L’éthique, entre mondialisation et biorégion – Captation de la conférence d’Alain Deneault chez VOX

Captation de la conférence L’éthique, entre mondialisation et biorégion d’Alain Deneault qui a eu lieu chez chez VOX, centre de l’image contemporaine, dans le cadre de l’exposition « Mon Sud est ton Nord » de l’artiste Bertille Bak – 29 novembre 2024 – Durée : 1 heure 2 min 45 sec

Mention d’Alain Deneault par Simon Paré-Poupart à l’émission Y’a du monde à messe

Lors de son passage à l’émission Y’a du monde à messe (Saison 9 – EP2), animée par Christian Bégin à Télé-Québec, Simon Paré-Poupart mentionne le rôle qu’a joué Alain Deneault dans son essai Ordures ! Journal d’un vidangeur publié chez Lux Éditeur. Le segment de cette mention débute à 39 min 50 sec – 9 mai 2025

« CB : D’où est partie cette impulsion pour écrire le livre ?

« C’est venu d’Alain Deneault qui était mon directeur de maîtrise. Je n’ai pas une famille qui vient du milieu du livre, on ne parlait pas vraiment de littérature… Une fois que tu fais une tâche ouvrière en général ou certains métiers, je pense qu’on normalise ce qu’on vit et éventuellement on banalise ce qu’on vit… J’ai fait un peu de littérature et Flaubert disais que ce qui est beau c’est de voir dans l’ordinaire de l’extraordinaire et Alain m’a permis ça, par son regard extérieur. On jasait de vidanges – j’en parle souvent – et il m’a dit : « Ce que tu portes comme discours a une valeur sociologique » et c’est lui qui m’a présenté à un éditeur. Alors, vraiment, le livre ne m’est pas venu d’emblée. C’est vraiment une très belle rencontre. » – Simon Paré-Poupart, Y’a du monde à messe, Télé-Québec

Simon Paré-Poupart, titulaire de la maîtrise de l’École nationale d’administration publique (ENAP, Québec) a été collaborateur au livre De quoi Total est-elle la somme ? Multinationales et perversion du droit d’Alain Deneault, comme assistant à la rédaction.

Alain Deneault participera avec Simon Paré-Poupart, Thibault Biscahie et Adib Bencherif à la soirée d’échanges Repenser l’altermondialisme face au moment réactionnaire présenté par les Amis du Monde diplomatique de Montréal le 9 juin 2025 au Centre social l’Achoppe (inscription obligatoire).

Participation d’Alain Deneault à l’École d’été citoyenne 2025 : Réhabiter l’Outaouais

Alain Deneault participera à l’École d’été citoyenne 2025 : Réhabiter l’Outaouais dont les quatre thématiques seront : l’expropriation (21 mai), l’itinérance (22 mai), la biorégion (6 juin) et la décroissance (7 juin). L’événement est organisé en collaboration avec l’Université du Québec en Outaouais (UQO) et le Laboratoire de formation populaire de l’Outaouais (LFPO). La conférence d’Alain Deneault aura lieu le 6 juin et s’intitule : Qu’est-ce qu’une biorégion ? De la force des choses au dessein politique.

« Alliant à la fois savoirs expérientiels et savoirs théoriques, l’École a généré des échanges et des réflexions autour d’une citoyenneté plus engagée et plus inclusive. Au cours des quatre jours de l’École, des activités de partage d’expériences et de savoirs, de co-formation et de discussion ont eu lieu afin de nous outiller à agir au sein de nos communautés au bénéfice d’une société plus juste. » – École d’été citoyenne 2025


Qu'est-ce qu'une biorégion ? De la force des choses au dessein politique
Conférence d'Alain Deneault à l'École d'été citoyenne 2025
Vendredi 6 juin 2025 - 9 h 15 à 10 h 15
Université du Québec en Outaouais (UQO) - Campus Alexandre Taché
283 boulevard Alexandre-Taché, Gatineau
Stationnement gratuit
Inscriptions ici

Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï parmi «Les livres du mois» du Monde diplomatique

Le Monde diplomatique

Par Esteban Chevalier
Mai 2025

Comment affronter un présent sans précédent — « inouï » ? Pour mieux répondre à la crise écologique, nous gagnerions à « faire que », plutôt que de nous demander « que faire », comme autrefois Lénine. Face à l’insuffisance des gouvernements et du capital, il nous faudrait, selon Alain Deneault, sortir de la torpeur et de l’éco-angoisse et adopter une posture transformatrice. Le philosophe québécois critique vertement une gauche en perte de repères, déplore un libéralisme technocratique qui fragmente nos sociétés. Il invite à reconstruire l’engagement politique en partant de l’échelle locale, à travers des initiatives comme la biorégion, « contraction de la pensée politique à l’échelle régionale ». Livrer la guerre à la « médiocratie », affronter les sujets qui dérangent et prendre des risques : tels sont les axes d’une action politique enracinée dans l’inédit. Loin d’une réponse programmatique, l’ouvrage appelle à expérimenter dans l’essai et le mouvement, à repenser l’engagement politique pour donner corps à une pensée agissante.

Les médiocres ont remporté la bataille

Mediapart

Par Mustapha Ait Larbi
(abonné de Mediapart)
23 avril 2025

Dans son ouvrage La Médiocratie, le philosophe canadien Alain Deneault écrit :

 " Les médiocres ont remporté la bataille. " 
" L’époque des valeurs et de la vérité semble révolue. "
" Aujourd’hui, les esprits vides tiennent les rênes, armés de leur insignifiance et de leur corruption. "
" Lorsque les grandes valeurs s’effacent, c’est un chaos moral qui s’installe — un effondrement du goût, de l’éthique, de l’esprit. "
" Nous sommes entrés dans le règne des insignifiants, dans un monde où les vils triomphent. "
" Et plus un individu s’enfonce dans la vulgarité, l’indécence et le vide, plus il gagne en popularité et en notoriété. "
" Plus il descend, plus il brille aux yeux de la masse. "

Deneault ajoute :

 " Les réseaux sociaux ont réussi à ériger les insignifiants en idoles.
Il suffit aujourd’hui qu’une jolie idiote ou qu’un bel imbécile se filme pour devenir célèbre. "
" À travers des plateformes creuses, dépourvues de toute profondeur intellectuelle ou morale, on impose à la société des visages vides, dénués de sens, des figures sans substance, des produits sans âme. Ces plateformes, pour la plupart, ne produisent rien de réellement porteur — aucune idée, aucun contenu apte à traverser le temps ou à nourrir l’esprit. "

Le monde se meurt de trop d’avidité. Ce monde n’est pas jeune, il est vieux. Ce monde n’est pas moderne, il est dépassé par son mal-développement. La prophétie de Marx, de Freud se déroule devant nos yeux. Notre monde agonise tout simplement. La croissance est une folie qui crée non pas la richesse, mais la pénurie. L’écologie est impossible tant le pétrole que l’on trouve partout et de plus en plus, abonde. Les milliardaires qui veulent imposer un ordre fasciste sont de plus en plus nombreux, les pauvres sans défense également. Nous pensons être de plus en plus autonome, alors que nous sommes de moins en moins autonome. La drogue finira par tout gangrener. Dans un monde pollué, c’est la révolte qui sera notre dernière liberté quitte à ce que cette révolte se passe dans les ruines du monde.

Comme disait si bien Camus:  » Au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi un invincible été.  »

Interview : Alain Deneault – Être lucide face à l’obscurantisme et l’angoisse

Bruxelles Laïque Échos 

Par Jean-François Grégoire
1er trimestre No 128 - Printemps 2025

Philosophe et essayiste, Alain Deneault, auteur de plusieurs ouvrages, dont Le Totalitarisme PerversPolitiques de l’extrême centre (2016)et Mœurs (2022), a publié fin 2024, Faire Que ! L’engagement Politique à l’Ère de l’Inouï. Ce professeur de philosophie a choisi d’enseigner en Acadie, au Canada, loin des centres urbains. Face aux bouleversements climatiques et à la « pandémie de crises » que nous vivons aujourd’hui, comment repenser nos modes de vie sur un mode solidaire, afin de réenchanter l’engagement à la hauteur des défis qui nous attendent ?

Jean-François Grégoire (JFG) : En philosophie pratique, c’est-à-dire en éthique et en politique, la question classique est « que faire ? », comment agir ? Vous avez choisi d’intituler votre ouvrage « Faire que ! ». Pouvez-vous nous expliquer ce choix ? Quel était votre objectif en rédigeant ce livre et à qui s’adresse-t-il ?

Alain Deneault (AD) :

La question « Que faire ? » jalonne mon travail depuis longtemps, à la manière d’une formule qu’il convient d’étudier dans sa forme même ainsi que dans son évolution. Autant l’expression interrogative, et quasi exclamative, était galvanisante du milieu du XIXe siècle au début du XXe, et motivait la praxis politique au point d’engendrer des révolutions (on n’avait pas encore idée à l’époque du cauchemar stalinien qu’elle allait engendrer), autant elle s’est conclue au début du XXIe siècle sous la forme d’une grande lamentation : « Qu’est-ce que je peux faire, moi, petit citoyen, le Petit-chose à qui rien ne réussit…? » C’est comme si la question qui trouvait à l’origine du tonus dans la prose de Nikolaï Tchernychevski ou le verbe de Lénine ne résonnait plus qu’en faibles ondes dans les lamentations de Calimero. 

Dans un premier temps, en m’y arrêtant dans Faire que !, j’ai souhaité mettre en valeur le caractère stimulant d’une telle interrogation, notamment en rappelant comment dans sa forme première véhiculée au XVIIIe siècle par le révolutionnaire Babeuf, et son « Quoi faire ? », il nous était possible de penser les politiques publiques, notamment fiscales, en lien avec le progrès social. En relisant le premier livre ayant arboré ce titre, celui du romancier révolutionnaire Tchernychevski, pour postuler la possibilité d’une refonte complète des mœurs sous le signe du féminisme radical, de façon à entraîner de lui-même une révolution. En prenant au sérieux le plus célèbre des livres intitulés Que faire ?, celui de Lénine, non pas tant pour épouser son programme de type partisan autoritaire, mais pour inventorier les questions exhaustives et précises que se trouve à poser ce penseur de l’organisation en ce qui regarde la structuration d’un combat politique. Enfin, je me suis étonné de constater à quel point notre culture regorge de livres, de chapitres ou d’articles dont le titre est précisément Que faire ?. Certains sont nettement d’inspiration léniniste, malgré mille nuances importantes, comme chez Alain Badiou ou Louis Althusser, d’autres sont absolument ironiques, comme chez les libéraux de la décennie 1990 qui s’amusaient à détourner les reliques du soviétisme ou chez les aboyeurs de l’extrême droite qui piochent continuellement dans le jardin de la gauche, en passant par des reprises qui se contentent d’un effet marketing relevant de la référence désinvestie et fade, comme chez la passionaria de la lutte écologiste, Jane Fonda, l’écologiste libéral Daniel Cohn-Bendit ou le libéral-« socialiste », Jean-Christophe Cambadélis. Dans ce tour d’horizon quelque peu oulipien, j’ai cherché à comprendre ce que tous ces titres, sur 150 ans, disaient de l’évolution de la question elle-même.

Dans un deuxième temps, j’ai porté attention aux critiques de la question, une philosophe de l’écologie comme Isabelle Stengers ou un autre, Vincent de Victor, récusant l’expression dans sa formulation même. Et j’y suis allé de mon propre décalage. La question « Que faire ? » est dissonante : elle motive à l’action, mais la fige dans l’attente d’une réponse, fatalement offerte sous la forme de consignes. Le « que » de l’expression est un pronom interrogatif qui appelle des précisions, plus précisément des compléments d’objet direct. Cela conspire à simplifier considérablement l’analyse du réel et à interrompre le moment de la pensée et de l’analyse collectives. Le « faire » devient faible en cette circonstance, car il appelle lui aussi une métamorphose dans des verbes prescripteurs et directifs. C’est la raison pour laquelle l’inversion de la forme dans la tournure « Faire que ! » m’a parue salutaire. Le « que » y agit soudainement comme une conjonction de subordination et appelle des phrases au subjonctif. Le sujet de l’expression n’est donc plus celui qui l’énonce (un homme occidental le plus souvent en ce qui concerne « Que faire ? »), mais toute personne qui se sent concernée par elle, qui entend agir pour faire en sorte que… l’action sociale, culturelle et publique soit en phase avec les exigences de la biophysique et du climat, de l’éthique et du sens. Cette subjectivité n’est d’ailleurs plus exclusivement humaine et entraîne dans la réflexion toutes les instances du vivant ayant une part dans l’économie de la nature.

JFG : Pourriez-vous élaborer sur la notion d’inouï ? Qu’est-ce qui vous semble si unique aujourd’hui – qu’est-ce qui fait que vous n’êtes pas seulement un (philosophe) marxiste de plus qui annonce la fin du capitalisme ?

AD :

L’inouï est d’abord un terme qui résume la façon dont les bouleversements climatiques et la sixième extinction de masse nous sont racontés dans un ordre intellectuel où le discours est en particulier l’apanage des sciences exactes et de la recherche opérationnelle. C’est en termes de millions d’années, de seuils, de pourcentages, de ratios, de moyennes universelles… que s’organisent le discours politique, l’historiographie, l’éthique et la psychologie sociale. Ce type de construction tend à nous faire voir le réel – à juste titre à certains égards – en tant qu’il n’a pas de pareil dans l’historiographie, qu’il ne se compare à rien d’autre que lui-même, et qu’il est par définition inouï. Ce qui est inouï est pratiquement impensable parce qu’on ne peut le comparer à rien d’autre qui nous permet de le spécifier.

J’en conclus que cela relève autant d’un état de fait historique gravissime que d’un échec de l’écologie politique, au sens où en s’alliant exclusivement avec les sciences exactes, elle s’est privée de modes d’articulation susceptibles d’entraîner des modifications comportementales et politiques. Que faire lorsqu’on se fait dire que l’« activité humaine » est responsable de la transgression de six seuils fondamentaux se résumant à l’excès des 400 parties par millions de dioxyde de carbone dans l’atmosphère et de l’augmentation de la température moyenne de 1,5 % dans le monde depuis le premier brevetage de la machine à vapeur? Cette rhétorique ne parle pas globalement. Elle n’est pas fautive, mais souffre d’un manque d’expression littéraire, politique, sociale, symbolique et spirituelle. Nous manquons d’objets mentaux auxquels nous référer pour penser ce qui vient, et pour nous donner collectivement un dessein nous permettant d’engager l’action de manière réfléchie, concertée, lucide mais aussi joyeuse.

Ce qu’il y a de proprement inouï, c’est le fait de s’aligner sur des temps catastrophiques qui ne répondent justement plus de l’ « activité humaine ». Cette expression nous abuse. Elle relève d’une façon pudique (et censurée) pour les pouvoirs institués et leurs organes officiellement « politiques et scientifiques » (le Giec, l’IPBES…) de couvrir notre régime extractiviste, productiviste, consumériste et capitaliste. Mais le sujet dit « humain », selon cette approche sociologiquement myope, est spectateur ; le réchauffement climatique et la perte de biodiversité sont partis ; il s’agit de processus désormais indépendants, autonomes et exponentiels. Nous avons détraqué le système Terre. Et si nous, les décideurs du capital en particulier, en sommes responsables, nous ne pouvons pas pour autant réparer les conséquences de ce vandalisme universel. C’est cela qui est inouï. Autant les pacifistes pouvaient espérer que les Guerres mondiales ne soient pas enclenchées au XXe siècle en raison de décisions humaines, autant nous sommes ici confrontés à la « force des choses », comme l’écrit Hannah Arendt, un phénomène historique qui ne dépend pas de la délibération politique.

Dans cette perspective, le capitalisme se présente comme un système à bout de souffle, cancérigène. Il bénéficie à des illuminés du marché et porte au pouvoir politique des psychopathes. La science écologique, la justice fiscale, les droits de la personne, la structuration de la géopolitique et même la rationalité économétrique, pour ce qu’il en restait, se trouvent raturés comme si cela n’avait jamais existé. Ce système s’effondre sous nos yeux, mais pas comme on se l’imaginait. Il disparaît pour des pans entiers de la population. Les différentes « classes moyennes » se voient glisser au rang de la majorité de prolétaires qui n’en ont jamais été dans l’histoire que les bénéficiaires relatifs, se voyant eux-mêmes socialement marginalisés au-delà de leur marge de crédit. Le capitalisme a profité à une portion de bénéficiaires relatifs; ceux qui pouvaient encore consommer ce qu’il produit au fort prix d’une alinéation psychologique et sociale, se voient tomber dans le camp des adversaires de l’oligarchie, sitôt qu’ils n’ont plus le pouvoir d’achat ou le capital culturel et social de composer avec elle. Pour eux, désormais, chutant un à un, le capitalisme se termine. Ils se découvrent va-nu-pieds, exposés à la violence d’un régime qui ne tient aucune des promesses défendues par son marketing. 

JFG : La question de l’objet, au sens d’une grille de lecture pour penser le monde dans son objectivité est centrale dans l’ouvrage. Nous savons qu’à droite, les objets de substitution et le déni ou la négation de la crise environnementale sont normalisés. Croyez-vous aussi que le discours intersectionnaliste, dans sa version « cannibale » telle que vous la décrivez dans Mœurs, suit le même schéma en représentant un appauvrissement du langage, des représentations et de la pensée, et ce, malgré sa critique du capitalisme ? Comment qualifiez-vous d’ailleurs cette critique ?

AD :

La situation engendre en effet beaucoup d’angoisse, plus que d’anxiété (un autre mot jeté précipitamment dans le débat public). L’angoisse résume un état de malaise sans objet correspondant. Dans l’économie du désir, il s’agit d’un objet interdit, qu’on censure psychiquement, et qui nous place aux abois. On se rabat alors sur des formes substitutives. Dans le cas qui nous occupe, l’objet est difficile à nommer parce qu’il conditionne aussi la vie même du sujet, c’est de ses propres conditions d’existence qu’il est question. Objet et sujet se retrouvent dans une même problématique, très difficile à thématiser en termes pratiques. Que faire ? D’abord faire preuve d’un certain courage pour mobiliser l’énergie psychique à l’air libre de l’angoisse en une force de mobilisation structurée. Pour ce faire, il convient de se donner des objets lucides et adéquats, plutôt que substitutifs. Prendre la mesure du problème du vivant comme étant l’enjeu fondamental du XXIe siècle, ajuster son discours et ses concepts pour convenir à cette impressionnante réalité…

Or, tous n’ont pas autant de grandeur d’âme. D’autant plus qu’on se trouve massivement sollicité par des discours d’extrême droite qui ont pour eux l’avantage de la paresse. L’objet politique de l’extrême droite a tout pour rassurer à peu de frais le sujet historique (nécessairement) inquiet. Il élit quelques boucs émissaires aisément repérables et postule du reste que tout va bien, que tout irait bien si seulement le corps social apprenait à se défaire de ces éléments pathogènes qui le parasitent. Il y va alors de politiques par ablations. Débarrassons-nous des musulmans et autres apparents étrangers du Sud et de l’Est chez nous, et « nettoyons »-nous, ose affirmer Donald Trump, des Palestiniens au Moyen-Orient, purgeons nos institutions de tous les discours sociétaux et écologistes, et vous verrez comme tout ira bien. Nous serons de nouveau « grands », voire « immenses ». Cela séduit les esprits faibles, qui ont été formés dans la culture populaire aux théories du complot et aux intrigues à la whodunit, et cherchent dans la précipitation la clé de voûte de toute situation, qui leur permet de se dire que, du reste, tout va bien.

À gauche, l’élément culturel substitutif, qui permet de compenser la perte d’objet relative à l’époque, repose dans un premier temps sur une analyse sociopolitique sérieuse et féconde, à savoir la critique intersectionnelle. Qui peut encore contester qu’on n’ait pas droit au même destin social selon maintes caractéristiques personnelles identifiées socialement ? Il va désormais de soi de considérer aussi par ce prisme tout enjeu social. Dans un second temps, il y a substitution lorsque l’objet de la critique devient exclusif, obsessionnel, exalté même, et qu’il donne lieu à des mobilisations ou à des luttes exacerbées, quitte à verser dans des aberrations qui font honte, et qui se révèlent politiquement suicidaires. Alors qu’il y a tant d’enjeux graves et fondamentaux auxquels s’attaquer, on peut s’étonner de l’accent fétichiste qui a pu être mis sur des combats qui donnaient en réalité l’impression de minimiser les logiques discriminantes à l’œuvre dans notre société, que ce soit en lien avec l’appartenance sexuelle ou l’ethnie, ou certains partis pris intimes. Cela n’est pas sans rappeler la frénésie des années 1970 pour une vulgate marxiste qui a nui à la gauche plutôt que de l’aider. Auprès du commun, en véhiculant des revendications hermétiques, on s’érige comme repoussoir vers l’extrême droite, qui fait, elle, ses choux gras du simple recensement de ces manifestations excessives de la gauche sociétale.

JFG : On comprend à la lecture de l’ouvrage que la bio-région n’est pas l’objectif en soi, mais plutôt qu’elle adviendra par nécessité. Pouvez-vous la définir et nous expliquer en quoi son avènement de « faire que » ? Et comment concevez-vous les relations entre les bio-régions elles-mêmes dans le millefeuille des strates de pouvoir ? Et comment, comme vous l’expliquer dans le livre, Émile Durkheim, dans Le Suicide, tient un discours qui ramène au sens de la vie, au vivant ? Pouvez-vous nous expliquer en quoi la question de l’échelle induit, dans votre perspective, un changement de paradigme ?

AD :

Par la force des choses, donc, nous serons ramenés à une échelle plus censée. Il ne s’agit pas là d’un programme politique, d’une option, d’un choix, d’un vœu (pieux), d’un possible… Il s’agit d’une fatalité qui s’annonce. Notre régime ne dispose que d’une planète, mais il se comporte comme s’il pouvait en exploiter de nombreuses… Cela est voué à l’échec. L’immense, mais fragile architecture de la mondialisation industrielle et financière ne pourra que se disloquer lorsqu’il apparaîtra fatal qu’ici des canaux de circulation s’assèchent, que là il n’y a plus assez d’eau pour fournir le renouvellement des puces nécessaires au parc informatique mondial, quand plus loin on creusera désespérément pour fournir les minéraux stratégiques pour la technologie de pointe. Le champ du capitalisme se contractera encore davantage qu’il ne le fait maintenant au nom du retour à des politiques protectionnistes. Le mieux pour l’heure : prendre le parti de cette contraction de la géopolitque, passant de l’échelle mondialisée à un régionalisme nécessaire. Lorsque nous reviendrons politiquement à cette échelle, comme on revient à soi après une soirée par trop arrosée, on conviendra de deux réalités évidentes qui avaient fini par nous échapper. D’abord, en dernière instance, nous dépendons de nous tous et de notre sens de l’entraide à l’échelle d’une même communauté et ne devrions pas nous séparer les uns des autres comme des atomes indépendants. Ensuite, nous dépendons du territoire qui est sous nos pieds et des eaux qui nous entourent, et ne saurions sérieusement n’entretenir qu’un rapport de domination et d’exploitation avec ce lieu qui nous fait la grâce des moyens de notre subsistance. Pour Émile Durkheim, oui, c’est à cette échelle que réside le sens, sur un plan psychique, politique et spirituel. Pour Kirkpatrick Sale, c’est à cette échelle que réside le sens d’une éthique qui ne soit pas strictement l’affaire d’énoncés de pure forme ni de vulgaires tactiques de marketing.

Dans ce contexte, la biorégion est un concept qui compte une cinquantaine d’années. Il peut aujourd’hui quitter son champ utopique et s’intégrer à la perspective d’une nécessité historique, celle qui nous attend, à savoir réapprendre à habiter le monde en fonctions de son économie propre, dans une symbiose indispensable avec les conditions qui nous en sont données. C’est un acte d’humilité qui nous attend, auquel, il est vrai, les Occidentaux n’ont absolument pas été préparés. 

JFG : En terminant, on sent un enthousiasme dans votre ouvrage, envers le fait que les apories du système capitaliste se matérialiseront bientôt et que cela bouleversera nos modes de vie. Que répondez-vous à celles et ceux qui sont plus pessimistes ?

AD :

Nous sommes tous assez sensés pour savoir que personne n’éprouvera la moindre joie à devoir renoncer à beaucoup des biens et de facilités qui nous étaient jusqu’à maintenant abusivement présentés comme nécessaires et dus. Nous sommes déjà emportés collectivement dans une spirale qui ne nous permettra pas d’éviter le sale quart d’heure universel qui nous attend tous. Là où on peut se montrer enthousiaste, c’est en rompant avec le caractère intellectuellement insultant d’un régime qui nous fait croire depuis des décennies à des contradictions qui ne tiennent pas la route, notamment sous la forme d’oxymores débiles comme le « développement durable », le « capitalisme vert » et autres constructions sophistiques comme la « transition énergétique ». Il convient de sortir dare-dare de ce type d’illusions qu’entretient un régime suffisamment cynique pour transformer en de nouvelles occasions de marché l’illusion de pouvoir gérer à son profit le saccage mondial qu’il est en train de nous léguer.

Entretien autour de l’inouï avec Alain Deneault et Mark Fortier

Mark Fortier – Photo @ Caroline Fabre / Alain Deneault – Photo © Jean-François Bergeron

« Entretien avec les sociologues Mark Fortier et Alain Deneault des éditions Lux le 20 mai 2025 de 19 h à 20 h au Studio du Quai des arts à Carleton-sur-Mer. Cet événement est organisé par la Bibliothèque Gabrielle-Bernard-Dubé » – Ville de Carleton-sur-Mer


Entretien avec les sociologues Mark Fortier et Alain Deneault
Animé par : Patricia Chartier
20 mai 2025 - 19 h à 20 h
Studio du Quai des arts - 774, boul Perron, Carleton-sur-Mer
Pour plus d'informations : 418 364-7103
Billets : ici
Entrée gratuite

Use et abuse: une exploration théâtrale inusitée sur la marchandisation de l’art

Gracieuseté : Photo © Maxim Paré-Fortin

Acadie Nouvelle

Par Sylvie Mousseau
8 avril 2025

Christian Lapointe et Alix Dufresne débarquent à Moncton afin de livrer une création pluridisciplinaire avec comme toile de fond la parole controversée du philosophe Alain Deneault. Une oeuvre à mi-chemin entre le théâtre, l’art de la performance et l’audiovisuel témoignant de l’emprise du capitalisme sur les artistes.

Qualifiée de déjantée et d’incisive, la création Use et abuse a comme matière première la vidéoconférence du professeur de philosophie à l’Université de Moncton, campus de Shippagan, intitulée Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art. Le directeur artistique du Théâtre Carte Blanche, Christian Lapointe, qui a collaboré à quelques reprises à des productions théâtrales en Acadie, estime que le propos du philosophe est extrêmement riche. Comment l’emprise du capitalisme incite les artistes à devenir rentables? Comment les tenants du régime capitaliste utilisent les outils que les artistes inventent?

« Les artistes inventent des manières de faire qui sont des outils de travail et que finalement, l’industrie reprend ces outils-là à son compte pour générer du capital, entre autres. C’est des outils que les artistes inventent en fait, qui leur sont usurpés. Si on pense à Donald Trump, par exemple, qui utilise la mise en scène et la prestidigitation. »

Les créateurs-performeurs cherchent à déjouer les codes théâtraux s’approchant ainsi de la performance. La conférence est projetée sur grand écran pendant tout le spectacle et les acteurs soutiennent des actions qui font écho au discours du philosophe.

« Nos actions sur scène, en tant que nous, artistes, incarnent cette idée qu’on est les meilleurs pour détricoter ses discours. Mais à la fois, nous, on joue sur scène aussi les artistes qui se font abuser. Donc notre posture est double, d’une certaine manière. »

Les acteurs n’ont pas répété le spectacle avant de le présenter au public d’où le concept de performance. Ils ont divisé la conférence en plusieurs tableaux afin de préparer une liste d’actions à présenter devant le public, laissant ainsi de la place à l’imprévu.

« On dit que faire une première de théâtre, c’est l’équivalent de l’adrénaline d’un accident de voiture à 50 km/h pour les artistes sur scène. Vu que ça n’a jamais été répété et qu’on le fait la première fois devant le monde, l’adrénaline est beaucoup plus élevée. »

C’est aussi l’occasion pour les artistes de se distancer du régime capitaliste.

« En faisant une performance non répétée, on s’inscrit dans une tradition d’un art qui est moins fabriqué comme un objet pour être vendu. Ce n’est pas une mise en scène très soignée, très élégante, très agréable dans le but de la vendre à un public. Donc c’est dans l’idée aussi de s’inscrire un peu en faux de cette industrie culturelle et d’être plus proche d’une pratique d’artiste qu’un d’objet d’art à rendre. »

Christian Lapointe et Alix Dufresne qui en sont les interprètes enfilent des pièces de costumes afin de représenter les archétypes de l’artiste, du politicien, du capitaliste, du philosophe, de l’abuseur et autres symboles.

S’étonner soi-même

Christian Lapointe se définit comme un artiste polymorphe s’inscrivant dans une démarche exploratoire.

« Je cherche mon propre étonnement. Je cherche toujours à faire des choses que je ne sais pas faire », a confié celui qui avait livré une performance de 70 heures sur l’oeuvre d’Antonin Artaud pendant trois jours sans interruption au Festival TransAmérique. Les gens apportaient des fleurs au lieu d’acheter des billets. Il a signé aussi la mise en scène et le montage de textes de la pièce. Découronné.e.s a partir des oeuvres de six auteurs de l’Acadie.

Son travail ne semble laisser personne indifférent et c’est ce qui se produit avec Use et abuse qui a été présenté à cinq reprises depuis ses débuts.

Certaines images peuvent déranger, conviennent les artistes. Ceux-ci s’impliquent émotionnellement et physiquement. Il y a de la nudité, de la souffrance qui évoque notamment l’abus de pouvoir sur les artistes. « Ce n’est pas joué, on ne fait pas semblant comme au théâtre », précise Alix Dufresne.

Présenté mercredi et jeudi à 19h30 a théâtre l’Escaouette, le spectacle s’adresse à un public de 18 ans et plus.

Faire que ! Le coup de coeur littéraire de Vincent de la bibliothèque Au jardin des livres de Saint-Apollinaire

Le dernier essai d’Alain Deneault Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï est le coup de coeur littéraire de Vincent qui fait partie du personnel de la bibliothèque Au jardin des livres de Saint-Apollinaire.

« Cette semaine, Vincent vous présente son coup de cœur littéraire: le Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï d’Alain Deneault. Il est disponible à la bibliothèque ainsi que plusieurs autres coups de cœur sélectionnés par le personnel de la bibliothèque pour vous ! »

La consommation : désirs d’objets ou désirs substitutifs ? Conférence d’Alain Deneault

La consommation : désirs d’objets ou désirs substitutifs ? Conférence d’Alain Deneault à la 13e édition de la Semaine de la citoyenneté du Cégep du Vieux Montréal qui a eu lieu le jeudi 27 mars 2025 – Durée : 47 min 16 sec

« La 13e édition de la Semaine de la citoyenneté du Cégep du Vieux Montréal a présenté une série de conférences et d’activités afin d’alimenter la discussion et les réflexions autour de notre mode de consommation. »

Conception graphique @ William Minier
Extraits des livres lus par Alain Deneault : 
On achève bien les enfants. Écrans set barbaries numériques de Fabrice Lebrun, 2020
La fabrique du consommateur d'Anthony Galluzzo, Zones éditeur, 2020
Le suicide d'Émile Durkheim, Éditions Quadrige, 2013

Critique de Faire que ! dans les fiches de lecture de la commission Médiathèque de Mille Bâbords

Les fiches de lecture de la commission Médiathèque 
Mille Bâbords
Par TB
22 mars 2025

« À l’ère de l’inouï, autrement dit les défis inédits auxquels l’humanité est actuellement confrontée : dérèglement climatique, effondrement de la biodiversité, explosion de la pollution et maladies dites  » de civilisations « …et qui ne trouveront manifestement pas leur résolution par l’action des Etats ni du capital, la question  » que faire ?  » traverse tous les esprits préoccupés, voire « angoissés » par cette situation.
Comment agir et dans quelle direction quand aucune référence historique n’existe pour appréhender les catastrophes annoncées et que l’extrême droite encouragée par les tenants du néolibéralisme sème la confusion et détourne les colères ? Comment dénoncer aussi les mensonges et les mystifications du capitalisme vert, du développement durable et autres inventions des « médiocres » qui gouvernent le monde et le mènent à sa perte ?


A cette question, Alain Deneault, commence par exposer quelques unes des réponses apportées par de nombreux auteurs et autrices. Il commence par citer le premier ouvrage intitulé  » Que faire ?  » de Lénine inspiré du roman de Nikolaï Tchernychevki qui imagine l’essor d’un ordre radicalement nouveau remettant à plat les rapports hiérarchiques tant dans la sphère du travail que privée, celui d’Althusser poussant les individus à se mobiliser collectivement. A présent, cette question est malheureusement plus souvent accompagnée d’un sentiment d’accablement…Mais bien sûr d’autres auteurs plus contemporains comme Badiou, Latour ont aussi tenter de répondre à cette question, ou encore l’historienne Ludivine Bantigny qui actualise le sujet et propose quelques solutions comme la réduction du temps de travail, l’extension de l’autogestion, la socialisation du système bancaire etc.
Autant de recommandations qui bien qu’utiles et même indispensables ne sont pas en mesure de calmer les peurs plus que légitimes de tout individu au fait de l’état désespérant de notre monde, entre conflits pour les ressources naturelles qui s’épuisent, et destructions pour la plupart définitives de grands pans de notre environnement.

Alain Deneault, lui, retourne la question en remplaçant le pronom interrogatif « que » appelant des réponses donc des solutions concrètes, des consignes, par la conjonction de subordination homonyme qui introduit elle plus humblement des suggestions, des hypothèses souhaitables, des engagements vers un avenir autrement désirable : faire que…

Et en conclusion de son ouvrage, il propose pour sa part de s’orienter vers ce qu’il appelle les « biorégions « , les territoires où chacun, chacune vit. A cette échelle, et loin du système mondialisé où plus personne n’a vraiment la maîtrise de rien, il s’agira de répondre aux besoins des communautés présentes en symbiose avec la géographie et ses caractéristiques. Cette proximité implique un rapport au territoire plus sain parce que ses habitant.e.s savent qu’iels en dépendent et ce qu’il est possible ou pas d’y faire pour le préserver.


Influencé par le « communalisme » de Murray Brookchin et les nombreuses expériences d’organisations autonomes, Deneault suggère que face aux crises qui ne manqueront pas de survenir, les populations soient en mesure de recréer des espaces où réinventer des formes de vie faites d’entraide, de partage, de soin et d’attention aux autres et aux espaces habités. »

Conférence d’Alain Deneault au Festival de la décroissance de Québec

Soirée spéciale pré-festival de la décroissance de Québec avec une conférence d’Alain Deneault sur son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï le mercredi 16 avril à 19 h à la brasserie artisanale La Korrigane.

« Cette conférence se tient dans le cadre du Festival de la décroissance de Québec. Pour mettre la table de la programmation à venir du Festival, nous avons la chance de recevoir, en formule SPÉCIALE PRÉ-FESTIVAL, une grande pointure en ce qui a trait à la décroissance, M. Alain Deneault ! Lors de cette soirée, nous aurons droit à une conférence de sa part portant plus particulièrement sur les sujets abordés dans son récent essais critique Faire que ! […] Que faire pour s’orienter dans une époque marquée par des bouleversements écologiques sans précédent? Alain Deneault, avec la lucidité qu’on lui connaît, nous convie à en penser les prémisses et à explorer un nouveau mode d’engagement politique, la biorégion. Il est temps de faire que ! Au plaisir de vous y voir, de s’éduquer et d’évoluer ensemble! » – Le comité


Soirée spéciale pré-festival de la décroissance de Québec
Conférence d'Alain Deneault
Mercredi 16 avril 2025 - 19 h
Brasserie artisanale La Korrigane
380, rue Dorchester, Québec
Ouvert à tous
Gratuit en formule premier arrivé, premier servi.
Aucune réservation ne sera prise pour cet évènement

Une conférence abordant son plus récent essai qui saura vous mettre en appétit sur le sujet de la Décroissance !

Cet évènement est présenté dans le cadre de la 4e édition du
Festival de la décroissance de Québec

Conférence d’Alain Deneault au Festival de la décroissance de Québec – Durée: 1 heure 35 min 10 sec – 16 avril 2025

Faire que ! dans les Cahiers de lecture de L’Action nationale

L’essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï d’Alain Deneault fait partie des essais recensés dans Les Cahiers de lecture de L’Action nationale – Printemps 2025, Volume XIX, numéro 2

Montpetit entretien, un rendez-vous livresque avec Alain Deneault et son essai Faire que !

Montpetit entretien, un rendez-vous livresque avec Alain Deneault et son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï le mercredi 16 avril 2025 à l’Espace conférence de la bibliothèque du Cégep Édouard Montpetit. L’entretien sera animé par le professeur de philosophie Thibault Tranchant ainsi que le professeur en Science Politique Jonathan Veillette.

« Bienvenue sur la page des Montpetit entretien. Il s’agit de rendez-vous livresques sous forme d’un entretien qui sont animés par des professeurs du CEM issus de divers départements d’enseignement en compagnie d’auteurs d’ici et d’ailleurs. Ils ont lieu à l’Espace conférence de la bibliothèque du Cégep. »


Montpetit entretien avec Alain Deneault
Et son livre Faire que ! L'engagement politique à l'ère de l'inouï
Mercredi 16 avril 2025 - 12 h 15 à 14 h
Animation : Thibault Tranchant, professeur de philosophie et
Jonathan Veillette, professeur de Science politique
Bibliothèque du cégep Édouard Montpetit - Espace conférence

Montpetit entretien avec Alain Deneault au Cégep Édouard Montpetit – 16 avril 2025

Voici Monpetit entretien du 21 février 2018 avec Alain Deneault par Nathalie Malo autour de son essai Une escroquerie légalisée. Précis sur les paradis fiscaux publié aux Éditions Écosociété.

Monpetit entretien avec Alain Deneault par Nathalie Malo – Cégep Édouard Montpetit – 21 février 2028

Entretien avec Alain Deneault au Centre matapédien d’études collégiales

Crises multiples et biorégionalisme. Entretien avec Alain Deneault au Centre matapédien d’études collégiales (CMÉC) le lundi 14 avril 2025 de 17 h à 18 h 30.

« Cette activité, organisée par le programme des Sciences humaines du CMÉC, est gratuite et ouverte au public et à toute la communauté collégiale. Au plaisir de vous rencontrer au local 130 du CMÉC. »

Entrevue avec Stéphane Poirier, enseignant en géographie au Centre matapédien d’études collégiales sur la conférence d’Alain Deneault le 14 avril 2025 à l’émission INFO.TVC de la matapédia – 4 avril 2025

Crises multiples et biorégionalisme
Entretien avec Alain Deneault suivi d'une discussion
Lundi 14 avril - 17 h à 18 h 30
Centre matapédien d'études collégiales (CMÉC) - Local 130
92 Rue Desbiens, Amqui, Québec
Ouvert à tous - Gratuit

« Plus de 30 personnes étaient réunies au local 130 pour entendre Alain Deneault, philosophe et auteur, nous parler de son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï.

Pendant une heure, il a captivé l’auditoire avec ses réflexions percutantes et sa vision engagée du monde actuel. La discussion s’est poursuivie avec de nombreuses questions du public, signe d’un réel intérêt et d’un bel échange.

Merci à M. Deneault pour sa générosité, aux participant(e)s pour leur présence, au département de Sciences humaines pour l’organisation et au CMÉC pour avoir rendu cette rencontre possible. » – Page Meta du CMÉC

À propos de la pièce Use et abuse par Marie-Ève Lussier-Gariépy

Voici un texte de Marie-Ève Lussier-Gariépy, conseillère artistique de Carte blanche, à propos de la pièce Use et abuse de Christian Lapointe et Alix Dufresne inspirée par la conférence d’Alain Deneault Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art (2021). La pièce a été présenté à l’Usine C du 5 au 8 mars 2025 et sera à l’affiche au théâtre l’Escaouette les 9 et 10 avril 2025.

À propos de la pièce Use et abuse par Marie-Ève Lussier-Gariépy

Photo ©Justine Latour

« Les symptômes de la crise des arts et de la culture au Québec sont plus nombreux que jamais : désertions d’artistes de toutes disciplines confondues vers d’autres corps de métier, fermeture de lieux culturels phares, réduction des programmations de diverses institutions artistiques, annulation de spectacles, précarité, pauvreté, angoisse, détresse, et la liste pourrait s’allonger sur plusieurs pages. Mais qu’en est-il, pour reprendre les préoccupations si justes qu’énonçaient déjà René-Daniel Dubois en 1991*, de la cause de ces symptômes? On ne saurait les réduire à un manque d’argent, ni se réjouir trop vite que les crédits du Conseil des arts et des lettres du Québec aient été portés à 200 millions de dollars dans le dernier budget provincial. La blessure est plus profonde, plus profond aussi, le vide. Dans leur performance élaborée à partir de la conférence d’Alain Deneault intitulée « Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art », Alix Dufresne et Christian Lapointe s’efforcent, en écho avec les réflexions du philosophe, de disséquer l’origine du mal qui ronge actuellement le milieu artistique québécois.

Les deux créateur·rice·s me semblent à ce titre adopter une posture assez proche de celle décrite par Dubois; face à la crise, elle et il reculent jusqu’au mur (ici, l’écran sur lequel est projetée la conférence dans son intégralité et dans lequel Alix Dufresne se fond littéralement lorsque, en entrant sur scène, elle le longe, les yeux ronds, sur la pointe des pieds, à mi-chemin entre la volonté de ne pas déranger et celle de passer inaperçue pour mieux observer, surprendre, réattaquer). Les performeur·euse·s, donc, acceptent de se laisser traverser, de se laisser hanter par les hurlements qui fusent de toutes parts. Elle et il se font les archéologues d’une douleur culturelle collective.

La cause de cette douleur? Les propos d’Alain Deneault l’éclairent : le régime capitaliste, dont la principale visée est de faire fructifier des actifs excédentaires (des capitaux), a permis que le vocabulaire de la gouvernance s’étende à tous les champs de la vie sociale, culturelle et artistique. C’est-à-dire que, peu à peu, les milieux de la santé, de l’éducation, mais aussi les institutions artistiques comme les musées, les théâtres, les opéras et autres lieux de création et de diffusion, se sont retrouvés soumis aux modalités de gestion propres au secteur privé capitaliste. Il suffit de s’attarder aux questions des formulaires de demandes de subvention pour confirmer que la propagation a bel et bien eu lieu : décrivez les actions que vous ferez pour attirer l’attention de votre public cible, faites état de votre plan de communication, expliquez les retombées de votre projet sur votre carrière, etc. Désormais, il faut à tout prix, pour obtenir les moyens de mener à terme un projet artistique, convaincre que ce projet sera rentable ou, au pis aller, qu’il profitera à des secteurs qui, eux, le sont; rentables.

Ce dont s’étonne Deneault, c’est que les artistes, non seulement acceptent de se prêter au jeu de la gouvernance, mais ne dénoncent pas davantage l’usurpation par le régime capitaliste d’une foule de procédés esthétiques. Pensons par exemple au traitement sonore et lumineux d’une vidéo promotionnelle, aux prestations artistiques qui ont cours lors de soirées corporatives ou encore à la mise en récit, via les différents médias numériques, d’une vaillante fratrie de trois frères et deux sœurs qui, après avoir repris l’entreprise familiale de pizzas à laquelle se sont consacrés leurs parents et leurs grands-parents, multiplie à un rythme effréné le nombre de restaurants de la chaîne. Les arts, à force d’être ainsi mis au service de la fructification des profits, ne risquent-ils pas de perdre leur force critique, leur pouvoir de rassemblement et de révélation?

En réponse à cette inquiétude, il est jouissif de voir Alix Dufresne et Christian Lapointe se réapproprier leurs propres langages – ceux de l’esthétique, de la métamorphose et de la performance – et s’appliquer à démontrer et à démonter les rapports de domination à l’œuvre entre l’industrie et les artistes qu’elle pille.

Ver rampant, homme qui se flagelle avec sa propre ceinture, clown naïf (puis abusé) nous renvoient un miroir cruel de ce que les artistes acceptent de s’infliger dans l’espoir d’obtenir l’aval des dirigeant·e·s politiques et économiques, leur argent, mais aussi, en venons-nous à songer, la permission de continuer à exister.

À ce sujet, USE et ABUSE me paraît faire la lumière sur un aspect laissé sans réponse de la conférence d’Alain Deneault. Le philosophe demande : pourquoi les artistes ne décrient-ils et elles pas le régime qui leur dérobe leurs propres codes? Ils, elles auraient le pouvoir, après tout, de faire tomber les apparats, de crier que « le roi est nu ». Et de reprendre, ultimement, ce qui leur a été dérobé : les conventions du spectacle vivant, les procédés narratifs, poétiques, performatifs. L’ordre capitaliste, dépouillé des conventions esthétiques dont il s’était auparavant emparé, ne saurait plus exister avec la même toute-puissance ni avec la même violence.

Le raisonnement semble si clair; on suit Deneault dans chacun de ses développements, on en viendrait sans doute à se buter à la même incompréhension que lui… si ce n’était des actions performées sous nos yeux par Dufresne et Lapointe. On regarde la première contracter les fesses pour faire chanter un poulet en plastique, on entend le deuxième s’étouffer des suites d’une fellation forcée au ministre de la Culture et ça nous apparaît : par un tour de force particulièrement pervers, le régime en est venu à persuader les artistes que c’est elles et eux qui dépendent de lui, que, sans l’industrie, les mécènes et les chiffres de vente, les arts ne sauraient survivre et encore moins rejoindre les gens. Le duo de performeur·euse·s, en témoignant de la surprenante facilité des artistes à porter atteinte à leur dignité, à leur intégrité et à leur humanité, nous place face à l’indifférence et à la haine qu’entretiennent les créateur·rice·s à leur propre égard.

Mais d’où vient donc cette douloureuse détestation de soi et de ses pratiques? Dans une entrevue accordée à La Presse en 2014, René-Daniel Dubois mentionnait la politique culturelle provinciale échafaudée par les Libéraux dans les années 1990, qu’il avait vertement critiquée à l’époque (notamment dans le texte dont un extrait est placé en exergue). Le dramaturge rappellait que, parce qu’elle était « fondée sur l’idéologie qu’il fallait que ça rapporte », cette politique avait entraîné un désintérêt massif des médias et de l’ensemble de la société à l’égard des pratiques culturelles affranchies de toute logique économique. Elle avait ainsi marqué, sinon le début, du moins un jalon important vers la crise actuelle. Un spectateur a d’ailleurs souligné ce tournant historique au Québec lors d’une des discussions qui ont suivi les représentations d’USE et ABUSE à Montréal.

« Mais alors, que faire? », le public s’est-il demandé, soir après soir, à l’Usine C. « La grève », a suggéré le même spectateur qui avait parlé de la politique culturelle de 1992. Lors d’une conférence de René-Daniel Dubois à laquelle j’ai assisté au début des années 2010, l’homme de théâtre avait raconté comment lui-même avait tenté de convaincre ses pair·e·s, réuni·e·s à l’occasion d’une rencontre du milieu théâtral québécois, de fermer tous les théâtres pendant un an. Cette pause forcée ne montrerait-elle pas à toustes à quel point les arts (le théâtre, dans ce cas-ci, mais la logique pourrait s’étendre aux musées, aux salles de concert, aux bibliothèques, bref, à l’ensemble des espaces de création et de diffusion artistique), à quel point les arts, donc, sont essentiels au vivre ensemble? À quel point, sans manifestation artistique, une société se retrouve gangrenée par un vide assourdissant, et ce, même si les capitaux ne cessent de croître? Et bien, la proposition de grève avait été soumise au vote de l’assemblée… et avait été battue. Je me rappelle de l’émotion dans la voix de Dubois, quand il nous avait dit : « Le monde a eu peur. » Les artistes avaient eu peur, oui, ils avaient craint par-dessus tout que, si les théâtres cessaient leurs activités pendant une année entière, le public perdrait tout intérêt pour ce rituel et que, au moment de réouvrir les salles, personne n’aurait plus le désir de s’y rassembler. En conclusion de sa conférence, le dramaturge nous avait confié avoir compris quelque chose ce jour-là : les artistes étaient les premier·ère·s à douter de la nécessité et de la valeur de leur pratique.

En 2014, toujours en entrevue à La Presse, l’auteur réitérait son diagnostic : « Cette indifférence de la société a affecté les artistes qui n’ont plus de considération pour ce qu’ils font. Ils ont perdu le sacré. » J’ajouterais : ils et elles ont intériorisé cette idée que leur travail n’est ni essentiel, ni important. Que, parce que sa valeur ne se calcule pas d’abord en termes marchands, il n’en a, pour tout dire, aucune.

Au sortir de la conférence-performance USE et ABUSE, nous en venons à nous demander, dans le sillage de Dubois de quelles façons les artistes peuvent s’extirper de cette culture de la haine de soi que leur a imposé le régime capitaliste. Comment peuvent-elles et ils reprendre foi en la puissance et la liberté farouche de l’art? Comment peuvent-ils et elles, à nouveau, refuser de se défiler devant la tâche fondamentale qui leur incombe, celle de se faire les « archéologues de la douleur, de la joie aussi et des espoirs, ce qu’il en reste »? » – Marie-Ève Lussier-Gariépy


*Dans un restaurant, une femme mange calmement, assise, seule à sa table. Tout à coup, elle se lève et, en poussant un hurlement, elle renverse sa table et toutes les autres et gifle, et griffe, et pleure tellement, et hurle tellement qu’on ne lui voit plus les yeux. Elle n’a plus, en guise de visage, qu’une bouche qui hurle de terreur. On appelle la police, bien sûr, et une ambulance. On la maîtrise, on lui fait une piqûre ad hoc, la sangle sur une civière et on l’emporte quelque part hors de vue. On écrit sur le rapport : crise d’angoisse.

[…][devant] une scène aussi forte, aussi immédiate, aussi ravageuse, personne parmi ceux et celles qui travaillent dans ce restaurant, y mangent ce midi-là, ni les policiers, ni les ambulanciers, […] personne n’est effleuré par la nécessité de s’interroger non pas sur le symptôme, mais sur l’origine de ce symptôme […].

Peut-être bien que nous, artistes, sommes un paquet d’imbéciles parce que, quand la scène se produit, nous ne l’aidons pas, cette femme, et ne comprenons pas non plus tout de suite ce qui la déchire. Nous reculons jusqu’au mur et restons le dos appuyé contre lui, les yeux ronds et, pendant qu’on la pique, nous nous enfuyons par la porte de la cuisine pour aller vomir nos crêpes dans la ruelle.

Notre solidarité, c’est que nous allons rester hantés par cette bouche et nous allons y penser nuit et jour, en rêver. Pour arriver à constituer un visage à partir de cette bouche, nous allons y chercher les yeux et tenter de lire ce qui s’y exprime. Nous considérons que cette tâche d’archéologues de la douleur, de la joie aussi et des espoirs, ce qu’il en reste, est une tâche devant laquelle il nous est impossible de nous défiler.

— René-Daniel Dubois, 1991

Conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art diffusée sur VIMEO par l’ Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick (AAAPND).

Comment se mobiliser à l’ère d’une crise climatique?

Photo © iStock / wildpixel

Écologie politique avec le professeur Alain Deneault. Entretien avec Alain Deneault à l’émission Même Fréquence, animée par Maude Rivard sur ICI Première I Radio-Canada, avant sa conférence La biorégion. Un dessein pour l’écologie politique à l’Université du Québec à Rimouski le mardi 25 mars 2025 – Durée : 23 minutes

« Dans son dernier livre intitulé Faire que! L’engagement politique à l’ère de l’inouï , le professeur de philosophie de l’Université de Moncton Alain Deneault s’intéresse aux défis de l’engagement citoyen en contexte de crise climatique. »

Faire que ! : comment parler d’écologie sans perdre la tête

« Notre époque est marquée par l’angoisse devant des phénomènes sociaux, politiques, climatiques et écologiques qui semblent démesurés, inouïs par bien de leurs aspects. En partant de son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï, Alain Deneault présentera sa vision des luttes pour l’environnement. » – Collège Laflèche


Faire que ! : comment parler d'écologie sans perdre la tête
Conférence d'Alain Deneault
Vendredi 28 mars 2025 - 10 h 30 à 12 h 30
Collège Laflèche - Amphithéâtre
1687, Boul. du Carmel, Trois-Rivières
Stationnement 5 $
Confirmation requise
Information : écrire à David Auclair, professeur
david.auclair@clafleche.qc.ca

Photo © Page Facebook Collège Laflèche

« La conférence mémorable de M. Alain Deneault a abordé la question cruciale de l’engagement politique dans un contexte de bouleversements écologiques sans précédent. Son plaidoyer, inscrit dans la continuité de sa pensée critique, offre une réflexion lucide sur les défis écologiques et sociaux contemporains. En abordant le concept de « biorégion » comme mode d’engagement, M. Deneault invite à repenser collectivement notre mode de vie. Cette approche suscitera sans aucun doute des réflexions profondes chez nos étudiant(e)s en Sciences humaines. Merci au professeur David Auclair pour l’organisation de cette conférence. » – Collège Laflèche

Sortir de la sidération de l’écoanxiété

Droit de parole
Les luttes populaires au centre-ville de Québec
Février-Mars 2025
Volume 52, numéro 1, page 11

Comment s’orienter dans une époque marquée par des bouleversements écologiques sans précédent, auxquels, manifestement, ni les États ni le capital ne remédieront ? Comment agir politiquement à l’ère de l’inouï, quand on ne dispose d’aucun pendant historique pour appréhender les catastrophes annoncées ? Comment s’engager quand l’extrême droite sème la confusion et détourne la colère des objets réels ? Comment s’y prendre quand le libéralisme dissout tous nos repères dans la gouvernance technocratique ?

Que faire ? Cette question obnubile la pensée politique depuis plus d’un siècle. Alain Deneault nous convie à en penser les prémisses et les incidences pour l’ancrer dans les temps présents. Hors de toute programmatique serrée, mais avec la lucidité qu’on lui connaît, il invite notamment à explorer un nouveau mode d’engagement politique, la biorégion.

Alors que faire ? Livrer la guerre à la médiocratie. Évoquer les enjeux qui fâchent. Penser à l’échelle collective. Mal faire les choses, faire mal. Cesser
de se poser la question et sortir de la sidération de l’écoanxiété.

Le moment est venu de faire que !

Droit de parole, Février-Mars 2025, Volume 52, numéro 1, page 11

Territorialité de la biorégion

Territorialité de la biorégion. Conférence d’Alain Deneault qui aura lieu le jeudi 27 mars 2025 à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) sous l’invitation du département de géographie de l’UQAM en collaboration avec le Centre de recherche sur le développement territorial (CRDT), l’Association étudiante de deuxième cycle de géographie de l’UQAM (AEDCG) et le Centre de recherche sur les innovations sociales (Crises).

« Venez rencontrer l’auteur de Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï qui discutera sur le thème de la biorégion dans une ère de bouleversements écologiques et d’écoanxiété. » – Département de géographie de l’UQAM


Territorialité de la biorégion
Conférence d'Alain Deneault
Jeudi 27 mars 2025 - 17 h à 19 h
Université du Québec à Montréal (UQAM) - 400 rue Ste-Catherine Est
Salle A-4180, Pavillon Hubert-Aquin
Inscription requise, veuillez confirmer votre présence ici
Des bouchées seront offertes

Conférence d’Alain Deneault sur l’écoanxiété et l’écoangoisse au Cégep Garneau

Photo © Département de philosophie du Cégep Garneau

« L’essayiste et professeur à l’Université de Moncton, Alain Deneault, sera de passage au Cégep Garneau pour une conférence captivante sur les enjeux de l’écoanxiété et de l’écoangoisse, des thèmes qu’il explore dans son essai Faire que ! Une occasion unique de réfléchir aux défis environnementaux et aux impacts psychologiques qu’ils engendrent. » – Département de philosophie


Conférence d'Alain Deneault sur l'écoanxiété et l'écoangoisse
Mercredi 26 mars 2025 - 13 h à 14 h
Cégep Garneau - L'Agora (A2090)
1660, boulevard de l'Entente, Quebec

Alain Deneault à la 37e édition du Salon du livre de Trois-Rivières avec son essai Faire que !

Alain Deneault participera à la 37e édition du Salon du livre de Trois-Rivières « En mouvement » pour présenter son tout dernier essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï lors d’une conférence autour de son livre, d’une discussion avec Bruno Dubuc, auteur du livre Notre cerveau à tous les niveaux et d’une séance de dédicaces au kiosque #4 de *Lux Éditeur, le vendredi 28 mars 2025.

*Lux sera l’éditeur à l’honneur pour cette 37e édition du Salon du livre de Trois-Rivières


Faire que ! L'engagement politique à l'ère de l'inouï
Conférence d'Alain Deneault
Atrium de l'UQTR - 3351 Boul. des Forges, Trois-Rivières
Vendredi 28 mars 2025 - 15 h 30 à 16 h 30
Gratuit et ouvert à tous - Inscription obligatoire ici
Infos ici

Présentée dans le cadre de la Journée du développement durable de l’UQTR et en collaboration avec les Journées internationales de la francophonie de la Mauricie

« Conférence d’Alain Deneault (Faire que!, Lux éditeur). Comment s’orienter dans une époque marquée par des bouleversements écologiques sans précédent, auxquels, manifestement, ni les États ni le capital ne remédieront ? Comment agir politiquement à l’ère de l’inouï, quand on ne dispose d’aucun pendant historique pour appréhender les catastrophes annoncées ? Comment s’engager quand l’extrême droite sème la confusion et détourne la colère des objets réels ? Que faire? Alain Deneault nous convie à en penser les prémisses et les incidences pour l’ancrer dans les temps présents. »


Changer le monde à l'ère de l'inouï
Discussion avec Alain Deneault et Bruno Dubuc
Animation : Christian Bouchard
Salon du livre de Trois-Rivières - Bistro littéraire Télé-Québec
Vendredi 28 mars 2025 - 18 h 15 à 19 h 15


Photo © Lux Éditeur – 2025

Séance de dédicaces dédicaces avec Alain Deneault
CECi de l'Hôtel Delta - Kiosque #4 Lux Éditeur
Vendredi 28 mars 2025 - 19 h 30 à 20 h 30

Photo © Lux Éditeur – 2025

Crise climatique, comment aller au-delà la sidération

Entretien avec Alain Deneault par Julien Magnollay à l’émission radiophonique Tribu sur RTS (Radio Télévision Suisse) autour de son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï le 11 mars 2025. Durée : 26 min 32 sec.

« Nous vivons dans une époque de bouleversement environnementaux. Certaines personnes se sentent désemparées face à la chute de la biodiversité et face aux catastrophes qui se répètent. Alors que faire? Et surtout comment faire? Est-ce aux Etats de prendre lʹinitiative? Aux entreprises? Aux individus? Alain Deneault, professeur de philosophie à lʹUniversité de Moncton au Canada, estime que nous devons sortir de lʹéco-anxiété qui nous empêche de réagir et réapprendre à vivre à une autre échelle. Il signe Faire que! Lʹengagement politique à lʹère de lʹinouï, chez Lux éditeur. Il est lʹinvité de Tribu. » – Tribu, RTS

Champs de bataille

La critique d’Élie Castiel de Kino Culture Montréal.com sur la création pluridisciplinaire Use et abuse de Christian Lapointe et Alix Dufresne qui s’emparent de la conférence d’Alain Deneault Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art diffusée sur VIMEO par l’AAAPND (Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick) en 2021 et dont les représentations ont eu lieu du 5 au 8 mars 2025 à l’Usine C.

Kino Culture Montréal.com

Par Élie Castiel
8 mars 2025

« On assiste, du moins, à quelque chose d’inusité, de difficile à déchiffrer, presque de l’anti-théâtre, comme si du coup, tous les préceptes de la représentation sur scène prenaient un nouveau tournant, déjouant les règles, les codes, pour les faire carrément disparaître.

Les corps se dévoilent, au sens propre comme au figuré – on ne vous dévoilera pas les détails. Les comportements revendiquent une totale liberté, quitte à choquer, embarrasser, mettre en relief les sentiments et les fantasmes les plus enfouis.

Et pour quelle intention ? Paradoxalement, pour débattre sur les évasions fiscales, le Capitalisme avec un grand C, les liens et analogies entre cette forme de système économique et social qui, à bien analyser et voir de très près, entretient des rapports, disons-le sans ambages, incestueux avec l’intime, le privé et la culture, entre entres.

Les réflexions du philosophe Alain Deneault s’inscrivent virtuellement, par vidéo-conférence qui, en passant, nous paraît prise, par sa qualité d’enregistrement, dans une forme d’enregistrement du siècle dernier.

Tant mieux puisque le discours traduit une qualité pérenne, comme si c’était quelque chose qu’il fallait rappeler aux spectateurs autant conquis par le spectacle que désorientés par ce qui se passe devant eux.

En entrée de jeu, un jeune homme qu’on croit être le technicien de scène se dirige vers les panneaux techniques pour s’assurer que le tout fonctionne bien. Et puis, il s’adonne à quelles gestuelles bizarres qui nous poussent à nous demander qui est-il vraiment.

Et c’est le départ d’une longue discussion (sur écran vidéo) du discours ci-haut mentionné par un intellectuel qui sait parfaitement de quoi il parle. On ne vous dira rien non plus sur les rapports intrinsèques (et extrinsèques) qui existent entre le capitalisme et les arts de la représentation, ceux de la scène bien sûr, mais aussi la littérature, le cinéma, vaguement la danse.

Les créateurs seraient-ils prisonniers de ce système financier qui ne vise que le profit même s’ils se cachent parfois sous des affiquets discrets de bienfaisance ou de philanthropie.

La parole est « déliée » (sic), le verbe ne s’interdit plus rien, le comportement se permet ce que l’on n’imagine pas, loin de notre pensée.

Très certainement, en raison des coupures proposées dans les subventions à la Culture du Gouvernement québécois, le Ministre Lacombe est évoqué – nous ne vous dirons rien de plus. L’un des moments les plus troublants de cette proposition.

Geste politique, social, économique, rejetant totalement les acquis jusqu’ici toujours en fonction pour les remplacer par quelque chose que d’aucuns jugeront subversifs, anarchiques, poussés par les cheveux. Mais tout de même poussant énergiquement à la réflexion, face à une collectivité occidentale, on ne peut le nier, dans son grand ensemble, anesthésiée.

Jamais improvisation ne fut aussi divulguée, autant dire que chaque représentation pourrait montrer des différences avec les précédentes ou avec les suivantes. Plus que du théâtre expérimental, c’est à une reprise de la scène, à une réappropriation de toute la dynamique de la création que nous avons affaire.

Geste politique, social, économique, rejetant totalement les acquis jusqu’ici toujours en fonction pour les remplacer par quelque chose que d’aucuns jugeront subversifs, anarchiques, poussés par les cheveux. Mais tout de même poussant énergiquement à la réflexion, face à une collectivité occidentale, on ne peut le nier, dans son grand ensemble, anesthésiée.

Mais surtout, nous faire réfléchir, nous les critiques, les créateurs et autres diffuseurs de la culture, toutes expressions confondues, que nous devons prendre conscience que dans ces systèmes de la diffusion (représentation), le système permet assidûment de créer des vedettes, au détriment de celles et ceux laissé(es) quasi pour compte. Très inquiétant lorsqu’on y pense ! »

Conférence d’Alain Deneault au Cégep de Matane

Alain Deneault donnera une conférence autour de son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï dans le puits du hall à l’entrée du Cégep de Matane le mardi 25 mars 2025 de 12 h 30 à 14 h.

« Grâce à une collaboration entre le programme Sciences humaines, la bibliothèque Lucien-Lelièvre et l’Union des écrivaines et écrivains du Québec, cette activité gratuite est ouverte au public ainsi qu’à toute la communauté collégiale. »


Conférence d'Alain Deneault
Faire que ! L'engagement politique à l'ère de l'inouï
Mardi 25 mars 2025 - 12 h 30 à 14 h
Cégep de Matane - Dans le puits du hall à l'entrée
(qui mène à la bibliothèque Lucien-Lelièvre)
616, avenue Saint-Rédempteur, Matane
Ouvert à toutes et à tous - Gratuit

Photo © Meggy Cyr-Dubé

« Ce midi, nous avons reçu Alain Deneault en conférence, professeur de philosophie et de sociologie au campus de Shippagan de l’Université de Moncton et intellectuel public reconnu pour ses travaux sur notamment les minières canadiennes, les paradis fiscaux, la gouvernance.

Après une discussion avec les personnes étudiantes du cours Droit, déviance et criminalité sur son expérience juridique à la suite de la publication de l’ouvrage Noir Canada, Alain Deneault a offert une conférence grand public dans les Puits du hall du Cégep de Matane et c’était plein à craquer. Bonne participation de la population étudiante du cégep, du personnel du cégep et des gens de la communauté.

On a pu réfléchir aux enjeux inouïs de notre temps comme l’écoangoisse, la crise écologique, les relations de pouvoir, la montée de l’extrême droite, en plus d’explorer le thème des biorégions comme objet politique.

Une conférence coorganisée avec la bibliothèque Lucien-Lelièvre du cégep, rendue possible grâce à l’aide de l’UNEQ. » – Cégep de Matane


Lire Alain Deneault : Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï

Infolibertaire.net

Par Dominique Sureau (UCL Angers)
23 février 2025

« Un livre à ne pas lire… à soigneusement éviter si vous êtes dépressif ou anxieux. L’ouvrage d’Alain Deneault a un défaut majeur, celui de la lucidité.

L’angoisse, tableau apocalyptique du devenir humain terrestre, sentences brèves, puissantes et pertinentes : « Ce ne sont plus les orgueilleux sujets humains qui saccagent tout, mais le système Terre qui se détraque durablement ».

Nous évoluons dans « l’ère de l’inouï ». « Inouï, jamais vu, inédit. Nous ne sommes pas encore parvenus à entendre, à voir, ni à dire ce qui se produit. Appréhender un moment historique comparable à nul autre, impossible geste. »

« La rhétorique des fabricants de discours se trouve débordée avant même d’avoir pu aboutir »

Après avoir balayé les grands sujets de l’hécatombe biodiversitaire, des problèmes énergétiques et de l’épuisement des ressources, l’auteur interroge les capacités politiques d’opposition et de proposition qu’il reste. Il dénonce les couplages ineptes et désastreux de développement durable, de capitalisme vert, autant de rustines « vertes », de succédanés d’un « approfondissement du même modèle qui nous a menés là où nous sommes ».

Puis vient la question, ce comment imaginer un monde en devenir qui nous interpelle et pour lequel nos réponses semblent dérisoires et inopérantes pour les générations à venir.

Se présente à nous l’heure de l’humain qui va nous conduire de l’angoisse à l’anxiété. Plus les échéances se précisent et plus les constats se vérifient. Ce qui semblait lointain devient prégnant, obsédant. C’est à cet instant que les discoureurs vont entrer en inaction, avec des discours lénifiants, ils vont marginaliser, ostraciser les objets déviants, créer des boucs-émissaires. Le discours va muter, va verdir, en termes de résilience.

« Cet apaisement anesthésiera suffisamment l’esprit…pour qu’il oublie jusqu’à la source du mal. »

La seconde partie qui n’a rien d’une dyslexie léniniste, un faire que, reste à découvrir.

Un livre à lire, à réfléchir, à partager… à soigneusement méditer surtout si vous êtes dépressif ou anxieux, cela donnera des raisons de combattre. »

*L’article est également paru dans la revue Alternative libertaire, no 357, février 2025 – Section Culture :

Use et abuse – Alain Deneault + Christian Lapointe + Alix Dufresne à l’Usine C – Supplémentaire le 8 mars à 15 h !

« Artistes québécois.e à la parole déliée et vive, Alix Dufresne et Christian Lapointe s’emparent de la vidéo-conférence intitulée Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art donnée par le philosophe Alain Deneault en 2021. À l’invitation de l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick, cette visioconférence tente de montrer comment le capitalisme maintient sous pression les artistes et les incitent à devenir rentables.


L'Usine C a ajouté une supplémentaire le samedi 8 mars 2025 à 15 h !

[…] Initié par le metteur en scène et acteur Christian Lapointe, USE ET ABUSE vient clore la résidence d’Alix Dufresne en tant qu’artiste associée à l’USINE C de 2022 à 2025. Elle s’allie naturellement à lui pour ce projet et poursuit ainsi sa recherche autour des réflexions d’Alain Deneault, telle qu’amorcée avec Hidden Paradise créé en 2018 sur le thème de l’évasion fiscale. Ici Les deux artistes donnent corps à une forme hybride, à la fois ludique, performative et politique, laissant place à l’imprévisible à chaque représentation. » – Source: Usine C


Use et abuse
Initié par Christian Lapointe avec Alix Dufresne
Inspiré de la conférence d'Alain Deneault
Une production de Carte blanche
5 au 8 mars 2025
Supplémentaire le 8 mars à 15 h !
Usine C - 1345, avenue Lalonde, M ntréal
Infos et billetterie : ici

Conférence Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art – diffusée sur VIMEO par l’AAAPND (Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick).

Sur les planches

Photo © Valérie Remise – Le Devoir

Le Devoir

Par Marie Labrecque

On attend: Use et abuse. Salle 2 de l’Usine C, du 5 au 8 mars.

« Après Hidden Paradise en 2018, les propos du philosophe Alain Deneault inspirent à nouveau un spectacle. La cocréatrice de cette œuvre réputée Alix Dufresne et le metteur en scène Christian Lapointe s’allient pour cette création qualifiée de « performance déjantée et incisive ». La production de Carte blanche fait entendre la vidéoconférence de Deneault Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art, qui dénonce la pression de rentabilité imposée aux artistes. Une marchandisation illustrée ici par un encan de jetons non fongibles, offert en direct. »

*Il est à noter que les quatre représentations affichent complet.

Quand la question du « Que faire ? » ne cesse de nous hanter !

Presse-toi à gauche !

Par Pierre Mouterde
11 février 2025

C’est là un des mérites de l’essai, Faire que, l’engagement politique à l’ère de l’inouï d’Alain Deneault : il ose s’attaquer à une question qui nous préoccupe tous et vis-à-vis de laquelle ne surgit aucune réponse immédiate et évidente.

Comme Alain Deneault nous le rappelle d’emblée, quiconque aura ces dernières années prêté attention aux données alarmantes touchant à l’avenir de notre terre, aurait de quoi s’inquiéter ! Malgré les avertissements de plus en plus pressants de la communauté scientifique ou même d’institutions respectées comme l’ONU, c’est tout comme si les gouvernements des grandes puissances du globe et leurs soutiens économiques faisaient la sourde oreille et nous installaient définitivement dans le déni.

Nous voilà donc, malgré la promesse des accords de Paris de 2015, en train de franchir, en termes de température moyenne, la fameuse barre des 1,5 degrés de plus qu’à l’époque pré-industrielle, et nous continuons à vivre comme si de rien n’était ou presque, cannibalisant les ressources de la petite planète bleue tout en imaginant en avoir à notre disposition 3 ou 4 semblables.

Il y a donc bien pour nous — nous les vivants de ce premier quart du 21ième siècle — une question du « Que faire » à se poser. Une question dont dans le premier chapitre de son essai, L’angoisse, Alain Deneault nous fait apercevoir tout à la fois la pertinence et l’urgence.

Au fil de formules ciselées et implacables, il met bien en évidence, d’un côté le « climat inoui » (c’est-à-dire les perturbations climatiques), « l’hécatombe biodiversitaire », les besoins grandissants d’énergie et la consommation non soutenable, tout en faisant apercevoir de l’autre côté ce qu’il appelle la « pulsion d’oxymores », c’est-à-dire cet ensemble d’attitudes si contradictoires qui semblent nous caractériser. Par exemple lorsque nous nous employons à croire, en termes de solutions, au « développement durable » (qu’on devrait selon lui plutôt appeler « l’exploitation endurable »), ou encore au capitalisme vert, une contradiction dans les termes mêmes. Il met aussi très bien en lumière « le manque d’objet » qui hante nos sociétés, en somme l’absence de discours alternatif écologique et politique, rigoureux et construit, faisant qu’on ne se retrouve que devant une douloureuse « béance ».

« Que faire ? » ou bien « Faire que ! »

Mais partant de l’idée que devant de telles mutations et de tels défis, on risque bien de sombrer dans nombre de pathologies sans issues liées à une forme ou une autre d’angoisse ou de désespoir (p. 66), il choisit la voie — combinant lucidité et gaîté — d’oser « des expériences politiques s’ouvrant à ces mondes en mutation, loin des automatismes » (p. 69). Et reprenant l’exemple historique de tentatives d’organisation sociale et politique menées par des groupes d’ Européens et d’Autochtones, en marge de l’effroyable guerre civile qui embrasait le nord-est du continent au tournant du 18ième siècle, il va s’en servir comme d’une sorte de boussole, pour nous indiquer le chemin qu’il va privilégier : celui du « Faire que ! », plutôt que du « Que faire ? » [1] .

La nuance peut paraître sibylline, en fait elle est ici décisive. Tout le monde se rappelle bien sûr du petit livre Que faire ? de Lénine de 1905 dans lequel ce dernier prônait de manière volontariste, l’organisation d’une avant-garde de révolutionnaires professionnels préparant activement la révolution à venir ; le tout devant être interprété aujourd’hui comme la défense d’un type de tactique politique destinée à accélérer la prise de pouvoir révolutionnaire dans la Russie du début du 20ième siècle.

À l’opposé, Alain Deneault lui va choisir la voie beaucoup plus humble et pragmatique, du « Faire que ! ». Bénéficiant du recul du temps, prenant acte des déboires révolutionnaires dont l’histoire a été synonyme, ayant noté aussi comment le « Que faire ? » a été depuis décliné de multiples façons et sur bien de nouveaux objets (l’écologie, la technique, les moeurs, etc.), il va endosser, avec son « Faire que ! » » la position d’être « moins en position d’autorité », plus à l’écoute du nouveau, assumant plus le doute ou l’incertitude ainsi que la subjectivité et le localisme qui les accompagnent.

C’est d’ailleurs ce qui lui permet de présenter dans la 3ième et courte partie de son essai, Biorégion, la solution qu’il préconise, celle de l’action régionale pensée autour d’un territoire donné et relativement unifié : « On appellera « biorégion », l’ensemble qui naitra de la nécessité, dans un moment où il faudra réapprendre à s’organiser à une échelle sensible (…) la biorégion n’est pas un projet, mais le lieu à partir duquel des projets émergent, la suite à donner à une situation – la contraction de la pensée politique à l’échelle régionale – qui sera, elle, impérative. » (p. 165-66)
Sa solution, c’est donc… oui… la politique, mais ramenée à l’échelle de la région !

Une autre voie ?

Si une telle démonstration — riche de multiples exemples — reste salutaire, nous obligeant à réfléchir en profondeur sur toutes les questions touchant à l’agir collectif contemporain, la fin de son essai n’en reste pas moins décevante, surtout vis-à-vis des gigantesques problèmes soulevés dans le premier chapitre de son essai (L’angoisse), mais aussi vis-à-vis des analyses qu’il esquisse pourtant sur l’importance de la politique dans nos vies. Ne montre-t-il pas, se référant aux thèses de Durkheim (p. 153) sur le suicide, qu’un des facteurs poussant les humains à se donner la mort tient justement au fait de ne pas se sentir suffisamment partie prenante d’un projet collectif plus vaste qu’eux-mêmes ? Et ne reprend-il pas à son compte la fameuse fable des tailleurs de pierres de Charles Péguy qui explique que de se savoir participer à un projet collectif dont on est un des acteurs (comme construire une cathédrale), change tout de la vie (p. 181). Ce qui fait qu’il nous laisse malgré tout percevoir en notre fors intérieur, que la solution « régionaliste » qu’il préconise n’est – faute de mieux— qu’une des formes possibles de l’action politique, et que cette dernière reste bien en de-ça des besoins d’aujourd’hui.

Comment en effet ne pas être étonné de voir que Deneault nous entraine, en termes d’action politique, vers une solution de type minimaliste, alors que comme jamais les défis qui sont les nôtres sont aujourd’hui d’ordre mondial, appelant à des actions collectives de large amplitude, allant bien au-delà de la région, fut-elle bio-région ? Et comment ne pas être étonné du fait qu’il n’est guère fait référence (autrement qu’à titre indicatif), à toute cette tradition de réflexion politique et stratégique qui court dès le milieu du 19ième jusqu’à nos jours – depuis par exemple Blanqui, en allant jusqu’à Gramsci, en passant par Rosa Luxembourg, Trotsky, Mariategui, Che Guevara, etc.? N’y aurait-il pas là des savoirs et des leçons à actualiser, à trier et reprendre pour penser l’agir collectif aux temps présents ? Et tous ces savoirs, ne pourraient-ils pas nous aider à disposer d’une approche –stratégiquement parlant — plus large et plus ample, plus efficiente, en somme plus politique et en phase avec l’ampleur des problèmes mondialisés auxquels nous nous heurtons aujourd’hui ?

C’est là une autre voie qu’il faudrait oser explorer de toute urgence, et qui nous aiderait sans doute à mieux penser ces révolutions dont nous avons tant besoin aujourd’hui ; des révolutions qui loin d’être — comme on l’imaginait dans le passé — ces locomotives de l’histoire mondiale, seraient, comme l’indique Walter Benjamin, « l’acte par lequel l’humanité qui voyage dans ce train, tire les freins d’urgence ».