
Amnis
Par Alain Deneault
Mis en ligne le 21 juin 2024
Extrait de l’article Quid des partis politiques en biorégion ? :
« Le projet biorégional ne peut pas être pensé aujourd’hui, quant à son caractère impératif, sans considérer la grave mutation écologique dans laquelle nous nous inscrivons en ce siècle. Le réchauffement climatique n’annonce pas seulement une série de maux terribles et multiples – fonte des glaciers, montée des eaux, inondations, érosion des côtes, ouragans, tornades, canicules meurtrières, pertes agricoles, incendies de forêt, migrations d’insectes redoutables, guerres civiles, famines, exodes, etc. –, mais une aggravation de ces ruptures sur un mode autonome et exponentiel.
Autonome : ce ne sont plus les orgueilleux sujets humains qui saccagent quoi que ce soit, mais le système Terre qui se détraque durablement ; c’est par lui-même qu’il se saborde désormais. L’émission massive de gaz à effet de serre depuis le début de l’ère industrielle provoque un réchauffement moyen de la température mondiale, qui lui-même induit la disparition des glaciers, entraîne la réduction des surfaces réfléchissantes (albédo) et conséquemment l’étendue accrue d’eaux sombres attirant les rayons solaires.
Cela produit par la force des choses une accentuation dudit réchauffement : les surfaces d’eau foncées, de plus en plus importantes, captent toujours davantage la chaleur des rayons solaires plutôt que de les réfléchir comme c’était le cas à leur état glaciaire, et contribuent ainsi à la fonte sans précédent du pergélisol.
Celui-ci devient poreux et libérera progressivement des tonnes de méthane, un gaz à effet de serre encore plus redoutable que le CO2. Exponentielle, cette progression du réchauffement atmosphérique produit à elle seule plus d’incendies de forêt encore, ce qui nous prive de puits de carbone naturels.
Et on ne parle toujours pas de la destruction des indispensables coraux et d’autres conséquences dans les fonds marins… Le processus s’emballe et devient difficile à suivre, chaque catastrophe ayant plus d’ampleur que la précédente, chaque donnée étant plus alarmante que l’antérieure, chaque crise surgissant plus rapidement que prévu. Nous voici placés sous haute tension. […] » – Alain Deneault, Amnis, 4 I 24
