Gilles Vigneault, l’Acadien

Photo @ Paul Chiasson

Acadie Nouvelle

Par Alain Deneault
15 août 2024

Gilles Vigneault, l’Acadien

« Le mot Acadie me rappelle que mes ancêtres partis des Îles-de-la-Madeleine en 1855 pour fonder Natashquan étaient partis de Grand-Pré un siècle avant, avec les vôtres, coupables de survie. Nous sommes toujours accusés du même tort. Mais le procès est plus long. Les témoins plus nombreux. Et les juges, toujours les mêmes, n’ont pas fini de nous entendre, et de traduire ! Je suis d’ici aussi. » – Gilles Vigneault, Tracadie, 15 mai 1970 (La Revue d’histoire de la Société historique Nicolas-Denys, janvier-mai 1984).

Peu de poètes ont mieux dit l’Acadie que Gilles Vigneault. La conception du « pays » que soutient son œuvre lui va comme un gant. Le pays de Vigneault est polysémique. On a eu raison de voir en un Québec désiré politiquement indépendant son principal référent, d’autant plus que cette référence incarnée au territoire est infiniment plus pertinente que la logorrhée xénophobe qui lui a succédé dans les médias conservateurs du groupe Québecor. 

Mais à travers sa poésie, c’est aussi ce pays de l’Acadie qu’il lui reste à nous dire, qu’il lui reste à nommer. Car le pays pour Vigneault n’a pas de référent simple, ou de signifié arbitraire. À force d’en faire la figure de proue d’une cause politique, on a désappris à entendre ce qu’on serait bien avisé de prendre au sérieux… Ce pays est surtout chargé de promesses. 

Aux Parisiens venus l’entendre dans la prestigieuse salle de Bobino, un soir d’avril 1977, le poète et chansonnier québécois Gilles Vigneault dissociait la notion de pays d’un sot patriotisme consistant à défendre ses intérêts de manière reptilienne. Sa pensée et son poème sont le contraire du réflexe national. Le pays, disait-il, ce n’est pas encore un territoire, c’est la conscience qu’on a de l’habiter, c’est l’affect qu’on y place à force de l’investir au quotidien. Un pays est un espace auquel on vibre comme de sa vie. D’où les assertions poétiques telles que : « Mon pays, ce n’est pas un pays… », c’est le réel sensible, l’hiver qu’on n’a de cesse d’apprivoiser ; c’est l’action qu’on y conduit, le chemin qu’on y trace ; c’est le temps, par lequel notre mémoire se sédimente. D’où « Mon pays, c’est une fenêtre / Au bord de laquelle un enfant / Observe les saisons renaître / Et sur dehors couler le temps… » 

Le pays de Vigneault « n’a ni président ni roi / il ressemble au pays même que je cherche au cœur de moi », il existe dans un rapport immanent au territoire, surtout côtier et rural – la ville s’y signifie toujours comme sa perversion – et sous la tension qui unit des êtres au carrefour des mots d’une même langue. Aussi est-il vissé à la mémoire du père et de la mère, mais tendu vers l’avenir de l’enfant – « C’est demain que j’avais vingt ans » est un vers qui résume cette temporalité de demain gardant toujours en tête le passé. Le pays y est ce que l’Acadie entretient comme rapport à une réalité, laquelle existe dès lors qu’une personne acadienne s’y trouve pour la reconduire dans l’espace et la prolonger dans le temps. 

Dans la blanche cérémonie

Où la neige au vent se marie

Dans ce pays de poudrerie

Mon père a fait bâtir maison

Et je m’en vais être fidèle

À sa manière, à son modèle

La chambre d’amis sera telle

Qu’on viendra des autres saisons

Pour se bâtir à côté d’elle

Son approche constitue la synthèse de ce qu’on peut nous souhaiter de mieux. Féministe, inclusif, écologiste, humaniste, hospitalier et culturel, le pays qu’il aime à dire, qu’il lui faut dire est tout entier un projet, aux antipodes de la propagande nationaliste. C’est pourquoi il se laisse si souvent penser dans l’avenir : « Je vous entends demain parler de liberté ». Le pays est un désir, le temps de vivre nos espoirs. 

Et s’il y a projet, s’il y a quête, c’est que cette notion de « pays » est aussi critique de tout ce qui vient le déformer au nom de la modernité : la destruction du patrimoine, l’extraction minière, l’agriculture intensive, l’urbanisation sans limites, la vie de banlieue dépoétisée. « La queste du pays » se clôt par un rappel aigu qui sourd de la mémoire : une fin de chanson en innu que le poète traduit lui-même : l’autochtone qui répond au francophone lui disant chercher son pays : « Depuis ton arrivée / J’ai beau t’observer / Je ne comprends pas ce que tu cherches / Si c’est l’Pays, tu d’vrais l’avoir / Tu me l’as volé. »

L’avenir est ailleurs, loin des modes de spoliation qui proviennent de la colonie, mais que nous avons, nous colons, hélas fait nôtres, et retournés contre nous.

À celui qui cherche un pays 

Je me dois de dire d’abord

Je cherche moi-même un pays

Nous ne serons plus seuls à bord

Il me reste un peu de temps.

Le sport en régions éloignées, terreaux d’inventivité

Acadie Nouvelle

Par Alain Deneault
5 juillet 2024

Le sport en régions éloignées, terreaux d’inventivité

Des Jeux de l’Acadie aux Jeux olympiques, en passant par le Championnat d’Europe de football, le sport occupe nos consciences en ce temps de l’année. Qu’on le veuille ou non.

Archimédiatisé, le sport est devenu une pépinière à métaphores. Dans combien de contextes, professionnels ou personnels, politiques ou sociaux, n’entend-on pas telle référence sportive venir illustrer une situation ? On sait donner son 100 %, que ce n’est pas fini tant que ce n’est pas fini et qu’il n’y en aura pas de facile

Au-delà des images de circonstance, le sport peut devenir le support de l’idéologie. Au niveau d’élite, il est devenu la défense et l’illustration du capitalisme lui-même, offrant de manière continue au public la démonstration comptable des règles de marché. En cela, au Québec et en Acadie, le budget et les opérations financières de l’équipe de hockey professionnelle de Montréal sont analysés par les médias et le public avec plus d’attention et de détail que ceux de l’État, d’une instance publique comme la Caisse de dépôt et placement du Québec ou d’une coopérative comme UNI. Le grand public y apprend les logiques élémentaires du marché, comme l’offre et la demande, l’investissement et le placement de produit. Il reste stupéfiant que des gens à bas salaires acceptent ces règles iniques comme si elles étaient platement inscrites dans l’ordre des choses. C’est qu’on nous y a habitués. Le sport banalise des phénomènes d’injustice sociale et les tares d’un régime qui devraient tous plutôt nous scandaliser.

La campagne électorale immonde qui a lieu en France, et qui risque de placer au pouvoir la raciste et rétrograde extrême droite, a de quoi rappeler que le sport de masse fut une carte maîtresse utilisée par les régimes fascistes d’il y a cent ans pour promouvoir leur idéologie. Sait-on seulement qu’on doit encore à Hitler, nous aujourd’hui, bien des aspects du rituel olympique, comme le relais officiel de la flamme, les cérémonies d’ouverture à grand déploiement et l’esthétique de l’image sportive que retransmettent aujourd’hui les télévisions du monde ? Cette grand-messe des régimes d’extrême droite a percolé dans toute la culture. Entre autres écrivains, Georges Pérec a raconté cette structuration sociale dans son roman W. Ou le souvenir d’enfance en 1975.

Comme creuset d’images et de métaphores diverses et variées, rappelons-nous cependant une des leçons du sport qui peut nous intéresser, nous, lorsque nous vivons loin des grands centres. Ce dont il s’agit ici peut compter comme une sorte de fable ou d’allégorie quant aux potentiels spécifiques des régions éloignées. Racontons sous cet angle deux histoires illustres, celle de la célèbre gymnaste Nadia Comăneci, emblème des Jeux de Montréal en 1976, et l’autre concernant le hockeyeur Guy Lafleur, non moins performant dans la même ville à la même époque.

Que peuvent donc avoir en commun ces deux figures distinctes ? De devoir leur excellence au fait de s’être développées loin des villes, dans des lieux reclus où beaucoup de créativité devenait possible.

La chose est particulièrement claire chez Nadia Comăneci. Le régime bureaucratique de Roumanie n’a jamais encouragé l’enseignement de la gymnastique dans les années 1960 et 1970. Il fallait être créatif, et ce, loin de la capitale Bucarest, pour se livrer à des expériences que, vues de près, les décideurs du régime n’auraient pas approuvées. Déclassé par les instances idéologiques de l’époque, refoulé dans la petite ville pétrolière d’Onești, mais soutenu là par un décideur local, le professeur de gymnastique Marcel Duncan a su d’abord bien s’entourer, avec au premier chef l’entraîneuse résolue Maria Simionescu, pour se livrer à ses passions. « Cette activité s’enracina progressivement sur le territoire, mais sans qu’aucun mérite en revienne au régime communiste », précise le biographe de la reine des Jeux de Montréal, Stejărel Olaru (Nadia Comăneci dans l’œil de la police secrète, 2021). « Onești ne devra en fait sa gloire internationale qu’à une poignée d’inestimables entraîneurs, dont certains avaient même paradoxalement trouvé refuge dans cette petite localité de Moldavie après avoir été bannis par les autorités de Bucarest. »

L’entraîneuse Simionescu s’y permettait toutes les excentricités personnelles et les innovations à l’entraînement, loin des regards suspicieux de l’autorité. Elle innovait par exemple en intégrant ses athlètes dans un cadre où l’interdisciplinarité dominait. C’est seulement une fois sa méthode éprouvée que les dignitaires de la capitale s’empressèrent d’en revendiquer le mérite…

Quant à Guy Lafleur, nous devons à un intellectuel, et par ailleurs ex-coéquipier, soit Ken Dryden, une appréciation allant en ce sens. Qu’a dit ce sportif et écrivain à propos de l’idole d’un peuple ? Non seulement qu’il était le p’tit gars d’un village, Thurso, en Outaouais rural, ou qu’il a vécu dans un contexte extrêmement modeste et que cela ne l’a jamais quitté dans sa manière d’être. Mais qu’il a appris son art loin des grands centres d’entraînement, des écoles instituées et des procédures usitées.

Dans la solitude d’un aréna comme sur les lacs gelés par le vent rigoureux d’hiver, seul à développer des habiletés de son cru, Lafleur se distinguait des autres Québécois ou Canadiens embrigadés, en leurs villes ou banlieues, dans des programmes étouffants.

Dans son essai sur le hockey (Le Match, 1983), Dryden écrit : « Ce sport, auquel on s’adonnait autrefois sur les étangs et les rivières, plus tard dans les rues et les entrées de garage, est maintenant pratiqué dans les arénas en équipements complets, encadré par des instructeurs et policé par des arbitres. Cela quand nous y jouons encore. Car, lorsqu’un sport devient organisé, les parties improvisées semblent une perte de temps ; et quand un sport a migré à l’intérieur, il ne ressortira plus à l’extérieur ensuite. Le hockey est devenu une activité de banlieue et, parce qu’il fait partie de la culture de la classe moyenne qui y vit, il a changé. »

Mais dans son éloignement rural, Guy Lafleur a pu y échapper. « Lorsque des circonstances inattendues surviennent, lorsqu’on demande des réponses qui n’ont jamais été apprises, lorsqu’on doit se servir de son intuition pour rassembler ce qu’on connaît et trouver des réponses adaptées, mémoriser ne suffit pas. C’est la différence entre le savoir et la compréhension, entre un être très intelligent et un sage. Et c’est la différence entre un joueur moderne de banlieue et un Guy Lafleur. »

La morale de ces histoires, gens des pays vivant loin des centres décisionnels : soyez créatifs en toutes choses, ne cherchez pas à vous conformer aux modèles prescrits par les hégémonies, ne vous laissez jamais intimider par leurs effets de mode vous parvenant dans de faibles ondes, investissez-vous dans le fait d’être laissés pour compte. Faites-en une chance ! Quel formidable potentiel !

Lugubre

Photo © Archives – Acadie Nouvelle

Acadie Nouvelle

Par Alain Deneault
15 mai 2024

Lugubre

Comme pour Brian Mulroney il y a peu (Acadie Nouvelle, 4 mars 2024), on ne va pas feindre de trouver soudainement des vertus à des gens qu’on a décriés toute leur vie, sous prétexte qu’ils viennent de trépasser.

Arthur Irving, ex-PDG d’Irving Oil décédé lundi, représentait la deuxième génération d’une famille qui règne sans partage sur la région atlantique (les quatre provinces maritimes, l’est du Québec, le Maine…) et y neutralise considérablement la vie politique. Le mythe qui sert le plus cette famille, ici, consiste à dire qu’elle a enrichi le Nouveau-Brunswick, alors que c’est le Nouveau-Brunswick qui l’a rendue riche. Le résultat : les citoyens de cette législation comptent sur des services sociaux chiches, paient l’essence plus cher qu’ailleurs au Canada (alors que la principale raffinerie du pays s’y trouve) et affichent des indicateurs préoccupants en matière d’éducation et de santé publique.

Que la trésorerie des Irving se soit trouvée inscrite largement aux Bermudes dès les années 1970 suffit à susciter de bien légitimes spéculations sur l’important manque à gagner fiscal que nous accusons collectivement en raison de ce tour de passe-passe. Que le clan plaide la légalité à chaque fois qu’il en est question montre à quel point le procédé transgresse l’esprit de la loi, s’il était conforme à sa lettre.

Des journalistes de la presse financière canadienne, qui en avaient pourtant vu d’autres, ont été estomaqués, à partir des années 1980, de constater à quel point le Nouveau-Brunswick croupissait dans un état de subordination face à ces maîtres. Une « company town » écrivait la Torontoise Diane Francis, pour décrire non sans stupéfaction le contexte de la région.

Moi-même, lorsque je suis arrivé ici, avant de fondre à mon tour dans les plis nous amenant à nous habituer à cet état de fait, je me suis empressé de témoigner de ce régime de domination privé auprès du mensuel français Le Monde diplomatique. J’ai perçu dans les retours de la rédaction combien insolite et singulière se trouvait la situation du Nouveau-Brunswick, rebaptisée l’Irvingnie pour l’occasion (ou les Appalaches irvingniennes, sur le mode de l’Arabie saoudite, elle aussi identifiée à une famille).

Mon article a été accepté en moins de deux, et publié en avril 2019 sous le titre « La famille Irving, un féodalisme canadien » (puis traduit en plusieurs langues). C’est que le conglomérat Irving représente, dans le contexte de la mondialisation industrielle et capitaliste, un étonnant contre-modèle : loin de se spécialiser dans une filière afin de la dominer de manière transversale, comme une vendeuse de boissons gazeuses qui impose sa marque partout sur la planète ou comme une société en divertissement qui l’arrose de tous ses films, les Irving ont choisi de tout faire, mais sur un territoire restreint.

En agissant loin des capitales et métropoles (Ottawa, Toronto, Montréal, New York…), dans l’indifférence générale, ils sont parvenus à le quadriller du point de vue de l’activité industrielle, commerciale, financière, politique et fiscale, de façon à y développer une quasi-autarcie. Rares sont les entités qui ont aussi peu de fournisseurs que le conglomérat en question.

Potentiellement, sa flotte de camions roule grâce au carburant du groupe, lequel est traité à la raffinerie que la famille détient, à partir d’un brut exploité là où elle détient des parts majoritaires, ou l’équivalent. Et ainsi en va-t-il de ses produits d’emballage, du papier tiré de son bois (merci l’État pour les « terres de la Couronne »), aussi potentiellement vendu dans ses quincailleries, et utilisé dans les infrastructures de ses fermes…

Longtemps l’opinion s’est-elle laissé bercer de son idéologie en lisant ses journaux, les seuls disponibles en anglais, voire en suivant ses médias électroniques. Tel est le portrait synoptique de son histoire. Son discours s’est implanté.

C’est être lourdement colonisé, disons-le sans détour, de penser que sans elle, nous ne serions rien ici. Qu’on serait incapables de créer des coopératives suffisantes et engagées dans un aménagement respectueux du territoire, sur un territoire où l’énergie serait administrée en fonction du bien commun davantage que de sociétés à numéros camouflées dans un impénétrable paradis fiscal.

Aucun premier ministre depuis Louis J. Robichaud n’a commenté cette domination sourde. Surtout pas l’actuel qui provient directement de son écurie. Au fil des années, quelques documentaires seulement nous montrent la famille impressionner les parlementaires.

Sinon, les traces se font rares. Le silence s’impose. Et le visage austère de la sainte famille en vient à symboliser l’austérité de nos politiques budgétaire. C’est sec. D’un point de vue psychique, cet ascendant finit par miner la collectivité.  Les Irving, ce n’est pas tout à fait les Bourbon. On est loin des fastes de Louis xiv, mettons. Il devient humiliant de se laisser vaincre par une famille aussi grisâtre.

Maintenant, l’épuisement progressif des richesses pétrolières et les ramifications de la famille Irving sont annonciateurs d’une intégration du conglomérat à une forme plus traditionnelle de capitalisme. Le patriarche K. C. Irving, s’il voulut créer une dynastie, a commis l’erreur de diffuser ses avoirs auprès de ses trois fils (la fille étant mise à part…).

À leur tour, ils ont vu en leurs enfants (masculins) des prétendants aux butins. Bientôt, il n’y en aura plus suffisamment pour tout le clan, d’où que le journaliste Jacques Poitras ait intitulé son livre Irving vs Irving (Penguin, 2015) pour en rendre compte. Si le paternel avait voulu assurer une filiation organisationnelle, il l’eût organisée sur un mode patrilinéaire non-égalitaire, en confiant tout à l’aîné, comme en monarchie politique. Le plus vieux de chaque génération aurait repris le témoin.

Puisque tel ne fut pas le cas, on peut désormais anticiper une vente ou une capitalisation boursière progressive des actifs familiaux, afin que le clan dispose de fonds liquides, capables de suivre les occasions d’affaires dans les dédales de la bourse, en nanosecondes et par algorithmes interposés de préférence. Ainsi va l’éthique protestante du capitalisme, qui évolue frénétiquement mais dont nous observons ici tous les jours l’exemple lugubre.

La famille Irving, un féodalisme canadien, un article d’Alain Deneault dans Le Monde diplomatique
Les cachettes de l’empire Irving, un reportage d’Enquête à Radio-Canada – 2022
« Depuis 50 ans elle pratique l’évitement fiscal aux Bermudes, à l’abri du fisc. » – Alain Deneault – Extrait du reportage d’Enquête Les cachettes de l’empire Irving

Climatosceptique?  

Acadie Nouvelle

Par Alain Deneault
29 avril 2024

Climatosceptique ?  

Le problème, c’est d’adopter les mots tels qu’ils nous arrivent, sans les critiquer. À les utiliser naïvement, ils finissent par nous dominer, nous confondre et nous faire errer. La philosophie est la discipline qui s’arrête sur les notions, étudie leurs prémisses et s’enquiert des pouvoirs qui ont souhaité qu’on les cite, plutôt que d’autres.

Ainsi en va-t-il d’un terme comme « climatosceptique ». Il est bien commode. Des journalistes s’en servent pour rapidement désigner, dans un texte de 500 mots, ceux qui ne croient pas au phénomène du réchauffement climatique, puis le voilà repris dans des discours politiques, voire dans la science où on échafaude diverses théories à son sujet en empilant des statistiques.

Or, sait-on de quoi on parle précisément ? Et de qui ? Cette variable sociologique, que recouvre-t-elle ? Et surtout, que nous empêche-t-elle de penser, dans les angles morts qu’elle comporte ?

Précipitamment, on tendra à inscrire dans la catégorie « climatoscepticisme » toute personne qui récuse le savoir des climatologues investis dans l’étude du réchauffement atmosphérique. Or, le terme ne recoupe pas tous ces gens de la même manière – loin de là – et, surtout, il ne permet pas de démasquer des formes subtiles de déni.

Arrêtons-nous sur la racine du terme, qui a trait à l’enjeu du scepticisme, sans y voir un euphémisme. Si on le prend au sérieux, on peut juger qu’il soit de bon aloi. On peut intuitivement, et par principe de précaution, convenir des thèses de climatologues technocratiques comme ceux du Giec, tout en ayant beaucoup à redire sur leur méthode, notions, échelles, prétentions…

Ces sceptiques qui trouvent les discours techniques de ces technocrates mal ficelés au point qu’ils neutralisent la pensée, l’assèchent, et l’inhibent comme moteur de pensée et d’action. Bruno Latour et Isabelle Stengers critiquent durement ces producteurs de données plus politiques que scientifiques, mais tout de même lourdement technocrates en cela, car ils nous empêchent de fonder un concept nouveau de la nature, pour la concevoir comme une matrice devenue nécessaire de nos articulations politiques. Ce scepticisme-là permet d’aller plus loin, et repousse paradoxalement les producteurs mêmes de données dans le camp des acteurs inhibant la nécessaire mobilisation politique.

Puis, viennent les sceptiques plus placides, qui s’accrochent au statu quo simplement par incrédulité. Ils n’arrivent pas à y croire, se disent que toutes ces histoires de réchauffement climatique, c’est forcément exagéré, mais sans curiosité, sans aller voir plus loin. Enfin, ils espèrent que la technique ou Dieu viendront distinctement ou tour à tour sauver la situation. C’est assez paresseux. 

Enfin, un scepticisme d’un troisième genre s’en distingue, lui rhétorique, qui consiste à douter du bien-fondé comme tactique dilatoire, pour maintenir actif le statu quo extractiviste, productiviste et capitaliste, celui qui fournit précisément la rente des doctes sceptiques. Chez eux, le fardeau de la preuve repose sur les scientifiques qui annoncent la véracité du phénomène à coups d’études publiées par milliers, mais qui ne le font jamais  suffisamment au-delà de tout doute raisonnable. Et comme le sceptique sait pousser le doute à des points absolus, il a toujours beau jeu, les bras croisés, en censeur autoproclamé, d’indiquer que la preuve est insuffisamment administrée, qu’elle n’est jamais assez faite.

Mais à  trop insister sur le climatoscepticisme, trop souvent euphémisé d’ailleurs, on omet de distinguer d’autres modalités subjectives, comme la dénégation ou le déni. En rien identique, la première consiste à nier ce que l’on tient pour vrai en son for intérieur, mais que l’on feint d’ignorer, parfois dans un effort de refoulement partiellement efficace. Le malaise point alors et on n’est guère loin du mensonge. La seconde s’impose lorsqu’on est littéralement incapable de voir ni d’admettre un phénomène qui pourtant saillit devant soi. Un blocage psychique préalable est en jeu.

Repérer les positions insidieuses

En outre, il est plus important encore de relever les formes insidieuses de réfutation opposées au phénomène de réchauffement climatique. Leurs auteurs singent des positions critiques sur la question du réchauffement atmosphérique et se présentent comme fer de lance de l’engagement « pour le climat », comme ils le disent, mais en stationnant la pensée à un stade superficiel, en s’assurant le plus possible d’en nier la cause, en présentant même le problème – la surindustrialisation du monde – comme sa solution.

On reconnaît tout de suite la rhétorique du « développement durable » qui vise d’abord et avant tout à faire durer le développement, et à le présenter non plus comme l’objet de la critique, mais comme le sujet de l’action. Le saccage écologique devient alors l’occasion d’un nouveau marché justifiant que l’on extraie encore plus de minerais pour l’électrification du monde ainsi que le développement des énergies solaires et éoliennes, et que, pour ce faire, on exploite la nature à des taux de rendement maximal tout en se prétendant écologiste. Cet attrape-nigaud a fait florès. C’est le crime parfait : on ne se montre officiellement ni sceptique ni négationniste devant le phénomène, mais ses thuriféraires embrassent plutôt les conclusions de l’écologie politique pour mieux les détourner et faire croître les produits « de transition » du capital, pourtant souvent plus polluants que les anciens.

Mais souvent, les contradictions sautent aux yeux. Par exemple ces conservateurs états-uniens attachés aux valeurs du capital. Ils nient le réchauffement climatique, tout en soutenant la promotion de la lucrative géoingénierie promettant de restaurer le climat par la voie de complexe et hasardeuses mesures techniques (voir le film de Pierre Oscar Lévy, Les apprentis sorciers du climat, Arte, France, 2015.). Pour eux, le climat n’est menacé que lorsque des Docteurs Folamour se proposent de l’administrer à leur profit. Ils sont ceux que nos catégories d’interprétation, inadaptées, ne nous permettent pas de repérer.

«Extrême gauche»?

Photo © The Canadian Press /Hina Alam – Archives Acadie Nouvelle

Acadie Nouvelle

Par Alain Deneault
26 mars 2024

«Extrême gauche»?

Un jour, je mourrai d’étonnement. Une déclaration entendue récemment, stupéfiante, me revient sans cesse, lancinante. Elle est de Pascal Allain, ministre conservateur démissionnaire au début de ce mois. Elle dit : le Parti libéral tend « vers l’extrême gauche » (Acadie Nouvelle, 2 mars 2024).

Vraiment ? L’« extrême gauche » ? C’est là ne pas avoir peur des mots.

Quelque chose nous a-t-il  échappé ? Ainsi, cette formation politique clientéliste d’extrême centre se serait convertie ! Elle prendrait radicalement le parti des travailleurs, par exemple, exigeant que la valorisation des marchandises générée par leur labeur direct ou indirect se répercute enfin dans d’importantes hausses de salaire, le tout accompagné de mesures anti-inflations pour que les retors du commerce n’en n’abusent point ?

L’équité salariale entre femmes et hommes s’imposerait aussi comme une évidence. Le parti songerait à nationaliser au moins une institution financière pour garantir le crédit en fonction de l’intérêt tangible des communautés plus que par le seul appât du gain. Son programme prévoirait aussi le passage au domaine public de grandes industries comme la raffinerie qui fonctionne à plein régime à Saint-Jean ainsi que le réseau de distribution d’essence du conglomérat Irving.

L’État, maître du robinet, pourrait ainsi enfin rationner la distribution des biens pétroliers, devenus rares et dont la combustion représente un problème écologique, en fonction des besoins tangibles des communautés et non pas au profit de pratiques consuméristes frivoles. Les intellectuels écosocialistes du parti réfléchissant aux mesures à venir planifieraient donc l’instauration des prix progressifs, un premier quantum de base étant fort abordable et la tarification augmentant au fur et à mesure qu’on abuse du bien.

On peut concevoir que ces entreprises, agglomérées sous le nom d’une même famille, seraient à cueillir comme un fruit mûr. Leur valeur marchande correspondrait potentiellement aux arriérés fiscaux qu’elles accusent envers l’État depuis que leurs actifs ont été massivement administrés depuis les Bermudes il y a cinquante ans. En tous les cas, l’État libéral d’extrême gauche s’empresserait, une fois au pouvoir, de diligenter une équipe d’experts pour enquêter sur la question.

Il s’agirait d’une première dans l’histoire du Nouveau-Brunswick. Afin d’en avoir le cœur net, il userait de son autorité pour obtenir une véritable reddition des comptes des différentes entités offshore de la structure familiale, ainsi que des autres multinationales ponctionnant les richesses du territoire et transférant artificiellement des revenus dans les paradis fiscaux.

Il ne s’agirait évidemment pas d’être stalinien – une part de libéralisme perdurerait, mais elle serait contenue par l’intérêt général. Dans le domaine de la forêt, les grands conglomérats d’exploitation seraient dissous et les terres publiques réservées à de petites entreprises familiales et autres entités régionales. Les fonds resteraient sur place et circuleraient au bénéfice des communautés. Surtout, cette richesse que constituent les forêts serait préservée des infâmes coupes à blanc. Les gens qui les habitent en même temps qu’ils les exploitent seraient sélectifs : ils sauraient quel arbre abattre au bénéfice de la forêt tout entière, pour l’amener à se régénérer plutôt que de la détruire.

Enfin, ce nouveau parti d’extrême gauche mettrait en chantier une grande réforme éducative fondée sur la citoyenneté, la lecture, la délibération, le bien commun et la chose publique. Et les études universitaires seraient offertes sans frais, puisque c’est toute une population qui bénéficie des compétences qu’une personne se donne lorsqu’elle devient une ingénieure, un botaniste, une médiéviste ou un puériculteur.

Mais rendons justice à l’intelligence de Daniel Allain. Par sa déclaration, l’ex-ministre ne souhaitait sûrement pas évoquer tout cela. En est-il seulement capable ? Il lorgnait plutôt des questions strictement sociétales, par exemple les enjeux d’orientation sexuelle et d’autodétermination existentielle des jeunes dans les écoles. Et, ce faisant, il se trouvait à en dire beaucoup, à savoir que la politique partisane ne se détermine plus désormais que sur des enjeux de mœurs et qu’elle a, outre pour des mesures marginales, tout à fait délaissé les autres questions : celles du travail, de la capitalisation, de la justice sociale, de l’équité fiscale, des antagonismes de classes, parce que les grandes entreprises règnent désormais en souveraines sur tous ces points.

L’autre Mulroney

Acadie Nouvelle

Par Alain Deneault
4 mars 2024

L’autre Mulroney

Ne nous préoccupe-t-il pas, quant à la liberté de la presse, d’entendre célébrer un ex-chef d’État décédé, exactement comme on l’eût fait dans le honni régime soviétique ?

On apprend ces jours-ci que l’ex-premier ministre Brian Mulroney, qui a quitté la politique dans la disgrâce, aurait en réalité été « un géant », « un homme de cœur », « courageux », « visionnaire » …. Se souvient-on seulement qu’à l’occasion des élections qui ont suivi son départ de la politique, sa formation répondant de l’oxymore « progressiste-conservateur » a essuyé une incroyable dégelée : deux sièges seulement – oui, deux – ont été remportés, alors qu’elle en comptait 282 quelques années auparavant ?

Tout est affaire de cadrage, c’est-à-dire ce qu’on laisse hors champ. Faisons alors pivoter les projeteurs. Que ne rappelle-t-on pas, de plus important, ces jours-ci ?

D’abord, que Monsieur Mulroney, loin d’être un « p’tit gars de Baie-Comeau », fut surtout dans sa vie un homme d’affaires puissant et influent, qu’il a évolué avant et après sa carrière politique dans le domaine minier, que ce domaine est l’un des plus controversés de l’histoire, qu’il compte en le gouvernement canadien un allié partial qui a souvent fait l’objet de critique.

Le pourfendeur du régime de l’Apartheid, que Mulroney fut, a aussi été membre du conseil d’administration et membre du conseil consultatif international de Barrick Gold, une des plus importantes sociétés aurifères, laquelle a obtenu de la part du dictateur éminemment corruptible, Joseph Mobutu, au Zaïre (maintenant la République démocratique du Congo), une concession d’exploration de 82 000 km2 dans les années 1990, ce qui aurait contribué au déclenchement de la très violente Guerre des Grands Lacs africains, selon Justin Kankwenda, longtemps consultant auprès du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). Le rapport « Mapping » de l’Organisation des Nations Unies a plus tard cité la firme parmi les acteurs concernés par cette guerre terrible visant au contrôle des gisements miniers.

Il a aussi longtemps siégé au conseil d’administration de l’empire médiatique Québecor, au temps où le groupe alors d’envergure internationale s’effondrait en Europe et aux États-Unis, pour ne plus se concentrer principalement qu’au Québec, où il a soumis son personnel à de nombreux lock-out brutaux. Les médias du groupe ont ensuite adopté une ligne éditoriale souvent incendiaires, nuisant davantage au débat public que l’entretenant. 

Mulroney, dont les premières décisions politiques ont consisté à réduire les services publics et à diminuer les investissements fédéraux dans la Société Radio-Canada – qui fait pourtant son hagiographie ces jours-ci -, n’a jamais caché sa proximité avec le monde des affaires. Dans ses mémoires, il avoue candidement avoir régulièrement discuté des décisions politiques qu’il devait prendre avec l’investisseur Paul Desmarais, celui avec qui il siégera dans l’un des conseils de Barrick Gold. Dans une vidéo rendue publique par la mouvance Anonymous en 2012, on le voit d’ailleurs parmi les convives de Paul Desmarais, réunis au palais de Sagard pour fêter l’anniversaire de son épouse Jacqueline Desmarais en août 2008, comme membre d’une cour flattant le pseudo-couple royal, dans un luxueux décor de mauvais goût. Ces aperceptions du monde oligarchique laissent transparaître une réalité crue, à savoir que la politique est totalement intégrée au monde des affaires, et qu’elle n’en est plus qu’une composante, nonobstant les rituels électoraux qui consistent à donner l’impression trompeuse au bon peuple qu’il décide encore. Brian Mulroney s’est absolument complu dans cet état de fait.

Si cette oligarchie est opaque, il est arrivé que des fuites en disent long. Des enquêtes poussées ont contraint Brian Mulroney à admettre qu’il avait personnellement touché des centaines de milliers de dollars, non déclarés au fisc, de la part du lobbyiste Karlheinz Schreiber, dans le contexte d’une importante transaction entre Airbus et  Air Canada, alors société d’État. Il est tout à fait légitime de se demander si ce cas de figure ne constitue pas qu’un échantillon de ce qu’il reste à découvrir.

Quelques médias ont fait preuve de sens critique depuis l’annonce de la mort de l’ex-premier ministre. Mais la tonalité générale tend à reléguer à la marge ces rappels. Ces omissions rendent difficile d’oublier la phrase incisive de l’écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop, quant à des médias par moments « capables de mentir tout en respectant scrupuleusement les faits ».

Quand les caisses étaient populaires

Photo Bernard Haché – Acadie Nouvelle

Acadie Nouvelle

Par Alain Deneault
14 février 2024

Qui parle ? Un haut représentant des Caisses populaires – appelons-les encore ainsi –, actif en milieu francophone minoritaire.

Que nous dit-il ?

Que l’institution soutient en priorité ceux qui ont combattu pour la langue française.

Qu’elle reste reconnaissante envers Alphonse Desjardins, le fondateur de ce mouvement coopératif, en tant qu’il incarnait le désintéressement, « l’apostolat ».

Qu’on se souvient du grand homme comme un être de vocation dénonçant « les ravages de l’usure [prêts à hauts taux d’intérêt] », que faisaient subir les « requins de la finance » aux « artisans et cultivateurs », les réduisant à la « misère ».

Qu’Alphonse Desjardins, prodigue, fonda autant de caisses populaires qu’il y avait d’endroits destinés à les accueillir, plutôt que de songer à rationner les services.

Qu’il communiquait constamment avec ses gérants, pour les inviter à la prudence et les amener « à s’imprégner des principes coopératifs, sans lesquels sa société perdrait de vue le but qu’elle s’est assigné. »

Que la coopérative – tout à fait  étrangère au statut impropre et insignifiant de coopération – se révèle « un organisme supérieur aux institutions financières capitalistes, qualité qui résulte du fait que son action n’est pas motivée par l’appât du gain, mais qu’elle s’inspire de l’amour du prochain. »

Qu’elle ne cultive nulle envie de s’enrichir en endettant autrui. « La caisse populaire est une école enseignant l’économie tout en facilitant la pratique de l’épargne. Une institution qui doit d’abord être une coopérative d’épargne avant de devenir une dispensatrice de crédit. Contrairement à la compagnie de prêt, qui perdra son client le jour où il ne sera plus dans l’obligation d’emprunter, la caisse populaire se donne pour mission de travailler à son éducation pour en faire un épargnant. » Elle les amène aussi à se connaître et à s’aider mutuellement.

Que, ne s’adressant jamais, elle, à des « clients », contrairement aux banques, mais à des « sociétaires », elle leur est dédiée. La coopérative veut s’assurer de « protéger ses membres contre les revers de fortune, les résultats du chômage, la maladie et l’indigence ». Elle leur vient en aide au besoin « par des prêts et des avances », mais leur apprend aussi à administrer leurs biens avec prudence.

Et, surtout, que « le but de l’emprunt » est plus important que les enjeux de rendements, et que ce but se laisse jauger davantage en fonction des besoins d’une communauté que de l’appétit des investisseurs. Ce but reste de « combattre l’usure au moyen de la coopération en offrant à ceux qui le méritent, par leur amour du travail, leur habileté et l’honnêteté de leur conduite, les prêts dont ils ont besoin dans l’exercice de leur état. »

Qui parle ?

Maurice Gauthier, président honoraire de la Fédération des Caisses populaires de l’Ontario, lors de son assemblée générale annuelle de 1969.

Maintenant, aujourd’hui – question ouverte –, qui, chez UNI (YOU’N I ?) ou au sein du Mouvement Desjardins, est capable, les yeux dans les yeux, et substantiellement, d’un tel discours, voire d’une seule de ses assertions ?

Laissons de côté les flagorneries d’experts en marketing, et posons-nous sérieusement la question : depuis plus d’un demi-siècle, avons-nous progressé ?

L’érosion des côtes nous révèle comme «biorégion»

Photo © Mario Tardif – Acadie Nouvelle

Acadie Nouvelle

Par Alain Deneault
12 janvier 2024

L’érosion des côtes nous révèle comme «biorégion»

Deux points concernant la spectaculaire érosion côtière qui s’est produite à Le Goulet, dans la municipalité élargie de Shippagan : le réchauffement climatique y est pour cause (il explique l’absence de glace protectrice qui jadis atténuait l’impact des vagues) et les autorités publiques des paliers supérieurs semblent indifférentes à la situation (les maires concernés demandent en vain à l’État de leur permettre de dresser des formes de protection).

Ces deux types d’enjeux, environnemental et politique, constitueront au XXIe siècle la nouvelle donne, ici comme ailleurs. Catastrophe et isolement. Hélas, le phénomène est global et il est appelé à devenir de plus en plus partagé. De la pluie de verglas au déploiement du crabe vert en passant par l’acidification des océans et les incendies, les conséquences s’amalgameront pour donner lieu à de nombreuses situations régionales qu’aucun gouvernement supérieur n’arrivera à traiter.

Un cas important survenu lors des grands incendies forestiers de l’été dernier mérite toute notre attention. Il constitue un enseignement sur ce qui vient. Il s’agit du village de Clova, au Québec, en proie aux flammes. « On va être obligé de laisser brûler Clova », avait laissé tomber le premier ministre du Québec, François Legault, en juin 2023, concédant toute la région au feu. Désobéissant aux consignes d’évacuation, des citoyens se sont résous à tenir le fort et ont finalement sauvé leur village, par eux-mêmes et par eux seuls, sur les incendies.

C’est dans des moments comme ceux-là que germe la conscience biorégionale. La notion de biorégion mérite d’être approfondie. Moins passéiste et statique que celle de ruralité, elle permet de comprendre les temps nouveaux dans lesquels nos sociétés se trouvent embarquées. La biorégion n’est pas un projet ni même une option politique, mais le cadre contraignant dans lequel nous nous trouverons progressivement pour élaborer des projets. La notion désigne l’obligation qu’on éprouve de plus en plus, nous – sujets régionaux esseulés face aux gouvernements et pouvoirs privés et en situation de déréliction dans des moments de crise – de développer un régime d’autonomie qui tienne compte rigoureusement des conditions territoriales et écologiques qui sont les nôtres.   

Tant que nous ne nous y mettrons pas, il se passera chez nous ce qui se produit dans toutes les contrées soumises au « développement » à l’occidentale. Nous abattons des forêts, nous épuisons les sols, nous exterminons la faune, nous émettons des gaz à effet de serre, notre chimie répand de petits et grands poisons tous azimuts, nous faisons comme s’il y avait quatre planètes alors qu’il n’y en a qu’une…, puis nous nous étonnons de tous ces ressacs.

Pourquoi ? Parce que le conte qui nous endort est celui du marketing. Cette industrie pernicieuse travaille tous les jours, et toutes les secondes, à nous persuader que le monde est, devrait être, pourrait être et sera différent de ce qu’il est. Il nous fait croire en les bienfaits présumés et en la promesse assurée de la grande consommation. La dernière ineptie en date, une capsule publicitaire du grand quincaillier Kent, enseigne détenue par le conglomérat Irving, lui-même plus grand pollueur du Nouveau-Brunswick (Acadie Nouvelle, 27 mars 2019), banalisant la déchetterie occidentale d’appareils électroménagers. On y voit une dame d’une ville de banlieue porter ses déchets au bord du chemin et s’étonner de voir qu’absolument tous ses voisins y ont abandonné cuisinières, laveuses et sécheuses… Pourquoi ? « Kent vend des appareils ménagers maintenant », lui explique l’un d’eux. La protagoniste comprend et sourit – cela va de soi qu’on envoie aux dépotoirs par tonnes des appareils qui fonctionnent, pour s’en procurer de meilleurs. On la voit elle-même se rendre dare-dare chez son détaillant le plus proche.

Le message refoule ce que cela implique : en plus de la production de rebuts industriels, encore davantage d’extraction minière, de combustion fossile, de gaz à effet de serre, et donc une augmentation accrue de la température moyenne qui entraîne son lot de tempête érodant les côtes. 

L’heure est venue de se raconter autrement le sens de l’histoire. Ce concept de biorégion, approfondi aux États-Unis et en France, est le fait d’un Néo-Écossais d’origine américaine, Allen van Newkirk. Il ne concerne pas une révolution politique au sens d’un régime qui viendrait remplacer les précédents, mais une cohabitation.

L’instance biorégionale refuse de soumettre un territoire à des plans d’exploitation extérieurs et impérialistes et milite au contraire pour une organisation autonome, dans le mille-feuille des pouvoirs qui s’observent déjà aujourd’hui (États, grandes entreprises, banques et mafias) ; elle organise une concertation entre les habitants d’un lieu, en fonction d’une géopolitique nouvelle, dans laquelle l’expression géo est aussi importante que la politique.

Il s’agit alors de résister aux dynamiques qui nous aspirent vers le pire tout en élaborant des voies politiques novatrices, dont le forum des maires serait ici le vraiment très embryonnaire prototype, pour assurer une certaine autonomie démocratique. À l’échelle biorégionale, les questions qui se poseront alors seront : connaissons-nous le lieu que nous habitons ? Savons-nous cohabiter adéquatement avec sa flore, sa faune et son climat ? Quelles sont nos dispositions, talents et capacités multiples afin de nous organiser de manière autonome ? Quelles sont nos urgences ? Quels sont nos besoins ? Quelles sont nos aspirations ? Et après s’être assumés comme sujets autonomes, quels lien entretient-on avec les pouvoirs extérieurs ?

La patente 2.0 a dit non

Le conseil des gouverneurs de l’Université de Moncton a décidé d’opter pour le statut quo. Photo @ Université de Moncton

Acadie Nouvelle

La patente 2.0 a dit non

C’est non. « Moncton » est là pour un temps, afin de désigner une des principales institutions des Acadiens. Le bourreau restera un signifiant au prétexte d’un enjeu géographique, pour désigner une institution… du reste fort active à Edmundston, Shippagan et Bathurst. C’est non. Ç’a dit non. Qui ça ? La question est sociologique.

Bien sûr, des instances signent le non, l’annoncent, l’assument et sifflent la fin de la récréation. Ce non est dit librement ; pas de complot, pas de fusil sur la tempe. La souveraine assemblée de l’université dit non.

Maintenant, comment s’orchestre l’économie d’une telle décision. Économie ici pas au sens mesquin d’une « gouvernance » à courte vue qui réduit l’entendement à de muettes colonnes comptables. Mais une économie au sens fort des agencements de forces et d’influences capables de créer une conjoncture (on dit parfois « écosystème » ces années-ci).

Créer une conjoncture. Telle est la capacité d’un pouvoir, bien plus que de décider. Le pouvoir n’est jamais autant puissant que lorsqu’il fait prendre les décisions qui vont dans le sens qu’il indique, et fait assumer par d’autres ce qu’il impulse.

N’a-t-on pas remarqué combien un camp devait faire preuve de tapage pour se faire entendre, et comment, dans l’autre, un simple souffle, une expression à demi-mot, une déclaration blasée, un regard au ciel, et puis un chiffre, suffisaient à donner le change. C’est que le public est du côté de la contestation et le pouvoir du côté de la réaction. Il lui suffit d’indiquer qu’il ne paiera pas la note (ou n’investira pas dans un projet qui lui échappe), qu’il ne mettra pas en jeu ses privilèges acquis de longue date à Fredericton ou à Ottawa, qu’il ne se commettra pas dans un vague combat symbolique, qu’il résistera activement contre toute velléité allant en ce sens, voire nuira à qui insiste trop. Pour paraître scientifique et rigoureux, il avancera une donnée numéraire, bien élevé dans les sept chiffres, insignifiante au demeurant (est-ce un investissement annonciateur de retombées, un coût réel, une estimation gonflée ?), qu’il se réserve ensuite le pouvoir d’interpréter, pour que le tour soit joué.

La patente 2.0 n’est plus, comme la première, un contre-pouvoir, mais un semi-pouvoir qui a grandi à force de courbettes et de dos ronds. On avale des couleuvres, complaît à la majorité anglophone, s’applaventrit au besoin, en retour de récompenses bien réelles du point de vue de la carrière, et marginales pour le peuple qu’on représente. Le décor est planté ; à ceux qui s’y trouvent de suivre les parcours fléchés, de bien se tenir. À eux de renchérir « librement » sur les directions à emprunter, pour que les apparences soient sauves, et qu’on puisse crier à la théorie du complot dès lors qu’un sujet cherche à s’enquérir de la façon dont les décisions sont prises. Laissons jouer ce papier à musique. Il est si usé qu’il finira par déchirer.

À celles et ceux qui ont réinvesti ce nécessaire débat, parce qu’ils sont bien conscients qu’aucun juif de France n’accorderait à Pétain le patronage d’une de ses institutions, pas plus que des autochtones canadiens ne penseraient à faire de même avec John A. MacDonald, sachons que les coups ont porté, que l’édifice chancelle, que c’est par à-coups qu’on avance, et que ce changement de nom, qui correspond à un changement d’attitude, reste inéluctable.

Par Alain Deneault
11 décembre 2023

Ceux qui s’opposent à l’injustice en paient souvent le prix

Photo © iStock

Acadie Nouvelle

Ceux qui s’opposent à l’injustice en paient souvent le prix (extraits)

Malgré tout le travail de Victor Hugo pour améliorer la justice sociale, 168 ans plus tard, des problèmes d’un tout autre ordre, mais tout aussi déplorables, se posent, mais cette fois-ci, au Canada. C’est ce que nous allons voir dans ce qui suit.

[…] Selon Deneault, Barrick Gold serait mêlée à de sérieux cas «d’abus en Afrique». Le Canada, de dire Deneault, serait un «paradis judiciaire» pour les sociétés minières. Alain Deneault décrit toute l’architecture d’un système politique et financier honteux, qui de fait légitime et soutient le pillage des ressources du continent africain.

Suite à la publication du livre Noir Canada, s’ensuit alors une mise en demeure de six millions de dollars contre les auteurs du livre et la petite maison d’édition Écosociété. Le tout a été réglé à l’amiable pourvu que cesse la production du livre Noir Canada.

Cette saga judiciaire a duré six mois mettant en cause sérieusement la santé de ses auteurs et du propriétaire de cette petite maison d’édition. De plus, de dire Deneault, cette mise en demeure par Barrick Gold ne fut rien d’autre qu’une entrave à la liberté d’expression.

L’injustice sociale est toujours à l’ordre du jour dans le monde

Si Victor Hugo a été contraint de s’exiler en raison de ses prises de position, Alain Deneault a de son côté été poursuivi en justice pour avoir dit la vérité. Si nous avons souligné ce débat, c’est tout simplement parce qu’il s’agissait d’actifs divers appartenant à des Canadiens, qui sans trop le savoir, financent des entreprises minières exploitant d’une façon éhontée des pays d’Afrique en voie de développement.

Le pire dans tout ça, c’est que nos politiciens, le Parti conservateur au complet et la moitié du Parti libéral ont appuyé la poursuite de Barrick Gold contre les auteurs du livre Noir Canada. Seul le NPD au complet s’y était opposé.

Par Romain Landry
5 décembre 2023

Déforestation de la Péninsule: les points sur les i

L’entrée de l’ancien camp militaire de Tracadie – Photo © David Caron, Acadie Nouvelle – 27 juin 2021

Acadie Nouvelle

Par Alain Deneault
13 novembre 2023

Déforestation de la Péninsule: les points sur les i

« À propos du récent reportage de Radio-Canada Acadie sur l’état de déforestation dans la Péninsule acadienne, quelques points :

Capitalisme ou biorégions ?

C’est être passéiste, et même colonial, que de concevoir un territoire comme devant être exploité brutalement au profit de quelques grands propriétaires fonciers et des multinationales. Raser une forêt de Tracadie pour exploiter le bleuet avec force pesticides est d’un autre âge et fait honte. On sait que la communauté a proposé une approche récréotouristique qui maintiendrait sauf le lieu, le valoriserait même, tout en générant sur un plan comptable des actifs d’envergure que se partageraient les gens ici, plutôt que de les voir potentiellement partir aux Bermudes dans les comptes d’une multinationale. […] »

Pas de justice sociale sans la justice fiscale

Photo © Acadie Nouvelle

Acadie Nouvelle

«Alain Deneault, philosophe et professeur au campus de Shippagan de l’Université de Moncton, affirme à partir des études de l’expert mondial Gabriel Zucman, que la moitié des transactions financières passe par des paradis fiscaux et près de 40% de la richesse mondiale y est déclarée. Ce sont des sommes colossales revenant de droit au financement des services publics et des institutions d’État qui y sont détournées. […]

Les pays qui abritent les paradis fiscaux, selon Alain Deneault, « ont des législations de complaisance. Ces pays autorisent une élite à se soustraire aux lois de leurs pays d’origine comme le Canada. Elles permettent également de s’adonner aux pires pratiques fiscales et commerciales: éviter l’impôt, blanchir l’argent sale, vendre des armes, financer le terrorisme, polluer, etc. «  »

Par Romain Landry
 3 novembre 2023

Salon du livre de Dieppe: plus de 40 auteurs francophones sur place

Photo – Acadie Nouvelle

Acadie nouvelle

« […] Le public pourra rencontrer plusieurs auteurs et autrices de l’Acadie qui brillent ici et ailleurs dont Carolle Arsenault, Sébastien Bérubé, Caroline Bélisle, Paul Bossé, Denis Boucher, Guilmond Brideau, Fernande Chouinard, Isabelle Cormier, Alain Deneault, Joanie Duguay, Samira Farhoud, Jeanne d’Arc Gaudet, le Dr Léonard Goguen, Gabriel LeBlanc, Sonya Malaborza, Camille Perron-Cormier, Nicole Poirier, Jonathan Roy, Cindy Roy, Louis-Martin Savard, Émilie Turmel, Valois Robichaud, Mathieu Wade et Joséphine Watson. »

Par Stéphane Paquette
16 octobre 2023
La conférence L’économie de la nature et les biorégions d’Alain Deneault aura lieu le samedi 21 octobre à 14 h 30 – Salon du livre de Dieppe
Alain Deneault participera à la table ronde Écologie et environnement, animée par Xavier-Lord-Giroux, avec Paul Bossé et Guilmond Brideau le samedi 21 octobre à 16 h 30 – La Caserne, Centre des arts et de la culture de Dieppe

Université de «Moncton»: Changer de nom pour mieux surmonter le passé

Photo © Patrick Lacelle – Archives – Acadie Nouvelle

Acadie Nouvelle

Par Alain Deneault
13 octobre 2023

Les bons arguments ne conduisent pas nécessairement aux bonnes conclusions. Ainsi en va-t-il de l’idée voulant que les Acadiens devraient avaler une fois pour toutes le signifiant «Moncton» pour désigner leur université, au prétexte qu’il leur faut surmonter les ressentiments dus à l’histoire.

[…] Le débat fort légitime autour du changement de nom de l’Université de Moncton tourne donc autour de dualités: s’infliger les tristesses du passé ou les dépasser, y voir un coût ou un investissement, en pressentir un fardeau ou y reconnaître une chance.

Le 33e Salon du livre de Dieppe accueillera une quarantaine d’auteurs invités

Photo : Archives – Acadie Nouvelle

Acadie Nouvelle

Parmi les 43 auteurs invités, on retrouve plusieurs écrivains de l’Acadie, dont Paul Bossé, Émilie Turmel, Jonathan Roy, Cindy Roy (Féeli Tout), Valois Robichaud, Camille Perron-Cormier, Sonya Malaborza, Joanie Duguay, Alain Deneault, Caroline Bélisle, Carolle Arsenault, Joséphine Watson, Sébastien Bérubé et Fernande Chouinard. […] Toute la programmation peut être consultée sur le site web du Salon du livre de Dieppe. » – Acadie nouvelle

Par Sylvie Mousseau
26 septembre 2023
La conférence L’économie de la nature et les biorégions d’Alain Deneault aura lieu le samedi 21 octobre à 14 h 30 – Salon du livre de Dieppe
Alain Deneault participera à la table ronde Écologie et environnement, animée par Xavier-Lord-Giroux, avec Paul Bossé et Guilmond Brideau le samedi 21 octobre à 16 h 30 – La Caserne, Centre des arts et de la culture de Dieppe

Un professeur de l’U de M prendra part à une journée de réflexion sur les paradis fiscaux

Photo : Acadie Nouvelle

Acadie Nouvelle

« Un professeur d’Université de Moncton [Alain Deneault] prendra bientôt part à une journée de réflexion et de débats portant sur les paradis fiscaux et la finance offshore. Il figure parmi les 11 spécialistes canadiens invités par l’Université TÉLUQ et l’organisateur de l’événement Franck Jovanovic un professeur d’économie de renommée mondiale. […] » – Acadie Nouvelle

Par Sébastien Lachance
9 septembre 2023
Alain Deneault, professeur de philosophie et sociologie – Université de Moncton

Université de Moncton: plus de 1000 personnes réclament un autre nom

Photo : Cédric Thévenin – Acadie Nouvelle

Acadie Nouvelle

« […] Le militant nationaliste acadien, Jean-Marie Nadeau, continue sa campagne pour changer le nom de l’Université de Moncton (U de M). Son dernier coup d’éclat est l’envoi d’une lettre à la direction de l’établissement: la chancellière Louise Imbeault, le président du Sénat académique Denis Prud’homme et le président du Conseil Denis Mallet.

Il a écrit sa missive avec l’ex-recteur de l’U de M, Jean-Bernard Robichaud. Il a réussi à la faire signer par plus de 1000 personnes. Parmi elles se trouvent l’écrivaine Antonine Maillet, le professeur de philosophie Alain Deneault, le sénateur René Cormier, le maire de Caraquet Bernard Thériault, la députée Francine Landry et l’ancien ministre Bernard Richard, par exemple. […] »

Par Cédric Thévenin
6 mars 2023

LETTRE : Les Néo-Brunswickois.e.s s’opposent à la tendance à la prestation privée des soins de santé

Photo : Adobe Stock

Acadie Nouvelle

« Note de l’éditeur : Cette lettre, rédigée par le défenseur de longue date des soins de santé publics Jean-Claude Basque et signée par près de 100 personnes, a été envoyée au premier ministre Blaine Higgs et à tous les députés de l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick le 21 octobre 2022. Quelques jours plus tard, le 26 octobre, le gouvernement du Nouveau-Brunswick a présenté un projet de loi visant à permettre à l’Assurance-maladie de payer un plus grand nombre de chirurgies et de procédures médicales à l’extérieur des hôpitaux. »

Par Jean-Claude Basque
et plusieurs autres cosignataires dont Alain Deneault
4 novembre 2022

Nous ne voulons pas retourner en arrière

Photo: iStock, Acadie Nouvelle

Acadie Nouvelle

Texte collectif 
dont Alain Deneault est cosignataire 
1er novembre 2022

Monsieur le député Jean-Claude d’Amours, nous sommes très préoccupés, nous croyons comme vous, par la situation qui perdure dans notre système public de santé. Nous ne dresserons pas la liste des différents défis auxquels il fait face, car comme député, vous les connaissez sûrement […]

Le Festival international de slam/poésie en Acadie accueillera une soixantaine d’artistes

La directrice du CPSC, Marie-Thérèse Landry – Photo © Acadie Nouvelle

Acadie Nouvelle

«Près de 60 artistes slameurs d’une quinzaine de pays prendront part aux diverses activités du 6e Festival international de slam/poésie en Acadie (FISPA), du 1er au 15 octobre. […] Au chapitre des nouveautés, on retrouve le Cabaret Coquin, le Bongo slam et une journée de réflexion sur le thème de l’insularité. Le professeur et philosophe Alain Deneault sera le conférencier et une table ronde animée par Gastien Godin suivra la conférence.»

Par Sylvie Mousseau
13 septembre 2022

Coups de coeur du N.-B. Le choix de Kevin Arseneau

Le Festival FRYE Festival partage – sur sa page Twitter – le coup de coeur de Kevin Arseneau pour l’essai Une escroquerie légalisée d’Alain Deneault dans le cadre de la 3e édition de la journée J’achète un livre au N.-B. annoncé dans le journal l’Acadie Nouvelle.