Quand les caisses étaient populaires

Photo Bernard Haché – Acadie Nouvelle

Acadie Nouvelle

Par Alain Deneault
14 février 2024

Qui parle ? Un haut représentant des Caisses populaires – appelons-les encore ainsi –, actif en milieu francophone minoritaire.

Que nous dit-il ?

Que l’institution soutient en priorité ceux qui ont combattu pour la langue française.

Qu’elle reste reconnaissante envers Alphonse Desjardins, le fondateur de ce mouvement coopératif, en tant qu’il incarnait le désintéressement, « l’apostolat ».

Qu’on se souvient du grand homme comme un être de vocation dénonçant « les ravages de l’usure [prêts à hauts taux d’intérêt] », que faisaient subir les « requins de la finance » aux « artisans et cultivateurs », les réduisant à la « misère ».

Qu’Alphonse Desjardins, prodigue, fonda autant de caisses populaires qu’il y avait d’endroits destinés à les accueillir, plutôt que de songer à rationner les services.

Qu’il communiquait constamment avec ses gérants, pour les inviter à la prudence et les amener « à s’imprégner des principes coopératifs, sans lesquels sa société perdrait de vue le but qu’elle s’est assigné. »

Que la coopérative – tout à fait  étrangère au statut impropre et insignifiant de coopération – se révèle « un organisme supérieur aux institutions financières capitalistes, qualité qui résulte du fait que son action n’est pas motivée par l’appât du gain, mais qu’elle s’inspire de l’amour du prochain. »

Qu’elle ne cultive nulle envie de s’enrichir en endettant autrui. « La caisse populaire est une école enseignant l’économie tout en facilitant la pratique de l’épargne. Une institution qui doit d’abord être une coopérative d’épargne avant de devenir une dispensatrice de crédit. Contrairement à la compagnie de prêt, qui perdra son client le jour où il ne sera plus dans l’obligation d’emprunter, la caisse populaire se donne pour mission de travailler à son éducation pour en faire un épargnant. » Elle les amène aussi à se connaître et à s’aider mutuellement.

Que, ne s’adressant jamais, elle, à des « clients », contrairement aux banques, mais à des « sociétaires », elle leur est dédiée. La coopérative veut s’assurer de « protéger ses membres contre les revers de fortune, les résultats du chômage, la maladie et l’indigence ». Elle leur vient en aide au besoin « par des prêts et des avances », mais leur apprend aussi à administrer leurs biens avec prudence.

Et, surtout, que « le but de l’emprunt » est plus important que les enjeux de rendements, et que ce but se laisse jauger davantage en fonction des besoins d’une communauté que de l’appétit des investisseurs. Ce but reste de « combattre l’usure au moyen de la coopération en offrant à ceux qui le méritent, par leur amour du travail, leur habileté et l’honnêteté de leur conduite, les prêts dont ils ont besoin dans l’exercice de leur état. »

Qui parle ?

Maurice Gauthier, président honoraire de la Fédération des Caisses populaires de l’Ontario, lors de son assemblée générale annuelle de 1969.

Maintenant, aujourd’hui – question ouverte –, qui, chez UNI (YOU’N I ?) ou au sein du Mouvement Desjardins, est capable, les yeux dans les yeux, et substantiellement, d’un tel discours, voire d’une seule de ses assertions ?

Laissons de côté les flagorneries d’experts en marketing, et posons-nous sérieusement la question : depuis plus d’un demi-siècle, avons-nous progressé ?