Crise d’objet en Occident

Cahiers de Psychologie politique
N° 47 | Juillet 2025
Psychologie politique de l'Intelligence Artificielle 
Par Alain Deneault
Juillet 2025

Résumé

Conférence plénière de la première journée du colloque de Bouaké de mai 2025

La perte de repères entraînée par la crise écologique et le vacillement des institutions politiques est propice à l’angoisse. Il y va d’une perte d’objet qui conduit le sujet luimême à sa perte. La « biorégion » est une notion qui peut constituer un nouvel objet apte à amener le sujet à se restructurer.

Alain Deneault est professeur de philosophie à l’Université de Moncton, auteur de L’Économie psychique (Lux, 2021) et de Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï (Lux, 2024)

Crise d’objet en Occident

Le chancellement dans lequel l’Occident se donne en spectacle depuis ce premier quart de siècle témoigne de sociétés en mal d’objets. L’objet, c’est la réalité en tant que le langage se montre apte à la nommer et les symboles à la figurer. C’est ce sur quoi l’attention de la conscience porte et qui porte à agir. C’est ce par quoi une société organise son rapport au dehors. L’objet a été au cœur du projet civilisationnel : l’Église pour les chrétiens, la raison pour les Lumières, le socialisme pour les émancipés, l’indépendance politique pour les colonisés, comptent au nombre des objets qui ont structuré les peuples. C’est un dessein.

Or, cet objet, ou ce dessein, fait aujourd’hui défaut. L’absence de repères symboliques nous le fait constater de mille manières. C’est par exemple l’anthropologue Emmanuel Todd qui qualifie de « nihilistes » les actuels États-Unis d’Amérique, et le reste de l’Occident à leur suite, du fait d’avoir perdu tout lien vif au projet libéral de type protestant qui les a animés pendant des générations. Un « état de vide » caractérise donc la politique et la culture américaines[1]. Bien avant lui, l’écrivain et cinématographe Pier Paolo Pasolini avançait le même constat quant à son Italie natale, mais en le mettant en lien avec la crise écologique sévissant déjà : la perte des lucioles observée en raison de la pollution atmosphérique et hydraulique, puis la vanité du pouvoir politique au sens d’un évidement discursif, un rabougrissement de la pensée, une dissipation des formes éthiques[2].

Militant en écologie sociale, Murray Bookchin a lui aussi diagnostiqué le rapport de nostalgie entre un passé apparaissant comme mû par « des croyances et des espoirs solides, des valeurs » et un présent étourdi par « l’ambiguïté[3] ». Pour sa part, George Marshall a dénombré les dizaines de façons que trouve la psyché de se détourner de l’inévitable catastrophe[4]. Pour Thimothy Morton, la question écologique est un « hyperobjet » qui « fait un trou dans notre esprit », parce qu’elle concerne des réalités qu’on ne peut « pas voir[5] ». Dominique Bourg croit que « la maîtrise que nous avons cru exercer sur la nature nous revient en boomerang, nous exposant à nombre d’impuissances[6] ». Le biorégionaliste Mathias Rollot s’interroge aujourd’hui en ces termes : « Comment conduire ses actions présentes, vis-à-vis d’une génération et d’un monde qui n’existent pas encore – tout cela en regard, qui plus est, de questions qui dépassent de très loin nos facultés de perception et d’imagination (l’arme nucléaire, le réchauffement climatique, l’éradication d’espèces entières, etc.) ? Une éthique du futur fondée sur l’imagination et non plus sur la perception est-elle si crédible, et si souhaitable[7] ? »… De telles citations sont désormais légion.  

Mal d’objet, donc.

Le deuil à faire porte sur objets intellectuels et politiques capables de faire le poids, même dans les périodes de turbulence historique. Un objet, c’est ce sur quoi la pensée porte, en tant qu’il structure la réflexion et l’action. Au Moyen-Âge, la chrétienté était un objet politique, comme la science s’en est révélé un également au XVIIIe siècle, ou encore le pacifisme dans les années 1920. Mais face à la catastrophe écologique annoncée, tétanisée et bousculée, la pensée politique est incapable de générer ce type d’objet. Le peuple infortuné est confronté à droite à des productions idéologiques de pacotille qui ne font pas le poids face à la situation urgentissime d’agir, comme le pitoyable développement durable, l’opportuniste capitalisme vert, la mensongère transition énergétique ou la fantasque géoingénierie. L’outrecuidance de ces propositions choque l’intelligence. Du reste, à gauche, la plupart des désignations pour se définir sont dotées de préfixes privatifs : on est anticapitaliste, anarchiste, insoumis, ou croissantiste… Toutes consistent à laisser l’adversaire définir une proposition en tant qu’on s’y oppose dans un second temps. Ces prises de position négatives alimentent à coup sûr le flou et la culture du ressentiment. Certes, il s’entend que la situation actuelle nous plonge collectivement dans un désarroi. Cet état n’est pas problématique en soi (il serait surtout inquiétant de ne pas y passer), pourvu qu’on ne s’y stationne pas, qu’on se montre capable d’en sortir. 

Réalité corollaire : nous traversons collectivement des moments inouïs. In-ouïs, jamais entendus, inédits. Il suffit d’entendre comment les instances politiques et/ou scientifiques exposent les menaces réelles qui pèsent sur la biodiversité, le climat, l’économie de la nature pour s’en convaincre. Jamais depuis des millions d’années n’a-t-on vu autant se transformer l’équilibre entre les espèces. Jamais depuis ce nombre insaisissable d’années n’en a-t-on vu s’éteindre. Jamais depuis 10 000 ans l’évolution du climat n’a été aussi rapide et radicale. Les phénomènes tels que les inondations, les ouragans et les sécheresses sont appelés à s’accentuer, car le processus de réchauffement climatique se révèle autonome et exponentiel : la fonte des glaciers a cours désormais d’elle-même puisque les surfaces réfléchissantes se réduisent, tout comme les étendues forestières, et menacent de se fissurer, laissant ainsi se libérer un méthane naturellement enfoui, un puissant gaz à effet de serre. De plus, rien n’arrête l’industrie dans son empoisonnement agrochimique des espèces.

À cela s’ajoute la raréfaction annoncée des énergies fossiles de même que des minerais censés garantir une prétendue « transition » énergétique[8]. Puis les incertitudes géopolitiques relatives aux guerres et au commerce international.

Ce caractère inédit peut aussi passer pour indicible. Comment penser encore cette conjoncture nôtre, sans précédent, sans pareil dans l’histoire, inouïe ? Est-ce que penser reste une chose possible ? Traiter d’écologie politique aujourd’hui nous place dans la position de Cassandre. Parler de ce que le siècle nous réserve se révèle très difficile. Est inouïe, ou inaudible, toute discursivité s’essayant à traiter ce qui dépasse l’entendement, à savoir un monde géophysique en mutation et un climat se transformant d’une façon jamais vue, des espèces disparaissant sous nos yeux par centaines de milliers. Il s’ensuit un système Terre se détraquant de lui-même dans des mouvements exponentiels. Cela ne s’est pas vu – les scientifiques le répètent à l’envi – sur « des millions d’années ». Or, comment penser ce qui est radicalement sans précédent depuis une aussi longue période, si on considère ce que penser veut dire? Depuis les Grecs, penser se produit par analogie, par comparaison, car oui, contrairement à l’adage populaire, comparaison est raison. Paul Veyne disait du travail d’historien qu’il ne se fait qu’à la condition de mobiliser un important bagage de références ; on s’intéresse convenablement à une situation que si on la compare avec (et non à) d’autres, c’est-à-dire en en dégageant les ressemblances et les distinctions. Pour Paul Veyne, comparaison est raison, et c’est dans un va-et-vient entre des situations occurrentes et passées qu’on arrive à se donner une conception précise de la singularité de ce qu’on traverse[9]. Il nous est ainsi donné de penser l’invasion de l’Ukraine par la Russie, un nouveau virus ou des actes génocidaires d’un pays d’occupation comme au Moyen-Orient… Nous connaissons (hélas) des précédents.

Sinon comment penser ce qui ne trouve dans le passé aucun pendant ? Rachel Carson traitait dans les années 1960 de ces insectes et de ces oiseaux qui devaient subitement s’adapter à l’épandage de 500 nouveaux produits chimiques par an ! Le temps long dans lequel ils s’inscrivent ne le permet pas, d’où leur dramatique anéantissement[10]. Maintenant, par analogie également, il en va ainsi pour nous psychiquement. Nous ne sommes pas outillés intellectuellement et psychologiquement comme collectivités pour faire face aux mutations auxquelles nous nous voyons confrontés. D’où que nous sombrions dans l’angoisse, une angoisse profonde et collective, une écoangoisse (qui se distingue de l’assez mal nommée écoanxiété). Et l’angoisse constitue une prédisposition à la recherche d’objets substitutifs (les boucs émissaires de l’extrême droite ou l’exacerbation des causes identitaires des mouvements sociétaux…).

Il est en effet très difficile de penser un monde dont les fondements les plus sûrs mutent, comme le cycle des saisons et l’état des paysages. Le réchauffement climatique et la perte de biodiversité mettent à mal l’expression Ceteris paribus sic stantibus (toute chose étant égale par ailleurs), puisque les phénomènes radicaux qui transforment la planète rendent impossible la compréhension tranquille du fameux chant du chœur d’Antigone montrant l’homme ingénieux face à une nature qui lui tient tête.

Mais comment faire le deuil de l’expression Toute chose étant égale par ailleurs, afin d’isoler des variables quant à ce sur quoi faire fond? Considérer désormais que rien n’est stable, tout bouge, tout s’altère…

Une écologie psychique de l’objet

Ces théories scientifiques – probantes et pertinentes – sur les mutations écologiques que nous suivons, ont à voir avec l’économie psychique. Les termes sont d’ailleurs communs pour désigner l’état de la physis et celui des affects. L’’ambiance et l’atmosphère désignent à la fois un état d’esprit collectif. Le terme climat nomme un moment météorologique en même temps qu’une émotion sociale éprouvée sur le plan de l’intime. L’humeur a trait à notre état moral ainsi qu’à la sécrétion d’un organisme vivant. L’environnement, qui est commun à la vie écologique et sociale, se dit, quant à sa connotation psychique, ambiance en italien. 

Même quand on ne les attend pas, les termes nous rappelant la terrible crise écologique dans laquelle nous plongeons surgissent de manière annonciatrice dans des textes psychanalytiques.

En ce qui concerne la perte d’objet, le psychanalyste Serge Leclaire, qui s’y est penché, présente les éléments symboliques de la culture tenant lieu de l’objet de désir comme des « espèces », c’est-à-dire des signes, des « lettres » qui se dissocient de l’objet qu’ils médiatisent, ne collent jamais comme tel sur lui. « Par espèce, il faut entendre en l’occurrence l’apparence aussi bien que la catégorie des divers “cache-fantômes” que sont tous les tenant-lieu d’objet[11]. » Comme la chose même en philosophie, l’objet ultime se dérobe toujours. Jacques Derrida écrirait que la manifestation de son essence diffère[12]. En principe, l’espèce joue un double rôle : elle permet de ressaisir l’objet à travers des ersatz, en tant qu’il nous échappe, en même temps qu’il se signale nettement comme ersatz, et trahit donc n’être qu’une codification distante et partielle de la chose insaisissable. Or, à l’ère de l’inouï, les « espèces » qui sont les signes des objets de la nature, insaisissables par essence, sont précisément des « espèces en voie de disparition », des signes de ce qui ne renverra plus à rien en ce qui concerne des centaines de milliers d’entre elles, au point de perturber fondamentalement l’ordre censé les faire tenir dans une vaste économie de la nature. C’est dramatiquement commencé.

Il devient littéral et fatal que les objets désirés, voire requis, viennent à manquer. C’est inscrit dans le destin des pulsions. Objet d’amour, objet d’identification, objet pulsionnel… L’objet, c’est ce qu’investit une pulsion pour se dépenser ; c’est ce par quoi une émotion, une idée, une gestuelle se manifestent dans le monde. C’est le moyen même de l’expression et le signe d’un long devenir adulte : l’investissement d’objet marque le moment où le sujet développe un arsenal pulsionnel qui excède son seul rapport narcissique. Naissent alors comme principe de vie les pulsions sexuelles, qui se détachent du Moi « dans la découverte de l’objet », dixit Sigmund Freud[13]. Pour le fondateur de la psychanalyse, cette découverte de l’objet fait advenir le sujet parmi les éléments du monde extérieur, tout en liant ce dernier à ses instincts de survie.

Serge Leclaire reprend alors le terme symbolique de « castration » pour faire comprendre le sentiment de désemparement qui gagne le sujet incapable de dire convenablement l’ordre des choses, et de lui correspondre[14]. Nous y sommes plus que jamais, à l’ère inouïe de l’effondrement du Système Terre. Au moment où vacillent dramatiquement l’ordre social et les organisations industrielles qui l’ont saccagé, nos modalités de vie s’annoncent précaires. L’objet qui nous manque est l’objectivation même du monde dont notre survie dépend. Ce n’est plus d’un objet de désir qu’on est séparé, mais du tout de l’objectivité qui permet au sujet de se maintenir dans l’existence. Un ordonnancement planétaire s’effondre. On se le répète de manière aussi vaine que lancinante :  est remise en cause la possibilité même pour le sujet, d’être. Psychiquement, la difficulté est immense. La psyché se débat contre le caractère irréversible de cet aveu. En roue libre, voici le réel qui prolifère tel un cancer en soi comme dans le monde. Aucun objet de la pensée ne peut contenir cet effet de sidération. L’objet est de moins en moins rattaché à une articulation littérale. Dans le délire du capitalisme exacerbé et le fanatisme des logiques marchandes s’ensuivent des passages à l’acte collectifs qui ne ressemblent à rien. Tant qu’on peut participer au PIB, l’honneur est sauf. On sauve la face au tiroir-caisse. Shopping is cheaper than a therapy, clame un slogan ricochant dans la ville comme un acte de déni désespéré. C’est le langage en même temps que l’objet qui se dérobe. Le signe linguistique, qui s’essayait à rapiécer le réel à force de répétitions, se détache d’innommables phénomènes absurdes, à un point tel qu’il se décompose lui aussi comme une énergie non liée dans les méandres de l’entropie. Pollution psychique. Ne se substituant plus de manière convaincante au réel, le signe n’a pas non plus de prise sur l’énergie pulsionnelle. La psyché se dresse contre ce clivage et cherche désespérément des accommodements, quelque deus ex machina faisant que les choses s’arrangent.

Le sujet démuni devant une perspective aussi catastrophiste, revenant au stade du nourrisson qui croit faire un avec le monde, et au stade anal qui consiste à tout retenir et maîtriser, se bercera de l’illusion d’une villa entourée de serviteurs sur l’île déserte qu’il a déjà achetée, s’il est très riche, quand il ne s’agira pas de délirants voyages sur Mars. S’il est pauvre, c’est à des projets survivalistes qu’il s’attellera, comme si un retour à soi garantissait la promesse d’une solution à long terme. Dans tous les cas, l’instinct de conservation du Moi s’alliera au fantasme de ne plus dépendre de personne, voire de rien. Pour ne devenir plus rien lui-même qu’une image dans laquelle on se mire.  Or, « la régression narcissique est préambivalente[15] ». Bientôt, ça craquera de partout. Et le malaise, qui en deviendra contagieux, se généralisera.

Une béance. S’ouvre comme telle la question de l’objet. Un « objet », son « objectivité », normalement, c’est la réalité en tant que le langage se montre apte à la nommer et les symboles à la figurer. Revenir à ce sur quoi l’attention de la conscience porte, pour organiser son rapport au-dehors. Voilà qu’il n’y en a plus, plus de sûr. L’objet se retourne contre lui-même pour nous dire sa dénaturation. À ce moment-ci, l’angoisse du vide échappe jusqu’au romantisme ; ce n’est pas fixer le soleil et jouir de sa bravoure. Beaucoup plus pondérée, sobre même, la scène contemporaine. Inquiétante. Être en lien avec rien qui ne se nomme. Rien qui ne s’ajuste au langage, qui ne se rafistole, qui ne s’accommode, qui ne s’adapte au mensonge journalier. Le temps s’épaissit. Tout y glisse. Il se retourne contre nous. Le compte à rebours nous ronge à petites dents. Je suis le réel en tant qu’il prend fin, nous disent ses traductions les plus circonstanciées. C’est, à l’état vif, la « castration » dont la psychanalyse traitait jadis, mais à une échelle historique. Pour le lacanien Serge Leclaire, le phénomène ne se fait comprendre que « par son résultat », l’incapacité à dire convenablement l’ordre des choses[16]. Plus que jamais. La psyché se débat contre le caractère irréversible de cet aveu. C’est le langage en même temps que l’objet qui se dérobe. Le signe linguistique qui en venait à rapiécer le réel à force de répétition se détache d’innommables phénomènes à un point tel qu’il en trahit son rapport inadéquat à l’objectivité. Ne se substituant plus de manière convaincante au réel, le signe n’a non plus de prise sur l’énergie pulsionnelle. La psyché qui se dresse contre ce clivage cherche désespérément des accommodements, quelque deus ex machina faisant que les choses s’arrangent. À l’ère inouïe de l’effondrement du Système Terre et des organisations industrielles qui en dépendent, la difficulté est immense. Ce n’est plus d’un objet de désir qu’on est séparé, mais de la possibilité même pour le sujet d’être. Voici le réel qui prolifère en roue libre, en soi comme dans le monde, n’ayant plus rien à dire. L’objet est de moins en moins rattaché à une articulation littérale. Dans le délire du libéralisme exacerbé ou le fanatisme des logiques capitalistes de marché, s’ensuivent des passages à l’acte collectifs qui ne ressemblent à rien.

Dans d’autres écoles de pensée, la psychanalyse entretient aussi avec le langage un rapport qui résonne étrangement avec celui de la critique écologiste. Ainsi, lorsque D. H. Winnicott traite de la crainte de « l’effondrement » chez ses patients, en lien avec un « environnement » permettant mal au sujet de se donner des objets adéquats, il présente comme le pire des contextes un « environnement » n’étant pas seulement déficient, mais « hors de portée – supplice de Tantale qui est sans doute le pire de ce qui peut arriver[17] ». Ici, le psychanalyste traite-t-il de dépression nerveuse dans l’évolution du sujet, ou du rapport de sujets désemparés face à l’effondrement pronostiqué du système Terre[18] ? Et dans la seconde perspective, ne change-t-on pas d’échelle et de portée de façon à faire muter le discours ?

Le nôtre, c’est un climat hostile. En l’état, il est désormais inouï, ne correspond à rien, ne se raconte pas.  Depuis des millions d’années, du jamais vu, de tels bouleversements. Il nous échappe, nous hante, nous trouble, nous effraie. On ne parle que de lui ne sachant plus le stabiliser. Ça chauffe.

Pour surmonter l’angoisse, la biorégion

Un rapport collectivement inadéquat à un objet provoque de graves psychopathologies collectives. La psychanalyse est née dans un univers où domine la névrose. Les figures autorisées, voire autoritaires, structurent verticalement l’ordre symbolique. C’est le règne des généraux, des prêtres de tout genre, des proviseurs, des rois, kaisers et présidents. Ce qu’écrit Nina Berberova quant à sa Petersburg natale vaut pour la Vienne de Sigmund Freud : « Le plus important était de paraître. On se servait d’un certain ton de voix avec les enfants, d’un autre avec les serviteurs, d’un troisième avec les invités, d’un quatrième avec l’homme à qui on plaisait. Les femmes de cette époque, théoriquement préparées à leurs rôles d’épouses et de mères, ne vivaient que pour réprimer et dissimuler ce qu’il y avait d’authentique en elles qui finissait par dépérir, écrasé par les contraintes sociales[19]. » Ce que vivaient les femmes à la maison, soumises au patriarcat, était l’ultime acte de répression, dans un effet domino, que subissaient les hommes à l’usine, la caserne, le bureau ou le grand magasin.

Cent ans d’événements sociaux, politiques et moraux ont fait traverser à l’Occident des moments collectifs en ce qui concerne la vie psychique. La psychose domina lors de deux guerres mondiales, concomitantes aux cohortes de traumatisés qu’elles provoquèrent, et ce, avant les années libidinales du deuxième tiers du xxe siècle cherchant à les racheter, en passant par le tournant du xxie siècle marqué par la désillusion et la perversion ordinaire, jusqu’à aujourd’hui, ère de l’inouï où dominent sur nos esprits le spectre du dérèglement climatique et la perte de biodiversité, accompagnés d’un fort parfum de nihilisme politique.

En notre époque, nous retrouvons le cocktail parfait pour que s’installe l’angoisse comme modalité psychique tendancielle et commune. L’angoisse désigne l’épreuve d’affects insistants, déstabilisants et troublants qui ne s’accompagnent d’aucune cause, image ou représentation précises. Contrairement à l’anxiété qui explique un malaise par le surinvestissement d’un objet (réel ou fictif), l’angoisse exprime la souffrance de qui n’en a guère.

Comment se donner des objets dignes de la période historique dans laquelle nous nous immergeons quand rien n’est égal par ailleurs? Tous les paramètres, même ceux qu’on jugeait les plus stables, se transforment de manière préoccupante. Quel « gai savoir » se donner afin de produire des objets qui nous portent?  Le philosophe Baptise Morizot y parvient. Il crée des objets adéquats, comme celui de chimère – un nom adapté aux mondes qui se profilent dans des croisements jadis invraisemblables[20]. Mais c’est aussi le nom de structures politiques qu’il faudra apprendre à inventer, de nouveaux desseins nous permettant d’être en phase avec la nouvelle conjoncture, à l’ère de l’inouï. La biorégion est une notion qui répond bien à ce qui nous attend. Elle est impérative, c’est-à-dire que la géopolitique en ce siècle se contractera par la force des choses, en passant de la mondialisation industrielle et commerciale à l’autonomie régionale. C’est déjà commencé : les conséquences dramatiques des bouleversements climatiques et de la perte de biodiversité (inondations, ouragans, incendies de forêt, canicules meurtrières, perturbation dans le règne animal, migration de réfugiés environnementaux, épidémies…) ainsi que les bris d’approvisionnement occasionnés par l’insécurité énergétique et la pénurie inévitable de minerais entraîneront un isolement structurel des communautés, lesquelles devront réapprendre à vivre de manière relativement autonome, avec elles-mêmes. Dans ce cadre, la biorégion consiste en une approche géopolitique selon laquelle le préfixe géo- est aussi important que le radical politique : la politique ne s’y conçoit plus contre et sur le territoire, mais en lui, prise dans ses synergies, en fonction des espèces qui l’habitent et de l’économie de la nature qui s’y organise. Cette échelle supposera de la créativité politique et celle-ci s’observera d’autant plus qu’elle se révélera nécessaire.

Pour l’aborder, non pas partir du concept de biorégion, mais de l’histoire qui nous y conduit inexorablement[21]. Plutôt qu’une vague utopie ou une option de plus offerte à la carte du restaurant électoral, voir en la « biorégion » le nom d’une réponse à donner à une situation impérative, source historique d’angoisse : la contraction annoncée de la géopolitique de la mondialisation à la région.

Comme à Mayotte, comme à Valence, comme en Nouvelle-Orléans, Clova au Québec ou Lytton dans l’Ouest canadien, des communautés entières secouées par des déluges ou des incendies de forêt sont appelées à redécouvrir crûment deux vérités anthropologiques : elles dépendent en dernière instance d’elles-mêmes, de leur entregent, de leur sens de la solidarité. Puis, elles se découvrent redevables du territoire qu’elles foulent, de ses sols, de son air, de ses eaux. « Vous nous avez abandonnés », clame-t-on de part et d’autre. Pour se résigner : c’est aussi à partir de cette échelle qu’on organisera désormais la politique. Et cette nouvelle approche appelle des concepts politiques adéquats.  

En tant que concept, la « biorégion » a aujourd’hui cinquante ans. Allen van Newkirk lui donnait son acte de naissance en le proposant dans un court texte de la revue Environnemental Conservation à l’été 1975. Depuis le repaire historique du mouvement coopératif en Amérique, à Heatherton dans la région d’Antigonish (Nouvelle-Écosse, partie atlantique du Canada), cet artiste d’origine états-unienne devenu militant écologiste cherchait à fonder une géopolitique tout autre, dans laquelle le préfixe géo– serait aussi déterminant que la racine politique[22]. Il ne s’agissait plus de faire de la politique sur le territoire, en fonction de son exploitation et dès lors contre lui, mais d’intégrer radicalement la politique aux dynamiques territoriales elles-mêmes.

Partant de la notion de région biotique, non loin des mouvements de retour à la terre ou du municipalisme libertaire, sans s’y restreindre, il perçoit d’abord la biorégion en fonction de sa portée biologique. Autrement dit, la politique ne s’imprime plus sur le territoire à la manière d’espaces qu’il faut rendre conformes aux cartes et aux intérêts dictés par l’exploitation industrielle et commerciale, mais elle s’intègre aux réalités biologiques et territoriales d’un lieu. La flore, la faune, les sols, les eaux, le climat, les bassins versants… sont ce à partir de quoi les citoyens d’un espace politique savent amorcer leurs pratiques. La signification du lieu commence par l’histoire, pas seulement celle, sociale, des sciences humaines, mais l’histoire même qui a rendu possible la gestation millénaire du lieu qu’on occupe. Comprendre ce qu’il en a fallu de contributions de la part des insectes, des oiseaux, des grands mammifères, y compris des humains, pour qu’un lieu perdure comme il est, le cas échéant où il ne faudrait pas chercher à tenter de le restaurer, afin d’envisager la façon de s’y fondre pour les temps à venir.

Science, culture et politique

Cela implique une approche à la fois interdisciplinaire et, à ce titre, égalitaire. Aucune discipline, c’est-à-dire pas plus les sciences exactes que les autres, contrairement avec ce qui se produit maintenant au titre du discours écologique, n’occupe de fonction hégémonique. Certes, la modélisation, la biologie, l’océanographie et la climatologie sont prisées, tout comme le devient également la sapience, c’est-à-dire les savoirs populaires accumulés indépendamment des titres de diplôme. L’historien des sciences Dominique Pestre invite ses collègues scientifiques à « apprendre à faire confiance aux solutions que le social invente[23] ». Il se peut que ceux-là mêmes qui dépendent du territoire sachent en défendre les modalités agricoles et les normes escomptées, surtout dans un contexte où il s’agit d’en vivre plutôt que de les exploiter aux fins de pratiques commerciales coloniales. 

À cela s’ajoute la culture, la littérature et les arts : se redonner de nouveaux récits, s’expliquer par la fiction des situations semblables à la sienne pour suppléer l’absence de référence historiographique relative à la période inouïe qu’on traverse, réorganiser la façon de découper le réel. Un exemple dans le domaine du land art, les œuvres d’Andy Goldsworthy. En traçant des lignes dans l’espace à partir d’éléments qu’il y trouve (brindilles, feuilles, pierres…), il nous persuade de la pertinence d’une autre forme de tracé dans l’espace, non plus celui des frontières qui consiste pour le plus fort à circonscrire un lieu pour clamer que ce qui s’y trouve lui appartient, mais celui qui marque à l’intérieur d’un cadre symbiotique déterminé par lui-même (on sait, en suivant ses dynamiques, quand un lieu s’arrête et cède à un autre) quel en est l’axe de vie, la ligne symbiotique, exemplairement une rivière ou une bande cultivable…

Enfin, la politique. La biorégion ne se « développera » pas parce qu’on la désire, vote pour elle ou la choisit. Elle s’imposera, là où une avant-garde en aura prédit la nécessité, dans des contextes historiques de bris, de drames ou de crises où on se découvrira dépendant que de soi-même. Dans de tels désarrois, des petits-chefs vociféreront pour ameuter une catégorie de soumis face aux autres à qui ils déclareront la guerre. Les plus fins opteront pour l’entraide. Ils trouveront à fonder des communs autour d’éléments (fours à pain, terres arables, caveaux, compétences diverses…) favorisant le rapport de la communauté aux épreuves, urgences et aspirations qui deviendront les siennes. De nouvelles organisations politiques – à partir de ce que les « zones à défendre » (Zad), collectifs, associations et coopératives génèrent déjà – prendront le pas pour être à la hauteur du changement de paradigme s’imposant en ce siècle. 

En cela, la biorégion ne procède pas d’un parfait renversement. Ce n’est pas tout à fait une révolution, si elle n’est pas de celles qui s’accomplissent par « la force des choses », comme l’écrivait Hannah Arendt. Il n’y va pas seulement de délibération et de volonté. Elle peut encore cohabiter dans le mille-feuille institutionnel avec les différents pouvoirs institués, ceux qui, impuissants, en ont déjà plein les bras avec les mutations historiques du siècle et se retournent parfois contre les communautés pour les coloniser à nouveau. Elle n’est pas passéiste au sens où des architectes imaginent par quelles nouvelles techniques habiter grâce à des matériaux environnants et recyclables, et où des permaculteurs conçoivent des formes adaptées d’agriculture sans recourir aux laborieuses méthodes des anciens. Elle est universelle au sens où elle croit que l’Afrique peut venir au secours de l’Occident[24], et lui permettre de partager des expériences agricoles et sociales provenant d’un monde qui a pu se passer d’un capitalisme aujourd’hui vacillant, tout comme les peuples premiers des Amériques. 

La biorégion est surtout un concept vitaliste et affirmatif qui permet de surmonter l’angoisse occasionnée par les discours accablants de l’époque, pour avancer, à tâtons, frayant un chemin vers ce qui s’impose comme nécessaire.


[1] Emmanuel Todd, La Défaite de l’Occident, Paris, Gallimard, 2024, p. 245.

[2] Pier Paolo Pasolini, « L’article des lucioles », dans Écrits corsaires, Paris, Flammarion, coll. « Champs Arts », 2018 [1er février 1975].

[3] Murray Bookchin, Une société à refaire. Vers une écologie de la liberté, Montréal, Écosociété, coll. « Retrouvailles », 2010 [1990], p. 38.

[4] George Marshall

[5] Timothy Morton, La Pensée écologique, Paris, Zulma, coll. « Zulma essais », 2019 [2010], p. 164 et 214.

[6] Dominique Bourg, Une Nouvelle Terre, Paris, Desclée de Brouwer, 2018, p. 11.

[7] Mathias Rollot, Les Territoires du vivant. Un manifeste biorégionaliste, Marseille, Wildproject, coll. « Le Monde qui vient », 2023 [2018], p. 83.

[8] Matthieu Auzanneau, Pétrole. Le déclin est proche, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Reporterre », 2022 ; Guillaume Pitron, La Guerre des métaux rares. La face cachée de la transition énergétique et numérique, Paris, Les Liens qui libèrent / Acte Sud, 2019, et Jean-Baptiste Fressoz, Sans transition : une nouvelle histoire de l’énergie, Paris, Seuil, coll. « Écocène », 2024. 

[9] Paul Veyne, Comment on écrit l’histoire, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points Histoire », 1971, et Veyne, Les Grecs ont-ils cru en leur mythe ?, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points Essais », 1983.

[10] Rachel Carson, Printemps silencieux, Paris, Wildproject, 2014 [1962]. 

[11] Serge Leclaire, Démasquer le réel. Un essai sur l’objet en psychanalyse, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Le champ freudien », 1971, p. 77.

[12] Jacques Derrida, « La différance », dans Marges. De la philosophie, Paris, Éditions de Minuit, coll. « Critique »,1972.

[13] Sigmund Freud, « Pulsions et destin des pulsions », dans Métapsychologie, Paris, Gallimard, coll. : « Folio Essais », 1968 [1915], p. 24.

[14] Serge Leclaire, Démasquer le réel. Un essai sur l’objet en psychanalyse, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Le champ freudien », 1971, p. 52.

[15] Béla Grunberger, Le Narcissisme. Essais de psychanalyse, Paris, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 1993 [1971], p. 118.

[16] Serge Leclaire, Démasquer le réel. Un essai sur l’objet en psychanalyse, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Le champ freudien », 1971, p. 48-53.

[17] D. H. Winnicott, « La crainte de l’effondrement », dans La Crainte de l’effondrement et autressituations cliniques, Paris, Gallimard, coll. « Connaissances de l’inconscient », p. 206 à 209.

[18] Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes, Paris, Seuil, coll. « Anthropocène », 2015.

[19] Nina Berberova, C’est moi qui souligne, autobiographie, Arles, Actes Sud, 1989, p. 65.

[20] Baptiste Morizot, L’Inexploré, Paris, Wildproject, 2023.

[21] Nous reprenons ici des propositions soutenues dans notre Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï, Montréal, Lux, 2024, et quelques écrits afférents. 

[22] Allen van Newkirk, « Bioregions: Towards Bioregional Strategy for Human Cultures », Environmental Conservation, no 2, vol. 2, Été 1975, p. 108. Lire aussi Mathias Rollot et Marin Schaffner, Qu’est-ce qu’une biorégion ?, Marseille, Wildproject, 2021.

[23] Dominique Pestre, À Contre-science. Politiques et savoirs des sociétés contemporaines, Paris, Seuil, coll. « La couleur des idées, 2013, p. 84.

[24] Selon le beau titre du livre d’ Anne-Cécile Robert, L’Afrique au secours de l’Occident, Ivry-sur-Seine, Éditions de l’Atelier, 2006.


Édition électronique :
URL : https://cpp.numerev.com/articles/revue-47/4018-crise-d-objet-en-occident
ISSN : 1776-274X
Date de publication : 31/07/2025

* Cette publication est sous licence CC-BY-NC-ND (Creative Commons 2.0 – Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification).


L’économie esthétique – Feuilleton théorique III

Parce qu’on la redoute, la décroissance s’imposera par la force des choses

Élucid

Par Alain Deneault
24 juillet 2025

La journée du 24 juillet marque le « Jour du dépassement », selon le collectif international Global Footprint Network. C’est-à-dire qu’en raison de nos modes de production dominés par l’idéologie extractiviste, productiviste, consumériste et capitaliste, nous avons épuisé ce que la planète est à même de générer sans se trouver hypothéquée.

Cette donnée concerne différents enjeux : les étendues forestières, des terres arables et du pâturage, l’empreinte carbone, l’étalement urbain et l’intensité des pêches. Elle va de pair avec la théorie des limites planétaires établie par le Stockholm Resilience Centre. Elle concerne neuf domaines essentiels à l’équilibre planétaire : les bouleversements climatiques, l’extinction massive des espèces, la perte d’azote et de phosphore dans les sols, la réduction des terres arables, l’acidification des océans, l’épuisement de l’eau douce, l’appauvrissement de la couche d’ozone, le taux de polluants chimiques et l’augmentation des aérosols dans l’atmosphère.

Huit de ces domaines font l’objet d’approches commensurables et six sont entrés dans un état critique. Les conditions ne sont plus réunies pour qu’ils continuent d’exister de manière stable et durable : on dit alors que les seuils de détérioration ont déjà été franchis.

À partir de maintenant, selon ces travaux de synthèse, tout ce que nous prélèverons des territoires, des eaux, de la flore et de la faune, et tout ce que nous produirons comme déchets mettront à mal dans son essence et à sa source la capacité de ces biens à se régénérer. Ce n’est pas rien. C’est même majeur. Pis, c’est inouï. Jamais depuis des milliers d’années n’a-t-on vu notre habitat de référence être aussi profondément perturbé, lui sur lequel on faisait jadis fond à la manière d’un garant stable et universel. C’est la fin de la fameuse locution latine Ceteris paribus sic stantibus : désormais plus rien n’est égal par ailleurs. Tout bouge. Tout s’altère.

La tendance est tellement lourde que le Global Footprint Network a dû devancer à deux reprises l’établissement de la date, tellement la situation s’aggrave à vue d’œil. Le seuil était fixé au départ au 13 août, puis au 9 du même mois.

Le collectif de scientifiques soutenu par des organisations écologistes ventile ses données et établit des dates selon les pays. Si tous les pays de la planète se comportaient de la même manière qu’on le fait en France ou au Canada par exemple, au prorata de leur importance, le « Jour du dépassement » serait déjà survenu, respectivement le 19 avril et le 26 mars de cette année. C’est donc dire que dans les premiers moments du printemps, ces deux pays ont déjà épuisé leur dû et vivent écologiquement à crédit, au-delà de ces dates.

Que faire ? Faire autrement. La logique qui s’impose ne suppose pas seulement de simplement échelonner sur douze mois tout ce qu’on a consommé en une quinzaine de semaines. Les mathématiques ici ne sont d’aucune pertinence. Il s’agit d’abord de mettre en pratique des modes de partage relevant de profonds changements de mœurs en ce qui concerne la propriété privée d’instruments à moteur, de véhicules et d’infrastructures. Ces données impliquent, dans un deuxième temps, de revoir les pratiques alimentaires (ampleur du régime alimentaire à base de viande ou de dérivés animaux) et les modes de production en architecture.

En tous les cas, la question de la décroissance pèse désormais sur les consciences au point de faire pression sur elles. Comme l’écrit le sociologue Yves-Marie Abraham, spécialiste de ce champ, « la question est de savoir si cette décroissance sera subie, conséquence brutale et incontrôlable du dépassement des limites biophysiques de la planète, ou si elle sera choisie et assumée collectivement, dans le but d’éviter aux humains, en particulier aux plus démunis d’entre eux, les effets désastreux d’un tel dépassement » (NCS, automne 2015). Il le réitérait dans Guérir du mal de l’infini (Écosociété, 2019) :

« Si nous voulons vraiment cesser d’aggraver la catastrophe écologique, pour éviter entre autres d’avoir à subir à court ou moyen terme une forme de décroissance subie et sauvage, conséquence du dépassement des limites biophysiques planétaires, la seule solution est de produire moins qu’on ne le fait aujourd’hui. »

L’heure est venue de prendre au sérieux la nécessité de ce « Si », de cesser d’en faire un évident repoussoir. Empressés, nous tendons à rompre avec le déchaînement productiviste pour adopter dès maintenant des pratiques visant à entrer en symbiose avec le vivant et à composer avec un territoire sans le maltraiter. La décroissance, en ce sens restreint, concerne un projet sciemment voulu.

Reste l’autre terme. La décroissance, à un degré ou à un autre, se révélera, oui, « subie » et parfois subite pour d’autres catégories de gens. Soit ils plieront à son caractère impératif étant donné l’évolution d’indicateurs de marché, soit ils ne céderont qu’au jour de la sauvagerie annoncée.

En suivant le dégradé, on constate que, sur un point ou un autre, c’est la contrainte objective qui ramène les sujets à la raison. La question énergétique se pose de manière particulièrement emblématique. Lorsque le prix de l’essence à la pompe augmente, on découvre les vertus du covoiturage et on aspire au transport en commun. Lorsque le prix des voitures augmente, le public entretient davantage celles dont il dispose.

À ce stade, le parti pris relativement décroissantiste peut provenir de milieux dont on ne l’attendait pas. Même un capitaliste comme Pierre Fitzgibbon, un temps ministre au Québec de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, a préconisé la limitation de la production de voitures, au vu de l’enjeu climatique (« Il faut réduire le parc automobile, réitère Fitzgibbon », Le Devoir, 16 août 2023). On pourrait ajouter la question des minerais, limités en quantités et polluant à extraire. Pour sa part, le Forum économique mondial, célèbre pour la rencontre annuelle qu’il organise à Davos, préconise une réduction du nombre de voitures à 75 %. Dans cet esprit, la République française a par exemple interdit la publicité visant à stimuler la consommation d’énergie.

Mais c’est trop peu, trop tard. On le découvre en éprouvant désormais les contrecoups de décennies de négligences, lesquels se manifestent sous le jour de pluies de verglas, de sécheresses et d’érosion. Chaque année, dans l’Ouest nord-américain, des milliers de réfugiés doivent quitter leur maison en catastrophe. Conséquence directe, la vallée de l’Outaouais est devenue la région la plus polluée du monde le temps du 6 juin dernier, des conséquences d’incendies de forêt qui se produisaient à plus de 700 km de chez elle. Quelques jours auparavant en Suisse, le glacier du Birch s’est effondré sur le village de Blatten et l’a détruit. D’anormales inondations emportaient ces jours-là des véhicules dans les vagues en Afrique du Sud…

Pourquoi en arrive-t-on maintenant à ce jour de l’excès, sans avoir été capable de le repousser au moins au 31 décembre ? Parce que, précisément, à ne pas désirer la décroissance, on en est arrivé à devoir l’apprendre à la dure. Décroître, alors, il le faut dans sa chair. Comme on frappe un mur, le terme perd toute ambiguïté.

Ce n’est plus l’invocation anticapitaliste cherchant à résister à l’ordre conduit par la soif goulue de bénéfices et de dividendes. Ce n’est plus la décapitation fantasmée d’un régime de capitalisation qui légitime les seules actions concourant à son augmentation. Ce n’est plus un changement de mœurs escompté on ne sait comment, amenant la multitude à tourner le dos à l’offre manipulatrice des neurologues de la consommation, des psychologues du marketing, des sémiologues de la réclame, ces traîtres ! Foin de ces subtilités de langage !

Aucun mouvement de foule ne désire ni ne planifie la décroissance. Pour ceux qui en ont peur, elle a l’écho du gargouillement ; la peau se fait grise, la lèvre inférieure tremble et le regard devient torve. Nous régressons au statut de morts-vivants. Ils craignent alors le pullulement des jevousl’avaisbiendistes. Parce qu’on la redoute, la décroissance s’imposera par la force des choses, dans sa chair, et se manifestera donc exactement comme on l’appréhende, douloureuse, entravante, physique, d’où qu’elle ne passe point pour désirable…

Hélas, tous ces événements ne constituent toujours pas de « preuves » suffisantes pour susciter le réveil immédiat du plus grand nombre. Il lui faudra frapper un mur pour que la décroissance fasse l’objet de considérations. Dans sa candeur idéologique, l’agitateur public québécois Richard Martineau l’avait vitupérée pendant la période marquée par la Covid. Alors que les boutiques et restaurants devaient fermer et que d’aucuns angoissaient quant à leur sort, il savourait en mordant bien dans tous ses mots :

« Trouvez-vous ça cool, la décroissance ? Est-ce que c’est l’fun la décroissance, hein ? De moins en moins de gens qui consomment, de plus en plus de gens qui perdent leur job, la bourse qui s’affole, les gens qui perdent leurs économies… Est-ce que vous trouvez ça tripant la décroissance ? » (Propos reproduit dans « Le Bêtisier 2020 » de Olivier Niquet à Radio-Canada, 1er janvier 2021.)

Pour des gens qu’on a amenés à s’identifier à ce point au délire consumériste d’une croissance infinie dans un monde fini, nécessité fera loi. Il s’agit encore, en termes de comportements sociaux, culturels et pratiques, d’une immense majorité. L’atavisme de la consommation est tout simplement trop grand.

Une industrie du marketing a su, depuis son invention, dit alors la « propagande », par Edward Bernays, neveu du psychanalyste Sigmund Freud, coloniser le désir, en encoder par la production marchande les signes et symboles par lesquels il se manifeste à la conscience. À la fin du dernier siècle, Doris-Louise Haineault a étudié comment la symbolique publicitaire contamine le siège du désir et, plus récemment, Michel Desmurget, spécialiste des neurosciences, a exploré les ravages que produisent les « médias sociaux » sur l’activité cérébrale dans La Fabrique du crétin digital (Seuil, 2019).

Tôt ou tard, maintenant pour les gens avertis et plus tard pour ceux qu’elle traumatisera, la décroissance marquera l’impératif à partir duquel il convient de penser tout autrement la définition du rapport au territoire. Parce qu’on ne convient plus du fait que l’aliment qu’on mange ou le moindre objet qu’on achète ait parcouru en moyenne plusieurs milliers de kilomètres, force sera de réorganiser la production dans un rayon de vie régional. Cela se fera conséquemment en lien avec le territoire qu’on habite et la communauté dont on dépend en dernière instance.

Les catastrophes et tragédies qu’annoncent des décennies d’irresponsables démesures entraîneront trop souvent un sentiment d’abandon parmi les différentes communautés, comme à Clova, à Valence ou à Mayotte, ces dernières années éprouvées par des incendies de forêt, des pluies diluviennes ou des cyclones. On se découvre à ce moment-là en situation de déréliction, on comprend à la dure le discours, les pratiques et les engagements de celles et ceux qui ont déjà pris le parti de la décroissance.

« Biorégion », concept fondé il y a exactement cinquante ans par Allen Van Newkirk, en Nouvelle-Écosse en bordure de l’Atlantique, devient alors le nom de cet ensemble symbiotique où l’on entreprend de vivre en rapport étroit avec le territoire dont on apprend, par la force des choses, à respecter les modalités d’existence et une communauté qui n’a plus rien de virtuel.

La jeunesse entendue

Le Devoir 
(Section Opinion)
Par Samir Shaheen-Hussain
28 juillet 2025

Mon cher neveu, je t’écris aujourd’hui après avoir appris que le 24 juillet a marqué cette année le « jour du dépassement », selon le collectif international Global Footprint Network. Dans un texte d’Alain Deneault paru dans Le Devoir, l’auteur et professeur de philosophie nous explique l’importance de cette journée : « en raison de nos modes de production dominés par l’idéologie extractiviste, productiviste, consumériste et capitaliste, nous avons épuisé ce que la planète est à même de générer sans se trouver hypothéquée ».

Cette journée macabre m’a fait penser à notre échange lors de ta dernière visite. Le 6 juin, alors que je vous disais, à toi et ton frère cadet, que Montréal se retrouvait au palmarès des métropoles les plus polluées du monde à cause des incendies de forêt dans les Prairies, tu m’as fait part, avec une franchise désarmante, de ton désespoir face au fait que les feux de forêt sont devenus le « nouveau normal » pour beaucoup de jeunes de ta génération partout dans le monde.

Ta confidence m’en a rappelé une autre, faite en 2015. Alors qu’elle n’avait que sept ans et apprenant l’existence de la sixième extinction (à la suite d’une recherche qui venait d’être publiée dans la revue Science Advances et faisait les manchettes), ta cousine, qui a le même âge que toi, faisait ce constat accablant : « les humains sont la pire [espèce] ». Certes, ce n’est pas toute l’espèce humaine qui est responsable de « l’idéologie extractiviste, productiviste, consumériste et capitaliste » (à laquelle j’ajouterai « coloniale et impérialiste »), mais bien une minorité qui détient le pouvoir et en tire profit.

Je dois avouer que vos constats lucides (et crève-cœur) me laissent souvent bouche bée. À l’époque, je n’avais pas su répondre à ta cousine pour la rassurer. Dix ans plus tard, la crise climatique s’imbriquant dans des crises géopolitiques et économiques marquées par la montée des autoritarismes et des fascismes, je ne sais toujours pas comment te répondre pour te rassurer.

En plus des ravages de la crise climatique, nous vivons un moment dans lequel des dizaines de millions de jeunes sont privés d’école à cause des conflits armés. Un moment où l’UNICEF a reconnu que nous avons échoué collectivement à protéger les enfants des horreurs de la guerre. Un moment où, selon le plus récent rapport de la rapporteuse spéciale de l’ONU, nos gouvernements respectifs, les États-Unis et le Canada, risquent d’être jugés complices de ce qu’elle qualifie sans détour comme un génocide perpétré par le gouvernement d’Israël contre le peuple palestinien alors qu’une famine de masse se propage à Gaza.

J’ai récemment écrit dans ces pages que « résister collectivement aux forces fascistes apocalyptiques qui prônent la destruction et la mort nous permettra de créer de nouveaux mondes pour nous et nos enfants ». J’ai réalisé depuis que j’ai fait une erreur en formulant la phrase ainsi : le « nous » qui doit résister collectivement n’incluait pas la jeunesse.

Pourtant, lors de la première de son dernier documentaire en décembre, la réalisatrice Kim O’Bomsawin avait expliqué que « les enfants ont beaucoup de choses à dire si on prend le temps de les écouter ». Dans son lumineux Ninan Auassat. Nous, les enfants, des jeunes de différentes communautés autochtones au Québec (Attikameks, Eeyou-Cris, Innus) partagent leur sagesse en soulignant l’importance pour eux de la langue, la tradition et la culture. Que ce soient les enfants autochtones, les jeunes de la DPJ, ceux issus de l’immigration, ou les enfants trans, « il faut plus d’initiatives pour donner une voix à la jeunesse », nous rappelait en ces pages Gen Ste-Marie, de TransEstrie.

Ici, au Québec, cette jeunesse a mené des luttes phares depuis des décennies. Pensons récemment au printemps étudiant de 2012 — qui nous a montré que militer collectivement peut « contribu[er] à politiser toute une génération » et nous donner « une extraordinaire leçon de culture démocratique » — et aux mobilisations du Mouvement des jeunes pour le climat, qui a réussi à mobiliser une marche de 500 000 personnes à Montréal en 2019.

Ces mobilisations soulignent l’importance de « l’intersectionnalité des luttes » et identifient le rôle du capitalisme comme étant la « genèse » des polycrises, notamment économique et écologique, comme l’avait noté Sandrine Giérula, membre de la Coalition étudiante pour un virage environnemental et social et citée dans la bédé documentaire Quand les élèves se révoltaient, par Emanuelle Dufour et Francis Dupuis-Déri, qui racontent justement l’histoire des différentes révoltes que des millions d’élèves ont menées au fil des années et des décennies pour protester contre les injustices.

Hors du Québec, juste la semaine passée, de jeunes Autochtones du nord de l’Ontario qui se mobilisent depuis des semaines contre le projet de loi C-5 ont bravé la canicule en marchant dans les rues d’Ottawa. Kohen Chisel, 25 ans et originaire de Constance Lake, a clairement expliqué sa compréhension de la responsabilité de la jeunesse : « Nous sommes ici pour protéger nos terres, protéger les futures générations et nous assurer que nos aînés et nos ancêtres sont bien respectés. »

Plus près de chez toi, aux États-Unis, en 2024, des étudiants des campus universitaires ont érigé des campements en solidarité avec la Palestine, qui avaient inspiré des actions semblables ici. Et quand plusieurs de ces mêmes leaders étudiants, et d’autres étudiants immigrants, ont été ciblés par les politiques anti-migrants du régime Trump 2.0, la jeunesse a courageusement organisé des grèves et des manifestations pour s’opposer aux politiques violentes de détention et d’expulsion d’ICE.

La veille du « jour du dépassement », la Cour internationale de justice, la plus haute juridiction de l’ONU, a diffusé un rare avis consultatif à l’unanimité et sans précédent voulant que « les États qui violent leurs obligations climatiques commettent un acte “illicite” et pourraient se voir réclamer des réparations par les pays les plus affectés ».

Cet avis, décrit comme « révolutionnaire » par certains défenseurs du climat et de la biodiversité, est le fruit d’une initiative qui a débuté dans des salles de classe du Vanuatu en 2019, un pays de la région Pacifique qui s’est formellement libéré des colonialismes britannique et français en 1980.

Selon Vishal Prasad, directeur du groupe Pacific Islands Students Fighting Climate Change, qui a joué un rôle déterminant pour amener la cause devant la CIJ : « Pour nous, le changement climatique n’est pas une menace lointaine. Il est en train de bouleverser nos vies dès aujourd’hui. Nos îles sont en danger. Nos communautés font face à des changements perturbateurs d’une ampleur et à un rythme que les générations précédentes n’ont jamais connus ».

Un reportage du Guardian nous explique que pour les jeunes impliqués, « cette victoire n’était pas seulement politique, elle était personnelle. Et c’était historique ». Cynthia Houniuhi, une des étudiantes en droit à l’origine de la campagne juridique mondiale a déclaré : « Nous étions là. Et nous avons été entendues. »

Force est de constater, mon cher neveu, que la jeunesse engagée peut non seulement poser un regard désarmant, lucide et critique sur l’état de monde, mais aussi changer le cours de l’histoire. Je ne sais pas si nous, les adultes, sommes à l’écoute, mais si j’avais des conseils à te donner, ça serait de ne pas nous attendre.

Renforcer le pouvoir des MRC pour faire advenir les biorégions

Photo © Olivier Zuida – Le Devoir
Le Devoir 
(Section Opinion)
Par Pierre Avignon
25 juillet 2025

La lettre ouverte d’Alain Deneault publiée dans Le Devoir du 24 juillet nous offrait un réveil estival réaliste, mais difficile : « La journée du 24 juillet marque le “jour du dépassement” », nous rappelait l’auteur de Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï.

Au-delà des critiques largement justifiées de notre système consumériste qui vise la croissance infinie dans un monde fini, le professeur de l’Université de Moncton conclut son texte sur une piste d’action dont on entend de plus en plus souvent parler, le développement de biorégions. Il s’agirait, pour faire face à la crise climatique, de (ré)apprendre à vivre « en rapport étroit avec le territoire » et sa communauté.

À quelques mois du déclenchement des élections municipales, il nous apparaît utile de rappeler les capacités d’action de ces entités, mais également des municipalités régionales de comté (MRC), qui exercent un rôle supramunicipal de premier ordre.

Impliqué depuis plusieurs années dans des regroupements citoyens écologistes actifs à l’échelle locale, j’ai eu l’occasion de constater à la fois les possibilités et les limites de l’action des petites municipalités. Comme le rappelait Stéphane Gendron dans son essai intitulé Rapailler nos territoires. Plaidoyer pour une nouvelle ruralité : « Il existe 1107 entités municipales au Québec. De ce nombre, 711 ont moins de 2000 habitants. » La très grande majorité des municipalités, qui représentent également la très grande majorité du territoire, sont donc de très petite taille. Pourtant, l’État québécois leur confie des responsabilités importantes, notamment la gestion des déchets et le respect des normes pour la protection de l’eau. Cela peut paraître anodin quand on les considère une à une, mais la protection écologique du territoire québécois ainsi que la nécessaire résilience à venir passent par les décisions prises dans nos villages.

Au cours des dernières années, plusieurs villes de taille moyenne ont réussi à mettre en œuvre des initiatives inspirantes, telles que le bureau de la transition écologique à Nicolet et la réduction des déchets à la source à Prévost. À l’échelle des petites municipalités, il y a bien quelques projets hors normes, comme la Politique de développement durable de Petit-Saguenay, où habitent moins de 1000 « âmes » ; toutefois, dans bien des cas, la volonté d’être proactif en matière environnementale est faible, voire inexistante. Or, de l’aveu du ministre de l’Environnement dans le rapport 2025 sur l’état de l’eau au Québec, « des efforts importants » sont encore à faire.

Malheureusement, nos petites municipalités n’ont pas les ressources humaines et financières suffisantes pour agir adéquatement. C’est là qu’entrent en jeu les MRC.

Responsable du schéma d’aménagement, du plan de développement de la zone agricole ou encore du Plan régional des milieux humides et hydriques, le conseil de la MRC qui réunit les maires et les mairesses a un rôle important à jouer. Trop peu de citoyennes et de citoyens (ou de personnes élues) s’intéressent au pouvoir de cette entité trop souvent considérée comme administrative plutôt que politique. Vu leurs ressources et leur espace d’action plus importants que ceux de nos petites municipalités, ces acteurs supralocaux devront pourtant être de plus en plus mis à contribution dans le contexte de la crise climatique. La mise en place actuelle des plans climat est une bonne occasion de le faire savoir.

Dans les 18 MRC qui ont la belle possibilité d’élire leur préfet au suffrage universel, cela sera sans doute plus aisé qu’ailleurs, mais il faut espérer que cette pratique se développera dans le futur.

Bien qu’au Québec, les espaces régionaux résonnent dans le cœur des gens, c’est bien à l’échelle des MRC que des perspectives d’action doivent être renforcées. Il serait donc intéressant de penser bio-MRC autant que biorégions pour poursuivre des projets tels que le développement de communautés nourricières. Plusieurs mouvements actuels s’inscrivent d’ailleurs dans cet élan (nouvelle vague au municipal, plateforme AGORA, Multitudes, Communagir, etc.).

Espérons que cela stimulera les débats en vue des élections de novembre prochain.

Le Jour du dépassement et la décroissance : Entrevue avec Alain Deneault

Photo © Radio-Canada

L’animateur Hugo Lavoie s’entretient avec Alain Deneault à l’émission Le 15-18 sur les ondes de Radio-Canada concernant l’article qu’il a publié dans le journal Le Devoir ayant pour titre Le « Jour du dépassement » rappelle le caractère impératif de la décroissance. Durée : 10 minutes – 24 juillet 2025

Le « Jour du dépassement » rappelle le caractère impératif de la décroissance

Photo © Tijana Martin – La Presse Canadienne
Le Devoir 
(Section Opinion)

Par Alain Deneault
23 juillet 2025

La journée du 24 juillet marque le « Jour du dépassement », selon le collectif international Global Footprint Network. C’est-à-dire qu’en raison de nos modes de production dominés par l’idéologie extractiviste, productiviste, consumériste et capitaliste, nous avons épuisé ce que la planète est à même de générer sans se trouver hypothéquée.

Cette donnée concerne différents enjeux : les étendues forestières, des terres arables et du pâturage, l’empreinte carbone, l’étalement urbain et l’intensité des pêches. Elle va de pair avec la théorie des limites planétaires établie par le Stockholm Resilience Centre. Elle concerne neuf domaines essentiels à l’équilibre planétaire : les bouleversements climatiques, l’extinction massive des espèces, la perte d’azote et de phosphore dans les sols, la réduction des terres arables, l’acidification des océans, l’épuisement de l’eau douce, l’appauvrissement de la couche d’ozone, le taux de polluants chimiques et l’augmentation des aérosols dans l’atmosphère. Huit de ces domaines font l’objet d’approches commensurables et six sont entrés dans un état critique. Les conditions ne sont plus réunies pour qu’ils continuent d’exister de manière stable et durable : on dit alors que les seuils de détérioration ont déjà été franchis.

À partir de maintenant, selon ces travaux de synthèse, tout ce que nous prélèverons des territoires, des eaux, de la flore et de la faune, et tout ce que nous produirons comme déchets mettront à mal dans son essence et à sa source la capacité de ces biens à se régénérer. Ce n’est pas rien. C’est même majeur. Pis, c’est inouï. Jamais depuis des milliers d’années n’a-t-on vu notre habitat de référence être aussi profondément perturbé, lui sur lequel on faisait jadis fond à la manière d’un garant stable et universel. C’est la fin de la fameuse locution latine Ceteris paribus sic stantibus : désormais plus rien n’est égal par ailleurs. Tout bouge. Tout s’altère.

La tendance est tellement lourde que le Global Footprint Network a dû devancer à deux reprises l’établissement de la date, tellement la situation s’aggrave à vue d’œil. Le seuil était fixé au départ au 13 août, puis au 9 du même mois.

Le collectif de scientifiques soutenu par des organisations écologistes ventile ses
données et établit des dates selon les pays. Si tous les pays de la planète se
comportaient de la même manière qu’on le fait en France ou au Canada par exemple, au prorata de leur importance, le « Jour du dépassement » serait déjà survenu, respectivement le 19 avril et le 26 mars de cette année. C’est donc dire que dans les premiers moments du printemps, ces deux pays ont déjà épuisé leur dû et vivent écologiquement à crédit, au-delà de ces dates.

Subie ou choisie ?

Que faire ? Faire autrement. La logique qui s’impose ne suppose pas seulement de
simplement échelonner sur douze mois tout ce qu’on a consommé en une quinzaine de semaines. Les mathématiques ici ne sont d’aucune pertinence. Il s’agit d’abord de mettre en pratique des modes de partage relevant de profonds changements de mœurs en ce qui concerne la propriété privée d’instruments à moteur, de véhicules et d’infrastructures. Ces données impliquent, dans un deuxième temps, de revoir les
pratiques alimentaires (ampleur du régime alimentaire à base de viande ou de dérivés animaux) et les modes de production.

En tous les cas, la question de la décroissance pèse désormais sur les consciences au point de faire pression sur elles. Comme l’écrit le sociologue Yves-Marie Abraham, spécialiste de ce champ, « la question est de savoir si cette décroissance sera subie, conséquence brutale et incontrôlable du dépassement des limites biophysiques de la planète, ou si elle sera choisie et assumée collectivement, dans le but d’éviter aux humains, en particulier aux plus démunis d’entre eux, les effets désastreux d’un tel dépassement ». Il le réitérait dans Guérir du mal de l’infini : « Si nous voulons vraiment cesser d’aggraver la catastrophe écologique, pour éviter entre autres d’avoir à subir à court ou moyen terme une forme de décroissance subie et sauvage, conséquence du dépassement des limites biophysiques planétaires, la seule solution est de produire moins qu’on ne le fait aujourd’hui. »

L’heure est venue de prendre au sérieux la nécessité de ce « Si », de cesser d’en faire un évident repoussoir. Empressés, nous tendons à rompre avec le déchaînement productiviste pour adopter dès maintenant des pratiques visant à entrer en symbiose avec le vivant et à composer avec un territoire sans le maltraiter. La décroissance, en ce sens restreint, concerne un projet sciemment voulu.

Reste l’autre terme. La décroissance, à un degré ou à un autre, se révélera, oui, « subie » et parfois subite pour d’autres catégories de gens. Soit ils plieront à son caractère impératif étant donné l’évolution d’indicateurs de marché, soit ils ne céderont qu’au jour de la sauvagerie annoncée.

En suivant le dégradé, on constate que, sur un point ou un autre, c’est la contrainte objective qui ramène les sujets à la raison. La question énergétique se pose de manière particulièrement emblématique. Lorsque le prix de l’essence à la pompe augmente, on découvre les vertus du covoiturage et aspire au transport en commun. Lorsque le prix des voitures augmente, le public entretient davantage celles dont il dispose. À ce stade, le parti pris relativement décroissantiste peut provenir de milieux dont on ne l’attendait pas.

Même un capitaliste reptilien comme Pierre Fitzgibbon, un temps ministre au Québec de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, a préconisé la limitation de la production de voitures, au vu de l’enjeu climatique. On pourrait ajouter la question des minerais, limités en quantités et polluant à extraire. Pour sa part, le Forum économique mondial, célèbre pour la rencontre annuelle qu’il organise à Davos, préconise une réduction du nombre de voitures à 75 %. Dans cet esprit, la République française a par exemple interdit la publicité visant à stimuler la consommation d’énergie.

Par la force des choses

Mais c’est trop peu, trop tard. On le découvre en éprouvant désormais les contrecoups de décennies de négligences, lesquels se manifestent sous le jour de pluies de verglas, de sécheresses et d’érosion. Chaque année, dans l’Ouest nord-américain, des milliers de réfugiés doivent quitter leur maison en catastrophe. Conséquence directe, la vallée de l’Outaouais est devenue la région la plus polluée du monde le temps du 6 juin dernier, des conséquences d’incendies de forêt qui se produisaient à plus de 700km de chez elle. Quelques jours auparavant en Suisse, le glacier du Birch s’est effondré sur le village de Blatten et l’a détruit. D’anormales inondations emportaient ces jours-là des véhicules dans les vagues en Afrique du Sud…

Pourquoi en arrive-t-on maintenant à ce jour de l’excès, sans avoir été capable de le
repousser au moins au 31 décembre ? Parce que, précisément, à ne pas désirer la
décroissance, on en est arrivé à devoir l’apprendre à la dure. Décroître, alors, il le faut dans sa chair. Comme on frappe un mur, le terme perd toute ambiguïté.

Ce n’est plus l’invocation anticapitaliste cherchant à résister à l’ordre conduit par la soif goulue de bénéfices et de dividendes. Ce n’est plus la décapitation fantasmée d’un régime de capitalisation qui légitime les seules actions concourant à son augmentation. Ce n’est plus un changement de mœurs escompté on ne sait comment, amenant la multitude à tourner le dos à l’offre manipulatrice des neurologues de la consommation, des psychologues du marketing, des sémiologues de la réclame, ces traîtres ! Foin de ces subtilités de langage !

Aucun mouvement de foule ne désire ni ne planifie la décroissance. Pour ceux qui en ont peur, elle a l’écho du gargouillement; la peau se fait grise, la lèvre inférieure tremble et le regard devient torve. Nous régressons au statut de morts vivants. Ils craignent alors le pullulement des jevousl’avaisbiendistes. Parce qu’on la redoute, la décroissance s’imposera par la force des choses, dans sa chair, et se manifestera donc exactement comme on l’appréhende, douloureuse, entravante, physique, d’où qu’elle ne passe point pour désirable…

Tôt ou tard

Hélas, tous ces événements ne constituent toujours pas de « preuves » suffisantes pour susciter le réveil immédiat du plus grand nombre. Il lui faudra frapper un mur pour que la décroissance fasse l’objet de considérations. Dans sa candeur idéologique, l’agitateur public québécois Richard Martineau l’avait vitupérée pendant la période marquée par la Covid-19. Alors que les boutiques et restaurants devaient fermer et que d’aucuns angoissaient quant à leur sort, il savourait en mordant bien dans tous ses mots : « Trouvez-vous ça cool, la décroissance ? Est-ce que c’est l’fun la décroissance, hein ? De moins en moins de gens qui consomment, de plus en plus de gens qui perdent leur job, la bourse qui s’affole, les gens qui perdent leurs économies… Est-ce que vous trouvez ça tripant la décroissance ? »

Pour des gens qu’on a amenés à s’identifier à ce point au délire consumériste d’une croissance infinie dans un monde fini, nécessité fera loi. Il s’agit encore, en termes de comportements sociaux, culturels et pratiques, d’une immense majorité. L’atavisme de la consommation sont tout simplement trop grands. Une industrie du marketing a su, depuis son invention, dit alors la « propagande », par Edward Bernays, neveu du psychanalyste Sigmund Freud, coloniser le désir, en encoder par la production marchande les signes et symboles par lesquels il se manifeste à la conscience. À la fin du dernier siècle, Doris-Louise Haineault a étudié comment la symbolique publicitaire contamine le siège du désir et, plus récemment, Michel Desmurget, spécialiste des neurosciences, a exploré les ravages que produisent les « médias sociaux » sur l’activité cérébrale dans La fabrique du crétin digital.

Tôt ou tard, maintenant pour les gens avertis et plus tard pour ceux qu’elle
traumatisera, la décroissance marquera l’impératif à partir duquel il convient de penser tout autrement la définition du rapport au territoire. Parce qu’on ne convient plus du fait que l’aliment qu’on mange ou le moindre objet qu’on achète ait parcouru en moyenne plusieurs milliers de kilomètres, force sera de réorganiser la production dans un rayon de vie régional. Cela se fera conséquemment en lien avec le territoire qu’on habite et la communauté dont on dépend en dernière instance.

Les catastrophes et tragédies qu’annoncent des décennies d’irresponsables démesures entraîneront trop souvent un sentiment d’abandon parmi les différentes communautés, comme à Clova, à Valence ou à Mayotte, ces dernières années éprouvées par des incendies de forêt, des pluies diluviennes ou des cyclones. On se découvre à ce moment-là en situation de déréliction, on comprend à la dure le discours, les pratiques et les engagements de celles et ceux qui ont déjà pris le parti de la décroissance. « Biorégion », concept fondé il y a exactement cinquante ans par Allen Van Newkirk, en Nouvelle-Écosse en bordure de l’Atlantique, devient alors le nom de cet ensemble symbiotique où l’on entreprend de vivre en rapport étroit avec le territoire dont on apprend, par la force des choses, à respecter les modalités d’existence et une communauté qui n’a plus rien de virtuel.

L’éthique, entre mondialisation et biorégion – Captation de la conférence d’Alain Deneault chez VOX

Captation de la conférence L’éthique, entre mondialisation et biorégion d’Alain Deneault qui a eu lieu chez chez VOX, centre de l’image contemporaine, dans le cadre de l’exposition « Mon Sud est ton Nord » de l’artiste Bertille Bak – 29 novembre 2024 – Durée : 1 heure 2 min 45 sec

Retour sur la conférence d’Alain Deneault au Festival de la décroissance de Québec par Samuel Matteau

Lélia Wanick et Sébastião Salagado / Photo © Ricaro Bellel
Page Facebook de Simon Matteau
22 mai 2025

« Il y a quelques semaines, Alain Deneault était de passage à la Korrigane pour nous parler de l’effondrement à venir… et des pistes d’ouverture possibles.

Son constat est implacable : ce qui s’en vient, ce n’est pas une transition douce, mais une décroissance souffrante. Plutôt que de préparer collectivement nos esprits à une décroissance volontaire, nous fonçons dans le mur du réel, portés par un déni tenace. Les chaînes d’approvisionnement se brisent, la mondialisation craque, les cartes géopolitiques sont en plein remaniement. Il faudra apprendre à vivre sans plusieurs de nos repères matériels : des aliments, des métaux, des produits du quotidien disparaîtront.

À cela s’ajoute l’augmentation fulgurante des catastrophes climatiques. Les États, débordés, ne pourront plus protéger tout le monde. Trop de crises, trop de gens, et des richesses soustraites à l’intérêt commun, abritées dans les paradis fiscaux. Nous serons seuls face aux désastres, seuls à constater la brisure des systèmes — sociaux, étatiques, symboliques. On croyait nos filets sociaux solides, notre société stable. Jusqu’à ce que… Les deuils seront nombreux. L’adaptation constante. Et il nous faudra nous adapter sans cesse.

Alors que reste-t-il ?

Nos communautés. Notre territoire. Ce sont les seules choses sur lesquelles nous pourrons encore nous appuyer. C’est là que réside, selon Deneault, la clé d’un avenir possible : non pas dans un repli survivaliste, mais dans un autonomisme volontaire, lucide et joyeux.

C’est ce qu’il appelle la biorégion : un espace de vie à échelle humaine, où l’on organise nos existences selon ce que notre sol, notre climat, notre écosystème peuvent raisonnablement offrir. La biorégion n’est pas un retour nostalgique, mais un acte politique. Elle ne peut pas simplement surgir « naturellement » à la manière des plantes ou des utopies spontanées. Elle devra être imposée collectivement, comme un geste politique conscient, un raccourci de l’histoire face à la déroute institutionnelle. C’est un temps d’anarchie fertile : un moment où les formes de pouvoir établies s’effacent pour laisser émerger de nouvelles manières de s’organiser, plus proches du vivant.

La biorégion devient alors un acte de résistance face au millefeuille institutionnel étouffant de notre époque : les États fragmentés, les pouvoirs municipaux et financiers, les multinationales, les mafias locales. Au cœur de cet enchevêtré d’autorités concurrentes, la biorégion revendique une souveraineté alimentaire, une autonomie énergétique, une liberté intellectuelle. Elle est à construire, avec détermination, par des sujets désireux de transformer la survie en forme d’habitation durable.

Et ce n’est pas qu’un rêve théorique. On le voit dans des gestes concrets. Comme Sebastião Salgado, photographe marqué par les horreurs du XXe siècle, qui retape avec sa femme une ferme en friche au Brésil. Dix ans plus tard : 600 hectares de forêt replantée, un projet devenu l’Instituto Terra.

La biorégion est un projet esthétique, éthique et politique à la fois. Un art de vivre. Une manière de comprendre qu’on ne défend pas la nature comme un extérieur, mais qu’on se déploie avec elle. Nous sommes cette nature. Et nous devons la connaître, la respecter et l’aimer.

Merci Alain. » – Simon Matteau

Conférence d’Alain Deneault au Festival de la décroissance de Québec – Durée: 1 heure 35 min 10 sec – 16 avril 2025

Participation d’Alain Deneault à l’École d’été citoyenne 2025 : Réhabiter l’Outaouais

Alain Deneault participera à l’École d’été citoyenne 2025 : Réhabiter l’Outaouais dont les quatre thématiques seront : l’expropriation (21 mai), l’itinérance (22 mai), la biorégion (6 juin) et la décroissance (7 juin). L’événement est organisé en collaboration avec l’Université du Québec en Outaouais (UQO) et le Laboratoire de formation populaire de l’Outaouais (LFPO). La conférence d’Alain Deneault aura lieu le 6 juin et s’intitule : Qu’est-ce qu’une biorégion ? De la force des choses au dessein politique.

« Alliant à la fois savoirs expérientiels et savoirs théoriques, l’École a généré des échanges et des réflexions autour d’une citoyenneté plus engagée et plus inclusive. Au cours des quatre jours de l’École, des activités de partage d’expériences et de savoirs, de co-formation et de discussion ont eu lieu afin de nous outiller à agir au sein de nos communautés au bénéfice d’une société plus juste. » – École d’été citoyenne 2025


Qu'est-ce qu'une biorégion ? De la force des choses au dessein politique
Conférence d'Alain Deneault à l'École d'été citoyenne 2025
Vendredi 6 juin 2025 - 9 h 15 à 10 h 15
Université du Québec en Outaouais (UQO) - Campus Alexandre Taché
283 boulevard Alexandre-Taché, Gatineau
Stationnement gratuit
Inscriptions ici

Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï parmi «Les livres du mois» du Monde diplomatique

Le Monde diplomatique

Par Esteban Chevalier
Mai 2025

Comment affronter un présent sans précédent — « inouï » ? Pour mieux répondre à la crise écologique, nous gagnerions à « faire que », plutôt que de nous demander « que faire », comme autrefois Lénine. Face à l’insuffisance des gouvernements et du capital, il nous faudrait, selon Alain Deneault, sortir de la torpeur et de l’éco-angoisse et adopter une posture transformatrice. Le philosophe québécois critique vertement une gauche en perte de repères, déplore un libéralisme technocratique qui fragmente nos sociétés. Il invite à reconstruire l’engagement politique en partant de l’échelle locale, à travers des initiatives comme la biorégion, « contraction de la pensée politique à l’échelle régionale ». Livrer la guerre à la « médiocratie », affronter les sujets qui dérangent et prendre des risques : tels sont les axes d’une action politique enracinée dans l’inédit. Loin d’une réponse programmatique, l’ouvrage appelle à expérimenter dans l’essai et le mouvement, à repenser l’engagement politique pour donner corps à une pensée agissante.

Interview : Alain Deneault – Être lucide face à l’obscurantisme et l’angoisse

Bruxelles Laïque Échos 

Par Jean-François Grégoire
1er trimestre No 128 - Printemps 2025

Philosophe et essayiste, Alain Deneault, auteur de plusieurs ouvrages, dont Le Totalitarisme PerversPolitiques de l’extrême centre (2016)et Mœurs (2022), a publié fin 2024, Faire Que ! L’engagement Politique à l’Ère de l’Inouï. Ce professeur de philosophie a choisi d’enseigner en Acadie, au Canada, loin des centres urbains. Face aux bouleversements climatiques et à la « pandémie de crises » que nous vivons aujourd’hui, comment repenser nos modes de vie sur un mode solidaire, afin de réenchanter l’engagement à la hauteur des défis qui nous attendent ?

Jean-François Grégoire (JFG) : En philosophie pratique, c’est-à-dire en éthique et en politique, la question classique est « que faire ? », comment agir ? Vous avez choisi d’intituler votre ouvrage « Faire que ! ». Pouvez-vous nous expliquer ce choix ? Quel était votre objectif en rédigeant ce livre et à qui s’adresse-t-il ?

Alain Deneault (AD) :

La question « Que faire ? » jalonne mon travail depuis longtemps, à la manière d’une formule qu’il convient d’étudier dans sa forme même ainsi que dans son évolution. Autant l’expression interrogative, et quasi exclamative, était galvanisante du milieu du XIXe siècle au début du XXe, et motivait la praxis politique au point d’engendrer des révolutions (on n’avait pas encore idée à l’époque du cauchemar stalinien qu’elle allait engendrer), autant elle s’est conclue au début du XXIe siècle sous la forme d’une grande lamentation : « Qu’est-ce que je peux faire, moi, petit citoyen, le Petit-chose à qui rien ne réussit…? » C’est comme si la question qui trouvait à l’origine du tonus dans la prose de Nikolaï Tchernychevski ou le verbe de Lénine ne résonnait plus qu’en faibles ondes dans les lamentations de Calimero. 

Dans un premier temps, en m’y arrêtant dans Faire que !, j’ai souhaité mettre en valeur le caractère stimulant d’une telle interrogation, notamment en rappelant comment dans sa forme première véhiculée au XVIIIe siècle par le révolutionnaire Babeuf, et son « Quoi faire ? », il nous était possible de penser les politiques publiques, notamment fiscales, en lien avec le progrès social. En relisant le premier livre ayant arboré ce titre, celui du romancier révolutionnaire Tchernychevski, pour postuler la possibilité d’une refonte complète des mœurs sous le signe du féminisme radical, de façon à entraîner de lui-même une révolution. En prenant au sérieux le plus célèbre des livres intitulés Que faire ?, celui de Lénine, non pas tant pour épouser son programme de type partisan autoritaire, mais pour inventorier les questions exhaustives et précises que se trouve à poser ce penseur de l’organisation en ce qui regarde la structuration d’un combat politique. Enfin, je me suis étonné de constater à quel point notre culture regorge de livres, de chapitres ou d’articles dont le titre est précisément Que faire ?. Certains sont nettement d’inspiration léniniste, malgré mille nuances importantes, comme chez Alain Badiou ou Louis Althusser, d’autres sont absolument ironiques, comme chez les libéraux de la décennie 1990 qui s’amusaient à détourner les reliques du soviétisme ou chez les aboyeurs de l’extrême droite qui piochent continuellement dans le jardin de la gauche, en passant par des reprises qui se contentent d’un effet marketing relevant de la référence désinvestie et fade, comme chez la passionaria de la lutte écologiste, Jane Fonda, l’écologiste libéral Daniel Cohn-Bendit ou le libéral-« socialiste », Jean-Christophe Cambadélis. Dans ce tour d’horizon quelque peu oulipien, j’ai cherché à comprendre ce que tous ces titres, sur 150 ans, disaient de l’évolution de la question elle-même.

Dans un deuxième temps, j’ai porté attention aux critiques de la question, une philosophe de l’écologie comme Isabelle Stengers ou un autre, Vincent de Victor, récusant l’expression dans sa formulation même. Et j’y suis allé de mon propre décalage. La question « Que faire ? » est dissonante : elle motive à l’action, mais la fige dans l’attente d’une réponse, fatalement offerte sous la forme de consignes. Le « que » de l’expression est un pronom interrogatif qui appelle des précisions, plus précisément des compléments d’objet direct. Cela conspire à simplifier considérablement l’analyse du réel et à interrompre le moment de la pensée et de l’analyse collectives. Le « faire » devient faible en cette circonstance, car il appelle lui aussi une métamorphose dans des verbes prescripteurs et directifs. C’est la raison pour laquelle l’inversion de la forme dans la tournure « Faire que ! » m’a parue salutaire. Le « que » y agit soudainement comme une conjonction de subordination et appelle des phrases au subjonctif. Le sujet de l’expression n’est donc plus celui qui l’énonce (un homme occidental le plus souvent en ce qui concerne « Que faire ? »), mais toute personne qui se sent concernée par elle, qui entend agir pour faire en sorte que… l’action sociale, culturelle et publique soit en phase avec les exigences de la biophysique et du climat, de l’éthique et du sens. Cette subjectivité n’est d’ailleurs plus exclusivement humaine et entraîne dans la réflexion toutes les instances du vivant ayant une part dans l’économie de la nature.

JFG : Pourriez-vous élaborer sur la notion d’inouï ? Qu’est-ce qui vous semble si unique aujourd’hui – qu’est-ce qui fait que vous n’êtes pas seulement un (philosophe) marxiste de plus qui annonce la fin du capitalisme ?

AD :

L’inouï est d’abord un terme qui résume la façon dont les bouleversements climatiques et la sixième extinction de masse nous sont racontés dans un ordre intellectuel où le discours est en particulier l’apanage des sciences exactes et de la recherche opérationnelle. C’est en termes de millions d’années, de seuils, de pourcentages, de ratios, de moyennes universelles… que s’organisent le discours politique, l’historiographie, l’éthique et la psychologie sociale. Ce type de construction tend à nous faire voir le réel – à juste titre à certains égards – en tant qu’il n’a pas de pareil dans l’historiographie, qu’il ne se compare à rien d’autre que lui-même, et qu’il est par définition inouï. Ce qui est inouï est pratiquement impensable parce qu’on ne peut le comparer à rien d’autre qui nous permet de le spécifier.

J’en conclus que cela relève autant d’un état de fait historique gravissime que d’un échec de l’écologie politique, au sens où en s’alliant exclusivement avec les sciences exactes, elle s’est privée de modes d’articulation susceptibles d’entraîner des modifications comportementales et politiques. Que faire lorsqu’on se fait dire que l’« activité humaine » est responsable de la transgression de six seuils fondamentaux se résumant à l’excès des 400 parties par millions de dioxyde de carbone dans l’atmosphère et de l’augmentation de la température moyenne de 1,5 % dans le monde depuis le premier brevetage de la machine à vapeur? Cette rhétorique ne parle pas globalement. Elle n’est pas fautive, mais souffre d’un manque d’expression littéraire, politique, sociale, symbolique et spirituelle. Nous manquons d’objets mentaux auxquels nous référer pour penser ce qui vient, et pour nous donner collectivement un dessein nous permettant d’engager l’action de manière réfléchie, concertée, lucide mais aussi joyeuse.

Ce qu’il y a de proprement inouï, c’est le fait de s’aligner sur des temps catastrophiques qui ne répondent justement plus de l’ « activité humaine ». Cette expression nous abuse. Elle relève d’une façon pudique (et censurée) pour les pouvoirs institués et leurs organes officiellement « politiques et scientifiques » (le Giec, l’IPBES…) de couvrir notre régime extractiviste, productiviste, consumériste et capitaliste. Mais le sujet dit « humain », selon cette approche sociologiquement myope, est spectateur ; le réchauffement climatique et la perte de biodiversité sont partis ; il s’agit de processus désormais indépendants, autonomes et exponentiels. Nous avons détraqué le système Terre. Et si nous, les décideurs du capital en particulier, en sommes responsables, nous ne pouvons pas pour autant réparer les conséquences de ce vandalisme universel. C’est cela qui est inouï. Autant les pacifistes pouvaient espérer que les Guerres mondiales ne soient pas enclenchées au XXe siècle en raison de décisions humaines, autant nous sommes ici confrontés à la « force des choses », comme l’écrit Hannah Arendt, un phénomène historique qui ne dépend pas de la délibération politique.

Dans cette perspective, le capitalisme se présente comme un système à bout de souffle, cancérigène. Il bénéficie à des illuminés du marché et porte au pouvoir politique des psychopathes. La science écologique, la justice fiscale, les droits de la personne, la structuration de la géopolitique et même la rationalité économétrique, pour ce qu’il en restait, se trouvent raturés comme si cela n’avait jamais existé. Ce système s’effondre sous nos yeux, mais pas comme on se l’imaginait. Il disparaît pour des pans entiers de la population. Les différentes « classes moyennes » se voient glisser au rang de la majorité de prolétaires qui n’en ont jamais été dans l’histoire que les bénéficiaires relatifs, se voyant eux-mêmes socialement marginalisés au-delà de leur marge de crédit. Le capitalisme a profité à une portion de bénéficiaires relatifs; ceux qui pouvaient encore consommer ce qu’il produit au fort prix d’une alinéation psychologique et sociale, se voient tomber dans le camp des adversaires de l’oligarchie, sitôt qu’ils n’ont plus le pouvoir d’achat ou le capital culturel et social de composer avec elle. Pour eux, désormais, chutant un à un, le capitalisme se termine. Ils se découvrent va-nu-pieds, exposés à la violence d’un régime qui ne tient aucune des promesses défendues par son marketing. 

JFG : La question de l’objet, au sens d’une grille de lecture pour penser le monde dans son objectivité est centrale dans l’ouvrage. Nous savons qu’à droite, les objets de substitution et le déni ou la négation de la crise environnementale sont normalisés. Croyez-vous aussi que le discours intersectionnaliste, dans sa version « cannibale » telle que vous la décrivez dans Mœurs, suit le même schéma en représentant un appauvrissement du langage, des représentations et de la pensée, et ce, malgré sa critique du capitalisme ? Comment qualifiez-vous d’ailleurs cette critique ?

AD :

La situation engendre en effet beaucoup d’angoisse, plus que d’anxiété (un autre mot jeté précipitamment dans le débat public). L’angoisse résume un état de malaise sans objet correspondant. Dans l’économie du désir, il s’agit d’un objet interdit, qu’on censure psychiquement, et qui nous place aux abois. On se rabat alors sur des formes substitutives. Dans le cas qui nous occupe, l’objet est difficile à nommer parce qu’il conditionne aussi la vie même du sujet, c’est de ses propres conditions d’existence qu’il est question. Objet et sujet se retrouvent dans une même problématique, très difficile à thématiser en termes pratiques. Que faire ? D’abord faire preuve d’un certain courage pour mobiliser l’énergie psychique à l’air libre de l’angoisse en une force de mobilisation structurée. Pour ce faire, il convient de se donner des objets lucides et adéquats, plutôt que substitutifs. Prendre la mesure du problème du vivant comme étant l’enjeu fondamental du XXIe siècle, ajuster son discours et ses concepts pour convenir à cette impressionnante réalité…

Or, tous n’ont pas autant de grandeur d’âme. D’autant plus qu’on se trouve massivement sollicité par des discours d’extrême droite qui ont pour eux l’avantage de la paresse. L’objet politique de l’extrême droite a tout pour rassurer à peu de frais le sujet historique (nécessairement) inquiet. Il élit quelques boucs émissaires aisément repérables et postule du reste que tout va bien, que tout irait bien si seulement le corps social apprenait à se défaire de ces éléments pathogènes qui le parasitent. Il y va alors de politiques par ablations. Débarrassons-nous des musulmans et autres apparents étrangers du Sud et de l’Est chez nous, et « nettoyons »-nous, ose affirmer Donald Trump, des Palestiniens au Moyen-Orient, purgeons nos institutions de tous les discours sociétaux et écologistes, et vous verrez comme tout ira bien. Nous serons de nouveau « grands », voire « immenses ». Cela séduit les esprits faibles, qui ont été formés dans la culture populaire aux théories du complot et aux intrigues à la whodunit, et cherchent dans la précipitation la clé de voûte de toute situation, qui leur permet de se dire que, du reste, tout va bien.

À gauche, l’élément culturel substitutif, qui permet de compenser la perte d’objet relative à l’époque, repose dans un premier temps sur une analyse sociopolitique sérieuse et féconde, à savoir la critique intersectionnelle. Qui peut encore contester qu’on n’ait pas droit au même destin social selon maintes caractéristiques personnelles identifiées socialement ? Il va désormais de soi de considérer aussi par ce prisme tout enjeu social. Dans un second temps, il y a substitution lorsque l’objet de la critique devient exclusif, obsessionnel, exalté même, et qu’il donne lieu à des mobilisations ou à des luttes exacerbées, quitte à verser dans des aberrations qui font honte, et qui se révèlent politiquement suicidaires. Alors qu’il y a tant d’enjeux graves et fondamentaux auxquels s’attaquer, on peut s’étonner de l’accent fétichiste qui a pu être mis sur des combats qui donnaient en réalité l’impression de minimiser les logiques discriminantes à l’œuvre dans notre société, que ce soit en lien avec l’appartenance sexuelle ou l’ethnie, ou certains partis pris intimes. Cela n’est pas sans rappeler la frénésie des années 1970 pour une vulgate marxiste qui a nui à la gauche plutôt que de l’aider. Auprès du commun, en véhiculant des revendications hermétiques, on s’érige comme repoussoir vers l’extrême droite, qui fait, elle, ses choux gras du simple recensement de ces manifestations excessives de la gauche sociétale.

JFG : On comprend à la lecture de l’ouvrage que la bio-région n’est pas l’objectif en soi, mais plutôt qu’elle adviendra par nécessité. Pouvez-vous la définir et nous expliquer en quoi son avènement de « faire que » ? Et comment concevez-vous les relations entre les bio-régions elles-mêmes dans le millefeuille des strates de pouvoir ? Et comment, comme vous l’expliquer dans le livre, Émile Durkheim, dans Le Suicide, tient un discours qui ramène au sens de la vie, au vivant ? Pouvez-vous nous expliquer en quoi la question de l’échelle induit, dans votre perspective, un changement de paradigme ?

AD :

Par la force des choses, donc, nous serons ramenés à une échelle plus censée. Il ne s’agit pas là d’un programme politique, d’une option, d’un choix, d’un vœu (pieux), d’un possible… Il s’agit d’une fatalité qui s’annonce. Notre régime ne dispose que d’une planète, mais il se comporte comme s’il pouvait en exploiter de nombreuses… Cela est voué à l’échec. L’immense, mais fragile architecture de la mondialisation industrielle et financière ne pourra que se disloquer lorsqu’il apparaîtra fatal qu’ici des canaux de circulation s’assèchent, que là il n’y a plus assez d’eau pour fournir le renouvellement des puces nécessaires au parc informatique mondial, quand plus loin on creusera désespérément pour fournir les minéraux stratégiques pour la technologie de pointe. Le champ du capitalisme se contractera encore davantage qu’il ne le fait maintenant au nom du retour à des politiques protectionnistes. Le mieux pour l’heure : prendre le parti de cette contraction de la géopolitque, passant de l’échelle mondialisée à un régionalisme nécessaire. Lorsque nous reviendrons politiquement à cette échelle, comme on revient à soi après une soirée par trop arrosée, on conviendra de deux réalités évidentes qui avaient fini par nous échapper. D’abord, en dernière instance, nous dépendons de nous tous et de notre sens de l’entraide à l’échelle d’une même communauté et ne devrions pas nous séparer les uns des autres comme des atomes indépendants. Ensuite, nous dépendons du territoire qui est sous nos pieds et des eaux qui nous entourent, et ne saurions sérieusement n’entretenir qu’un rapport de domination et d’exploitation avec ce lieu qui nous fait la grâce des moyens de notre subsistance. Pour Émile Durkheim, oui, c’est à cette échelle que réside le sens, sur un plan psychique, politique et spirituel. Pour Kirkpatrick Sale, c’est à cette échelle que réside le sens d’une éthique qui ne soit pas strictement l’affaire d’énoncés de pure forme ni de vulgaires tactiques de marketing.

Dans ce contexte, la biorégion est un concept qui compte une cinquantaine d’années. Il peut aujourd’hui quitter son champ utopique et s’intégrer à la perspective d’une nécessité historique, celle qui nous attend, à savoir réapprendre à habiter le monde en fonctions de son économie propre, dans une symbiose indispensable avec les conditions qui nous en sont données. C’est un acte d’humilité qui nous attend, auquel, il est vrai, les Occidentaux n’ont absolument pas été préparés. 

JFG : En terminant, on sent un enthousiasme dans votre ouvrage, envers le fait que les apories du système capitaliste se matérialiseront bientôt et que cela bouleversera nos modes de vie. Que répondez-vous à celles et ceux qui sont plus pessimistes ?

AD :

Nous sommes tous assez sensés pour savoir que personne n’éprouvera la moindre joie à devoir renoncer à beaucoup des biens et de facilités qui nous étaient jusqu’à maintenant abusivement présentés comme nécessaires et dus. Nous sommes déjà emportés collectivement dans une spirale qui ne nous permettra pas d’éviter le sale quart d’heure universel qui nous attend tous. Là où on peut se montrer enthousiaste, c’est en rompant avec le caractère intellectuellement insultant d’un régime qui nous fait croire depuis des décennies à des contradictions qui ne tiennent pas la route, notamment sous la forme d’oxymores débiles comme le « développement durable », le « capitalisme vert » et autres constructions sophistiques comme la « transition énergétique ». Il convient de sortir dare-dare de ce type d’illusions qu’entretient un régime suffisamment cynique pour transformer en de nouvelles occasions de marché l’illusion de pouvoir gérer à son profit le saccage mondial qu’il est en train de nous léguer.

Entretien autour de l’inouï avec Alain Deneault et Mark Fortier

Mark Fortier – Photo @ Caroline Fabre / Alain Deneault – Photo © Jean-François Bergeron

« Entretien avec les sociologues Mark Fortier et Alain Deneault des éditions Lux le 20 mai 2025 de 19 h à 20 h au Studio du Quai des arts à Carleton-sur-Mer. Cet événement est organisé par la Bibliothèque Gabrielle-Bernard-Dubé » – Ville de Carleton-sur-Mer


Entretien avec les sociologues Mark Fortier et Alain Deneault
Animé par : Patricia Chartier
20 mai 2025 - 19 h à 20 h
Studio du Quai des arts - 774, boul Perron, Carleton-sur-Mer
Pour plus d'informations : 418 364-7103
Billets : ici
Entrée gratuite

Faire que ! Le coup de coeur littéraire de Vincent de la bibliothèque Au jardin des livres de Saint-Apollinaire

Le dernier essai d’Alain Deneault Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï est le coup de coeur littéraire de Vincent qui fait partie du personnel de la bibliothèque Au jardin des livres de Saint-Apollinaire.

« Cette semaine, Vincent vous présente son coup de cœur littéraire: le Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï d’Alain Deneault. Il est disponible à la bibliothèque ainsi que plusieurs autres coups de cœur sélectionnés par le personnel de la bibliothèque pour vous ! »

Critique de Faire que ! dans les fiches de lecture de la commission Médiathèque de Mille Bâbords

Les fiches de lecture de la commission Médiathèque 
Mille Bâbords
Par TB
22 mars 2025

« À l’ère de l’inouï, autrement dit les défis inédits auxquels l’humanité est actuellement confrontée : dérèglement climatique, effondrement de la biodiversité, explosion de la pollution et maladies dites  » de civilisations « …et qui ne trouveront manifestement pas leur résolution par l’action des Etats ni du capital, la question  » que faire ?  » traverse tous les esprits préoccupés, voire « angoissés » par cette situation.
Comment agir et dans quelle direction quand aucune référence historique n’existe pour appréhender les catastrophes annoncées et que l’extrême droite encouragée par les tenants du néolibéralisme sème la confusion et détourne les colères ? Comment dénoncer aussi les mensonges et les mystifications du capitalisme vert, du développement durable et autres inventions des « médiocres » qui gouvernent le monde et le mènent à sa perte ?


A cette question, Alain Deneault, commence par exposer quelques unes des réponses apportées par de nombreux auteurs et autrices. Il commence par citer le premier ouvrage intitulé  » Que faire ?  » de Lénine inspiré du roman de Nikolaï Tchernychevki qui imagine l’essor d’un ordre radicalement nouveau remettant à plat les rapports hiérarchiques tant dans la sphère du travail que privée, celui d’Althusser poussant les individus à se mobiliser collectivement. A présent, cette question est malheureusement plus souvent accompagnée d’un sentiment d’accablement…Mais bien sûr d’autres auteurs plus contemporains comme Badiou, Latour ont aussi tenter de répondre à cette question, ou encore l’historienne Ludivine Bantigny qui actualise le sujet et propose quelques solutions comme la réduction du temps de travail, l’extension de l’autogestion, la socialisation du système bancaire etc.
Autant de recommandations qui bien qu’utiles et même indispensables ne sont pas en mesure de calmer les peurs plus que légitimes de tout individu au fait de l’état désespérant de notre monde, entre conflits pour les ressources naturelles qui s’épuisent, et destructions pour la plupart définitives de grands pans de notre environnement.

Alain Deneault, lui, retourne la question en remplaçant le pronom interrogatif « que » appelant des réponses donc des solutions concrètes, des consignes, par la conjonction de subordination homonyme qui introduit elle plus humblement des suggestions, des hypothèses souhaitables, des engagements vers un avenir autrement désirable : faire que…

Et en conclusion de son ouvrage, il propose pour sa part de s’orienter vers ce qu’il appelle les « biorégions « , les territoires où chacun, chacune vit. A cette échelle, et loin du système mondialisé où plus personne n’a vraiment la maîtrise de rien, il s’agira de répondre aux besoins des communautés présentes en symbiose avec la géographie et ses caractéristiques. Cette proximité implique un rapport au territoire plus sain parce que ses habitant.e.s savent qu’iels en dépendent et ce qu’il est possible ou pas d’y faire pour le préserver.


Influencé par le « communalisme » de Murray Brookchin et les nombreuses expériences d’organisations autonomes, Deneault suggère que face aux crises qui ne manqueront pas de survenir, les populations soient en mesure de recréer des espaces où réinventer des formes de vie faites d’entraide, de partage, de soin et d’attention aux autres et aux espaces habités. »

Conférence d’Alain Deneault au Festival de la décroissance de Québec

Soirée spéciale pré-festival de la décroissance de Québec avec une conférence d’Alain Deneault sur son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï le mercredi 16 avril à 19 h à la brasserie artisanale La Korrigane.

« Cette conférence se tient dans le cadre du Festival de la décroissance de Québec. Pour mettre la table de la programmation à venir du Festival, nous avons la chance de recevoir, en formule SPÉCIALE PRÉ-FESTIVAL, une grande pointure en ce qui a trait à la décroissance, M. Alain Deneault ! Lors de cette soirée, nous aurons droit à une conférence de sa part portant plus particulièrement sur les sujets abordés dans son récent essais critique Faire que ! […] Que faire pour s’orienter dans une époque marquée par des bouleversements écologiques sans précédent? Alain Deneault, avec la lucidité qu’on lui connaît, nous convie à en penser les prémisses et à explorer un nouveau mode d’engagement politique, la biorégion. Il est temps de faire que ! Au plaisir de vous y voir, de s’éduquer et d’évoluer ensemble! » – Le comité


Soirée spéciale pré-festival de la décroissance de Québec
Conférence d'Alain Deneault
Mercredi 16 avril 2025 - 19 h
Brasserie artisanale La Korrigane
380, rue Dorchester, Québec
Ouvert à tous
Gratuit en formule premier arrivé, premier servi.
Aucune réservation ne sera prise pour cet évènement

Une conférence abordant son plus récent essai qui saura vous mettre en appétit sur le sujet de la Décroissance !

Cet évènement est présenté dans le cadre de la 4e édition du
Festival de la décroissance de Québec

Conférence d’Alain Deneault au Festival de la décroissance de Québec – Durée: 1 heure 35 min 10 sec – 16 avril 2025

Faire que ! dans les Cahiers de lecture de L’Action nationale

L’essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï d’Alain Deneault fait partie des essais recensés dans Les Cahiers de lecture de L’Action nationale – Printemps 2025, Volume XIX, numéro 2

Montpetit entretien, un rendez-vous livresque avec Alain Deneault et son essai Faire que !

Montpetit entretien, un rendez-vous livresque avec Alain Deneault et son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï le mercredi 16 avril 2025 à l’Espace conférence de la bibliothèque du Cégep Édouard Montpetit. L’entretien sera animé par le professeur de philosophie Thibault Tranchant ainsi que le professeur en Science Politique Jonathan Veillette.

« Bienvenue sur la page des Montpetit entretien. Il s’agit de rendez-vous livresques sous forme d’un entretien qui sont animés par des professeurs du CEM issus de divers départements d’enseignement en compagnie d’auteurs d’ici et d’ailleurs. Ils ont lieu à l’Espace conférence de la bibliothèque du Cégep. »


Montpetit entretien avec Alain Deneault
Et son livre Faire que ! L'engagement politique à l'ère de l'inouï
Mercredi 16 avril 2025 - 12 h 15 à 14 h
Animation : Thibault Tranchant, professeur de philosophie et
Jonathan Veillette, professeur de Science politique
Bibliothèque du cégep Édouard Montpetit - Espace conférence

Montpetit entretien avec Alain Deneault au Cégep Édouard Montpetit – 16 avril 2025

Voici Monpetit entretien du 21 février 2018 avec Alain Deneault par Nathalie Malo autour de son essai Une escroquerie légalisée. Précis sur les paradis fiscaux publié aux Éditions Écosociété.

Monpetit entretien avec Alain Deneault par Nathalie Malo – Cégep Édouard Montpetit – 21 février 2028

Entretien avec Alain Deneault au Centre matapédien d’études collégiales

Crises multiples et biorégionalisme. Entretien avec Alain Deneault au Centre matapédien d’études collégiales (CMÉC) le lundi 14 avril 2025 de 17 h à 18 h 30.

« Cette activité, organisée par le programme des Sciences humaines du CMÉC, est gratuite et ouverte au public et à toute la communauté collégiale. Au plaisir de vous rencontrer au local 130 du CMÉC. »

Entrevue avec Stéphane Poirier, enseignant en géographie au Centre matapédien d’études collégiales sur la conférence d’Alain Deneault le 14 avril 2025 à l’émission INFO.TVC de la matapédia – 4 avril 2025

Crises multiples et biorégionalisme
Entretien avec Alain Deneault suivi d'une discussion
Lundi 14 avril - 17 h à 18 h 30
Centre matapédien d'études collégiales (CMÉC) - Local 130
92 Rue Desbiens, Amqui, Québec
Ouvert à tous - Gratuit

« Plus de 30 personnes étaient réunies au local 130 pour entendre Alain Deneault, philosophe et auteur, nous parler de son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï.

Pendant une heure, il a captivé l’auditoire avec ses réflexions percutantes et sa vision engagée du monde actuel. La discussion s’est poursuivie avec de nombreuses questions du public, signe d’un réel intérêt et d’un bel échange.

Merci à M. Deneault pour sa générosité, aux participant(e)s pour leur présence, au département de Sciences humaines pour l’organisation et au CMÉC pour avoir rendu cette rencontre possible. » – Page Meta du CMÉC

Comment se mobiliser à l’ère d’une crise climatique?

Photo © iStock / wildpixel

Écologie politique avec le professeur Alain Deneault. Entretien avec Alain Deneault à l’émission Même Fréquence, animée par Maude Rivard sur ICI Première I Radio-Canada, avant sa conférence La biorégion. Un dessein pour l’écologie politique à l’Université du Québec à Rimouski le mardi 25 mars 2025 – Durée : 23 minutes

« Dans son dernier livre intitulé Faire que! L’engagement politique à l’ère de l’inouï , le professeur de philosophie de l’Université de Moncton Alain Deneault s’intéresse aux défis de l’engagement citoyen en contexte de crise climatique. »

Faire que ! : comment parler d’écologie sans perdre la tête

« Notre époque est marquée par l’angoisse devant des phénomènes sociaux, politiques, climatiques et écologiques qui semblent démesurés, inouïs par bien de leurs aspects. En partant de son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï, Alain Deneault présentera sa vision des luttes pour l’environnement. » – Collège Laflèche


Faire que ! : comment parler d'écologie sans perdre la tête
Conférence d'Alain Deneault
Vendredi 28 mars 2025 - 10 h 30 à 12 h 30
Collège Laflèche - Amphithéâtre
1687, Boul. du Carmel, Trois-Rivières
Stationnement 5 $
Confirmation requise
Information : écrire à David Auclair, professeur
david.auclair@clafleche.qc.ca

Photo © Page Facebook Collège Laflèche

« La conférence mémorable de M. Alain Deneault a abordé la question cruciale de l’engagement politique dans un contexte de bouleversements écologiques sans précédent. Son plaidoyer, inscrit dans la continuité de sa pensée critique, offre une réflexion lucide sur les défis écologiques et sociaux contemporains. En abordant le concept de « biorégion » comme mode d’engagement, M. Deneault invite à repenser collectivement notre mode de vie. Cette approche suscitera sans aucun doute des réflexions profondes chez nos étudiant(e)s en Sciences humaines. Merci au professeur David Auclair pour l’organisation de cette conférence. » – Collège Laflèche

Sortir de la sidération de l’écoanxiété

Droit de parole
Les luttes populaires au centre-ville de Québec
Février-Mars 2025
Volume 52, numéro 1, page 11

Comment s’orienter dans une époque marquée par des bouleversements écologiques sans précédent, auxquels, manifestement, ni les États ni le capital ne remédieront ? Comment agir politiquement à l’ère de l’inouï, quand on ne dispose d’aucun pendant historique pour appréhender les catastrophes annoncées ? Comment s’engager quand l’extrême droite sème la confusion et détourne la colère des objets réels ? Comment s’y prendre quand le libéralisme dissout tous nos repères dans la gouvernance technocratique ?

Que faire ? Cette question obnubile la pensée politique depuis plus d’un siècle. Alain Deneault nous convie à en penser les prémisses et les incidences pour l’ancrer dans les temps présents. Hors de toute programmatique serrée, mais avec la lucidité qu’on lui connaît, il invite notamment à explorer un nouveau mode d’engagement politique, la biorégion.

Alors que faire ? Livrer la guerre à la médiocratie. Évoquer les enjeux qui fâchent. Penser à l’échelle collective. Mal faire les choses, faire mal. Cesser
de se poser la question et sortir de la sidération de l’écoanxiété.

Le moment est venu de faire que !

Droit de parole, Février-Mars 2025, Volume 52, numéro 1, page 11

Territorialité de la biorégion

Territorialité de la biorégion. Conférence d’Alain Deneault qui aura lieu le jeudi 27 mars 2025 à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) sous l’invitation du département de géographie de l’UQAM en collaboration avec le Centre de recherche sur le développement territorial (CRDT), l’Association étudiante de deuxième cycle de géographie de l’UQAM (AEDCG) et le Centre de recherche sur les innovations sociales (Crises).

« Venez rencontrer l’auteur de Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï qui discutera sur le thème de la biorégion dans une ère de bouleversements écologiques et d’écoanxiété. » – Département de géographie de l’UQAM


Territorialité de la biorégion
Conférence d'Alain Deneault
Jeudi 27 mars 2025 - 17 h à 19 h
Université du Québec à Montréal (UQAM) - 400 rue Ste-Catherine Est
Salle A-4180, Pavillon Hubert-Aquin
Inscription requise, veuillez confirmer votre présence ici
Des bouchées seront offertes

Conférence d’Alain Deneault sur l’écoanxiété et l’écoangoisse au Cégep Garneau

Photo © Département de philosophie du Cégep Garneau

« L’essayiste et professeur à l’Université de Moncton, Alain Deneault, sera de passage au Cégep Garneau pour une conférence captivante sur les enjeux de l’écoanxiété et de l’écoangoisse, des thèmes qu’il explore dans son essai Faire que ! Une occasion unique de réfléchir aux défis environnementaux et aux impacts psychologiques qu’ils engendrent. » – Département de philosophie


Conférence d'Alain Deneault sur l'écoanxiété et l'écoangoisse
Mercredi 26 mars 2025 - 13 h à 14 h
Cégep Garneau - L'Agora (A2090)
1660, boulevard de l'Entente, Quebec

Alain Deneault à la 37e édition du Salon du livre de Trois-Rivières avec son essai Faire que !

Alain Deneault participera à la 37e édition du Salon du livre de Trois-Rivières « En mouvement » pour présenter son tout dernier essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï lors d’une conférence autour de son livre, d’une discussion avec Bruno Dubuc, auteur du livre Notre cerveau à tous les niveaux et d’une séance de dédicaces au kiosque #4 de *Lux Éditeur, le vendredi 28 mars 2025.

*Lux sera l’éditeur à l’honneur pour cette 37e édition du Salon du livre de Trois-Rivières


Faire que ! L'engagement politique à l'ère de l'inouï
Conférence d'Alain Deneault
Atrium de l'UQTR - 3351 Boul. des Forges, Trois-Rivières
Vendredi 28 mars 2025 - 15 h 30 à 16 h 30
Gratuit et ouvert à tous - Inscription obligatoire ici
Infos ici

Présentée dans le cadre de la Journée du développement durable de l’UQTR et en collaboration avec les Journées internationales de la francophonie de la Mauricie

« Conférence d’Alain Deneault (Faire que!, Lux éditeur). Comment s’orienter dans une époque marquée par des bouleversements écologiques sans précédent, auxquels, manifestement, ni les États ni le capital ne remédieront ? Comment agir politiquement à l’ère de l’inouï, quand on ne dispose d’aucun pendant historique pour appréhender les catastrophes annoncées ? Comment s’engager quand l’extrême droite sème la confusion et détourne la colère des objets réels ? Que faire? Alain Deneault nous convie à en penser les prémisses et les incidences pour l’ancrer dans les temps présents. »


Changer le monde à l'ère de l'inouï
Discussion avec Alain Deneault et Bruno Dubuc
Animation : Christian Bouchard
Salon du livre de Trois-Rivières - Bistro littéraire Télé-Québec
Vendredi 28 mars 2025 - 18 h 15 à 19 h 15


Photo © Lux Éditeur – 2025

Séance de dédicaces dédicaces avec Alain Deneault
CECi de l'Hôtel Delta - Kiosque #4 Lux Éditeur
Vendredi 28 mars 2025 - 19 h 30 à 20 h 30

Photo © Lux Éditeur – 2025

Comment parler d’écologie sans perdre la tête ?

Comment parler d’écologie sans perdre la tête ? Conférence d’Alain Deneault à la Bibliothèque publique de Drummondville le samedi 29 mars à 13 h 30. L’inscription est gratuite mais requise en composant le 819 478-6573.

« Notre époque est marquée par l’angoisse devant des phénomènes
sociaux, politiques, climatiques et écologiques qui semblent
démesurés, inouïs par bien de leurs aspects. L’intervention vise à
trouver des façons d’aborder de manière lucide et féconde les enjeux
de ce siècle, c’est-à-dire en se donnant des desseins, des concepts et
des représentations symboliques adéquats. En partant de son essai
Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï, Alain Deneault
présentera sa vision des luttes pour l’environnement. »

La biorégion. Un dessein pour l’écologie politique

Le GRIDEQ (Groupe de recherche interdisciplinaire sur le développement régional, de l’Est du Québec) en collaboration avec le CRDT (Centre de recherche sur le développement territorial) vous invitent à la conférence La biorégion. Un dessein pour l’écologie politique d’Alain Deneault le mardi 25 mars 2025 de 16 h 30 à 18 h à l’Université du Québec à Rimouski.

« L’élaboration circonstancielle de communs et la défense du territoire qu’on habite se conçoivent d’autant mieux qu’elles s’accompagnent d’un dessein principal, au vu de la conjoncture de ce siècle. Loin des termes privatifs et antagonistes qui meublent la pensée politique, la biorégion se veut le nom d’un concept à partir duquel des projets et initiatives émergent dans leur cohérence réciproque. »


La biorégion. Un dessein pour l'écologie politique
Une conférence d'Alain Deneault
Une invitation du GRIDEQ et du CRDT
Mardi 25 mars 2025 - 16 h 30 à 18 h
UQAR (Université du Québec à Rimouski)
300, allée des Ursulines Rimouski - Salle E-409
En présentiel et par Zoom - Écrire à grideq@uqar.ca

Le concept de biorégion présenté lors d’une conférence à Caraquet

Photo © Lisa Mansouri

CKRO – 97,1

Par Lisa Mansouri
25 février 2025

« Alain Deneault, professeur de philosophie à l’Université de Moncton, campus de Shippagan, s’intéresse au concept de la biorégion. Il a présenté les fondements de sa démarche lors d’une conférence à Caraquet.

Le concept de la biorégion est, aux yeux de l’universitaire, un modèle radical de gestion territoriale. Basée sur l’importance de l’écologie locale, elle propose de rétablir un lien direct entre l’individu et son environnement.

M. Deneault invite le public à ne plus de chercher à réparer le monde en suivant des directives venues d’en haut, mais de repenser collectivement leur manière d’habiter la Terre. Pour Deneault, le concept de biorégion n’est pas une utopie. C’est une manière de trouver des solutions pragmatiques aux problèmes, d’un monde en déclin. »

Crise climatique, comment aller au-delà la sidération

Entretien avec Alain Deneault par Julien Magnollay à l’émission radiophonique Tribu sur RTS (Radio Télévision Suisse) autour de son essai Faire que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï le 11 mars 2025. Durée : 26 min 32 sec.

« Nous vivons dans une époque de bouleversement environnementaux. Certaines personnes se sentent désemparées face à la chute de la biodiversité et face aux catastrophes qui se répètent. Alors que faire? Et surtout comment faire? Est-ce aux Etats de prendre lʹinitiative? Aux entreprises? Aux individus? Alain Deneault, professeur de philosophie à lʹUniversité de Moncton au Canada, estime que nous devons sortir de lʹéco-anxiété qui nous empêche de réagir et réapprendre à vivre à une autre échelle. Il signe Faire que! Lʹengagement politique à lʹère de lʹinouï, chez Lux éditeur. Il est lʹinvité de Tribu. » – Tribu, RTS