Barrick Gold et la société d’externalisation

Photo : Google Earth

Le Devoir

Par Maïka Sondarjee
Section Idées
17 octobre 2024

« Selon une poursuite civile déposée en Ontario, les activités de la minière canadienne Barrick Gold pourraient avoir causé la mort d’environ 77 personnes en Tanzanie. Les débats préliminaires qui ont débuté le 15 octobre porteront sur la responsabilité de la minière quant à la sécurité de ses travailleurs, rapportait Radio-Canada il y a quelques jours. […]

[…]
Il est donc à l’avantage des populations du Nord, pour perpétuer un mode de vie où l’on consomme à outrance et où on produit sans compter, que le prix des matières premières reste bas et que l’exploitation minière (en Tanzanie comme ailleurs) ne respecte pas les régulations internationales du travail.

Pour vendre moins cher (et pour faire plus de profits), Barrick Gold doit régler les problèmes de sa mine avec les moyens les plus faciles et les moins coûteux, peu importe si cela implique que des personnes meurent. Les agissements de cette compagnie ne datent pas d’hier. Alain Deneault en relatait déjà les manigances dans Noir Canada. Pillage, corruption et criminalité en Afrique, publié en 2008 chez Écosociété. […]

Le prix des mots de Julien Fréchette

Un thriller documentaire qui relate l’escalade de procédures juridiques entourant les procès qui opposent les compagnies minières canadiennes Barrick Gold et Banro à l’auteur Alain Deneault, ses collaborateurs et les Éditions Écosociété, après la sortie du livre Noir Canada en 2008.

Bande-annonce du film de Julien Fréchette, produit par MC2 en coproduction avec l’ONF, 2012

De pluie et de chaos par Josée Blanchette

Le Devoir

Par Josée Blanchette
18 octobre 2024

[…] Il faut comprendre que les climatologues et autres scientifiques qui s’intéressent aux effets des GES sur l’atmosphère forment une communauté conservatrice. « Je les comprends ! Ils ne veulent pas se planter, souligne Richard [Harvey]. On se garde toujours une réserve par souci de rigueur. » La marge d’erreur étant influencée par de multiples facteurs, on privilégie plusieurs scénarios. Quitte à pleurer plus tard.

« Hannah Arendt l’avait perçu, le principal avantage du menteur, par rapport à celui qui s’astreint à une certaine vérité, est d’avoir tout le loisir de dire exactement ce qui convient à ceux-là qu’il s’agit de persuader. Ainsi domine et fructifie la pulsion de mort. » – Alain Deneault, Faire que !

[…] « Ce n’est pas le réchauffement en soi qui est le problème, c’est la rapidité avec laquelle il se produit : aucun écosystème ne pourra s’y adapter par voie d’évolution darwinienne et encore moins notre société. L’idée même de civilisation est basée sur un climat stable, ce qui a été le cas depuis 5000 à 8000 ans. »

Richard [Harvey] me montre des graphiques saisissants sur la concentration de CO2 actuelle, 420 parties par million (ppm) ; des centaines de fois plus rapide que les variations naturelles du passé. Il faut remonter à 10 ou 20 millions d’années pour retrouver cette quantité de CO2 dans l’atmosphère.

Pour répondre aux jovialistes qui nous affirment que « ce n’est pas la fin du monde », le météorologue — pas alarmiste, mais de plus en plus anxieux — souligne qu’il faudrait une COVID-19 par année jusqu’en 2050 (-5 % d’émissions de GES dans le monde) pour espérer éviter un réchauffement de 2 degrés Celsius avant la fin du siècle. Puis maintenir nos émissions à zéro par la suite. « Qu’est-ce qui va nous attendre à 3-4 degrés Celsius ? Ostie qu’on est dans la marde ! » ajoute le père de deux jeunes de 19 et 20 ans.

« Ça prendrait un accord commercial mondial qui soit parfaitement respecté durant au moins un siècle, aucune erreur permise, aucune crise mondiale déstabilisatrice… » lance-t-il. […]

JOBLOG – Faire que !

« Les essais du philosophe Alain Deneault sont toujours attendus avec impatience. Celui-ci, Faire que !, ne décevra pas ses fidèles. Et le sous-titre calibre le propos : L’engagement politique à l’ère de l’inouï. L’inouï, ce sont les bouleversements écologiques « auxquels, manifestement, ni les États ni le capital ne pallieront ».

Et Deneault met la table dans la seconde partie pour s’attaquer au « Que faire ? ». Il propose le modèle biorégional, à l’échelle collective, qui s’imposera par la force des choses, à mesure que les différents systèmes s’écrouleront. Par la force des choses, c’est aussi par la force de dame Nature, qui aura le dernier mot sur tout, n’en doutons pas un seul instant. Les solutions viendront de la base, comme dans bien des cas.

Deneault demeure cette cassandre verte qui dit les choses comme elles sont, mais en mieux tourné et en fort bien documenté. Il l’a payé cher, mais il persiste et signe. Je me sens moins seule en sa compagnie et une communauté en naîtra, souhaitons-le. À lire si on ne cultive pas le déni ou si on n’occupe pas le poste de ministre de l’Environnement. »

Au-delà des arbres du roman, une forêt de genres littéraires

Photo © Valérian Mazataud – Archives Le Devoir

Le Devoir

Par Olivier Kemeid
9 octobre 2024

« Le récent palmarès littéraire de La Presse (« Nos 25 nouveaux classiques », 5 octobre 2024) survolant le dernier quart de siècle a fait jaser dans les chaumières des écrivaines et des écrivains du Québec — et certainement plus que dans les salons du reste de la population.

[…] Ce palmarès, dont la légitimité reposait sur les épaules d’un large panel — 37 « experts », nous dit-on —, ne fait pas exception. De l’avis de plusieurs plumes qui y ont contribué, et on le sent bien à sa lecture, il a été fortement influencé par les prix littéraires, la couverture médiatique et les ventes. Ce ne sont certes pas des critères à rejeter d’emblée, même s’ils ne devraient pas constituer essentiellement la sève d’un canon littéraire. C’est donc un palmarès qui rappelle avant tout ce qui a vraiment « marché » au cours des 25 dernières années chez nous. Sauf exception, il continue de passer sous silence les oeuvres qui, pour toutes sortes de raisons, ont échappé aux mailles du filet médiatique : tel est le jeu des tableaux d’honneur, quel que soit le domaine couvert.

[…] Finalement, au petit jeu des palmarès dont sont friands les journaux, il me semble qu’il aurait été plus juste, si l’on tenait absolument à édifier un canon des nouveaux classiques, de dresser la liste des 20 romans qui ont marqué le Québec dans les 25 dernières années. Et non pas des 20 livres.

[…] J’aurais aimé dans ce cas qu’on souligne la littérature jeunesse, où on aurait sans peine retrouvé Élise Gravel, Marianne Dubuc, Dominique Demers, Suzanne Lebeau ; l’essai, où il y aurait eu, outre les remarquables Martine Delvaux et Marie-Hélène Voyer, Serge Bouchard et Alain Deneault (je ne crois pas qu’on puisse parler de l’essai au Québec des 25 dernières années sans nommer ces deux derniers) […] Et rappeler au passage qu’il y a sur nos terres des écrivaines et des écrivains de littérature qui ont écrit non pas (que) des romans, mais, eux et elles aussi, « des livres qui ont changé le Québec ».

Les essais d’Alain Deneault (et les essais traduits)

Si nos ordures parlaient

Photo © Unsplash

Le Devoir

Par Josée Blanchette
27 septembre 2024


« […] L’éboueur Simon Paré-Poupart, qui vient de publier l’excellent Ordures ! Journal d’un vidangeur, nous en met plein les sens avec le récit passionnant de ce qu’il jette dans le camion toute la journée. Voilà un métier qu’il exerce par passion trois jours par semaine, malgré une maîtrise en administration internationale, et qui lui permet aussi de pratiquer le « freeganisme », une forme de revalorisation de nos déchets. « La production annuelle de déchets solides a dépassé les 2 milliards de tonnes dans le monde et devrait atteindre 3,4 milliards en 2050. On trouve des ordures jusque dans l’espace. Près de 10 000 tonnes orbitent autour de la Terre. Devrais-je envoyer mon CV à la NASA ? » écrit le vidangeur de 38 ans. Son professeur, le philosophe Alain Deneault, lui a conseillé d’écrire ce livre. Ces témoignages d’ouvriers scolarisés et capables d’observer le monde à la Zola sont aussi rares que précieux. »

Dix essais d’ici pour refaire le monde

Le Devoir

Par Ismaël Houdassine
21 septembre 2024

Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï d’Alain Deneault à paraître le 3 octobre 2024

« Les perturbations de notre époque sont le cœur du nouvel essai d’Alain Deneault, professeur de philosophie et de sociologie à l’Université de Moncton. Le prolifique essayiste à qui l’on doit, chez le même éditeur, le passionnant La médiocratie, ouvre cette fois la réflexion sur des pistes de solution quant aux catastrophes annoncées, comme la montée des extrêmes, les menaces pesant sur la biodiversité ou la hausse des inégalités. Qu’ils soient écologiques, économiques ou sociaux, les enjeux sont nombreux alors pourquoi ne pas saisir l’occasion d’explorer un nouveau mode d’engagement politique, suggère l’auteur, qui appelle à l’action plutôt que la sidération. »

Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï d’Alain Deneault publié chez Lux Éditeur – À paraître le 3 octobre 2024

Il est possible de comprendre l’évasion fiscale, et même dans le plaisir

Le Devoir

Par Éric Desrosiers
21 septembre 2024

[…] Après un documentaire sur la collusion entre les médias et le pouvoir politique (Les nouveaux chiens de garde), le réalisateur (Yannick Kergoat), scénariste et monteur avait envie de faire un film sur les travers de la finance. Avec ses amis, le producteur Bertrand Faivre et le journaliste Denis Robert, il a choisi de s’attaquer à la question de l’évasion fiscale.

[…] Le fruit de quatre ans de travail, La (très) grande évasion a finalement pris l’affiche en France à la fin de 2022. Un peu à la manière d’autres films produits ces dernières années sur des sujets économiques et financiers, le documentaire d’un peu moins de deux heures marie le travail de vulgarisation, les prises de position et, étonnamment, l’humour et le divertissement.

Les Québécois pourront en juger par eux-mêmes. Le film sera de passage prochainement dans un peu plus d’une demi-douzaine de villes, dont Carleton-sur-Mer (22 septembre), Rimouski (23 septembre), Québec (24 septembre), Montréal au Cinéma Beaubien ( 26 septembre) et Cinémathèque (du 26 septembre au 3 octobre), Gatineau (28 septembre), Sherbrooke (30 septembre), Caraquet (10 octobre) et Salaberry-de-Valleyfield (27 novembre). Fidèles à une tradition chère au coeur de son réalisateur, les projections seront suivies d’une discussion, cette fois-ci avec l’essayiste et philosophe québécois Alain Deneault.


** […] Après bien des tractations et des atermoiements, plus d’une centaine de pays y ont convenu, entre autres, d’un nouveau mécanisme d’échanges automatiques d’information sur leurs ressortissants qui ouvrent des comptes bancaires à l’étranger. Plus de 145 pays et juridictions sont également à mettre en place de nouvelles règles forçant les plus grandes entreprises à rapporter où se trouvent réellement leurs activités, leurs employés et leurs ventes, afin de s’assurer qu’elles payent au moins un impôt minimum de 15 % sur leurs profits.

Le documentaire n’accorde pas beaucoup de crédit à cette démarche ni de temps à l’expliquer et à la vulgariser. Tout cela n’est qu’une « machine à nous faire perdre du temps » inventée par des « pompiers pyromanes » qui n’ont aucune véritable intention de changer l’ordre des choses, y assène Alain Deneault.

Ce n’est toutefois pas l’avis de tout le monde. À commencer par Gabriel Zucman, lui-même qui qualifiait déjà, en 2021, les nouvelles règles visant les multinationales « d’historiques, d’insuffisantes et de prometteuses ». Il disait alors que le taux d’imposition minimum de 15 % était « beaucoup trop bas, [mais] que rien n’empêchera la suite de passer rapidement à 25 % ». **

** [ Il est à noter – contrairement à ce qui est mentionné dans les trois derniers paragraphes de cet article – qu’Alain Deneault n’a pas dénoncé mais plutôt salué l’initiative internationale d’une taxe de 15% sur les bénéfices des multinationales, et ce, dans les pages du Monde diplomatique de juillet 2021, soit un an après l’entretien qu’il a accordé à monsieur Kergoat. ] **

Et les multinationales paieront (un peu) par Alain Deneault
Le Monde diplomatique – Juillet 2021

Essais sur les paradis fiscaux d’Alain Deneault

La fable du sport-spectacle

Le Devoir

Par Alain Deneault
Section idées
10 septembre 2024

« Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d’un périodique. Cette semaine, nous vous proposons un texte paru dans L’Inconvénient, no 97 (été 2024).

Le sport est devenu, depuis une centaine d’années, un de nos plus grands divertissements. Il nous amène donc à l’aborder à la manière de toute production esthétique, pour qu’on l’interprète, l’analyse, le critique.

Un spectacle, l’activité sportive l’était à peine au début du XXe siècle. Pierre de Coubertin — le maître d’oeuvre de la reprise des Jeux olympiques au tournant de ce siècle — y voyait un ersatz de combat militaire, une démonstration de virilité et, face à une Allemagne aguerrie, une façon particulière de mettre les Français à l’entraînement, plus qu’un déploiement esthétique. C’est à peine si, d’une olympiade à l’autre, les reprises organisées par exemple à Athènes, Paris ou Londres prévoyaient des gradins pour les curieux.

L’exécution sportive avait du sens en soi, sans nécessiter d’être vue. C’est dans la décennie 1930 que les Jeux, et en particulier leurs cérémonies d’ouverture et de fermeture, s’offrirent au regard d’une centaine de milliers de spectateurs entassés dans de grands stades. Ils le firent timidement à Amsterdam à la fin des années 1920, mais de manière ostentatoire ensuite à Los Angeles et fastueuse à Berlin grâce au puissant dispositif de propagande du régime nazi. Nous en héritons.

On peut dire de ce spectacle qu’il a largement suivi les quatre modes médiatiques majeurs de ses cent ans : le théâtre, le cinéma, la télévision et le numérique. Mais on n’a pas appris à le lire selon qu’il s’intègre tour à tour à trois de ces grandes formes de médiatisation dans son histoire.

Lorsqu’on prend place dans les gradins d’un stade, ou qu’on regarde la retransmission de ses affrontements à la télévision, ou qu’on en consomme un fragment en ligne, que regarde-t-on, que contemple-t-on, que se fait-on raconter ?

Substrat idéologique

Le sport permet en fait de dire et de soutenir n’importe quoi. C’est la raison pour laquelle l’abhorrait un important sémiologue et romancier, Umberto Eco. Pour lui, le sport est à la source d’une industrie du bavardage exponentiellement névrotique.

À l’acte gratuit qui consiste à se demander qui de deux personnes sait lancer le galet le plus loin dans l’eau s’ajoute un impératif statistique, puis encyclopédique, jusqu’à ce que des gens soient assignés à paraphraser les compétitions, ce verbiage faisant l’objet de redondance dans les chaumières, jusqu’à ce que des radios accueillent sur les ondes la palabre domestique et que les télévisions en imitent le dispositif à partir des mêmes commentateurs du début, […] cette inflation en boucle se reproduisant sur des canaux médiatiques concurrents, jusqu’à en saturer l’espace commun.

Dans cette gestion de la parole sportive, apanage d’instances médiatiques appartenant selon les époques aux États ou aux grands détenteurs de capitaux, des propositions fortement empreintes d’idéologie ne manquent pas de se greffer au support muet, mais combien commode, de la scène sportive.

Ainsi, tour à tour, le sport a servi d’armature aux nationalismes ainsi qu’aux régionalismes, à la phallocratie doublée de misogynie, puis il est devenu une carte diplomatique.

De manière transversale, il s’est aussi associé étroitement à la guerre. Les hymnes nationaux qu’on y entonne, en mobilisant telle quelle l’esthétique militaire […] font du sport la métaphore la plus proche de l’imagerie militaire.

Capitalisme

On a aussi épousé le sport comme porte-étendard du capitalisme. Il le reste. Les athlètes se présentent comme les agents d’un marché libéral réservé aux puissants, en exemplifiant pour le commun ses règles. Le budget des équipes est plus connu aujourd’hui que celui des États ; et les prestataires de performances évalués en fonction du salaire qu’ils ont été capables d’obtenir dans le jeu de l’offre et de la demande.

L’entraîneur débite au quotidien des théories de management. Dans d’infinies métaphores, le grand patronat n’en finit plus de s’associer à ces gagnants de la scène sportive, en se présentant lui-même comme champion dans un autre théâtre de la concurrence, celui qui tire précisément profit du spectacle sportif.

Mais le sport peut tout autant, sur un autre angle, s’offrir comme un véhicule de causes minoritaires. Diego Maradona a fait de son équipe de football à Naples, en Italie, un emblème de la gauche résistante. Les Noirs états-uniens aux Jeux olympiques de Mexico ont rappelé l’importance des droits civiques, et aujourd’hui les femmes qui pratiquent la boxe, le football (soccer) ou le hockey à des niveaux d’élite exemplifient le combat féministe.

La démonstration sportive devient ainsi le support élémentaire d’autant de revendications discursives. Elle ne résiste à aucune récupération, se prête à tous les discours et se présente comme une banque à métaphores pour toute situation contingente.

* Alain Deneault est professeur de philosophie à l’Université de Moncton. Il a écrit sur la question du sport comme spectacle de masse dans «Faire l’économie de la haine» (Écosociété, 2018).

Notre part maudite

Photo © Laurianne Desjardins

Le Devoir

Par Stéphane Baillargeon
9 septembre 2024

« Le plus révélateur dans le déchet, c’est l’invisibilisation, dit Simon Paré-Poupart, qui vient de faire paraître Ordures ! Journal d’un vidangeurchez Lux. Notre société surconsommatrice ne veut pas voir ce qu’elle produit et finit par jeter. Elle enfouit en dehors des villes. Elle envoie le recyclage à l’autre bout de la planète. Elle met le travailleur qui le cache à la marge. Georges Bataille parlait de “la part maudite”. Le déchet est notre part maudite. Celle qu’on ne veut pas voir, celle qui nous confronte à ce qu’on fait, à ce qu’on est. »

[…] Les discussions avec son professeur de maîtrise Alain Deneault, philosophe de l’économie, l’ont convaincu d’écrire au « je » pour parler du « nous ». Sauf erreur, son témoignage s’avère assez unique au monde.

« Le livre est venu de réactions montrant de la curiosité et de l’intérêt pour mon monde. Comme on dit en journalisme, j’ai compris qu’il y avait un sujet. Dans les milieux ouvriers, il y a une banalisation de ce qu’on fait. J’ai aussi remarqué que beaucoup de vidangeurs font leur métier par souci d’entraide, comme un service public, tout en sacrifiant leur corps. »

[…] Le livre se termine sur des remerciements, au professeur Deneault, à l’éditeur Mark Fortier chez Lux, à sa femme, Laurianne, et finalement à ses compagnons de truck de vidange. « Mes collègues ne savent pas, pour la grande majorité, que j’ai écrit un livre sur le milieu, dit le texte final. J’ignore s’ils en entendront parler, et si cela les intéressera. »

Simon Paré-Poupart, titulaire de la maîtrise de l’École nationale d’administration publique (ENAP, Québec) a été collaborateur au livre De quoi Total est-elle la somme ? Multinationales et perversion du droit d’Alain Deneault, comme assistant à la rédaction.

Broyer du noir au soleil

Le Devoir

Par Josée Blanchette
6 septembre 2024

« […] Les gens férocement positifs me dépriment. Moi, ce qui me fait du bien, ce sont les indignés, les punks et les révoltés, les Pierre Falardeau, André Forcier, Alain Deneault, Dahlia Namian, autrice de La société de provocation, Martine Delvaux, Spike Lee et Slavoj Žižek, un philosophe slovène avec une gueule de novembre qui revendique sa colère, sa tristesse, et attend le soir avec impatience.

[…] Si Norman Cousins (Comment je me suis soigné par le rire) a pu se débarrasser d’une spondylarthrite ankylosante jugée quasi incurable en se bidonnant, les livres peuvent certainement ressusciter une affaissée de la foi. Les libraires sont des pharmaciens de l’âme. [….] »

L’égalitarisme par le nivellement par le bas

Le Devoir

Par Raphaël Fiévez
Section idées - 31 mai 2024

«Dans les dernières semaines, mais le phénomène n’est pas nouveau, nous avons pu lire quelques chroniques et articles discutant de refonte de l’orthographe et de la grammaire française, un assouplissement de la correction des erreurs lexicales, ou encore de l’abandon des notes scolaires dans les critères d’accès à un programme particulier. Toutes ces demandes ont comme prémisse que les élèves ne peuvent satisfaire aux exigences de manière égalitaire et qu’il est donc nécessaire de supprimer les barrières actuelles en termes de compétences.

[…] Cependant, voulons-nous vraiment cultiver une forme d’abaissement des conditions et des critères afin de permettre à tous d’accéder à un service ? Ne devrions-nous pas plutôt planifier des moyens adaptés afin d’accompagner chacun en fonction des besoins, et ce, avec le but d’atteindre une égalité des droits ?

Le nivellement par le bas motivé par un idéal égalitariste ne doit pas être l’avenue à choisir. Cet égalitarisme risque d’engendrer une forme de médiocratie, pour reprendre le titre du livre du philosophe québécois Alain Deneault.

Agissons pour favoriser une sorte de méritocratie qui ne laisse personne derrière. Favorisons l’effort et la fierté de réussir de chacun, ce qui peut seulement se faire en n’abaissant pas les critères et les exigences, mais en accompagnant les personnes dans leurs besoins et difficultés. Accompagner pour élever les individus, sans abaisser les exigences, me semble une avenue — certes plus complexe, mais tellement plus fructueuse — permettant le développement d’un réel sentiment de fierté.»

Le catakit, la valise optimiste

Le Devoir

Par Josée Blanchette
17 mai 2024

« […] En attendant les catas, j’ai visionné un documentaire passionnant que je croyais consacré à l’état d’urgence. Prévoir l’imprévisible s’intéresse effectivement à la science des catastrophes naturelles avec des spécialistes (consultant en préparation d’urgence, néosurvivaliste, libertarienne, sociologue), mais pense plus large et s’attarde aussi au contexte. On consulte le philosophe Alain Deneault, le professeur à HEC Yves-Marie Abraham, le Dr John Gilmour, analyste en sécurité nationale, un chercheur scientifique environnemental, l’anthropologue Louis-Karl Picard-Sioui.

Deneault, plus lucide que parano, évoque le géant aux pieds d’argile : « Quand il ne suffira plus à prétendre nous nourrir, nous loger, nous soigner, nous éduquer, il faudra apprendre à s’organiser par nous-mêmes à de petites échelles. […] »


Adoré le documentaire Prévoir l’imprévisible d’Aurélien Offner, diffusé récemment à Doc Humanité (Radio-Canada). Et cette réflexion du philosophe Alain Deneault sur l’une des causes profondes de nos horizons bouchés : « Les valeurs, la société s’en donne ! Mais est-ce qu’elles sont adaptées, est-ce qu’elles sont adéquates, appropriées ? Si la valeur, c’est de participer par tous les moyens imaginables à l’enrichissement croissant d’une poignée d’actionnaires […], ce sont des valeurs hautement discutables ! […] »

Prévoir l’imprévisible un documentaire d’Aurélien Hoffner

Une histoire en deux livres

Par Hélène Sylvain
23 avril 2024

Le Devoir (section Lettres)

« Un tout nouveau livre de Sophie Grégoire fait la une un peu partout, à la radio de Radio-Canada, dans La Presse et j’en passe. C’est la promesse d’un livre sur la croissance personnelle, inspiré du parcours de sa vie. Le succès du livre est garanti, tant sa promotion est grandiose.

Pratiquement en même temps sort un tout nouveau livre d’Alain Deneault, L’économie de la pensée. C’est le 5e d’une série sur l’économie. Trop difficile à lire, me direz-vous ? Ça n’intéresse personne ?

Je me demande dès lors comment élever la pensée d’un peuple. Comment donner accès à des notions qui, une fois vulgarisées, nous permettent de comprendre le monde dans lequel on vit ? Pourquoi ne pas faire confiance à l’intelligence collective ? Ne faudrait-il pas commencer à s’y intéresser et à rendre visible ce contenu moins « vendable » en permettant à son auteur d’avoir plusieurs tribunes ?

Alors, peut-être qu’il y aura une promesse de grandissement collectif. »

Des artistes dans tous les CA

Photo © Adrien Le Toux – Getty Images / Image de l‘article de Stéphane Baillargeon du 26 mars 2024

Le Devoir

Par Renaud Lessard Ste-Marie
29 mars 2024
Section Lettres

L’auteur de cet article mentionne Alain Deneault vers la fin de son propos :

En réponse à la série d’articles rédigés par Stéphane Baillargeon concernant le manque de représentation d’artistes dans les conseils d’administration des sociétés d’État à vocation culturelle, j’aimerais faire part d’une réflexion à vos lecteurs ainsi qu’à mes collègues travaillant en création.

[…] J’aimerais voir Dany Laferrière au CA de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Pierre Lapointe au CA de la Société de télédiffusion du Québec, Alexandra Stréliski au CA de la Société de la Place des Arts de Montréal, Caroline Monnet au CA d’Hydro-Québec et Anaïs Barbeau-Lavalette au CA de la Société immobilière Québec. Est-ce que c’est plus fou que de voir un banquier à la tête du CA de la Société de développement des entreprises culturelles (Stéphane Achard à la SODEC) ? Ou encore une hôtelière à la présidence du CA du Musée national des beaux-arts du Québec (Christiane Germain au MNBAQ) ?

Pour paraphraser Alain Deneault, la seule manière de gagner la game, c’est de jouer à notre propre jeu. […]

Northvolt Six, un enjeu de justice fiscale?

Photo © Chritinne Muschi – La Presse canadienne

Le Devoir

« […] De plus, un traité bilatéral signé en 1999 avec le Luxembourg pourrait bien faciliter les opérations d’évitement fiscal pour le géant suédois. D’après une publication de l’IRIS (2023), la société Northvolt est détenue à hauteur d’environ 5 % par une entreprise établie au Luxembourg. Or, le Luxembourg est une « plaque tournante de l’évitement fiscal », c’est-à-dire qu’en déclarant leurs profits au Luxembourg, les multinationales sont en mesure de bénéficier d’un taux d’imposition quasi nul. Dans ces conditions, pourquoi financer publiquement une entreprise qui pourrait tenter d’échapper à l’impôt ? […]

La probabilité élevée que l’entreprise suédoise puisse recourir à l’évitement fiscal rend d’autant plus saillante la question de la justice fiscale. Selon Alain Deneault, les « politiques de complaisance » et les paradis fiscaux doivent être considérés comme des problèmes typiques de la mondialisation, au même titre que les réseaux de crime organisé et de blanchiment d’argent. Un travail de recherche de grande ampleur, réalisé en 2018, est venu confirmer l’étendue des pertes fiscales induites par les paradis fiscaux : celles-ci pourraient atteindre plus de 500 milliards de dollars américains. […]

En effet, l’empressement des gouvernements à investir dans la « filière batterie » et leur obstination à voir la transition énergétique comme une occasion d’affaires écartent la possibilité d’un dialogue social constructif qui nous ferait cheminer vers un avenir énergétique juste et viable, comme le soutient un récent manifeste publié par un regroupement de la société civile. »

Par François Le Roy
26 janvier 2024

«Koulounisation»: colons et colonisés, d’hier à aujourd’hui

Photo © Marie-France Coallier – Le Devoir

Le Devoir

« Je n’ai pas forcément de réponses aux questions que les gens posent à la pièce après l’avoir vue. Mais je sais que la pièce n’a pas de frontière. Aller découvrir d’autres histoires permet de mieux envisager la sienne. Pour ma part, je découvre l’actualité au Québec. » À propos du colonialisme vécu au Canada comme au Québec, il est à lire les réflexions d’Alain Deneault.

Par Jean-François Nadeau
26 septembre 2023

Ce ne sont pas que des mots

Photo : Annik MH de Carufel – Archives Le Devoir

Le Devoir

« Le stratagème derrière ces attaques est simple : il suffit pour certains chroniqueurs et chroniqueuses et certains animateurs et animatrices de se saisir d’une phrase, d’une remarque faite en entrevue, d’une blague sur Facebook, d’un gazouillis personnel. Chaque mot écrit ou prononcé dans l’espace public est ainsi susceptible d’être récupéré. Le sens des propos est alors détourné pour alimenter une rhétorique mensongère débitée sur un ton fielleux et condescendant propre à provoquer la colère de leur auditoire. L’attaque, diffusée sur un blogue, dans une chronique ou une émission, est même parfois reprise et amplifiée, augmentée de nouvelles attaques par d’autres collègues, dans un effet de meute. […] »

Par Mathieu Marion
et plusieurs autres cosignataires dont Alain Deneault
3 avril 2023

Réapprendre à s’unir

Photo © Leonardo Cendamo

Le Devoir

« La manifestation excessive du militantisme sociétal nuit au féminisme, à la lutte anticoloniale, aux droits civiques ou à la lutte contre les discriminations parce qu’il devient tellement caricatural, excessif, grossier, irréfléchi et brutal qu’il fait l’affaire de ses opposants », souligne celui [Alain Deneault] qui nous invite à nous montrer « capables de penser radicalement, mais dans l’exactitude ».

Par Isabelle Delorme
5 novembre 2022

Le syndrome du poisson rouge menace-t-il nos pratiques culturelles ?

Illustration : Fanny Monier – Le Devoir

Le Devoir

« Élodie Comtois, membre de l’équipe éditoriale d’Écosociété, abonde dans ce sens.[…] C’est pourquoi certains des livres à succès d’Écosociété peuvent se décliner d’une seconde manière, parfois en bande dessinée, comme Mégantic, d’Anne-Marie Saint-Cerny, parfois dans un essai plus concis, comme Paradis fiscaux : la filière canadienne, d’Alain Deneault, devenu L’escroquerie légalisée dans la collection Polémos.»

Par André Lavoie
9 septembre 2022