Critique de Faire que ! dans les fiches de lecture de la commission Médiathèque de Mille Bâbords

Les fiches de lecture de la commission Médiathèque 
Mille Bâbords
Par TB
22 mars 2025

« À l’ère de l’inouï, autrement dit les défis inédits auxquels l’humanité est actuellement confrontée : dérèglement climatique, effondrement de la biodiversité, explosion de la pollution et maladies dites  » de civilisations « …et qui ne trouveront manifestement pas leur résolution par l’action des Etats ni du capital, la question  » que faire ?  » traverse tous les esprits préoccupés, voire « angoissés » par cette situation.
Comment agir et dans quelle direction quand aucune référence historique n’existe pour appréhender les catastrophes annoncées et que l’extrême droite encouragée par les tenants du néolibéralisme sème la confusion et détourne les colères ? Comment dénoncer aussi les mensonges et les mystifications du capitalisme vert, du développement durable et autres inventions des « médiocres » qui gouvernent le monde et le mènent à sa perte ?


A cette question, Alain Deneault, commence par exposer quelques unes des réponses apportées par de nombreux auteurs et autrices. Il commence par citer le premier ouvrage intitulé  » Que faire ?  » de Lénine inspiré du roman de Nikolaï Tchernychevki qui imagine l’essor d’un ordre radicalement nouveau remettant à plat les rapports hiérarchiques tant dans la sphère du travail que privée, celui d’Althusser poussant les individus à se mobiliser collectivement. A présent, cette question est malheureusement plus souvent accompagnée d’un sentiment d’accablement…Mais bien sûr d’autres auteurs plus contemporains comme Badiou, Latour ont aussi tenter de répondre à cette question, ou encore l’historienne Ludivine Bantigny qui actualise le sujet et propose quelques solutions comme la réduction du temps de travail, l’extension de l’autogestion, la socialisation du système bancaire etc.
Autant de recommandations qui bien qu’utiles et même indispensables ne sont pas en mesure de calmer les peurs plus que légitimes de tout individu au fait de l’état désespérant de notre monde, entre conflits pour les ressources naturelles qui s’épuisent, et destructions pour la plupart définitives de grands pans de notre environnement.

Alain Deneault, lui, retourne la question en remplaçant le pronom interrogatif « que » appelant des réponses donc des solutions concrètes, des consignes, par la conjonction de subordination homonyme qui introduit elle plus humblement des suggestions, des hypothèses souhaitables, des engagements vers un avenir autrement désirable : faire que…

Et en conclusion de son ouvrage, il propose pour sa part de s’orienter vers ce qu’il appelle les « biorégions « , les territoires où chacun, chacune vit. A cette échelle, et loin du système mondialisé où plus personne n’a vraiment la maîtrise de rien, il s’agira de répondre aux besoins des communautés présentes en symbiose avec la géographie et ses caractéristiques. Cette proximité implique un rapport au territoire plus sain parce que ses habitant.e.s savent qu’iels en dépendent et ce qu’il est possible ou pas d’y faire pour le préserver.


Influencé par le « communalisme » de Murray Brookchin et les nombreuses expériences d’organisations autonomes, Deneault suggère que face aux crises qui ne manqueront pas de survenir, les populations soient en mesure de recréer des espaces où réinventer des formes de vie faites d’entraide, de partage, de soin et d’attention aux autres et aux espaces habités. »

Conférence d’Alain Deneault au Festival de la décroissance de Québec

Soirée spéciale pré-festival de la décroissance de Québec avec une conférence d’Alain Deneault sur son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï le mercredi 16 avril à 19 h à la brasserie artisanale La Korrigane.

« Cette conférence se tient dans le cadre du Festival de la décroissance de Québec. Pour mettre la table de la programmation à venir du Festival, nous avons la chance de recevoir, en formule SPÉCIALE PRÉ-FESTIVAL, une grande pointure en ce qui a trait à la décroissance, M. Alain Deneault ! Lors de cette soirée, nous aurons droit à une conférence de sa part portant plus particulièrement sur les sujets abordés dans son récent essais critique Faire que ! […] Que faire pour s’orienter dans une époque marquée par des bouleversements écologiques sans précédent? Alain Deneault, avec la lucidité qu’on lui connaît, nous convie à en penser les prémisses et à explorer un nouveau mode d’engagement politique, la biorégion. Il est temps de faire que ! Au plaisir de vous y voir, de s’éduquer et d’évoluer ensemble! » – Le comité


Soirée spéciale pré-festival de la décroissance de Québec
Conférence d'Alain Deneault
Mercredi 16 avril 2025 - 19 h
Brasserie artisanale La Korrigane
380, rue Dorchester, Québec
Ouvert à tous
Gratuit en formule premier arrivé, premier servi.
Aucune réservation ne sera prise pour cet évènement

Une conférence abordant son plus récent essai qui saura vous mettre en appétit sur le sujet de la Décroissance !

Cet évènement est présenté dans le cadre de la 4e édition du
Festival de la décroissance de Québec

Conférence d’Alain Deneault au Festival de la décroissance de Québec – Durée: 1 heure 35 min 10 sec – 16 avril 2025

Montpetit entretien, un rendez-vous livresque avec Alain Deneault et son essai Faire que !

Montpetit entretien, un rendez-vous livresque avec Alain Deneault et son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï le mercredi 16 avril 2025 à l’Espace conférence de la bibliothèque du Cégep Édouard Montpetit. L’entretien sera animé par le professeur de philosophie Thibault Tranchant ainsi que le professeur en Science Politique Jonathan Veillette.

« Bienvenue sur la page des Montpetit entretien. Il s’agit de rendez-vous livresques sous forme d’un entretien qui sont animés par des professeurs du CEM issus de divers départements d’enseignement en compagnie d’auteurs d’ici et d’ailleurs. Ils ont lieu à l’Espace conférence de la bibliothèque du Cégep. »


Montpetit entretien avec Alain Deneault
Et son livre Faire que ! L'engagement politique à l'ère de l'inouï
Mercredi 16 avril 2025 - 12 h 15 à 14 h
Animation : Thibault Tranchant, professeur de philosophie et
Jonathan Veillette, professeur de Science politique
Bibliothèque du cégep Édouard Montpetit - Espace conférence

Montpetit entretien avec Alain Deneault au Cégep Édouard Montpetit – 16 avril 2025

Voici Monpetit entretien du 21 février 2018 avec Alain Deneault par Nathalie Malo autour de son essai Une escroquerie légalisée. Précis sur les paradis fiscaux publié aux Éditions Écosociété.

Monpetit entretien avec Alain Deneault par Nathalie Malo – Cégep Édouard Montpetit – 21 février 2028

Entretien avec Alain Deneault au Centre matapédien d’études collégiales

Crises multiples et biorégionalisme. Entretien avec Alain Deneault au Centre matapédien d’études collégiales (CMÉC) le lundi 14 avril 2025 de 17 h à 18 h 30.

« Cette activité, organisée par le programme des Sciences humaines du CMÉC, est gratuite et ouverte au public et à toute la communauté collégiale. Au plaisir de vous rencontrer au local 130 du CMÉC. »

Entrevue avec Stéphane Poirier, enseignant en géographie au Centre matapédien d’études collégiales sur la conférence d’Alain Deneault le 14 avril 2025 à l’émission INFO.TVC de la matapédia – 4 avril 2025

Crises multiples et biorégionalisme
Entretien avec Alain Deneault suivi d'une discussion
Lundi 14 avril - 17 h à 18 h 30
Centre matapédien d'études collégiales (CMÉC) - Local 130
92 Rue Desbiens, Amqui, Québec
Ouvert à tous - Gratuit

« Plus de 30 personnes étaient réunies au local 130 pour entendre Alain Deneault, philosophe et auteur, nous parler de son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï.

Pendant une heure, il a captivé l’auditoire avec ses réflexions percutantes et sa vision engagée du monde actuel. La discussion s’est poursuivie avec de nombreuses questions du public, signe d’un réel intérêt et d’un bel échange.

Merci à M. Deneault pour sa générosité, aux participant(e)s pour leur présence, au département de Sciences humaines pour l’organisation et au CMÉC pour avoir rendu cette rencontre possible. » – Page Meta du CMÉC

Comment se mobiliser à l’ère d’une crise climatique?

Photo © iStock / wildpixel

Écologie politique avec le professeur Alain Deneault. Entretien avec Alain Deneault à l’émission Même Fréquence, animée par Maude Rivard sur ICI Première I Radio-Canada, avant sa conférence La biorégion. Un dessein pour l’écologie politique à l’Université du Québec à Rimouski le mardi 25 mars 2025 – Durée : 23 minutes

« Dans son dernier livre intitulé Faire que! L’engagement politique à l’ère de l’inouï , le professeur de philosophie de l’Université de Moncton Alain Deneault s’intéresse aux défis de l’engagement citoyen en contexte de crise climatique. »

Faire que ! : comment parler d’écologie sans perdre la tête

« Notre époque est marquée par l’angoisse devant des phénomènes sociaux, politiques, climatiques et écologiques qui semblent démesurés, inouïs par bien de leurs aspects. En partant de son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï, Alain Deneault présentera sa vision des luttes pour l’environnement. » – Collège Laflèche


Faire que ! : comment parler d'écologie sans perdre la tête
Conférence d'Alain Deneault
Vendredi 28 mars 2025 - 10 h 30 à 12 h 30
Collège Laflèche - Amphithéâtre
1687, Boul. du Carmel, Trois-Rivières
Stationnement 5 $
Confirmation requise
Information : écrire à David Auclair, professeur
david.auclair@clafleche.qc.ca

Photo © Page Facebook Collège Laflèche

« La conférence mémorable de M. Alain Deneault a abordé la question cruciale de l’engagement politique dans un contexte de bouleversements écologiques sans précédent. Son plaidoyer, inscrit dans la continuité de sa pensée critique, offre une réflexion lucide sur les défis écologiques et sociaux contemporains. En abordant le concept de « biorégion » comme mode d’engagement, M. Deneault invite à repenser collectivement notre mode de vie. Cette approche suscitera sans aucun doute des réflexions profondes chez nos étudiant(e)s en Sciences humaines. Merci au professeur David Auclair pour l’organisation de cette conférence. » – Collège Laflèche

Sortir de la sidération de l’écoanxiété

Droit de parole
Les luttes populaires au centre-ville de Québec
Février-Mars 2025
Volume 52, numéro 1, page 11

Comment s’orienter dans une époque marquée par des bouleversements écologiques sans précédent, auxquels, manifestement, ni les États ni le capital ne remédieront ? Comment agir politiquement à l’ère de l’inouï, quand on ne dispose d’aucun pendant historique pour appréhender les catastrophes annoncées ? Comment s’engager quand l’extrême droite sème la confusion et détourne la colère des objets réels ? Comment s’y prendre quand le libéralisme dissout tous nos repères dans la gouvernance technocratique ?

Que faire ? Cette question obnubile la pensée politique depuis plus d’un siècle. Alain Deneault nous convie à en penser les prémisses et les incidences pour l’ancrer dans les temps présents. Hors de toute programmatique serrée, mais avec la lucidité qu’on lui connaît, il invite notamment à explorer un nouveau mode d’engagement politique, la biorégion.

Alors que faire ? Livrer la guerre à la médiocratie. Évoquer les enjeux qui fâchent. Penser à l’échelle collective. Mal faire les choses, faire mal. Cesser
de se poser la question et sortir de la sidération de l’écoanxiété.

Le moment est venu de faire que !

Droit de parole, Février-Mars 2025, Volume 52, numéro 1, page 11

Territorialité de la biorégion

Territorialité de la biorégion. Conférence d’Alain Deneault qui aura lieu le jeudi 27 mars 2025 à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) sous l’invitation du département de géographie de l’UQAM en collaboration avec le Centre de recherche sur le développement territorial (CRDT), l’Association étudiante de deuxième cycle de géographie de l’UQAM (AEDCG) et le Centre de recherche sur les innovations sociales (Crises).

« Venez rencontrer l’auteur de Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï qui discutera sur le thème de la biorégion dans une ère de bouleversements écologiques et d’écoanxiété. » – Département de géographie de l’UQAM


Territorialité de la biorégion
Conférence d'Alain Deneault
Jeudi 27 mars 2025 - 17 h à 19 h
Université du Québec à Montréal (UQAM) - 400 rue Ste-Catherine Est
Salle A-4180, Pavillon Hubert-Aquin
Inscription requise, veuillez confirmer votre présence ici
Des bouchées seront offertes

Conférence d’Alain Deneault sur l’écoanxiété et l’écoangoisse au Cégep Garneau

Photo © Département de philosophie du Cégep Garneau

« L’essayiste et professeur à l’Université de Moncton, Alain Deneault, sera de passage au Cégep Garneau pour une conférence captivante sur les enjeux de l’écoanxiété et de l’écoangoisse, des thèmes qu’il explore dans son essai Faire que ! Une occasion unique de réfléchir aux défis environnementaux et aux impacts psychologiques qu’ils engendrent. » – Département de philosophie


Conférence d'Alain Deneault sur l'écoanxiété et l'écoangoisse
Mercredi 26 mars 2025 - 13 h à 14 h
Cégep Garneau - L'Agora (A2090)
1660, boulevard de l'Entente, Quebec

Alain Deneault à la 37e édition du Salon du livre de Trois-Rivières avec son essai Faire que !

Alain Deneault participera à la 37e édition du Salon du livre de Trois-Rivières « En mouvement » pour présenter son tout dernier essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï lors d’une conférence autour de son livre, d’une discussion avec Bruno Dubuc, auteur du livre Notre cerveau à tous les niveaux et d’une séance de dédicaces au kiosque #4 de *Lux Éditeur, le vendredi 28 mars 2025.

*Lux sera l’éditeur à l’honneur pour cette 37e édition du Salon du livre de Trois-Rivières


Faire que ! L'engagement politique à l'ère de l'inouï
Conférence d'Alain Deneault
Atrium de l'UQTR - 3351 Boul. des Forges, Trois-Rivières
Vendredi 28 mars 2025 - 15 h 30 à 16 h 30
Gratuit et ouvert à tous - Inscription obligatoire ici
Infos ici

Présentée dans le cadre de la Journée du développement durable de l’UQTR et en collaboration avec les Journées internationales de la francophonie de la Mauricie

« Conférence d’Alain Deneault (Faire que!, Lux éditeur). Comment s’orienter dans une époque marquée par des bouleversements écologiques sans précédent, auxquels, manifestement, ni les États ni le capital ne remédieront ? Comment agir politiquement à l’ère de l’inouï, quand on ne dispose d’aucun pendant historique pour appréhender les catastrophes annoncées ? Comment s’engager quand l’extrême droite sème la confusion et détourne la colère des objets réels ? Que faire? Alain Deneault nous convie à en penser les prémisses et les incidences pour l’ancrer dans les temps présents. »


Changer le monde à l'ère de l'inouï
Discussion avec Alain Deneault et Bruno Dubuc
Animation : Christian Bouchard
Salon du livre de Trois-Rivières - Bistro littéraire Télé-Québec
Vendredi 28 mars 2025 - 18 h 15 à 19 h 15


Photo © Lux Éditeur – 2025

Séance de dédicaces dédicaces avec Alain Deneault
CECi de l'Hôtel Delta - Kiosque #4 Lux Éditeur
Vendredi 28 mars 2025 - 19 h 30 à 20 h 30

Photo © Lux Éditeur – 2025

Le concept de biorégion présenté lors d’une conférence à Caraquet

Photo © Lisa Mansouri

CKRO – 97,1

Par Lisa Mansouri
25 février 2025

« Alain Deneault, professeur de philosophie à l’Université de Moncton, campus de Shippagan, s’intéresse au concept de la biorégion. Il a présenté les fondements de sa démarche lors d’une conférence à Caraquet.

Le concept de la biorégion est, aux yeux de l’universitaire, un modèle radical de gestion territoriale. Basée sur l’importance de l’écologie locale, elle propose de rétablir un lien direct entre l’individu et son environnement.

M. Deneault invite le public à ne plus de chercher à réparer le monde en suivant des directives venues d’en haut, mais de repenser collectivement leur manière d’habiter la Terre. Pour Deneault, le concept de biorégion n’est pas une utopie. C’est une manière de trouver des solutions pragmatiques aux problèmes, d’un monde en déclin. »

Crise climatique, comment aller au-delà la sidération

Entretien avec Alain Deneault par Julien Magnollay à l’émission radiophonique Tribu sur RTS (Radio Télévision Suisse) autour de son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï le 11 mars 2025. Durée : 26 min 32 sec.

« Nous vivons dans une époque de bouleversement environnementaux. Certaines personnes se sentent désemparées face à la chute de la biodiversité et face aux catastrophes qui se répètent. Alors que faire? Et surtout comment faire? Est-ce aux Etats de prendre lʹinitiative? Aux entreprises? Aux individus? Alain Deneault, professeur de philosophie à lʹUniversité de Moncton au Canada, estime que nous devons sortir de lʹéco-anxiété qui nous empêche de réagir et réapprendre à vivre à une autre échelle. Il signe Faire que! Lʹengagement politique à lʹère de lʹinouï, chez Lux éditeur. Il est lʹinvité de Tribu. » – Tribu, RTS

Conférence d’Alain Deneault au Cégep de Matane

Alain Deneault donnera une conférence autour de son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï dans le puits du hall à l’entrée du Cégep de Matane le mardi 25 mars 2025 de 12 h 30 à 14 h.

« Grâce à une collaboration entre le programme Sciences humaines, la bibliothèque Lucien-Lelièvre et l’Union des écrivaines et écrivains du Québec, cette activité gratuite est ouverte au public ainsi qu’à toute la communauté collégiale. »


Conférence d'Alain Deneault
Faire que ! L'engagement politique à l'ère de l'inouï
Mardi 25 mars 2025 - 12 h 30 à 14 h
Cégep de Matane - Dans le puits du hall à l'entrée
(qui mène à la bibliothèque Lucien-Lelièvre)
616, avenue Saint-Rédempteur, Matane
Ouvert à toutes et à tous - Gratuit

Photo © Meggy Cyr-Dubé

« Ce midi, nous avons reçu Alain Deneault en conférence, professeur de philosophie et de sociologie au campus de Shippagan de l’Université de Moncton et intellectuel public reconnu pour ses travaux sur notamment les minières canadiennes, les paradis fiscaux, la gouvernance.

Après une discussion avec les personnes étudiantes du cours Droit, déviance et criminalité sur son expérience juridique à la suite de la publication de l’ouvrage Noir Canada, Alain Deneault a offert une conférence grand public dans les Puits du hall du Cégep de Matane et c’était plein à craquer. Bonne participation de la population étudiante du cégep, du personnel du cégep et des gens de la communauté.

On a pu réfléchir aux enjeux inouïs de notre temps comme l’écoangoisse, la crise écologique, les relations de pouvoir, la montée de l’extrême droite, en plus d’explorer le thème des biorégions comme objet politique.

Une conférence coorganisée avec la bibliothèque Lucien-Lelièvre du cégep, rendue possible grâce à l’aide de l’UNEQ. » – Cégep de Matane


Lire Alain Deneault : Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï

Infolibertaire.net

Par Dominique Sureau (UCL Angers)
23 février 2025

« Un livre à ne pas lire… à soigneusement éviter si vous êtes dépressif ou anxieux. L’ouvrage d’Alain Deneault a un défaut majeur, celui de la lucidité.

L’angoisse, tableau apocalyptique du devenir humain terrestre, sentences brèves, puissantes et pertinentes : « Ce ne sont plus les orgueilleux sujets humains qui saccagent tout, mais le système Terre qui se détraque durablement ».

Nous évoluons dans « l’ère de l’inouï ». « Inouï, jamais vu, inédit. Nous ne sommes pas encore parvenus à entendre, à voir, ni à dire ce qui se produit. Appréhender un moment historique comparable à nul autre, impossible geste. »

« La rhétorique des fabricants de discours se trouve débordée avant même d’avoir pu aboutir »

Après avoir balayé les grands sujets de l’hécatombe biodiversitaire, des problèmes énergétiques et de l’épuisement des ressources, l’auteur interroge les capacités politiques d’opposition et de proposition qu’il reste. Il dénonce les couplages ineptes et désastreux de développement durable, de capitalisme vert, autant de rustines « vertes », de succédanés d’un « approfondissement du même modèle qui nous a menés là où nous sommes ».

Puis vient la question, ce comment imaginer un monde en devenir qui nous interpelle et pour lequel nos réponses semblent dérisoires et inopérantes pour les générations à venir.

Se présente à nous l’heure de l’humain qui va nous conduire de l’angoisse à l’anxiété. Plus les échéances se précisent et plus les constats se vérifient. Ce qui semblait lointain devient prégnant, obsédant. C’est à cet instant que les discoureurs vont entrer en inaction, avec des discours lénifiants, ils vont marginaliser, ostraciser les objets déviants, créer des boucs-émissaires. Le discours va muter, va verdir, en termes de résilience.

« Cet apaisement anesthésiera suffisamment l’esprit…pour qu’il oublie jusqu’à la source du mal. »

La seconde partie qui n’a rien d’une dyslexie léniniste, un faire que, reste à découvrir.

Un livre à lire, à réfléchir, à partager… à soigneusement méditer surtout si vous êtes dépressif ou anxieux, cela donnera des raisons de combattre. »

*L’article est également paru dans la revue Alternative libertaire, no 357, février 2025 – Section Culture :

Dans un climat hostile

À contretemps

Par Freddy Gomez
13 janvier 2025

À cheval entre la baie des Chaleurs et le golfe du Saint-Laurent, le campus de Shippagan de l’université de Moncton (Nouveau-Brunswick) jouxte l’océan. Ville portuaire de la péninsule acadienne, Shippagan s’affiche comme un lieu où il fait bon vivre : nature sans pareil, coût de la vie abordable, vie culturelle enrichissante, foultitude d’activités de loisirs, sentiers aménagés pour la marche et le vélo, plages à perte de vue [1]. C’est dans ce lieu paradisiaque qu’Alain Deneault, philosophe et universitaire québécois reconnu, dispense son savoir à des étudiants qu’on présume heureux de se former dans un tel environnement. Heureux malgré tout, car on ose les imaginer sensibles aux roboratives percussions philosophiques de leur professeur qui, après avoir attaqué les multinationales et paradis fiscaux, le colonialisme canadien, le management totalitaire, la médiocratie, les politiques de l’extrême centre, la « gauche cannibale » et la « droite vandale », remet le couvert avec cette puissante réflexion sur « l’engagement politique à l’ère de l’inouï » qui, disons-le tout net, mérite lecture, même sur les plages de Shippagan.

Car oui, Alain Deneault est un agitateur de concepts. Pour le cas, il s’est mis en tête de se pencher sur l’état du monde, notre monde, en cette basse époque, notre époque, où les catastrophes que génère en série et sans répit le capitalisme extractiviste, pourraient conduire, palier par palier mais sur un court temps historique, à un effondrement généralisé de nos milieux de vie, et plus largement du vivant. Les ravages que provoque ce mode de production sans limites sont tels, nous dit Deneault, que la sensation d’ « inouï » où ils nous plongent n’a d’égale que l’impensée qu’elle provoque. Car comment penser ce qui n’est comparable à rien et ne semble produire rien d’autre qu’une mal-nommée « éco-anxiété » – que l’auteur, partant de l’idée juste que l’anxiété procède toujours d’un sujet ou d’un objet, préfère appeler « éco-angoisse », qualification plus apte à dire le sentiment de vide face à l’impensable. Or, c’est bien ce vide que l’on sent monter dans une partie des consciences, un vide parfaitement en phase avec un contexte politique culturellement navrant qui favorise une montée en puissance de notions aussi délirantes que celle du « grand remplacement » portées par une extrême droite négationniste dont le principal atout est d’encourager la paresse en laissant penser qu’il suffirait de purger le monde de son extérieur, de son altérité, pour que tout aille mieux. Pensée aussi faible que triste, aussi stupide qu’odieuse, mais qui séduit bien des pauvres gens que la misère tenaille. Elle sert à cela l’extrême droite, et depuis longtemps, à faire contre-feu aux colères logiques en les orientant vers l’ignoble. C’est sa raison d’être, et c’est même pourquoi le capital s’en accommode si facilement quand nécessité fait loi. Pour continuer à piller la planète et à détruire le vivant sans qu’on l’emmerde, par exemple.

Si ce livre vaut le détour, c’est que, même si l’on se pense informé sur la question, l’ « hécatombe biodiversitaire » qu’il décrit d’entrée, complétée des incidences qu’elle aura (qu’elle a déjà), a de quoi nouer l’estomac. Qu’on ne se méprenne pas, cela dit. Deneault n’est pas du genre à cultiver le catastrophisme collapsologue, et encore moins les impasses où il mène. C’est que le bonhomme, pour conscient et érudit qu’il soit, a l’intelligence d’avoir compris qu’aucun combat pour l’écologie politique ne saurait prendre sur la base de la désespérance. D’où cette étrange sensation positive qu’on peut, par moments, ressentir à la lecture de ce catalogue de mauvaises nouvelles. C’est dû au fait que l’auteur a non seulement le sens des limites (de son lectorat), mais qu’il sait assez bien y faire pour désamorcer le catastrophisme quand il sent que ses effets pourraient être contreproductifs. Et puis il y a sa verve polémiste et cette manière, finalement assez british – mille excuses au Québécois ! – de faire du nonsense d’un monde marchant vers l’abîme une machine à cibler un système capitaliste qui n’a jamais existé que pour 20 % de bénéficiaires très relatifs de la population mondiale, mais dont les effets ravageurs concernent la planète entière. Car comme l’accumulation coloniale ou néocoloniale ou le nuage de Tchernobyl, le capitalisme ignore les frontières et les limites qui, pour lui, ne sont que des entraves à sa dynamique expansive. D’où la nécessité où il se trouve de faire cause commune avec la « pulsion oxymorique », comme dit Deneault, de l’expertise scientifique new wave qui, depuis trois grosses décennies, emploie l’essentiel de son temps à inventer, comme autant de chimères sémantiques, des oxymores à la pelle : « développement durable », « capitalisme vert », « croissance verte », « économie circulaire », « Green New Deal ».

Dans Une société à refaire, Murray Bookchin, penseur libertaire de l’écologie sociale, pointait déjà la différence majeure qu’il existe entre un passé mû par « des croyances, des espoirs solides, des valeurs » et un présent ambigu, vide, béant, non intelligible – et par conséquent incapable de produire autre chose que des angoisses ou des oxymores. C’est sans doute le principal écueil auquel se heurte l’écologie politique. Son « incapacité, nous dit Deneault, à produire un “objet” pour la pensée publique », soit un rapport au réel, au monde, susceptible de structurer un imaginaire, un désir de se projeter dans l’impensable en le pensant. La « raison » fut l’objet, la manière d’objectiver, du XVIIIe, le socialisme celui du XIXe et pour partie du XXe. Le concept d’ « effondrement » ou de « catastrophe », eux, ne peuvent pas en être. Ils dépolitisent, ils n’articulent rien, sauf, dans l’anxiété, la dérive objective vers des « objets substitutifs » habilement manipulables. Par des médias notamment qui s’y entendent à merveille pour exploiter, attiser et orienter le désarroi psychopathologique de masse vers leurs propres paniques morales et les cibles qu’ils se choisissent comme autant de boucs émissaires d’un temps éreintant de bêtise : la femme voilée, le citoyen venu d’ailleurs, le militant des Soulèvements de la terre et tant d’autres.

Alors « que faire ? », se demande Deneault, reprenant la question politique par excellence qui, depuis Tchernychevski, en 1863, et surtout Lénine, en 1902, taraude toutes les avant-gardes auto-proclamées. Sur ce point, le léninisme a fait des émules un bon gros siècle durant avec les succès qu’on connaît. On rappellera, en passant, que Vladimir Oulianov sut bien que faire pour que la révolution verse très rapidement dans la terreur : éliminer, sous son règne et avec l’aval de Trotski, tous ses adversaires politiques (socialistes révolutionnaires, mencheviks et anarchistes). Les rappels historiques sont toujours utiles. Cela dit, cette référence au Que faire ? de Lénine n’est, pour Deneault, qu’une manière, plutôt habile d’ailleurs, de digresser, d’Apollinaire à Badiou, de Bernanos à Ellul et de Derrida à Latour, vers l’idée que cette question, « incorrigiblement léniniste », dit-il, est « contraire à la pensée » parce qu’elle suppose un penser déjà-là. D’où sa proposition : cesser de se demander « que faire » pour « faire que », quitte à « mal faire ». Cette mutation suppose, dans le cas qui nous intéresse – les bouleversements écologiques –, d’être d’abord convaincus que ni les États ni le Capital ne sont en situation d’y remédier et qu’aucune « programmatique serrée » émergeant de notre camp ne pourra nous servir, en elle-même et par elle-même, de boussole. Car le caractère « inouï » de ce que nous vivons nous oblige à nous réinventer, et par là-même à libérer nos imaginaires et nos révoltes de la gangue qui les bride pour en finir avec les médiations, cultiver nos spontanéités, accepter nos pluralités, éprouver nos amitiés et fertiliser nos communs et nos luttes, en sachant, comme le pointe justement Deneault, que « le caractère irrévérencieux et indompté de toute révolte est ce qui fait le plus scandale ».

Pourtant, la seule direction que pointe le philosophe en fin d’ouvrage – celle de la « biorégion », qu’il définit ainsi : « L’ensemble qui naîtra de la nécessité, dans un moment où il faudra réapprendre à s’organiser à une échelle sensible » – pourra paraître imprécise. À quel moment, cette « biorégion » ? Tout de suite, bientôt, après l’effondrement ? Ça reste vague. Ce qu’on sent, chez Deneault, c’est une influence notable du communalisme. Il ne s’en cache pas d’ailleurs. « L’élan qui porte le biorégionalisme provient, écrit-il, du municipalisme libertaire à la Murray Bookchin et de l’autonomisme politique de type sécessionniste », mais « sans s’y laisser réduire », ajoute-t-il, c’est-à-dire sans se priver d’explorer d’autres méthodes, d’arpenter d’autres sentes, de penser d’autres possibles, de s’adonner à d’autres expériences susceptibles de nourrir l’imaginaire de résistance et de reconstruction. Car Deneault se veut polyglotte en politique, c’est-à-dire toujours ouvert à l’hybridation.

Bien sûr, s’arrêtant à cette seule hypothèse du municipalisme biorégional, on sait par avance qu’il s’attirera les foudres ou le mépris des militants de la seule cause qui vaille : celle de la Théorie, de la Révolution, de l’Émancipation et autres concepts à majuscule. Là n’est évidemment pas notre intention. Ce qui caractérise cette basse époque, c’est à la fois un profond sentiment d’impuissance devant le réel accablant des ravages que produit le monde capitalisé et la conviction que, partout, déjà, prolifèrent des formes multiples de résistance portées par un même refus antiautoritaire du vieil avant-gardisme. C’est cela même qui nous fait penser que Deneault, qui se situe dans ce camp, ait cru devoir céder, par obligation propositionnelle et en s’y forçant un peu, à cette perspective du municipalisme biorégional qui agite déjà nombre de têtes alternatives et qui, de surcroît, opère déjà dans le vécu de nombre de résistances à la marche forcée destructrice du Marché conquérant et ravageur.

« L’anarchisme, écrit-il en presque conclusion d’ouvrage, ne saurait désigner quoi que ce soit d’autre que le clin d’œil d’une panne institutionnelle, le moment événementiel d’où sourd une organisation nouvelle. Un événement politique est l’art de défaire les liens convenus – temps d’anarchie – pour les recomposer. » C’est dans ce cadre que la biorégion, comme il l’entend, se présente comme une « forme d’organisation » que « le plus grand nombre devra imposer pour faire valoir des principes éminents et impérieux en ces temps de débâcle politique et idéologique. Dans un temps événementiel qui sera celui de la politique active ». Forme d’organisation donc, mais aussi « objet de désir » d’un après enfin désirable.

Cette part d’utopie réalisable que cultive Alain Deneault rend la lecture de ce livre nécessaire. Parce qu’il terrasse quelques idées reçues et autant de mensonges colportés. Parce qu’il ouvre des pistes argumentaires et méthodologiques pour penser ce monde en le transformant radicalement et parce que, un peu à la manière de Bernard Friot et de son « déjà-là » communiste, il sait faire lien entre l’hier, l’aujourd’hui et le demain dans une perspective toujours renouvelée d’émancipation et de solidarité humaines.

Participation d’Alain Deneault au colloque de l’Éco-conseil 2025 de l’Université du Québec à Chicoutimi

Alain Deneault participera – en visioconférence – au colloque de fermeture de l’Éco-conseil de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) qui s’intitule : 2025 : une année de turbulences, la réponse biorégionale.

L’événement Éco-conseil, qui est centré sur les problématiques liées au développement durable, portera cette année sur la question des prises de décision et la gouvernance avec la thématique suivante Repenser les prises de décision dans la transition socio-écologique : comment collectiviser le pouvoir dans nos régions ? 

L’évènement Éco-conseil est organisé par la cohorte du DESS en éco-conseil. Éco-conseil est un programme interdisciplinaire de deuxième cycle en développement durable offert à l’UQAC.


2025 : une année de turbulences, la réponse biorégionale
Conférence d'Alain Deneault
Vendredi 21 février 2025 - 15 h 15 à 16 h 15
Visioconférence de fermeture
Inscription

2025 : une année de turbulences, la réponse biorégionale – Visioconférence avec Alain Deneault – 21 février 2025
2025 : une année de turbulences, la réponse biorégionale – Visioconférence avec Alain Deneault – 21 février 2025

Philippe Vion-Dury de Fracas suggère la lecture de Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï

Le journaliste Philippe Vion-Dury de Fracas, le média des combats écologiques, suggère la lecture de l’essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï d’Alain Deneault publié chez Lux Éditeur – Hiver 2025, Nº 2, La menace carbofascite. Or noir et peste brune, page 126.

« Comment s’orienter dans une époque marquée par des bouleversements écologiques sans précédent ? Comment agir politiquement à l’ère de l’inouï ? Comment s’opposer à la grande lame montante, bientôt déferlante, de l’extrême droite ? Bref : que faire ? Cette question hante la pensée politique depuis plus d’un siècle. Le philosophe Alain Deneault nous propose, dans cet essai, de substituer à l’interrogation paralysante du «que faire ?» l’exclamation libératrice, presque jubilatoire, du «faire que» ! » – Philippe Vion-Dury

Lecture d’un extrait du livre Faire que ! par Kim Lévesque Lizotte à l’émission La journée (est encore jeune)

La collaboratrice Kim Lévesque Lizotte explique, à l’émission La journée (est encore jeune) animée par Jean-Philippe Wauthier avec ses complices Olivier Niquet et Jean-Sébastien Girard sur les ondes de Radio-Canada, comment passer à travers le mandat de Trump avec la lecture notamment, d’un extrait du livre Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï d’Alain Deneault. Le segment débute à 14 h 59 et la lecture de l’extrait de la troisième partie du livre Faire que ! sur la biorégion (page 165-166) débute à 18 h 37 – 22 janvier 2025

« On appelle « biorégion » l’ensemble qui naîtra de la nécessité, dans un moment où il faudra réapprendre à s’organiser à une échelle sensible. […] La biorégion n’est pas un projet, mais le lieu à partir duquel des projets émergent […] » – Alain Deneault, Faire que !, Lux Éditeur, page 165-166

Faire que ! au palmarès de la Librairie Vaugeois dans la catégorie essai

L’essai Faire que ! d’Alain Deneault a figuré parmi les dix meilleurs vente de la Librairie Vaugeois à Québec pour le mois de décembre 2024 dans la catégorie essai au côté de l’ouvrage – dont il a été l’instigateur du projet – Ordures ! Journal d’un vidangeur de Simon Paré-Poupart.

Simon Paré-Poupart, titulaire de la maîtrise de l’École nationale d’administration publique (ENAP, Québec) a été collaborateur au livre De quoi Total est-elle la somme ? Multinationales et perversion du droit d’Alain Deneault, comme assistant à la rédaction.

Contre angoisse et résignation, un entretien avec Alain Deneault qui publie Faire que !

Entretien avec Alain Deneault par Daniel Mermet, créateur et animateur du magazine de grand reportage radiophonique Là-bas si j’y suis, sur son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï – Durée : 47 min 07 sec – 20 janvier 2025

Journaliste : Daniel Mermet
Technique : François Dellaca-Minot
Réalisation : Sylvain Richard

« FAIRE QUE ! Une réponse à la question « que faire ? » : FAIRE QUE !

QUE FAIRE ? C’est la question mille fois posée face à toutes les turbulences comme devant les grands horizons.

Comment s’orienter dans des bouleversements écologiques sans précédent, auxquels, manifestement, ni les États ni le capital ne remédieront ? Comment s’engager quand l’extrême droite sème la confusion et détourne la colère des objets réels ? Comment s’y prendre quand le libéralisme dissout tous nos repères dans la gouvernance technocratique ? Comment agir quand on est passé de Lénine à Calimero, du souffle révolutionnaire à la complainte victimaire ?

Alain Deneault cherche prémices et indices dans ce présent obscur et mou.

Que faire ? Livrer la guerre à la médiocratie et à cet extrême centre qui amène toujours le pire, et redessiner des grands desseins. Depuis la péninsule acadienne où il vit aujourd’hui, Deneault invite à explorer la « biorégion », une alternative écologique aux régions administratives avec des territoires découpés non par la législature mais par la nature, ce qui entraîne un autre moyen d’habiter et de protéger le territoire où l’on vit.

Un remède à l’écoanxiété ? D’abord un remède à l’angoisse et à la résignation. QUE FAIRE ? Le moment est venu de ne plus poser la question mais de FAIRE QUE ! » – L. B., Là-bas si j’y suis

Alerte à Malibu par Josée Blanchette

Photo © Etienne Laurent – Agence France-Presse

Le Devoir

Par Josée Blanchette
17 janvier 2025

« […] Parmi les « veilleurs de nuit » (ou lanceurs d’alerte) pour naviguer sur les eaux troubles de cette époque que le philosophe Alain Deneault qualifie d’« impensable », j’ai découvert grâce à ma mère L’orgie capitaliste. Cet entretien avec le brillant romancier et réalisateur français Marc Dugain a été réalisé par le journaliste Adrien Rivierre en 2022. Les esprits lucides comme Dugain me font du bien même si ça n’améliore pas mon écoangoisse. C’est l’un des meilleurs livres que j’ai lus en 2024.

[…] Lu et entendu dans Reporterre l’entrevue menée par Hervé Kempf avec le philosophe Alain Deneault sur l’écoangoisse (pire que l’anxiété, car elle n’a plus d’objet précis, mais toujours un signe de santé mentale) face à l’impensable. « La difficulté de l’écologie politique aujourd’hui est précisément de peiner à proposer un objet de pensée qui motive l’action. Nous sommes confrontés à des mutations techniques, informatiques, culturelles, managériales, géopolitiques qui s’accélèrent à un rythme tel qu’il est impossible pour un cerveau humain de suivre ces réalités. Donc on est en désarroi. » L’entrevue audio de 50 minutes nous explique pourquoi nous sommes figés devant l’inouï, ce qui n’a pas été ouï. […] »

Lire Deneault, ce concentré d’intelligence et de lucidité, c’est se rallier à un chevalier de l’arche perdue qui n’en démord jamais. Son essai Faire que ! inverse la question « Que faire ? ».

Hervé Kempf s’entretient avec Alain Deneault sur la chaine YouTube de Reporterre, le média de l’écologie autour de son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï publié chez Lux Éditeur – Durée : 51 min 58 sec – 11 janvier 2025

*ANNULÉ* Repenser l’altermondialisme face au moment réactionnaire avec Alain Deneault, Simon Paré-Poupart et Thibault Biscahie 

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« Les déchirements de la mondialisation néolibérale ont enfanté la tentation néofasciste, dont l’Amérique à l’heure de Trump est le dénouement tragique.

Le moment actuel nous place devant deux écueils : d’une part, un protectionnisme belliqueux, xénophobe et ravageur de la biosphère, et de l’autre, un néolibéralisme marchand tout aussi anti-démocratique et destructeur de la planète. Quelles pistes de sortie de l’impasse ? Les Amis de Montréal vous invitent à cette soirée d’échanges pour réfléchir sur les horizons politiques envisageables, soucieux du vivant et de la diversité du monde.


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Repenser l’altermondialisme face au moment réactionnaire
Une présentation des Amis du Monde diplomatique
Avec Alain Deneault, Simon Paré-Poupart et Thibault Biscahie
Samedi 1er mars - 19 h
Galerie Ingang Design - Espace no. 427 du Belgo
372, rue Sainte-Catherine Ouest, Montréal.
Rediffusion en direct (détails à suivre)

Le philosophe Alain Deneault propose de renouer avec l’altermondialisme et l’engagement internationaliste face au virage réactionnaire de la mondialisation néolibérale. Simon Paré-Poupart s’interroge, quant à lui, sur nos modes de gestion de déchets : révélateurs des asymétries qui sous-tendent le traitement des déchets à l’échelle internationale. Il met également en lumière les solidarités cachées qui se tissent entre personnes de toutes origines dans le cadre du métier d’éboueur à Montréal.

Enfin, Thibault Biscahie propose un regard historique sur le protectionnisme et le libre-échange afin de déconstruire les idées reçues sur ces deux modèles, et esquisse quelques pistes pour les dépasser et construire une alternative nourrie de considérations écologiques et sociales.

L’échange aura lieu en marge de l’exposition « Expo 17 : Créer des ponts » réalisée par l’artiste-ingénieur Stéphane Lajoie. À travers une série de collages des plans de construction des lagunes de l’Expo 67, l’exposition porte un nouveau regard sur l’Exposition universelle de Montréal : un moment d’optimisme qui a fait de la métropole québécoise un symbole de l’ouverture sur le monde. » – Christopher Chanco, Les Amis du Monde diplomatique

Illustration : Stéphane Lajoie. « C-64 – Tel que construit », 2017, Collage de plans d’ingénierie et peinture acrylique

Intervenants :
Alain Deneault, philosophe, auteur du Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï (2024) et cofondateur d’ATTAC-Québec ;
Simon Paré-Poupart, éboueur et essayiste, auteur du livre Ordures (2024) ;
Thibault Biscahie, chercheur postdoctoral, Centre de recherche en droit public et spécialiste du néolibéralisme.

Alain Deneault au palmarès 2024 du journal Entrée Libre dans la catégorie «L’artiste ou œuvre québécoise de l’année»

Alain Deneault figure au palmarès 2024 du journal Entrée Libre dans la catégorie «L’artiste ou œuvre québécoise de l’année», selon le choix du collaborateur Sylvain Vigier, pour la tournée au Québec du documentaire La (très) grande évasion de Yannick Kergoat ainsi que pour son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï publié chez Lux Éditeur.

« Le nouveau livre d’Alain Deneault Faire que ! ainsi que le film documentaire sur l’évasion fiscale dont il a assuré la promotion au Québec La (très) grande évasion. Ce film est plein de légèreté et d’humour sur un sujet qui pourtant nous plombe collectivement. » – Sylvain Vigier, Entrée Libre

Critique de l’essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï par Bruno Marquis

Critique de l’essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï d’Alain Deneault par Bruno Marquis sur sa page Meta (Facebook) – 1er janvier 2024 ainsi que sur le site Presse-toi à gauche ! le 20 janvier 2025.

Mes nombreuses critiques des livres d’Alain Deneault ont toujours été élogieuses, mais soulevaient l’idée qu’ils gagneraient à être vulgarisés. Je m’en repens aujourd’hui : nous y perdrions beaucoup – et pour quels gains illusoires? – quant à la profondeur et la sagacité de ses analyses et de ses vues. Dans « Faire que! », essai sur « l’engagement à l’ère de l’inouï », l’auteur aborde la question « quoi faire? », que nous nous posons tous devant l’étendue des défis en présence en matière d’environnement, mais il le fait en déplaçant progressivement la question vers un mode d’action – « faire que » – quant à ce que nous devons faire et que nous serons d’ailleurs amenés à faire pour changer la donne… en cette ère de l’inouï. Un bouquin, à mon sens, d’un grand intérêt, qui nous fait découvrir et redécouvrir encore une fois une foule d’idées et d’auteurs, et qui se termine sur une note, je dois le dire, plutôt stimulante.

Extrait de l’essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï publié chez Lux Éditeur, pages 165 à 166 :

« La vie deviendra plus dure, mais plus significative. On se découvrira des talents qu’on ignorait, et les mettra à des fins plus pertinentes que celles d’un influenceur sur internet. On appellera « biorégion » l’ensemble qui naîtra de la nécessité, dans un moment où il faudra réapprendre à s’organiser à une échelle sensible. Dans les villes, appelées tendanciellement à se dépeupler, les bio quartiers pourront en être le pendant, avec leurs politiques d’agriculture urbaine et de concentrations de services. La biorégion n’est pas un projet, mais le lieu à partir duquel des projets émergent, la suite à donner à une situation – la contraction de la pensée politique à l’échelle régionale – qui sera elle, impérative. »

Faire que ! L’entretien avec Alain Deneault à l’émission Aux Sources sur Hors-Série est en accès libre ce samedi et dimanche

Faire que ! L’entretien avec Alain Deneault par Manuel Cervera-Marzal à l’émission Aux Sources sur Hors-Série, dont le visionnement est habituellement réservé aux abonnés, est en accès libre ce samedi 4 janvier dès midi et dimanche 5 janvier jusqu’à minuit (Heure d’Europe centrale) – Durée : 1 heure 24 minutes 10 secondes – 9 novembre 2024

*L’entretien est au bas de la page de Hors-Série tandis que l’extrait (partagé sur YouTube) est en haut de la page.

« Et voilà : c’est le Happy Hour de la nouvelle année ! De samedi midi jusqu’à dimanche minuit, tout le site bascule en accès libre, pour permettre à toutes celles et ceux qui veulent nous découvrir, mais qui n’ont pas encore osé franchir le pas de l’abonnement, de fureter dans notre offre pléthorique et de télécharger quelques uns de nos trésors… Pour celles et ceux qui sont abonné.e.s, c’est le moment de partager vos émissions préférées et de nous faire de la pub ; on compte sur vous ! » – Hors-Série

Extrait de l’entretien avec Alain Deneault sur Hors-Série

« Lire Alain Deneault est toujours stimulant. L’écouter aussi. Et il en faut, des stimuli, à l’instant précis où j’écris ces lignes : nous sommes le mercredi 6 novembre, il est 08h33, l’agence Associated Press annonce Trump à 267 sièges. Dans quelques minutes, quelques heures tout au plus, le résultat sera officiel. De retour à la Maison Blanche. L’accablement, la paralysie, l’angoisse prennent logiquement le pas sur la colère, la rage, l’envie de se battre. Ces dernières, certainement, referont surface une fois la nouvelle encaissée, une fois le choc digéré. Il n’est pas nécessaire d’avoir espoir pour se mettre à lutter. C’est en luttant que vient l’espoir. Ou plutôt : l’espérance.

Le philosophe Ernst Bloch établit une distinction subtile mais fondamentale entre espoir et espérance. L’espoir est un affect passif, une réaction ponctuelle face à une situation qui pourrait être différente ou meilleure, mais sans certitude réelle de sa réalisation. En revanche, l’espérance est une forme d’anticipation active et créative de l’avenir. Elle va au-delà d’un simple espoir, d’une attente passive. Bloch voit l’espérance comme une énergie qui pousse l’individu à participer à la transformation de la réalité et à l’accomplissement de ce qu’il appelle le « pas encore ». Ce « pas encore » représente les potentialités inexploitées, les aspects latents de la réalité qui attendent d’être réalisés. L’espérance est donc une force orientée vers l’avenir, qui saisit dans les plis du présent autre chose que lui-même, le présent étant gros d’alternatives non advenues.

Encore faut-il avoir la lucidité requise. La capacité à voir, dans le réel, autre chose et davantage que ce qu’il donne à voir. Les Etats-Unis, même un jour comme celui-ci, ne se résument pas à Donald Trump. Pas plus que la Russie ne se résume à Poutine et la France à Macron. Adossés à ce principe espérance, au lieu de se lamenter (que puis-je faire, moi, pauvre petit être insignifiant, face au rouleau compresseur du capitalisme fascisant), au lieu de s’enfermer dans nos impuissances individuelles, on se rassemble et on résiste, pour faire que ! Faire que le pire ne soit jamais certain. Faire que recule la bête immonde. Faire que son poison, qui a déjà largement traversé l’Atlantique, ne se répande pas davantage sur nos rives. Que les prochaines inondations ne soient pas demain mais après-demain. Que les droits des femmes, premiers attaqués en pareilles circonstances, soient préservés.

Substituer le faire que ! au que faire ?, c’est l’audacieuse proposition qu’Alain Deneault, philosophe québecois, penseur incontournable de la médiocratie et de l’extrême-centre, a placé au cœur de son dernier essai, paru chez Lux : Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï. Dans cet ouvrage aussi bref que puissant, il est question de nos affects collectifs, de notre paralysie face au déluge de mauvaises nouvelles qui chaque jour nous accablent et des voies possibles pour y faire face. Nous en avons parlé longuement. Dans le prolongement de Bloch, Alain Deneault se fait l’analyste de nos angoisses et de nos espérances, le scribe de nos affects, afin d’y dénicher un sentier, où puisse se frayer une marche collective et résolue vers un mieux-être logé dans l’être lui-même. Bon visionnage ! » – Manuel Cervera-Marzal

Le concept de biorégion à l’ère de l’inouï – Conférence

Conférence HEP (École des hautes études publiques) et CR2 (Centre de recherche sur la ruralité) – Le concept de biorégion à l’ère de l’inouï

« Les bouleversements climatiques et la perte de biodiversité, conjuguées avec la perte annoncée d’approvisionnement en énergies fossiles et en minerais rendent difficilement pensables les conditions de l’avenir proche. Antidote à l’écoanxiété, la biorégion est un concept à la fois souple et précis qui permet d’envisager un avenir qu’on voit mal venir, en fonction d’enjeux tangibles.

Alain Deneault est professeur de philosophie au campus de Shippagan de l’Université de Moncton. Ses essais portent sur l’idéologie managériale, la souveraineté des pouvoirs privés et l’histoire de la notion polysémique d’économie.

Cette conférence a lieu à l’occasion de la sortie récente de l’essai d’Alain Deneault: Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï, Lux Éditeur, 2024. » – École des hautes études publiques (HEP)


Le concept de biorégion à l'ère de l'inouï
avec Alain Deneault
Conférence HEP et CR2
Présentée par Alain Deneault et Arnaud Scaillerez
Mercredi 8 janvier 2025 - 11 h 30 à 13 h (heure de Moncton/UTC−4)
Local 438 - Pavillon Léopold Taillon - 18 avenue Antonine-Maillet
Université de Moncton
Une collation sera offerte
La conférence est également disponible sur TEAMS
Inscription ici

Un monde en mal d’objet

Magazine L'appel - Nº 473
Par Frédéric Antoine
Janvier 2025

Le monde serait-il malade d’un “manque d’objet” ? C’est ce que pense le philosophe québécois Alain Deneault, récemment invité dans l’émission radio de Pascal Claude Dans quel monde on vit (RTBF La Première). Un objet, y expliquait-il, est ce sur quoi porte la pensée, c’est ce qui motive l’action. Au Moyen-âge, pour le philosophe, cet objet était la chrétienté. Au XVIIIe siècle, la raison, la science. Au XIXe, pour plusieurs, c’était le socialisme, etc. « Chez moi, disait-il ensuite, à la fin du XXe siècle, le projet indépendantiste québécois était structurant. C’était un objet de la pensée. Ou, disons, un dessein. »

Et pour ce siècle-ci ? Alors que cet “objet” pourrait être l’écologie politique, le philosophe en doute. En réalité, pense-t-il, « nous sommes maintenant des “sans-dessein”. Et, puisque nous sommes en mal d’objet, nous nous rabattons sur des objets de substitution.  » Car, « lorsqu’on est angoissé et dans le désarroi parce qu’on ne sait plus à quel saint se vouer, on cherche des objets de substitution. » Parmi ces objets sur lesquels on se rabat par dépit, Alain Deneault distingue par exemple le Trumpisme, mais aussi certains courants qui animent le secteur du développement durable et à cause desquels on « finit par se faire croire qu’en travaillant sur le petit, on agit sur le grand ».

Tout le monde sent que notre monde ne tourne pas rond. Mais pourquoi ? La pensée du philosophe québécois, que l’on n’est pas obligé de partager dans sa totalité, a en tout cas le mérite d’ouvrir une perspective de réponse : celle de cette absence de “grand dessein” qui caractérisait notre époque. Un “manque d’objet” qui nous mettrait dans un désarroi tel que, pour continuer à vivre, nous n’aurions d’autre choix que de nous rabattre sur des ersatz de projet. Des objets de substitution dans lesquels nous investirions faute de mieux, qui nous feraient à court terme croire
que les choses pourraient à nouveau avoir un sens, mais qui, à long terme, nous pousseraient surtout dans des impasses où nous pourrions nous perdre.

Les éléments relevés ici ne constituent qu’une partie de la pensée de ce philosophe, qui considère qu’une des issues aux errements actuels est de s’engager politiquement, comme l’indique le titre de son dernier livre : Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï.

Au-delà des préconisations qu’y développe l’auteur, c’est son constat de départ qu’il a paru intéressant de mettre en exergue alors que le calendrier 2025 succède à celui de 2024. L’année nouvelle étant l’occasion de se fixer des objectifs, ou le moment de re- mises en question, en voilà une, et de taille : s’interroger sur l’objet qui pourrait occuper notre pensée et nous pousser à agir. Et réfléchir au dessein que nous pourrions définir pour le monde d’aujourd’hui, mais aussi pour nous-mêmes et pour nos proches. En essayant de mettre de côté ces objets de substitution qui nous tiennent certes en vie, mais comme sous perfusion, et ne nous aident pas nécessairement à grandir. Sur une planète où, faute de projet collectif structurant, de plus en plus de monde ne considère l’avenir que de manière pessimiste, il s’agit là de bien plus que d’une belle résolution de l’an neuf. C’est une impérieuse nécessité.

Le non-événement de l’année

Photo © Mike Carlson – Archives – Acadie Nouvelle

Acadie Nouvelle

Par Alain Deneault
26 décembre 2024

Le non-événement de l’année

Le journalisme gagnerait à couvrir ce qui ne se passe pas, par-delà ce qui se produit. Il peut se révéler plus important encore qu’en certaines circonstances des choses n’adviennent pas, que ce qui se donne à traiter comme « faits ».

Ainsi, le non-événement de l’année en Acadie et au Nouveau-Brunswick concerne l’absence presque complète de considérations lors de la dernière campagne électorale pour l’enjeu même du XXIe siècle, les perturbations climatiques et la catastrophe écologique dans lesquels nous nous enlisons collectivement. Bien sûr, on ne s’étonne même plus que le rituel autour d’un scrutin débouche sur des enjeux très circonscrits : des éléments de langage n’allant pas plus loin que le slogan ou des petites phrases destinées à faire tilt à l’oreille d’un électorat désabusé. On ne s’en déçoit même pas, dans la mesure où la déception suppose quelques attentes… En cela, la relégation de l’écologie au rang de tabou était prévisible. 

Mais on s’en désole. Tout donne à penser que nos sociétés sont engagées dans des spirales régressives proprement infernales. Plus un problème est grand, impressionnant, terrifiant à ses heures, plus les responsables politiques qui sont attitrés à s’y mesurer le refoulent et nous en distraient. Plus ils le refoulent et nous en distraient, plus le problème croît et gagne en dangerosité. Ainsi en va-t-il des perturbations climatiques et de la grave perte de biodiversité dont la société industrielle et commerciale moderne est responsable. Rappelons l’antienne écologiste puisque le plus grand nombre à la suite de ces représentants souhaite l’étouffer : le réchauffement climatique est responsable de perturbations graves et meurtrières. Les catastrophes dites « naturelles » sont, dans leur augmentation et leur fréquence, la conséquence de l’émission de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Pensons aux gens de Mayotte, département français dans l’océan Indien où des milliers d’insulaires ont tout perdu en un instant, ou, le mois dernier, les résidents de Valence, en région côtière d’Espagne. 

Rien n’est fait pour stopper sérieusement ce phénomène. Les plus cyniques nous font croire que tout ira pour le mieux en consommant toujours et encore, surtout de nouvelles babioles (voitures électriques et objets de pointe à batterie), et en construisant des infrastructures polluantes étant donné leur forte concentration en minerais (panneaux photovoltaïques, tours éoliennes). Or, le processus de réchauffement climatique est enclenché sur un mode autonome. Les aires forestières contribuent à l’atténuation du réchauffement climatique (elles captent le carbone plutôt que de le laisser produire ces effets réchauffant), mais des lobbies et des irresponsables politiques continuent de militer pour la déforestation, comme à Tracadie, même si la filière bleuetière fonctionne déjà à plein régime (Acadie Nouvelle du 29 novembre : « Des milliers de livres de bleuets pourrissent dans les champs de la Péninsule acadienne »). Aussi, les surfaces réfléchissantes cèdent à des espaces océaniques qui se chargent de la chaleur des rayons solaires, rendant inéluctable le phénomène de la fonte des glaciers, du réchauffement des eaux et de la montée de leur niveau. Bientôt, les croûtes glaciaires qui contiennent naturellement le méthane vont se fissurer et libérer ce redoutable gaz à effet de serre qu’elles contiennent pour l’heure naturellement.  

Mais nos sociétés, à commencer par leurs dirigeants – les représentants politiques certes, mais surtout les chefs d’entreprises et grands destinataires goulus de la croissance financière –, ne semblent pas capables de faire preuve de la maturité, de la hauteur de vue et de la grandeur d’âme requises pour faire face à l’histoire. 

Le professeur Mario Lévesque de l’Université Mount Allison m’a invité à faire partie d’un collectif de chercheurs appelés à faire le point sur la campagne électorale de 2024 pour les législatives au Nouveau-Brunswick. Chacun, chacune devait explorer une question en lien avec les programmes politiques et prestations des partis en lice. Je me suis acquitté de l’enjeu écologique. Inutile de dire à quel point je suis resté sur ma faim. Le constat est clair : dans leurs déclarations publiques, aucun des partis politiques n’a fait substantiellement de la question écologique un enjeu en soi. 

Le  Parti « progressiste »-conservateur a inexorablement soumis la question écologique aux intérêts de la haute finance et de la grande industrie, en faisant même de cette subordination un engagement électoral. Jamais, avec nous, exprimait-il en substance, l’enjeu climatique ou environnemental n’allait altérer de quelque façon la capacité des grands groupes à engranger toujours plus de profits, ceux-ci dussent-ils demeurer pharaoniques. Qui plus est, sa résolution à lutter contre le projet de taxe carbone du gouvernement fédéral consistait en une forme dissimulée de dénégation de l’enjeu climatique. Comme l’a résumé François Gravel dans l’Acadie Nouvelle du 25 mars dernier, « il existe de multiples taxes au Canada. C’est le fait que celle-ci soit liée à la lutte contre les changements climatiques qui chatouille particulièrement la droite ». La rhétorique droitière nous a habitués à ces procédés obliques : on distille un propos rétrograde sur la climatologie sous prétexte de lutter contre une taxe, comme sporadiquement on s’attaque aux conquis sociaux des francophones au motif de s’intéresser à l’équilibre budgétaire. 

Les Libéraux ont, pour leur part, relégué la question écologique au bas de leur liste thématique. Chez eux, c’est le vieux concept usé de la « préservation » qui est cité, ce qui est une façon habile de ne pas donner l’impression de soumettre l’environnement à l’enjeu des affaires, pour plutôt le présenter… en parallèle. Comme deux lignes qui ne sont pas appelées à se toucher, on traite d’intendance industrielle et commerciale d’une part, puis d’environnement d’autre part, à la manière d’enjeux distincts. Lorsque ces deux domaines finissent par se frotter fatalement, et exigent qu’on tranche, le parti d’extrême centre se perd dans ses contradictions. Par exemple dans le dossier du glyphosate. Le Parti libéral propose, pusillanime, d’en « réévaluer la sécurité » – postulant par le fait même de manière négationniste que le glyphosate est de quelque façon sécuritaire –, et tout à la fois de « mettre en œuvre les recommandations du Comité permanent des changements climatiques de l’intendance de l’environnement [du Nouveau-Brunswick] pour renforcer les restrictions sur l’utilisation des pesticides et des herbicides, y compris étudier l’interdiction des pulvérisations aériennes ». Comprenne qui veut : le parti lave le glyphosate de tous maux mais cite favorablement une étude qui envisage sa restriction… 

Enfin, le Parti vert – qui a, sans surprise, le projet politique le plus sérieux, le plus ambitieux, le plus étoffé sur la question écologique et géographique – a donné l’impression de dissimuler au public les pages les plus importantes de son programme, en axant sa campagne sur le thème du financement et de la gestion de la santé publique, et en se présentant comme un parti compatible avec les autres dans l’optique d’apporter son soutien à une formation éventuellement minoritaire en chambre. Dans sa communication, c’est sous le thème de la « sécurité » qu’il a fait passer quelques mesures convenues sur ce qui devait être pourtant son sujet de prédilection. 

Avec les climatonégationnistes qui arriveront ou risqueront d’arriver au pouvoir en 2025 aux États-Unis, au Canada et en France, notamment, inutile de se souhaiter la bonne année le 1er janvier. Comme le philosophe Günther Anders le concevait, commençons par nous souhaiter de ne pas tout perdre. Commençons à réfréner nos délirantes ardeurs consuméristes. Apprenons à critiquer les responsables de toutes ces enseignes commerciales et leurs marketeurs qui nous aliènent dans leur dément projet de société. Une fois contournée et dépassée la petite chanson idéologique qui concourt à notre perte au quotidien, apprenons à nous donner des biorégions où nous soignerons nos coins de planète éprouvés, où nous ajusterons notre mode d’organisation aux géographies et communautés dont nous continuons de dépendre. 

Faire que ! figure au palmarès de la librairie Pantoute

L’essai Faire que ! d’Alain Deneault figure au palmarès de la librairie Pantoute à sa succursale du quartier Saint-Roch à Québec.

« Les prochaines méditations d’Alain Deneault, dans Faire que! (Lux), se concentrent sur l’action, puisque les changements nécessaires à la transformation de la société sont connus, et qu’il faut faire que ceux-ci se produisent. Toujours appréciée, sa plume, lucide et sans compromis, bouscule les idées reçues et élargit les horizons. Loin du marasme politique et du désespoir sociétal, l’auteur nous invite à voir en face les enjeux, à nous secouer et à faire que ça bouge. » – Chantal Fontaine, Les Libraires

Les médiocres ont le pouvoir (et on est dans la m*rde)

Les médiocres ont le pouvoir (et on est dans la m*rde). L’interview avec Alain Deneault philosophe. Entretien avec Alain Deneault par Samuel Fergombé et Lili Marseglia pour L’étincelle média, le 22 décembre 2024 – Durée : 50 min 08 sec

« Comment agir politiquement à l’ère de l’inouï, quand on ne dispose d’aucun pendant historique pour appréhender les catastrophes annoncées ? Comment s’engager quand l’extrême droite sème la confusion et détourne la colère des objets réels ? Comment s’y prendre quand le libéralisme dissout tous nos repères dans la gouvernance technocratique ? C’est à ces questions cruciales qu’Alain Deneault, philosophe engagé, a répondu lors de la présentation de ses livres Faire que et La Médiocratie. À travers ses réflexions, il invite à repenser l’action politique face à un monde en crise, où les repères traditionnels semblent se dissoudre sous les pressions économiques et idéologiques. » – L’étincelle média