré – on ne vous dévoilera pas les détails. Les comportements revendiquent une totale liberté, quitte à choquer, embarrasser, mettre en relief les sentiments et les fantasmes les plus enfouis.
Et pour quelle intention ? Paradoxalement, pour débattre sur les évasions fiscales, le Capitalisme avec un grand C, les liens et analogies entre cette forme de système économique et social qui, à bien analyser et voir de très près, entretient des rapports, disons-le sans ambages, incestueux avec l’intime, le privé et la culture, entre entres.
Les réflexions du philosophe Alain Deneault s’inscrivent virtuellement, par vidéo-conférence qui, en passant, nous paraît prise, par sa qualité d’enregistrement, dans une forme d’enregistrement du siècle dernier.
Tant mieux puisque le discours traduit une qualité pérenne, comme si c’était quelque chose qu’il fallait rappeler aux spectateurs autant conquis par le spectacle que désorientés par ce qui se passe devant eux.
En entrée de jeu, un jeune homme qu’on croit être le technicien de scène se dirige vers les panneaux techniques pour s’assurer que le tout fonctionne bien. Et puis, il s’adonne à quelles gestuelles bizarres qui nous poussent à nous demander qui est-il vraiment.
Et c’est le départ d’une longue discussion (sur écran vidéo) du discours ci-haut mentionné par un intellectuel qui sait parfaitement de quoi il parle. On ne vous dira rien non plus sur les rapports intrinsèques (et extrinsèques) qui existent entre le capitalisme et les arts de la représentation, ceux de la scène bien sûr, mais aussi la littérature, le cinéma, vaguement la danse.
Les créateurs seraient-ils prisonniers de ce système financier qui ne vise que le profit même s’ils se cachent parfois sous des affiquets discrets de bienfaisance ou de philanthropie.
La parole est « déliée » (sic), le verbe ne s’interdit plus rien, le comportement se permet ce que l’on n’imagine pas, loin de notre pensée.
Très certainement, en raison des coupures proposées dans les subventions à la Culture du Gouvernement québécois, le Ministre Lacombe est évoqué – nous ne vous dirons rien de plus. L’un des moments les plus troublants de cette proposition.
Geste politique, social, économique, rejetant totalement les acquis jusqu’ici toujours en fonction pour les remplacer par quelque chose que d’aucuns jugeront subversifs, anarchiques, poussés par les cheveux. Mais tout de même poussant énergiquement à la réflexion, face à une collectivité occidentale, on ne peut le nier, dans son grand ensemble, anesthésiée.
Jamais improvisation ne fut aussi divulguée, autant dire que chaque représentation pourrait montrer des différences avec les précédentes ou avec les suivantes. Plus que du théâtre expérimental, c’est à une reprise de la scène, à une réappropriation de toute la dynamique de la création que nous avons affaire.
Geste politique, social, économique, rejetant totalement les acquis jusqu’ici toujours en fonction pour les remplacer par quelque chose que d’aucuns jugeront subversifs, anarchiques, poussés par les cheveux. Mais tout de même poussant énergiquement à la réflexion, face à une collectivité occidentale, on ne peut le nier, dans son grand ensemble, anesthésiée.
Mais surtout, nous faire réfléchir, nous les critiques, les créateurs et autres diffuseurs de la culture, toutes expressions confondues, que nous devons prendre conscience que dans ces systèmes de la diffusion (représentation), le système permet assidûment de créer des vedettes, au détriment de celles et ceux laissé(es) quasi pour compte. Très inquiétant lorsqu’on y pense ! »
Il y a cinq ans, en avril 2020, les éthiciens du gouvernement du Québec produisaient deux rapports pour aider les autorités publiques à encadrer leurs réflexions sur les mesures à suivre concernant la Covid-19. Deux ans plus tard, Alain Deneault rappelait leur existence et les étudiait dans le cadre de son cours d’éthique. Ils permettent de comprendre quels choix fondamentaux les pouvoirs politiques ont faits. C’est éloquent. En voici aujourd’hui un extrait.
Ce cours d’éthique dispensé par Alain Deneault repose sur une lecture du document Enjeux éthiques de la pandémie de COVID-19 : précaution et déconfinement du Comité d’éthique de santé publique et de la Commission de l’éthique en science et en technologie, Gouvernement du Québec, deuxième trimestre 2020.
Ce cours permet de mieux comprendre les choix politiques qui ont été faits lors de la crise sociale autour de la COVID-19 et la façon dont tout débat sur la question s’est trouvé entravé.
On ne compte plus les histoires sordides concernant la liaison ferroviaire Halifax-Montréal, connue sous le nom d’Océan. Le 7 mars dernier, encore, le train qui a quitté la capitale de la Nouvelle-Écosse a mis deux jours à se rendre ! Les passagers ont été coincés des heures à Miramichi, puis à Rimouski et à Sainte-Foy. Une fois à Montréal, il accusait un retard de quelque 24 heures.
Des gens âgés, des enfants, des travailleurs, notamment, ont été pris en otage, assignés à leur siège ou à leur cabine, par un régime méprisant les citoyens de la périphérie, les citoyens de seconde zone.
Un personnel harassé, et parfois harcelé, qui n’y est pour rien et compte parmi les victimes de cette gestion, doit alors trouver des moyens de fortune pour faire vivre tout ce monde-là, puis transmettre des informations qui proviennent de loin et au compte-gouttes, du genre : « une autre locomotive s’en vient, elle arrivera dans huit heures ».
Le train Océan, ce sont des départs qu’on découvre annulés au moment où on arrive à la gare. Ce sont des engins qui, ne pouvant plus surmonter de menus dénivellements, doivent compter sur le concours de passagers, appelés à se déplacer en groupes dans les wagons, pour générer le mouvement qui assurera le déclic attendu. Ce sont des trains qui ne peuvent pas rouler à plus de 30 km/h sur des distances qui se comptent en centaines de kilomètres parce que les rails sont usés ; les locomotives risqueraient le dérapage si elles s’y aventuraient à la vitesse attendue. Ce sont des wagons dont la durée de vie théorique, qu’on a rafistolés et bardassés pendant des décennies, a été prolongée plusieurs fois. (Et quand rien ne va plus, on se contente des restes de sociétés ferroviaires étrangères pour qu’on en teste ici la limite.)
C’est la honte.
Plus jamais on ne devrait ici se hasarder à moquer ce que fut le régime soviétique. Encore moins chercher à se distinguer de quelque « république bananière » – l’Occident qui a créé et qui exploite encore ces colonies de droit ou de fait, tend maintenant à leur ressembler drôlement.
Le PDG de VIA Rail, Mario Péloquin, a beau partager cette honte en public, réclamer plus d’investissements de la part des autorités fédérales dans les infrastructures ferroviaires, regretter que l’État n’ait plus de souveraineté sur l’utilisation des rails ou annoncer le remplacement de ses appareils muséaux (Acadie Nouvelle et Radio-Canada Acadie, 23 septembre 2024), rien n’est mis en place pour traiter efficacement les très nombreuses urgences qui ne manquent pas de surgir étant donné une machinerie aussi fragile.
Et toujours rien n’a été annoncé quant à l’état des voies ferrées qui expliquent l’état calamiteux de ce service public (Acadie Nouvelle, 11 juillet 2024).
Emprunter le train ici correspond à un voyage dans le temps plus que dans l’espace.
Une triste histoire
Dans la seconde moitié du XX e siècle, contrairement aux pays d’Europe, le Canada a complètement négligé le transport ferroviaire, cédant à la pression des constructeurs automobiles, des sociétés pétrolières et des promoteurs immobiliers pour aménager le territoire en fonction de la voiture et de l’avion. Cette politique dévastatrice du point de vue du climat (pollution atmosphérique) et de la biodiversité (étalement urbain et déforestation) aura les effets d’un violent ressac.
Si le transport des passagers relève aujourd’hui de l’État, et constitue un service public, c’est qu’il est le parent pauvre de l’exploitation ferroviaire. L’État fédéral, sous les Libéraux, a achevé de privatiser le transport de marchandises en 1995, en abandonnant le Canadien National (CN). Alors que la filière marchandise devrait permettre de financer celle qui concerne les passagers pour équilibrer les comptes, on a choisi une fois de plus de privatiser les profits et de socialiser les pertes.
D’aucuns pourront ensuite se plaindre que le secteur public fonctionne moins bien que le privé : c’est parce que les gens d’affaires se donnent la partie facile, en se réservant les secteurs rentables de l’activité sociale et en délaissant les autres. Quitte à négliger d’importants enjeux de sécurité, comme les gens de Lac-Mégantic l’ont appris à leurs dépens (Anne-Marie St-Cerny, Mégantic : une tragédie annoncée, chez Écosociété).On fait comme si le transport des personnes n’avait pas d’utilité publique tout simplement parce que notre régime comptable et capitalistique n’arrive pas à le valoriser, c’est-à-dire à rendre compte de sa réelle valeur. (La privatisation de certains services de santé procède de la même façon.)
Les figures de proue du Canada ont beau chanter l’unité nationale, assurer qu’ils se lèvent le matin en pensant à « tous les Canadiens » et citer de mauvais livres d’histoires faisant du chemin de fer le symbole d’un grand projet démocratique (et non colonial et impérial ?) en Amérique du Nord britannique, ces effets de manche ne résistent pas aux faits. Le mépris règne ici et il va bon train. Les mêmes têtes d’affiche vantent Bombardier et SNC-Lavalin comme nos modèles d’affaires du génie industriel, sans considérer que les trains, métros et tramways que l’on doit à des firmes du genre ont été principalement commandés par des pays qui ont le courage de rivaliser avec les lobbies automobiles et pétroliers, en aménageant l’option du transport interrégional en commun.
Voilà que dans son chant du cygne, le premier ministre démissionnaire, Justin Trudeau, nous a refait, il y a peu, l’annonce du grand chantier d’un train rapide entre Québec et Toronto, celui qu’on nous promet depuis cinquante ans. Il l’a fait alors que sa parole ne valait plus rien et qu’il n’avait nullement le moyen de ses « ambitions ».
Or, c’est en 2015 plutôt, au sortir de l’historique COP-21 visant à lutter contre le réchauffement climatique, après avoir signé l’Accord de Paris, qu’on s’attendait à de telles déclarations. On nous a plutôt rappelé que l’actuel gouvernement libéral vient de gaspiller une décennie, sans doute la dernière qui nous restait avant de très violentes secousses provoquées par les perturbations climatiques et la perte de biodiversité, du fait du caractère éminemment irresponsable de notre mode de vie.
Si la signature du premier ministre avait eu alors la moindre signification, il eût interrompu l’exploitation du pétrole sale et dévastateur des sables bitumineux (selon la réputée revue Nature) et lancé un vaste chantier de rénovation et d’entretien du réseau ferroviaire canadien. En plus de mettre les communautés en relation, il aurait alors intégré au transport ferroviaire l’axe de distribution entre Windsor et Québec de façon à soulager le réseau routier de très nombreux camions et étendu le réseau aux différentes communautés esclaves de la voiture. L’histoire le lui commandait.
Comme trop souvent, en bon libéral, le gouvernement a plutôt fait comme les Conservateurs, mais avec un sourire. Il a nationalisé un oléoduc (nécessairement déficitaire) et en a offert l’usage aux entreprises pétrolières albertaines. C’est maintenant son ministre perverti de l’Environnement, Steven Guilbeault, qui promeut un Canada « État pétrolier » (Gérald Fillion, Radio-Canada, 17 mai 2024). On en reste aujourd’hui au tout-voiture.
Combien de campagnes électorales encore, combien de sourires en plastique, de faux débat, de promesses vaines, de thématiques tronquées… avant qu’on prenne la mesure du temps perdu et de l’urgence d’agir ?
« Grâce à une collaboration entre le programme Sciences humaines, la bibliothèque Lucien-Lelièvre et l’Union des écrivaines et écrivains du Québec, cette activité gratuite est ouverte au public ainsi qu’à toute la communauté collégiale. »
Conférence d'Alain Deneault Faire que ! L'engagement politique à l'ère de l'inouï Mardi 25 mars2025 - 12 h 30 à 14 h Cégep de Matane - Dans le puits du hall à l'entrée (qui mène à la bibliothèque Lucien-Lelièvre) 616, avenue Saint-Rédempteur, Matane Ouvert à toutes et à tous - Gratuit
« Ce midi, nous avons reçu Alain Deneault en conférence, professeur de philosophie et de sociologie au campus de Shippagan de l’Université de Moncton et intellectuel public reconnu pour ses travaux sur notamment les minières canadiennes, les paradis fiscaux, la gouvernance.
Après une discussion avec les personnes étudiantes du cours Droit, déviance et criminalité sur son expérience juridique à la suite de la publication de l’ouvrage Noir Canada, Alain Deneault a offert une conférence grand public dans les Puits du hall du Cégep de Matane et c’était plein à craquer. Bonne participation de la population étudiante du cégep, du personnel du cégep et des gens de la communauté.
On a pu réfléchir aux enjeux inouïs de notre temps comme l’écoangoisse, la crise écologique, les relations de pouvoir, la montée de l’extrême droite, en plus d’explorer le thème des biorégions comme objet politique.
Une conférence coorganisée avec la bibliothèque Lucien-Lelièvre du cégep, rendue possible grâce à l’aide de l’UNEQ. » – Cégep de Matane
« Un livre à ne pas lire… à soigneusement éviter si vous êtes dépressif ou anxieux. L’ouvrage d’Alain Deneault a un défaut majeur, celui de la lucidité.
L’angoisse, tableau apocalyptique du devenir humain terrestre, sentences brèves, puissantes et pertinentes : « Ce ne sont plus les orgueilleux sujets humains qui saccagent tout, mais le système Terre qui se détraque durablement ».
Nous évoluons dans « l’ère de l’inouï ». « Inouï, jamais vu, inédit. Nous ne sommes pas encore parvenus à entendre, à voir, ni à dire ce qui se produit. Appréhender un moment historique comparable à nul autre, impossible geste. »
« La rhétorique des fabricants de discours se trouve débordée avant même d’avoir pu aboutir »
Après avoir balayé les grands sujets de l’hécatombe biodiversitaire, des problèmes énergétiques et de l’épuisement des ressources, l’auteur interroge les capacités politiques d’opposition et de proposition qu’il reste. Il dénonce les couplages ineptes et désastreux de développement durable, de capitalisme vert, autant de rustines « vertes », de succédanés d’un « approfondissement du même modèle qui nous a menés là où nous sommes ».
Puis vient la question, ce comment imaginer un monde en devenir qui nous interpelle et pour lequel nos réponses semblent dérisoires et inopérantes pour les générations à venir.
Se présente à nous l’heure de l’humain qui va nous conduire de l’angoisse à l’anxiété. Plus les échéances se précisent et plus les constats se vérifient. Ce qui semblait lointain devient prégnant, obsédant. C’est à cet instant que les discoureurs vont entrer en inaction, avec des discours lénifiants, ils vont marginaliser, ostraciser les objets déviants, créer des boucs-émissaires. Le discours va muter, va verdir, en termes de résilience.
« Cet apaisement anesthésiera suffisamment l’esprit…pour qu’il oublie jusqu’à la source du mal. »
La seconde partie qui n’a rien d’une dyslexie léniniste, un faire que, reste à découvrir.
Un livre à lire, à réfléchir, à partager… à soigneusement méditer surtout si vous êtes dépressif ou anxieux, cela donnera des raisons de combattre. »
*L’article est également paru dans la revue Alternative libertaire, no 357, février 2025 – Section Culture :
« Artistes québécois.e à la parole déliée et vive, Alix Dufresneet Christian Lapointes’emparent de la vidéo-conférence intitulée Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art donnée par le philosophe Alain Deneault en 2021. À l’invitation de l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick, cette visioconférence tente de montrer comment le capitalisme maintient sous pression les artistes et les incitent à devenir rentables.
L'Usine C a ajouté une supplémentaire le samedi 8 mars 2025 à 15 h !
[…] Initié par le metteur en scène et acteur Christian Lapointe, USE ET ABUSE vient clore la résidence d’Alix Dufresne en tant qu’artiste associée à l’USINE C de 2022 à 2025. Elle s’allie naturellement à lui pour ce projet et poursuit ainsi sa recherche autour des réflexions d’Alain Deneault, telle qu’amorcée avec Hidden Paradise créé en 2018 sur le thème de l’évasion fiscale. Ici Les deux artistes donnent corps à une forme hybride, à la fois ludique, performative et politique, laissant place à l’imprévisible à chaque représentation. » – Source: Usine C
Use et abuse Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne Inspiré de la conférence d'Alain Deneault Une production de Carte blanche 5 au 8 mars2025 Supplémentaire le 8 mars à 15 h ! Usine C - 1345, avenue Lalonde, M ntréal Infos et billetterie : ici
On attend: Use et abuse. Salle 2 de l’Usine C, du 5 au 8 mars.
« Après Hidden Paradise en 2018, les propos du philosophe Alain Deneault inspirent à nouveau un spectacle. La cocréatrice de cette œuvre réputée Alix Dufresne et le metteur en scène Christian Lapointe s’allient pour cette création qualifiée de « performance déjantée et incisive ». La production de Carte blanche fait entendre la vidéoconférence de Deneault Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art, qui dénonce la pression de rentabilité imposée aux artistes. Une marchandisation illustrée ici par un encan de jetons non fongibles, offert en direct. »
*Il est à noter que les quatre représentations affichent complet.
Il s’impose de le reconnaître sans détour et de l’affirmer franchement : la Sagouine est un personnage politique. Antonine Maillet, qui vient de nous quitter, nous a fait ce legs : une figure parmi les plus démocratiques de la grande littérature.
On a bien entendu raison de souligner ces jours-ci l’apport littéraire formidable de ce personnage plaçant la langue acadienne en tension entre le folklore et le contemporain. Rares sont les écritures qui réussissent à faire aussi bien tenir la langue acadienne à ce carrefour. (On peut aussi penser aux vers de la poétesse Georgette Leblanc.) Et, oui, Antonine Maillet a su donner à l’Acadie une voix, une présence et une légitimité dans le vaste champ de la littérature elle-même. C’est l’Acadie qui s’affirme à travers cette œuvre et il est représentatif que ce soit une femme qui ait su ici au mieux traduire cette existence culturelle.
Malheureusement, ce faisant, l’évidence même du caractère éminemment politique de cette figure littéraire se trouve en partie étouffée dans le folklore ou dans une représentation identitaire de l’acadianité. Peut-être est-ce notamment parce qu’on ne retrouve pas la moindre citation ni le moindre travail de relecture dans les principaux hommages qui ont été rendus à sa créatrice, comme si on évitait de retourner au texte.
Mon parcours personnel n’a ici rien de singulier et ne se distingue pas d’une réception générale. Il s’agit d’un échantillon. Une première rencontre avec la Sagouine remonte à des spectacles d’école secondaire. Dans les années 1980, jusque dans l’Outaouais, des comédiennes en herbe s’ingéniaient à imiter Viola Léger (la jeunesse n’a pas froid aux yeux) dans le cadre de spectacles estudiantins, lesquels voyaient défiler une série de sketches inspirés de la culture populaire de l’époque (on reconnaissait sinon Sol, Yvon Deschamps et des imitateurs de Jean-Guy Moreau s’essayant à singer Jean Drapeau…). « C’est qui, elle, qui parle drôlement? », se demandait-on dans la salle, à peine sorti de l’enfance. Un parent nous l’expliquait et l’Acadie arrivait ainsi à nous pour une première fois. Mais c’est sous un jour folklorisant que se présentait le personnage ; la Sagouine devait rester une ambassadrice pittoresque.
Idem à l’université. Nos premiers cours sur La Sagouine à Montréal insistaient sur la spécificité linguistique du texte et les procédés littéraires pour en rendre l’oralité. L’Acadie ressortait comme une région où se pratique un genre minoritaire, quoique adoubé par la France à la faveur d’un Goncourt attribué à l’autrice pour son Pélagie-la-Charrette. Le personnage était relégué à une périphérie, comme on s’intéresse à la littérature « de province » lorsqu’on professe à Paris.
Le cliché s’est ainsi enkysté dans la durée… Sagouine = folklore acadien.
L’existence d’un site touristique dédié au personnage et reproduisant son Île-aux Puces sous la forme d’un divertissant théâtre d’été, s’il est salutaire parce qu’il amène le public à s’intéresser à d’autres possibles que l’hégémonique Disneyland ou les divertissements promus par les multinationales, a néanmoins contribué à consolider l’image inoffensive de La Sagouine,sans rendre justice aux aspérités de son discours.
C’est cela qui saute aux yeux du nouvel arrivant qui s’enquiert de la culture acadienne au tournant de la décennie 2020, et qui redécouvre le texte. Sa puissance critique est formidable. C’est d’abord et avant tout cela qui est en cause dans ce monologue de théâtre. Tout y est éminemment politique. C’est tout à fait saillant.
La vanité de la guerre, la violence en jeu dans toute conquête territoriale, la corruption de l’Église par l’argent, l’argent comme média d’un secret sur les raisons de sa capitalisation et son accumulation primitive, l’économie sociale comme organisation de la frugalité, la négation de l’Acadie par les instances officielles, la propagande officielle comme mode de communication public… sont autant de thématiques que cette figure populaire se montre fort capable d’appréhender.
Que dire de ce passage où la Sagouine se console de devoir nettoyer la crasse des autres, hiérarchiquement supérieurs, en se disant que, parmi ces médecins, avocats, gens d’affaires ou députés dont elle frotte les intérieurs, ceux-ci, lorsqu’ils ont à se pencher dans leurs domaines respectifs, doivent composer avec plus de saleté encore qu’elle ? « C’est pas tout le temps de l’ouvrage propre qui faisont, eux autres non plus. »
La Sagouine cerne les modalités de pouvoir de l’époque lorsqu’elle affirme : « D’accoutume, une terre appartient pas à c’ti-là qui la trouve ou ben la défriche le premier. Elle appartchent à c’ti-là qu’est assez fort pour bosculer l’autre ou assez riche pour l’acheter. Parce que si les terres restiont à c’ti-là qui la défriche, j’arions-t’i pas encore nos cinquante arpents, nous autres. […] Une boune journée, on s’aperçoit que tout le haut du comté appartchent à un houme. Et c’ti-là, i’peut faire ce qu’i veut… I’ peut si i’ veut rebouèser toutes les bounes terres que nos aïeux avont défrichetées durant passé six générations. »
La Sagouine politique, c’est aussi ce sujet capable de parler en même temps, dans la durée, au je ainsi qu’au nous, en vertu de modes de conjugaison anciens mais aussi d’une conscience sociale où une femme s’érige comme le coryphée des damnés de la Terre.
Politique, la Sagouine l’est enfin, et peut-être surtout, par sa façon d’incarner le principe politique défendu par Jacques Rancière dans sa philosophie de l’émancipation. Pour Rancière (lire La Haine de la démocratie ou La Mésentente), la démocratie n’est pas le nom d’un régime ou d’une forme de gouvernement, mais celui d’un principe radicalement égalitaire : la capacité qu’a toute personne, peu importe son statut, son rang, sa fortune ou sa diplomation, de réfléchir aux enjeux communs à l’époque et à son peuple. « Démocratie » est le nom d’un moment particulier dans la vie publique, celui dans lequel ne s’impose aucune compétence spécifique.
L’appartenance aux classes dites inférieures n’empêche en rien la philosophie : c’est la grande leçon de cette crasseuse géniale. Quid des contradictions dans lesquelles trébuchent les institutions religieuses ? Que penser de l’hypocrisie des riches dans leur pseudo-mansuétude ? Comment expliquer que de pauvres gens admirent ceux qui les écrasent et les rendent précisément grands dans ce processus d’admiration ?
Ces questions, véhiculées par la Sagouine, plus substantielles et philosophiques que les discours de Dominic Leblanc, les communiqués de presse du conglomérat Irving ou tant de dossiers aux fins de subventions de recherches universitaires, attestent de moments démocratiques où aucune compétence spécifique ne permet de hiérarchiser les positions. C’est le moment même de la politique et de la démocratie où l’on pourrait très bien convenir de nommer les décideurs par le tirage au sort, puisque nous nous considérons comme égaux dans cet ordre-là de questionnement. Et par lui s’imposer contre ceux qui se jugent éternellement attitrés à décider du sort d’autrui.
Dixit la Sagouine : « Gapi, lui, il parle pas souvent. C’est plutôt un jongleux. Ben quand c’est qu’il fait tant d’ouvrir sa gueule pour s’aouindre les idées de derrière les méninges, ah ! ben là, halez-vous d’un bôrd : vous êtes sûr qu’i va envoyer soit un prêtre ou un homme de la Relance manger queuque chouse qui aimeront pas. »
Parvenir à ne pas voir en La Sagouine une pièce au fort accent politique reviendrait à attester de sa propre aliénation.
« […] Les Congolais replongent dans la guerre sur fond de pillage de leurs ressources pendant qu’un sommet sur l’IA se tient à Paris en présence des industriels de la tech. Quel est le lien entre ces deux actualités ? Le sociologue Fabien Lebrun nous répond.
Vous assemblez les éléments de plusieurs enquêtes qui ont été faites par l’Onu ou par le politologue Apoli Bertrand Kameni qui dressent un parallèle saisissant entre le développement des diverses phases du numérique et les guerres qui ravagent le Congo depuis le milieu des années 1990, jusqu’à aujourd’hui. Pouvez-vous revenir sur ce parallèle ?
En 1996, la première guerre du Congo est financée via des contrats léonins entre des multinationales canadiennes pour s’approprier des concessions minières et la rébellion menée par Laurent-Désiré Kabila. Alain Deneault l’explique très bien dans son ouvrage Noir Canada. Pillage, corruption et criminalité en Afrique (Écosociété, 2008). Les rentrées pour le trésor public congolais sont très faibles, ce qui met à mal le financement de besoins fondamentaux telles la santé ou l’éducation. »
C’est là un des mérites de l’essai, Faire que, l’engagement politique à l’ère de l’inouï d’Alain Deneault : il ose s’attaquer à une question qui nous préoccupe tous et vis-à-vis de laquelle ne surgit aucune réponse immédiate et évidente.
Comme Alain Deneault nous le rappelle d’emblée, quiconque aura ces dernières années prêté attention aux données alarmantes touchant à l’avenir de notre terre, aurait de quoi s’inquiéter ! Malgré les avertissements de plus en plus pressants de la communauté scientifique ou même d’institutions respectées comme l’ONU, c’est tout comme si les gouvernements des grandes puissances du globe et leurs soutiens économiques faisaient la sourde oreille et nous installaient définitivement dans le déni.
Nous voilà donc, malgré la promesse des accords de Paris de 2015, en train de franchir, en termes de température moyenne, la fameuse barre des 1,5 degrés de plus qu’à l’époque pré-industrielle, et nous continuons à vivre comme si de rien n’était ou presque, cannibalisant les ressources de la petite planète bleue tout en imaginant en avoir à notre disposition 3 ou 4 semblables.
Il y a donc bien pour nous — nous les vivants de ce premier quart du 21ième siècle — une question du « Que faire » à se poser. Une question dont dans le premier chapitre de son essai, L’angoisse, Alain Deneault nous fait apercevoir tout à la fois la pertinence et l’urgence.
Au fil de formules ciselées et implacables, il met bien en évidence, d’un côté le « climat inoui » (c’est-à-dire les perturbations climatiques), « l’hécatombe biodiversitaire », les besoins grandissants d’énergie et la consommation non soutenable, tout en faisant apercevoir de l’autre côté ce qu’il appelle la « pulsion d’oxymores », c’est-à-dire cet ensemble d’attitudes si contradictoires qui semblent nous caractériser. Par exemple lorsque nous nous employons à croire, en termes de solutions, au « développement durable » (qu’on devrait selon lui plutôt appeler « l’exploitation endurable »), ou encore au capitalisme vert, une contradiction dans les termes mêmes. Il met aussi très bien en lumière « le manque d’objet » qui hante nos sociétés, en somme l’absence de discours alternatif écologique et politique, rigoureux et construit, faisant qu’on ne se retrouve que devant une douloureuse « béance ».
« Que faire ? » ou bien « Faire que ! »
Mais partant de l’idée que devant de telles mutations et de tels défis, on risque bien de sombrer dans nombre de pathologies sans issues liées à une forme ou une autre d’angoisse ou de désespoir (p. 66), il choisit la voie — combinant lucidité et gaîté — d’oser « des expériences politiques s’ouvrant à ces mondes en mutation, loin des automatismes » (p. 69). Et reprenant l’exemple historique de tentatives d’organisation sociale et politique menées par des groupes d’ Européens et d’Autochtones, en marge de l’effroyable guerre civile qui embrasait le nord-est du continent au tournant du 18ième siècle, il va s’en servir comme d’une sorte de boussole, pour nous indiquer le chemin qu’il va privilégier : celui du « Faire que ! », plutôt que du « Que faire ? » [1] .
La nuance peut paraître sibylline, en fait elle est ici décisive. Tout le monde se rappelle bien sûr du petit livre Que faire ? de Lénine de 1905 dans lequel ce dernier prônait de manière volontariste, l’organisation d’une avant-garde de révolutionnaires professionnels préparant activement la révolution à venir ; le tout devant être interprété aujourd’hui comme la défense d’un type de tactique politique destinée à accélérer la prise de pouvoir révolutionnaire dans la Russie du début du 20ième siècle.
À l’opposé, Alain Deneault lui va choisir la voie beaucoup plus humble et pragmatique, du « Faire que ! ». Bénéficiant du recul du temps, prenant acte des déboires révolutionnaires dont l’histoire a été synonyme, ayant noté aussi comment le « Que faire ? » a été depuis décliné de multiples façons et sur bien de nouveaux objets (l’écologie, la technique, les moeurs, etc.), il va endosser, avec son « Faire que ! » » la position d’être « moins en position d’autorité », plus à l’écoute du nouveau, assumant plus le doute ou l’incertitude ainsi que la subjectivité et le localisme qui les accompagnent.
C’est d’ailleurs ce qui lui permet de présenter dans la 3ième et courte partie de son essai, Biorégion, la solution qu’il préconise, celle de l’action régionale pensée autour d’un territoire donné et relativement unifié : « On appellera « biorégion », l’ensemble qui naitra de la nécessité, dans un moment où il faudra réapprendre à s’organiser à une échelle sensible (…) la biorégion n’est pas un projet, mais le lieu à partir duquel des projets émergent, la suite à donner à une situation – la contraction de la pensée politique à l’échelle régionale – qui sera, elle, impérative. » (p. 165-66) Sa solution, c’est donc… oui… la politique, mais ramenée à l’échelle de la région !
Une autre voie ?
Si une telle démonstration — riche de multiples exemples — reste salutaire, nous obligeant à réfléchir en profondeur sur toutes les questions touchant à l’agir collectif contemporain, la fin de son essai n’en reste pas moins décevante, surtout vis-à-vis des gigantesques problèmes soulevés dans le premier chapitre de son essai (L’angoisse), mais aussi vis-à-vis des analyses qu’il esquisse pourtant sur l’importance de la politique dans nos vies. Ne montre-t-il pas, se référant aux thèses de Durkheim (p. 153) sur le suicide, qu’un des facteurs poussant les humains à se donner la mort tient justement au fait de ne pas se sentir suffisamment partie prenante d’un projet collectif plus vaste qu’eux-mêmes ? Et ne reprend-il pas à son compte la fameuse fable des tailleurs de pierres de Charles Péguy qui explique que de se savoir participer à un projet collectif dont on est un des acteurs (comme construire une cathédrale), change tout de la vie (p. 181). Ce qui fait qu’il nous laisse malgré tout percevoir en notre fors intérieur, que la solution « régionaliste » qu’il préconise n’est – faute de mieux— qu’une des formes possibles de l’action politique, et que cette dernière reste bien en de-ça des besoins d’aujourd’hui.
Comment en effet ne pas être étonné de voir que Deneault nous entraine, en termes d’action politique, vers une solution de type minimaliste, alors que comme jamais les défis qui sont les nôtres sont aujourd’hui d’ordre mondial, appelant à des actions collectives de large amplitude, allant bien au-delà de la région, fut-elle bio-région ? Et comment ne pas être étonné du fait qu’il n’est guère fait référence (autrement qu’à titre indicatif), à toute cette tradition de réflexion politique et stratégique qui court dès le milieu du 19ième jusqu’à nos jours – depuis par exemple Blanqui, en allant jusqu’à Gramsci, en passant par Rosa Luxembourg, Trotsky, Mariategui, Che Guevara, etc.? N’y aurait-il pas là des savoirs et des leçons à actualiser, à trier et reprendre pour penser l’agir collectif aux temps présents ? Et tous ces savoirs, ne pourraient-ils pas nous aider à disposer d’une approche –stratégiquement parlant — plus large et plus ample, plus efficiente, en somme plus politique et en phase avec l’ampleur des problèmes mondialisés auxquels nous nous heurtons aujourd’hui ?
C’est là une autre voie qu’il faudrait oser explorer de toute urgence, et qui nous aiderait sans doute à mieux penser ces révolutions dont nous avons tant besoin aujourd’hui ; des révolutions qui loin d’être — comme on l’imaginait dans le passé — ces locomotives de l’histoire mondiale, seraient, comme l’indique Walter Benjamin, « l’acte par lequel l’humanité qui voyage dans ce train, tire les freins d’urgence ».