
Page Facebook de Simon Matteau
22 mai 2025
« Il y a quelques semaines, Alain Deneault était de passage à la Korrigane pour nous parler de l’effondrement à venir… et des pistes d’ouverture possibles.
Son constat est implacable : ce qui s’en vient, ce n’est pas une transition douce, mais une décroissance souffrante. Plutôt que de préparer collectivement nos esprits à une décroissance volontaire, nous fonçons dans le mur du réel, portés par un déni tenace. Les chaînes d’approvisionnement se brisent, la mondialisation craque, les cartes géopolitiques sont en plein remaniement. Il faudra apprendre à vivre sans plusieurs de nos repères matériels : des aliments, des métaux, des produits du quotidien disparaîtront.
À cela s’ajoute l’augmentation fulgurante des catastrophes climatiques. Les États, débordés, ne pourront plus protéger tout le monde. Trop de crises, trop de gens, et des richesses soustraites à l’intérêt commun, abritées dans les paradis fiscaux. Nous serons seuls face aux désastres, seuls à constater la brisure des systèmes — sociaux, étatiques, symboliques. On croyait nos filets sociaux solides, notre société stable. Jusqu’à ce que… Les deuils seront nombreux. L’adaptation constante. Et il nous faudra nous adapter sans cesse.
Alors que reste-t-il ?
Nos communautés. Notre territoire. Ce sont les seules choses sur lesquelles nous pourrons encore nous appuyer. C’est là que réside, selon Deneault, la clé d’un avenir possible : non pas dans un repli survivaliste, mais dans un autonomisme volontaire, lucide et joyeux.
C’est ce qu’il appelle la biorégion : un espace de vie à échelle humaine, où l’on organise nos existences selon ce que notre sol, notre climat, notre écosystème peuvent raisonnablement offrir. La biorégion n’est pas un retour nostalgique, mais un acte politique. Elle ne peut pas simplement surgir « naturellement » à la manière des plantes ou des utopies spontanées. Elle devra être imposée collectivement, comme un geste politique conscient, un raccourci de l’histoire face à la déroute institutionnelle. C’est un temps d’anarchie fertile : un moment où les formes de pouvoir établies s’effacent pour laisser émerger de nouvelles manières de s’organiser, plus proches du vivant.
La biorégion devient alors un acte de résistance face au millefeuille institutionnel étouffant de notre époque : les États fragmentés, les pouvoirs municipaux et financiers, les multinationales, les mafias locales. Au cœur de cet enchevêtré d’autorités concurrentes, la biorégion revendique une souveraineté alimentaire, une autonomie énergétique, une liberté intellectuelle. Elle est à construire, avec détermination, par des sujets désireux de transformer la survie en forme d’habitation durable.
Et ce n’est pas qu’un rêve théorique. On le voit dans des gestes concrets. Comme Sebastião Salgado, photographe marqué par les horreurs du XXe siècle, qui retape avec sa femme une ferme en friche au Brésil. Dix ans plus tard : 600 hectares de forêt replantée, un projet devenu l’Instituto Terra.
La biorégion est un projet esthétique, éthique et politique à la fois. Un art de vivre. Une manière de comprendre qu’on ne défend pas la nature comme un extérieur, mais qu’on se déploie avec elle. Nous sommes cette nature. Et nous devons la connaître, la respecter et l’aimer.
Merci Alain. » – Simon Matteau

