L’égalitarisme par le nivellement par le bas

Le Devoir

Par Raphaël Fiévez
Section idées - 31 mai 2024

«Dans les dernières semaines, mais le phénomène n’est pas nouveau, nous avons pu lire quelques chroniques et articles discutant de refonte de l’orthographe et de la grammaire française, un assouplissement de la correction des erreurs lexicales, ou encore de l’abandon des notes scolaires dans les critères d’accès à un programme particulier. Toutes ces demandes ont comme prémisse que les élèves ne peuvent satisfaire aux exigences de manière égalitaire et qu’il est donc nécessaire de supprimer les barrières actuelles en termes de compétences.

[…] Cependant, voulons-nous vraiment cultiver une forme d’abaissement des conditions et des critères afin de permettre à tous d’accéder à un service ? Ne devrions-nous pas plutôt planifier des moyens adaptés afin d’accompagner chacun en fonction des besoins, et ce, avec le but d’atteindre une égalité des droits ?

Le nivellement par le bas motivé par un idéal égalitariste ne doit pas être l’avenue à choisir. Cet égalitarisme risque d’engendrer une forme de médiocratie, pour reprendre le titre du livre du philosophe québécois Alain Deneault.

Agissons pour favoriser une sorte de méritocratie qui ne laisse personne derrière. Favorisons l’effort et la fierté de réussir de chacun, ce qui peut seulement se faire en n’abaissant pas les critères et les exigences, mais en accompagnant les personnes dans leurs besoins et difficultés. Accompagner pour élever les individus, sans abaisser les exigences, me semble une avenue — certes plus complexe, mais tellement plus fructueuse — permettant le développement d’un réel sentiment de fierté.»