Notre responsabilité dans la destruction du monde

Photo © Jonathan Hayward – La Presse canadienne

Acadie Nouvelle

Par Alain Deneault
13 février 2026

Notre responsabilité dans la destruction du monde

Une historienne de l’Université Harvard et son collègue de la Nasa citent presque explicitement les projets hasardeux dans lesquels se lancent des entreprises soutenues par l’État du Nouveau-Brunswick. Naomi Oreskes et Erik Conway évoquent de tels chantiers dans leur livre L’Effondrement de la civilisation occidentale (Éditions Les Liens qui Libèrent, 2020).

Ces chercheurs signent là un livre d’histoire particulier, au futur antérieur.  Ils s’imaginent depuis les États-Unis comment, en 2093, des historiens comme eux en viendront à expliquer l’extraordinaire débâcle climatique, biologique, agraire et industrielle de notre civilisation.

Première conjecture : leur étonnement portera sur le fait que les sociétés occidentales, un siècle auparavant, étaient pleinement informées des torts graves et irréversibles qu’elles causaient aux écosystèmes, à l’intégrité territoriale ainsi qu’à la stabilité du climat. Le Giec sera évidemment cité, cet organe intergouvernemental qui nous met en garde contre nous-mêmes maintenant depuis des décennies, mais aussi des documents remontant jusqu’aux années 1960 sur le caractère écocide d’agents polluants requis par l’industrie.

Les auteurs mentionneront la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique (CCNUCC) de 1992, qui appelait un tournant dans les pratiques d’exploitation et un réfrènement des appétits financiers. Puis ils s’étonneront, consternés par « l’aspect le plus ahurissant de cette histoire », soit « à quel point ils en savaient long et combien ils étaient inaptes à agir en fonction de ce qu’ils savaient ». Lorsque les historiens écriront « ils », le pronom servira à nous désigner, nous aujourd’hui. Nous, depuis 1992.  

Le court traité d’histoire rappellera des événements de la décennie 2010 que nous avons d’ores et déjà traversés : les canicules meurtrières et les incendies de forêt, les ressacs météorologiques provoqués par le changement climatique, les crises agricoles et les colonnes de réfugiés climatiques. Ajoutons les maladies, les zoonoses.

« Mais l’ombre de l’ignorance et du déni s’était abattue sur ceux qui se croyaient les enfants des Lumières », analyseront-ils. Nous avons raté l’échéance, prétextant toujours un doute scientifique sur la validité des signaux d’alarme, et tablant sur des fenêtres d’opportunité imaginaires pour lancer de nouveaux chantiers industriels.

Nous serons à même en 2093 de mesurer l’état du saccage ayant corrompu notre habitat naturel. L’extrême droite cherchera encore des boucs émissaires pour se dédouaner, l’extrême centre continuera de se considérer attitré à régler le problème sans précédent qu’il aura pourtant lui-même engendré, tandis que la gauche écologiste se culpabilisera d’avoir été incapable de convaincre son prochain de l’importance de ses discours annonciateurs.

Nous. Maintenant.

Lorsqu’on fait partie d’une petite communauté, lorsqu’on se fait dire – par exemple au Nouveau-Brunswick – que nous formons un peuple d’assistés bons qu’à exploiter des richesses naturelles pour les faire transformer à l’extérieur, on a tendance à se croire hors de l’histoire. Les événements et les responsabilités politiques se laissent tout au plus regarder à la télévision et commenter sur Facebook. Aux métropoles et capitales d’assumer seules les décisions.

Or, oui, le livre d’Oreskes et Conway nous pointe du doigt. Il évoque à plusieurs endroits le Canada, ses décisions politiques et son influence délétère sur la capitulation des sociétés occidentales devant le désastre annoncé lors de cette année 1992. Des États ont alors encouragé plus que jamais l’exploitation d’énergies fossiles tout en finançant des études indiquant à quel point la combustion de cette ressource représentait une menace pour le climat.

« Deux des [pays les] plus prospères du monde sont au cœur de cette énigme : les États-Unis et le Canada ». En effet, au début du XXIe siècle, « les autorités canadiennes ont entrepris d’inciter au développement des énormes gisements de sable bitumineux de l’Alberta ». Un « enthousiasme pour le gaz de schiste avait aussi saisi le Canada », lit-on plus loin. Le Canada est encore mentionné parmi les pays réfractaires à abandonner le charbon. Les années Harper en particulier sont citées pour expliquer la « volte-face » de l’Occident dans sa prétendue lutte aux changements climatiques. Mais nous n’en sommes jamais sortis, les libéraux avalisant cette approche, mais avec un sourire.

Il n’est pas étonnant que ce soit ici aussi qu’on fasse les frais de ces politiques irresponsables. Le livre d’histoire prospectiviste raconte que « l’expansion des populations d’insectes détruisit de vastes étendues de la forêt au Canada » aux environs de 2050. Les changements de température expliquent aussi la fusion des États-Unis au Canada, la population devant désormais se concentrer bien au nord du continent.

Et nous, humbles Néo-Brunswickois, là-dedans ? Nous pouvons nous targuer de « faire notre part ». D’être pleinement de ce Canada qui mène le monde aux abîmes. D’en rajouter, incapables de transcender les petits intérêts de l’heure, nous, candides et conformistes, dans le pire des cas cyniques et pervers. 

La mine de pouzzolane envisagée à Dalhousie risque fort de nuire aux baleines de la baie des Chaleurs, aux saumons des rivières ainsi qu’à la qualité de vie des habitants. L’extension des bleuetières dans la Péninsule acadienne contribue au saccage des trop rares forêts. Une firme compte raser plus avant les tourbières millénaires de l’île de Lamèque, nous privant de nos derniers puits de carbone.

Au Sud, dans la région de Tantramar, le gouvernement entend autoriser une entreprise des États-Unis (!) à construire une centrale électrique, gourmande en eau, fonctionnant au gaz et au diesel au détriment du climat, et ce, tout en gênant la faune sauvage. Elle alimentera fort probablement l’énergivore centre de mégadonnées que se propose d’autoriser l’État dans la région de Saint-Jean, là aussi pour favoriser le capital plutôt que les gens. Le tout en subissant la gloutonnerie du clan Irving, les Jacks-L’Éventreurs de la forêt, voulant toujours raser un peu plus haut, un peu plus loin. Les peuples autochtones restent à la marge, la décroissance un tabou, la biorégion une utopie.

C’est dans une perspective historique qu’il convient de considérer cette idéologie d’entreprises avides et de leur État complaisant.

Comment se préparer au monde qui vient ?

Comment se préparer au monde qui vient ? Entretien avec Alain Deneault et Pablo Sévigne par Anne-Cécile Bras, animatrice de l’émission C’est pas du vent sur les ondes de Radio France Internationale (RFI). Durée : 48 min 30 sec – 15 janvier 2026

« Nous sommes entrés dans une zone de turbulences. Les secousses ce sont les sécheresses, les inondations, les mégafeux et autres événements extrêmes qui rendent notre environnement incertain. C’est aussi l’émergence de dirigeants aux propos et aux actions inimaginables jusqu’à peu. Faut-il les citer ? L’accroissement des inégalités qui attise la haine, la circulation des infox qui détourne des réalités du monde… » – C’est pas du vent

« Je présente l’émission C’est pas du vent depuis 17 ans et je peux vous dire que tout ce que nos invités ont annoncé dans cette émission se concrétise plus vite et plus fort que ce qu’ils avaient prévu. La tentation est forte de fermer ses yeux et ses oreilles en attendant que ça passe. Mais ça ne passera pas… Alors autant se préparer à affronter les tempêtes ! Nos deux invités portent un regard lucide sur le monde dans lequel nous vivons et ils ont des solutions concrètes et à la portée de chacun d’entre nous à nous proposer. Je vous propose de les écouter et j’espère qu’à la fin de cette émission, vous serez un peu réconfortés. » Anne-Cécile Bras.

Pablo Servigne – Photo © Jérôme Panconi et Alain Deneault – Photo © Audet Photo

Avec Pablo Servigneagronome et docteur en Biologie. Il est spécialiste des questions d’effondrement, de transition, d’agroécologie et d’entraide pour l’ouvrage Le réseau des tempêtes, manifeste pour une entraide populaire, paru aux Liens qui libèrent. → Le site Le réseau des tempêtes.

Alain Deneault, philosophe pour Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouïparu chez Lux Editeur.

Anne-Cécile Bras, animatrice de l’émission C’est pas du vent sur RFI

Habitons-nous la ville ou est-ce elle qui nous habite?

« L’animateur Jean-Philippe Pleau et l’écrivaine et poète Hélène Dorion, sa coanimatrice du moment, se demandent si nous habitons la ville ou si c’est elle qui nous habite; l’architecte et designer urbain de Québec Érick Rivard parle de l’importance de dessiner une ville plus humaine et belle. Dans son édito de la semaine, Jean-Philippe Pleau exprime son attachement aux villes importantes de sa vie. » – Réfléchir è voix haute, Radio-Canada, Ohdio

Hélène Dorion fait la lecture d’un extrait du texte d’Alain Deneault sur la biorégion que lui a partagé son ami Richard Séguin dans le segment Habitons-nous la ville ou est-ce elle qui nous habite? à partir de 12 min 5 sec et le mentionne aussi dans le segment Entrevue : Penser et dessiner la ville avec l’architecte Érick Rivard à partir de 8 min 39 sec – Dimanche 30 novembre 2025 (rediffusion de l’émission du 27 octobre 2024)

Préparer et faire advenir le monde d’après

Illustration © Maatthieu Ossona de Mendez
Agir par la culture
Printemps-Été 2025 - No 75
Entretien avec Alain Deneault
Propos recueillis par Aurélien Berthier
28 avril 2025

Préparer et faire advenir le monde d’après

Avec l’avènement d’une révo­lu­tion popu­liste et réac­tion­naire dans divers pays, États-Unis en tête, on sent de nom­breuses pos­si­bi­li­tés de bas­cules. Notam­ment une indif­fé­rence totale au dérè­gle­ment cli­ma­tique et à l’effondrement de la bio­di­ver­si­té. Ain­si qu’une pour­suite effré­née de l’exploitation de la nature et des acti­vi­tés extrac­ti­vistes à tout crin. Ren­contre avec le pen­seur du capi­ta­lisme contem­po­rain Alain Deneault, pour voir com­ment faire face à cette ques­tion cli­ma­tique et à l’angoisse qu’elle sus­cite. Il ren­verse le Que faire ? de la gauche qui pro­pose des pro­grammes clés en main inhi­bant en un Faire que ! appe­lant à l’action pour sor­tir de la sidé­ra­tion. Alors que ni l’État ni le capi­tal ne semblent en mesure d’enrayer le désastre, le phi­lo­sophe cana­dien, ima­gine ain­si un « des­sein » dési­rable et solide à faire adve­nir : la biorégion.

Votre livre Faire que ! est sous-titré « L’engagement politique à l’ère de l’inouï ». Est-ce qu’on est allé avec l’élection de Donald Trump aux États-Unis encore un cran plus loin en matière d’inouï ?

Le carac­tère grave de notre époque porte sur le fait que nous sommes confron­tés à des pers­pec­tives extrêmes rela­tives aux bou­le­ver­se­ments cli­ma­tiques et à la perte de bio­di­ver­si­té qui ne concernent plus la déci­sion humaine. Nous sommes face à un phé­no­mène que j’ai qua­li­fié, avec tant d’autres, d’autonome et d’exponentiel. Le peu que ces sou­ve­rains pour­raient faire pour atté­nuer le choc est à pré­sent mis de côté. Les quelques options qui nous res­tent pour rec­ti­fier le tir sont abso­lu­ment négli­gées par des pou­voirs fas­cis­toïdes qui inau­gurent une ère de pur rap­port de force. Non seule­ment concer­nant la géo­po­li­tique, l’accès aux terres, le contrôle des popu­la­tions, mais aus­si le dis­cours, la des­crip­tion des faits et la pré­ten­tion à la vérité.

Face à cela, il existe une oppo­si­tion, mais elle n’est pas spé­cia­le­ment réjouis­sante, comme ici au Cana­da – pays qui est la cible expli­cite de vel­léi­tés d’annexion répé­tées de la part de Donald Trump. Cette oppo­si­tion pro­vient, pour le moment, de la droite tra­di­tion­nelle, pour­tant un temps ten­tée par le trum­pisme, et qui reven­dique un retour au néo­li­bé­ra­lisme tel qu’il a pu être enca­dré, réflé­chi, légi­fé­ré depuis la chute du mur de Ber­lin. On n’a donc même plus une oppo­si­tion gauche/droite, mais une oppo­si­tion droite hyper libérale/extrême droite. Comme d’ailleurs dans beau­coup de pays d’Europe aujourd’hui.

On vit actuellement l’avènement du climatoscepticisme ou, du moins, de l’indifférence à la catastrophe écologique qui arrive. Est-ce que la franchise du populisme d’extrême droite — qui assume ouvertement la destruction du monde, son exploitation jusqu’à la dernière miette — pourrait paradoxalement ouvrir des opportunités politiques pour la gauche, là où le capitalisme vert faisait miroiter des solutions factices comme le développement durable ?

Oui, mais à deux condi­tions. D’abord qu’on inven­to­rie les points com­muns entre l’extrême centre (cette droite néo­li­bé­rale dégui­sée en centre) et l’extrême droite. En sachant que si cette der­nière nous ter­ri­fie encore plus que l’extrême centre, elle mérite davan­tage notre res­pect au sens où elle a le mérite d’assumer ses convic­tions et de jouer franc jeu. Alors que ce qui carac­té­rise l’extrême centre, c’est le lou­voie­ment, le tra­ves­tis­se­ment et la fausse conscience.

Ensuite, il faut déve­lop­per un autre rap­port à l’écoangoisse qui est un rap­port au vide, à l’impensable, à l’inouï puisqu’il n’existe pas de pré­cé­dent à ces muta­tions du cli­mat et de la bio­di­ver­si­té qui per­met­trait de les pen­ser. Éprou­ver de l’angoisse est en réa­li­té néces­saire et un signe de bonne san­té men­tale. C’est-à-dire qu’il faut en pas­ser par là, il faut vivre et assu­mer l’angoisse. Mais par contre, il ne faut pas s’y sta­tion­ner ou en faire un trait iden­ti­taire. Pas­ser par l’angoisse, c’est accé­der à cette for­mi­dable éner­gie psy­chique. Une éner­gie qui demande, si on l’accepte, la créa­tion d’objets de pen­sée, l’élaboration de des­seins.

Que se passe-t-il si on ne l’accepte pas, qu’on résiste à cette écoangoisse ?

Lorsqu’on est mû par l’angoisse et qu’on y résiste, on asso­cie cette éner­gie psy­chique qui fonc­tionne à vide à des objets de sub­sti­tu­tion. Par exemple à des boucs émis­saires que l’extrême droite nous offre sur un pla­teau. Ou à des phé­no­mènes d’identité socié­taux, qui partent de cri­tiques his­to­ri­que­ment per­ti­nentes et néces­saires, mais qui se trouvent par­fois exa­cer­bés de manière fré­né­tique et déli­rante. Ou encore à des objets de conver­sion, qui relèvent plu­tôt de l’hystérie, où il s’agirait de voir la par­tie pour le tout et de pen­ser, par exemple, qu’en sup­pri­mant des pailles en plas­tique on régle­ra un pro­blème gra­vis­sime et majeur.

Il y a actuel­le­ment un vide quant à ce que l’inouï com­mande en termes de réponses. Il y a là un besoin for­mi­dable. Et c’est parce qu’on n’arrive pas à éla­bo­rer des réfé­rents qui soient à la hau­teur des enjeux qu’on se retrouve avec un foi­son­ne­ment de vani­tés c’est-à-dire d’objets de sub­sti­tu­tion. Parce que des idées comme le déve­lop­pe­ment durable ou la haine de l’autre ne font évi­dem­ment pas le poids pour régler cet enjeu cli­ma­tique qui nous crève les yeux, mais qu’on cherche par tous les moyens à éviter.

Lorsqu’on résiste à l’angoisse, on reste donc dans le régime des objets de sub­sti­tu­tion, dans l’état actuel des choses. Mais si on arrive à assu­mer le vide qui se pré­sente à soi, on s’apercevra assez vite que l’angoisse est un véri­table réser­voir d’énergie psy­chique pour inves­tir des objets à pro­duire, c’est-à-dire pour tra­vailler à l’élaboration de des­seins, de concepts.

J’ajouterai qu’il faut veiller à éla­bo­rer des concepts qui soient à la fois lucides et joyeux, les deux en même temps. La luci­di­té seule, c’est par exemple celle du GIEC, des sciences exactes, avec des scé­na­rios sur des échelles immenses par rap­port à des pers­pec­tives impre­nables, quant à des enjeux qui noient l’humain dans une masse. On se retrouve dans des contextes d’anomie : on n’est plus rien, on ne compte plus. Une situa­tion, comme l’indiquait le socio­logue Émile Dur­kheim, qui favo­rise le suicide.

Main­te­nant, si on part des don­nées que les sciences exactes nous four­nissent pour ensuite se consa­crer à la poli­tique, c’est-à-dire en la consi­dé­rant comme un genre auto­nome de la science, on va réap­prendre à par­ler en inves­tis­sant des concepts, des des­seins, des pers­pec­tives qui soient adap­tés aux situa­tions sen­sibles et cir­cons­tan­cielles des uns et des autres. La joie qui peut se déga­ger de ce che­min réside dans ce que Nietzsche appe­lait un gai savoir, c’est-à-dire une série de pul­sions qui nous amènent à nous enga­ger dans le sens le plus dif­fi­cile, mais aus­si le plus sti­mu­lant, le plus enthou­sias­mant. Pour ma part, la notion de bio­ré­gion est un des­sein de ce type. Il per­met d’aborder le réel avec joie tout en étant lucide. Ce qui fait que l’objet est cré­dible, qu’il n’est pas un objet de sub­sti­tu­tion de plus qui nous ferait retour­ner à la case angoisse car on voit bien qu’il ne fait pas le poids.

La question « Que faire ? » parcourt comme un mantra les milieux de gauche depuis longtemps. Elle revient aujourd’hui, dans les temps incertains que nous vivons avec une plus grande fréquence encore. Pour vous, si elle possède une certaine force, cette question est aussi piégeuse. En quoi poser les choses sous forme de « Que faire ? » pose-t-il problème et peut nous mener à l’inaction ?

La ques­tion « Que faire ? » a ses ver­tus. Elle est tou­jours neuve, tou­jours fraiche. Dès le moment qu’on pense Que faire ? en poli­tique, toute une bat­te­rie de pro­blèmes se pose et on serait bien avi­sé d’en prendre conscience.

Cepen­dant, la ques­tion a quelque chose de dis­so­nant puisqu’en même temps qu’elle appelle au faire, la for­mule se ter­mine par un point d’interrogation. Elle appelle au faire, mais se voit faire. On fait, mais en même temps qu’on fait, on se demande si on fait bien, si on devrait faire comme on fait… Tout est concen­tré dans ce « que » qui est un pro­nom inter­ro­ga­tif qui appelle un COD. Cela ren­voie en somme à une méthode, un par­ti, des intellectuel·les patenté·es, une stra­té­gie… On est dans l’attente de direc­tives en même temps qu’on veut faire. On est atten­tif aux ordres.

Vous proposez donc d’inverser les termes, et d’appeler à « Faire que ! » .

Ce pro­cé­dé gram­ma­ti­cal change tota­le­ment la signi­fi­ca­tion. À par­tir du moment où on dit « Faire que ! » avec un point d’exclamation, on n’est plus dans l’attente de direc­tives, mais dans un rap­port à ce qui doit advenir.

Le sujet n’est pas non plus le même. Car au fond, qui pose la ques­tion Que faire ? s’approprie le droit d’y répondre. À l’inverse, le Faire que ! sup­pose une sub­jec­ti­vi­té beau­coup plus ouverte et mul­tiple. En effet, le que du  Faire que ! est une conjonc­tion de subor­di­na­tion, qui appelle le temps du sub­jonc­tif. Un temps qui est celui des aspi­ra­tions, des dési­rs, du sou­hait, de la pro­jec­tion : faire que, faire en sorte que, faire en sorte que les choses soient telle ou telle. Et qui concerne ain­si toutes celles et ceux qui peuvent s’intéresser à cette perspective-là.

Et ce, même au-delà de l’espèce humaine, au sens où on intègre dans la pers­pec­tive le vivant pour faire en sorte que nous occu­pions un espace viable, un espace durable. Et là, on engage au fond un pro­ces­sus démo­cra­tique, à une échelle sen­sée qui n’est pas celle de la géo­po­li­tique mon­dia­li­sée, finan­cière et indus­trielle, capi­ta­lis­tique, mais qui est néces­sai­re­ment celle de l’espace qu’on habite, le seul qui soit : l’espace régional.

Qu’est-ce que ça change dans notre manière d’investir le monde aujourd’hui cette idée de se mettre dans le faire au lieu de réfléchir à un programme global, pour ainsi dire clé en main ?

Que faire ? est un pro­gramme, Faire que ! ren­voie à un impé­ra­tif. C’est la grande dif­fé­rence. La ques­tion du Faire que ! se trouve inti­me­ment posée avec un impé­ra­tif his­to­rique qui ne concerne plus la déli­bé­ra­tion humaine, mais qui concerne plu­tôt la néces­si­té de se posi­tion­ner par rap­port à ce qui nous advient par la force des choses et qui est irré­ver­sible. A savoir les vastes et pro­fondes per­tur­ba­tions de la situa­tion cli­ma­tique et la perte de bio­di­ver­si­té. Et donc à toute une série de consé­quences qu’on connait : recru­des­cence de zoo­noses, incen­dies de forêt, inon­da­tions, éro­sion des sols et des côtes, canicules…

Une telle conjonc­ture appelle à de la créa­ti­vi­té poli­tique, cultu­relle, spi­ri­tuelle même, éco­no­mique, celle du génie indus­triel qui devra s’intéresser au low tech et non plus au high-tech, à la per­ma­cul­ture et non plus à l’agriculture inten­sive, à l’architecture à par­tir de maté­riaux de recy­clage acces­sibles et ain­si de suite. C’est aus­si la fin de la mon­dia­li­sa­tion indus­trielle et capitalistique.

Il ne s’agit pas d’une option offerte à la carte du res­tau­rant élec­to­ral où on se demande ce qu’on va man­ger pen­dant 4 ou 5 ans. C’est une ques­tion beau­coup plus pro­fonde qui consiste à revoir nos façons de pen­ser, non pas ce qui vient, mais ce dans quoi nous sommes déjà plon­gés, mal­gré tous nos dénis. Par quelles for­mules créa­tives, adap­tées, fécondes, nous allons le faire. Sous peine de nous retrou­ver devant des voci­fé­ra­teurs d’extrême droite et des petits chefs fas­cis­toïdes, comme c’est légion en situa­tion de crise pro­fonde, qui pro­fi­te­raient du désar­roi col­lec­tif pour impo­ser un pou­voir de circonstance.

Je pense donc qu’il faut pour ce faire se consti­tuer en avant-garde, puisque nous voyons bien que, mal­gré la situa­tion his­to­rique qui nous crève les yeux, une majo­ri­té est encore sou­mise aux séduc­tions du mar­ke­ting, à la pres­sion des mar­chés, à l’aliénation du tra­vail et n’arrive pas à mani­fes­ter un sur­saut majo­ri­taire. L’histoire est tou­jours l’affaire des mino­ri­tés. Soyons cette mino­ri­té, cette avant-garde, et voyons venir. Et quand le moment des choix se pose­ra, lorsque l’écoute sera là dans la popu­la­tion, il y aura alors des gens pour par­ler, pour pen­ser, pour orga­ni­ser. C’est le plus impor­tant pour le moment. Et c’est une façon pour les éco­lo­gistes, en éco­lo­gie poli­tique, de se ména­ger, pour ne pas prendre sur eux la misère du monde et la res­pon­sa­bi­li­té du déni d’autrui. Nous n’avons pas à por­ter ça. Mais nous avons, en tant qu’avant-garde, à avan­cer aus­si vite que pos­sible, dans une situa­tion où, hélas, nous sommes dans une très désa­van­ta­geuse course contre la montre.

Quelle est cette approche, cette pensée et cet agir biorégional qu’on peut préparer ou bien qui s’imposera à nous par la force des choses ?

La bio­ré­gion telle que je l’ai tra­vaillée, en par­tant d’un legs qui a 50 ans aujourd’hui, doit se pen­ser dans un rap­port contraire au sépa­ra­tisme. Il ne s’agit plus de conce­voir la région dans un acte d’indépendance poli­tique où on se scin­de­rait en tout ou en par­tie. Il s’agit plu­tôt d’anticiper le moment où la région qu’on habite se consta­te­ra dans une situa­tion de déré­lic­tion par rap­port aux pou­voirs cen­traux, dans un moment où les péri­phé­ries seront aban­don­nées par le centre. Parce que le centre en aura plein les bras : trop d’incendies de forêt, de pan­dé­mies, d’inondations, de tsu­na­mis, de tor­nades, etc. À Mayotte, à Valence, dans la val­lée de la Vesdre en Bel­gique [ter­ri­toires affec­tés par les inon­da­tions de 2021. NDLR], à La Nou­velle-Orléans, dans la région de Clo­va au Qué­bec [Région boi­sée sou­mise à des méga­feux de forêt en juin 2023. NDLR], il n’est pas dif­fi­cile d’imaginer que par moments, l’État nous aban­donne et qu’on est lais­sé à soi-même.

À ce moment-là, on redé­couvre deux rap­ports de dépen­dance que le capi­ta­lisme mon­dia­li­sé nous a fait com­plè­te­ment oublier, alors qu’ils sont fon­da­men­taux. D’une part, notre dépen­dance au pro­chain, à ceux qui nous envi­ronnent : nous redé­cou­vrons un lien de soli­da­ri­té et une inter­dé­pen­dance. D’autre part, un rap­port de dépen­dance au ter­ri­toire qu’on occupe et dont il faut prendre soin. Redé­cou­vrant ce rap­port de soli­da­ri­té néces­saire avec l’autre et avec le sol, dans un rayon qu’on peut embras­ser du regard, car on ne comp­te­ra plus long­temps sur l’importation de fruits ou de biens depuis l’autre bout du monde, il fau­dra bien apprendre à conce­voir la poli­tique, l’économie, le tra­vail, l’élevage au regard de ces nou­veaux para­mètres. Ces ques­tions se posent tout de suite. L’heure est venue de faire l’inventaire de nos forces, de nos talents, de nos atouts par rap­port à ce qui s’annonce comme des besoins, des urgences, des aspi­ra­tions aussi.

Et il faut ajou­ter à cela l’accueil de mil­lions de réfugié·es cli­ma­tiques, qui seront un bien­fait, car on aura besoin de ces popu­la­tions qui se sont pas­sées du capi­ta­lisme alors que nous en étions dépen­dants. Ce sera inté­res­sant d’avoir des gens qui ont pra­ti­qué la ton­tine, les gaca­ca [ces tri­bu­naux com­mu­nau­taires et vil­la­geois au Rwan­da qui ont per­mis d’essayer de sur­mon­ter les consé­quences du géno­cide. NDLR] en droit, ou l’agriculture de sub­sis­tance… Ce sont des savoir-faire qui devront être adap­tés aux ter­ri­toires et aux populations.

En vivant un sale quart d’heure uni­ver­sel, les gens des régions res­pec­tives se retrou­ve­ront dans ce pro­jet uni­ver­sel. Car il ne s’agit pas de tra­vailler pour son bled mais de pen­ser le monde en fonc­tion de cir­cuits courts et au lieu qui nous envi­ronne. Ce pro­jet uni­ver­sel sup­po­se­ra d’une manière rigou­reuse qu’on pense le rap­port au ter­ri­toire sans que ce soit fait sur un mode arbi­traire ou domi­na­teur. Et sur­tout pas com­mer­cial, où il s’agit d’extraire des élé­ments de son ter­ri­toire pour des mar­chés exté­rieurs en retour d’un pou­voir d’achat nous per­met­tant, à notre tour, de consom­mer des élé­ments qui ont été arra­chés à leurs lieux res­pec­tifs pour qu’on puisse un peu y avoir accès chez soi. Ça, c’est le monde qui est appe­lé à s’effondrer.

Les Îles-de-la-Madeleine peuvent-elles devenir une biorégion?

La radio des Îles-de-la-Madeleine
CFIM 92,7 FM - Le son de la mer
Par Laurence Dami-Houle
26 novembre 2025

Les Îles-de-la-Madeleine ont-elles le potentiel de devenir une « biorégion »? C’est la question que se pose l’étudiant au HEC Montréal Vincent Agoues-Richard dans le cadre de son projet de maîtrise.

Embryonnaire et pluriel, le concept du « biorégionalisme » met de l’avant une transformation de la société en revenant à une plus petite échelle politique et économique, en phase avec les spécificités du territoire et des communautés qui y vivent.

Pour mener son enquête sociologique à terme, Vincent Agoues-Richard a réalisé, en plus d’observations terrain, une vingtaine d’entrevues avec des Madelinots au cours de l’automne.

Parmi les obstacles au potentiel biorégional des Îles, les citoyens ont parlé des défis entourant l’érosion côtière et l’autonomie alimentaire, entre autres. Pour ce qui est des leviers, les résidents ont notamment nommé la force de la communauté, sa facilité à se mobiliser. M. Agoues-Richard cite le cas de la vente du phare de l’Échouerie.

L’étudiant rentrera bientôt au bercail pour entamera la rédaction de son mémoire de maîtrise. Au-delà du dépôt du document, il souhaite proposer des pistes de solution concrètes et radicales pour aider la société à faire face aux énormes défis qui attendent l’humanité.

Le biorégionalisme ailleurs au Québec

L’approche biorégionale a fait des petits au Bas-Saint-Laurent. Selon un article de Le Devoir paru en octobre, un petit réseau solidaire d’agriculteurs et de transformateurs s’est formé dans le coin de Rimouski pour mettre sur pied un modèle agroalimentaire écologique et anticapitaliste. Une chercheuse impliquée dans cette démarche s’est aussi intéressée au potentiel biorégional du Bic et de Saint-Valérien.

Le philosophe et essayiste Alain Deneault s’est d’ailleurs porté à la défense du biorégionalisme dans son ouvrage Faire que! L’engagement politique à l’ère de l’inouï.

Industries extractives, institutions culturelles et résistance avec Joshua Schwebel et Alain Deneault

Alain Deneault participera avec l’artiste Joshua Schwebel à une discussion publique ayant pour titre Industries extractives, institutions culturelles et résistance au Centre d’artistes Vaste et Vague à Carleton-sur-Mer le vendredi 28 novembre 2025 de 12 h 30 à 13 h 30.

« Le Centre d’artistes Vaste et Vague a le plaisir d’accueillir une discussion publique entre l’artiste Joshua Schwebel et le philosophe Alain Deneault, autour des liens entre les industries extractives, les institutions culturelles et les formes de résistance possibles face aux dynamiques de pouvoir qu’elles engagent.

Au cours de sa résidence à Carleton-sur-Mer, Joshua Schwebel poursuit une recherche critique sur la relation entre les structures économiques et politiques de l’extraction et celles de l’art institutionnalisé au Canada. Son travail met en lumière les dépendances, souvent invisibles, qui unissent le monde de l’art aux logiques impériales, coloniales et corporatives héritées de la construction du pays. Par une approche spécifique au site et en dialogue avec la communauté locale, il cherche à révéler ces réseaux d’influence et à imaginer des formes de redistribution contre-capitaliste.

Philosophe et essayiste, Alain Deneault explore depuis plusieurs années les dimensions éthiques, économiques et territoriales de l’industrie minière, ainsi que le concept de biorégion comme cadre de réflexion et d’action collective face aux structures extractivistes.

En dialogue, Joshua Schwebel et Alain Deneault croiseront leurs perspectives pour interroger la manière dont les institutions culturelles et les pratiques artistiques participent – volontairement ou non – à la reproduction des logiques d’extraction. Ensemble, ils ouvriront un espace de pensée sur ce que pourrait signifier habiter, créer et penser autrement, en dehors des impératifs du capitalisme extractif. » – Centre d’artistes Vaste et Vague


Industries extractives, institutions culturelles et résistance
Discussion publique
Avec Joshua Schwebel et Alain Deneault
Vendredi 28 novembre 2025 - 12 h 30 à 13 h 30
Quai des arts - Centre d’artistes Vaste et Vague
774 blvd. Perron, Carleton-sur-Mer (Québec), G0C 1J0
Gratuit

L’inévitable biorégion – Écoanxiété et responsabilité. Causerie avec Alain Deneault

L’inévitable biorégion – Écoanxiété et responsabilité. Causerie avec Alain Deneault qui aura lieu en français à la Bibliothèque du centenaire de Campbellton – en partenariat avec la Gare de Matapédia et Vaste et Vague – le vendredi 28 novembre 2025 de 17 h à 19 h .


L'inévitable biorégion - Écoanxiété et responsabilité
Causerie avec Alain Deneault
En partenariat avec la Gare de Matapédia et Vaste et Vague
Vendredi 28 novembre 2025 - 17 h à 19 h
Bibliothèque du centenaire de Campbellton
19 rue Aberdeen, suite 100, Campbellton, Nouveau-Brunswick, E3N 2V1
En français seulement

L’essai Faire que ! d’Alain Deneault est la lecture du mois de la Bibliothèque Aldéa-Landry

« LECTURE DU MOIS | Faire que! L’engagement politique à l’ère de l’inouï d’Alain Deneault. Comment s’orienter dans un monde bouleversé par des crises écologiques sans précédent, face auxquelles ni les États ni le capital ne semblent pouvoir remédier?

Dans Faire que! Alain Deneault nous invite à réfléchir à nos façons d’agir à l’ère de l’inouï, une époque où aucun repère historique ne permet d’appréhender les catastrophes qui s’annoncent. Il dénonce la confusion semée par l’extrême droite, la perte de sens provoquée par le libéralisme et l’écoanxiété qui nous fige trop souvent dans l’inaction.

Plutôt que de céder à la sidération, M. Deneault nous encourage à penser autrement, hors des programmes figés, à nous ancrer dans les territoires à travers le concept de biorégion et à livrer la guerre à la médiocratie. Il nous pousse à mal faire les choses, faire mal, à évoquer les enjeux qui dérangent, et surtout à penser et agir collectivement. Avec la lucidité qu’on lui connaît, il nous rappelle que le moment est venu de faire que! […] Bonne lecture ! » – Bibliothèque Aldéa-Landry

« Félicitations à Alain Deneault! » – Université de Moncton

« Le Conseil des arts du Canada a dévoilé la liste des finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général 2025, et Alain Deneault, professeur de philosophie et de sociologie au campus de Shippagan de l’Université de Moncton, figure parmi les finalistes dans la catégorie Essais pour son ouvrage Faire que! L’engagement politique à l’ère de l’inouï.

Les Prix littéraires du Gouverneur général, parmi les distinctions les plus prestigieuses au pays, célèbrent chaque année la richesse de la littérature canadienne et mettent en lumière le talent des créatrices et créateurs d’ici.

Les lauréates et lauréats seront annoncés le 6 novembre 2025. » – Université de Moncton

Prix littéraires du Gouverneur général – Katia Belkhodja et Angelina Guo parmi les finalistes

Photo © Patrick Sanfaçon – Archives – La Presse

La Presse

Par Laila Maalouf
Littérature
21 octobre 2025

Le Conseil des arts du Canada a dévoilé mardi matin les titres finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général, qui seront remis le mois prochain.

[…] Dans la catégorie Essais, les finalistes sont Faire que ! : L’engagement politique à l’ère de l’inouï, d’Alain Deneault (Lux), Mourir de froid, c’est beau, c’est long, c’est délicieux, de Nathalie Plaat (Les Presses de l’Université de Montréal), Recueillir, de Louise Warren (Éditions du Noroît), Soigner, écrire, de Ouanessa Younsi (Les Presses de l’Université de Montréal), et Tu viens d’où ? Réflexions sur le métissage et les frontières, de Maïka Sondarjee (Lux).

[…] Les lauréats des sept catégories seront annoncés le 6 novembre prochain.

Finaliste dans la catégorie essai des Prix littéraires du Gouverneur général 2025

Deux œuvres de l’Acadie parmi les finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général

Photo © Leonardo Cendamo

Acadie Nouvelle

Par Sylvie Mousseau
21 octobre 2025

Alain Deneault, Danielle LeBlanc et Dominique Robichaud sont en lice pour les Prix littéraires du Gouverneur général 2025.

[…] L’essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï (Lux Éditeur) d’Alain Deneault de Petite-Rivière-de-L’Île, dans la Péninsule acadienne, est finaliste dans la catégorie essais. Cet ouvrage du philosophe et professeur à l’Université de Moncton, campus de Shippagan, est qualifié d’incisif et original. Dans cet essai, l’auteur invite notamment le lecteur à explorer un nouveau mode d’engagement politique, la biorégion, peut-on lire dans la description du livre.

Alain Deneault qui est l’auteur de plusieurs essais a déjà été finaliste pour les Prix littéraires du Gouverneur général en 2013. Les lauréats des Prix GG seront dévoilés le 6 novembre.

Acadie Nouvelle

Le 35e Salon du livre de Dieppe s’ouvre sur le monde

Radio-Canada

Par Pierre-Philippe LeBlanc
22 octobre 2025

Le 35e Salon du livre de Dieppe, au Nouveau-Brunswick, met l’accent cette année sur un dialogue entre l’Acadie et le reste du monde.

L’événement qui a lieu du 23 au 26 octobre compte sur la participation de plus de 60 auteurs, indique sa directrice, Morgane Bonamy.

« On a bien sûr des auteurs du Nouveau-Brunswick et du Québec et on a été cherché des auteurs français, des auteurs de l’Afrique. […] C’est quand même une ouverture, vraiment l’ouverture à différentes cultures et au monde. » – Morgane Bonamy, directrice du Salon du livre de Dieppe

[…] Une soirée littéraire vendredi au CCNB ayant pour thème Sujet de société rassemble les auteurs Alain Deneault, Sonia Mascolo, Francine Bujold, Fadwa Lapierre, Louise Morneault et Sébastien St-Croix Dubé.


Face à face « nature anxieuse »
Avec Alain Deneault et Sébastien St-Croix Dubé
Salon du livre de Dieppe
Samedi 25 octobre 2025 - 13 h 25 à 13 h 45
Collège communautaire du Nouveau-Brunswick (CCNB)
505 Rue du College, Dieppe, NB E1A 6X2
Entrée gratuite
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Face à face « politique »
Avec Alain Deneault et Réal Godbout
Salon du livre de Dieppe
Samedi 25 octobre 2025 - 17 h 40 à 18 h 10
Collège communautaire du Nouveau-Brunswick (CCNB)
505 Rue du College, Dieppe, NB E1A 6X2
Entrée gratuite

Photo © Lux Éditeur

« Lux Éditeur est au Salon du livre de Dieppe, grâce à la redoutable équipe de la Librairie Pelagie ! Retrouvez-nous jusqu’à dimanche au kiosque #23.

Alain Deneault, invité d’honneur, participe à plusieurs activités et séances de dédicaces. » – Lux Éditeur

Finaliste dans la catégorie essai des Prix littéraires du Gouverneur général 2025

Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï parmi les finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général

Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï d’Alain Deneault fait partie des finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général de 2025 dans la catégorie essai. L’annonce des livres gagnants sera le 6 novembre 2025.


« Les livres sélectionnés comme finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général 2025 motivent les lectrices et lecteurs de tout âge à rêver et à découvrir des récits captivants en s’y laissant plonger. Chacune de ces œuvres littéraires offre un point de vue différent sur le Canada et le monde. Ces livres ont le pouvoir d’approfondir les liens qui unissent les gens, de bâtir des communautés et d’imaginer un avenir meilleur. Le Conseil des arts du Canada est honoré de célébrer les voix canadiennes uniques représentées dans ces œuvres littéraires exceptionnelles. »

— Michelle Chawla, directrice et chef de la direction, Conseil des arts du Canada

Les finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général de 2025 dans la catégorie essai :

Tu viens d’où? Réflexions sur le métissage et les frontières Maïka Sondarjee (Gatineau, Québec), Lux Éditeur

Faire que! L’engagement politique à l’ère de l’inouï Alain Deneault (Petite-Rivière-de-l’Île, Nouveau-Brunswick), Lux Éditeur 

Mourir de froid, c’est beau, c’est long, c’est délicieux – Nathalie Plaat (Sherbrooke, Québec), Les Presses de l’Université de Montréal (Les salicaires)

Recueillir – Louise Warren (Saint-Lambert, Québec), Éditions du Noroît

Soigner, écrire Ouanessa Younsi (Montréal, Québec), Les Presses de l’Université de Montréal

Alain Deneault et Yves Engler – En conversation

Alain Deneault participera à une conversation avec Yves Engler, auteur de 13 livres et candidat à la direction du NPD, sur les thèmes de la décroissance, du militarisme et du capitalisme à la Maison de l’amitié le lundi 27 octobre 2025 à 19 h.

« An upcoming event encapsulates why my candidacy upends the NDP leadership race. The talk raises essential, if controversial, ideas while displaying what could be described as important ‘establishment’ credentials.

Next Monday I will be speaking with Alain Deneault. Author of a dozen books, Deneault came to prominence with a battle over his 2008 book Noir Canada: Pillage, corruption et criminalité en Afrique, which is largely about Canadian mining companies’ activities in Africa. Barrick Gold and Banro sued the publisher and three authors for $11 million. They fought back valiantly. Ultimately, their resistance to Barrick’s heavy-handed actions sparked a successful campaign in Québec to lessen corporations’ ability to sue for reputational damage through so-called SLAPP suits (Strategic Lawsuits against Public Participation).

Monday’s event is headlined “Alain Deneault et Yves Engler en conversation sur la décroissance, le militarisme, genocide et le capitalisme.” If capitalism and militarism are subjects the NDP establishment are reluctant to discuss, degrowth is truly a no-go theme. In fact, even some activists in my campaign have complained that I’ve repeatedly employed the term “degrowth”.

I will ask Alain to demystify a concept he’s written about. Amidst the climate crisis, mass species extinction, soil depletion, etc. we shouldn’t fear the label ‘degrowth’. We’d be better placed today if leftists had begun promoting degrowth a half century ago when it became clear humanity was surpassing earth’s carrying capacity and that civilization was likely to collapse this century. We must decouple our understanding of growth/GDP under capitalism from wellness/social utility.

While we’ll discuss subjects outside of mainstream political bounds, we’ll do it in a politically prized language. A slew of top NDP figures and media analysists have highlighted the importance of the party leader speaking French yet it’s unclear if any of the other leadership candidates can converse, let alone debate, in French.

It’s not my mother tongue. I grew up in Vancouver, but my mom is a Fransaskoise and I attended French immersion school. I moved to Montreal to attend Concordia university but didn’t leave after I was expelled in the aftermath of a 2002 protest against Benjamin Netanyahu. I speak to my three and eight-year-old in French.

As the only Quebecer in the race, I would have a greater chance of re-creating Jack Layton’s 2011 Orange Wave. In fact, my strategy in Quebec would be to challenge the Liberals and Bloc Québécois’ support/indifference for militarism and Israel’s genocide in Gaza. Quebec has a pacifist, internationalist, tradition that offers some space for the NDP to make gains. As the cuts from Mark Carney’s radical militarism take hold, the issue will gain prominence. If Canada’s military goes to war, likely a US-sponsored one, the subject will become even more controversial.

With only one seat in Quebec the possibility for growth is significant. But, more significantly the NDP needs to become a vehicle where people discuss capitalism, militarism and even degrowth. In any language. » – Yves Engler, yvesengler.com


Alain Deneault et Yves Engler - En conversation
Lundi 27 octobre 2025 - 19 h
La Maison de l'amitié - 120 avenue Duluth Est, Montréal, H2W 1H1
Toutes et tous sont les bienvenu·e·s
Gratuit

Alain Deneault, invité d’honneur à la 35e édition du Salon du livre de Dieppe

Affiche © Le Salon du livre de Dieppe en collaboration avec l’école du Marais de Dieppe

Alain Deneault est l’invité d’honneur à la 35e édition du Salon du livre de Dieppe qui se tiendra du 23 au 26 octobre 2025.

Alain Deneault participera à la soirée littéraire Sujet de société le vendredi 24 octobre et deux « Face à face » le samedi 25 octobre dont le premier « Nature anxieuse» avec Sébastien St-Croix Dubé et le deuxième « Politique » avec Réal Godbout. Il sera également présent au kiosque # 23 de Lux Éditeur pour deux séances de dédicaces.

« Cette année, le Salon du livre de Dieppe a la chance d’accueillir pas moins de 58 auteur·es. Les thématiques abordées – de l’Acadie à la nutrition, en passant par les peuples autochtones, le développement personnel et l’autisme – sauront ravir petits et grands ! » – Salon du livre de Dieppe


Soirée littéraire - Sujet de société
avec Alain Deneault, Sonia Mascolo, Francine Bujold, Fadwa Lapierre,
Louise Morneault et Sébastien St-Croix Dubé
Vendredi 24 octobre - 18 h 30 à 20 h
Collège Communautaire du Nouveau-Brunswick (CCNB)
505 Rue du College, Dieppe, NB E1A 6X2
Entrée gratuite


Face à face « nature anxieuse »
Avec Alain Deneault et Sébastien St-Croix Dubé
Salon du livre de Dieppe
Samedi 25 octobre 2025 - 13 h 25 à 13 h 45
Collège communautaire du Nouveau-Brunswick (CCNB)
505 Rue du College, Dieppe, NB E1A 6X2
Entrée gratuite
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Face à face « politique »
Avec Alain Deneault et Réal Godbout
Salon du livre de Dieppe
Samedi 25 octobre 2025 - 17 h 40 à 18 h 10
Collège communautaire du Nouveau-Brunswick (CCNB)
505 Rue du College, Dieppe, NB E1A 6X2
Entrée gratuite

« Rejoignez-nous pour une soirée autour des sujets de société qui nous touchent tous, où auteurs et participants échangeront sur des thèmes actuels et passionnants. Un moment de réflexion, de partage et de découverte vous attend ! Venez avec vos questions, vos idées… et votre curiosité. »

Alain Deneault a animé plusieurs causeries à la 22e édition du Salon du livre de la Péninsule acadienne

Alain Deneault a animé plusieurs causeries à la 22e édition du Salon du livre de la Péninsule acadienne, notamment avec l’auteur Bruno Dubuc et son ouvrage Notre cerveau à tous les niveaux. Du Big Bang à la conscience sociale, Alain Crevier et son livre Être. Nos quêtes de sens et de liberté et Simon Paré-Poupart, récipiendaire du Prix des libraires du Québec 2025 dans la catégorie Essai pour Ordures! Journal d’un vidangeur dans lequel il remercie Alain Deneault d’avoir été l’instigateur de ce projet de livre.

« La journée a commencé à l’Amphithéâtre Gisèle-McGraw (UMCS) avec une réflexion passionnante menée par Bruno Dubuc, autour de son ouvrage Notre cerveau à tous les niveaux – Du Big Bang à la conscience sociale. » – SLPA

« Un échange profond [avec Alain Crevier] autour des grandes questions éthiques du 21e siècle, qui a donné le ton à une journée riche en réflexions. » – SLPA

« Une discussion inspirante [avec Simon-Paré-Poupart] autour du thème : Prendre soin du monde une poubelle à la fois. » – SLPA

Alain Deneault sera également présent pour des séances de dédicaces au kiosque #26 de Lux Éditeur le samedi 4 octobre de 16 h à 17 h et le dimanche 5 octobre de 13 h à 14 h pour son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï.

Emma Haché, Simon Paré-Poupart et Alain Deneault – Kiosque #26 de Lux Éditeur – Photo © Isjaki Studio

Comment imaginer l’avenir dans une planète qui meurt de guerre et de pollution ?

Alain Deneault participera, aux côtés de J. D. Kurtness et Philippe Yong, à la rencontre littéraire Comment imaginer l’avenir dans une planète qui meurt de guerre et de pollution ? animée par Marie Brodeur Gélinas dans le cadre de la série Les midis littéraires du Festival international de la littérature le mardi 30 septembre 2025 à l’Espace de la diversité dans le Grand salon de l’esplanade Tranquille.

« Comment imaginer l’avenir alors que les crises environnementales et climatiques sans précédent, les guerres et les génocides, rendent de plus en plus incertain l’avenir de l’humanité et du vivant sur Terre ? » – FIL


Comment imaginer l'avenir dans une planète qui meurt
de guerre et de pollution ?
Les midis littéraires - Festival international de la littérature
Avec Alain Deneault, J. D. Kurtness, Philippe Yong
Animation : Marie Brodeur Gélinas
Grand salon de l’esplanade Tranquille
Mardi 30 septembre 2025 - 12 h à 13 h
1442 Rue Clark, Montréal, Québec H2X 2R3
Ouvert à tous·tes - Admission générale
Gratuit

Coproduction de l’Espace de la diversité (EDLD) et du FIL 2025
En partenariat avec le Partenariat du Quartier des spectacles

Photo © Alexandre Cotton

« Le FIL est heureux de s’associer, pour la quatrième année consécutive, à l’Espace de la diversité (EDLD) pour une série de rencontres littéraires dans le Grand salon de l’esplanade Tranquille. Lors de ces rencontres, on abordera des questions liées à une thématique générale, qui est, cette année, « Ode à la terre et au vivant ». Il va de soi que, comme lors des éditions précédentes, nous avons, cette année encore, l’ambition de proposer une diagonale aux débats, aux frontières de la création littéraire et de la pensée.

Depuis sa création, l’Espace de la diversité (EDLD) cherche à faire résonner les voix, mettant en lumière les expériences d’auteur.es, de lecteurs et lectrices, de passeurs et passeuses de différentes origines qui partagent la passion des mots et l’urgence de repenser le rapport à l’autre. Son mandat en tant que lieu de réflexion et de diffusion: refonder le sens du mot ensemble en combattant le racisme et l’exclusion par le livre. » – FIL

Séances de dédicaces d’Alain Deneault au Salon du livre de la Péninsule acadienne

Alain Deneault sera présent à la 22e édition du Salon du livre de la Péninsule acadienne sous le thème « Construire des ponts » les 4 et 5 octobre 2025 pour des séances de dédicaces de son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï au kiosque #26 de Lux Éditeur.


Séances de dédicaces d'Alain Deneault
Salon du livre de la Péninsule acadienne
Kiosque #26 - Lux Éditeur
4 octobre 2025 - 16 h à 17 h
5 octobre 2025 - 13 h à 14 h
Centre Rhéal-Cormier
155 rue DeGrâce, Shippagan, New Brunswick

Emma Haché, Simon Paré-Poupart et Alain Deneault – Kiosque #26 de Lux Éditeur – Photo © Isjaki Studio

Les essais d’Alain Deneault chez Lux Éditeur

Un nouvel organisme pour la défense de la baie des Chaleurs

Photo © Isabelle Larose / Radio-Canada
Radio-Canada
Par Martin Toulgoat
12 septembre 2025

Un nouveau comité citoyen voit le jour pour la défense de la baie des Chaleurs face aux projets industriels. L’organisme à but non lucratif Éco baie des chaleurs se donne comme mandat d’assurer la protection et la mise en valeur de ce plan d’eau, qui sépare le Nouveau-Brunswick et la Gaspésie.

Ce nouveau regroupement souhaite recruter des membres à la fois en Gaspésie et au Nouveau-Brunswick. L’idée est de donner davantage de poids à la voix citoyenne face aux gouvernements et aux industriels avant que ne soient autorisés des projets comme celui de la mine de pouzzolane d’EcoRock Dalhousie.

Ce projet industriel vise à fournir à l’industrie un matériau cimentaire avec une plus faible empreinte écologique que le clinker dans le ciment. Mais il suscite une vive opposition du côté gaspésien de la baie des Chaleurs.

Ce nouvel organisme émane du groupe citoyen Non merci Pozzolan Dalhousie.

Au lieu de réagir à des projets qu’on nous met dans la face, c’est de s’unir autour de la baie parce que ce n’est pas vrai que, quand ça se passe au Nouveau-Brunswick, ça ne concerne pas le côté gaspésien et que, quand ça se passe en Gaspésie, ça ne concerne pas le côté du Nouveau-Brunswick non plus; donc, on veut décider de ce qu’on veut comme environnement et comme milieu de vie. Une citation de Jean-Marc Beaulieu, cofondateur, Éco baie des chaleurs

L’organisme veut ainsi donner un plus grand pouvoir de lobby aux citoyens en général et aux membres des communautés mi’gmaw pour faire valoir les enjeux environnementaux qui touchent la baie des chaleurs face aux projets industriels.

Quand on regarde le premier ministre du Canada Mark Carney avec le Bill C-5, qui vise à accélérer le développement de projets industriels et au Québec, François Legault qui « bulldoze » le BAPE quand il le peut… donc, il faut se donner les moyens d’être au courant et de faire des moyens de pression pour ne pas se faire enfirouaper, ajoute le citoyen.

L’organisme tient une activité de lancement et une levée de fonds pour soutenir ses activités samedi à l’Auberge de Miguasha. Au programme : des discussions et échanges qui réuniront, notamment, le député fédéral de Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine-Listuguj Alexis Deschênes et le philosophe Alain Deneault.

La Péninsule acadienne comme laboratoire biorégional

La Péninsule acadienne comme laboratoire biorégional. Entretien avec Alain Deneault à l’émission L’heure de pointe Acadie animée par Amélie Gosselin sur ICI Première à Radio-Canada autour de la question de la « biorégion ». Durée : 16 min – 3 septembre 2025

Conférence d’Alain Deneault à la Grande conférence Sainte-Anne pour la rentrée 2025

La conférence d’Alain Deneault qui a pour titre La « biorégion » du détroit de Northumberland à la Baie-Sainte-Marie : une approche disciplinaire et communautaire aura lieu le vendredi 19 septembre 2025 dans le cadre de la Grande conférence Sainte-Anne pour la rentrée 2025 de l’Université Sainte-Anne en Nouvelle-Écosse.

« Une « biorégion » est un terme utilisé depuis une vingtaine d’années pour qualifier un territoire dont les limites ne sont pas politiques, mais plutôt géographiques, de manière à tenir compte des écosystèmes et des communautés, autrement dit : de l’interaction entre les espèces et les humains et les caractéristiques de la géographie.

Alain Deneault s’intéresse au concept de biorégion afin de mieux connaître et faire valoir la vie régionale dans une perspective « universelle », pour contrer autant le repli identitaire que le défaitisme face aux changements environnementaux.

Le professeur Deneault présentera ces idées, développées dans son récent livre Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï (Montréal, Lux, 2024) dans une grande conférence qui sera suivie d’une période d’échanges avec le public.

L’événement vise à donner le ton à notre année académique 2025-2026 et s’adresse à toute la communauté universitaire; les membres de la communauté de la baie Sainte-Marie sont bien sûr invités à se joindre à nous ! » – Université Sainte-Anne


La « biorégion » du détroit de Northumberland à la Baie-Sainte-Marie : une approche disciplinaire et communautaire

Conférence d'Alain Deneault
Vendredi 19 septembre 2025 - 13 h
La conférence sera suivie d'une période d'échanges avec le public
Chapelle - 1695, route 1, Pointe-de-l'Église (Nouvelle-Écosse) B0W 1M0
et par vidéoconférence aux autres campus de l'Université Sainte-Anne


L’écologie politique de la biorégion : un dessein et une praxis – Conférence d’Alain Deneault à « Les Automnales de l’environnement » de l’ISE

Alain Deneault présentera sa conférence L’écologie politique de la biorégion : un dessein et une praxis le 29 octobre 2025 lors de la première édition de l’événement Les Automnales de l’environnement organisé par l’Institut des sciences de l’environnement (ISE) à l’UQAM.

« Cette conférence permettra de faire la lumière sur l’approche biorégionale et quels sont les liens à tisser avec l’engagement politique, l’agentivité sociale et la transition socio-écologique. » – ISE

Descriptif de la conférence :

L’approche biorégionale ne consiste pas en une vague option parmi d’autres mais en une réponse urgente donnée dans un esprit de solidarité à un impératif de décroissance qui ne manquera pas d’être vécu de manière subie et subite de la part de différentes communautés. Cet impératif s’incarnera sous la forme de menaces écologiques et climatiques graves, voire de catastrophes avérées. Le dessein que constitue la biorégion est dans l’immédiat une façon de contrer l’écoangoisse (souvent présentée comme une écoanxiété) en structurant l’agir politique contemporain autour de trois axes : science et sapience ; culture et spiritualité ; politique. Il consiste en une élaboration qui travaille à contrer les formes de dénis grossiers ou subtiles dont les différentes analyses climatologiques ou écologiques font l’objet.


L'écologie politique de la biorégion : un dessein et une praxis
Conférence d'Alain Deneault
29 octobre 2025 - 12 h à 13 h 30
Université du Québec à Montréal (UQAM) - Salle PK-1780
Pavillon Président-Kennedy, 201, avenue du Président-Kennedy
Gratuit - ouvert à toustes
Inscription obligatoire : ici

L’écologie politique de la biorégion : un dessein et une praxis – Conférence d’Alain Deneault dans le cadre des Automnales de l’environnement à l’UQAM – Durée 1 h 33 min 45 sec – 29 octobre 2025

*Veuillez noter la présence de plusieurs coupures tant au niveau sonore que visuel et que l’image est pixelisée, puisque cette conférence ne devait pas être rediffusée.

« Vous êtes-vous déjà demandé comment les émissions de CO ont évolué depuis les années 1960 ? Ou encore, qu’est-ce qu’une biorégion ? Peut-être êtes-vous plutôt préoccupé par l’écoanxiété ressentie par plusieurs personnes, particulièrement chez les jeunes… Aimeriez-vous échanger sur les représentations des changements climatiques, et plus encore sur celles de la résilience humaine, avec un réalisateur cinématographique ?

Les Automnales de l’environnement, c’est quoi ?

À compter de septembre et ce pour tout le semestre d’automne, l’ISE vous concocte une programmation riche d’événements qui prendront les formes variées de conférences, de classes de maîtres, de projection de film, de webinaires et de discussions. Ces événements sont conçus pour les étudiant∙es et les membres professeur∙es de l’ISE, la communauté uqamienne et le grand public, afin que toustes puissent se saisir des concepts fondamentaux des sciences de l’environnement et mieux appréhender les enjeux actuels de la crise climatique et les débats qui animent l’espace public.

40 minutes d’idées pour refaire le monde

Un extrait de l’entretien avec Alain Deneault par Olivier Berruyer ayant pour titre Les médiocres ont pris le pouvoir et conduisent le monde à sa perte du 23 novembre 2024 fait partie de la première compilation des moments forts du média Élucid. L’extrait avec Alain Deneault débute à 23 min 20 sec – 16 août 2025

« L’été est là, et dans l’attente de nous retrouver avec plein de nouvelles interviews à la rentrée, voici une première compilation dans laquelle vous retrouverez quelques moments forts des entretiens de cette année ! Histoire de découvrir (ou redécouvrir) les intervenants exceptionnels et inspirants qui ont fait confiance à Élucid ! Merci à tous pour votre soutien indéfectible tout au long de cette année, on vous prépare plein de belles choses pour la rentrée ! » – Élucid

Les médiocres ont pris le pouvoir et conduisent le monde à sa perte
Entretien avec Alain Deneault par Olivier Berruyer chez Élucid
Durée 1 h 43 min 2 sec - 23 novembre 2024

La biorégion : un enjeu impératif – Participation d’Alain Deneault au festival Pour la suite du monde à Sutton

Alain Deneault participera, le dimanche 31 août, au festival Pour la suite du monde avec la conférence La biorégion : un enjeu impératif. Ce festival art & vivant est présenté par l’organisme D’Arts et de rêves enraciné dans la communauté de Sutton et aura lieu du 29 août au 1er septembre 2025.

Pour la suite du monde présente des artistes pluridisciplinaires de tous horizons : littérature, musique, cirque, art visuel, danse, philosophie et art culinaire.

Les artistes invités pour l’édition 2025 sont : Sara A.Tremblay , Anaïs Barbeau-Lavalette et Steve Gagnon, Marie-Renée Bourget-Harvey, Alain Deneault, Maude Lecours, Patrick Leonard, Alex Nevsky, Lysanne O’Bomsawin, Nicole O’Bomsawin, Pattie O’Green et Les chefs de Sutton.

« Un festival à Sutton qui rassemble les arts et les idées pour imaginer, ensemble, de nouveaux récits pour demain. » – D’Arts et de rêve


La biorégion : un enjeu impératif
Conférence philosophique d'Alain Deneault
Pour la suite du monde - Festival art et vivant
Dimanche 31 août 2025 - 11 h
Lieu : D'arts et de rêves
57, rue Principale Nord
Sutton (Québec) J0E 2K0
Téléphone : 450 531-5707
Ouvert à tous - Gratuit
*Des «grilled cheese» sur pain maison
et de la tisane philosophale seront servis

La conférence La biorégion : un enjeu impératif d’Alain Deneault est une invitation à repenser nos territoires à l’échelle la biorégion, un cadre nécessaire pour faire face, dès maintenant, aux limites écologiques et sociales de notre époque. – D’Arts et de rêve

« Biorégion n’est pas le nom d’une offre de plus à la carte du restaurant électoral, ni un vague effet de mode, ni une agréable utopie. Le terme dénote un cadre conceptuel par lequel se situer dans un moment de l’histoire où la décroissance, si elle est déjà désirée par certain.es, se trouve effective, voire subie et subite, aux yeux de tous. Il s’agit d’une réponse à donner à un impératif historique, soit l’atteinte des limites, en tant que cette réponse peut être d’ores et déjà portée par une avant-garde et mise en pratique à différentes échelles. » – Alain Deneault

« L’essai compte parmi les modes stylistiques les plus démocratiques qui soient. Il s’agit d’exposer des problèmes philosophiques et sociaux qui se situe là où le profane en même temps que l’initié peuvent se trouver interpellés à titre égal. Face à un essai, on participe de plain-pied à des enjeux communs. » – Alain Deneault

« Biorégion » : cinquante ans de préparation à l’autonomie politique

Photo-illustration © Thibault Inglebert

Blast, le souffle de l'info
Culture-Idées
Par Alain Deneault
10 août 2025

Alain Deneault est un philosophe québécois, auteur de nombreux essais comme « La médiocratie, Politique de l’extrême centre », ou encore « Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï », à l’occasion duquel il avait accordé un entretien à Blast. Dans ce texte exclusif, l’intellectuel retrace le parcours du concept de « biorégion » et démontre les raisons pour lesquelles il est un instrument central pour les luttes de demain.

Il y a cinquante ans naissait le concept de biorégion. Ce concept, plus complexe qu’il n’y parait, vise à outiller les communautés qui se choisissent libres de s’organiser en fonction des dynamiques propres à leur territoire, dans un esprit universel. Non plus plaquer sur les lieux ses propres visées mais apprendre à composer avec eux du point de vue de la politique, de la science et de la culture. C’est une révolution, mais elle s’impose par la force des choses, ici et maintenant, où qu’on soit. L’effondrement de la biodiversité, les bouleversements climatiques, la pollution massive, la production de déchets multiples, l’assèchement des eaux, l’érosion des sols, la surpêche, l’épuisement des réserves énergétiques et l’éradication minière rendent impérative l’organisation biorégionale.

Non pas partir du concept de biorégion, mais de l’histoire qui nous y conduit inexorablement. Plutôt qu’une vague utopie ou une option de plus offerte à la carte du restaurant électoral, voir en la « biorégion » le nom d’une réponse à donner à une situation impérative, source historique d’angoisse : la contraction annoncée de la géopolitique de la mondialisation à la région.

Comme à Mayotte, comme à Valence, comme à La Nouvelle-Orléans, Clova au Québec ou Lytton dans l’ouest canadien, des communautés entières secouées par des déluges ou des incendies de forêts sont appelées à redécouvrir crûment deux vérités anthropologiques : elles dépendent en dernière instance d’elles-mêmes, de leur entregent, de leur sens de la solidarité. Puis, elles se découvrent redevables du territoire qu’elles foulent, de ses sols, de son air, de ses eaux. « Vous nous avez abandonnés », clame-t-on de part et d’autre. Pour se résigner : c’est aussi à partir de cette échelle qu’on organisera désormais la politique. Et cette nouvelle approche appelle des concepts politiques adéquats.

Nous traversons comme société des moments inouïs. In-ouïs, jamais entendus, inédits. Il suffit d’entendre comment les instances politiques et/ou scientifiques exposent les menaces réelles qui pèsent sur la biodiversité, le climat, l’économie de la nature pour s’en convaincre. Jamais depuis des millions d’années n’a-t-on vu autant se transformer l’équilibre entre les espèces. Jamais depuis ce nombre insaisissable d’années n’en a-t-on vu s’éteindre. Jamais depuis 10 000 ans l’évolution du climat n’a été aussi rapide et radicale. Les phénomènes tels que les inondations, les ouragans et les sécheresses sont appelés à s’accentuer, car le processus de réchauffement climatique se révèle autonome et exponentiel : la fonte des glaciers a cours désormais d’elle-même puisque les surfaces réfléchissantes se réduisent, tout comme les étendues forestières, et menacent de se fissurer, laissant ainsi se libérer un méthane naturellement enfoui, un puissant gaz à effet de serre. De plus, rien n’arrête l’industrie dans son empoisonnement agrochimique des espèces.

À cela s’ajoute la raréfaction annoncée des énergies fossiles de même que des minerais censés garantir une prétendue « transition » énergétique (1). Puis les incertitudes géopolitiques relatives aux guerres et au commerce international.

Or, le caractère inédit de la situation peut aussi passer pour indicible. Comment penser encore cette conjoncture nôtre, sans précédent, sans pareil dans l’histoire, inouïe. Est-ce que penser reste une chose possible ? L’historien et essayiste Paul Veyne aurait indiqué que non. Chez lui, comparaison est raison, et c’est dans un va-et-vient entre des situations occurrentes et passées qu’on en vient à se donner une conception précise sur la singularité de ce qu’on traverse. Il nous est ainsi donné de penser l’invasion de l’Ukraine par la Russie, un nouveau virus ou des actes génocidaires d’un pays d’occupation comme au Moyen-Orient… Nous connaissons (hélas) des précédents.

Mais la déstabilisation du système Terre lui-même ? Faire le deuil de l’expression Ceteris paribus sic stantibus (toute chose étant égale par ailleurs), afin d’isoler des variables quant à ce sur quoi faire fond. Considérer désormais que rien n’est stable, tout bouge, tout s’altère…

Ce n’est pas sans raison que l’angoisse apparaît comme un mal psychique partagé. L’angoisse, c’est l’épreuve d’affects insistants, déstabilisants et troublants qui ne s’accompagnent d’aucune cause, image ou représentation précises. Contrairement à l’anxiété qui explique un malaise par le surinvestissement d’un objet (réel ou fictif), l’angoisse exprime la souffrance de qui n’en a guère.

Face à l’angoisse, les plus démunis, indépendamment de leur profil sociologique (classe sociale, diplomation, statut professionnel…), en proie à des émotions sans nom ni symbole, cherchent désespérément des objets de substitution, soit un paratonnerre sur lequel projeter son trouble. Arrivent alors une multitude de boutiquiers de l’extrême droite, avec leur offre de boucs émissaires. Tout va bien, ou tout irait bien, si… Si on faisait ablation avec telle ou telle catégorie sociale ou culturelle. Nous ferions ensuite Un avec nous-mêmes, dans le formol de l’histoire, ne constituant plus qu’une seule cellule, pour nous vautrer une fois pour toutes dans la jouissance de la pulsion de mort.

Mais face à l’angoisse, les plus aguerris, là aussi de toute provenance sociale, mobilisent cette énergie psychique au service de desseins adaptés, de concepts adéquats, de principes opportuns. Certains sont mis à disposition et nous font avancer : celui de « chimère » chez Baptiste Morizot (2) qui nous outille quant à un temps où tout change, où le terrain vague devient un marais et ailleurs le marais, un terrain vague; où l’ours brun apprend à monter vers le nord en temps de canicule, mais où l’ours blanc, ayant lui perdu sa banquise, découvre les chemins du sud. Ils déjouent les prétendues « lois de la nature » de l’épistémologie humaine, se rencontrent et découvrent une nouvelle espèce. Politiquement aussi, des chimères sont de rigueur. Par exemple, la biorégion.

Un concept lucide et joyeux

En tant que concept, la « biorégion » a aujourd’hui cinquante ans. Allen van Newkirk lui donnait son acte de naissance en le proposant dans un court texte de la revue Environnemental Conservation à l’été 1975. Depuis le repaire historique du mouvement coopératif en Amérique, à Heatherton dans la région d’Antigonish (Nouvelle-Écosse, partie atlantique du Canada), cet artiste d’origine états-unienne devenu militant écologiste cherchait à fonder une géopolitique tout autre, dans laquelle le préfixe géo– serait aussi déterminant que la racine politique (3). Il ne s’agissait plus de faire de la politique sur le territoire, en fonction de son exploitation et dès lors contre lui, mais d’intégrer radicalement la politique aux dynamiques territoriales elles-mêmes.

Partant de la notion de région biotique, non loin des mouvements de retour à la terre ou du municipalisme libertaire, sans s’y restreindre, il perçoit d’abord la biorégion en fonction de sa portée biologique. Autrement dit, la politique ne s’imprime plus sur le territoire à la manière d’espaces qu’il faut rendre conformes aux cartes et aux intérêts dictés par l’exploitation industrielle et commerciale, mais elle s’intègre aux réalités biologiques et territoriales d’un lieu. La flore, la faune, les sols, les eaux, le climat, les bassins versants… sont ce à partir de quoi les citoyens d’un espace politique savent amorcer leurs pratiques. La signification du lieu commence par l’histoire, pas seulement celle, sociale, des sciences humaines, mais l’histoire même qui a rendu possible la gestation millénaire du lieu qu’on occupe. Comprendre ce qu’il en a fallu de contributions de la part des insectes, des oiseaux, des grands mammifères, y compris des humains, pour qu’un lieu perdure comme il l’est, le cas échéant où il ne faudrait pas chercher à tenter de le restaurer, afin d’envisager la façon de s’y fondre pour les temps à venir.

Science, culture et politique

Cela implique une approche à la fois interdisciplinaire et, à ce titre, égalitaire. Aucune discipline, c’est-à-dire pas plus les sciences exactes que les autres, contrairement à ce qui se produit maintenant au titre du discours écologique, n’occupe de fonction hégémonique. Certes, la modélisation, la biologie, l’océanographie et la climatologie sont prisées, tout comme le devient également la sapience, c’est-à-dire les savoirs populaires accumulés indépendamment des titres de diplôme. L’historien des sciences Dominique Pestre invite ses collègues scientifiques à « apprendre à faire confiance aux solutions que le social invente (4) ». Il se peut que ceux-là mêmes qui dépendent du territoire sachent en défendre les modalités agricoles et les normes escomptées, surtout dans un contexte où il s’agit d’en vivre plutôt que de les exploiter aux fins de pratiques commerciales coloniales.

À cela s’ajoute la culture, la littérature et les arts : se redonner de nouveaux récits, s’expliquer par la fiction des situations semblables à la sienne pour suppléer l’absence de référence historiographique relative à la période inouïe qu’on traverse, réorganiser la façon de découper le réel. Un exemple dans le domaine du landart, les œuvres d’Andy Goldsworthy. En traçant des lignes dans l’espace à partir d’éléments qu’il y trouve (brindilles, feuilles, pierres…), il nous persuade de la pertinence d’une autre forme de tracé dans l’espace, non plus celui des frontières qui consiste pour le plus fort à circonscrire un lieu pour clamer que ce qui s’y trouve lui appartient, mais celui qui marque à l’intérieur d’un cadre symbiotique déterminé par lui-même (on sait en suivant ses dynamiques quand un lieu s’arrête et cède à un autre) quel en est l’axe de vie, la ligne symbiotique, exemplairement une rivière ou une bande cultivable…

Enfin, la politique. La biorégion ne se « développera » pas parce qu’on la désire, vote pour elle ou la choisit. Elle s’imposera, là où une avant-garde en aura prédit la nécessité, dans des contextes historiques de bris, de drames ou de crises où on se découvrira dépendant de soi-même. Dans de tels désarrois, des petits-chefs vociféreront pour ameuter une catégorie de soumis face aux autres à qui ils déclareront la guerre. Les plus fins opteront pour l’entraide. Ils trouveront à fonder des communs autour d’éléments (fours à pain, terres arables, caveaux, compétences diverses…) favorisant le rapport de la communauté aux épreuves, urgences et aspirations qui deviendront les siennes. De nouvelles organisations politiques, à partir de ce que les zones à défendre, collectifs, associations et coopératives génèrent déjà, prendront le pas pour être à la hauteur du changement de paradigme qui ne manquera pas de s’imposer en ce siècle.

En cela, la biorégion ne procède pas d’un parfait renversement. Ce n’est pas tout à fait une révolution, si elle n’est pas de celles qui s’accomplissent par « la force des choses » comme l’écrivait Hannah Arendt, et non pas par la seule volonté sociale. Elle peut encore cohabiter dans le mille-feuille institutionnel avec les différents pouvoirs institués, ceux qui, impuissants, en ont déjà plein les bras avec les mutations historiques du siècle et se retournent parfois contre les communautés pour les coloniser à nouveau. Elle n’est pas passéiste au sens où des architectes imaginent par quelles nouvelles techniques habiter grâce à des matériaux environnants et recyclables, et où des permaculteurs conçoivent des formes adaptées d’agriculture sans recourir aux laborieuses méthodes des anciens. Elle est universelle au sens où elle croit que l’Afrique doit venir au secours de l’Occident (5), et lui permettre de partager des expériences agricoles et sociales provenant d’un monde qui a pu se passer d’un capitalisme aujourd’hui vacillant, tout comme les peuples premiers des Amériques.

La biorégion est surtout un concept vitaliste et affirmatif qui permet de surmonter l’angoisse occasionnée par les discours accablants de l’époque, pour avancer, à tâtons, frayant un chemin vers ce qui s’impose comme nécessaire.

(1) Matthieu Auzanneau, Pétrole. Le déclin est procheParis, Éditions du Seuil, coll. « Reporterre », 2022 ; Guillaume Pitron, La Guerre des métaux rares. La face cachée de la transition énergétique et numérique, Paris, Les Liens qui libèrent / Acte Sud, 2019, et Jean-Baptiste Fressoz, Sans transition : une nouvelle histoire de l’énergie, Paris, Seuil, coll. « Écocène », 2024.

(2) Baptiste Morizot, Raviver les brasiers du vivant,Arles, Actes Sud/Wildproject, coll. « Domaine du possible », 2020.

(3) Allen van Newkirk, « Bioregions: Towards Bioregional Strategy for Human Cultures », Environmental Conservation, no 2, vol. 2, Été 1975, p. 108. Lire aussi Mathias Rollot et Marin Schaffner, Qu’est-ce qu’une biorégion ?, Marseille, Wildproject, 2021.

(4) Dominique Pestre, À Contre-science. Politiques et savoirs des sociétés contemporaines, Paris, Seuil, coll. « La couleur des idées, 2013, p. 84. Selon le beau titre du livre d’ Anne-Cécile Robert, L’Afrique au secours de l’Occident, Ivry-sur-Seine, Éditions de l’Atelier, 2006.

Denis Robert s’entretient avec Alain Deneault à l’émission Zoom arrière sur Blast, le souffle de l’info publié le 15 novembre 2024 – Durée : 1 h 26 min 56 sec

Crise d’objet en Occident

Cahiers de Psychologie politique
N° 47 | Juillet 2025
Psychologie politique de l'Intelligence Artificielle 
Par Alain Deneault
Juillet 2025

Résumé

Conférence plénière de la première journée du colloque de Bouaké de mai 2025

La perte de repères entraînée par la crise écologique et le vacillement des institutions politiques est propice à l’angoisse. Il y va d’une perte d’objet qui conduit le sujet luimême à sa perte. La « biorégion » est une notion qui peut constituer un nouvel objet apte à amener le sujet à se restructurer.

Alain Deneault est professeur de philosophie à l’Université de Moncton, auteur de L’Économie psychique (Lux, 2021) et de Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï (Lux, 2024)

Crise d’objet en Occident

Le chancellement dans lequel l’Occident se donne en spectacle depuis ce premier quart de siècle témoigne de sociétés en mal d’objets. L’objet, c’est la réalité en tant que le langage se montre apte à la nommer et les symboles à la figurer. C’est ce sur quoi l’attention de la conscience porte et qui porte à agir. C’est ce par quoi une société organise son rapport au dehors. L’objet a été au cœur du projet civilisationnel : l’Église pour les chrétiens, la raison pour les Lumières, le socialisme pour les émancipés, l’indépendance politique pour les colonisés, comptent au nombre des objets qui ont structuré les peuples. C’est un dessein.

Or, cet objet, ou ce dessein, fait aujourd’hui défaut. L’absence de repères symboliques nous le fait constater de mille manières. C’est par exemple l’anthropologue Emmanuel Todd qui qualifie de « nihilistes » les actuels États-Unis d’Amérique, et le reste de l’Occident à leur suite, du fait d’avoir perdu tout lien vif au projet libéral de type protestant qui les a animés pendant des générations. Un « état de vide » caractérise donc la politique et la culture américaines[1]. Bien avant lui, l’écrivain et cinématographe Pier Paolo Pasolini avançait le même constat quant à son Italie natale, mais en le mettant en lien avec la crise écologique sévissant déjà : la perte des lucioles observée en raison de la pollution atmosphérique et hydraulique, puis la vanité du pouvoir politique au sens d’un évidement discursif, un rabougrissement de la pensée, une dissipation des formes éthiques[2].

Militant en écologie sociale, Murray Bookchin a lui aussi diagnostiqué le rapport de nostalgie entre un passé apparaissant comme mû par « des croyances et des espoirs solides, des valeurs » et un présent étourdi par « l’ambiguïté[3] ». Pour sa part, George Marshall a dénombré les dizaines de façons que trouve la psyché de se détourner de l’inévitable catastrophe[4]. Pour Thimothy Morton, la question écologique est un « hyperobjet » qui « fait un trou dans notre esprit », parce qu’elle concerne des réalités qu’on ne peut « pas voir[5] ». Dominique Bourg croit que « la maîtrise que nous avons cru exercer sur la nature nous revient en boomerang, nous exposant à nombre d’impuissances[6] ». Le biorégionaliste Mathias Rollot s’interroge aujourd’hui en ces termes : « Comment conduire ses actions présentes, vis-à-vis d’une génération et d’un monde qui n’existent pas encore – tout cela en regard, qui plus est, de questions qui dépassent de très loin nos facultés de perception et d’imagination (l’arme nucléaire, le réchauffement climatique, l’éradication d’espèces entières, etc.) ? Une éthique du futur fondée sur l’imagination et non plus sur la perception est-elle si crédible, et si souhaitable[7] ? »… De telles citations sont désormais légion.  

Mal d’objet, donc.

Le deuil à faire porte sur objets intellectuels et politiques capables de faire le poids, même dans les périodes de turbulence historique. Un objet, c’est ce sur quoi la pensée porte, en tant qu’il structure la réflexion et l’action. Au Moyen-Âge, la chrétienté était un objet politique, comme la science s’en est révélé un également au XVIIIe siècle, ou encore le pacifisme dans les années 1920. Mais face à la catastrophe écologique annoncée, tétanisée et bousculée, la pensée politique est incapable de générer ce type d’objet. Le peuple infortuné est confronté à droite à des productions idéologiques de pacotille qui ne font pas le poids face à la situation urgentissime d’agir, comme le pitoyable développement durable, l’opportuniste capitalisme vert, la mensongère transition énergétique ou la fantasque géoingénierie. L’outrecuidance de ces propositions choque l’intelligence. Du reste, à gauche, la plupart des désignations pour se définir sont dotées de préfixes privatifs : on est anticapitaliste, anarchiste, insoumis, ou croissantiste… Toutes consistent à laisser l’adversaire définir une proposition en tant qu’on s’y oppose dans un second temps. Ces prises de position négatives alimentent à coup sûr le flou et la culture du ressentiment. Certes, il s’entend que la situation actuelle nous plonge collectivement dans un désarroi. Cet état n’est pas problématique en soi (il serait surtout inquiétant de ne pas y passer), pourvu qu’on ne s’y stationne pas, qu’on se montre capable d’en sortir. 

Réalité corollaire : nous traversons collectivement des moments inouïs. In-ouïs, jamais entendus, inédits. Il suffit d’entendre comment les instances politiques et/ou scientifiques exposent les menaces réelles qui pèsent sur la biodiversité, le climat, l’économie de la nature pour s’en convaincre. Jamais depuis des millions d’années n’a-t-on vu autant se transformer l’équilibre entre les espèces. Jamais depuis ce nombre insaisissable d’années n’en a-t-on vu s’éteindre. Jamais depuis 10 000 ans l’évolution du climat n’a été aussi rapide et radicale. Les phénomènes tels que les inondations, les ouragans et les sécheresses sont appelés à s’accentuer, car le processus de réchauffement climatique se révèle autonome et exponentiel : la fonte des glaciers a cours désormais d’elle-même puisque les surfaces réfléchissantes se réduisent, tout comme les étendues forestières, et menacent de se fissurer, laissant ainsi se libérer un méthane naturellement enfoui, un puissant gaz à effet de serre. De plus, rien n’arrête l’industrie dans son empoisonnement agrochimique des espèces.

À cela s’ajoute la raréfaction annoncée des énergies fossiles de même que des minerais censés garantir une prétendue « transition » énergétique[8]. Puis les incertitudes géopolitiques relatives aux guerres et au commerce international.

Ce caractère inédit peut aussi passer pour indicible. Comment penser encore cette conjoncture nôtre, sans précédent, sans pareil dans l’histoire, inouïe ? Est-ce que penser reste une chose possible ? Traiter d’écologie politique aujourd’hui nous place dans la position de Cassandre. Parler de ce que le siècle nous réserve se révèle très difficile. Est inouïe, ou inaudible, toute discursivité s’essayant à traiter ce qui dépasse l’entendement, à savoir un monde géophysique en mutation et un climat se transformant d’une façon jamais vue, des espèces disparaissant sous nos yeux par centaines de milliers. Il s’ensuit un système Terre se détraquant de lui-même dans des mouvements exponentiels. Cela ne s’est pas vu – les scientifiques le répètent à l’envi – sur « des millions d’années ». Or, comment penser ce qui est radicalement sans précédent depuis une aussi longue période, si on considère ce que penser veut dire? Depuis les Grecs, penser se produit par analogie, par comparaison, car oui, contrairement à l’adage populaire, comparaison est raison. Paul Veyne disait du travail d’historien qu’il ne se fait qu’à la condition de mobiliser un important bagage de références ; on s’intéresse convenablement à une situation que si on la compare avec (et non à) d’autres, c’est-à-dire en en dégageant les ressemblances et les distinctions. Pour Paul Veyne, comparaison est raison, et c’est dans un va-et-vient entre des situations occurrentes et passées qu’on arrive à se donner une conception précise de la singularité de ce qu’on traverse[9]. Il nous est ainsi donné de penser l’invasion de l’Ukraine par la Russie, un nouveau virus ou des actes génocidaires d’un pays d’occupation comme au Moyen-Orient… Nous connaissons (hélas) des précédents.

Sinon comment penser ce qui ne trouve dans le passé aucun pendant ? Rachel Carson traitait dans les années 1960 de ces insectes et de ces oiseaux qui devaient subitement s’adapter à l’épandage de 500 nouveaux produits chimiques par an ! Le temps long dans lequel ils s’inscrivent ne le permet pas, d’où leur dramatique anéantissement[10]. Maintenant, par analogie également, il en va ainsi pour nous psychiquement. Nous ne sommes pas outillés intellectuellement et psychologiquement comme collectivités pour faire face aux mutations auxquelles nous nous voyons confrontés. D’où que nous sombrions dans l’angoisse, une angoisse profonde et collective, une écoangoisse (qui se distingue de l’assez mal nommée écoanxiété). Et l’angoisse constitue une prédisposition à la recherche d’objets substitutifs (les boucs émissaires de l’extrême droite ou l’exacerbation des causes identitaires des mouvements sociétaux…).

Il est en effet très difficile de penser un monde dont les fondements les plus sûrs mutent, comme le cycle des saisons et l’état des paysages. Le réchauffement climatique et la perte de biodiversité mettent à mal l’expression Ceteris paribus sic stantibus (toute chose étant égale par ailleurs), puisque les phénomènes radicaux qui transforment la planète rendent impossible la compréhension tranquille du fameux chant du chœur d’Antigone montrant l’homme ingénieux face à une nature qui lui tient tête.

Mais comment faire le deuil de l’expression Toute chose étant égale par ailleurs, afin d’isoler des variables quant à ce sur quoi faire fond? Considérer désormais que rien n’est stable, tout bouge, tout s’altère…

Une écologie psychique de l’objet

Ces théories scientifiques – probantes et pertinentes – sur les mutations écologiques que nous suivons, ont à voir avec l’économie psychique. Les termes sont d’ailleurs communs pour désigner l’état de la physis et celui des affects. L’’ambiance et l’atmosphère désignent à la fois un état d’esprit collectif. Le terme climat nomme un moment météorologique en même temps qu’une émotion sociale éprouvée sur le plan de l’intime. L’humeur a trait à notre état moral ainsi qu’à la sécrétion d’un organisme vivant. L’environnement, qui est commun à la vie écologique et sociale, se dit, quant à sa connotation psychique, ambiance en italien. 

Même quand on ne les attend pas, les termes nous rappelant la terrible crise écologique dans laquelle nous plongeons surgissent de manière annonciatrice dans des textes psychanalytiques.

En ce qui concerne la perte d’objet, le psychanalyste Serge Leclaire, qui s’y est penché, présente les éléments symboliques de la culture tenant lieu de l’objet de désir comme des « espèces », c’est-à-dire des signes, des « lettres » qui se dissocient de l’objet qu’ils médiatisent, ne collent jamais comme tel sur lui. « Par espèce, il faut entendre en l’occurrence l’apparence aussi bien que la catégorie des divers “cache-fantômes” que sont tous les tenant-lieu d’objet[11]. » Comme la chose même en philosophie, l’objet ultime se dérobe toujours. Jacques Derrida écrirait que la manifestation de son essence diffère[12]. En principe, l’espèce joue un double rôle : elle permet de ressaisir l’objet à travers des ersatz, en tant qu’il nous échappe, en même temps qu’il se signale nettement comme ersatz, et trahit donc n’être qu’une codification distante et partielle de la chose insaisissable. Or, à l’ère de l’inouï, les « espèces » qui sont les signes des objets de la nature, insaisissables par essence, sont précisément des « espèces en voie de disparition », des signes de ce qui ne renverra plus à rien en ce qui concerne des centaines de milliers d’entre elles, au point de perturber fondamentalement l’ordre censé les faire tenir dans une vaste économie de la nature. C’est dramatiquement commencé.

Il devient littéral et fatal que les objets désirés, voire requis, viennent à manquer. C’est inscrit dans le destin des pulsions. Objet d’amour, objet d’identification, objet pulsionnel… L’objet, c’est ce qu’investit une pulsion pour se dépenser ; c’est ce par quoi une émotion, une idée, une gestuelle se manifestent dans le monde. C’est le moyen même de l’expression et le signe d’un long devenir adulte : l’investissement d’objet marque le moment où le sujet développe un arsenal pulsionnel qui excède son seul rapport narcissique. Naissent alors comme principe de vie les pulsions sexuelles, qui se détachent du Moi « dans la découverte de l’objet », dixit Sigmund Freud[13]. Pour le fondateur de la psychanalyse, cette découverte de l’objet fait advenir le sujet parmi les éléments du monde extérieur, tout en liant ce dernier à ses instincts de survie.

Serge Leclaire reprend alors le terme symbolique de « castration » pour faire comprendre le sentiment de désemparement qui gagne le sujet incapable de dire convenablement l’ordre des choses, et de lui correspondre[14]. Nous y sommes plus que jamais, à l’ère inouïe de l’effondrement du Système Terre. Au moment où vacillent dramatiquement l’ordre social et les organisations industrielles qui l’ont saccagé, nos modalités de vie s’annoncent précaires. L’objet qui nous manque est l’objectivation même du monde dont notre survie dépend. Ce n’est plus d’un objet de désir qu’on est séparé, mais du tout de l’objectivité qui permet au sujet de se maintenir dans l’existence. Un ordonnancement planétaire s’effondre. On se le répète de manière aussi vaine que lancinante :  est remise en cause la possibilité même pour le sujet, d’être. Psychiquement, la difficulté est immense. La psyché se débat contre le caractère irréversible de cet aveu. En roue libre, voici le réel qui prolifère tel un cancer en soi comme dans le monde. Aucun objet de la pensée ne peut contenir cet effet de sidération. L’objet est de moins en moins rattaché à une articulation littérale. Dans le délire du capitalisme exacerbé et le fanatisme des logiques marchandes s’ensuivent des passages à l’acte collectifs qui ne ressemblent à rien. Tant qu’on peut participer au PIB, l’honneur est sauf. On sauve la face au tiroir-caisse. Shopping is cheaper than a therapy, clame un slogan ricochant dans la ville comme un acte de déni désespéré. C’est le langage en même temps que l’objet qui se dérobe. Le signe linguistique, qui s’essayait à rapiécer le réel à force de répétitions, se détache d’innommables phénomènes absurdes, à un point tel qu’il se décompose lui aussi comme une énergie non liée dans les méandres de l’entropie. Pollution psychique. Ne se substituant plus de manière convaincante au réel, le signe n’a pas non plus de prise sur l’énergie pulsionnelle. La psyché se dresse contre ce clivage et cherche désespérément des accommodements, quelque deus ex machina faisant que les choses s’arrangent.

Le sujet démuni devant une perspective aussi catastrophiste, revenant au stade du nourrisson qui croit faire un avec le monde, et au stade anal qui consiste à tout retenir et maîtriser, se bercera de l’illusion d’une villa entourée de serviteurs sur l’île déserte qu’il a déjà achetée, s’il est très riche, quand il ne s’agira pas de délirants voyages sur Mars. S’il est pauvre, c’est à des projets survivalistes qu’il s’attellera, comme si un retour à soi garantissait la promesse d’une solution à long terme. Dans tous les cas, l’instinct de conservation du Moi s’alliera au fantasme de ne plus dépendre de personne, voire de rien. Pour ne devenir plus rien lui-même qu’une image dans laquelle on se mire.  Or, « la régression narcissique est préambivalente[15] ». Bientôt, ça craquera de partout. Et le malaise, qui en deviendra contagieux, se généralisera.

Une béance. S’ouvre comme telle la question de l’objet. Un « objet », son « objectivité », normalement, c’est la réalité en tant que le langage se montre apte à la nommer et les symboles à la figurer. Revenir à ce sur quoi l’attention de la conscience porte, pour organiser son rapport au-dehors. Voilà qu’il n’y en a plus, plus de sûr. L’objet se retourne contre lui-même pour nous dire sa dénaturation. À ce moment-ci, l’angoisse du vide échappe jusqu’au romantisme ; ce n’est pas fixer le soleil et jouir de sa bravoure. Beaucoup plus pondérée, sobre même, la scène contemporaine. Inquiétante. Être en lien avec rien qui ne se nomme. Rien qui ne s’ajuste au langage, qui ne se rafistole, qui ne s’accommode, qui ne s’adapte au mensonge journalier. Le temps s’épaissit. Tout y glisse. Il se retourne contre nous. Le compte à rebours nous ronge à petites dents. Je suis le réel en tant qu’il prend fin, nous disent ses traductions les plus circonstanciées. C’est, à l’état vif, la « castration » dont la psychanalyse traitait jadis, mais à une échelle historique. Pour le lacanien Serge Leclaire, le phénomène ne se fait comprendre que « par son résultat », l’incapacité à dire convenablement l’ordre des choses[16]. Plus que jamais. La psyché se débat contre le caractère irréversible de cet aveu. C’est le langage en même temps que l’objet qui se dérobe. Le signe linguistique qui en venait à rapiécer le réel à force de répétition se détache d’innommables phénomènes à un point tel qu’il en trahit son rapport inadéquat à l’objectivité. Ne se substituant plus de manière convaincante au réel, le signe n’a non plus de prise sur l’énergie pulsionnelle. La psyché qui se dresse contre ce clivage cherche désespérément des accommodements, quelque deus ex machina faisant que les choses s’arrangent. À l’ère inouïe de l’effondrement du Système Terre et des organisations industrielles qui en dépendent, la difficulté est immense. Ce n’est plus d’un objet de désir qu’on est séparé, mais de la possibilité même pour le sujet d’être. Voici le réel qui prolifère en roue libre, en soi comme dans le monde, n’ayant plus rien à dire. L’objet est de moins en moins rattaché à une articulation littérale. Dans le délire du libéralisme exacerbé ou le fanatisme des logiques capitalistes de marché, s’ensuivent des passages à l’acte collectifs qui ne ressemblent à rien.

Dans d’autres écoles de pensée, la psychanalyse entretient aussi avec le langage un rapport qui résonne étrangement avec celui de la critique écologiste. Ainsi, lorsque D. H. Winnicott traite de la crainte de « l’effondrement » chez ses patients, en lien avec un « environnement » permettant mal au sujet de se donner des objets adéquats, il présente comme le pire des contextes un « environnement » n’étant pas seulement déficient, mais « hors de portée – supplice de Tantale qui est sans doute le pire de ce qui peut arriver[17] ». Ici, le psychanalyste traite-t-il de dépression nerveuse dans l’évolution du sujet, ou du rapport de sujets désemparés face à l’effondrement pronostiqué du système Terre[18] ? Et dans la seconde perspective, ne change-t-on pas d’échelle et de portée de façon à faire muter le discours ?

Le nôtre, c’est un climat hostile. En l’état, il est désormais inouï, ne correspond à rien, ne se raconte pas.  Depuis des millions d’années, du jamais vu, de tels bouleversements. Il nous échappe, nous hante, nous trouble, nous effraie. On ne parle que de lui ne sachant plus le stabiliser. Ça chauffe.

Pour surmonter l’angoisse, la biorégion

Un rapport collectivement inadéquat à un objet provoque de graves psychopathologies collectives. La psychanalyse est née dans un univers où domine la névrose. Les figures autorisées, voire autoritaires, structurent verticalement l’ordre symbolique. C’est le règne des généraux, des prêtres de tout genre, des proviseurs, des rois, kaisers et présidents. Ce qu’écrit Nina Berberova quant à sa Petersburg natale vaut pour la Vienne de Sigmund Freud : « Le plus important était de paraître. On se servait d’un certain ton de voix avec les enfants, d’un autre avec les serviteurs, d’un troisième avec les invités, d’un quatrième avec l’homme à qui on plaisait. Les femmes de cette époque, théoriquement préparées à leurs rôles d’épouses et de mères, ne vivaient que pour réprimer et dissimuler ce qu’il y avait d’authentique en elles qui finissait par dépérir, écrasé par les contraintes sociales[19]. » Ce que vivaient les femmes à la maison, soumises au patriarcat, était l’ultime acte de répression, dans un effet domino, que subissaient les hommes à l’usine, la caserne, le bureau ou le grand magasin.

Cent ans d’événements sociaux, politiques et moraux ont fait traverser à l’Occident des moments collectifs en ce qui concerne la vie psychique. La psychose domina lors de deux guerres mondiales, concomitantes aux cohortes de traumatisés qu’elles provoquèrent, et ce, avant les années libidinales du deuxième tiers du xxe siècle cherchant à les racheter, en passant par le tournant du xxie siècle marqué par la désillusion et la perversion ordinaire, jusqu’à aujourd’hui, ère de l’inouï où dominent sur nos esprits le spectre du dérèglement climatique et la perte de biodiversité, accompagnés d’un fort parfum de nihilisme politique.

En notre époque, nous retrouvons le cocktail parfait pour que s’installe l’angoisse comme modalité psychique tendancielle et commune. L’angoisse désigne l’épreuve d’affects insistants, déstabilisants et troublants qui ne s’accompagnent d’aucune cause, image ou représentation précises. Contrairement à l’anxiété qui explique un malaise par le surinvestissement d’un objet (réel ou fictif), l’angoisse exprime la souffrance de qui n’en a guère.

Comment se donner des objets dignes de la période historique dans laquelle nous nous immergeons quand rien n’est égal par ailleurs? Tous les paramètres, même ceux qu’on jugeait les plus stables, se transforment de manière préoccupante. Quel « gai savoir » se donner afin de produire des objets qui nous portent?  Le philosophe Baptise Morizot y parvient. Il crée des objets adéquats, comme celui de chimère – un nom adapté aux mondes qui se profilent dans des croisements jadis invraisemblables[20]. Mais c’est aussi le nom de structures politiques qu’il faudra apprendre à inventer, de nouveaux desseins nous permettant d’être en phase avec la nouvelle conjoncture, à l’ère de l’inouï. La biorégion est une notion qui répond bien à ce qui nous attend. Elle est impérative, c’est-à-dire que la géopolitique en ce siècle se contractera par la force des choses, en passant de la mondialisation industrielle et commerciale à l’autonomie régionale. C’est déjà commencé : les conséquences dramatiques des bouleversements climatiques et de la perte de biodiversité (inondations, ouragans, incendies de forêt, canicules meurtrières, perturbation dans le règne animal, migration de réfugiés environnementaux, épidémies…) ainsi que les bris d’approvisionnement occasionnés par l’insécurité énergétique et la pénurie inévitable de minerais entraîneront un isolement structurel des communautés, lesquelles devront réapprendre à vivre de manière relativement autonome, avec elles-mêmes. Dans ce cadre, la biorégion consiste en une approche géopolitique selon laquelle le préfixe géo- est aussi important que le radical politique : la politique ne s’y conçoit plus contre et sur le territoire, mais en lui, prise dans ses synergies, en fonction des espèces qui l’habitent et de l’économie de la nature qui s’y organise. Cette échelle supposera de la créativité politique et celle-ci s’observera d’autant plus qu’elle se révélera nécessaire.

Pour l’aborder, non pas partir du concept de biorégion, mais de l’histoire qui nous y conduit inexorablement[21]. Plutôt qu’une vague utopie ou une option de plus offerte à la carte du restaurant électoral, voir en la « biorégion » le nom d’une réponse à donner à une situation impérative, source historique d’angoisse : la contraction annoncée de la géopolitique de la mondialisation à la région.

Comme à Mayotte, comme à Valence, comme en Nouvelle-Orléans, Clova au Québec ou Lytton dans l’Ouest canadien, des communautés entières secouées par des déluges ou des incendies de forêt sont appelées à redécouvrir crûment deux vérités anthropologiques : elles dépendent en dernière instance d’elles-mêmes, de leur entregent, de leur sens de la solidarité. Puis, elles se découvrent redevables du territoire qu’elles foulent, de ses sols, de son air, de ses eaux. « Vous nous avez abandonnés », clame-t-on de part et d’autre. Pour se résigner : c’est aussi à partir de cette échelle qu’on organisera désormais la politique. Et cette nouvelle approche appelle des concepts politiques adéquats.  

En tant que concept, la « biorégion » a aujourd’hui cinquante ans. Allen van Newkirk lui donnait son acte de naissance en le proposant dans un court texte de la revue Environnemental Conservation à l’été 1975. Depuis le repaire historique du mouvement coopératif en Amérique, à Heatherton dans la région d’Antigonish (Nouvelle-Écosse, partie atlantique du Canada), cet artiste d’origine états-unienne devenu militant écologiste cherchait à fonder une géopolitique tout autre, dans laquelle le préfixe géo– serait aussi déterminant que la racine politique[22]. Il ne s’agissait plus de faire de la politique sur le territoire, en fonction de son exploitation et dès lors contre lui, mais d’intégrer radicalement la politique aux dynamiques territoriales elles-mêmes.

Partant de la notion de région biotique, non loin des mouvements de retour à la terre ou du municipalisme libertaire, sans s’y restreindre, il perçoit d’abord la biorégion en fonction de sa portée biologique. Autrement dit, la politique ne s’imprime plus sur le territoire à la manière d’espaces qu’il faut rendre conformes aux cartes et aux intérêts dictés par l’exploitation industrielle et commerciale, mais elle s’intègre aux réalités biologiques et territoriales d’un lieu. La flore, la faune, les sols, les eaux, le climat, les bassins versants… sont ce à partir de quoi les citoyens d’un espace politique savent amorcer leurs pratiques. La signification du lieu commence par l’histoire, pas seulement celle, sociale, des sciences humaines, mais l’histoire même qui a rendu possible la gestation millénaire du lieu qu’on occupe. Comprendre ce qu’il en a fallu de contributions de la part des insectes, des oiseaux, des grands mammifères, y compris des humains, pour qu’un lieu perdure comme il est, le cas échéant où il ne faudrait pas chercher à tenter de le restaurer, afin d’envisager la façon de s’y fondre pour les temps à venir.

Science, culture et politique

Cela implique une approche à la fois interdisciplinaire et, à ce titre, égalitaire. Aucune discipline, c’est-à-dire pas plus les sciences exactes que les autres, contrairement avec ce qui se produit maintenant au titre du discours écologique, n’occupe de fonction hégémonique. Certes, la modélisation, la biologie, l’océanographie et la climatologie sont prisées, tout comme le devient également la sapience, c’est-à-dire les savoirs populaires accumulés indépendamment des titres de diplôme. L’historien des sciences Dominique Pestre invite ses collègues scientifiques à « apprendre à faire confiance aux solutions que le social invente[23] ». Il se peut que ceux-là mêmes qui dépendent du territoire sachent en défendre les modalités agricoles et les normes escomptées, surtout dans un contexte où il s’agit d’en vivre plutôt que de les exploiter aux fins de pratiques commerciales coloniales. 

À cela s’ajoute la culture, la littérature et les arts : se redonner de nouveaux récits, s’expliquer par la fiction des situations semblables à la sienne pour suppléer l’absence de référence historiographique relative à la période inouïe qu’on traverse, réorganiser la façon de découper le réel. Un exemple dans le domaine du land art, les œuvres d’Andy Goldsworthy. En traçant des lignes dans l’espace à partir d’éléments qu’il y trouve (brindilles, feuilles, pierres…), il nous persuade de la pertinence d’une autre forme de tracé dans l’espace, non plus celui des frontières qui consiste pour le plus fort à circonscrire un lieu pour clamer que ce qui s’y trouve lui appartient, mais celui qui marque à l’intérieur d’un cadre symbiotique déterminé par lui-même (on sait, en suivant ses dynamiques, quand un lieu s’arrête et cède à un autre) quel en est l’axe de vie, la ligne symbiotique, exemplairement une rivière ou une bande cultivable…

Enfin, la politique. La biorégion ne se « développera » pas parce qu’on la désire, vote pour elle ou la choisit. Elle s’imposera, là où une avant-garde en aura prédit la nécessité, dans des contextes historiques de bris, de drames ou de crises où on se découvrira dépendant que de soi-même. Dans de tels désarrois, des petits-chefs vociféreront pour ameuter une catégorie de soumis face aux autres à qui ils déclareront la guerre. Les plus fins opteront pour l’entraide. Ils trouveront à fonder des communs autour d’éléments (fours à pain, terres arables, caveaux, compétences diverses…) favorisant le rapport de la communauté aux épreuves, urgences et aspirations qui deviendront les siennes. De nouvelles organisations politiques – à partir de ce que les « zones à défendre » (Zad), collectifs, associations et coopératives génèrent déjà – prendront le pas pour être à la hauteur du changement de paradigme s’imposant en ce siècle. 

En cela, la biorégion ne procède pas d’un parfait renversement. Ce n’est pas tout à fait une révolution, si elle n’est pas de celles qui s’accomplissent par « la force des choses », comme l’écrivait Hannah Arendt. Il n’y va pas seulement de délibération et de volonté. Elle peut encore cohabiter dans le mille-feuille institutionnel avec les différents pouvoirs institués, ceux qui, impuissants, en ont déjà plein les bras avec les mutations historiques du siècle et se retournent parfois contre les communautés pour les coloniser à nouveau. Elle n’est pas passéiste au sens où des architectes imaginent par quelles nouvelles techniques habiter grâce à des matériaux environnants et recyclables, et où des permaculteurs conçoivent des formes adaptées d’agriculture sans recourir aux laborieuses méthodes des anciens. Elle est universelle au sens où elle croit que l’Afrique peut venir au secours de l’Occident[24], et lui permettre de partager des expériences agricoles et sociales provenant d’un monde qui a pu se passer d’un capitalisme aujourd’hui vacillant, tout comme les peuples premiers des Amériques. 

La biorégion est surtout un concept vitaliste et affirmatif qui permet de surmonter l’angoisse occasionnée par les discours accablants de l’époque, pour avancer, à tâtons, frayant un chemin vers ce qui s’impose comme nécessaire.


[1] Emmanuel Todd, La Défaite de l’Occident, Paris, Gallimard, 2024, p. 245.

[2] Pier Paolo Pasolini, « L’article des lucioles », dans Écrits corsaires, Paris, Flammarion, coll. « Champs Arts », 2018 [1er février 1975].

[3] Murray Bookchin, Une société à refaire. Vers une écologie de la liberté, Montréal, Écosociété, coll. « Retrouvailles », 2010 [1990], p. 38.

[4] George Marshall

[5] Timothy Morton, La Pensée écologique, Paris, Zulma, coll. « Zulma essais », 2019 [2010], p. 164 et 214.

[6] Dominique Bourg, Une Nouvelle Terre, Paris, Desclée de Brouwer, 2018, p. 11.

[7] Mathias Rollot, Les Territoires du vivant. Un manifeste biorégionaliste, Marseille, Wildproject, coll. « Le Monde qui vient », 2023 [2018], p. 83.

[8] Matthieu Auzanneau, Pétrole. Le déclin est proche, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Reporterre », 2022 ; Guillaume Pitron, La Guerre des métaux rares. La face cachée de la transition énergétique et numérique, Paris, Les Liens qui libèrent / Acte Sud, 2019, et Jean-Baptiste Fressoz, Sans transition : une nouvelle histoire de l’énergie, Paris, Seuil, coll. « Écocène », 2024. 

[9] Paul Veyne, Comment on écrit l’histoire, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points Histoire », 1971, et Veyne, Les Grecs ont-ils cru en leur mythe ?, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points Essais », 1983.

[10] Rachel Carson, Printemps silencieux, Paris, Wildproject, 2014 [1962]. 

[11] Serge Leclaire, Démasquer le réel. Un essai sur l’objet en psychanalyse, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Le champ freudien », 1971, p. 77.

[12] Jacques Derrida, « La différance », dans Marges. De la philosophie, Paris, Éditions de Minuit, coll. « Critique »,1972.

[13] Sigmund Freud, « Pulsions et destin des pulsions », dans Métapsychologie, Paris, Gallimard, coll. : « Folio Essais », 1968 [1915], p. 24.

[14] Serge Leclaire, Démasquer le réel. Un essai sur l’objet en psychanalyse, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Le champ freudien », 1971, p. 52.

[15] Béla Grunberger, Le Narcissisme. Essais de psychanalyse, Paris, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 1993 [1971], p. 118.

[16] Serge Leclaire, Démasquer le réel. Un essai sur l’objet en psychanalyse, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Le champ freudien », 1971, p. 48-53.

[17] D. H. Winnicott, « La crainte de l’effondrement », dans La Crainte de l’effondrement et autressituations cliniques, Paris, Gallimard, coll. « Connaissances de l’inconscient », p. 206 à 209.

[18] Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes, Paris, Seuil, coll. « Anthropocène », 2015.

[19] Nina Berberova, C’est moi qui souligne, autobiographie, Arles, Actes Sud, 1989, p. 65.

[20] Baptiste Morizot, L’Inexploré, Paris, Wildproject, 2023.

[21] Nous reprenons ici des propositions soutenues dans notre Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï, Montréal, Lux, 2024, et quelques écrits afférents. 

[22] Allen van Newkirk, « Bioregions: Towards Bioregional Strategy for Human Cultures », Environmental Conservation, no 2, vol. 2, Été 1975, p. 108. Lire aussi Mathias Rollot et Marin Schaffner, Qu’est-ce qu’une biorégion ?, Marseille, Wildproject, 2021.

[23] Dominique Pestre, À Contre-science. Politiques et savoirs des sociétés contemporaines, Paris, Seuil, coll. « La couleur des idées, 2013, p. 84.

[24] Selon le beau titre du livre d’ Anne-Cécile Robert, L’Afrique au secours de l’Occident, Ivry-sur-Seine, Éditions de l’Atelier, 2006.


Édition électronique :
URL : https://cpp.numerev.com/articles/revue-47/4018-crise-d-objet-en-occident
ISSN : 1776-274X
Date de publication : 31/07/2025

* Cette publication est sous licence CC-BY-NC-ND (Creative Commons 2.0 – Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification).


L’économie esthétique – Feuilleton théorique III

Parce qu’on la redoute, la décroissance s’imposera par la force des choses

Élucid

Par Alain Deneault
24 juillet 2025

La journée du 24 juillet marque le « Jour du dépassement », selon le collectif international Global Footprint Network. C’est-à-dire qu’en raison de nos modes de production dominés par l’idéologie extractiviste, productiviste, consumériste et capitaliste, nous avons épuisé ce que la planète est à même de générer sans se trouver hypothéquée.

Cette donnée concerne différents enjeux : les étendues forestières, des terres arables et du pâturage, l’empreinte carbone, l’étalement urbain et l’intensité des pêches. Elle va de pair avec la théorie des limites planétaires établie par le Stockholm Resilience Centre. Elle concerne neuf domaines essentiels à l’équilibre planétaire : les bouleversements climatiques, l’extinction massive des espèces, la perte d’azote et de phosphore dans les sols, la réduction des terres arables, l’acidification des océans, l’épuisement de l’eau douce, l’appauvrissement de la couche d’ozone, le taux de polluants chimiques et l’augmentation des aérosols dans l’atmosphère.

Huit de ces domaines font l’objet d’approches commensurables et six sont entrés dans un état critique. Les conditions ne sont plus réunies pour qu’ils continuent d’exister de manière stable et durable : on dit alors que les seuils de détérioration ont déjà été franchis.

À partir de maintenant, selon ces travaux de synthèse, tout ce que nous prélèverons des territoires, des eaux, de la flore et de la faune, et tout ce que nous produirons comme déchets mettront à mal dans son essence et à sa source la capacité de ces biens à se régénérer. Ce n’est pas rien. C’est même majeur. Pis, c’est inouï. Jamais depuis des milliers d’années n’a-t-on vu notre habitat de référence être aussi profondément perturbé, lui sur lequel on faisait jadis fond à la manière d’un garant stable et universel. C’est la fin de la fameuse locution latine Ceteris paribus sic stantibus : désormais plus rien n’est égal par ailleurs. Tout bouge. Tout s’altère.

La tendance est tellement lourde que le Global Footprint Network a dû devancer à deux reprises l’établissement de la date, tellement la situation s’aggrave à vue d’œil. Le seuil était fixé au départ au 13 août, puis au 9 du même mois.

Le collectif de scientifiques soutenu par des organisations écologistes ventile ses données et établit des dates selon les pays. Si tous les pays de la planète se comportaient de la même manière qu’on le fait en France ou au Canada par exemple, au prorata de leur importance, le « Jour du dépassement » serait déjà survenu, respectivement le 19 avril et le 26 mars de cette année. C’est donc dire que dans les premiers moments du printemps, ces deux pays ont déjà épuisé leur dû et vivent écologiquement à crédit, au-delà de ces dates.

Que faire ? Faire autrement. La logique qui s’impose ne suppose pas seulement de simplement échelonner sur douze mois tout ce qu’on a consommé en une quinzaine de semaines. Les mathématiques ici ne sont d’aucune pertinence. Il s’agit d’abord de mettre en pratique des modes de partage relevant de profonds changements de mœurs en ce qui concerne la propriété privée d’instruments à moteur, de véhicules et d’infrastructures. Ces données impliquent, dans un deuxième temps, de revoir les pratiques alimentaires (ampleur du régime alimentaire à base de viande ou de dérivés animaux) et les modes de production en architecture.

En tous les cas, la question de la décroissance pèse désormais sur les consciences au point de faire pression sur elles. Comme l’écrit le sociologue Yves-Marie Abraham, spécialiste de ce champ, « la question est de savoir si cette décroissance sera subie, conséquence brutale et incontrôlable du dépassement des limites biophysiques de la planète, ou si elle sera choisie et assumée collectivement, dans le but d’éviter aux humains, en particulier aux plus démunis d’entre eux, les effets désastreux d’un tel dépassement » (NCS, automne 2015). Il le réitérait dans Guérir du mal de l’infini (Écosociété, 2019) :

« Si nous voulons vraiment cesser d’aggraver la catastrophe écologique, pour éviter entre autres d’avoir à subir à court ou moyen terme une forme de décroissance subie et sauvage, conséquence du dépassement des limites biophysiques planétaires, la seule solution est de produire moins qu’on ne le fait aujourd’hui. »

L’heure est venue de prendre au sérieux la nécessité de ce « Si », de cesser d’en faire un évident repoussoir. Empressés, nous tendons à rompre avec le déchaînement productiviste pour adopter dès maintenant des pratiques visant à entrer en symbiose avec le vivant et à composer avec un territoire sans le maltraiter. La décroissance, en ce sens restreint, concerne un projet sciemment voulu.

Reste l’autre terme. La décroissance, à un degré ou à un autre, se révélera, oui, « subie » et parfois subite pour d’autres catégories de gens. Soit ils plieront à son caractère impératif étant donné l’évolution d’indicateurs de marché, soit ils ne céderont qu’au jour de la sauvagerie annoncée.

En suivant le dégradé, on constate que, sur un point ou un autre, c’est la contrainte objective qui ramène les sujets à la raison. La question énergétique se pose de manière particulièrement emblématique. Lorsque le prix de l’essence à la pompe augmente, on découvre les vertus du covoiturage et on aspire au transport en commun. Lorsque le prix des voitures augmente, le public entretient davantage celles dont il dispose.

À ce stade, le parti pris relativement décroissantiste peut provenir de milieux dont on ne l’attendait pas. Même un capitaliste comme Pierre Fitzgibbon, un temps ministre au Québec de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, a préconisé la limitation de la production de voitures, au vu de l’enjeu climatique (« Il faut réduire le parc automobile, réitère Fitzgibbon », Le Devoir, 16 août 2023). On pourrait ajouter la question des minerais, limités en quantités et polluant à extraire. Pour sa part, le Forum économique mondial, célèbre pour la rencontre annuelle qu’il organise à Davos, préconise une réduction du nombre de voitures à 75 %. Dans cet esprit, la République française a par exemple interdit la publicité visant à stimuler la consommation d’énergie.

Mais c’est trop peu, trop tard. On le découvre en éprouvant désormais les contrecoups de décennies de négligences, lesquels se manifestent sous le jour de pluies de verglas, de sécheresses et d’érosion. Chaque année, dans l’Ouest nord-américain, des milliers de réfugiés doivent quitter leur maison en catastrophe. Conséquence directe, la vallée de l’Outaouais est devenue la région la plus polluée du monde le temps du 6 juin dernier, des conséquences d’incendies de forêt qui se produisaient à plus de 700 km de chez elle. Quelques jours auparavant en Suisse, le glacier du Birch s’est effondré sur le village de Blatten et l’a détruit. D’anormales inondations emportaient ces jours-là des véhicules dans les vagues en Afrique du Sud…

Pourquoi en arrive-t-on maintenant à ce jour de l’excès, sans avoir été capable de le repousser au moins au 31 décembre ? Parce que, précisément, à ne pas désirer la décroissance, on en est arrivé à devoir l’apprendre à la dure. Décroître, alors, il le faut dans sa chair. Comme on frappe un mur, le terme perd toute ambiguïté.

Ce n’est plus l’invocation anticapitaliste cherchant à résister à l’ordre conduit par la soif goulue de bénéfices et de dividendes. Ce n’est plus la décapitation fantasmée d’un régime de capitalisation qui légitime les seules actions concourant à son augmentation. Ce n’est plus un changement de mœurs escompté on ne sait comment, amenant la multitude à tourner le dos à l’offre manipulatrice des neurologues de la consommation, des psychologues du marketing, des sémiologues de la réclame, ces traîtres ! Foin de ces subtilités de langage !

Aucun mouvement de foule ne désire ni ne planifie la décroissance. Pour ceux qui en ont peur, elle a l’écho du gargouillement ; la peau se fait grise, la lèvre inférieure tremble et le regard devient torve. Nous régressons au statut de morts-vivants. Ils craignent alors le pullulement des jevousl’avaisbiendistes. Parce qu’on la redoute, la décroissance s’imposera par la force des choses, dans sa chair, et se manifestera donc exactement comme on l’appréhende, douloureuse, entravante, physique, d’où qu’elle ne passe point pour désirable…

Hélas, tous ces événements ne constituent toujours pas de « preuves » suffisantes pour susciter le réveil immédiat du plus grand nombre. Il lui faudra frapper un mur pour que la décroissance fasse l’objet de considérations. Dans sa candeur idéologique, l’agitateur public québécois Richard Martineau l’avait vitupérée pendant la période marquée par la Covid. Alors que les boutiques et restaurants devaient fermer et que d’aucuns angoissaient quant à leur sort, il savourait en mordant bien dans tous ses mots :

« Trouvez-vous ça cool, la décroissance ? Est-ce que c’est l’fun la décroissance, hein ? De moins en moins de gens qui consomment, de plus en plus de gens qui perdent leur job, la bourse qui s’affole, les gens qui perdent leurs économies… Est-ce que vous trouvez ça tripant la décroissance ? » (Propos reproduit dans « Le Bêtisier 2020 » de Olivier Niquet à Radio-Canada, 1er janvier 2021.)

Pour des gens qu’on a amenés à s’identifier à ce point au délire consumériste d’une croissance infinie dans un monde fini, nécessité fera loi. Il s’agit encore, en termes de comportements sociaux, culturels et pratiques, d’une immense majorité. L’atavisme de la consommation est tout simplement trop grand.

Une industrie du marketing a su, depuis son invention, dit alors la « propagande », par Edward Bernays, neveu du psychanalyste Sigmund Freud, coloniser le désir, en encoder par la production marchande les signes et symboles par lesquels il se manifeste à la conscience. À la fin du dernier siècle, Doris-Louise Haineault a étudié comment la symbolique publicitaire contamine le siège du désir et, plus récemment, Michel Desmurget, spécialiste des neurosciences, a exploré les ravages que produisent les « médias sociaux » sur l’activité cérébrale dans La Fabrique du crétin digital (Seuil, 2019).

Tôt ou tard, maintenant pour les gens avertis et plus tard pour ceux qu’elle traumatisera, la décroissance marquera l’impératif à partir duquel il convient de penser tout autrement la définition du rapport au territoire. Parce qu’on ne convient plus du fait que l’aliment qu’on mange ou le moindre objet qu’on achète ait parcouru en moyenne plusieurs milliers de kilomètres, force sera de réorganiser la production dans un rayon de vie régional. Cela se fera conséquemment en lien avec le territoire qu’on habite et la communauté dont on dépend en dernière instance.

Les catastrophes et tragédies qu’annoncent des décennies d’irresponsables démesures entraîneront trop souvent un sentiment d’abandon parmi les différentes communautés, comme à Clova, à Valence ou à Mayotte, ces dernières années éprouvées par des incendies de forêt, des pluies diluviennes ou des cyclones. On se découvre à ce moment-là en situation de déréliction, on comprend à la dure le discours, les pratiques et les engagements de celles et ceux qui ont déjà pris le parti de la décroissance.

« Biorégion », concept fondé il y a exactement cinquante ans par Allen Van Newkirk, en Nouvelle-Écosse en bordure de l’Atlantique, devient alors le nom de cet ensemble symbiotique où l’on entreprend de vivre en rapport étroit avec le territoire dont on apprend, par la force des choses, à respecter les modalités d’existence et une communauté qui n’a plus rien de virtuel.

La jeunesse entendue

Le Devoir 
(Section Opinion)
Par Samir Shaheen-Hussain
28 juillet 2025

Mon cher neveu, je t’écris aujourd’hui après avoir appris que le 24 juillet a marqué cette année le « jour du dépassement », selon le collectif international Global Footprint Network. Dans un texte d’Alain Deneault paru dans Le Devoir, l’auteur et professeur de philosophie nous explique l’importance de cette journée : « en raison de nos modes de production dominés par l’idéologie extractiviste, productiviste, consumériste et capitaliste, nous avons épuisé ce que la planète est à même de générer sans se trouver hypothéquée ».

Cette journée macabre m’a fait penser à notre échange lors de ta dernière visite. Le 6 juin, alors que je vous disais, à toi et ton frère cadet, que Montréal se retrouvait au palmarès des métropoles les plus polluées du monde à cause des incendies de forêt dans les Prairies, tu m’as fait part, avec une franchise désarmante, de ton désespoir face au fait que les feux de forêt sont devenus le « nouveau normal » pour beaucoup de jeunes de ta génération partout dans le monde.

Ta confidence m’en a rappelé une autre, faite en 2015. Alors qu’elle n’avait que sept ans et apprenant l’existence de la sixième extinction (à la suite d’une recherche qui venait d’être publiée dans la revue Science Advances et faisait les manchettes), ta cousine, qui a le même âge que toi, faisait ce constat accablant : « les humains sont la pire [espèce] ». Certes, ce n’est pas toute l’espèce humaine qui est responsable de « l’idéologie extractiviste, productiviste, consumériste et capitaliste » (à laquelle j’ajouterai « coloniale et impérialiste »), mais bien une minorité qui détient le pouvoir et en tire profit.

Je dois avouer que vos constats lucides (et crève-cœur) me laissent souvent bouche bée. À l’époque, je n’avais pas su répondre à ta cousine pour la rassurer. Dix ans plus tard, la crise climatique s’imbriquant dans des crises géopolitiques et économiques marquées par la montée des autoritarismes et des fascismes, je ne sais toujours pas comment te répondre pour te rassurer.

En plus des ravages de la crise climatique, nous vivons un moment dans lequel des dizaines de millions de jeunes sont privés d’école à cause des conflits armés. Un moment où l’UNICEF a reconnu que nous avons échoué collectivement à protéger les enfants des horreurs de la guerre. Un moment où, selon le plus récent rapport de la rapporteuse spéciale de l’ONU, nos gouvernements respectifs, les États-Unis et le Canada, risquent d’être jugés complices de ce qu’elle qualifie sans détour comme un génocide perpétré par le gouvernement d’Israël contre le peuple palestinien alors qu’une famine de masse se propage à Gaza.

J’ai récemment écrit dans ces pages que « résister collectivement aux forces fascistes apocalyptiques qui prônent la destruction et la mort nous permettra de créer de nouveaux mondes pour nous et nos enfants ». J’ai réalisé depuis que j’ai fait une erreur en formulant la phrase ainsi : le « nous » qui doit résister collectivement n’incluait pas la jeunesse.

Pourtant, lors de la première de son dernier documentaire en décembre, la réalisatrice Kim O’Bomsawin avait expliqué que « les enfants ont beaucoup de choses à dire si on prend le temps de les écouter ». Dans son lumineux Ninan Auassat. Nous, les enfants, des jeunes de différentes communautés autochtones au Québec (Attikameks, Eeyou-Cris, Innus) partagent leur sagesse en soulignant l’importance pour eux de la langue, la tradition et la culture. Que ce soient les enfants autochtones, les jeunes de la DPJ, ceux issus de l’immigration, ou les enfants trans, « il faut plus d’initiatives pour donner une voix à la jeunesse », nous rappelait en ces pages Gen Ste-Marie, de TransEstrie.

Ici, au Québec, cette jeunesse a mené des luttes phares depuis des décennies. Pensons récemment au printemps étudiant de 2012 — qui nous a montré que militer collectivement peut « contribu[er] à politiser toute une génération » et nous donner « une extraordinaire leçon de culture démocratique » — et aux mobilisations du Mouvement des jeunes pour le climat, qui a réussi à mobiliser une marche de 500 000 personnes à Montréal en 2019.

Ces mobilisations soulignent l’importance de « l’intersectionnalité des luttes » et identifient le rôle du capitalisme comme étant la « genèse » des polycrises, notamment économique et écologique, comme l’avait noté Sandrine Giérula, membre de la Coalition étudiante pour un virage environnemental et social et citée dans la bédé documentaire Quand les élèves se révoltaient, par Emanuelle Dufour et Francis Dupuis-Déri, qui racontent justement l’histoire des différentes révoltes que des millions d’élèves ont menées au fil des années et des décennies pour protester contre les injustices.

Hors du Québec, juste la semaine passée, de jeunes Autochtones du nord de l’Ontario qui se mobilisent depuis des semaines contre le projet de loi C-5 ont bravé la canicule en marchant dans les rues d’Ottawa. Kohen Chisel, 25 ans et originaire de Constance Lake, a clairement expliqué sa compréhension de la responsabilité de la jeunesse : « Nous sommes ici pour protéger nos terres, protéger les futures générations et nous assurer que nos aînés et nos ancêtres sont bien respectés. »

Plus près de chez toi, aux États-Unis, en 2024, des étudiants des campus universitaires ont érigé des campements en solidarité avec la Palestine, qui avaient inspiré des actions semblables ici. Et quand plusieurs de ces mêmes leaders étudiants, et d’autres étudiants immigrants, ont été ciblés par les politiques anti-migrants du régime Trump 2.0, la jeunesse a courageusement organisé des grèves et des manifestations pour s’opposer aux politiques violentes de détention et d’expulsion d’ICE.

La veille du « jour du dépassement », la Cour internationale de justice, la plus haute juridiction de l’ONU, a diffusé un rare avis consultatif à l’unanimité et sans précédent voulant que « les États qui violent leurs obligations climatiques commettent un acte “illicite” et pourraient se voir réclamer des réparations par les pays les plus affectés ».

Cet avis, décrit comme « révolutionnaire » par certains défenseurs du climat et de la biodiversité, est le fruit d’une initiative qui a débuté dans des salles de classe du Vanuatu en 2019, un pays de la région Pacifique qui s’est formellement libéré des colonialismes britannique et français en 1980.

Selon Vishal Prasad, directeur du groupe Pacific Islands Students Fighting Climate Change, qui a joué un rôle déterminant pour amener la cause devant la CIJ : « Pour nous, le changement climatique n’est pas une menace lointaine. Il est en train de bouleverser nos vies dès aujourd’hui. Nos îles sont en danger. Nos communautés font face à des changements perturbateurs d’une ampleur et à un rythme que les générations précédentes n’ont jamais connus ».

Un reportage du Guardian nous explique que pour les jeunes impliqués, « cette victoire n’était pas seulement politique, elle était personnelle. Et c’était historique ». Cynthia Houniuhi, une des étudiantes en droit à l’origine de la campagne juridique mondiale a déclaré : « Nous étions là. Et nous avons été entendues. »

Force est de constater, mon cher neveu, que la jeunesse engagée peut non seulement poser un regard désarmant, lucide et critique sur l’état de monde, mais aussi changer le cours de l’histoire. Je ne sais pas si nous, les adultes, sommes à l’écoute, mais si j’avais des conseils à te donner, ça serait de ne pas nous attendre.

Renforcer le pouvoir des MRC pour faire advenir les biorégions

Photo © Olivier Zuida – Le Devoir
Le Devoir 
(Section Opinion)
Par Pierre Avignon
25 juillet 2025

La lettre ouverte d’Alain Deneault publiée dans Le Devoir du 24 juillet nous offrait un réveil estival réaliste, mais difficile : « La journée du 24 juillet marque le “jour du dépassement” », nous rappelait l’auteur de Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï.

Au-delà des critiques largement justifiées de notre système consumériste qui vise la croissance infinie dans un monde fini, le professeur de l’Université de Moncton conclut son texte sur une piste d’action dont on entend de plus en plus souvent parler, le développement de biorégions. Il s’agirait, pour faire face à la crise climatique, de (ré)apprendre à vivre « en rapport étroit avec le territoire » et sa communauté.

À quelques mois du déclenchement des élections municipales, il nous apparaît utile de rappeler les capacités d’action de ces entités, mais également des municipalités régionales de comté (MRC), qui exercent un rôle supramunicipal de premier ordre.

Impliqué depuis plusieurs années dans des regroupements citoyens écologistes actifs à l’échelle locale, j’ai eu l’occasion de constater à la fois les possibilités et les limites de l’action des petites municipalités. Comme le rappelait Stéphane Gendron dans son essai intitulé Rapailler nos territoires. Plaidoyer pour une nouvelle ruralité : « Il existe 1107 entités municipales au Québec. De ce nombre, 711 ont moins de 2000 habitants. » La très grande majorité des municipalités, qui représentent également la très grande majorité du territoire, sont donc de très petite taille. Pourtant, l’État québécois leur confie des responsabilités importantes, notamment la gestion des déchets et le respect des normes pour la protection de l’eau. Cela peut paraître anodin quand on les considère une à une, mais la protection écologique du territoire québécois ainsi que la nécessaire résilience à venir passent par les décisions prises dans nos villages.

Au cours des dernières années, plusieurs villes de taille moyenne ont réussi à mettre en œuvre des initiatives inspirantes, telles que le bureau de la transition écologique à Nicolet et la réduction des déchets à la source à Prévost. À l’échelle des petites municipalités, il y a bien quelques projets hors normes, comme la Politique de développement durable de Petit-Saguenay, où habitent moins de 1000 « âmes » ; toutefois, dans bien des cas, la volonté d’être proactif en matière environnementale est faible, voire inexistante. Or, de l’aveu du ministre de l’Environnement dans le rapport 2025 sur l’état de l’eau au Québec, « des efforts importants » sont encore à faire.

Malheureusement, nos petites municipalités n’ont pas les ressources humaines et financières suffisantes pour agir adéquatement. C’est là qu’entrent en jeu les MRC.

Responsable du schéma d’aménagement, du plan de développement de la zone agricole ou encore du Plan régional des milieux humides et hydriques, le conseil de la MRC qui réunit les maires et les mairesses a un rôle important à jouer. Trop peu de citoyennes et de citoyens (ou de personnes élues) s’intéressent au pouvoir de cette entité trop souvent considérée comme administrative plutôt que politique. Vu leurs ressources et leur espace d’action plus importants que ceux de nos petites municipalités, ces acteurs supralocaux devront pourtant être de plus en plus mis à contribution dans le contexte de la crise climatique. La mise en place actuelle des plans climat est une bonne occasion de le faire savoir.

Dans les 18 MRC qui ont la belle possibilité d’élire leur préfet au suffrage universel, cela sera sans doute plus aisé qu’ailleurs, mais il faut espérer que cette pratique se développera dans le futur.

Bien qu’au Québec, les espaces régionaux résonnent dans le cœur des gens, c’est bien à l’échelle des MRC que des perspectives d’action doivent être renforcées. Il serait donc intéressant de penser bio-MRC autant que biorégions pour poursuivre des projets tels que le développement de communautés nourricières. Plusieurs mouvements actuels s’inscrivent d’ailleurs dans cet élan (nouvelle vague au municipal, plateforme AGORA, Multitudes, Communagir, etc.).

Espérons que cela stimulera les débats en vue des élections de novembre prochain.

Le Jour du dépassement et la décroissance : Entrevue avec Alain Deneault

Photo © Radio-Canada

L’animateur Hugo Lavoie s’entretient avec Alain Deneault à l’émission Le 15-18 sur les ondes de Radio-Canada concernant l’article qu’il a publié dans le journal Le Devoir ayant pour titre Le « Jour du dépassement » rappelle le caractère impératif de la décroissance. Durée : 10 minutes – 24 juillet 2025