Une rentrée sur fond d’inquiétude

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Acadie Nouvelle

Par Alain Deneault
4 septembre 2024

Une rentrée sur fond d’inquiétude

Considérons cette Une fracassante de l’Acadie Nouvelle : « Une rentrée sur fond d’inquiétude. ».

Dans un dossier fouillé, le journal fait état de compressions massives dans les institutions d’enseignement : on parle de dizaines de millions de dollars en moins. Les administrateurs sont inquiets : comment maintenir les services avec un budget amputé ? Les parents ? L’absence de services essentiels « viendra perturber leur vie et celle de leurs enfants », lit-on à la page 3. L’évidence – « On ne peut pas faire disparaître des millions $ et croire que rien ne va changer » – est explicitée par la présidente de l’Association des enseignant.es francophones du Nouveau-Brunswick. Les compressions ont pour conséquence de priver le personnel enseignant du concours de spécialistes chargés d’encadrer des élèves représentant des cas spéciaux. Dans la Péninsule acadienne, par exemple, le nombre de « mentors en littératie » doit alors considérablement diminuer. La syndicaliste conclut avec cette phrase clé : « Non seulement y aura-t-il une réduction importante des services, mais il y a des services qui auraient dû être ajoutés. Il y a de plus en plus d’élèves qui ont des problèmes spéciaux. »

De quoi ces compressions budgétaires sont-elles le nom ? Elles sont synonymes d’un changement radical de contexte. L’école est assujettie à un nouveau standard, appauvri ; elle régresse. En raison du manque de moyens, le personnel enseignant, les parents et les administrateurs doivent désormais s’habituer à un état de carence permanente. La perte des moyens qui étaient mis à leur disposition doit progressivement se transformer en un oubli.  

Pas la peine de farfouiller chez vous dans la pile des derniers exemplaires accumulés de l’Acadie Nouvelle pour retrouver ce dossier. L’édition date du 5 septembre 2009. Shawn Graham était alors le premier ministre d’un gouvernement libéral.

Maintenant, quinze ans plus tard, posons-nous la question : les choses ont-elles changé ? 

Malgré les surplus financiers que le gouvernement très provincial du Nouveau-Brunswick revendique ces années-ci, à la manière d’un conseil d’administration d’entreprise multinationale, aucun investissement d‘envergure n’est fait pour redresser la barre et créer un nouveau fondement. Tout au plus « investit »-on au seul rythme de l’inflation, voire en deçà. Tout au plus intervient-on à la manière de gestionnaires de crise quand des situations deviennent catastrophiques çà et là. 

Car à laisser l’institution à elle-même face à d’importants défis sociologiques au fil des années, le contexte général s’est aggravé. Les enseignantes sont confrontées à des cas particuliers de plus en plus nombreux, à des défis de santé mentale érigés au statut de problèmes collectifs, au phénomène du déficit d’attention en partie attribuable à l’aliénation numérique des esprits. Et, dans la foulée de départs à la retraite, le personnel compétent est de plus en plus difficile à embaucher.

Les districts scolaires et syndicats continuent de réclamer la présence de plus d’enseignants. Le 17 décembre dernier, l’Acadie Nouvelle parlait d’une pénurie annoncée de 500 professeurs dans un avenir proche, une situation pourtant prévisible depuis très longtemps. Pour susciter la vocation, l’État ne doit pas seulement s’intéresser aux immobilisations, soit au béton et au mortier. Les conditions de travail doivent d’être plus attrayantes. Au-delà des salaires, un exercice sociologique reste à faire, culturel même, à savoir la restauration du rôle public de l’institutrice, de l’instituteur. Le travail de ces personnes a une importance capitale. N’est-ce pas à elles que l’on confie notre jeunesse aussi longtemps dans la journée qu’elle passe de temps à la maison ? Le manque d’enseignants amène les écoles, on le sait, à embaucher des gens qui ne sont pas suffisamment formés, selon les standards établis. Parlez-en aux Québécois. Ç’a lieu pour le meilleur comme pour le pire ; des gens peuvent surgir avec des approches originales et fécondes, que l’orthodoxie ne prévoit pas, mais ces moments de grâce n’adviennent pas sur commande. Aussi, l’arrivée d’un personnel non qualifié peut induire un surplus de travail pour les professionnels qui les entourent et doivent soudainement les encadrer. 

Une question rétrospective se pose alors : puisque nous en étions au même point il y a déjà quinze ans, et que les difficultés actuelles étaient prévisibles, pourquoi aucune mesure radicale n’a-t-elle pas été décidée pour enrayer le phénomène? Cela concerne autant le statut des institutrices, des intervenants en soutien et de l’école en tant qu’institution, que la réforme fiscale nécessaire dans cette législation pour enrayer l’évitement fiscal qui sévit comme une hémorragie (pensons à une famille richissime qui transfère massivement des actifs aux Bermudes et concentre ses opérations commerciales à Boston) afin d’assumer sa mission sociale. 

Pendant ce temps, des gouvernements se sont succédé, des Rouges aux Bleus et inversement. Des promesses électorales ont été faites. Tous ont plaidé pour l’éducation. Et… N’y a-t-il pas là matière à fredonner le vieil air de Léo Ferré ? « Ils ont voté, et puis après… » 

Quid des partis politiques en biorégion ?

Amnis

Par Alain Deneault
Mis en ligne le 21 juin 2024

Extrait de l’article Quid des partis politiques en biorégion ? :

« Le projet biorégional ne peut pas être pensé aujourd’hui, quant à son caractère impératif, sans considérer la grave mutation écologique dans laquelle nous nous inscrivons en ce siècle. Le réchauffement climatique n’annonce pas seulement une série de maux terribles et multiples – fonte des glaciers, montée des eaux, inondations, érosion des côtes, ouragans, tornades, canicules meurtrières, pertes agricoles, incendies de forêt, migrations d’insectes redoutables, guerres civiles, famines, exodes, etc. –, mais une aggravation de ces ruptures sur un mode autonome et exponentiel. 

Autonome : ce ne sont plus les orgueilleux sujets humains qui saccagent quoi que ce soit, mais le système Terre qui se détraque durablement ; c’est par lui-même qu’il se saborde désormais. L’émission massive de gaz à effet de serre depuis le début de l’ère industrielle provoque un réchauffement moyen de la température mondiale, qui lui-même induit la disparition des glaciers, entraîne la réduction des surfaces réfléchissantes (albédo) et conséquemment l’étendue accrue d’eaux sombres attirant les rayons solaires. 

Cela produit par la force des choses une accentuation dudit réchauffement : les surfaces d’eau foncées, de plus en plus importantes, captent toujours davantage la chaleur des rayons solaires plutôt que de les réfléchir comme c’était le cas à leur état glaciaire, et contribuent ainsi à la fonte sans précédent du pergélisol. 

Celui-ci devient poreux et libérera progressivement des tonnes de méthane, un gaz à effet de serre encore plus redoutable que le CO2. Exponentielle, cette progression du réchauffement atmosphérique produit à elle seule plus d’incendies de forêt encore, ce qui nous prive de puits de carbone naturels.

Et on ne parle toujours pas de la destruction des indispensables coraux et d’autres conséquences dans les fonds marins… Le processus s’emballe et devient difficile à suivre, chaque catastrophe ayant plus d’ampleur que la précédente, chaque donnée étant plus alarmante que l’antérieure, chaque crise surgissant plus rapidement que prévu. Nous voici placés sous haute tension. […] » – Alain Deneault, Amnis, 4 I 24