Comment parler d’écologie sans perdre la tête ?

Comment parler d’écologie sans perdre la tête ? Conférence d’Alain Deneault à la Bibliothèque publique de Drummondville le samedi 29 mars à 13 h 30. L’inscription est gratuite mais requise en composant le 819 478-6573.

« Notre époque est marquée par l’angoisse devant des phénomènes
sociaux, politiques, climatiques et écologiques qui semblent
démesurés, inouïs par bien de leurs aspects. L’intervention vise à
trouver des façons d’aborder de manière lucide et féconde les enjeux
de ce siècle, c’est-à-dire en se donnant des desseins, des concepts et
des représentations symboliques adéquats. En partant de son essai
Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï, Alain Deneault
présentera sa vision des luttes pour l’environnement. »

Crise climatique, comment aller au-delà la sidération

Entretien avec Alain Deneault par Julien Magnollay à l’émission radiophonique Tribu sur RTS (Radio Télévision Suisse) autour de son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï le 11 mars 2025. Durée : 26 min 32 sec.

« Nous vivons dans une époque de bouleversement environnementaux. Certaines personnes se sentent désemparées face à la chute de la biodiversité et face aux catastrophes qui se répètent. Alors que faire? Et surtout comment faire? Est-ce aux Etats de prendre lʹinitiative? Aux entreprises? Aux individus? Alain Deneault, professeur de philosophie à lʹUniversité de Moncton au Canada, estime que nous devons sortir de lʹéco-anxiété qui nous empêche de réagir et réapprendre à vivre à une autre échelle. Il signe Faire que! Lʹengagement politique à lʹère de lʹinouï, chez Lux éditeur. Il est lʹinvité de Tribu. » – Tribu, RTS

Contre angoisse et résignation, un entretien avec Alain Deneault qui publie Faire que !

Entretien avec Alain Deneault par Daniel Mermet, créateur et animateur du magazine de grand reportage radiophonique Là-bas si j’y suis, sur son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï – Durée : 47 min 07 sec – 20 janvier 2025

Journaliste : Daniel Mermet
Technique : François Dellaca-Minot
Réalisation : Sylvain Richard

« FAIRE QUE ! Une réponse à la question « que faire ? » : FAIRE QUE !

QUE FAIRE ? C’est la question mille fois posée face à toutes les turbulences comme devant les grands horizons.

Comment s’orienter dans des bouleversements écologiques sans précédent, auxquels, manifestement, ni les États ni le capital ne remédieront ? Comment s’engager quand l’extrême droite sème la confusion et détourne la colère des objets réels ? Comment s’y prendre quand le libéralisme dissout tous nos repères dans la gouvernance technocratique ? Comment agir quand on est passé de Lénine à Calimero, du souffle révolutionnaire à la complainte victimaire ?

Alain Deneault cherche prémices et indices dans ce présent obscur et mou.

Que faire ? Livrer la guerre à la médiocratie et à cet extrême centre qui amène toujours le pire, et redessiner des grands desseins. Depuis la péninsule acadienne où il vit aujourd’hui, Deneault invite à explorer la « biorégion », une alternative écologique aux régions administratives avec des territoires découpés non par la législature mais par la nature, ce qui entraîne un autre moyen d’habiter et de protéger le territoire où l’on vit.

Un remède à l’écoanxiété ? D’abord un remède à l’angoisse et à la résignation. QUE FAIRE ? Le moment est venu de ne plus poser la question mais de FAIRE QUE ! » – L. B., Là-bas si j’y suis

Alain Deneault : « Nous vivons une époque impensable »

« Nous vivons une époque impensable ». Hervé Kempf s’entretient avec Alain Deneault sur la chaine YouTube de Reporterre, le média de l’écologie autour de son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï publié chez Lux Éditeur – Durée : 51 min 58 sec – 11 janvier 2025

« Comment s’engager politiquement dans cette ère de destruction inouïe ? Le philosophe québécois Alain Deneault évoque l’écoangoisse qui nous saisit, et comment réorienter cette énergie vers l’action. Une piste ? Les biorégions. » – Reporterre


Alain Deneault: « Nous vivons une époque impensable »

Photo © Mathieu Génon
Reporterre (Entretien — Culture)
Par Hervé Kempf
11 janvier 2025

« Alors que faire ? Vous, vous retournez l’expression et vous dites « faire que ». En quoi cela va-t-il nous aider à faire face à l’inouï ?

[…] Au fond, ce qu’on a compris, c’est que cette question-là, qui a été roborative et stimulante, a aussi été un frein. Pour deux raisons. Il est absurde de se demander que faire pendant qu’on fait, parce que ça nous inhibe dans le mouvement alors qu’on s’y trouve. D’autre part, il y a un problème dans la formule, c’est le statut du « que » qui est un pronom interrogatif qui appelle un complément d’objet direct, un objet, mais qui est donné directement, comme une consigne.

Alors que faire ? Cela ! L’inversion de la formule « que faire » pour « faire que » a pour vertu de modifier le statut du « que », qui devient une conjonction de subordination.

On n’est plus dans la prescription, mais dans l’invitation : faire qu’un monde nouveau advienne ?

On est dans le mouvement quand on « fait que ». Il n’y a pas d’interrogation. On est engagé dans quelque chose.

Ce que je suis en train de faire contribue à ce vers quoi nous voulons aller.

C’est ça. Le subjonctif est le mode des aspirations, des projections, de l’espérance. Parce qu’on ne sait pas exactement ce qui est à espérer. On le découvre en même temps qu’on y tend. […] »


Alain Deneault : « Être écoanxieux est un signe de santé mentale »

Vous-même, avez-vous été angoissé ?

Oui, très fortement, au point de quitter les villes. Il faut souligner qu’être écoanxieux ou écoangoissé est un signe de santé mentale. Il est important de passer à travers. Comment ? En se donnant un objet qui nous stimule. Sortir de l’angoisse, c’est mobiliser cette énergie qui évolue à vide et qui nous perturbe au profit d’un objet qui en vaut la peine. […]

Le concept de biorégion à l’ère de l’inouï – Conférence

Conférence HEP (École des hautes études publiques) et CR2 (Centre de recherche sur la ruralité) – Le concept de biorégion à l’ère de l’inouï

« Les bouleversements climatiques et la perte de biodiversité, conjuguées avec la perte annoncée d’approvisionnement en énergies fossiles et en minerais rendent difficilement pensables les conditions de l’avenir proche. Antidote à l’écoanxiété, la biorégion est un concept à la fois souple et précis qui permet d’envisager un avenir qu’on voit mal venir, en fonction d’enjeux tangibles.

Alain Deneault est professeur de philosophie au campus de Shippagan de l’Université de Moncton. Ses essais portent sur l’idéologie managériale, la souveraineté des pouvoirs privés et l’histoire de la notion polysémique d’économie.

Cette conférence a lieu à l’occasion de la sortie récente de l’essai d’Alain Deneault: Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï, Lux Éditeur, 2024. » – École des hautes études publiques (HEP)


Le concept de biorégion à l'ère de l'inouï
avec Alain Deneault
Conférence HEP et CR2
Présentée par Alain Deneault et Arnaud Scaillerez
Mercredi 8 janvier 2025 - 11 h 30 à 13 h (heure de Moncton/UTC−4)
Local 438 - Pavillon Léopold Taillon - 18 avenue Antonine-Maillet
Université de Moncton
Une collation sera offerte
La conférence est également disponible sur TEAMS
Inscription ici

Un monde en mal d’objet

Magazine L'appel - Nº 473
Par Frédéric Antoine
Janvier 2025

Le monde serait-il malade d’un “manque d’objet” ? C’est ce que pense le philosophe québécois Alain Deneault, récemment invité dans l’émission radio de Pascal Claude Dans quel monde on vit (RTBF La Première). Un objet, y expliquait-il, est ce sur quoi porte la pensée, c’est ce qui motive l’action. Au Moyen-âge, pour le philosophe, cet objet était la chrétienté. Au XVIIIe siècle, la raison, la science. Au XIXe, pour plusieurs, c’était le socialisme, etc. « Chez moi, disait-il ensuite, à la fin du XXe siècle, le projet indépendantiste québécois était structurant. C’était un objet de la pensée. Ou, disons, un dessein. »

Et pour ce siècle-ci ? Alors que cet “objet” pourrait être l’écologie politique, le philosophe en doute. En réalité, pense-t-il, « nous sommes maintenant des “sans-dessein”. Et, puisque nous sommes en mal d’objet, nous nous rabattons sur des objets de substitution.  » Car, « lorsqu’on est angoissé et dans le désarroi parce qu’on ne sait plus à quel saint se vouer, on cherche des objets de substitution. » Parmi ces objets sur lesquels on se rabat par dépit, Alain Deneault distingue par exemple le Trumpisme, mais aussi certains courants qui animent le secteur du développement durable et à cause desquels on « finit par se faire croire qu’en travaillant sur le petit, on agit sur le grand ».

Tout le monde sent que notre monde ne tourne pas rond. Mais pourquoi ? La pensée du philosophe québécois, que l’on n’est pas obligé de partager dans sa totalité, a en tout cas le mérite d’ouvrir une perspective de réponse : celle de cette absence de “grand dessein” qui caractérisait notre époque. Un “manque d’objet” qui nous mettrait dans un désarroi tel que, pour continuer à vivre, nous n’aurions d’autre choix que de nous rabattre sur des ersatz de projet. Des objets de substitution dans lesquels nous investirions faute de mieux, qui nous feraient à court terme croire
que les choses pourraient à nouveau avoir un sens, mais qui, à long terme, nous pousseraient surtout dans des impasses où nous pourrions nous perdre.

Les éléments relevés ici ne constituent qu’une partie de la pensée de ce philosophe, qui considère qu’une des issues aux errements actuels est de s’engager politiquement, comme l’indique le titre de son dernier livre : Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï.

Au-delà des préconisations qu’y développe l’auteur, c’est son constat de départ qu’il a paru intéressant de mettre en exergue alors que le calendrier 2025 succède à celui de 2024. L’année nouvelle étant l’occasion de se fixer des objectifs, ou le moment de re- mises en question, en voilà une, et de taille : s’interroger sur l’objet qui pourrait occuper notre pensée et nous pousser à agir. Et réfléchir au dessein que nous pourrions définir pour le monde d’aujourd’hui, mais aussi pour nous-mêmes et pour nos proches. En essayant de mettre de côté ces objets de substitution qui nous tiennent certes en vie, mais comme sous perfusion, et ne nous aident pas nécessairement à grandir. Sur une planète où, faute de projet collectif structurant, de plus en plus de monde ne considère l’avenir que de manière pessimiste, il s’agit là de bien plus que d’une belle résolution de l’an neuf. C’est une impérieuse nécessité.

Le non-événement de l’année

Photo © Mike Carlson – Archives – Acadie Nouvelle

Acadie Nouvelle

Par Alain Deneault
26 décembre 2024

Le non-événement de l’année

Le journalisme gagnerait à couvrir ce qui ne se passe pas, par-delà ce qui se produit. Il peut se révéler plus important encore qu’en certaines circonstances des choses n’adviennent pas, que ce qui se donne à traiter comme « faits ».

Ainsi, le non-événement de l’année en Acadie et au Nouveau-Brunswick concerne l’absence presque complète de considérations lors de la dernière campagne électorale pour l’enjeu même du XXIe siècle, les perturbations climatiques et la catastrophe écologique dans lesquels nous nous enlisons collectivement. Bien sûr, on ne s’étonne même plus que le rituel autour d’un scrutin débouche sur des enjeux très circonscrits : des éléments de langage n’allant pas plus loin que le slogan ou des petites phrases destinées à faire tilt à l’oreille d’un électorat désabusé. On ne s’en déçoit même pas, dans la mesure où la déception suppose quelques attentes… En cela, la relégation de l’écologie au rang de tabou était prévisible. 

Mais on s’en désole. Tout donne à penser que nos sociétés sont engagées dans des spirales régressives proprement infernales. Plus un problème est grand, impressionnant, terrifiant à ses heures, plus les responsables politiques qui sont attitrés à s’y mesurer le refoulent et nous en distraient. Plus ils le refoulent et nous en distraient, plus le problème croît et gagne en dangerosité. Ainsi en va-t-il des perturbations climatiques et de la grave perte de biodiversité dont la société industrielle et commerciale moderne est responsable. Rappelons l’antienne écologiste puisque le plus grand nombre à la suite de ces représentants souhaite l’étouffer : le réchauffement climatique est responsable de perturbations graves et meurtrières. Les catastrophes dites « naturelles » sont, dans leur augmentation et leur fréquence, la conséquence de l’émission de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Pensons aux gens de Mayotte, département français dans l’océan Indien où des milliers d’insulaires ont tout perdu en un instant, ou, le mois dernier, les résidents de Valence, en région côtière d’Espagne. 

Rien n’est fait pour stopper sérieusement ce phénomène. Les plus cyniques nous font croire que tout ira pour le mieux en consommant toujours et encore, surtout de nouvelles babioles (voitures électriques et objets de pointe à batterie), et en construisant des infrastructures polluantes étant donné leur forte concentration en minerais (panneaux photovoltaïques, tours éoliennes). Or, le processus de réchauffement climatique est enclenché sur un mode autonome. Les aires forestières contribuent à l’atténuation du réchauffement climatique (elles captent le carbone plutôt que de le laisser produire ces effets réchauffant), mais des lobbies et des irresponsables politiques continuent de militer pour la déforestation, comme à Tracadie, même si la filière bleuetière fonctionne déjà à plein régime (Acadie Nouvelle du 29 novembre : « Des milliers de livres de bleuets pourrissent dans les champs de la Péninsule acadienne »). Aussi, les surfaces réfléchissantes cèdent à des espaces océaniques qui se chargent de la chaleur des rayons solaires, rendant inéluctable le phénomène de la fonte des glaciers, du réchauffement des eaux et de la montée de leur niveau. Bientôt, les croûtes glaciaires qui contiennent naturellement le méthane vont se fissurer et libérer ce redoutable gaz à effet de serre qu’elles contiennent pour l’heure naturellement.  

Mais nos sociétés, à commencer par leurs dirigeants – les représentants politiques certes, mais surtout les chefs d’entreprises et grands destinataires goulus de la croissance financière –, ne semblent pas capables de faire preuve de la maturité, de la hauteur de vue et de la grandeur d’âme requises pour faire face à l’histoire. 

Le professeur Mario Lévesque de l’Université Mount Allison m’a invité à faire partie d’un collectif de chercheurs appelés à faire le point sur la campagne électorale de 2024 pour les législatives au Nouveau-Brunswick. Chacun, chacune devait explorer une question en lien avec les programmes politiques et prestations des partis en lice. Je me suis acquitté de l’enjeu écologique. Inutile de dire à quel point je suis resté sur ma faim. Le constat est clair : dans leurs déclarations publiques, aucun des partis politiques n’a fait substantiellement de la question écologique un enjeu en soi. 

Le  Parti « progressiste »-conservateur a inexorablement soumis la question écologique aux intérêts de la haute finance et de la grande industrie, en faisant même de cette subordination un engagement électoral. Jamais, avec nous, exprimait-il en substance, l’enjeu climatique ou environnemental n’allait altérer de quelque façon la capacité des grands groupes à engranger toujours plus de profits, ceux-ci dussent-ils demeurer pharaoniques. Qui plus est, sa résolution à lutter contre le projet de taxe carbone du gouvernement fédéral consistait en une forme dissimulée de dénégation de l’enjeu climatique. Comme l’a résumé François Gravel dans lAcadie Nouvelle du 25 mars dernier, « il existe de multiples taxes au Canada. C’est le fait que celle-ci soit liée à la lutte contre les changements climatiques qui chatouille particulièrement la droite ». La rhétorique droitière nous a habitués à ces procédés obliques : on distille un propos rétrograde sur la climatologie sous prétexte de lutter contre une taxe, comme sporadiquement on s’attaque aux conquis sociaux des francophones au motif de s’intéresser à l’équilibre budgétaire. 

Les Libéraux ont, pour leur part, relégué la question écologique au bas de leur liste thématique. Chez eux, c’est le vieux concept usé de la « préservation » qui est cité, ce qui est une façon habile de ne pas donner l’impression de soumettre l’environnement à l’enjeu des affaires, pour plutôt le présenter… en parallèle. Comme deux lignes qui ne sont pas appelées à se toucher, on traite d’intendance industrielle et commerciale d’une part, puis d’environnement d’autre part, à la manière d’enjeux distincts. Lorsque ces deux domaines finissent par se frotter fatalement, et exigent qu’on tranche, le parti d’extrême centre se perd dans ses contradictions. Par exemple dans le dossier du glyphosate. Le Parti libéral propose, pusillanime, d’en « réévaluer la sécurité » – postulant par le fait même de manière négationniste que le glyphosate est de quelque façon sécuritaire –, et tout à la fois de « mettre en œuvre les recommandations du Comité permanent des changements climatiques de l’intendance de l’environnement [du Nouveau-Brunswick] pour renforcer les restrictions sur l’utilisation des pesticides et des herbicides, y compris étudier l’interdiction des pulvérisations aériennes ». Comprenne qui veut : le parti lave le glyphosate de tous maux mais cite favorablement une étude qui envisage sa restriction… 

Enfin, le Parti vert – qui a, sans surprise, le projet politique le plus sérieux, le plus ambitieux, le plus étoffé sur la question écologique et géographique – a donné l’impression de dissimuler au public les pages les plus importantes de son programme, en axant sa campagne sur le thème du financement et de la gestion de la santé publique, et en se présentant comme un parti compatible avec les autres dans l’optique d’apporter son soutien à une formation éventuellement minoritaire en chambre. Dans sa communication, c’est sous le thème de la « sécurité » qu’il a fait passer quelques mesures convenues sur ce qui devait être pourtant son sujet de prédilection. 

Avec les climatonégationnistes qui arriveront ou risqueront d’arriver au pouvoir en 2025 aux États-Unis, au Canada et en France, notamment, inutile de se souhaiter la bonne année le 1er janvier. Comme le philosophe Günther Anders le concevait, commençons par nous souhaiter de ne pas tout perdre. Commençons à réfréner nos délirantes ardeurs consuméristes. Apprenons à critiquer les responsables de toutes ces enseignes commerciales et leurs marketeurs qui nous aliènent dans leur dément projet de société. Une fois contournée et dépassée la petite chanson idéologique qui concourt à notre perte au quotidien, apprenons à nous donner des biorégions où nous soignerons nos coins de planète éprouvés, où nous ajusterons notre mode d’organisation aux géographies et communautés dont nous continuons de dépendre. 

Les médiocres ont le pouvoir (et on est dans la m*rde)

Les médiocres ont le pouvoir (et on est dans la m*rde). L’interview avec Alain Deneault philosophe. Entretien avec Alain Deneault par Samuel Fergombé et Lili Marseglia pour L’étincelle média, le 22 décembre 2024 – Durée : 50 min 08 sec

« Comment agir politiquement à l’ère de l’inouï, quand on ne dispose d’aucun pendant historique pour appréhender les catastrophes annoncées ? Comment s’engager quand l’extrême droite sème la confusion et détourne la colère des objets réels ? Comment s’y prendre quand le libéralisme dissout tous nos repères dans la gouvernance technocratique ? C’est à ces questions cruciales qu’Alain Deneault, philosophe engagé, a répondu lors de la présentation de ses livres Faire que et La Médiocratie. À travers ses réflexions, il invite à repenser l’action politique face à un monde en crise, où les repères traditionnels semblent se dissoudre sous les pressions économiques et idéologiques. » – L’étincelle média

Réfutations avec Alain Deneault – Entretien audio

Réfutations avec Alain Deneault. Entretien avec Alain Deneault par Adam Szanyi sur la chaîne YouTube Refutatio. Durée : 1 h 39 min 35 sec – 17 décembre 2024

« Nous abordons de façon critique plusieurs des thèmes sur lesquels Alain Deneault a travaillé ces dernières années: l’inouï, l’angoisse, l’extrême-centre, la polarisation politique, le capitalisme global, la biorégion. » – Refutatio

Thèmes par segment
00:00 Prologue
1:52 Présentation
3:40 Question 1: L'inouï
6:50 La technique et l'angoisse
11:20 L'inouï comme l'impensable
14:20 Système terre détraqué
18:40 (Fausse) modélisation économique
24:05 Q.1.1: L'intelligence articificielle
27:15 Médiocrité et technique
36:00 Le sujet sans formes
38:40 Question 2: L'extrême centre
40:35 Déclin de l'extrême centre
48:05 Q 2.1: L'état de la gauche
49:50 Dialectique vs Essentialisme
53:50 Objets de substitution
1:01:10 Ressemblances gauche-droite
1:09:00 Question 3: Classe moyenne globale
1:13:50 20% de bénéficiaires
1:19:50 Optimisme et pessimisme
1:25:10 Lucidité
1:27:00 La biorégion
1:32:30 Question 4: Tendances contradictoires
1:33:20 Vers la déréliction
1:38:00 Conclusion

L’irrationalité nous mène-t-elle à la médiocratie ?

Illustration © Cäät
EDL - Espaces de libertés
Le magazine du Centre d'Action Laïque
Par Sandra Evrard
15 décembre 2024

Pourquoi n’arrivons-nous pas à combattre le réchauffement climatique de manière efficace et rationnelle ? Selon le philosophe québécois Alain Deneault, nous ne serions pas outillés psychiquement pour faire face à une évolution aussi rapide. L’auteur de La médiocratie et de Faire que! épingle également le fait que le mensonge officiel s’applique de façon coercitive, avec peu de place pour un véritable débat et les nobles échanges d’idées. Pour sortir de ce qu’il qualifie d’« ère de l’inouï », il nous invite à changer d’échelle.

Le titre de votre dernier ouvrage évoque « l’ère de l’inouï ». Que recouvre cette expression ?

Traiter d’écologie politique aujourd’hui nous place dans la position de Cassandre. Parler de ce que le siècle nous réserve se révèle très difficile. Est inouïe, ou inaudible, toute discursivité s’essayant à traiter ce qui dépasse l’entendement, à savoir un monde géophysique en mutation, un climat se transformant d’une façon jamais vue, des espèces disparaissant sous nos yeux par centaines de milliers… Il s’ensuit un système Terre se détraquant de lui-même dans des mouvements exponentiels. Cela ne s’est pas vu – les scientifiques le répètent à l’envi – sur « des millions d’années ». Or, comment penser ce qui est radicalement sans précédent depuis une aussi longue période, si l’on considère ce que « penser » veut dire ? Depuis les Grecs, penser se produit par analogie, par comparaison. Car oui, contrairement à l’adage populaire, comparaison est raison. Paul Veyne disait du travail d’historien qu’il ne s’effectue qu’à la condition de faire preuve d’un important bagage de références ; on ne s’intéresse convenablement à une situation que si on la compare avec (et non à) d’autres, c’est-à-dire en en dégageant les ressemblances et les distinctions. Mais comment penser ce qui ne trouve dans le passé aucun pendant ? Rachel Carson traitait dans les années 1960 de ces insectes et de ces oiseaux qui devaient subitement s’adapter à l’épandage de 500 nouveaux produits chimiques par an ! Le temps long dans lequel ils s’inscrivent ne le permet pas, d’où leur dramatique anéantissement. Maintenant, par analogie, là aussi, il en va de même pour nous psychiquement. Nous ne sommes pas outillés intellectuellement et psychologiquement comme collectivités pour faire face aux mutations auxquelles nous nous voyons confrontés. D’où le fait que nous sombrions dans l’angoisse, une angoisse profonde et collective, une éco-angoisse (qui se distingue de l’assez mal nommée « éco-anxiété »). Et l’angoisse constitue une prédisposition à la recherche d’objets substitutifs (les boucs émissaires de l’extrême droite ou l’exacerbation des causes identitaires des mouvements sociétaux…). Revenir à la question politique classique « Que faire ? » n’est pas aussi simple que jadis, car l’adversité est désormais monumentale. Mais il ne s’agit pas d’une question strictement rhétorique à laquelle on pourrait se satisfaire de répondre « rien ». L’écologie politique travaille, ces décennies-ci, dans un sentiment d’urgence, à se donner des objets qui permettent de structurer l’action et la pensée autour de perspectives qui allient la lucidité et le courage.

Vous interrogez l’engagement politique aujourd’hui. En quoi est-il différent d’auparavant ? Les périodes de turbulence ont toujours marqué nos sociétés, qu’est-ce qui a changé ?

Les périodes de turbulence s’accompagnaient d’objets intellectuels et politiques capables de faire le poids, même dans les situations les plus douloureuses. Un objet, c’est ce sur quoi la pensée porte, en tant qu’il structure la réflexion et l’action. Au Moyen Âge, la chrétienté était un objet politique, comme la science s’en est révélée également un au XVIIIe siècle, ou encore le pacifisme dans les années 1920. Mais face à la catastrophe écologique annoncée, tétanisée et bousculée, la pensée politique est incapable de générer ce type d’objet. Le peuple infortuné est confronté à droite à des productions idéologiques de pacotille qui ne font pas le poids devant l’urgence d’agir comme le pitoyable « développement durable », l’opportuniste « capitalisme vert », la mensongère « transition énergétique » ou la fantasque « géo-ingénierie ». L’outrecuidance de ces propositions choque l’intelligence. Du reste, à gauche, la plupart des désignations pour se définir sont dotées de préfixes privatifs : on est anticapitaliste, anarchiste, insoumis, ou décroissantiste… Toutes consistent à laisser l’adversaire définir une proposition à laquelle on s’oppose dans un second temps. Ces prises de position négatives alimentent à coup sûr le flou et la culture du ressentiment. Certes, il s’entend que la situation actuelle nous plonge collectivement dans un désarroi. Cet état n’est pas problématique en soi (il serait surtout inquiétant de ne pas y passer), pourvu qu’on ne s’y stationne pas, qu’on se montre capable d’en sortir.

Dans un monde où la rationalité n’est plus forcément la norme recherchée, on peut légitimement s’interroger sur la probabilité d’une déchéance de nos sociétés et d’un risque de nivellement par le bas. Vous avez écrit un livre sur la médiocratie, que recouvre ce concept ? Et pensez-vous que cette médiocratie est aujourd’hui effective ?

Sur un plan intellectuel et éthique, la réalité, même si elle nous brûle les yeux, est devenue très difficile à traiter parce que le pouvoir oligarchique fait valoir désormais de manière coercitive le mensonge officiel. Nous sortons progressivement de cette conception dite arbitrairement « moyenne » des choses : celle qui s’imposait artificiellement encore récemment comme grammaire idéologique de la gouvernance amenant les acteurs sociaux à se percevoir en tant que « parties prenantes » du vaste marché de contractualisation. L’illusion d’une médiocratie s’administrant de façon horizontale cède tendanciellement le pas à un extrême centre. Ce dernier, comme tous les extrémismes, se montre intolérant à tout ce qui n’est pas lui, transforme les plateaux de télévision en tribunaux inquisitoriaux, brutalise les écologistes en les confondant avec des terroristes et vocifère ses vérités à la manière de dogmes intouchables. Plus le pouvoir entre dans un désarroi, plus on sent poindre la panique chez ceux qu’il emportera dans sa chute annoncée, plus rigide et violente se révèle la façon de pointer des boucs émissaires, de censurer les messagers de mauvais augure ou d’intimider ceux qui doutent. Les étiquettes fusent à une cadence inédite ; la moindre résistance à l’oligarchie nous vaut rapidement des noms d’oiseaux que des médias industriels infligent à la manière de vérités au vu du commun.

Si toute parole, même mensongère et absurde, peut être professée à tous les niveaux de pouvoir et avoir un impact direct sur la population, comment maintenir une conscience citoyenne éclairée et basée sur des connaissances tangibles ?

Se donner des objets dignes de la période historique dans laquelle nous nous immergeons. Le faire en restant lucide, sans déprimer, joyeux dans la lucidité. Agir ainsi, c’est rompre avec l’adage « ceteris paribus sic stantibus » (« toutes choses étant égales par ailleurs »), qui donne l’illusion que l’on peut se mesurer aux réalités du présent en isolant seulement quelques variables sur lesquelles on travaille. Non ! Tout bouge ; rien n’est égal par ailleurs. Tous les paramètres, même ceux que l’on jugeait les plus stables, se transforment de manière préoccupante. Le « gai savoir » porte désormais sur un tel savoir. Le philosophe Baptiste Morizot arrive à produire des objets adéquats, comme celui de « chimère » – un nom adapté aux mondes qui se profilent dans des croisements jadis invraisemblables. Mais c’est aussi le nom de structures politiques qu’il faudra apprendre à inventer, de nouveaux desseins nous permettant d’être en phase avec la nouvelle conjoncture, à l’ère de l’inouï. La « biorégion » est une notion qui répond bien à ce qui nous attend.

Illustration © Cäät

Je la définis dans Faire que ! comme étant impérative, c’est-à-dire que la géopolitique en ce siècle se contractera par la force des choses, en passant de la mondialisation industrielle et commerciale à l’autonomie régionale. Cela a déjà commencé : les conséquences dramatiques des bouleversements climatiques et de la perte de biodiversité (inondations, ouragans, incendies de forêt, canicules meurtrières, perturbation dans le règne animal, migration de réfugiés environnementaux, épidémies…) ainsi que les bris d’approvisionnement occasionnés par l’insécurité énergétique et la pénurie inévitable de minerais entraîneront un isolement structurel des communautés, lesquelles devront réapprendre à vivre de manière relativement autonome, avec elles-mêmes. Dans ce cadre, la « biorégion » consiste en une approche géopolitique selon laquelle le préfixe « géo- » est aussi important que le radical « politique » : la politique ne s’y conçoit plus contre et sur le territoire, mais en lui, prise dans ses synergies, en fonction des espèces qui l’habitent et de l’économie de la nature qui s’y organise. Cette échelle supposera de la créativité politique et celle-ci s’observera d’autant plus qu’elle se révélera nécessaire.

Sur la mission première de notre société d’État

Photo © Olivier Zuida – Le Devoir
Le Devoir 
Libre opinion
Par Johanne Dion et Alain Deneault
14 décembre 2024


Sous couvert de « décarbonation » — soit la diminution de la quantité d’émissions de gaz à effet de serre (GES) produites par la combustion de combustibles fossiles —, on détourne Hydro-Québec de sa mission première, celle, essentielle, d’assurer un service fiable, à un coût raisonnable. Cela, avec tous les risques que cela comporte.

Il existe en droit administratif une notion appelée « test de l’investissement prudent », qui oblige le fiduciaire à investir l’argent qui lui est confié comme si c’était le sien.

Bien qu’on ne puisse que saluer — prudemment — la conclusion d’un nouveau partenariat énergétique entre Terre-Neuve et le Québec, pour la production hydroélectrique au Labrador, on est en droit de se demander, plus généralement, si le (pharaonique) Plan d’action 2035 « Vers un Québec décarboné et prospère » de Michael Sabia et les milliards injectés dans la filière batterie — « un choix industriel qui n’est assurément pas le bon pour le Québec », selon l’économiste Frédéric Laurin — et dans des technologies immatures, coûteuses et inefficaces — on pense ici à l’hydrogène « vert », au captage et au stockage du carbone, etc. — rencontreraient les standards de ce test. Il est permis d’en douter.

En réponse aux changements climatiques, les stratégies d’adaptation doivent, selon nous, être préférées aux mesures d’atténuation. Pour mémoire, l’atténuation traite des causes du changement climatique — présumément l’accumulation de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère — alors que l’adaptation concerne les impacts du changement climatique.

En soi, continuer à privilégier l’efficience, l’efficacité, l’économie et la sobriété en général est plus que souhaitable. Mais engager temps, effectifs et ressources, au niveau local, dans le but premier de diminuer les GES, avec les incertitudes significatives qui prévalent dans la science du climat et, parallèlement, le peu d’engagements de certains pays à travailler en ce sens, paraît, à court terme, plus que hasardeux. Comment, pourra-t-on, par ailleurs, mesurer l’impact réel de ces investissements, leur contribution spécifique à la « décarbonation » et leur incidence ultime sur le climat futur ? Prudence, donc…

Dans le contexte où les ressources de l’État sont limitées — on annonce un déficit record de 11 milliards en 2024-2025 — et où le gouvernement doit pouvoir continuer à mener concurremment ses autres missions que sont l’éducation, la santé, la protection sociale, etc., les mesures d’adaptation, bien ciblées et économes, sont susceptibles de livrer des résultats plus tangibles.

Hydro-Québec investira des sommes considérables pour gagner en résilience (ce qui doit être LA priorité !), en faisant évoluer la conception et la gestion de son réseau et en optimisant le remplacement et la modernisation de ses actifs. Les municipalités, qui sont aussi sur la ligne de front, réclament, à juste titre, un appui gouvernemental pour adapter leurs infrastructures aux changements climatiques. Plusieurs autres mesures porteuses, bien adaptées au milieu récepteur, peuvent être mises en avant : améliorer la sécurité alimentaire par la culture en serre et le rajustement des méthodes de culture, réduire la consommation d’eau d’industries grandes utilisatrices, etc.

Et, assurément, la transition énergétique ne doit pas consister, comme on le propose actuellement, en une addition énergétique, qui risque d’être coûteuse. Selon une étude récente, il faudrait prévoir une hausse tarifaire de 65 % à 75 % cumulativement sur 11 ans, soit 5 % à 6 % par an ! À ce titre, le gouvernement doit, dès à présent, décliner tout accueil de nouvelles entreprises énergivores et Hydro-Québec, qui entend quintupler ses ventes aux centres de données dans la prochaine décennie, réajuster ses plans.

Finalement, le maintien d’un mix énergétique « sobre », voire décroissant, qui table aussi bien sur les énergies renouvelables que sur les énergies fossiles, nous semble un choix avisé et bien « adapté » dans le contexte actuel de grande instabilité, géopolitique, climatique, cybernétique, etc. Imaginons seulement un prochain verglas sans chauffage, sans transports et sans services publics !

Faire que ! d’Alain Deneault par Roméo Bouchard

Par Roméo Bouchard
Page Facebook (Meta)
3 décembre 2024

« Comme plusieurs de ses derniers livres, son dernier, FAIRE QUE!, est profond mais pas facile à lire. Deneault est un grand intellectuel : il baigne dans un océan de lectures et de culture et je le soupçonne de prendre un lubrique plaisir à se laisser dériver au fil de ses pensées. Penser et écrire est sûrement pour lui un art autant qu’un travail. (Au Québec, où les humoristes patentés et les « addicts » à Netflix tiennent lieu d’intellectuels, on est peu habitué à cette gymnastique intellectuelle. Pas surprenant que ceux qu’on produit doivent se taire ou s’exiler à l’étranger : Deneault en Acadie, Maxime Blanchard à New-York, Bock-Côté -même lui- à Paris, Sylvain Charlebois en Nouvelle-Écosse…).

Mais le propos de FAIRE QUE! est tout sauf une fantaisie d’intellectuel : il y est question de notre réaction devant l’imminence de l’effondrement des éco-systèmes et de la société capitaliste. « On le sait mais on le tait » (p.27). On cherche par tous les moyens à faire taire notre angoisse en travestissement le danger et en nous voilant les yeux : on parle, l’air de rien, de développement durable, de gestion de l’environnement, d’adaptation aux changements climatiques, de crise écologique, d’émissions de GES, d’auto électrique versus l’auto thermique, de transition énergétique et d’énergies renouvelables, d’économie verte, d’économie circulaire, de verdissement, comme s’il s’agissait de problèmes parmi d’autres, sans jamais faire état « du coût écologique des infrastructures qu’il faut construire pour faire rouler cette économie soi-disant verte ».

Pire que ça. Notre incapacité à faire face à « l’inévItable catastrophe » et au contrôle absolu qu’exercent les oligarques du capitalisme technologique nous précipite vers les idéologies autoritaires et les populismes de droite qui proposent des solutions magiques passe-partout

Dans ce contexte, que faire? Deneault convoque tous les grands « faiseurs » de l’histoire –c’est la section la plus indigeste-, de Lénine aux anarchistes, en passant par les gauches et la social-démocratie, en « permanente négociation avec la capitalisme ». Personne n’a de solution. Il n’y a plus de réponse politique, pas encore de véritable écologie politique : on en est encore à la morale, « mais tôt ou tard, le passage des mœurs à la politique est pourtant inéluctable; on ne construit pas un monde politique seulement sur de bons sentiments ». (p. 107)

Finalement, le « faire que » de Deneault ouvre sur l’hypothèse des biorégions, c’est-à-dire le retour à des communautés locales et régionales autonomes, autosuffisantes et durables parce que fondées sur leur lien vital avec un territoire vivant, la bio-région…un peu comme chez les peuples primitifs. Ce que nous appelons régions aujourd’hui ne sont souvent plus que des entités administratives : le territoire vivant est devenu une sorte de millefeuille où se superposent des institutions politiques (municipalités, MRC, etc.) et des réseaux de succursales d’entreprises, de banques, de services qui ont de moins en moins de lien existentie avec le territoire habité à échelle humaine. Même les agriculteurs ne nourrissent plus leur communauté.

À l’extrême centralisation de la vie humaine qu’a produite le capitalisme, il faut opposer l’échelle humaine, l’échelle du territoire. « Dans cet épais millefeuille, la biorégion marque un acte de résistance de la part de peuples régionaux qui entendent reconquérir leur droit, se donner une souveraineté alimentaire, une autonomie énergétique et une liberté intellectuelle » (p. 199).

Je souhaite pour ma part que ce rêve de la biorégion, qui alimente présentement une littérature abondante, reste bien ancré dans nos réalités et ne deviennent pas une sorte d’utopie anarchique. Au Québec, nos biorégions sont encore proches de nous et rien ne nous empêche de les ressusciter en plaidant pour une décentralisation politique et économique, une démocratie territoriale, une prise en charge citoyenne du territoire et de la communauté.. De même pour nos quartiers urbains, qui pourraient redevenir des quartiers-villages.

Il ne fait pas doute pour moi que la voie de sortie de la crise de l’environnement et du capitalisme est le retour à l’échelle du territoire et de la communauté humaine. «Laissés à nous-mêmes, écrit justement Deneault, dans une situation de déréliction politique et commerciale méconnue, il nous faudra réapprendre à nous organiser sur la seule échelle qui aura encore du sens, celle d’une communauté que nous sommes à même de cerner du regard. » (p. 159) »

Deux propositions de Christian Bégin dont l’essai Faire que !

Sur sa page Facebook (Meta) Christian Bégin propose la lecture de l’essai d’Alain Deneault Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï ainsi que le visionnement du film Bergers de Sophie Deraspe , un film librement inspiré du livre D’ou viens-tu, berger ? de Mathyas Lefebure.

« Ok….  J’ai deux propositions à te faire.  
Pas compliqué.
Vertigineux, troublant et bienfaisant à la fois.
1- Lire « Faire que !» de Alain Deneault. Te connecter à ton angoisse et la comprendre et même, peut-être, pouvoir agir dessus…
Puis
2- Te précipiter au cinéma pour voir cette magistrale trêve dans le noir des temps qu’est « Bergers » de Sophie Deraspe.
Puis….
Laisser reposer…
On s’en jase bientôt?
Ça sent le « Cabaret de l’Impensable »…. » - Christian Bégin

Entretien avec Alain Deneault par Bleu Bergeron-Poulin à Bleu Cinéma

Bleu Bergeron-Poulin reçoit le philosophe Alain Deneault de Bleu Cinéma pour parler de son dernier livre « Faire que : l’engagement à l’ère de l’inouï« . Il a été question de l’hécatombe environnementale, d’écoangoisse, de la fin du capitalisme, de penser une avant-garde avant le fascisme, de guerre civile, de passions gais, de la biorégion et des possibles pour le monde de demain. Mais surtout, nous répondons à la question «que faire?» – Bleu Cinéma

Durée : 1 h 30 min 40 sec – 7 décembre 2024

Bleu Cinéma est un podcast de cinéma, de sémiologie et de philosophie pour tout le monde. Par Bleu Bergeron-Poulin.

L’angoisse écologique, un mal contemporain pire que l’écoanxiété, selon le philosophe Alain Deneault

« Dans son livre Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï, le philosophe Alain Deneault se demande comment faire de la politique et mobiliser les énergies collectives face à la crise climatique et à la possibilité d’un anéantissement total du monde. Selon l’auteur, cette situation inédite que l’humanité est en train de vivre provoque une angoisse qui influence le débat public sur des enjeux de société cruciaux. Cette « écoangoisse », entraînée par la « surenchère de faits apocalyptiques », se distinguerait de l’anxiété. Elle est pire car dépourvue d’objet, comme le constate l’ancien directeur de programme au Collège international de philosophie à Paris. » – Tout peut arriver, Radio-Canada

Durée : 24 h 48 min – 30 novembre 2024

Extrait de l’entretien avec Alain Deneault par Marie-Louise Arseneault à l’émission Tout peux arriver sur ICI Radio-Canada le 30 novembre 2024

« Depuis dix mille ans on a jamais vu le climat autant changer alors comment voulez-vous penser une situation qui est sans pareil dans l’histoire? […] On ne peut pas penser quelque chose sans être capable de la comparer. » – Alain Deneault

Par ailleurs, le désarroi lié à l’enjeu écologique explique l’appétence de l’Occident pour les idées d’extrême droite, comme l’indique le philosophe pendant qu’il commente la réélection de Trump.

« On est myope, car on est face à une situation qui est littéralement impensable donc on se rue dans les bras d’un idiot qui parle fort. » – Alain Deneault

Photo © Nora Chabib – Radio-Canada

Le docteur en philosophie de l’Université Paris-VIII parle notamment du concept de biorégion qui pourrait, selon lui, faire partie des solutions pour affronter les multiples crises de notre époque.

Alain Deneault au Salon du livre de Montréal et à la librairie Le Port de tête aujourd’hui le 30 novembre !

Alain Deneault sera présent au Salon du livre de Montréal aujourd’hui le 30 novembre 2024 pour présenter son tout dernier essai Faire que ! lors d’un tête à tête avec l’autrice Sandrine Giérula qui sera suivi d’une séance de dédicaces au kiosque de Lux Éditeur et d’un entretien animé par Mark Fortier à la librairie Le Port de tête.

« À l’ère des bouleversements écologiques majeurs et des divisions politiques croissantes, comment s’unir pour trouver des solutions durables? Assistez à ce tête-à-tête entre Alain Deneault et Sandrine Giérula qui exploreront des pistes concrètes pour relever les défis énergétiques et donner un sens à un monde en quête de repères. Une réflexion profonde sur le sentiment d’impuissance de notre époque et sur les moyens d’encourager l’engagement politique. Une conversation essentielle pour imaginer et bâtir un futur plus juste et durable. » – Salon du livre de Montréal


Tête à tête entre Alain Deneault et Sandrine Giérula: à quoi ressemblera demain ?
Espace littéraire - Palais des Congrès
1001 Place Jean-Paul Riopelle
30 novembre 2024 - 10 h 30 à 11 h 15

Alain Deneault – Photo © Leonardo Cendamo / Sandrine Giérula – Photo © Jacinthe Morin


« Venez rencontrer Alain Deneault  et faire dédicacer « Faire que ! » au kiosque Lux Éditeur (#1107). Certaines maisons d’édition mettent en place un système de file d’attente. Nous vous recommandons de vous renseigner auprès d’un·e employé·e du kiosque au moins 1 heure avant le début de la séance. » – Salon du livre de Montréal


Alain Deneault en dédicaces
Kiosque Lux Éditeur # 1107 - Palais des Congrès
1001 Place Jean-Paul Riopelle
30 novembre 2024 - 11 h 30 à 12 h 30


« Rejoignez-nous à la Librairie Le Port de tête pour un entretien avec l’essayiste Alain Deneault animé par son éditeur Mark Fortier. Il sera question de son plus récent essai sur l’engagement politique Faire que ! » – Salon du livre de Montréal


Entretien avec Alain Deneault autour du livre Faire que !
Animé par Mark Fortier
Présenté par Lux Éditeur et co-organisé avec et le volet Salon dans la ville
du Salon du livre de Montréal

Samedi 30 novembre 2024 - 18 h à 20 h
Librairie Le Port de tête - 269, avenue Mont-Royal Est
Ouvert à toutes et à tous

Alain Deneault – Photo © Leonardo Cendamo / Mark Fortier – Photo © Caroline Fabre

Trois livres pour affronter des situations inouïes, avec Denis Fortier

Photo © Jean-Baptiste Demouy – Radio-Canada

Pénélope, ICI Radio-Canada
26 novembre 2024

« À l’approche du Salon du livre de Montréal, Denis Fortier propose trois coups de cœur littéraires qui font réfléchir. Le physiothérapeute nous assure que ces livres sont liés de près ou de loin à la santé, et qu’ils permettent d’apporter d’autres pistes de réflexion sur différents sujets : notre rapport à la maladie mentale, notre engagement politique et l’importance de l’imaginaire pour surmonter des problèmes de santé. Denis Fortier mentionne les plumes de Marie-Eve Cotton, d’Alain Deneault, de Jacques Goldstyn et de Stéphane Laporte.

« […] Alain Deneault apporte des solutions sur ce que l’on pourrait faire, notamment par rapport aux enjeux écologiques et je trouve que sa proposition s’applique très bien aux enjeux liés au système de santé […]

J’ai beaucoup aimé, c’est un livre qui fait réfléchir, qui propose aussi des solutions et qui ne fait pas seulement des constats […] » – Denis Fortier, Pénélope, ICI Radio-Canada

Biorégion ou barbarie

Photo: Erkki Voutilainen / Maaseudun Tulevaisuus

Nouveau projet

« Et si le projet biorégional pouvait nous aider à traverser l’effondrement? Dans cet extrait de l’essai Faire que !, récemment paru chez Lux Éditeur, l’auteur et philosophe Alain Deneault appelle à un certain retour à la terre. » – Nouveau projet, 13 novembre 2024

«Comment faire pour passer de notre monde à ce monde-là?» se demande Kirkpatrick Sale. Que faire? En définitive, la question s’est peu posée de manière explicite dans des écrits de référence du biorégionalisme. Aucune «réponse exacte1». Pas besoin? Tout se ferait virtuellement. Leur corpus, en grande partie d’auteurs anarchistes, les amène à présumer que des forums horizontaux de démocratie directe s’organisent d’eux-mêmes, entre citoyens devenus consentants. Qu’ils fleuriraient à la manière des plantes avec lesquelles il faudrait entrer en symbiose. Aux États-Unis la question du régionalisme serait dans l’air du temps. Il suffirait de raviver les mœurs ancestrales du peuple pour qu’il se souvienne avoir vécu à cette échelle2. Suffisamment pour qu’un jour, les biorégions coulent de source, au moins partiellement, librement, sans déranger. La biorégion est appelée à s’adapter insensiblement aux conjonctures politiques, à l’instar du vivant3. Or, l’anarchisme ne saurait désigner quoi que ce soit d’autre que le clin d’œil d’une panne institutionnelle, le moment événementiel d’où sourd une organisation nouvelle. Un événement politique est l’art de défaire les liens convenus—temps d’anarchie—pour les recomposer. Des raccourcis, des essais, des tentatives qui tentent de répondre aux nécessités de l’histoire, par des fonctionnements qui échappent aux lourdeurs de la technocratie et à la hiérarchie des paroles autorisées. L’anarchè est l’heure alégale où se déclare arbitrairement, souvent par la force ou la violence, un ordre, un règne, une règle, des lois, une forme d’organisation. Walter Benjamin a démontré combien la loi constitutionnelle d’un État et son fondement juridique ne procèdent de rien, un fondement toujours hors-sol, une absence définitive de légitimité. L’État se pare ensuite d’arguments, de symboles, de récits et d’écrans pour nier le caractère arbitraire de sa naissance, et redouble d’ardeur pour réprimer tout acte de violence à son endroit, rappel de l’autre acte de violence auquel il doit son institutionnalisation4. La biorégion comme forme d’organisation ne saurait faire exception: le plus grand nombre devra l’imposer pour faire valoir des principes éminents et impérieux en ces temps de débâcle politique et écologique. Dans un temps événementiel qui sera celui de la politique active.

Extrait de Faire que !, Alain Deneault, Lux Éditeur, page 197-198

Il nous paraît clair, à nous, qu’à la Renaissance, la politique s’organisait par strates, que les pouvoirs se distribuaient sur un millefeuille institutionnel. Un paysan voyait planer au-dessus de lui des strates de pouvoirs: le royaume de France, la seigneurie à laquelle il appartenait, le vassal et l’Église lui infligeant tour à tour impôts, honoraires, loyers et dîmes. Ne perçoit-on pas aujourd’hui aussi nettement le partage encore plus complexe de l’autorité entre instances concurrentes? L’État lui-même se réfracte selon ses vocations législative, exécutive et juridictionnelle, se stratifie sous la forme d’autorités régionales et municipales, et se voit flanqué de pouvoirs financiers que sont les banques, qui imposent leur charge sous la forme d’intérêts. Bien qu’il les autorise, celles-ci peuvent se révéler de fait plus puissantes que lui. À cela s’ajoute la grande industrie, s’enrichissant souvent grâce à de faramineux taux de profit, et capable de poursuivre l’État devant des tribunaux ad hoc ou d’en corrompre les agents, tout en le suppléant dans une multitude de secteurs (éducation, recherche, culture, aménagement du territoire, économie régionale…). Enfin viennent les petites mafias, leur pizzo (impôt officieux) et l’ordre informel qu’elles régissent. Dans cet épais millefeuille, la biorégion marque un acte de résistance de la part de peuples régionaux qui entendent reconquérir leur droit, se donner une souveraineté alimentaire, une autonomie énergétique et une liberté intellectuelle. Agonistique, la biorégion, pour s’imposer, est nécessairement l’œuvre de sujets déterminés à transformer des relations de survie érigées par une nécessité historique en une forme d’organisation pérenne.

Extrait de Faire que !, Alain Deneault, Lux Éditeur, page 199-200

La lecture, une partie du quotidien au Nouveau-Brunswick

Acadie Nouvelle 
(PressReader)
Par Annie Chiasson
12 novembre 2024

« Pour Annie Chiasson, copropriétaire de la Librairie Pélagie de Shippagan, le livre fait toujours partie du quotidien des gens du Nouveau-Brunswick. « D’ailleurs, si on veut noter une conséquence positive de la pandémie, c’est que les gens ont reconnecté avec le livre pour s’évader et se divertir. Le livre papier et numérique a alors connu un regain d’appréciation comme source de loisir et de réconfort, chose qui demeure toujours actuellement », avance-t-elle d’emblée. Elle se dit persuadée qu’offrir la lecture en cadeau représente bien plus qu’offrir un moment de détente. «Lorsqu’on offre un livre d’un auteur ou d’une auteure d’ici et en français, c’est une manière de renforcer et de célébrer notre identité francophone ainsi que notre culture. C’est un encouragement subtil à valoriser notre langue et notre communauté. Le livre devient un outil de partage et c’est un cadeau exprimant en quelque sorte un message d’appartenance», ajoute-t-elle.

[…] Pour les personnes qui apprécient la philosophie et les enjeux de société, Alain Deneault, professeur de philosophie à l’Université de Moncton et directeur de programme au Collège international de philosophie à Paris, présente un essai intitulé Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï dont le sujet de base traité est la crise climatique. »

Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï paraît aujourd’hui en Europe !

Le tout dernier essai d’Alain Deneault Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï publié chez Lux Éditeur paraît aujourd’hui en Europe !

Lux Éditeur

« Comment s’orienter dans une époque marquée par des bouleversements écologiques sans précédent, auxquels, manifestement, ni les États ni le capital ne remédieront? Comment agir politiquement à l’ère de l’inouï, quand on ne dispose d’aucun pendant historique pour appréhender les catastrophes annoncées? Comment s’engager quand l’extrême droite sème la confusion et détourne la colère des objets réels? Comment s’y prendre quand le libéralisme dissout tous nos repères dans la gouvernance technocratique?

Que faire? Cette question obnubile la pensée politique depuis plus d’un siècle. Alain Deneault nous convie à en penser les prémisses et les incidences pour l’ancrer dans les temps présents. Hors de toute programmatique serrée, mais avec la lucidité qu’on lui connaît, il invite notamment à explorer un nouveau mode d’engagement politique, la biorégion.

Alors que faire? Livrer la guerre à la médiocratie. Évoquer les enjeux qui fâchent. Penser à l’échelle collective. Mal faire les choses, faire mal. Cesser de se poser la question et sortir de la sidération de l’écoanxiété.

Le moment est venu de faire que ! » – Lux Éditeur

L’engagement politique à l’ère de l’inouï – Aude Lancelin s’entretient avec Alain Deneault sur QG (Quartier Général) – Durée : 1 h 21 min 50 sec – 24 octobre 2024

Critique de Faire que ! par Josée Blanchette (JOBLOG)

Le Devoir

Par Josée Blanchette
JOBLOG
18 octobre 2024

JOBLOG — Faire que !


« Les essais du philosophe Alain Deneault sont toujours attendus avec impatience. Celui-ci, Faire que !, ne décevra pas ses fidèles. Et le sous-titre calibre le propos : L’engagement politique à l’ère de l’inouï. L’inouï, ce sont les bouleversements écologiques « auxquels, manifestement, ni les États ni le capital ne pallieront ».

Et Deneault met la table dans la seconde partie pour s’attaquer au « Que faire ? ». Il propose le modèle biorégional, à l’échelle collective, qui s’imposera par la force des choses, à mesure que les différents systèmes s’écrouleront. Par la force des choses, c’est aussi par la force de dame Nature, qui aura le dernier mot sur tout, n’en doutons pas un seul instant. Les solutions viendront de la base, comme dans bien des cas.

Deneault demeure cette cassandre verte qui dit les choses comme elles sont, mais en mieux tourné et en fort bien documenté. Il l’a payé cher, mais il persiste et signe. Je me sens moins seule en sa compagnie et une communauté en naîtra, souhaitons-le. À lire si on ne cultive pas le déni ou si on n’occupe pas le poste de ministre de l’Environnement. »

JOBLOG – Faire que ! suite à l’article De pluie et de chaos

Barrick Gold et la société d’externalisation

Photo : Google Earth

Le Devoir

Par Maïka Sondarjee
Section Idées
17 octobre 2024

« Selon une poursuite civile déposée en Ontario, les activités de la minière canadienne Barrick Gold pourraient avoir causé la mort d’environ 77 personnes en Tanzanie. Les débats préliminaires qui ont débuté le 15 octobre porteront sur la responsabilité de la minière quant à la sécurité de ses travailleurs, rapportait Radio-Canada il y a quelques jours. […]

[…]
Il est donc à l’avantage des populations du Nord, pour perpétuer un mode de vie où l’on consomme à outrance et où on produit sans compter, que le prix des matières premières reste bas et que l’exploitation minière (en Tanzanie comme ailleurs) ne respecte pas les régulations internationales du travail.

Pour vendre moins cher (et pour faire plus de profits), Barrick Gold doit régler les problèmes de sa mine avec les moyens les plus faciles et les moins coûteux, peu importe si cela implique que des personnes meurent. Les agissements de cette compagnie ne datent pas d’hier. Alain Deneault en relatait déjà les manigances dans Noir Canada. Pillage, corruption et criminalité en Afrique, publié en 2008 chez Écosociété. […]

Le prix des mots de Julien Fréchette

Un thriller documentaire qui relate l’escalade de procédures juridiques entourant les procès qui opposent les compagnies minières canadiennes Barrick Gold et Banro à l’auteur Alain Deneault, ses collaborateurs et les Éditions Écosociété, après la sortie du livre Noir Canada en 2008.

Bande-annonce du film de Julien Fréchette, produit par MC2 en coproduction avec l’ONF, 2012

De pluie et de chaos par Josée Blanchette

Le Devoir

Par Josée Blanchette
18 octobre 2024

[…] Il faut comprendre que les climatologues et autres scientifiques qui s’intéressent aux effets des GES sur l’atmosphère forment une communauté conservatrice. « Je les comprends ! Ils ne veulent pas se planter, souligne Richard [Harvey]. On se garde toujours une réserve par souci de rigueur. » La marge d’erreur étant influencée par de multiples facteurs, on privilégie plusieurs scénarios. Quitte à pleurer plus tard.

« Hannah Arendt l’avait perçu, le principal avantage du menteur, par rapport à celui qui s’astreint à une certaine vérité, est d’avoir tout le loisir de dire exactement ce qui convient à ceux-là qu’il s’agit de persuader. Ainsi domine et fructifie la pulsion de mort. » – Alain Deneault, Faire que !

[…] « Ce n’est pas le réchauffement en soi qui est le problème, c’est la rapidité avec laquelle il se produit : aucun écosystème ne pourra s’y adapter par voie d’évolution darwinienne et encore moins notre société. L’idée même de civilisation est basée sur un climat stable, ce qui a été le cas depuis 5000 à 8000 ans. »

Richard [Harvey] me montre des graphiques saisissants sur la concentration de CO2 actuelle, 420 parties par million (ppm) ; des centaines de fois plus rapide que les variations naturelles du passé. Il faut remonter à 10 ou 20 millions d’années pour retrouver cette quantité de CO2 dans l’atmosphère.

Pour répondre aux jovialistes qui nous affirment que « ce n’est pas la fin du monde », le météorologue — pas alarmiste, mais de plus en plus anxieux — souligne qu’il faudrait une COVID-19 par année jusqu’en 2050 (-5 % d’émissions de GES dans le monde) pour espérer éviter un réchauffement de 2 degrés Celsius avant la fin du siècle. Puis maintenir nos émissions à zéro par la suite. « Qu’est-ce qui va nous attendre à 3-4 degrés Celsius ? Ostie qu’on est dans la marde ! » ajoute le père de deux jeunes de 19 et 20 ans.

« Ça prendrait un accord commercial mondial qui soit parfaitement respecté durant au moins un siècle, aucune erreur permise, aucune crise mondiale déstabilisatrice… » lance-t-il. […]

JOBLOG – Faire que !

« Les essais du philosophe Alain Deneault sont toujours attendus avec impatience. Celui-ci, Faire que !, ne décevra pas ses fidèles. Et le sous-titre calibre le propos : L’engagement politique à l’ère de l’inouï. L’inouï, ce sont les bouleversements écologiques « auxquels, manifestement, ni les États ni le capital ne pallieront ».

Et Deneault met la table dans la seconde partie pour s’attaquer au « Que faire ? ». Il propose le modèle biorégional, à l’échelle collective, qui s’imposera par la force des choses, à mesure que les différents systèmes s’écrouleront. Par la force des choses, c’est aussi par la force de dame Nature, qui aura le dernier mot sur tout, n’en doutons pas un seul instant. Les solutions viendront de la base, comme dans bien des cas.

Deneault demeure cette cassandre verte qui dit les choses comme elles sont, mais en mieux tourné et en fort bien documenté. Il l’a payé cher, mais il persiste et signe. Je me sens moins seule en sa compagnie et une communauté en naîtra, souhaitons-le. À lire si on ne cultive pas le déni ou si on n’occupe pas le poste de ministre de l’Environnement. »

Discussion avec Alain Deneault sur son nouvel essai Faire que ! au Grand Hospice à Bruxelles

« Bienvenue au philosophe québécois Alain Deneault pour discuter de son dernier essai “Faire que!” paru chez LUX.

Alain Deneault est professeur de philosophie à l’Université de Moncton (Canada) et directeur de programme au Collège international de philosophie à Paris. Sur l’idéologie managériale, il a écrit « Gouvernance » et La médiocratie (Lux), en plus d’avoir fait paraître plusieurs essais sur les multinationales et les souverainetés de complaisance parus chez Écosociété et Rue de l’échiquier.

Alain Deneault est déjà venu chez TULITU pour son essai passionnant “ La Médiocratie ”. Le voici de retour avec “ Faire que ! ”.

Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles » – Source : TuliTu


Discussion avec Alain Deneault autour de Faire que !
Animée par Ariane Herman
Co-organisée par la librairie TuliTu et Lux Éditeur

Mercredi 6 novembre 2024 - 18 h à 20 h
Salle Gansbeek au Grand Hospice
7 rue du Grand Hospice, Bruxelles

Réservation sur evenbrite : ici
Gratuit

Extraits de la conférence Repenser l’écologie dans un monde en « polycrise »

La conférence Repenser l’écologie dans un monde en « polycrise » d’Alain Deneault a eu lieu à l’UQAM (Université du Québec à Montréal) le 18 avril 2024 sur l’invitation des Amis du Monde diplomatique.

Repenser l’écologie dans un monde en « polycrise » Une conférence d’Alain Deneault – Extraits

:: Pour une meilleure qualité d’image visionnez les extraits dans une petite fenêtre ::

Repenser l’écologie dans un monde en « polycrise » d’Alain Deneault – Partie 1 – Durée : 14 min 21 sec
Repenser l’écologie dans un monde en « polycrise » d’Alain Deneault – Partie 2 – Durée : 18 min 55 sec
Repenser l’écologie dans un monde en « polycrise » d’Alain Deneault – Période de questions (extrait) – Durée : 2 min 7 sec

« Notre siècle est à l’évidence multicrise en ce qui concerne le pouvoir outrancier des multinationales, l’effondrement annoncé des agencements écologiques, les guerres, les crispations identitaires, la perte de repère institutionnelle des citoyens et l’angoisse qui s’ensuit à la manière d’un problème de santé publique.

Alain Deneault intervient sur la possibilité d’agir dans un monde en polycrise sous l’angle de l’écologie. Sans être une panacée, la notion de biorégion peut être une façon de se donner collectivement un objet nous permettant de nous structurer collectivement. » – Source : Les Amis du Monde diplomatique

L’impératif du philosophe Alain Deneault pour traverser la crise écologique

Photo © Marie-Ève Cloutier – Radio-Canada
Alain Deneault : Son essai «Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï»

« Le philosophe Alain Deneault publiera, le 3 octobre, un essai intitulé Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï, au sujet de la crise climatique. L’auteur passe plusieurs concepts au tordeur, du capitalisme vert à la transition énergétique. « Le développement durable, je suis désolé, c’est du pipi de chat. C’est une idéologie des grandes entreprises qui veulent faire passer la solution à un problème qu’elles ont engendré sans en prendre la responsabilité », ajoute l’auteur.

Durant l’entrevue, Alain Deneault explique pourquoi la société doit « faire [en sorte] que » plutôt que se demander « que faire » pour mieux passer à travers la crise écologique. Selon lui, la solution à cette crise passe par un concept qu’il nomme « biorégions ». Écoutez le segment pour en savoir plus. » – Tout un matin, ICI Radio-Canada Première

Durée : 11 minutes

« Un livre coup de poing ! » 
- Patrick Masbourian, Tout un matin, ICI Radio-Canada Première
Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï d’Alain Deneault publié chez Lux Éditeur – À paraître le 3 octobre 2024