Il est possible de comprendre l’évasion fiscale, et même dans le plaisir

Le Devoir

Par Éric Desrosiers
21 septembre 2024

[…] Après un documentaire sur la collusion entre les médias et le pouvoir politique (Les nouveaux chiens de garde), le réalisateur (Yannick Kergoat), scénariste et monteur avait envie de faire un film sur les travers de la finance. Avec ses amis, le producteur Bertrand Faivre et le journaliste Denis Robert, il a choisi de s’attaquer à la question de l’évasion fiscale.

[…] Le fruit de quatre ans de travail, La (très) grande évasion a finalement pris l’affiche en France à la fin de 2022. Un peu à la manière d’autres films produits ces dernières années sur des sujets économiques et financiers, le documentaire d’un peu moins de deux heures marie le travail de vulgarisation, les prises de position et, étonnamment, l’humour et le divertissement.

Les Québécois pourront en juger par eux-mêmes. Le film sera de passage prochainement dans un peu plus d’une demi-douzaine de villes, dont Carleton-sur-Mer (22 septembre), Rimouski (23 septembre), Québec (24 septembre), Montréal au Cinéma Beaubien ( 26 septembre) et Cinémathèque (du 26 septembre au 3 octobre), Gatineau (28 septembre), Sherbrooke (30 septembre), Caraquet (10 octobre) et Salaberry-de-Valleyfield (27 novembre). Fidèles à une tradition chère au coeur de son réalisateur, les projections seront suivies d’une discussion, cette fois-ci avec l’essayiste et philosophe québécois Alain Deneault.


** […] Après bien des tractations et des atermoiements, plus d’une centaine de pays y ont convenu, entre autres, d’un nouveau mécanisme d’échanges automatiques d’information sur leurs ressortissants qui ouvrent des comptes bancaires à l’étranger. Plus de 145 pays et juridictions sont également à mettre en place de nouvelles règles forçant les plus grandes entreprises à rapporter où se trouvent réellement leurs activités, leurs employés et leurs ventes, afin de s’assurer qu’elles payent au moins un impôt minimum de 15 % sur leurs profits.

Le documentaire n’accorde pas beaucoup de crédit à cette démarche ni de temps à l’expliquer et à la vulgariser. Tout cela n’est qu’une « machine à nous faire perdre du temps » inventée par des « pompiers pyromanes » qui n’ont aucune véritable intention de changer l’ordre des choses, y assène Alain Deneault.

Ce n’est toutefois pas l’avis de tout le monde. À commencer par Gabriel Zucman, lui-même qui qualifiait déjà, en 2021, les nouvelles règles visant les multinationales « d’historiques, d’insuffisantes et de prometteuses ». Il disait alors que le taux d’imposition minimum de 15 % était « beaucoup trop bas, [mais] que rien n’empêchera la suite de passer rapidement à 25 % ». **

** [ Il est à noter – contrairement à ce qui est mentionné dans les trois derniers paragraphes de cet article – qu’Alain Deneault n’a pas dénoncé mais plutôt salué l’initiative internationale d’une taxe de 15% sur les bénéfices des multinationales, et ce, dans les pages du Monde diplomatique de juillet 2021, soit un an après l’entretien qu’il a accordé à monsieur Kergoat. ] **

Et les multinationales paieront (un peu) par Alain Deneault
Le Monde diplomatique – Juillet 2021

Essais sur les paradis fiscaux d’Alain Deneault

La (très) grande évasion : un film documentaire sur les paradis fiscaux présenté avec le soutien de l’AREQ

« L’AREQ (Le mouvement des personnes retraités CSQ) a récemment donné son appui à la projection du film documentaire La (très) grande évasion de Yannick Kergoat.

Ce film sera présenté en tournée dans neuf villes du Québec, au cours des prochaines semaines, sous l’impulsion de Funambules Médias (et en collaboration avec les partenaires suivants : AREQ, Caisse d’économie solidaire Desjardins, le syndicat des Métallos, Échec aux paradis fiscaux, Conseil central des syndicats nationaux de l’Outaouais-CSN, Attac-Québec, Éditions Écosociété.

Chaque projection sera suivie d’une discussion avec le philosophe Alain Deneault, qui apportera un éclairage indispensable sur les thèmes abordés dans le film, mettant en lumière les mécanismes d’oppression économique qui minent nos démocraties. » – AREQ

[…] Avec rigueur, et une certaine dose d’humour, ce documentaire explique les mécanismes des paradis fiscaux, dévoile les discours de façade des politicien.ne.s pour les combattre et démontre comment l’évasion fiscale n’est pas un défaut du système néolibéral dont on pourrait s’accommoder, mais bien l’un de ses rouages essentiels qui accélèrent la croissance des inégalités. » – AREQ

Image de la bande-annonce avec l’extrait d’Alain Deneault
Bande-annonce du documentaire La (très) grande évasion de Yannick Kergoat

Essais sur les paradis fiscaux d’Alain Deneault

Québec solidaire, l’indépendance et la lutte dans l’État canadien

Presse-toi à gauche

Par André Frappier
10 septembre 2024

« Dans un communiqué envoyé récemment, la direction de Québec solidaire exprimait sa position concernant les élections fédérales à venir. Elle rappelait que les instances du parti n’appuyaient aucun parti ou candidature et que ce devoir d’impartialité s’appliquait à toutes les personnes élues et porte-paroles des instances locales et régionales.

[…] Plus de 75% des sociétés mondiales d’exploration ou d’exploitation minière ont leur siège social au Canada et près de 60% de celles cotées en Bourse s’enregistrent à Toronto à cause des avantages juridictionnels et réglementaires réservés par le Canada à ce secteur d’activité. L’ex premier ministre Brian Mulroney et l’investisseur Paul Desmarais ont fait partie du Conseil international de Barrick Gold, une des pétrolières présentes au Nigéria TG World Energy Corp. de Calgary était représentée par l’ancien premier ministre Jean Chrétien et Joe Clark a représenté les intérêts de First Quantum Mining en Afrique. [1] » – Extrait de Paradis sous terre d’Alain Deneault et William Sacher

[1] ( Paradis sous Terre, Alain Deneault, William Sacher)

La (très) grande évasion avec Alain Deneault

Les productions Funambules médias et ses partenaires présentent – à compter du 22 septembre prochain – la tournée au Québec du documentaire La (très) grande évasion de Yannick Kergoat en présence du philosophe Alain Deneault.

Les partenaires de Funambules Médias sont: AREQ, Caisse d’économie solidaire Desjardins, le syndicat des Métallos, Échec aux paradis fiscaux, Conseil central des syndicats nationaux de l’Outaouais-CSN, Attac-Québec, Éditions Écosociété.

« Chaque projection sera suivie d’une discussion avec Alain Deneault, philosophe et auteur d’essais critiques, qui apportera un éclairage unique sur les enjeux abordés dans le film, favorisant ainsi une réflexion collective sur la justice fiscale et la responsabilité sociale. » – Source: Funambules médias


Tournée du film La (très) grande évasion
* En présence d'Alain Deneault *

22 septembre à 13h — Studio du Quai des artsCarleton-sur-Mer
23 septembre à 19h30 — Coopérative Paradis (Paraloeil) — Rimouski
24 septembre à 19h — Musée de la civilisationQuébec
26 septembre à 19h — Cinéma BeaubienMontréal *COMPLET
27 septembreCinémathèque québécoiseMontréal *COMPLET
28 septembreCinéma 9 Gatineau
30 septembre à 18h30 — Maison du cinémaSherbrooke
10 octobre à 19 h — Cinéma du Centre Caraquet Caraquet
30 novembre à 19 h — La factrie, café culturelSalaberry-de-Valleyfield

Du 28 septembre au 3 octobre (sans la présence d'Alain Deneault)— Cinémathèque québécoise, Montréal

« La (très) grande évasion a choisi avec intelligence d’expliquer de manière ludique, non dépourvu d’ironie, les mécanismes (plus complexes en apparence qu’en réalité) d’un système imbattable fondé sur le leurre systématique et sur la réussite permanente de l’évasion fiscale. […] » – ON-mag

Résumé du film
Le capitalisme est-il devenu incontrôlable ? De révélations en scandales successifs, l’évasion fiscale est devenue un marronnier médiatique et l’objet d’un concours de déclarations vertueuses pour les politiques. Alors que les multinationales et les plus riches ont de moins en moins de scrupules et de plus en plus de moyens à leur disposition pour échapper à l’impôt, pour nous, simple citoyen, les politiques d’austérité s’intensifient et les inégalités explosent. On voudrait nous faire croire que les mécanismes de l’évasion fiscale sont incompréhensibles et qu’elle est impossible à endiguer… Il ne nous reste alors que nos bulletins de vote, notre déclinant pouvoir d’achat et nos yeux pour pleurer. À moins que l’on puisse en rire malgré tout.
Bande-annonce du documentaire La (très) grande évasion de Yannick Kergoat
Image de la bande-annonce avec l’extrait d’Alain Deneault

Essais sur les paradis fiscaux d’Alain Deneault

Stéphane Martineau suggère la lecture de plusieurs essais d’Alain Deneault sur son blogue «Propos sur le monde»

Philosophe en méditation, œuvre de Rembrandt, 1632
Stéphane Martineau, professeur titulaire au département des sciences de l'éducation de l'Université du Québec à Trois-Rivières, suggère la lecture de plusieurs essais d'Alain Deneault sur son blogue Propos sur le monde - 4 juin 2024

« Intellectuel prolifique, penseur aux idées profondes et percutantes, il faut le lire…notamment :

Deneault, A. (2022). Moeurs. De la gauche cannibale à la droite vandaleMontréal : Lux. Collection «Lettres libres».

Deneault, A. (2018). Faire l’économie de la haine. Essai sur la censure. Montréal : Écosociété.

Deneault, A. (2016). Politiques de l’extrême centre. Prologue graphique de Clément de Gaulejac. Montréal : Lux. Collection «Lettres libres».

Deneault, A. (2015). La médiocratie. Montréal : Lux. Collection «Lettres libres».

Deneault, A. (2013). Gouvernance. Le management totalitaire. Montréal : Lux. Collection «Lettres libres».

Deneault, A. (2010). Offshore. Paradis fiscaux et souveraineté criminelle. Montréal : Écosociété. »

Source: Stéphane Martineau, Propos sur le monde

Malartic : Une histoire de mine. Perspective du conservateur

Image tirée du site de l’ONF

« Une dizaine d’années après avoir réalisé un premier long métrage documentaire sur la venue d’un projet minier à Malartic (La règle d’or, 2011), le cinéaste Nicolas Paquet revient dans cette petite ville d’Abitibi, qui a vu un de ses quartiers être rayé de la carte pour faire place à l’excavation d’une immense mine d’or à ciel ouvert, pour y tourner un deuxième film, Malartic (2024).

[…] Cette lutte inégale contre les minières, ce rapport de force tordu, cette « faillite du droit », pour reprendre les mots de l’avocate citée précédemment, sont parfaitement illustrés dans l’excellent et percutant documentaire de Julien Fréchette Le prix des mots (2012). Il raconte la bataille judiciaire entre les compagnies Barrick Gold et Banro et le philosophe Alain Deneault, auteur du très critique livre Noir Canada, sur les agissements de ces entreprises en Afrique. Peu de temps après la sortie du livre, en 2008, les deux minières canadiennes entament des poursuites en diffamation totalisant plusieurs millions de dollars. Il s’en suit une escalade de procédures judiciaires, qui s’échelonne sur plusieurs années, et qui force la maison d’édition Écosociété, également visée par la poursuite, à retirer le livre de la circulation. Le film met en lumière l’impuissance des gens ordinaires face aux riches de ce monde, mais montre surtout les limites de la liberté d’expression dans un pays démocratique comme le Canada. […] » – Source: Office national du film du Canada

Malartic de Nicolas Paquet – ONF
Le prix des mots de Julien Fréchette. La saga judiciaire entourant le livre Noir Canada – ONF

Total: une mafia en costume cravate

«Dans son livre-enquête captivant, Alain Deneault détricote les ficelles de la stratégie d’influence de Total, aussi bien rodée qu’insaisissable. On y découvre avec effarement les multiples manipulations et détournements du droit qui ont conféré à la simple « entreprise pétrolière française » d’antan le pouvoir pharamineux qu’elle détient aujourd’hui. L’essai, intitulé De quoi Total est-elle la somme, dresse ainsi le portrait d’une multinationale à l’influence tentaculaire, présente dans plus de 130 pays à travers le monde.» – Vie – Environnement Afrique

L’Emprise Total. Le pouvoir silencieux du géant du pétrole. Une série documentaire de quatre épisodes par Greenpeace France, 2021.

Une omniprésence de TotalEnergies dans les stades et les musées

Le Monde

Par Roxana Azimi, Stéphane Mandard et Adrien Pécout
24 mai 2024

« Entre le mécénat culturel et le parrainage d’événements sportifs, les financements versés par la major pétrogazière pour soigner son image sont de plus en plus contestés.

En France, la fondation du groupe fonctionne avec un budget de 40 millions d’euros par an et finance, entre autres, un centre de formation, plusieurs institutions culturelles prestigieuses et nombre de manifestations sportives. Des parrainages de plus en plus contestés.

Pour trouver « un métier d’avenir » ou tout simplement « une deuxième chance », il suffit de traverser la rue Joséphine-Baker. Du moins, à en croire L’Industreet. Depuis fin 2020, ce « campus des nouveaux métiers de l’industrie » s’adresse aux jeunes de 18 à 30 ans. Sans condition de diplôme à l’entrée, il promet des « formations gratuites et qualifiantes » dans diverses filières (ligne de production automatisée, distribution d’énergie, robots assistés…). Tout cela payé par TotalEnergies, à Stains (Seine-Saint-Denis), par le biais de sa fondation d’entreprise.

Quand elle cherche à soigner son image, la major du pétrole et du gaz ne manque pas de faire savoir qu’elle est capable de bonnes actions pour la jeunesse et l’« insertion professionnelle ». Sa stratégie d’influence s’étend aussi à d’autres domaines de la société. Mécénat culturel, sponsoring sportif, financement de l’enseignement supérieur et de la recherche…

À travers ce soft power, concept habituellement réservé aux Etats, un message simple : le mastodonte de l’énergie affirme agir au nom de l’intérêt collectif, pas seulement pour les dividendes de ses actionnaires ou pour de nouveaux projets pétrogaziers aggravant le dérèglement climatique. Ce qui est très loin de convaincre le philosophe québécois Alain Deneault, auteur d’un essai cinglant, De quoi Total est-elle la somme ? (Rue de l’échiquier, 2017), pour qui cette stratégie est avant tout destinée à couper court à toute forme de critique. « Si vous donnez un petit peu d’argent à une association, si vous financez un musée, un programme patrimonial, une compétition de football, les bénéficiaires oseront moins mordre la main les nourrissant. »

Un budget quinquennal de 200 millions d’euros

En France, la Fondation TotalEnergies fonctionne avec un budget quinquennal de 200 millions d’euros, pour une période allant jusqu’à fin 2027. Soit 40 millions d’euros par an, dont près d’un quart pour L’Industreet, qui a accueilli quelque 300 élèves au cours de l’année écoulée. Une somme à mettre en perspective avec les bénéfices colossaux du groupe : de l’ordre de 19,8 milliards d’euros, à l’échelle mondiale, pour le seul exercice 2023.

C’est dès l’été 1992, peu après le Sommet de la Terre à Rio, que la major se dote d’une fondation d’entreprise – la loi française autorise une telle structure juridique depuis 1990, pour des œuvres d’intérêt général. Durant les premières années, au risque de nager en plein paradoxe, ses contributions vont d’abord à la protection des océans et à la biodiversité marine. Comme s’il s’agissait de contrebalancer le fait que, durant la même décennie, elle « deviendra un acteur majeur » – elle le dit elle-même – des forages pétroliers en mer très profonde (deep offshore).

A la différence d’un parrainage (sponsoring,en anglais), le mécénat permet une réduction d’impôt allant jusqu’à 60 % du montant offert. Prérequis : les dons doivent se faire « sans contrepartie directe de la part du bénéficiaire », rappelle la loi. Pourtant, dans le domaine culturel, les largesses défiscalisées d’un mécène se rapprochent parfois d’opérations plus classiques de publicité. Elles génèrent des « retombées majeures en termes d’image et de notoriété », précise la Cour des comptes dans un rapport de 2018.

Sur les routes du populaire Tour de France

La Fondation TotalEnergies a déjà franchi le seuil de bon nombre d’institutions culturelles de prestige, à l’instar du Louvre, du Palais de Tokyo, du Musée du quai Branly ou de l’Opéra de Paris. « Dans les coulisses du pouvoir, les expositions servent aussi de levier diplomatique à la multinationale », pour faciliter ses activités à l’étranger, considère l’ONG Greenpeace, dans une série de documentaires diffusés en 2021 sur l’« emprise Total ».

Hors du mécénat, TotalEnergies refuse de préciser quel est le montant pour ses campagnes publicitaires. Avec le parrainagesportif, l’idée est d’« accentuer [un] ancrage territorial », explique le groupe aux quelque 3 300 stations-service dans l’Hexagone. Celui-ci, par ailleurs fournisseur d’électricité et de gaz auprès de particuliers, a renforcé sa présence autour des terrains de rugby. Partenaire de la Coupe du monde 2023 en France, il est aussi devenu, ces derniers mois, celui du championnat national, le Top 14, et des joueurs du XV de France. En parallèle, la marque continue de s’afficher sur la tenue du club de Pau – non loin de l’ancien gisement gazier de Lacq, découvert en 1951.

En juillet, le grand public retrouvera les couleurs de TotalEnergies sur les routes du très populaire Tour de France : dans la caravane publicitaire et sur le maillot de l’équipe cycliste du même nom. L’entreprise déclare lui verser autour de 10 millions d’euros par an – de quoi classer les coureurs dans la seconde moitié de peloton.

Le ballon rond reste le principal engagement sportif de la compagnie, avec plus de 100 millions d’euros entre 2016 et 2024, selon nos informations. Il passe par l’Afrique qui « fait partie intégrante de l’ADN de TotalEnergies », selon son PDG, Patrick Pouyanné. La major est le principal partenaire de la Confédération africaine de football (CAF) depuis 2016. Toutes les compétitions organisées par la CAF portent son nom, y compris la célèbre « CAN », rebaptisée « Coupe d’Afrique des nations TotalEnergies ». La marque est partout : sur les panneaux publicitaires autour du terrain, derrière les entraîneurs lors de conférences de presse, sur le trophée remis au meilleur joueur du match…

Le veto d’Anne Hidalgo

Mais pas de logo bariolé en perspective pour les Jeux olympiques et paralympiques de l’été 2024, à Paris. Malgré la perspective d’un chèque de 130 millions d’euros pour le comité d’organisation, Anne Hidalgo y a mis son veto, en juin 2019. « Il était inconcevable d’associer les Jeux à un grand prédateur qui nous mène dans le mur en matière de climat et de le laisser utiliser ces Jeux pour une opération de pur greenwashing », déclarela maire socialiste de la capitale. Un affront pour la multinationale, qui aurait voulu profiter du rayonnement de la compétition la plus regardée au monde.

« Les raisons de la maire de Paris étaient principalement d’ordre politique, commente Jacques-Emmanuel Saulnier, actuel délégué général de la fondation, et directeur par intérim de la communication du groupe. Au-delà des Jeux, il est regrettable que TotalEnergies serve régulièrement de punching-ball à la classe politique française et à des ONG. »

Dans certains musées aussi, le mécène commence à devenir encombrant. En 2018, tout de noir vêtus, des militants de l’ONG américaine 350.org se rendent au Louvre. Ils s’allongent au pied du Radeau de la Méduse, de Géricault. Aujourd’hui, l’établissement ne fait plus appel au géant pétrogazier. Discrètement, en 2021, l’Opéra de Lyon ainsi que la biennale d’art contemporain de la ville ont aussi rompu les liens. « Nos actions ont porté leurs fruits », se félicite Clémence Dubois, directrice adjointe des campagnes mondiales de 350.org.

Jacques-Emmanuel Saulnier l’assure : l’arrêt de partenariats ne le déstabilise guère. « Un mécénat interrompu, c’est autant d’argent disponible pour d’autres », préfère-t-il philosopher, affirmant avoir « plus de demandes » que de désistements.

« Bien hypocrite »

Plusieurs partenaires de longue date semblent encore attachés à cette manne. Jack Lang, président de l’Institut du monde arabe, s’est même démené pour obtenir une dotation à la hausse (500 000 euros en 2023). « Nous sommes une petite structure, nous avons besoin de cet argent », justifie l’ancien ministre de la culture, assurant « être totalement libre de sa programmation ».

« Quand une marque fait l’objet de contestations publiques, nous sommes bien sûr attentifs, mais nous n’avons pas jugé opportun de renoncer au soutien ancien de la Fondation TotalEnergies », poursuit Martin Ajdari, directeur général adjoint de l’Opéra de Paris. Lui évoque plus précisément OpérApprentis, programme de découverte à destination de jeunes adultes.

Quant au président de la Philharmonie de Paris, Olivier Mantei, il estime que « ce serait bien hypocrite de boycotter TotalEnergies tout en continuant à utiliser du kérosène pour faire venir des artistes du monde entier ». Son institution touche 200 000 euros par an pour Démos, dispositif d’éducation musicale à vocation sociale. Une façon comme une autre, pour l’entreprise, de faire baisser d’un ton les concerts de critiques.


Le système Total, anatomie d’une multinationale de l’énergie est un documentaire choc librement inspiré de l’ouvrage De quoi Total est-elle la somme ? Multinationale et perversion du droit d’Alain Deneault publié aux éditions Rue de l’échiquier et Écosociété. Le documentaire est réalisé par Jean-Robert Viallet et Catherine Le Gall et produit par ARTE France et Morgane Productions – 2022


L’Emprise Total. Le pouvoir silencieux du géant du pétrole. Une série documentaire de quatre épisodes par Greenpeace France, 2021.

« Au Québec, la censure ne meurt jamais », par Jean-Yves Mollier

Actualitté

Par Jean-Yves Mollier
8 avril 2024

« Alors que la France s’apprête à accueillir le Québec au Festival du livre de Paris en avril prochain, et que paraît au même moment une édition revue d’Interdiction de publier. La censure d’hier à aujourd’hui (éditions Double ponctuation, 2024, Prix Charles-Aubert d’Histoire), l’historien spécialiste du livre et de l’édition Jean-Yves Mollier revient sur les différentes formes de censure du livre au Québec. 

[…] À peine délivré de cette chape de plomb religieuse qui avait bridé l’imagination des écrivains de la Belle Province pendant des décennies, le Québec devait s’illustrer par la rigueur de ses procédures bâillons destinées à protéger, non plus l’Église catholique, mais l’économie nationale. Révélée par la publication du livre d’Alain Deneault intitulé Noir Canada. Pillage, corruption et criminalité en Afrique (Écosociété, Montréal, 2008), la « procédure bâillon » canadienne consistait, pour l’entreprise minière Barrick Gold par exemple, à demander six millions de dollars à la maison d’édition si elle s’entêtait à mettre en vente cette enquête sulfureuse. Aux termes d’une longue procédure et au prix d’un arrangement «hors cour», l’éditeur renonça à rééditer le livre, et les deux compagnies minières qui exigeaient désormais onze millions de dollars abandonnèrent leurs poursuites. […] »

Faire l’économie de la haine. Censure et autocensure : les procédés insidieux

Faire l’économie de la haine. Censure et autocensure : les procédés insidieux est une conférence d’Alain Deneault (collaborateur de la Chaire Colibex) qui a eu lieu dans le cadre des activités de COLIBEX, la Chaire de recherche France-Québec sur les enjeux contemporains de la liberté d’expression. L’activité a été organisée par Maryse Potvin (cotitulaire de la Chaire COLIBEX) – Durée: 54 min 53 sec – 20 février 2024

Pourquoi il ne faut pas rater le spectacle de danse « Hidden Paradise » à Châteauvallon qui parle d’évasion fiscale

nice-matin

"Parler au corps par le corps"
"C’est une pièce sur l’évasion fiscale. C’est entre la danse, le théâtre et la performance", résume la comédienne. Elle précise: " On reprend des propos d’Alain Deneault, qui est un philosophe québécois, lors d’un entretien à Radio Canada. Pendant huit minutes, il aborde ce sujet et ses conséquences très graves sur la société. En 2015, au Canada, l’évasion fiscale représentait 153 milliards de dollars et cela a un impact sur toute la société."

[…] Tout est très minimaliste pour souligner aussi les coupes budgétaires dans la culture, en partie liée à cette évasion fiscale tant décriée. Le monologue d’Alain Deneault est repris à la virgule près « avec les hésitations et leurs erreurs de langage, tel qu’il a été prononcé », précisent les interprètes. Seule bande-son du spectacle, ce discours a été monté en six boucles pour accompagner les comédiens. […] »

Par Fabrice Michelier
3 février 2024

La grande évasion d’Alix Dufresne

Photo © dldanse

Le Quotidien

Un vaste «système d’escroquerie»
« [...] C’est que le sujet la préoccupe depuis 2015, quand son alter ego Marc Béland entend au volant de sa voiture une discussion sur Radio-Canada, assez succincte mais limpide, entre Marie- France Bazzo («animatrice bien connue chez nous», précise-t-elle) et Alain Deneault, philosophe, professeur d’université (notamment à la Sorbonne) et essayiste.

Voilà deux décennies que ce dernier, comme le ferait un lanceur d’alerte, dénonce le coût social de l’évasion fiscale, soit la pratique qui consiste au détournement délibéré de la loi pour «payer moins d’impôts». Un vaste «système d’escroquerie», «rodé et légalisé» qui, d’un côté, profite «aux contribuables nantis, aux multinationales, aux grandes entreprises et aux banques», et de l’autre, fait payer le «coût à la population», étranglée par des «politiques d’austérité».

Citoyens «impuissants»
Empruntant les mots de la «brillante» synthèse du philosophe, Alix Dufresne déroule : «Quand vous attendez 40 minutes à -20 °C un bus qui ne passe pas, quand une compagnie de théâtre n’arrive pas à financer le moindre spectacle, quand vous patientez des mois pour une opération urgente, quand vos écoles, pleines d’amiante, sont dans un état lamentable… Tout ça, c’est à cause de l’évasion fiscale!».

En l’occurrence, des milliards de dollars (ou d’euros) qui ne retombent pas dans les poches de l’État et qui imputent directement les services publics. Avant de découvrir toute «la dimension» de cette fraude à grande échelle qui heurte les gens «au quotidien», la metteuse en scène et chorégraphe avait au départ, comme beaucoup, une idée évasive sur le sujet.

«On imagine que ça concerne les 1% des gens les plus riches, que c’est de l’argent qui vole au-dessus de nos têtes, qui se promène d’un endroit à un autre… C’est faux!», s’insurge-t-elle, précisant qu’au Canada, on parle de 153 milliards de dollars qui disparaissent chaque année des radars, au nez et à la barde des citoyens totalement «impuissants», et sous couvert de politiques «irresponsables». «C’est dingue, non?» Et encore, on ne parle que de la partie visible d’un iceberg sans fond. Face à l’ampleur du problème et de sa méconnaissance, Alix Dufresne et Marc Béland ont alors décidé de faire une pièce, la bien nommée Hidden Paradise, qui depuis 2018, tourne un peu partout (on l’a vue il y a deux ans au Off d’Avignon et on l’y reverra cette année), et n’a pas changé d’un iota par rapport à sa forme originale. […] »

Par Grégory Cimatti
31 janvier 2024

Critique danse : « Hidden Paradise », le spectacle citoyen de Alix Dufresne et Marc Béland

« Hidden Paradise est parti d’une entrevue entendue sur Radio-Canada Première en 2015. La journaliste Marie-France Bazzo s’y entretenait avec le philosophe Alain Deneault sur l’évasion fiscale.
Marc Béland et Alix Dufresne ont eu l’idée d’amener ce matériel radiophonique sur la scène pour la faire entendre à un public.
Transformant la scène en lieu de protestation contre ces paradis fiscaux, le duo pousse les spectateurs à prendre position, car Alix Dufresne et Marc Béland voient d’abord ce spectacle comme un acte citoyen.
[…] » - Les Midis de Culture, France Culture – 22 janvier 2024

Photo © David Ospina

Pourquoi la fortune des ultrariches de la planète gonfle-t-elle sans arrêt?

Tout un matin, ICI Radio-Canada
Entrevue avec Alain Deneault par Maxime Coutié
15 janvier 2024

« Selon le nouveau rapport d’Oxfam, la richesse des cinq hommes les plus riches de la planète a plus que doublé depuis 2020, passant de 400 milliards à 900 milliards de dollars. Comment se fait-il que cet écart de richesse se creuse au sein de la population année après année, alors que les gouvernements promettent le contraire depuis des décennies? Selon le philosophe Alain Deneault, le régime capitaliste actuel est construit pour favoriser l’enrichissement d’une petite minorité de la population.

Dans ce rapport, on souligne notamment que 5 milliards de personnes ont vu leur situation financière se dégrader.

L’auteur de l’essai Paradis fiscaux : la filière canadienne s’intéresse à deux éléments de ce rapport, soit le discrédit complet des États, qui ont échoué à éradiquer la pauvreté, et le fait que les multinationales sont au centre du pouvoir. En effet, ces dernières font partie de l’appareil d’État et n’ont pas intérêt à mettre fin au régime actuel, selon lui.

Alain Deneault donne comme exemple l’ancien ministre des Finances du gouvernement Trudeau, Bill Morneau. Sa famille est influente dans le milieu des marchés financiers canadiens.

« Pensez-vous qu’une personne comme ça va lutter contre le phénomène? » – Une citation de Alain Deneault »

Source : Tout un matin, ICI Radio-Canada

Photo Reuters/Gonzalo Fuentes

Alain Deneault a animé l’entretien avec Éric Martin au Salon du livre de la Péninsule acadienne

Alain Deneault a animé l’entretien avec Éric Martin, enseignant au département de philosophie du Cégep Saint-Jean-sur-Richelieu au Québec, chercheur-associé à l’Institut de recherche et d’information socio-économique (IRIS) et co-auteur de l’ouvrage «Bienvenue dans la machine» aux Éditions Écosociété, sur la place que prend l’intelligence artificielle su sein de l’éducation, le 6 octobre 2023 au Salon du livre de la Péninsule acadienne.

Photo © Ísjaki Studio
Photo © Ísjaki Studio
Photo © Ísjaki Studio

Voyage au bout de la mine. Le scandale de la Fonderie Horne

Voyage au bout de la mine. Le scandale de la Fonderie Horne est le plus récent ouvrage de Pierre Céré (La crise et le filet social, Les pots cassés, Coup de barre) publié aux Éditions Écosociété.

Originaire de Rouyn-Noranda (le lieu du scandale), l’auteur livre une enquête fouillée et dévastatrice sur les dangers causés par les métaux traités à la Fonderie Horne. La préface est d’Alain Deneault.

«Arsenic, plomb, cuivre, cadmium, dioxyde de soufre… « On savait. Mais on ne savait pas. » Déterrant couche après couche cent ans de complaisance et de déni, cette enquête rigoureuse dresse un panorama saisissant des impacts écologiques et sanitaires de la fonderie. Le verdict est sans appel : l’État québécois doit assumer ses responsabilités et faire payer la totalité de la facture de la décontamination à Glencore. L’empoisonnement a assez duré.» – Source : Éditions Écosociété

Parution : 5 septembre 2023
Éditions Écosociété - Collection Hors-série
Pierre Céré